voLuME 9. NUMÉRO 2, rû3-rr2 INTRODUCTION La notion de

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voLuME 9. NUMÉRO 2, rû3-rr2 INTRODUCTION La notion de
REVUE FRANCOPHONE DELA
DÉFICIENCE INTELLECTUELLE
2, rû3-rr2
voLuME 9. NUMÉRO
ORGANISATION DES COMPÉTENCES SOCIALES
CHEZ L'ADT]LTE PRÉSENTAT{TI.JNRETARD MENTAL
RenéPry et DelphineCupillard
La rechercheporte sur I'organisationdes compétencessocialesde 3l adulæsprésentantun retard
mental.Chaquesujet a fait I'objet d'une triple évaluation: évaluationde sescornpétencescognitives
(WAIS-R), évaluationde son intelligencepratique (Vineland) et de son inælligencesociale(Echelle
de Frith). Une analyseen axes principaux révèle une organisationqui distingue deux facteurs: un
premier nommé .cognitivo-linguistique, (processuscognitif et maitrise du code linguistique), et un
second.socialisation,(conformité socialeet partagede significations).Ces résulas sont replacéset
discutés dans les modèlesde Greenspanet de Dettermân. Mots clés: ReArd Menbl, Compétence
sociale, Inælligencepratique, Intelligencesociale.
INTRODUCTION
sociale,est centraledans
La notion de "compétence
lesdéfinitionsacûrellesdu retardmental (Luckasson
et al., 192). C'esten partiesurelle quesefondent
les programmesd'aide et d'intervention(AAMR,
1994). D'autre part cette conceptionsupposeun
profondrenouvellement
du conceptde retardmental
et impliquegueI'on tiennecompte non seulementdu
fonctionnementmental évalué par des procédures
psychométriçesclassiques,
maisausside la capacité
du sujetà s'adapterau milieudanslequelil vit (Pry,
1996a).
Au planthéoriqueon peuttrouvercettenotiondansle
personnelles,
de Greenspan
modèledes"compétmces
(Greenspan,1981;Greenspan
& Granfield,1992;
Trois grandesformes
Mathias& Netælbeck,t99......2).
cony
d'inælligence sontdistinguées:I'intelligence
René Pry et Delphine Cupillard, Université Paul Valery
Monpellier III, Départementde Psychologie.
DÉCEMBRE 1998
ceptuelle, I'inælligence pratique et I'intelligence
sociale. Ces trois formes d'intelligence sont
organisées de façon hiérarchique, I'intelligence
conceptuelle représentant un facteur de niveau
supérieuraux deux autresformes.
.
L'intelligence pratique désigne la faculté de se
comporter en individu indépendantvis-à-vis des
activités çotidiennes: soins personnels, travail
et loisirs, utilisation des ressourcescornmunautaires. Elle est aussi cette forme d'inælligenceçi permetde s'ajusterà des attentes,
qu'elles soient socialesou personnelles(Pry er
al.,1996b).
.
L'intelligence sociale désigne la faculté de
planifier son action en fonction des attentes
socialeset sur la based'une interprétationplus
ou moins pertinente des comportements
d'autrui. Cette forme d'intelligence exige que
I'on reconnaissel'autre cornmepartenaire,que
l'on s'accordesur les objectifs, sur les rôles et
les valeurs,pour construireéventuellementune
conformité (Greenspan,1979).
103
L'inælligence pratique contrôle donc les comportementsd'adaptationou @omportementsadaptatifs".On
sait que ces comport€ments sont appris et se
définissent relativement aux nonnes. aux valeurs et
aux att€næs culturelles qui caractérisent le milieu
auçel appartient le sujet concerné (Sparrow, 1984;
Loveland& Kelley, 1988;Bruininks et al.,198!fi
et al.,19% c). Ces comportementsdont les buts sont
toujours socialement valorisés ne font donc par
conséçent çe refléær le conformisme social de celui
qui les manifeste(Oppenheimer,1989).
1976). Ils mériænt cependant d'être distingués des
comportements précédents. De plus il convient
semble-t-il de séparer I'inadaptation sociale de
I'inadaptationpersonnelle(Nihira, 196).
Ceci étant dit, cette notion de comportementadaptatif
etloud'habiletés socio-cognitivesrisque de rester une
notion à large spectre si I'on n'en précise pas le
contenu et l'organisation. Un certain nombre de
travaux ont donc, dansun premier temps, chercher à
en donnerune définition plus précise. C'est ainsi que
Anderson et Messick (194) ont proposéune liste non
exhaustive de 29 composantes de la compétence
sociale et des habiletés qui permettent à un individu
de fonctionner en société. Ces dernièrespeuventse
regrouper dans quatre grandes catégories: les
développementsmoteur, cognitif, émotionnel et les
connaissances.Meyers, Nihira et Zetlin (1979)
décrivent quant à eux, et sur des sujets retardés
mentaux, sept domaines du comportement adaptatif:
les habiletésde survie, le développementphysique,
les habiletés communicatives. le fonctionnement
cognitif, les activités domestiçes et occupationnelles,
la reponsabilitéet la socialisation.Widaman, Gibbs et
Geary (1987), sur une populationsimilaire, décrivent
la structure des comportements adaptatifs à I'aide de
six facteurs, où I'on retrouve sensiblementla même
organisation. Le quatrième facteur étant très proche
du facteuroSocialode Sparrow et Cicchetti (1984)ou
de celui de oSocialisation,de Meyers et al. (L979).
Ce facteur représenteles tendancesde la personneà
interréagir, à cooffrer avec autrui et à construire des
activités signifiantesen groupe.
Après ce travail identificatoire er descriptif, et fort de
ces donnéessommetoute :uisezconsensuelles,il nous
a paru intéressantd'essayer de préciser davantagela
sfiucnrre organisatricede cette notion de compétences
sociales ou de compétencessocio-cognitives dans le
retard mental. A partir du modèle de Greenspan,
nousnous sommesdonc efforcés d'apprécier les trois
grand domaines fonctionnels de I'intelligence
reconnus par ce dernier (conceptuel, pratiçe et
social) et d'en dégagerI'organisation chez des adultes
présentantun retard mental. On peut penser que cette
organisation permettrait peut-être dans un second
temps od'expliquero I'infériorité des résultaæ des
sujets retardés mentâux dans les évaluations psychométriques classiques. Ce modèle des Compétences
personnellesnous fournit en effet un cadre théoriçe
permettantde comprendre(cornmentles individus qui
se développentnormalementacquièrentet manifesænt
leurs compétencessociales, (Siperstein, 1992). Il
permet de comprendre aussi comment les normes
socialess'intériorisent et se réorganisentà des fins de
construction identitaire. Il permet de comprendre
enfin commentles processuscognitifs participent à la
socialisation et selon quelles modalités. La
compétencesociale est donc un ensembled'habiletés
socio-cognitives que Ie sujet manifeste dans son
comportement. Elles lui fournissent une certaine
connaissancede la situation et le pouvoir d'agir sur
elle. oC'estpourquoi les différents auteursdésignent
le plus souventla compéæncesociale comme relevant
d'w savoir-faire et répondantà des règles d'usage çi
peuventvarier dansdes situationsvariées, (DeBonis
& Huteau, 1994).
Un deuxième constat se dégage dans la littérature
pour identifier des comportementsinadaptés tels que
l'on peut rencontrer par exemple dans les troubles
autistiçes etlou le retârd mental (Lambert & Nicholl,
104
Enfin, il est clù pour ûousces auteurs que le facteur
cognitif, tel Er'il peut être apprécié par les tests
classiçes, en tenne de QI par exemple, ne saûre que
modérémentles autres facteurs identifiés dans le retard mental et de façon plus signifianæ dans I'autisme
(Freemanet al.,l99I; Carpentieri& Morgan, 1996).
REVUE FRANCOPHONEDE LA DÉFTCIENCEINTELLECTTJELLE
urÉrnonor,ocre
Sujets
Le grouped'adultes(n : 3l) ryi participeà l'étude
qui bénéficient
estissud'unepopulationdepersonnes
desservicesd'un atelierthérapeutique
occupationnel
(A.T.O.), en accueilde jour. C'est une structure
nd'accompagnement,
intermédiaireentre le centre
d'aideparle travail(C.A.T.)et le foyerdevie, ou le
foyer médicalisé.Tous cessujetsont un long passé
institutionnel.En effet, l'âge où le troublea étépris
en compæcorresponden généralà celui du débutde
la scolarisation,
c'est-à-direbiensouventdèsl'école
maærnelle.La provenance
dessujetsest la suivante:
61% proviennentde strucnreséducatives
spécialisées
(I.M.E. et LM.P.), 16% soræntd'un servicede
Psychiatrieet23 % proviennent
d'un C.A.T.
L'étiologiedu retardmental: pour42 % d'entreeux,
I'origine sembleêtre liée à desfacteursorganiques:
anoxienéonatale,
encéphalopaties,
anomaliechromosomiçe. Pourles58 autres% lortgftre estinconnue.
LæQI Verbalmoyenestde 50,64,le QI Performance
moyen est de 51,25 et le QI Total moyenest de
47,90.CesQI ont étéobtenusà la IWAIS-R.
Le recrutementdes personness'est fait sur des
critèrescliniques: capacitéà souteniruneévaluation
psychométrique,
compréhension
et expression
verbale
suffrsante
et volontariat.L'échantillonestcomposéde
11 femmeset 20 hommes.Ils sontâgésde 20 ans8
moisà 52 ans7 mois.L'âgemédianestde 29 anset
4 mois.
(Sparow,Ballaet Ciccheni,1984);
.
évaluationde son.intelligencesociale'par une
versionadætéÆ
et abrégéedu SocialAjustment
ScaledeFrirh(SAS),(Frith er aI., 1994aetbi
Hugheset aI., à paraître).
I* "VinclandAdaptive
BehaviorScale,ou"Echellede
Comportement
Adaptatiô est la forme réviséede la
"VinelandSocialMaturtg Scalen(Doll, 1965).
Elle explore 11 sousdomainesdu comportÊment
adaptatif regroupés en quatre domaines:
Communication,Aptinrdesdansla vie quotidienne,
Socialisation.L'échelle fournit égalementun score
composite(ABC: AdaptiveBelavior Composite).
Chacunde ces domainescomprenddes items (297
dansla forme ençêæ: nSurveyForm,) classéspar
ordre de difficulté croissante, çi discriminent
correctementles sujets d'un âge donné. Chaçe
sectionestdiviséeen rnuf Sriodes: de moinsde 1 an
à 18anset plus.
L'étalonnage
a portésur3000sujetsreprésentatifs
de
la populationaméricainequant au sexe, I'appartenanceethnique,la situationrégionaleet le niveau
d'éducation
desparents.
La construction
de l'échellede comportement
adaptatif obeitauxmêmesprincipesqueles testsclassiques
d'inælligenceet notammentà cellesdeséchellesde
Wechsler.Chaquenotebrute,pour un âgedonné,est
replacéedansune distribution de moyenne1(X)et
d'écarttype 15, ce qui au plan métriqueautorisela
comparaison
aveccesmêmestestsd'intelligence.
Procédure
Chaquesujeta fait l'objetd'unetriple évaluation:
.
évaluationde sonointelligence
par
conceptuelleo
l'échellede Wechslerpour Adultes- Forme
(WAIS-R),(Wechsler,
Révisée
1981,1989);
.
pratiqueD
par le
évaluationde sonuinælligence
VinelandAdaptiveBehaviorScale(VABS),
DÉCEMBRE 1998
L'administration
de l'échellenécessite
la participation
d'un adulte connaissantbien I'enfant (parent,
éducaæur).Il s'agit donc d'une hétéroévaluation.
L'administrations'est faite au coursd'un entretien
semidirectifavecleséducateurs
référents,celui de Ia
structure de jour et celui de la strucnlre
d'hébergement.
Les deux étudesportant sur des sujets français
105
(Fombonne et Achard,1993; Pry et Guillain, 1994)
donnent des résultats similaires: les noûnes
américaines semblent pouvoir être utilisées en tânt
que telles. Autrement dit les sujetsfrançais obtiennent
à la Vineland des scores comparablesà ceux qui ont
été obænuspar les sujets américains. C'est ce que
concluent Fombonne et Achard pour un échantillon
représentatf de l5l zujetsâgésde moins de 18 ans.
C'est ce que nous concluonségalement à partir des
résultats obtenus sur un échantillon de 45 enfants de
5 ans dont les criêres de stratification pour le sexe, la
catégorie socioprofessionnelledu chef de famille et
les résultats au K-ABC sont très proches de la
moyennede l'échantillon national.
Il est à noter que quelques items semblent très
sensibles au biais culturel, ceux notamment qui
concernent les pratiques linguistiqueset posent des
problèmes de traduction: citons à titre d'exemple
l'item27: (Follows instructions in "if+hm"), nSuit des
instmctionsdonnéessousla forme: si.. . alorsn:oSites
mains sont sales, alors il faut les lavern, ou bien
l'item 40 : (Use inegular pluiels), "Utilise des
pluriels irrégulierso.
La Social Adjustment Scalede Frith est une échelle
de 50 items: 25 items dits nmentalistesn
et 25 items
cnon mentalistespempruntésà la VABS. Dans cette
étude seulsles 25 items cmentalisteso
ont été utilisés
(voir tableau 1). Ces iæms, ontogénétiquementclassés
explorent les comportementsçi semblentnécessaires
à la construction d'une othéorie de I'esprit,:
proûodémonstratifs et protoimpératfs, attention
conjointe, sens de I'humour, attribution de fausse
croyance,capacitéà tricher, capacitéà s'ajuster aux
intentionsd'autrui, etc... brefdes activitésqui sonten
relation avec la capacitéà s'atftibuer et à attribuer aux
autres des oétats mentauxD (croyances, désirs,
intentions), capacité çi permet de prévoir et
d'inærpréter le comportementd'autrui ("Théorie de
I'esprit ), bref une compréhensiondes situations
sociales. La cotation pour cette échelle est la même
que pour le VABS : 2 points quand le comportement
est présentde façon stable, 1 lorsqu'il est émergent,
0 quand il ne peut être repéré.
106
læ æmpsde passationpour le VABS et le SAS abrégé
n'a pas excédéune heure en moyenne(VABS -- 40
minutes, SAS Abr. : 15 minutes). En ce qui
concerne le \ryAIS-R, pour des raisons de
fatiguabilité, de diffrculté à se concentrerde la plupart
deszujets,l'épreuvea été passéesur deux rencontres
à intervalle d'une semaineet demi environ.
ANALYSE STATISTIOI.]E
Septnotesont été retenues. Les trois notes factorielles du WAIS-R : compréhension verbale (CV),
organisationperceptive (OP) et distractibilité (Dis)
(O'Grady, 1983; Parker, 1983; Atkinson & Cyr,
1988). Les trois notesd'échelle du VABS: (communication(Com), usocialisation,(Soc),.aptitudesdans
la vie quotidieme, (AVQ), et le score total du SAS
Abrégé (ToM).
Dans ces trois épreuvesce sont les notes brutes qui
ont été retenues. Une analyse factorielle en il(es
principaux avec rotation oblique (procédéVarimax)
sur I'ensembledes septvariablesa été effectuée.Le
critère de Kaiser (valeur supérieureà 1) a été retenu
(Cattell, 1978).
nÉsur.rlrs
Dans le tableau 2 sont présentés les résultats
(moyenne,écarttype, minimum et maximum) des 3l
sujetsaux 7 variablesretenues. Dans le tableau3 est
présentéela matrice d'intercorrélations. Nous pouvons constaterque la quasi-totalitédes coefficients de
corrélation sont positifs et significatifs. Les activités
cognitives et non cognitives semblent dans le cas
présentassezpeu différenciées.La cohérenceintradomaine.WAIS-R et VABS est tout à fait conforme
aux données de la littérature. Au niveau interdomaine. deux fortes liaisons méritent d'être
signalées.
1.
La forte cohésionentreOP, Dis et Com d'une
part qui traduit une association importante
REVI.]E FRANCOPHONE DE LA DÉFICIENCE INTELLECTI.JELLE
Tableau 1
Social Adjustment Scale (Frith, 1994b)
Items Mentalistes
l)
2)
3)
4)
5)
6)
7)
8)
9)
l0)
I l)
12)
13)
14)
15)
16)
17)
18)
19)
20)
2l)
22)
23)
24)
25)
Suit le doigt ou le regard de quelç'un qui veut attirer son attentionvers un objet ou une sinraton,
Attire l'atæntiond'autruisur quelquechosequi I'intéresse(en montrant,apportânt,pointantdu doigt, etc.).
Comprerd une situationcomiçe.
Fcint de s'être fait mal (ou majore la douleur) pour manipulerI'entourage.
Adapte son comportementen fonction de I'interlocuteur (familer ou non, camaradede son âge ou adulte).
Reconnaltla trisæssechez autrui, le manifesæ.
Montre un certaindégréde curiosité(par exemple,s'arrêtepour assisterà une scènede rue).
Est capablcde comprentredessituationsoù I'on nfaitç1sirc, quetquechoseà çelqu'un.
Ioue à cache-cache.
Est capablede tricher (dansle but de gagner)à unjeu dont il connaîtles règles.
S'empareen cachetted'un objet appartenantà autrui.
Se rend compæqu'il a faitde la peineà quelqu'un.
Est capabled'avoir un comportement
spontanéde réparation(non verbal)aprèsavoir peinéquelqu'un.
Fait desconfidencesà une personnefamilièreprécise(notionde .secret,).
PrévientI'adulæsi un camarades'estfait mal.
Est capabledejouer à faire semblantd'être le pereou la mère,le docteur...
Est capablede mentir pour éviter une réprimandeou pour obtenir quelquechose.
Saitjouer aux devinettes.
Est capabledejouer un petit rôle (dansun sketchpar exemple...).
Apporæ des informations imporantes bien à propos.
Compred desexpressions
non littéralcs(figurées,ou métaphoriques,
par exemple,.hr me cassesles oreilles,).
Chercheà donner une bonneopinion de lui.
Est capablede garderun secretpendantplusd'un jour (par exemplelorsqu'il s'agitde faire une surpriseà quelqu'un).
Utilise des expressionsnon litérales (figurées)bien à propos.
Arrive à ne paspolariserune conversation
sur sesproprescentresd'intérêt.
entre processus cognitif non verbal et
mobilisation des instruments sociaux de
communication chez les sujets présentântun
retard mental, autrement dit une forte
ocognitivisation,des activités de production et
de réceptionlinguistique.
2.
Cohésionentre AVQ, Soc et ToM d'autre parr
qui traduit vraisemblablement une composante
de I'adaptation sociale, composante qui
nécessite l'association de ces trois sousdomaines.
Ces résultats sont égalementconformesà la théorie de
DÉCET,IBRE 199s
Detterman sur le retard mental (Detterman, 1987),
théorie qui postuleçe chez les personnesayant un QI
bas, la plupart desprocessusmentauxfonctionnentà
un niveau d'efficience similaire, parce que les
processuscentrauxsontaffaiblis. C'est ainsi que chez
ces sujets les intercorrélationsentre les différentes
mesuresdes formes d'intelligence étudiéessont plus
élevéesque chez les sujets ayant un QI plus élevé
(Dettermanet Daniel, 1989;Legreeet al.,1996).
Dansle tableau4, est présentéla matrice des facteurs
aprèsrotation.
Après rotation varimax et application du critère de
L07
Tableau 2
Statistiques descriptives des notes aux 7 variables
(n = 3l)
Moyenne(Ecart type) Minimum - Maximum
Compréhension
Verbale(CV)
Organisation
(OP)
Perceptive
Distractibilité(Dis)
(Com)
Communication
AptitudesVie Quotidienne
(AVQ)
(Soc)
Socialisation
.Théorieof MindD(ToM)
SO,&(6,26)40 - 66
51,25(9,11)40 -7g
47,n (6,96)39 - il
22,58(5,77)20 - 44
47,0(14,56)20 - gg
4j,5I e,Bt) 29 - 62
38,12(6,03)24 - 47
Tableau 3
Matrices de corrélations
cv
oP
Dis
Com
AVQ
soc
108
OP
Dis
Com
AVQ
Soc
ToM
.561
.555
.774
.s0s
.684
.753
.472
.498
.424
.534
.375
.505
.484
.63t
.872
.49r
.454
.316*
.431
.833
.791
REVI.JEFRANCOPHONEDE LA DÉFICIENCE INTELLECTI.JELLE
Kaiser, deux facteursobliquesexpliçent 74,3 % de
I'inertie totale. Ces deux facteurs ne sont pas
indépendants(intercorrélation de .653).
Le facteur I est un facteur qui sature les quatre
premièresvariables : CV, OP, Dis et Com. C'est un
facteur cognitivoJinguistique qui mobilise de façon
relativement indifférencié les activités cognitives de
type perceptif, attentionnel, les actes de communication verbaux et la compréhensionlinguistique.
CONCLUSION
L'ensemble de ces résultats se prête à une
modélisationdes compétenceschez I'adulte ayantun
retard mental. Le traiæment des données fait
apparaître une organisation dans laquelle on peut
repérerdeux dimensions.
.
La première est un facteur cognitif qui sature
les trois variables de la WAIS-R et la souséchelle ucommunicationodu VABS. Dans la
mesure où cette sous échelle apprécie très
exactement la manière dont le sujet utilise et
mobilise les instruments sociaux de
communication et ne prend pas du tout en
compte les aspects pragmatiques, cela ne
surprendra guère. Ces résultats sont
compatiblesavec ceux retrouvéschez l'enfant
(Carpentieriet Morgan, 1996).
.
La seconde dimension est un facteur de
socialisation qui sature les deux autres souséchelles du VABS (Vie Quotidienne et
Socialisation) et l'échelle ToM. Ce facteur
associe donc des comportements d'adaptation
nécessaireà la construction d'une conformité
sociale : dans l'acquisition de comportements
socialementvalorisésqui facilitent I'autonomie
par exemple, mais également de tous ces
comportements qui exigent un ajustement
réciproqueau partenaireet la compréhensionde
sesintentions.
Le facteur 2 est un facteur qui sature les trois autres
variables: AVQ, Soc et ToM. C'est un facteur de
nSocialisationr qui englobe tout aussi bien des
comportementsnécessairesà I'adaptation à la vie
quotidienne, aux normessociales et à I'ajustement
Tableau4
Structurede référencede la solutionoblique
(ProcédéVarimax)
OP
Dis
Com
AVQ
Soc
ToM
.637
.822
.573
-.033
.052
-.089
Facteur2
.t25
.002
-.r82
.075
.743
.648
.730
Valeur propre
% Inertie totalc
%Variance
cotllmlme
4,187
.598
.658
1,016
.145
.342
Facteur 1
cv
.39r
aux siûntions socialeset à autrui. Il est intéressantde
noter que ces comportementssemblent assez peu
ucognitivisés,.
DÉCEMBRE 1998
Il reste égalementà s'interroger sur la relation que
peuvententretenir la singularité de cette organisation
et le bas niveau des performancespsychométriques.
Si I'on pensecomme Detterman que I'organisation
des compétences sociales forme un système
complexe, mais mobilisant un nombre restreint de
processuscognitifs, on peut penserque les processus
les plus au centre des opérations du système sont
assezbien décrits par le facteur 1. Le modèleprédit
que c'est sur ces composantsque les performances
devraientêtre les plus faibles, c'est aussice que nous
constatons. Iæ facteur 2 quant à lui décrit des pro-
109
cessusprobablementplus périphèriquesqui peuvent
être moins affectés, ou mieux conservésque les
processuscentraux.c'est égalementce que nous
observons(voir Tableau2 et l'étenduedes3 échelles
cefacæur).Chezun petitnombredezujets
composant
en effet les résultatsaux échellesuAptitudesdansla
vie quotidienne,,oSocialisation,ainsiqu'aux items
TOM sontpratiquementsubnormaux.
Ces résultatset cett€modélisationde I'organisation
socialessont, d'une part conforme
descompétences
au modèleproposépar Greenspan,aveccependant
uneparticularié:dansle retârdmentalprésentépar
des zujetsadultes,cette dissociation semble beaucoup
moins marçée. En effet I'intercorrélation est importante entre les deux facteurs et la distinction entre
futelligencepratiEte et intelligence sociale est moins
nette. Elle est d'autre part conforme aux thèsesde
Dettermanselon lesquellesles corrélations entre (aptitudes, sont fonction du niveau de compétence.Chez
les personnesayantun QI bas, les procesuscognitifs
centrauxsont probablementaffaiblis, I'indifférenciation de ces aptitudesest donc beaucoupplus marquée
et les corrélationsplus élevées. Par ailleurs on peut
remarquer la conservationd'aptitudes particulières
chez certainespersonnesmentalementretardées.
TIIE ORGANIZATION OF SOCIAL COMPETENCES
WITH ADI.JLTS \ryITH MENTAL DEFICIENCY
The researchis focusedon the social competenceof 3l adultswith mental retardation.Each subject
hasurdergonethreevaluations: valuationof is cognitiveabilities(WAIS-R). Valuationof its practical
intelligence (Vineland) ard its social intelligence (Frith's scale). A factor analysis reveals an
This analysisleadsus to emphasistwo factors: a factor of
organisationof the sociatcompetence.
cognitive mental processand communication,and a factor of socialisation(constructionof social
conformity ard shareof significations).Theseresultsare debatedin Greenspanard Deuermanmodels.
Practicalinælligence,SocialIntelligence.
Key-words: Mentalretardation,Socialcompetence,
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