LES ImpactS DE SOLvEncy 2 SuR LES InvEStISSEmEntS
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LES ImpactS DE SOLvEncy 2 SuR LES InvEStISSEmEntS
44 DOSSIER immobilier coté auteur Les impacts de Solvency 2 sur les investissements immobiliers Pierre Schoeffler Les impacts de Solvency 2 sur les investissements immobiliers e Si Solvency 2 traite relativement bien l’immobilier par comparaison aux actions ou aux obligations, la réglementation considère l’immobilier coté comme un risque action, ce qui favorise d’autres investissements (fonds non cotés, immobilier physique). Ce que l’on peut regretter car les REITs européens, comme les SIIC en France, ont montré leur capacité à accompagner les entreprises européennes dans l’externalisation de leur patrimoine immobilier et l’optimisation de leurs capitaux investis. En juillet 2007, un mois avant que la crise des subprimes ne s’exporte des USA en bloquant le marché interbancaire international, la Commission européenne présentait le cadre de la réglementation Solvency 2 pour les compagnies d’assurance conçu comme une mise à jour majeure des dispositions de Solvency 1. Datant des années soixante-dix, Solvency 1 ne s’intéressait qu’aux exigences en capital permettant de couvrir les risques liés au passif des compagnies d’assurance. La réglementation reposait sur une approche assez simpliste d’exigence de fonds propres à partir des données comptables et laissait de grandes marges de manœuvre aux régulateurs nationaux pour adapter le calibrage du capital minimum de solvabilité. Solvency 2 adopte une approche bien plus ambitieuse : elle s’appuie sur les facteurs de risque économiques et financiers affectant l’actif et le passif des compagnies d’assurance, elle intègre une dimension prospective de value-at-risk mitigée d’une approche de diversification de portefeuille et, enfin, elle est censée s’appliquer uniformément à tous les pays de l’Union européenne. En revanche, elle ne s’appliquera pas aux fonds de pension et la France, qui ne dispose pas de fonds de pension mais d’un système d’assurance-vie pour l’épargne retraite privée, sera particulièrement impactée par la mise en œuvre de Solvency 2. 25% de fonds propres pour l’immobilier Property investment and Solvency 2 Solvency II is a major update of Solvency I, being undertaken by the European Commission in July 2007, to the regulation applying to the European insurance industry. Solvency II takes a forward-looking value-at-risk and economic approach of the solvency capital requirement encompassing the risk factors affecting the liabilities as well as the assets. Property investment is relatively well treated under Solvency II. It is recognized as a full-fledged asset class with an equity requirement of 25 %, intermediate between stocks and bonds, and a significant capacity of risk diversification in combination with bonds. Indirect property is treated as property if the investment vehicle is unlisted and designed with a limited financial leverage, otherwise it is treated as a private equity investment. Listed property is treated as a stock market risk. Pierre Shoeffler www.revueanalysefinanciere.com Solvency 2 traite relativement bien l’immobilier. D’abord parce que l’immobilier est considéré comme une classe d’actif à part entière alors qu’il ne pèse que de 3 à 10 % dans les portefeuilles des compagnies d’assurance européennes, la France étant plutôt dans le bas de la fourchette. Ceci signifie concrètement que, dans le modèle standard de Solvency 2 (les compagnies d’assurance qui le désirent pouvant adopter un modèle interne plus sophistiqué), l’investissement en immobilier est doté d’une exigence spécifique en fonds propres de couverture. Cette exigence est fixée à 25 % de l’exposition, elle correspond à un value-at-risk sur un an avec une probabilité de 0,5 %. Cette mesure, cohérente avec l’observation des prix de l’immobilier d’entreprise au Royaume-Uni qui a servi au cali- octobre novembre décembre 2012 analyse financière n° 45 Pierre Shoeffler est Président de S&Partners et Senior Advisor de l'Institut de l'Epargne Immobilière et Foncière (IEIF). Il a commencé une carrière de chercheur en mécanique des fluides avant de rentrer au Crédit Commercial de France comme stratégiste de portefeuille. Il est progressivement nommé responsable de la gestion Actif-Passif de la banque et prend la direction du département d'études économiques et d'analyses financières. En 1990, il quitte le CCF pour fonder la succursale parisienne de la banque suédoise Svenska Handelsbanken qu’il quitte en 2004 pour fonder S&Partners, société de conseil en allocation stratégique d’actifs financiers et alternatifs dont l’immobilier. Pierre Schoeffler est ingénieur diplômé de l'École polytechnique ainsi que de l'École nationale de la Météorologie. DOSSIER immobilier coté auteur Les impacts de Solvency 2 sur les investissements immobiliers 45 Pierre Schoeffler brage, est vraisemblablement plus faible en Europe continentale. Par comparaison, les obligations sont dotées d’une exigence en fonds propres de l’ordre de 6 à 12 % selon la duration et le risque de crédit, les actions cotées d’une exigence de l’ordre de 40 % et le private equity une exigence de l’ordre de 50 %. L’immobilier est également doté d’un certain pouvoir de diversification : sa corrélation avec les actions est considérée égale à 75 % et sa corrélation avec les obligations est considérée égale à 50 % en cas de baisse des taux d’intérêt et de 0 % en cas de hausse des taux. Cette décorrélation avec les obligations en période de marché baissier, avérée de fait dans tous les pays avancés, procure un avantage indéniable à l’immobilier, surtout dans la configuration dominante en France des contrats d’assurance-vie en euros qui sont très investis en obligations. Les fonds immobiliers sont considérés comme de l’immobilier à condition qu’ils fassent appel à un levier financier modéré, de l’ordre de 25 % au maximum en termes de loan-to-value, sinon ils sont considérés comme du private equity. Si ces fonds ont une caractéristique de collective investment vehicle, autrement dit s’ils font appel à l’épargne publique, une approche de lookthrough est appliquée et les composantes du fonds sont traitées indépendamment. L’immobilier coté est considéré comme un risque action. Le fait que la performance à moyen et long terme de l’immobilier coté suive celle de l’immobilier physique n’est a priori pas reconnu dans la logique d’un horizon de la value-at-risk à un an. Au final une compagnie d’assurance désireuse d’investir dans de l’immobilier aura intérêt à investir dans des fonds non cotés dotés d’un levier financier supérieur à 50 % (l’exigence de 50 % s’appliquant à la proportion de fonds propres du fonds, soit moins de 50 % de l’exposition en immobilier, l’exigence finale est inférieure à 25 % de la valeur du patrimoine immobilier) ou dans des sociétés immobilières cotées dotées d’un levier financier supérieur à 40 % (en appliquant le même raisonnement que précédemment) ou, le cas échéant, dans de l’immobilier physique ou des fonds non cotés dotés d’un levier de 25 % maximum. Le résultat semble paradoxal dans la mesure où l’investissement en immobilier indirect à fort effet de levier nécessite moins de fonds propres en couverture. Une approche pénalisante pour la croissance En France, l’immobilier coté ne représente que 10 % environ de l’exposition en immobilier des compagnies d’assurance, soit 4 milliards environ pour une capitalisation boursière totale de l’immobilier coté de plus de 40 milliards. C’est sans doute un étiage qui ne devrait pas se réduire car l’immobilier coté détient d’autres vertus, en particulier sa liquidité. Cette proportion Les fonds immobiliers sont considérés comme de l’immobilier, à condition qu’ils fassent appel à un levier financier modéré, de l’ordre de 25 % au maximum en termes de “loan-to-value”, sinon ils sont considérés comme du “private equity”. est loin d’être optimum en termes d’allocation de portefeuille car une combinaison d’immobilier physique et d’immobilier coté en proportion plus équilibrée est particulièrement intéressante pour optimiser la rentabilité ajustée du risque. Mais l’approche standard de Solvency 2 reste assez frustre comme tout approche standard. Le calibrage de Solvency 2 est toujours en cours. Depuis 2007, cinq études d’impact quantitatif ont été menées par le régulateur européen des compagnies d’assurance (European Insurance and Occupational Pensions Authority) en liaison avec les fédérations nationales. octobre novembre décembre 2012 analyse financière n° 45 La date de mise en application a été préliminairement fixée à début 2013 mais il est probable qu’elle soit repoussée. La morosité économique ambiante en Europe justifie en effet une incitation à investir dans les entreprises, immobilières ou industrielles, alors que la baisse des taux d’intérêt a tendance à augmenter la valeur du passif des compagnies d’assurance et à réduire par conséquent leur assiette en fonds propres. Il apparaît de plus en plus que cet aspect pro-cyclique de la réglementation est très pénalisant pour la croissance. C’est d’autant plus dommageable que les sociétés d’investissement en immobilier coté dotées de la transparence fiscale (les “REIT” ou en français les “SIIC”) ont montré leur capacité à accompagner les entreprises européennes dans l’optimisation de leurs capitaux investis en leur permettant d’externaliser leur patrimoine d’immobilier d’exploitation dans de bonnes conditions. Les SIIC sont actuellement le principal investisseur institutionnel en immobilier en France avec plus de 100 milliards de patrimoine immobilier sur un total de 240 milliards détenus par les investisseurs financiers. Il semble particulièrement contre-productif de pénaliser ce secteur à l’heure où la productivité du capital comme celle du travail est un élémentclé d’amélioration de la compétitivité et de dynamisation de la croissance potentielle.M