Le pourquoi et le comment des paradis fiscaux - CVPF-CDPF
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Le pourquoi et le comment des paradis fiscaux - CVPF-CDPF
EN UNE votre argent/fiscalité Délic(t)ieusement vôtre? ST LE POURQUOI ET LE COMMENT DES PARADIS FISCAUX TE De nombreux contribuables «planqués» tremblent suite au scandale de fraude fiscale en Allemagne. Mais qu’est-ce qu’un paradis fiscal? Pourquoi y place-t-on encore son argent? Et qu’auriez-vous à y gagner? texte: Petra De Rouck et François Mathieu P ersonne n’aime les impôts. De nombreux contribuables recourent à toutes sortes de subterfuges pour en payer le moins possible. Et certains d’entre eux, les plus fortunés, choisissent d’aller habiter dans un paradis fiscal ou au moins d’y stationner leur argent. Un paradis fiscal est perçu comme un pays où les impôts sont réduits par rapport à ce qui est considéré comme «normal». C’est vrai, naturellement, mais l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) s’est montrée plus précise. La liste des paradis fiscaux qu’elle a établie et qui recensait encore une trentaine de pays en 2000, n’en compte plus aujourd’hui que quatre. Trois d’entre eux se trou- 10 I mon argent I samedi 22 mars 2008 vent en Europe: Monaco, Andorre et le Liechtenstein. Ces pays battent en brèche les préjugés: l’impôt y est perçu même si, c’est vrai, il est très faible… Alors, quid? En réalité, l’OCDE qualifie un État de paradis fiscal lorsqu’il refuse de collaborer avec d’autres pays, n’échange aucune information avec l’extérieur et ne fait pas preuve de transparence. Principales motivations Ce manque de transparence reflète parfaitement la volonté de discrétion de la majorité des contribuables qui logent leurs fonds dans un paradis fiscal. L’anonymat y est essentiel. Mais les raisons qui sous-tendent cette discrétion peuvent être très différentes. La motiva- ” «Si le gouvernement taxait tous les revenus de l’épargne, en ce compris les plus-values, il créerait une nouvelle génération de fraudeurs.» ST fonds vers un paradis fiscal peut également être un moyen de protéger son capital contre d’éventuels créanciers, ou sa société des velléités d'un prédateur. On peut enfin placer son argent à l’étranger pour profiter du savoirfaire de certains pays en matière d’optimisation fiscale et de planification financière. Ainsi les banques luxembourgeoises mettent-elles en avant leur expertise en matière d’ingénierie fiscale et financière, et proposent à cet effet de produits financiers très spécialisés. (SABRINA SCARNA, AVOCATE FISCALISTE SIMONT BRAUN) TE Question de capital Pour tirer profit du régime fiscal avantageux proposé dans un paradis fiscal, vous devez cependant disposer d’un certain capital. «Les paradis fiscaux ne sont pas vraiment à la portée du Belge moyen», relève Anton van Zantbeek, du bureau d’avocats Greenille. De fait, d’après François Parisis, «il faut 2,5 millions d’euros au minimum pour loger ses deniers dans une SPF de droit luxembourgeois (lire en page 15). Le seuil d’entrée dans un trust anglo-saxon est de 1 million d’euros et celui d’une fondation du Liechtenstein, bien que plus faible est de 500.000 euros.» Cela dit, ces régimes préférentiels ne doivent pas masquer le statut plutôt avantageux de la fiscalité de l’épargne en Belgique. «La Belgique est en quelque sorte un paradis fiscal», explique Anton van Zantbeek (cabinet Greenille). Les impôts sur le revenu y sont certes élevés mais il n’y a pas (encore) d’impôt sur les plus-values réalisées sur les investissements, ni en général sur les biens immobiliers; pas d’impôt non plus sur les produits de la branche 23, un régime préférentiel pour l’habitation familiale en matière de droits de succession, des faibles droits de donation... «Tous ceux qui envisagent de placer leur argent dans un paradis fiscal doivent faire la part des choses entre les économies réalisées d’une part, et le coût et les risques de l’opération d’autre part. Les frais de fonctionnement d’une fiducie, par exemple, se montent à au moins 3.000 euros par an.» tion la plus évidente est la fraude fiscale . Il s’agit de dissimuler de l’agent noir ou de l’argent provenant d’activités criminelles. Mais les motivations ne sont pas toujours illégales. Le choix de transférer des fonds vers un paradis fiscal peut également être inspiré par l’éévasion fiscale . «L’évasion fiscale, c’est le choix de la voie la moins imposée. En soi, cela n’a rien d’illicite», explique François Parisis, Directeur Estate Planning chez Puialetco Dewaay Private Bankers. Il suffit de penser aux différentes manières d’ééviter le précompte mobilier ou les droits de succession. Il peut également arriver qu’on désire dis simuler des capitaux à certains héritiers ou son conjoint en cas de divorce. Transférer des Déménager… et résider ! Compte tenu de ces frais, ceux qui optent pour le paradis fiscal peuvent le faire de différentes manières. Vous pouvez effectivement aller y vivre ou vous contenter d’y stationner votre argent. De grands sportifs comme Tom Bonnen, Axel Merckx et Justine Henin ont choisi de déménager, à Monaco dans le cas présent. Sur le Rocher, ils bénéficient ainsi de l’absence samedi 22 mars 2008 I mon argent I 11 en unevotre argent/fiscalité 800 TE (SOURCE : BNB) ST milliards d'euros. Le montant estimé de la richesse globale des Belges, en Belgique et hors frontières. d'impôts sur les revenus d’activités professionnelles et sur le patrimoine. Cela ne signifie pas qu'ils ne devront plus payer d'impôt du tout sur leurs gains dans la Principauté. «Si Tom Boonen gagne le Tour de France, il sera imposé en France sur ces gains», fait remarquer Anton van Zantbeek. Du point de vue des vedettes sportives, le déménagement dans un paradis fiscal est surtout motivé par l’absence d’impôt sur les revenus de sponsoring et les droits d’image. Mais mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de suivre leur exemple. Vous devez effectivement déménager et couper les liens avec la Belgique. Il ne suffit pas de quitter le pays sur papier. Vous devrez plier bagages et devenir un non-résident fiscal. Et en apporter les preuves nécessaires. Le mieux consiste à dégager toute la famille et à donner en location ou à vendre votre maison familiale. Vous devrez également habiter dans votre pays d'adoption, y réaliser vos opérations bancaires, souscrire des assurances, participer à la vie associative, consommer de l’eau et de l’électricité, etc. Le déménagement peut aussi intéressant du point de vue de la planification successorale. Si vous déménagez effectivement, vous n’êtes plus un résident du royaume et votre patrimoine n’est plus soumis aux droits de succession belges. Vous optez alors pour un pays où les droits de succession sont très limités, voire inexistants. Investir Si vous n’envisagez pas de déménager, vous pouvez choisir d’investir votre argent dans un paradis fiscal. Vous pouvez parfaitement transférer votre argent en des lieux «plus ensoleillés» sans commettre de fraude fiscale. Vous respecterez en effet vos obligations fiscales en Belgique si vous mentionnez dans votre déclaration fiscale belge que vous détenez un compte à l’étranger et si vous y inscrivez les revenus mobiliers (intérêts et dividendes) perçus sur vos investissements à l’étranger. Tant que vous satisfaites à cette obligation, vous ne vous rendez coupable d’aucune fraude. Dans la déclaration fiscale, vous ne devez mentionner que les comptes dont vous êtes titulaire. Si un compte a été ouvert par une société, cette obligation ne vaut pas; c’est à la personne juridique de le déclarer. On utilise ainsi souvent des véhicules pour gérer l’argent dans les paradis fiscaux. La méthode utilisée 12 I mon argent I samedi 22 mars 2008 diffère selon le pays. Par exemple, au Liechtenstein, on privilégiera une fondation, au Luxembourg, on créera une SPF, alors que dans les pays soumis au droit anglo-saxon, on optera pour la société de fiducie. Directive sur la fiscalité de l’épargne Si vous investissez votre argent à l’étranger, vous devez tenir compte de la directive européenne sur l’épargne. Entrée en vigueur en juillet 2005, après 15 ans d’âpres négociations, elle a pour objectif d'imposer l'épargne dans le pays où réside le bénéficiaire des revenus. À cet effet, les Etats-membres vont échanger des informations sur les revenus de l’épargne perçus par le résident d'un État-membre par le biais d’un organisme financier établi dans un autre État-membre. L’Administration belge sera donc informée de l’existence des comptes à l’étranger au sein de l’Union européenne. Certains pays ont préféré conserver le secret bancaire et ne pas procéder à cet échange d’informations. C’est le cas de la Belgique, du Luxembourg et de l’Autriche. Ces pays appliquent en revanche un système de prélèvement pour l’État de résidence. Vous devrez y payer un précompte de 15% sur vos revenus, qui sera ” «Depuis que l’impôt existe, les contribuables cherchent à l’éluder.» (FRANÇOIS PARISIS, DIRECTEUR CHEZ PUILAETCO DEWAAY) EN BREF Les principales motivations d’aller dans un paradis fiscal ! La voie la moins imposée(able), naturellement… Ce qui est licite! ! Faire fructifier ses deniers off-shore tout en éludant l'impôt. Illicite, bien sûr… ! Mettre une structure sur pied pour transmettre ses avoirs/sociétés sans (trop de) frais, déshériter ses enfants ou favoriser une maîtresse. ! La discrétion à l'étrange permet parfois de préserver certaines activités (confidentialité à l'égard de la famille). ST ! Services jugés plus performants sur le plan de l'ingénierie financière. Quelques véhicules régulièrement utilisés… ! SPF luxembourgeoise. ! Trust anglo-saxon. d’inclure les structures - telles que les fondations privées - dans le champ d’application de la directive. Avant d’obtenir l’unanimité des 27 Etats, il se sera écoulé beaucoup d’eau sous les ponts !», estime François Parisis. Si vous envisagez le transfert de vos économies dans un paradis fiscal, nous ne pouvons que vous conseillez de vous faire assister par un expert fiscal. Vous éviterez ainsi de commettre des «erreurs» qui permettraient par exemple au fisc belge de rester compétent en matière de précompte ou qui laisseraient certains éléments du patrimoine soumis aux droits de succession belges. Il est important de choisir avec soin le pays dans lesquels vous allez parquer votre argent. Dans quelle mesure est-il fiable? Quelle est sa réputation? Pas évident… Les autres risques coulent de source: «la pénalisation des sanctions, via la loi sur le blanchiment des capitaux, a fait se resserrer l’étau sur les contribuables un tant soit peu nantis», explique Sabrina Scarna, avocate fiscaliste chez Simont Braun. La lutte contre le blanchiment et contre la grande criminalité, à l’instar des opérations des régularisations de capitaux (dont l’une est toujours en cours), ont du reste contribué à assagir les velléités de fraude. Il se murmure que le rapport sur la directive, prévu pour juin-juillet, mettra l’accent sur ce point! Autre risque à ne pas sous-estimer: les excès d’ingénierie patrimoniale. «C’est bien de s’embarquer dans une structure si on a une idée précise de ce à quoi on veut arriver, mais attention à ne pas compliquer ce qui est simple, ou à ne pas convertir de l’argent blanc en argent noir. Cela arrive souvent et ça peut coûter très cher, sur les plans financier et pénal», relève Sabrina Scarna. MA ! Fondation du Liechtenstein. ! Administratiekantoor aux Pays-Bas. ! Société dans les îles vierges britanniques (BVI). ! Société de droit panaméen. TE porté à 20% à partir du 1er juillet 2008 (et 35% en 2011). Certains «paradis fiscaux» appliquent également la directive sur l’épargne. Des pays comme Aruba, Montserrat et les Iles Caïman procèdent à l’échange d’informations. D’autres optent pour un précompte sur les revenus, sans informer le fisc du pays de résidence de l’investisseur, préservant ainsi le secret bancaire. Parmi les pays prélevant à la source, citons le Liechtenstein, Monaco, Andorre, Saint-Marin, Guernesey, Jersey, l’île de Man et la Suisse. La directive sur l’épargne ne concerne que les intérêts perçus dans d’autres Etats-membres sur les comptes à vue et comptes à terme, bons de caisse, obligations et certains fonds de placement. Les actions, fonds d’actions, options et produits d’assurances ne sont pour l’instant pas concernés. La directive ne vise en outre que les personnes physiques. Les fondations au Liechtenstein ne sont donc pas visées. Risques et pièges La question qui brûle les lèvres: un renforcement de la directive sur la fiscalité de l’épargne - entendez un élargissement des instruments visés - est-il envisageable? Et pourrait-il vraiment tuer dans l'oeuf les envies d’expatriation? A la première question, la réponse est clairement oui (lire aussi la tribune de Pascal Minne en page 41). Le scandale du Liechtenstein a servi de détonateur. «Mais il ne suffit pas de décréter l’élargissement à de nouveaux instruments financiers de la directive sur l’épargne pour qu’il se réalise. Des lobbies puissants (tels que celui des assurances) vont tout faire pour éviter cet élargissement. Par ailleurs, d’un point de vue technique, il n’est pas évident samedi 22 mars 2008 I mon argent I 13