Inégalités de santé mentale : perspective européenne et des
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Inégalités de santé mentale : perspective européenne et des
Congrès national des Observatoires régionaux de la santé 2008 - Les inégalités de santé Marseille, 16-17 octobre 2008 Inégalités de santé mentale : perspective européenne et des politiques publiques Congrès FNORS Marseille 2008 Institut Santé et Société Vincent Lorant C’est un plaisir pour moi d’être ici ce matin, et c’est un plaisir d’autant plus grand car c’est la première fois que j’ai l’occasion de partager avec mes voisins du sud les recherches que j’ai réalisées dans le domaine des inégalités de santé mentale. Ce sont des recherches qui dépassent largement le cadre de la Belgique et qui sont en général plutôt des recherches européennes. Je trouve donc que c’est une belle occasion de saluer la possibilité d’avoir des approches et des séminaires scientifiques qui réunissent non seulement des chercheurs mais aussi des praticiens, au-delà des frontières. Objectifs • Nature des liens entre position sociale et santé mentale • Politiques publiques pour réduire les inégalités de santé mentale Institut Santé et Société Je vais essayer de répondre à deux grandes questions. La première, c’est quelle est la nature de la causalité entre position sociale et santé mentale. C’est un élément très important parce que si l’on veut concevoir des politiques publiques et si l’on veut concevoir des interventions, on peut se dispenser d’une réflexion sur la nature de la causalité ou la nature des liens entre ces deux là. J’essaierai à cet égard d’être relativement parcimonieux en ce qui concerne les données, les chiffres portant sur les inégalités de santé mentale et au contraire je vais essayer de décomposer cette relation pour essayer de mieux comprendre à quel type de causalité elle obéit. J’en viendrai ensuite à la question des politiques publiques c’est-à-dire les interventions ou des mécanismes qui nous permettent de réduire ces inégalités de santé. Alors il y a un lien naturellement entre la première et la deuxième question. Vous pouvez concevoir des politiques publiques efficaces et efficientes que si vous avez une bonne connaissance de la causalité. Inversement, les politiques publiques et les interventions sont utiles pour avancer dans la causalité. Il ya deux choses que je ne ferai pas. La première c’est entrer dans des considérations méthodologiques, et la seconde c’est entrer dans l’épidémiologie psychiatrique. Donc je n’aborderai pas ici la question de la prévalence des maladies dans les populations. Sociologue intéressé et actif dans le domaine des inégalités de santé mentale, c’est à ce titre que j’interviens aujourd’hui. Plan • Comprendre les inégalités de santé mentale en Europe – – – – Ampleur Décomposer les inégalités Sens de la causalité Dimension longitudinale • Les politiques publiques – Modèle de la commission OMS des déterminants sociaux – Equité dans les soins de santé mentale Institut Santé et Société Première partie : Comprendre les inégalités de sante mentale 2 Ampleur des inégalités de dépression Andrews 2001 Eaton 2001 Araya 2001 Meyer 2000 Bracke 2000 Miech 2000 Andrade 2000 de Snyder 1999 Le Pape 1999 Turner 1999 Bhagwanjee 1998 Kylyc 1998 Bijl 1998 Reijneveld 1998 Weich 1998 Weich 1998 Weich 1998 Muntaner 1998 Cho 1998 Lewis 1998 Caraveo 1997 Fichter 1997 Lynch 1997 Abas 1997 Goering 1996 Kovess 1996 Lehtinen 1994 Kessler 1994 Regier 1993 Surtees 1993 Horwath 1992 Dohrenwend 1992 Wittchen 1992 Murphy 1991 Murphy 1991 Murphy 1991 Rodgers 1991 Carta 1991 Sargeant 1990 Cockerham 1990 Hollifield 1990 Ulbrich 1989 Ross 1989 Cheng 1988 Romans 1988 Hodiamont 1987 Vazquez 1987 Kaplan 1987 Kaplan 1987 Canino 1987 Mavreas 1986 Ross 1985 Halldin 1985 Noll 1985 Brown 1984 Husaini 1981 Brown 1981 Bebbington 1981 Eaton 1981 Wheaton 1980 Meta_persistence Meta_incidence Meta_prevalence • 56 études de population sur la dépression • Inégalités socio-économique dans la prévalence : 1.81 (OR) • Inégalités dans l’incidence : 1.24 (OR) • Inégalités dans la persistence 2.06 (OR) 0.1 Source : Lorant, Am J Epi 2003 0.5 1.0 2.0 10 Institut Santé et Société Dans une revue de la littérature que l’on a faite en 2003, nous avons recensé sur l’ensemble de la planète plus de 50 études de populations qui permettaient de comprendre, d’analyser les inégalités de santé mentale. Et comme vous voyez, la majorité de ces études conduisaient à des résultats se trouvant du côté droit de la figure suggérant que globalement les populations les plus précaires ont un risque de dépression beaucoup plus élevé que les populations les moins précaires. En synthétisant ces 50 études qui prenaient principalement l’Amérique du Nord et l’Europe, nous avons observé que le groupe social le plus modeste avait un risque de dépression 80% supérieur à celui du groupe social le plus favorisé. Ce qui est également intéressant et l’on avance ici dans la compréhension de ces inégalités, c’est que lorsqu’on prenait l’incidence ou les inégalités en matière d’incidence, c’est-à-dire le risque de faire un premier épisode de dépression, ces inégalités étaient beaucoup plus faibles. Par contre, si l’on s’intéressait aux inégalités en matière de persistance de troubles psychiatriques, c’est-à-dire soit de faire un deuxième épisode soit d’avoir des épisodes plus longs, les inégalités croissaient. Ceci nous donne déjà une indication intéressante sur la nature des inégalités de santé, moins dans le déclenchement de l’événement, moins dans le déclenchement de l’épisode, et plus dans la durée et la persistance de l’épisode. 3 Décomposition des inégalités : dépression • Inégalités plus élevées pour les prévalence ponctuelle (1-mois) que pour les prévalences sur la vie • Inégalités croissent avec la comorbidité • Inégalités croissent avec la sévérité • Inégalités très hétérogènes d’une étude à l’autre • Inégalités dépendent du contexte – Plus élevées aux USA qu’en Europe – Très variables en Europe Institut Santé et Société Continuons si vous le voulez à décomposer ces inégalités. Elles sont beaucoup plus élevées pour des prévalences estimées sur des périodes relativement courtes et beaucoup plus faibles si vous prenez des prévalences calculées sur la vie. A nouveau, ceci est cohérent avec le résultat antérieur. On a également observé, en particulier dans les études épidémiologiques menées aux Etats-Unis, je pense à la National Comobirdity survey ou à Epidemiologic Catchment Area (ECA) Survey of Mental Disorders que les inégalités sont particulièrement prononcées pour les troubles commorbides, c’est-à-dire des profils cliniques où les patients combinent plusieurs troubles. Typiquement, dépression et assuétude, dépression et anxiété. C’est très intéressant, parce que cela veut dire que si l’on veut s’attaquer aux inégalités de santé mentale, il faut des approches cliniques spécifiques. Les inégalités de santé mentales croissent également avec la sévérité. Ce qui veut dire que si l’on veut s’attaquer aux inégalités de santé mentale, il faut prêter attention à tout l’impact de la maladie sur la vie quotidienne des patients. Par contre, ce que l’on a également trouvé, c’est que ces inégalités sont très hétérogènes, les points allaient dans tous les sens. Et elles sont, entre autre, très hétérogènes d’un point de vue géographique. 4 Suicide selon l’instruction : Europe (OR) 2.8 2.6 Suicide in Low educ vs. high educ (OR) 2.4 2.2 2.0 1.8 1.6 1.4 1.2 1.0 0.8 0.6 0.4 f m f m f m f m f m f m Austria BarcelonaBelgium Denmark England Finland f m Turin f m f m f m Madrid NorwaySwitzerland ' Source : Lorant, Social Science and medecine 2005 Par exemple, on a constaté que des pays comme les Etats-Unis, avaient des inégalités en matière de santé mentale beaucoup plus prononcées que les pays européens. Ceci dit, au sein même de l’Europe, nous avons constaté des grandes disparités. Ratio de 1, ce qui signifie qu’il n’y a pas de différence supérieure à 1, ce qui veut dire que le risque est plus élevé dans les populations avec des niveaux faibles d’éducation. Qu’est-ce que vous constatez ? Vous constatez 3 choses. Vous constatez d’abord que globalement, dans l’ensemble des pays ou des villes européennes que nous avons investiguées, vous constatez que les autres ratios sont supérieurs à 1 chez les hommes. Autrement dit, les inégalités en matière de suicide constituent globalement un phénomène également présent en Europe. Et vous constatez qu’au sein de l’Europe qui globalement a des systèmes de protection sociale relativement généreux, il y a de grosses disparités. Regardez en particulier ce qui se passe à Turin et au Danemark. Pourquoi comparer deux pays aussi différents ? Tout simplement parce que le Danemark et l’Italie sont deux pays pionniers dans le domaine de la santé mentale et en particulier deux pays qui ont fort investi dans l’intégration du système de santé mentale de première ligne. Qu’est-ce que vous constatez, le Danemark et la ville de Turin ne présentent aucune inégalité en matière de suicide ou une inégalité très faible. 5 Direction de la relation “Le consensus (…) est que l’association entre statut socio-économique et dépression est dû pour l’essentiel à de la causalité tandis que la relation avec la schizophrénie comporte un effet de sélection” Muntaner et al, Epid Rev 2004 Institut Santé et Société En ce qui concerne la causalité, c’est une question très intéressante pour les chercheurs. Et pendant une dizaine d’années les chercheurs se sont disputés sur cette question pour savoir dans quel sens allait la relation. Est-ce que je suis malade parce que je suis pauvre, autrement dit, la théorie dite de la causalité. Ou est-ce que je suis pauvre parce que je suis malade, la théorie dite de la sélection. Alors globalement Muntaner a conclu dans un article, qui est considéré comme une relativement bonne référence dans le domaine, que le consensus et que l’association entre le statut socioéconomique et la dépression est dû, pour l’essentiel, à de la causalité. La position sociale influence le risque de dépression. Mais par contre, pour la schizophrénie on doit reconnaître qu’il y a une relation de sélection. C’est-à-dire qu’ici la maladie influence la position sociale. Alors, cela est intéressant parce que l’on sort des débats idéologiques causalité-sélection. On sort des débats idéologiques et l’on reconnaît que la nature du trouble peut également requérir des approches spécifiques. On doit oublier l’idée d’une baguette magique pour s’attaquer aux inégalités de santé. 6 Inégalités au fil du temps • Le risque de trouble psychiatrique est-il lié à des déterminants socio-économique – Présents ? – Passés ? • La classe sociale des parents influence le risque à l’âge adulte (Power SSM 2002; Ritsher BJP 2001; Laaksonen, IJE 2007 ) • L’influence des changements de revenu sur la dépression est significative mais plus faible que dans les études transversales (Benzeval SSM 2001; Lorant BJP 2006; Power SSM 2002) • Les facteurs sociaux passés et présents agissent sur le risque de trouble psychiatrique – – Interventions sur les facteurs présents Intervention sur les facteurs de cycle de vie Institut Santé et Société Un autre point sur lequel je ne vais pas m’attarder beaucoup, puisqu’il a été abordé très longuement par l’orateur précédent, ce sont les inégalités au fil du temps. A cet égard, il y a deux grandes hypothèses qui sont en conflit. Est-ce que le lien entre position sociale et santé mentale est un lien ponctuel, immédiat ? Autrement dit, est-ce qu’une variation, dans votre position sociale au temps t, influence votre état de santé mentale au temps t. Cela, c’est toute la théorie des facteurs présents. Ou est-ce qu’au contraire c’est votre position sociale à la naissance, à l’adolescence, lié au statut social de vos parents qui va avoir une influence sur votre risque de santé mentale à l’âge adulte ? C’est toute la théorie du life cycle, du cycle de vie. Ce sont deux hypothèses très importantes, parce que naturellement les politiques publiques que vous mobiliserez dans le premier cas seront différentes des politiques publiques que vous mobiliserez dans le second. Que nous dit la recherche ? La recherche nous dit que la classe sociale des parents constitue un prédicteur très important sur le risque de dépression à l’âge adulte. Autrement dit, il faut, pour s’attaquer aux inégalités de santé mentale, avoir des politiques sur le cycle de vie. Cependant la recherche et entre autre les miennes nous disent que l’influence du changement du revenu à court terme a une influence faible mais une influence sur le risque de dépression. Alors, ce qui est très intéressant, c’est que la recherche montre que les études transversales ont des inégalités plus importantes que les études longitudinales. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’il y a des traits qui sont invariants dans le temps qui médiatisent l’influence entre position sociale et santé mentale. Il nous faut donc des politiques, tant sur les facteurs présents et des politiques sur les facteurs du cycle de vie. 7 Plan • Comprendre les inégalités de santé mentale en Europe – – – – Ampleur Sens de la causalité Dimension longitudinale Effet de contexte • Les politiques publiques – Modèles de la commission OMS des déterminants sociaux – Equité dans les soins de santé mentale Institut Santé et Société J’en viens à la dernière partie de mon exposé sur les politiques publiques. A cet égard, je vais mobiliser ici un modèle qui est en train de devenir relativement populaire dans le domaine de la santé publique qui est le modèle de la commission sur les déterminants sociaux de l’OMS, qui a été publié récemment, si je ne me trompe, au mois d’août 2008. J’en viendrai également à un aspect très spécifique, qui est celui des soins de santé. Car de manière assez étonnante, lorsqu’on parle des inégalités de santé mentale, tout le monde pense, soins de santé mentale. Je ne suis pas psychiatre mais néanmoins, on peut constater que dans ce domaine, la recherche et la réflexion tendent à se focaliser seulement sur un aspect des politiques publiques, les soins de santé mentale. Ce n’est pas le seul aspect comme les modèles de la commission OMS le montrent, mais néanmoins je m’y arrêterai. 8 Politiques et inégalités Position sociale Politiques : Politiques : soins, antistigma et discrimination marché du travail, lutte contre la pauvreté, allocations, prévention Santé mentale Institut Santé et Société Je voudrais vous rappeler le lien entre cette question, entre causalité et politique publique. Rappelez-vous ce que j’ai dit dans la première partie de mon exposé. Si vous êtes avec une relation de causalité, autrement dit, vous êtes malade parce que vous êtes pauvre, la position sociale influence la santé mentale. De quoi avez-vous besoin ? Vous avez besoin dans ce cas là de politiques focalisées, par exemple, sur le marché du travail. Vous avez besoin de politiques focalisées sur la lutte contre la pauvreté. Vous avez besoin de politiques de redistribution de revenus, de transfert et vous avez besoin de politiques de prévention. Par contre, si vous êtes plutôt avec une relation dite de sélection, c’est-à-dire, je suis pauvre parce que je suis malade, là vous avez besoin d’autre chose. Vous avez besoin de politiques focalisées sur les soins, vous avez besoin de politiques qui luttent contre la stigmatisation des malades mentaux. Et vous avez besoin aussi de lutte contre la discrimination des malades mentaux, en particulier sur les milieux du travail. C’est une précision importante. La commission OMS des déterminants sociaux Alors la commission OMS des déterminants sociaux a sorti son ouvrage qui a fait l’objet de pas mal d’analyses et de travaux de recherche, « Combler le fossé en une génération » et je vous invite à consulter cet ouvrage si vous êtes plutôt des acteurs de terrain, des responsables politiques, des décideurs, c’est un document qui est extrêmement centré sur ce qu’il faut faire pour réduire les inégalités. C’est considéré, dans ce domaine, comme la référence en matière des politiques publiques sur la réduction des inégalités de santé pas seulement santé mentale, tous types de troubles confondus. C’est un ouvrage que l’on devrait trouver à l’entrée de cette salle. Alors la commission OMS sur les déterminants de santé, nous propose un cas très général à cinq niveaux et j’insiste sur cinq niveaux. 9 Politiques sur les soins • Intégrer les soins de santé mentale dans la 1ère ligne • Soins de santé mentale culturellement spécifique Institut Santé et Société WHO, closing the gap, 2008 Premier niveau, le contexte plus général macro-social, c’est-à-dire toutes les politiques publiques, la culture, l’organisation de la société, les valeurs. Deuxième niveau, les differential exposures, c’est-à-dire tout ce qui affecte la distribution inégale des ressources, qu’elle soit monétaire, éducative, professionnelle. Troisième niveau, les différences de vulnérabilité c’est-à-dire toutes les politiques de prévention primaires et secondaires qui réduisent la fragilité des individus. Quatrième type de politique, tout ce qui touche plutôt aux soins de santé, c’est-à-dire tout ce qui permet à épisode donné, de prendre en charge les problèmes de santé des individus. Et dernier niveau, que l’on a tend souvent à oublier surtout dans beaucoup de pays Bismarckiens, c’est-à-dire toutes les politiques qui visent à réduire les conséquences de la maladie sur la réalité sociale des individus. Venons-en, si vous voulez bien, à un thème qui est très populaire, les politiques en matière de soins de santé mentale. De ce côté-là, l’OMS en retient deux. J’y reviendrai un peu plus longuement. Mais l’OMS suggère que si l’on veut réduire les inégalités de santé mentale, il faut d’abord intégrer les soins de santé mentale dans la première ligne. Les soins de santé mentale ne sont pas d’abord des soins de spécialité, ce sont d’abord des soins à mettre en œuvre à travers la première ligne. Deux, et c’est un thème qui naturellement a une résonance particulière pour des pays comme la Belgique ou la France, sur des difficultés à reconnaître que la position sociale, c’est aussi l’appartenance ethnique, il faut développer des soins culturellement spécifiques. Les britaniques sont beaucoup plus en avance que nous de ce côté-là. 10 Inégalités et soins de santé mentale • Paradoxe de la santé mentale : dépenses élevées, faible couverture – Faible taux de couverture (20-30%) parmi les patients (Alegria, Arch Psy, 2000) – Europe : 1 patient sur 2 recourt aux soins, ¼ à des soins de santé mentale (Alonson, 2007) • • • • Parmi les patients peu d’inéquité socio-économique dans la propension d’une utilisation Parmi les patients, inégalités dans le type de filière mobilisée Importance du type de système de soins (Alegria, Arch Psy, 2000; Alonson 2007) Peu d’inéquités dans l’utilisation au sein des système Bismarckiens • Les pays avec gatekeeping ont plus d’inéquités dans les soins spécialisés • Les pays du modèle scandinave ne présentent pas moins d’inégalités de santé (Macenbach, NEJM 2008) que les autres pays européens (Alonson, 2007) (Van Doorslaer, 2004) Institut Santé et Société Venons-en si vous le voulez bien, à la question des inégalités et soins de santé mentale. C’est un grand paradoxe. Le secteur de soins de santé mentale, est un des secteurs avec des dépenses très élevées. Dépenses très élevées mais faibles couvertures. L’ensemble des études épidémiologiques, qu’elles soient réalisées en Amérique du Nord, au Pays Bas, ou au Canada montrent grosso modo, qu’entre 20 et 30% des patients ont utilisé un soin au cours de l’année. La majorité des patients n’ont aucun recours à des soins qu’ils soient des soins en première ou en deuxième ligne. Et les données plus récentes de l’étude réalisée en Europe confirment ces résultats. Un patient sur deux a eu un recours. Et seulement un patient sur quatre a eu des recours dits « spécialisés », de soins de santé mentale proprement dit. En ce qui concerne, les iniquités, c’est-à-dire une violation du principe d’équité horizontale, on constate qu’il y a peu d’iniquité socioéconomique dans la propension d’utilisation. Autrement dit, le fait de recourir au système de soins présente peu de différences sociales. Par contre, là où les inégalités apparaissent, c’est dans la filière de soins qui est utilisée. Autrement dit, les populations plus modestes utilisent de la médecine générale et des soins primaires alors que les populations plus favorisées utilisent des soins de médecine de spécialité. C’est dans les filières de soins que se créent les inégalités. Est-ce que les pays ont tous les mêmes résultats en matière d’inégalités de santé mentale. Force est de constater que les Hollandais s’y prennent différemment des Français, des Belges, des Canadiens, des Américains. Alegria, dans un article qui est considéré comme une référence, en 2000 répond oui : il y a des pays, qui ont beaucoup plus d’inégalités les uns que les autres. En particulier, dans l’effet des filières. Il y a relativement peu d’inégalités au sein des systèmes Bismarckiens, c’est-à-dire en France, en Allemagne, en Belgique. Par contre, les pays qui instaurent un système d’échelonnement, ou gatekeeping, c’est-à-dire qui conditionnent le recours à la filière de spécialité à un passage préalable à la médecine générale, ces pays de manière très étonnante et paradoxale présentent plus d’iniquité dans les soins de spécialité. Pourquoi ? Tout simplement parce quand vous instaurez de l’échelonnement (du gatekeepling), la population plus favorisée a la capacité de se doter d’assurance complémentaire qui lui permet de ne pas effacer le système de couverture obligatoire. Et l’étude de Macenbach, publiée dans le New England Journal of Medecine en 2008 conclut que les modèles scandinaves, des modèles très « égalitariens » au niveau de la protection sociale ne présentent pas moins d’inégalités que les autres pays européens. 11 Equité dans la qualité des soins • La qualité des soins est moindre pour les groupes moins favorisés (Lorant, Acta 2003;Young, Arch Psy 2001) • Psychothérapie moins fréquente (Lorant 2003, Weich 2007, Mc Guive 2008) • Plus faible réponse au traitement pharmaco et psychothérapeutique (Cohen, arch.Psy 2006) • Traitement contraint plus fréquent chez les minorités ethniques (Lorant, soc psy psy epid 2007) Institut Santé et Société Par contre, on sait de la recherche qu’il y a énormément d’inégalités, d’iniquités plus exactement dans la qualité des soins. La qualité des soins est moindre pour les groupes moins favorisés, au sein de l’hospitalisation ou en dehors de l’hospitalisation. On fait beaucoup moins de psychothérapie avec eux. Ils ont une réponse plus faible au traitement pharmacologique et psychothérapeutique. Et également, de manière assez étonnante, les soins contraints qui sont relativement fréquents dans le secteur psychiatrique (de l’ordre de 10% en Belgique), sont beaucoup plus fréquents chez les minorités ethniques. 12 Politiques d’intégration • Intégration des malades mentaux sur le marché du travail • Soutenir les aidants naturels • Anti-stigma Institut Santé et Société Je terminerai sur une politique qui me semble très importante, le dernier niveau qui concerne les politiques d’intégration. Autrement dit, après avoir pris en charge les malades à travers les soins, il faut veiller aux conséquences de la maladie et les politiques de réduction des inégalités doivent également viser à réduire l’impact de la maladie sur la vie sociale des patients. Et entre autre, une des politiques que l’OMS recommande à cet égard, c’est l’intégration des malades mentaux sur le marché du travail. Cela laisse à penser que toutes les politiques qui visent à offrir des allocations d’incapacité ou d’invalidité aux malades mentaux ne constituent peut-être pas la meilleure approche de ce problème. Et qu’au contraire, il faudrait amener à garder les malades mentaux, les malades psychiatriques, sur le milieu du travail, ce qui demande des approches assez spécifiques, entre autre, sur le milieu du travail. Et soutenir les aidants naturels qui sont, en définitive, les premiers professionnels de la santé. En ce qui concerne les politiques préventives, on sait que par exemple, tout ce qui se centre sur les politiques mère-enfant, les politiques d’éducation préscolaire, dans les pays anglosaxons, tout l’enseignement maternel, dans les pays comme la France et la Belgique, sont des politiques de réduction des inégalités de santé mentale. Et vous avez aussi des politiques qui visent les milieux de vie (référence à l’intervention de A. Diez-Roux). 13 Politiques préventives • Programme d’aide à la petite enfance et à la relation mèreenfant • Soutenir les aidants naturels Institut Santé et Société • Programme de cohésion sociale • Régénération urbaine • Prévention de la violence • Soutien aux familles Institut Santé et Société • Stratégie de réduction des inégalités • Politiques sociales / éducatives Institut Santé et Société 14 Institut Santé et Société Toutes les politiques, par exemple de régénération urbaine (il y a un article très intéressant de A. Diez-Roux publié dans le Journal of Epidemiology and Community Health, qui fait un peu la synthèse des effets contextuels sur la santé mentale. Toutes les politiques de régénération urbaine sont des politiques de réductions des inégalités de santé mentale, même si elles se trouvent dans les portefeuilles d’un autre Ministère. Et je conclurai en vous mentionnant que certains pays européens ont édicté des stratégies, des stratégies de réductions des inégalités, celles de la Grande Bretagne ont été mentionnées largement hier. Les Danois également ont promu une stratégie, les EtatsUnis dans le fameux Healthy People 2010 et l’OMS. 15 Conclusion • Le risque de trouble psychiatrique varie inversement avec le statut socio-économique • L’inégalité est générale mais hétérogène • L’inégalité traduit de la causalité à court et à long terme • L’inégalité croît avec la durée et la sévérité de l’épisode • Le sens de la causalité dépend du type de trouble • La contribution des soins aux inégalités : résultats paradoxaux • Politiques publiques – en amont et en aval – Soins et déterminants sociaux – Stratégie générale Institut Santé et Société Le risque de troubles psychiatriques varie inversement avec le statut socio-économique. On est ici face à une inégalité qui est d’ordre général mais hétérogène. L’inégalité traduit à la fois de la causalité à court terme et à la fois de la causalité à long terme. L’inégalité croit avec la durée et la sévérité de l’épisode. Ce qui veut dire que si l’on veut prendre en charge les inégalités de santé mentale en milieu psychiatrique, il faut des approches cliniques spécifiques. Le sens de la causalité dépend du type de troubles. Autrement dit, on n’a pas de baguette magique dans ce domaine là. Et d’une maladie à l’autre, il faut des politiques publiques, il faut des stratégies appropriées. En ce qui concerne les soins de santé mentale, on est face à un résultat très paradoxal, tant au niveau micro des soins eux-mêmes, tant au niveau macro en ce qui concerne les politiques sociales et en particulier le système de protection sociale. Et d’une manière générale, les politiques publiques doivent intervenir tant en amont des soins de santé, et en aval des soins de santé. Et pas seulement sur les soins de santé. Il faut également viser les soins mais également les déterminants sociaux de la santé mentale, et avoir des stratégies générales qui permettent de mobiliser l’ensemble des acteurs publiques impliqués dans cette question. Je vous remercie. 16