Nike euro2000

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Nike euro2000
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En 1998, Michael Jordan a touché officiellement 1,7 milliards de FB en sponsoring de
la part de Nike. Soit l’équivalant du salaire annuel cumulé de plus de 50.000
travailleurs indonésiens produisant des Nike.
Sponsors, promotions, publicité… le budget de communication de Nike s’élève à plus d’un
milliard de dollars par an (1,13 milliards en 1998). Misant longtemps sur le basket et le
tennis, la présence de Nike dans le football est relativement neuve. Outre le FC Barcelone et
l’Inter de Milan, Nike a sponsorisé quelques équipes nationales à l’occasion du Mundial 98,
le Brésil bien-sûr, les Pays-Bas, l’Italie, le Nigéria, la Corée du Sud, les USA. Pour l’Euro
2000, Nike assurera sa visibilité en sponsorisant les équipes nationales des deux pays
d’accueil, la Belgique et les Pays Bas. En novembre 1999, Nike a signé un nouveau contrat
de sponsoring avec la fédération de football hollandaise, assurant à cette dernière un revenu
de 200 millions de BEF par an.
Généreux sponsor, Nike est plus regardant sur ses coûts de production. Pourtant, bien plus
que derrière l’image, c’est derrière le produit que se trouvent des centaines de milliers de
travailleurs.
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Au Vietnam, les ouvriers qui travaillent pour les sous-traitants de Nike et qui se procurent
de la nourriture sur le marché le moins cher ne gagnent pas suffisamment d’argent en un
jour pour se payer un poulet d’un kilo. Le salaire d’une demi-journée suffit à peine pour
acheter une douzaine d’œufs.
Lorsque Julia Pleites travaillait pour le compte de Formosa – Evergreen sous-traitant de
Nike (et d’Adidas) au Salvador, boire du lait était un luxe : elle ne pouvait en offrir à sa
fille qu’une fois par mois. Elle travaillait pourtant 12 heures par jour et partageait une
chambre étroite avec sa mère et sa fille.
En Chine, le salaire des travailleurs de l’usine Sam Yang ne couvre pas leurs dépenses
de survie. Alors que beaucoup migrent vers les zones industrielles dans l’espoir d’alléger
la charge de leur famille et de pouvoir économiser, ils et elles sont contraints d’emprunter
de l’argent à leur famille.
En Indonésie, des travailleurs doivent tenter de survivre avec moins d’1 dollars par jour
tout en prestant jusqu’à 65 heures supplémentaires de travail par semaine.
« Nike fait tout son possible pour que les 500.000 personnes du monde entier qui fabriquent
nos produits soient payés un salaire honnête. » affirme Dusty Kidd, le directeur des “Labour
practices” de Nike dans une lettre datée du 6 octobre 1999. Un salaire honnête ? Fait-il
allusion au salaire minimum légal qui, dans beaucoup de pays, est fixé très bas, bien endessous de ce qui est nécessaire pour vivre, afin de ne pas décourager les investisseurs
potentiels ? Un salaire honnête, n’est-ce pas plutôt un revenu du travail qui permet au
travailleur et à sa famille de vivre ?… Version Nike, on est loin du compte.
A l’heure actuelle, l’Indonésie est le principal pays de production de chaussures Nike. 17
usines, employant 90.000 travailleurs y produisent 7 millions de paires de chaussures
chaque mois (sur une production annuelle mondiale de 90 millions de paires de Nike).
Comme ce fut le cas en Corée du Sud à la fin des années 1980, l’augmentation du salaire
minimum légal en Indonésie, en 1997, a bien failli provoqué le départ précipité du géant
américain. Jim Small, porte-parole de Nike, a alors déclaré « s’inquiéter de l’impact sur le
marché [des contrats de sous-traitance]». Selon lui l’Indonésie risquait « d’être bientôt hors
de prix. »… Le salaire minimum légal était passé de 2,26 $ à 2,47 $ par jour (de 90 FB à 98
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D’après le dossier réalisé pour la campagne « Euro 2000 – Droits de l’Homme, droit au but » par la Schone
Kleren Kampagne (Pays-Bas)
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FB) ! … Avant de chuter jusqu’à l’équivalent de 50 cents lors de la crise asiatique du fait de
la dévaluation de la roupie indonésienne.
Belle illustration de la politique d’approvisionnement que Nike a élevé comme un modèle,
copié par les autres fabricants de chaussures de sport : recours à la sous-traitance et
création d’un marché concurrentiel d’approvisionnement assurant des coûts de production
faibles et une grande flexibilité (voir encadré).
Code de conduite : coup de cœur ou coup de pub ?
Depuis quelques années, Nike est la cible d’un large mouvement d’opinion qui exige de la
société qu’elle intègre le respect des droits des travailleurs dans sa politique
d’approvisionnement. Dès 1992, Nike a répondu à cette pression en se dotant d’un code de
conduite, complété et amélioré à plusieurs reprises. Cependant, Nike n’a jamais répondu
sérieusement à l’exigence d’un contrôle indépendant qui garantirait la réelle mise en œuvre
de ce code auprès des sous-traitants.
Mais quel que soit le contenu de ce code, quelle que soit l’état de la polémique sur la validité
des contrôles effectués, le seul critère qui compte est l’impact de ces démarches sur les
conditions de travail et sur les travailleurs. Et de ce côté-là, les résultats sont excessivement
maigres. Si des améliorations sont effectivement relevées en matière de sécurité et
d’hygiène, il n’y a pas d’avancée en matière de salaire, pas de diminution des heures
supplémentaires excessives et obligatoires, aucun encouragement, aucune démarche pour
reconnaître ou faciliter l’organisation des travailleurs ou le résultat de négociations
collectives.
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Nike
une politique d’approvisionnement
qui s’apparente à la loi de la jungle
Nike a très tôt sous-traité sa production dans des pays où le faible niveau d’éducation, la
mise au travail en bas âge, le manque d’emplois et le climat anti-syndical créaient un
environnement propice au maintien de salaires très bas. Dès 1976, Nike localise la
production de ses chaussures à Taïwan et en Corée du Sud. Depuis les années 80 d’autres
pays ont tour à tour émergé, proposant une main-d’œuvre à chaque fois meilleure marché :
le Bangladesh, la Chine, l’Indonésie, la Thaïlande et le Vietnam. Au début des années 90,
Nike relocalise progressivement ses activités dans ces pays. Aujourd’hui, outre l’attirance de
la Chine, l’Europe de l’Est pourrait se dessiner comme une zone de production intéressante
pour certains produits de la marque.
Nike réalise d’autant plus facilement des relocalisations de sa production qu’il n’est pas
propriétaire des usines qui produisent pour lui. La marque entretient cependant des contacts
étroits avec ses fournisseurs. Pour devenir un sous-traitant de Nike, une entreprise doit
prouver ses compétences, montrer qu’elle est capable de fabriquer un produit fini en suivant
les spécifications et le modèle dicté par Nike. L’entreprise candidate, paye une licence à la
marque et se soumet à une période probatoire de 2 à 3 ans durant lesquels elles doit offrir
les meilleures conditions possibles afin d’obtenir les commandes de Nike. Chaque mois,
Nike examine les performances de l’entreprise et peut à chacune de ces occasions retirer sa
licence.
Nike encourage et assiste ses sous-traitants pour trouver de meilleurs sites de production.
Cela se traduit par des fermetures et des ouvertures fréquentes d’usines et par autant de
licenciement et d’engagements massifs de travailleurs. Et cela explique par ailleurs le fait
que bon nombre de propriétaires d’usines produisant des Nike en Chine, en Indonésie, voire
en Amérique centrale sont des Sud-coréens ou des Taïwanais, les sous-traitants de la
première heure.
La description du système d’approvisionnement de Nike ne serait cependant pas complète si
on omettait la sous-traitance en cascade. Car dans sa chaîne de production, Nike n’est pas
le seul à sous-traiter. Les sous-traitants sous-traitent à leur tour. En Chine par exemple,
beaucoup de grandes entreprises font produire une partie de leurs commandes par de plus
petites unités voire dans des entreprises villageoises. Très atomisées, difficiles à contrôler
voire même à identifier, ces petites unités de production entretiennent souvent des
conditions de travail encore plus mauvaises que dans les unités plus grandes. Autre
exemple en Thaïlande, avec l’usine Par Garment. Alors que le chiffre d’affaires de cette
entreprise n’a cessé d’augmenter ces dernières années, le nombre de travailleurs n’a pas
arrêté de diminuer. La plus grande partie de la production est maintenant sous-traitée à des
entreprises de plus petite taille où faute de pouvoir s’organiser en syndicat les travailleurs ne
peuvent pas faire respecter leurs droits.
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