Le 3 décembre 1916 : à bord d`un sous

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Le 3 décembre 1916 : à bord d`un sous
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> 1916 > Le 3 décembre 1916 : à bord d’un sous-marin allemand - Le 22 février 2017 - 05h27
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Le 3 décembre 1916 : à bord d’un sous-marin allemand
Le 3 décembre 2016
Consciente de la supériorité navale du Royaume-Uni, l’Allemagne n’a guère osé affronter de plein front les nuées de navires ennemis. À
cela, elle préfère des frappes sporadiques et limitées, censées asphyxier l’économie des Alliés.
Pourtant, jusqu’en 1915, seuls les navires de guerre sont pris pour cible. Mais l’accentuation du blocus maritime décrété par les Britanniques
crispe la circulation en mer. Les flots ne tardent pas à se transformer en eaux troubles. Le 7 mai 1915, le Lusitania sombre sous les torpilles
allemandes, entraînant la mort de presque 1 200 victimes civiles. D’autres "accidents" s’ensuivent, faisant naître une colère sourde, jusqu’au 18
septembre 1915 où les U-Boot reçoivent l’ordre de cesser toute action offensive.
Pour éviter de s’attirer les foudres des États-Unis, 1916 est marquée par des attaques allemandes moins éclatantes, mais plus fréquentes sur
de faibles cibles. La prise d’otage du Primevère, relatée ci-dessous, en est un bon exemple.
1917 constitue en revanche un tournant décisif dans la guerre sous-marine, ce qui va avoir des conséquences déterminantes pour la suite de la
guerre en général. Guillaume II (deux) suit les idées de son état-major qui souhaite déclarer la guerre sous-marine à outrance, dans le double
but d’acculer le Royaume-Uni à la reddition par la rupture de ses approvisionnements et de renoncer aux coûteux combats sur le front de
l’Ouest, quitte à provoquer les États-Unis.
Un malheureux coup de poker...
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À bord d’un sous-marin allemand
L[a] goélette Primevère, armateur M. (Monsieur) Chatelain, de Saint-Valéry, patron Legentil, voguait
tranquillement vers Mortagne, avec une cargaison de charbon, lorsqu’il rencontra à sept heures
quarante-cinq du matin, à l’entrée de la Manche, le sous-marin UB-39, portant à l’avant une cocarde
aux couleurs allemandes, peinte sur sa coque grise.
L’équipage du Primevère dut, avec son canot, se rendre immédiatement à bord du sous-marin.
À peine l’embarcation avait-elle accosté l’UB-39,que quatre Allemands l’utilisèrent pour aller piller,
puis couler le navire à l’aide de trois bombes. Au retour, la frêle embarcation, chargée de sacs de
pommes de terre, de jambons et d’effets, mal dirigée par les Allemands, heurte violemment le
sous-marin, s’y fait une voie d’eau importante et disparaît sous les flots.
L’équipage de la goélette, composé de six hommes, reste donc sur le pont du sous-marin. Avant de
remettre en route, les Allemands dégagent les gouvernails engagés dans des morceaux de filets
métalliques arrachés à un barrage, puis le commandant fait descendre dans le sous-marin ses prisonniers
involontaires, et le navire ne tarde pas à plonger.
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Vers midi l’on sert aux Français, dit un rapport officiel, le même menu qu’à l’équipage, purée de pois
chaude avec jambon pris sur la Primevère, eau, pain bis assez frais. La cuisine est faite sur un réchaud
électrique. Le patron Legentil échange quelques phrases avec un matelot allemand, parlant français
correctement et qui lui apprend que le sous-marin, en croisière encore pour dix jours, a déjà attaqué
trente navires.
Dans le courant de l’après-midi, le sous-marin attaque à coups de canon trois vapeurs anglais. Chacune
des attaques fut suivie d’une plongée tellement rapide que les hommes durent "se cramponner" pour ne
pas tomber. À cause du roulis, le tir des vapeurs était plus juste que celui du sous-marin.
Le soir arrive : même menu qu’à midi. On fait ensuite monter sur le pont les marins français, pour
qu’ils puissent prendre l’air, et qui se demandent anxieusement si l’on ne va pas les noyer purement et
simplement. Cinq minutes après la promenade prend fin. À huit heures du soir, le sous-marin descend
très bas ; les moteurs sont mis à la vitesse la plus réduite. La nuit se passe ainsi. Le lendemain à six
heures du matin, l’UB-39 remonte en surface. La journée se passe sans autre incident qu’une nouvelle
attaque infructueuse contre un navire allié. Déjeuner et dîner comme la veille, personne n’est brutal
avec les Français. Ils commencent à se demander comment finira, pour eux, cette croisière imprévue
autant que périlleuse.
Le soir vers sept heures, nouvelle alerte, trois coups de canon sont tirés, cinq minutes se passent et un
quatrième coup retentit, puis le commandant, du haut du kiosque, crie :
- En haut les Français, tous !
L’équipage de la goélette monte aussitôt sur le pont, le temps est superbe, un très beau clair de lune
éclaire les flots et les côtes d’Ouessant apparaissent dans le lointain. À une centaine de mètres se dresse
la masse sombre d’un navire immobile ; c’est le vapeur danois Omsk, dont une embarcation avec son
second est accostée le long du sous-marin. Le commandant fait embarquer les Français dans la
chaloupe en leur souhaitant bonne chance ; il ajouta même, dans un français parfait, avec un sourire
ironique et méprisant :
- On ne vous défend même pas sur vos côtes.
On devine sans peine quel soupir de soulagement poussèrent les hommes de la Primevère en mettant le
pied sur le vapeur. Il y avait 35 heures qu’ils étaient prisonniers du sous-marin.
Le commandant allemand avait poussé l’amabilité jusqu’à prier le commandant danois de bien les
traiter, car, avait-il dit, "ce sont des braves gens". Le lendemain à deux heures de l’après-midi, les
"rescapés" de la Primevère débarquaient enfin à Dartmouth. Ils étaient sauvés.
L’UB-39, ses vingt hommes d’équipage, ses deux officiers et son commandant, le lieutenant de
vaisseau Küstner, continuèrent leurs croisières jusqu’au 17 mai suivant, jour où ils rencontrèrent le
bateau-piège anglais Q-17 par le travers du détroit. Celui-ci sans hésiter l’envoya fort rapidement par le
fond.
Cette fois, le commandant allemand trouva sans doute, s’il en eut le temps, que nos côtes étaient bien
défendues.
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A. Chatelle et M.-E. Le Bon, Boulogne et sa marine pendant la guerre, 1914-1918, Boulogne-sur-Mer, impr. réunies, 1921, p. 100. Archives
départementales du Pas-de-Calais, BHD 3/2.
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