faire fonctionner les marchés au bénéfice des - value
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Evolution des SAE : faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres Compte-rendu 2005 Par : Alexandra O. Miehlbradt et Mary McVay Sous la direction de Jim Tanburn Note : au cours des années précédentes, ce Compte-rendu portait sur le développement des marchés de services d’appui aux entreprises (SAE) [NdT : « services pour le développement des entreprises/SDE » dans les précédents Comptes-rendus]. Cette année, il traitera davantage des moyens à mettre en place pour faire fonctionner les marchés de manière plus favorable aux pauvres. Co-financé par: SDC (Swiss Agency for Development and Cooperation) Copyright © Organisation internationale du Travail 2005 Les publications du Bureau international du Travail jouissent de la protection du droit d’auteur en vertu du protocole no 2, annexe à la Convention universelle pour la protection du droit d’auteur. Toutefois, de courts passages pourront être reproduits sans autorisation, à la condition que leur source soit dûment mentionnée. Toute demande d’autorisation de reproduction ou de traduction devra être adressée au Bureau des publications (Droits et licences), Bureau international du Travail, CH-1211 Genève 22, Suisse. Ces demandes seront toujours les bienvenues. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES - COMPTE-RENDU 2005 ISBN 92-9049-407-7 Première édition 2005 Les désignations utilisées dans les publications du BIT, qui sont conformes à la pratique des Nations Unies, et la présentation des données qui y figurent n’impliquent de la part du Bureau international du Travail aucune prise de position quant au statut juridique de tel ou tel pays, zone ou territoire, ou de ses autorités, ni quant au tracé de ses frontières. Les articles, études et autres textes signés n’engagent que leurs auteurs et leur publication ne signifie pas que le Bureau international du Travail souscrit aux opinions qui y sont exprimées. La mention ou la non-mention de telle ou telle entreprise ou de tel ou tel produit ou procédé commercial n’implique de la part du Bureau international du Travail aucune appréciation favorable ou défavorable. Les publications du Bureau international du Travail peuvent être obtenues dans les principales librairies ou auprès des bureaux locaux du BIT. On peut aussi se les procurer directement à l’adresse suivante : Publications du BIT, Bureau international du Travail, CH-1211 Genève 22, Suisse. Des catalogues et listes des nouvelles publications peuvent être obtenus gratuitement à la même adresse. Projet graphique : Valeria Morra, CIFOIT • Imprimé par le Centre international de formation de l’OIT, Turin Italie EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Editorial, par Jim Tanburn Quelles approches adopter pour obtenir les meilleurs résultats possibles avec le peu de fonds disponibles pour l’aide au développement ? Pour bien répondre à cette question, il faut du temps. Or le temps est la ressource la plus rare pour bien des professionnels du développement. Ce Compte-rendu propose un tour d’horizon rapide mais complet des actions et des réflexions qui ont vu le jour au cours de l’année écoulée, au sein d’organismes très variés à travers le monde. Nous espérons qu’il contribuera à l’articulation logique de vos travaux. Pour cela, il importe d’aller au-delà des réactions à chaud à l’égard des erreurs du passé, pour retenir les concepts qui se sont avérés efficaces – et continuent à fonctionner. Ces exemples de succès ne se limitent pas à l’univers de l’aide au développement : des experts du monde de l’éducation, de la santé et d’autres secteurs mettent en lumière une gamme étendue de prestations de services aux pauvres par le secteur privé. Contrairement à une idée reçue très répandue par le passé, les pauvres préfèrent parfois ce type de services aux prestations publiques gratuites : de bénéficiaires, ils deviennent clients et disposent alors d’un droit de contrôle accru. A cet égard, beaucoup d’hypothèses qui sous-tendent les actions de développement n’ont jamais été réellement thématisées ni remises en question. En voici quelques exemples : n La prestation à grande échelle de services gratuits et de qualité constitue un objectif réaliste pour les politiques publiques. n Les politiques et les réglementations sont toujours mises en œuvre de façon transparente et logique. n Les réformes, et plus généralement les résultats, sont réalisé(e)s par des institutions, et non par des individus. n Il existe des méthodologies, approches et outils « universels », efficaces dans toutes les situations. Ces derniers temps, on observe une remise en question d’un certain nombre de ces assertions, et c’est sur cette tendance que se penche le Compte-rendu de cette année. Par exemple, une hypothèse encore récemment répandue prétendait que les prestataires de services privés (en particulier les négociants) visaient exclusivement les profits immédiats et étaient peu fiables parce qu’absolument incapables d’adopter des perspectives à long terme. A présent, des points de vue plus nuancés et réfléchis apparaissent dans de nombreux projets. Prenons l’exemple des filières1 : certains négociants s’avèrent capables de toucher les populations pauvres des zones rurales et de leur offrir une gamme de services de manière plus efficiente que nous, les professionnels du développement. En effet, parmi les tendances les plus positives du moment, on note un intérêt croissant pour la nature complexe des réalités observées. Puisque la recherche arrive à des conclusions similaires sur de nombreux marchés de services, nous devons dégager les éléments communs à même d’informer les professionnels intervenant dans différentes disciplines, afin qu’ils puissent tirer les leçons des succès et des erreurs de chacun. C’est le sens du mot d’ordre de cette année : « Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres ». Il s’agit cependant d’un concept très vaste, sans doute difficile à intégrer dans les structures actuelles de la communauté de l’aide au développement. Un concept qui dépasse les limites des différents secteurs techniques et administratifs peut-il représenter une valeur ajoutée ? Néanmoins, et bien qu’il s’agisse d’un domaine nouveau2, certaines tendances apparaissent déjà très marquées. Les pouvoirs publics dans les pays en développement jouent un rôle intéressant dans le développement des marchés. La perception du potentiel de marché et les conceptions sur la façon de l’exploiter varient énormément d’un ministère et d’un secteur à l’autre. Il s’agit là d’une opportunité majeure pour les organisations de développement : stimuler les échanges intersectoriels d’expériences sur les moyens de faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres. Les politiques et réglementations, visant par exemple à créer un environnement équitable et compétitif, sont essentielles, de même que le maniement ciblé et efficient des subventions. 1 NdT : « chaînes de valeur » dans les précédents Comptes-rendus 2 Le site www.mmw4p.org pourra servir de référence pour les acquis dans ce domaine. COMPTE-RENDU 2005 iii EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Les bailleurs de fonds cherchent à financer des programmes de plus en plus importants, et les interventions de développement des marchés répondent à ce besoin. Par exemple, ces interventions peuvent impliquer des campagnes à grande échelle et des réformes politiques, ou cibler l’éducation et l’information de masse des consommateurs. De même, les programmes de chèques-conseil visant exclusivement le développement des marchés de services sont à ce jour encore rares, et leur potentiel mérite d’être examiné. La mesure des résultats revêt une importance sans précédent. Un certain nombre de projets initialement conçus pour développer les marchés des SAE3 ont maintenant atteint un niveau de développement tel qu’ils peuvent servir de bancs d’essai pour des méthodologies d’analyse des impacts systémiques. Quelles ont été les évolutions à long terme des systèmes de marché, au-delà des simples impacts à court terme beaucoup plus aisés à quantifier ? Ce Compte-rendu apporte les premières réponses, mais certaines questions requièrent des années d’analyse et de réflexion. La combinaison d’événements, tels que le séminaire annuel sur les SAE, de documents tels que ce Compte-rendu, et de divers sites web (référencés dans ce document) a initié d’importants échanges de connaissances entre les organisations. Nous tenons à remercier tous ceux qui ont documenté la rédaction de ce Compte-rendu : leur enthousiasme et leur volonté de tirer les leçons des expériences passées ont été bienvenus. J’espère que nous saurons maintenir cette dynamique dans les années à venir. Je tiens à remercier tout particulièrement la Direction du développement et de la coopération du Département fédéral des affaires étrangères suisse (DDC). Merci également au Centre de formation international de l’OIT à Turin, qui a cette année encore hébergé le séminaire et a contribué aux coûts de cette publication. Pour la sixième année consécutive, nous devons ce Compte-rendu à l’énergie extraordinaire d’Aly Miehlbradt et de Mary McVay, qui ont assimilé un immense corpus de documentation pour le compiler en un document lisible et utile. Le résultat est original et moderne, et je suis certain que vous en apprécierez la lecture. Jim Tanburn [email protected] 3 « SDE » dans le précédent compte-rendu iv COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Remerciements Les auteurs remercient les praticiens, les chercheurs et les bailleurs de fonds pour leur travail considérable, leur esprit novateur et leur implication souvent très personnelle, dont nous tentons de rendre compte dans ce Compte-rendu. Leur souci de partager l’information sur leurs programmes, leurs innovations, leurs difficultés et leurs acquis est apprécié de tous. Nous souhaitons remercier la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC), qui a financé la rédaction et la publication de ce document. Nous remercions tout spécialement Jim Tanburn d’avoir pris l’initiative de ce manuel et d’avoir apporté son appui professionnel et personnel au cours de son élaboration et de sa révision annuelle. Sa volonté de partager des idées et de discuter des stratégies, ainsi que son esprit critique dans l’analyse des évolutions marquantes du secteur, nous ont été d’une aide précieuse. Merci à Kristen Gray, qui a recherché l’information, nous a apporté son aide pour la rédaction des encadrés d’exemples et a élaboré la bibliographie ainsi que d’autres annexes essentielles. Ses heures de travail méticuleux ont grandement contribué à la production du présent document. Merci également à Monica Phillips, notre réviseuse, qui a veillé à la clarté et à la correction de chaque graphique, encadré, note, titre et phrase. Nous tenons enfin à remercier nos époux pour leur soutien tant technique que personnel. L’édition de cette année est dédiée aux millions de personnes vivant dans la pauvreté dans le monde ainsi qu’aux dirigeants et aux praticiens qui œuvrent pour éradiquer ce fléau. Alexandra Miehlbradt Mary McVay Consultantes en développement de marché Traduction française réalisée par le Gret, Paris, novembre 2005. COMPTE-RENDU 2005 v EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Table des matières Editorial...........................................................................................iii Remerciements ................................................................................v Table des matières .........................................................................vii Table des exemples ..........................................................................x Illustrations ...................................................................................xiii Sigles............................................................................................. xiv 1. Introduction ..............................................................................1 1.1. Exemples et résultats de projets matures ..................................................................... 6 1.2. Le Compte-rendu 2005 ................................................................................................... 6 1.2.1. Tendances mondiales et approche M4P : comment faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres ................................................................. 6 1.2.2. Acquis en matière de conception et de mise en œuvre de programmes .........6 1.2.3. Développement des marchés de services de santé, de distribution d’eau, d’assainissement et d’éducation destinés aux pauvres .....................................7 1.2.4. Défis lancés au secteur ........................................................................................ 7 2. Tendances mondiales et approche M4P : comment faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres ....................8 2.1. Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres : l’approche..........................8 2.2. Mondialisation et compétitivité .................................................................................... 11 2.3. L’environnement des affaires ....................................................................................... 15 2.3.1. Influencer l’environnement des entreprises : enjeux et implications ..............15 2.3.2. Le processus d’évolution des politiques...........................................................16 2.4. Qui contrôle le marché ? .............................................................................................. 17 COMPTE-RENDU 2005 vii EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 3. Nouveaux acquis en matière de conception et de mise en œuvre de programmes .......................................................21 3.1. Etude de marché et conception des programmes ......................................................21 3.1.1. Analyse de filière – Sélection de sous-secteurs et intégration d’éléments analytiques ......................................................................................................... 22 3.1.2. Placer les pauvres au cœur des processus d’étude de marché et de conception de programme ........................................................................... 23 3.1.3. Comprendre la demande ................................................................................... 26 3.1.4. Avantages des approches participatives et progressives de l’étude de marché et de la conception de programme ................................................26 3.1.5. Etude de marché pendant la phase de mise en œuvre du programme ..........28 3.2. Développement des filières.......................................................................................... 29 3.2.2. Les relations d’influence sur les marchés .........................................................30 3.2.3. Renforcement des liens d’affaires : quels interlocuteurs ? ..............................34 3.2.4. Renforcement des liens d’affaires : quelles méthodes ?..................................38 3.2.5. Augmentation de la portée et de la pérennité par une approche plus systémique du développement de filière..........................................................42 3.3. Marchés de services intersectoriels aux entreprises ..................................................47 3.4. Transition vers le développement de marché systémique .........................................48 3.5. Mesure des performances et évaluation de l’impact ..................................................53 3.5.1. Enseignements tirés de différentes disciplines ................................................54 3.5.2. Mesure des nombreuses dimensions de la pauvreté ......................................55 3.5.3. Suivi des marchés principaux et des marchés de services d’appui ................56 3.5.4. Relier l’étude de marché, la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’étude d’impact.................................................................................................. 58 4. Toucher les populations très pauvres et très vulnérables.......60 4.1. Faire fonctionner les marchés de services d’appui agricoles au bénéfice des pauvres................................................................................................................... 60 4.1.1. La vulgarisation agricole devient marché – De la vulgarisation agricole au développement de filières par la spécialisation des services .....................61 4.1.2. La course aux normes de qualité : répondre aux exigences en matière de traçabilité, de contrôle qualité, de certification sociale et d’autres normes de qualité .............................................................................................. 62 4.1.3. Offres globales de SAE par cultures spécifiques..............................................66 4.1.4. La perspective de la sécurisation des moyens d’existence .............................66 4.1.5. Le défi de l’information en zones rurales ..........................................................67 viii COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 4.2. Reconstruction des marchés dans des situations de catastrophe naturelle ou de conflit armé .............................................................................................................. 70 4.2.1. Défi et acquis dans la reconstruction de marchés perturbés...........................70 4.2.2. Situation post-catastrophe : reconstituer les actifs et relancer les entreprises .................................................................................................... 75 4.2.3. Conflit et post-conflit : résoudre les problèmes relatifs aux tensions et à l’insécurité ....................................................................................................... 75 4.3. Les situations de pauvreté extrême : initier les entreprises et alimenter les marchés naissants................................................................................................... 77 4.3.1. Les acquis des initiatives ciblant les populations en situation de pauvreté extrême.......................................................................................... 77 4.3.2. Intégration des femmes à faibles revenus dans les marchés ..........................82 4.3.3. Toucher les ménages affectés par le VIH/SIDA ................................................83 4.3.4. Approches orientées marché pour cibler les communautés rurales isolées.....85 5. Développement des marchés des services de santé, de distribution d’eau, d’assainissement et d’éducation destinés aux pauvres ..............................................................89 5.1. Caractéristiques des marchés privés de la santé, de l’eau, de l’assainissement et de l’éducation................................................................................................................ 90 5.2. Renforcement des marchés privés de la santé, de l’eau, de l’assainissement et de l’éducation................................................................................................................ 92 6. Conclusion : un défi pour ceux qui veulent faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres......................................95 6.1. Qui sommes-nous et quels principes entendons-nous défendre ? ............................95 6.2. Comment approfondir notre base de connaissances et de compétences ? ..............96 6.3. Comment venir à bout des résistances à l’approche M4P ?.......................................97 Annexes : sites web, formations et ressources .............................98 A.1. Sites web....................................................................................................................... 98 A.2. Sites sur le suivi et l’évaluation .................................................................................. 103 A.3. Formations .................................................................................................................. 104 A.4. Documents de référence sur l’approche M4P ...........................................................107 A.5. Communauté de pratiques (M4P, filières et développement des marchés de services d’appui).................................................................................................... 108 Bibliographie ................................................................................110 COMPTE-RENDU 2005 ix EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Table des exemples Exemple 1 : Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres : les avancées....................................3 Fintrac et l’USAID au Honduras .................................................................................................... 3 International Development Enterprises au Népal......................................................................... 4 Programme SEMA de l’OIT en Ouganda ...................................................................................... 4 Practical Action au Pérou .............................................................................................................. 5 Programme Kenya BDS de l’USAID.............................................................................................. 5 Exemple 2 : L’approche M4P en pratique ...................................................................................................... 10 ComMark Trust en Afrique du Sud ............................................................................................. 10 Exemple 3 : Renforcer la compétitivité des microentreprises...................................................................... 11 Triple Trust Organization (TTO) en Afrique du Sud ................................................................... 11 Exemple 4 : Diversifier les produits des petits agriculteurs ......................................................................... 12 La GTZ en Tanzanie ..................................................................................................................... 12 Exemple 5 : Analyser la compétitivité d’un pays .......................................................................................... 13 La Banque mondiale et IFC MPDF au Cambodge ...................................................................... 13 Exemple 6 : Cibler un secteur présentant des opportunités de délocalisation ..........................................14 La GTZ et GFA aux Philippines.................................................................................................... 14 Exemple 7 : Agir sur l’environnement des affaires pour favoriser la croissance du secteur privé et des PE ...................................................................................................................................... 16 SBP en Afrique du Sud ................................................................................................................ 16 Exemple 8 : Lutter contre la pauvreté par une action sur l’environnement des entreprises et des interventions directes sur les marchés...................................................................................... 17 PrOpCom au Nigeria.................................................................................................................... 17 Exemple 9 : Mettre en place des systèmes et des plates-formes de défense des intérêts des PE............18 Programme FIT SEMA de l’OIT en Ouganda.............................................................................. 18 Exemple 10 : Contrer les déséquilibres mondiaux et locaux ......................................................................... 19 Supermarchés mondiaux et petits agriculteurs ......................................................................... 19 Exemple 11 : Sélectionner des sous-secteurs ................................................................................................. 23 Le projet CRESCE de DAI au Brésil ............................................................................................. 23 Exemple 12 : Analyse de filière dans le contexte de la mondialisation .........................................................24 USAID AMAP et le sous-secteur du cacao en Indonésie ...........................................................24 Exemple 13 : Placer les pauvres au cœur de l’étude de marché .................................................................... 25 Projet BDS-MaPS d’IDE au Népal................................................................................................ 25 Exemple 14 : Etudier la demande mondiale en produits spécifiques ............................................................27 Une étude de la Banque mondiale au Kenya.............................................................................. 27 Exemple 15 : Etude de marché progressive et participative en phases de conception et de mise en œuvre......................................................................... 29 SDCAsia et le sous-secteur du kaong aux Philippines ...............................................................29 x COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 16 : Renforcer les filières agricoles ................................................................................................... 32 Programme Kenya BDS de l’USAID et le sous-secteur de la mangue ......................................32 Exemple 17 : Accroître l’influence des PE sur le marché en renforçant la concurrence dans les filières ..........33 MEDA au Nicaragua..................................................................................................................... 33 Exemple 18 : Qui contribue à faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres ? .............................35 Programme Ntinga LINK de World Education en Afrique du Sud .............................................35 Exemple 19 : Groupement de prestataires de services d’appui aux systèmes productifs locaux...............37 Programme CABS de Mercy Corps en Azerbaïdjan ................................................................... 37 Exemple 20 : Renforcer les relations à l’intérieur d’une filière ....................................................................... 39 SDCAsia aux Philippines ............................................................................................................. 39 Exemple 21 : Renforcer les liens d’affaires ...................................................................................................... 41 Action for Enterprise et le sous-secteur du karité au Mali .........................................................41 Exemple 22 : Développer le marché des services de prospection de marché et de développement de produits .................................................................................................. 43 Aid to Artisans et AGEXPRONT au Guatemala .......................................................................... 43 Exemple 23 : Renforcement des marchés de services d’appui aux filières ...................................................47 MEDA et l’ECDI au Pakistan, et Kenya BDS ................................................................................ 47 Exemple 24 : Développer des marchés de services aux entreprises avec une stratégie de désengagement préétablie.................................................................................................... 49 KATALYST, Bangladesh .............................................................................................................. 49 Exemple 25 : Opérer la transition vers le développement de marchés favorables aux pauvres .................51 MEDA-Global, IDE International, initiative PROGRESS de la GTZ au Bangladesh, MPDPIP en Inde, TTO en Afrique du Sud ................................................................................... 51 MEDA-Global ............................................................................................................................... 51 IDE International .......................................................................................................................... 52 Initiative PROGRESS de la GTZ au Bangladesh.......................................................................... 52 MPDPIP en Inde ........................................................................................................................... 53 TTO en Afrique du Sud................................................................................................................ 53 Exemple 26 : Mesure des nombreuses dimensions de la pauvreté ...............................................................55 L’ONUDI et la GTZ........................................................................................................................ 55 Exemple 27 : Suivi et évaluation des marchés principaux et des marchés de services d’appui .................56 Approche PRISM d’IDE en Inde et au Népal............................................................................... 56 Exemple 28 : Relier le suivi et l’évaluation avec l’étude de marché, la conception et la mise en œuvre....58 Programme Kenya BDS de l’USAID............................................................................................ 58 Exemple 29 : Services commerciaux de vulgarisation agricole qui touchent les pauvres...........................63 Practical Action au Pérou ............................................................................................................ 63 Exemple 30 : Certification biologique des petits producteurs de coton .......................................................64 Agrocel, Vericott Ltd., International Resources for Fairer Trade et Traidcraft en Inde .............64 COMPTE-RENDU 2005 xi EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 31 : Développer des marchés commerciaux pour les services de certification sociale et biologique................................................................................................................................. 65 La GTZ au Vietnam ...................................................................................................................... 65 Exemple 32 : Offres globales de services......................................................................................................... 66 Mahindra and Mahindra en Inde ................................................................................................. 66 Exemple 33 : La perspective de sécurisation des moyens d’existence dans le développement agricole orienté marché ............................................................................................................................. 68 IDE Viet Nam ................................................................................................................................ 68 Exemple 34 : Les acquis dans le domaine des services d’information en zones rurales..............................71 Programme FIT SEMA de l’OIT en Ouganda.............................................................................. 71 Exemple 35 : Relancer les marchés agricoles après une catastrophe naturelle.................................................................................................................. 72 Fintrac et l’USAID au Honduras .................................................................................................. 72 Exemple 36 : Les phases de reconstruction des entreprises dans les communautés touchées par le tsunami.............................................................................................................................. 74 Programme Aceh Recovery de Mercy Corps en Indonésie.......................................................74 Exemple 37 : Reconstitution des actifs et redémarrage des entreprises dans les communautés touchées par le tsunami ............................................................................................................. 75 ARC en Thaïlande ........................................................................................................................ 75 Exemple 38 : Reconstruire les marchés dans les situations post-conflit ......................................................76 ARC, Making Cents, CARE, World Vision, CRS et Search for Common Ground en Sierra Leone............................................................................................................................ 76 Exemple 39 : Aider des personnes handicapées à accéder à des compétences économiquement exploitables et à des moyens financiers ................................................................................... 79 La NUDIPU et APT Enterprise Development en Ouganda .........................................................79 Exemple 40 : Relier les populations rurales isolées aux marchés ..................................................................... 80 Conservation International au Botswana et au Guatemala ........................................................80 Exemple 41 : Toucher les femmes pauvres gérant des microentreprises à domicile...................................81 MEDA et l’ECDI au Pakistan......................................................................................................... 81 Exemple 42 : Aborder les problèmes sociaux et économiques des ménages affectés par le VIH/SIDA...........84 Tuokoe Binti Zetu et Kenya BDS au Kenya ................................................................................. 84 Exemple 43 : Aider les éleveurs ruraux isolés à diversifier leurs activités économiques ............................87 Mercy Corps et PACT en Mongolie............................................................................................. 87 Exemple 44 : Aider les écoles privées à mieux servir les pauvres ................................................................. 91 CfBT en Inde................................................................................................................................. 91 Exemple 45 : Stimuler le marché de l’assainissement.................................................................................... 93 IDE au Viet Nam ........................................................................................................................... 93 Exemple 46 : Renforcer les capacités des sages-femmes indépendantes.....................................................94 CMS en Ouganda......................................................................................................................... 94 xii COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Illustrations Schémas 1. Dimensions clés du marché ................................................................................ 9 2. L’approche M4P et ses relations avec les autres secteurs du développement .................................................................................................. 10 Tableaux 1. Etapes du développement de filière.................................................................. 31 2. Comment développer des filières ? .................................................................. 44 3. Développement direct de filière contre développement de marchés de services d’appui commerciaux..................................................................... 45 COMPTE-RENDU 2005 xiii EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Sigles AFE Action for Enterprise AGCS Accord général sur le commerce des services AMAP Accelerated Microenterprise Advancement Project, initiative de l’USAID pour le développement accéléré des microentreprises ARC American Refugee Committee International / Comité international américain pour les réfugiés Asdi Agence suédoise de coopération internationale au développement AVE Aussenhandelvereinigung / Association allemande pour le commerce extérieur de détail BMF Bogra Medium Forum / Forum des médias de Bogra BMZ Bundesministerium für wirtschaftliche Zusammenarbeit und Entwicklung / ministère fédéral allemand de la Coopération et du Développement économiques CABS Cluster Access to Business Services / Projet d’accès groupé aux services d’appui aux entreprises CDA Centro de Desarollo de Agronegocios / Centre de développement agro- alimentaire CI Conservation International DEL développement économique local DFID Department for International Development / département britannique pour le Développement international ECDI Entrepreneurship and Career Development Institute (Pakistan) / Institut pour le développement entrepreneurial et professionnel GTZ Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit / Agence allemande pour la coopération technique IDE International Development Enterprises, ONG internationale pour le développement d’entreprises IRFT International Resources for Fairer Trade (ONG indienne) / Ressources internationales pour le commerce équitable K-REP Kenya Rural Enterprise Program / Programme kenyan d’aide aux entreprises rurales M4P « Making Markets Work for the Poor » / faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres MAPP Method for Impact Assessment of Poverty Alleviation Projects / méthode d’évaluation de l’impact des projets de réduction de la pauvreté MART Marketing and Research Team (Inde) / Equipe de marketing et de recherche MEDA Mennonite Economic Development Associates (Canada) / Association mennonite pour le développement économique MKV Mahindra Krishi Vihar (Inde) / Réseau de distribution d’intrants agricoles Mahindra Krishi Vihar xiv COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES MPDF Mekong Private Sector Development Facility / Fonds de développement du secteur privé du Mékong MPDPIP Madhya Pradesh District Poverty Initiatives Project (Inde) / Projet Madhya Pradesh d’initiatives locales de réduction de la pauvreté NUDIPU National Union of Disabled People of Uganda / Union nationale des personnes handicapées en Ouganda OIT Organisation internationale du travail ONG organisation non gouvernementale PE petites entreprises PID personne initialement défavorisée PME petites et moyennes entreprises PRISM Poverty Reduction through Irrigation and Smallholder Markets / Approche de réduction de la pauvreté par l’irrigation et le développement de marché pour les petits propriétaires PrOpCom Promoting Pro-Poor Opportunities through Commodity and Service Markets (Nigeria) / Programme de promotion d’opportunité pour les pauvres par le développement de marchés de biens et de services PSNB produits sylvicoles non-bois SAE services d’appui aux entreprises SECAP Soil Erosion Control and Agro-forestry Project (Tanzanie) / Projet pour le contrôle de l’érosion des sols et l’exploitation sylvo-agricole SEMA Small Enterprise Media in Africa / Médias des petites entreprises en Afrique SFI Société financière internationale, membre du groupe de la Banque mondiale SMC stratégies de marché commerciales SMEDSEP Small and Medium Enterprise Development for Sustainable Employment Program (Philippines) / Programme de développement des petites et moyennes entreprises pour le soutien d’emplois durables SWOT strengths, weaknesses, opportunities, and threats / analyse des forces, faiblesses, opportunités et menaces TI technologies de l’information TTO Triple Trust Organization ULT Usambara Lishe Trust UPMA Uganda Private Midwives Association / Association ougandaise des sages-femmes indépendantes USAID Agence américaine pour le développement international WE World Education COMPTE-RENDU 2005 xv EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 1. Introduction Les marchés ont un potentiel considérable de création de pauvreté, mais aussi de réduction de la pauvreté. Un nombre croissant d’initiatives internationales de développement, visant la croissance économique et/ou la réduction de la pauvreté, tentent d’orienter les marchés de façon à ce que leur fonctionnement profite davantage aux pauvres. Ces initiatives s’efforcent d’initier un changement radical dans l’environnement des entreprises en vue d’ouvrir les marchés à la croissance du secteur privé et à la participation des petites entreprises (PE). Elles renforcent la compétitivité des économies des pays en développement en favorisant l’intégration des petits producteurs dans des filières disposant de débouchés sur les marchés mondiaux. Elles aident les petits producteurs à tirer le meilleur parti de la participation à ces marchés mondiaux, en élaborant des solutions commerciales pour supprimer les barrières qui excluent ces petits producteurs des marchés à forte valeur ajoutée. Enfin, elles militent en faveur d’une réorientation des programmes et des politiques pour améliorer les conditions d’existence des pauvres en matière de santé, d’assainissement, d’éducation, etc., par l’appui à des systèmes de marchés locaux dominés par des petits prestataires. Ces initiatives d’éradication de la pauvreté peuvent être regroupées sous l’appellation générale de « Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres » (M4P1), qui est le thème principal du Compte-rendu 2004-2005. Ce document esquisse le cadre général M4P et présente les enseignements pratiques tirés d’une large gamme d’expériences dans le secteur du développement, mettant en lumière des démarches intéressantes de développement de marché en faveur des pauvres. De nombreux secteurs de l’aide au développement exercent une action sur le développement des marchés en vue de permettre aux pauvres de tirer parti de leur fonctionnement. Ces communautés de pratiques, dont les activités se recoupent, procèdent d’un intérêt croissant pour la capacité des marchés à favoriser non seulement le développement des petites entreprises, mais également le développement agricole, le 1 développement économique local, la sécurité des moyens d’existence, la disponibilité des emplois et leur qualité, l’accès à la santé et à l’éducation, et l’offre de biens de consommation abordables pour les pauvres. Elles préconisent des approches systémiques du développement des marchés, orientées sur l’intégration des petites entreprises et la réduction de la pauvreté. Ces approches s’articulent notamment (mais pas exclusivement) autour des thèmes suivants : Environnement propice au développement des entreprises : on observe parmi les bailleurs de fonds et les chercheurs un intérêt renouvelé pour la promotion d’un environnement propice à la croissance économique, mettant l’accent sur une croissance favorable aux pauvres. Les initiatives dans ce domaine se concentrent sur les politiques, les réglementations et les pratiques entrepreneuriales qui favorisent l’intégration des économies en développement dans l’économie mondiale, à des conditions qui bénéficient aux économies locales, appuient leur développement et contribuent à la réduction de la pauvreté. L’ouverture des marchés constitue un thème central. Rendre les systèmes de marché plus favorables aux pauvres, ou faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres (M4P) : l’approche M4P trouve en partie sa source dans l’ambitieux Objectif du Millénaire pour le développement, énoncé par les Nations Unies, de réduire de moitié la pauvreté extrême d’ici 2015. L’approche M4P cherche à « accélérer la croissance favorable aux pauvres, en renforçant les retombées qui sont importantes pour eux en tant qu’entrepreneurs, employés ou consommateurs sur les marchés2 ». Elle couvre les marchés locaux, mais aussi nationaux, régionaux et internationaux. Les changements au niveau des politiques, réglementations et pratiques entrepreneuriales influant sur l’environnement des entreprises sont partie intégrante de cette approche. L’objectif de ces projets est de modifier la structure et les caractéristiques des marchés en vue d’accroître la participation des pauvres, à des conditions qui leur soient favorables3. Pour des raisons de clarté, le sigle anglais correspondant à l’expression « Making Markets Work for the Poor » a été conservé dans ce document. 2 DFID 2005. 3 Ibid. ; Ferrand et al. 2004 ; GTZ 2005 ; Asdi 2004. COMPTE-RENDU 2005 1 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Développement des filières ou liens d’affaires : de nombreuses organisations concentrent leurs efforts de développement du secteur privé sur des marchés principaux (par exemple l’horticulture, les produits agricoles, les matières plastiques ou le tourisme). Ces initiatives visent l’amélioration de la compétitivité internationale de certaines filières dans les régions cibles et l’intégration des petites entreprises dans ces marchés viables, à des conditions favorables aux pauvres4. La désignation de ces marchés varie d’une organisation à l’autre : on y fait notamment référence par les expressions « marchés de produits », « sous-secteurs », ou « filières »5. Quel que soit le nom qu’on leur donne, ces marchés principaux sont ceux où les PE s’approvisionnent en facteurs de production et vendent leurs produits et services aux consommateurs finaux. Biens et services publics (santé, éducation, assainissement, etc.) fournis par le secteur privé : les soins de santé, l’éducation, l’assainissement, l’électricité et d’autres services élémentaires contribuant à la réduction de la pauvreté sont traditionnellement considérés comme des biens et services publics, car ils impliquent des investissements communs à grande échelle, et parce qu’ils bénéficient à la société toute entière. Parallèlement, dans la plupart des économies en développement, des marchés privés ont vu le jour pour combler les immenses lacunes de capacités des pouvoirs publics, incapables à eux seuls de garantir à tous, notamment aux pauvres, l’accès à ces services. Souvent, les principaux vecteurs privés de prestation des services de santé, d’éducation et d’assainissement aux pauvres sont des petites entreprises. De nouvelles initiatives appuient ces marchés locaux pour améliorer la qualité de ces services et en accroître l’accessibilité pour les populations pauvres. Ces communautés de pratiques se sont constituées à partir de nombreux secteurs du développement, mettant en commun diverses théories et expériences de lutte contre la pauvreté. Le Compte-rendu 4 Question clé Qu’est-il advenu des SAE et des enseignements tirés du développement des marchés des SAE ? Le domaine des services d’appui aux entreprises (SAE)6 et du développement des marchés des SAE a été intégré dans les cadres qui s’attachent de façon plus générale au développement de marché et à l’éradication de la pauvreté. Chacun reconnaît l’importance des SAE et du développement des marchés des SAE, mais ces concepts sont intégrés de différentes façons, sous diverses appellations. La terminologie du développement des marchés des SAE s’efface progressivement devant un vocabulaire expliquant comment le développement des marchés peut permettre aux pauvres de bénéficier des fruits de la croissance. Ce que l’on nommait « marchés des SAE » est de plus en plus désigné par les termes « marchés de services aux entreprises », « solutions commercialement viables » ou « marchés de services d’appui7 ». Parallèlement à cette évolution terminologique, comment les praticiens veillent-ils à ce que les acquis sur la façon de stimuler les marchés compétitifs, et d’éviter la création de distorsions et des relations de dépendance, soient traduits et appliqués, et continuent à progresser ? 2004-2005 entend faire le point sur cette récente évolution des mentalités, tout en présentant des exemples pratiques et des acquis en matière de développement de marché favorable aux pauvres. Il se penche également sur des approches globales de stimulation et de renforcement des marchés, intégrées dans le cadre général M4P. Les initiatives de développement du secteur privé et des PE se sont heurtées par le passé à au moins deux types de limite. GTZ 2004b ; http://www.sdc-valuechains.ch/USAID 2005 ; DDC 2004, 2005 ; Lusby et Panlibuton 2004 ; Panlibuton et Meyer 2004 ; Sebstad et Snodgrass 2004. 5 DFID 2005 ; Ferrand et al. 2004 ; http://www.actionforenterprise.org ; http://www.sdc-valuechains.ch ; USAID 2005a. 6 BDS en anglais, traduit par SDE dans le précédent compte-rendu 7 Ndt : « Support markets » en anglais. C’est le terme le plus utilisé dans le Reader 2005, traduit ici par « marchés de services d’appui ». L’évolution terminologique (de « BDS markets » à « support markets ») est très marquée en anglais, alors que le terme français reste quasiment identique. 2 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES D’un côté des « réformateurs distants » s’intéressent à l’évolution générale des politiques d’ouverture des marchés, partant du principe que les marchés fonctionneront d’eux-mêmes une fois que certains obstacles auront été balayés8. En pratique, toutefois, les marchés faibles des pays en développement ne sont pas en mesure de réagir assez rapidement aux opportunités, en raison de l’insuffisance des capacités et des liens d’affaires9. D’un autre côté, des « intervenants impulsifs » recherchent des résultats rapides en travaillant directement avec des entreprises pour améliorer les performances individuelles de ces dernières10. Ces approches ont abouti à des changements limités dans l’espace et le temps, sans effets significatifs sur la pauvreté systémique à l’échelle d’une société. L’approche M4P appelle ces « intervenants impulsifs » à adopter une vision à long terme, plus systémique. Elle appelle également les « réformateurs distants », non seulement à réformer l’environnement habilitant des entreprises, mais également à stimuler et à renforcer activement les marchés faibles, où les pauvres sont dans l’impasse, souvent démunis face à la concurrence internationale et aux crises d’échelle mondiale. Ce Compte-rendu présente l’approche M4P en théorie et en pratique, en se concentrant sur trois principaux types de marchés qui ont fait l’objet d’activités importantes en 2004-2005 : Filières qui intègrent ou peuvent intégrer les petites entreprises : marchés principaux sur lesquels les produits des petites entreprises sont offerts aux consommateurs finaux. Il s’agit généralement de filières de production dans des domaines tels que l’horticulture, les produits agricoles, les articles d’artisanat, l’habillement et les matières plastiques. Des innovations récentes ciblent des filières de services et de commerce de détail tels que la construction, le tourisme, les technologies de l’information et les épiceries de quartier. Marchés de services d’appui aux filières : marchés de biens et de services qui aident les petites entreprises à participer aux filières et à en tirer des bénéfices 11. Il s’agit à la fois de marchés de services tarifés, tels que la conception de produit ou le conseil en qualité, et de services qui sont intégrés dans une offre globale en échange des produits d’une filière – par exemple, les spécifications de conception et les conseils de production d’un acheteur à un petit fournisseur. Exemple 1 : Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres : les avancées Fintrac et l’USAID au Honduras L’USAID et Fintrac ont lancé le projet « Centro de Desarollo de Agronegocios » (CDA) en 2001 pour relancer les marchés agricoles honduriens dévastés par le passage de l’ouragan Mitch en 1998. La première phase visait des résultats rapides et significatifs, grâce à une assistance technique à effet immédiat et à la création de liens d’affaires. Dans la seconde phase, orientée sur la pérennisation, il s’agissait de transférer au secteur privé la fourniture des services d’assistance technique, des intrants et des technologies répondant à des besoins récurrents. Le CDA a développé la capacité d’acteurs déjà présents sur le marché en mettant en place des relations « gagnant-gagnant ». En trois ans à peine, le projet est parvenu à relancer les marchés agricoles au bénéfice de milliers de petits agriculteurs, tout en consolidant et en développant les systèmes de marché. Les revenus des agriculteurs ont progressé de plus de 100 % la première année et de 200 % l’année suivante. Pour de plus amples informations, consulter http://www.microlinks.org. Source : Chalmers, Field et Downing 2005. 8 Ferrand et al. 2004 9 Ndt : « Market linkages » en anglais. Ce terme désignant les liens entre acteurs du marché est traduit dans ce document par “liens d’affaires”. 10 Ferrand et al. 2004 11 Parfois appelés « solutions commercialement viables », « marchés de services aux entreprises » et/ou « services intégrés », anciennement appelés « services d’appui aux entreprises ou de développement d’entreprises ». COMPTE-RENDU 2005 3 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES International Development Enterprises au Népal Depuis 1993, International Developpement Enterprises (IDE) Népal aide des agriculteurs disposant de toutes petites surfaces cultivables dans des régions rurales isolées à accroître leur production pour passer de l’agriculture de subsistance à la production commerciale. A l’origine, IDE se concentrait sur les marchés d’intrants agricoles, en particulier sur la micro-irrigation. Dans le cadre d’une récente initiative financée par l’USAID, IDE a développé et commercialisé des offres d’intrants commerciaux plus complètes, adaptées aux besoins des petits agriculteurs et a mis ces agriculteurs en relation avec des acheteurs, pour les aider à cultiver et à vendre des produits maraîchers à plus forte valeur ajoutée. Le marché complexe ciblé par IDE comprend 333 agriculteurs leaders, 91 vétérinaires ruraux, 163 négociants en légumes, 224 installateurs de systèmes d’irrigation, 25 vendeurs de pompes à eau et 2 fabricants de pompes. Tous sont des PE. L’an passé, les nouveaux agriculteurs cibles, qui ne tiraient en moyenne que 39 dollars de leurs cultures maraîchères avant d’intégrer le programme, ont vu leurs revenus multipliés par sept : ils gagnaient 323 dollars en moyenne après seulement un an de recours aux services appuyés par le projet. Pour de plus amples informations, consulter http://www.ideorg.org et http://www.bdsknowledge.org (recherche par « IDE » et « Nepal »). Sources : Bista 2004a, 2004b. 4 COMPTE-RENDU 2005 Programme SEMA de l’OIT en Ouganda Le projet SEMA (Small Enterprise Media in Africa) de l’OIT, financé par l’Asdi (Agence suédoise de coopération internationale au développement), appuie la diffusion de programmes pour les petites entreprises sur des radios commerciales africaines, offrant aux pauvres un instrument de défense des intérêts de leurs entreprises. A l’échelle nationale, 75 % des auditeurs des stations de radio (appartenant dans leur grande majorité aux deux tiers inférieurs de la pyramide des revenus en Ouganda) écoutent régulièrement les émissions pour les petites entreprises, un concept lancé par le programme FIT en 1999. Le taux d’écoute dans les catégories sociales les plus pauvres est de 65 %, réparti à égalité entre les hommes et les femmes. Les émissions fournissent des informations utiles, par exemple sur les liens d’affaires, et des services de défense des intérêts des petites entreprises. La majorité des auditeurs jugent ces émissions « très utiles » ou « assez utiles » pour leurs entreprises, et un tiers d’entre eux disent avoir développé leurs activités grâce à la mise en pratique de conseils entendus à la radio. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « FIT SEMA ») Source : OIT 2004. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Practical Action au Pérou En s’appuyant sur diverses sources de financement, Practical Action (anciennement Intermediate Technology Development Group, ITDG) travaille depuis 1997 dans les régions enclavées des Andes péruviennes. Elle favorise le développement du marché des services de vulgarisation destinés aux pauvres pratiquant l’agriculture et l’élevage. Practical Action a ravivé une ancienne tradition : celle des kamayoq, les conseillers en météorologie et en techniques agricoles dans l’empire Inca. Elle assiste les kamayoq dans l’identification de produits et de services de vulgarisation, et renforce les capacités techniques de ces consultants communautaires. Les kamayoq gagnent leur vie en vendant des intrants, par exemple des produits vétérinaires, et en prodiguant des conseils. Les agriculteurs les paient en espèces ou en nature. A l’heure actuelle, le centre fondé par Practical Action a formé 140 kamayoq, qui ont à leur tour vendu des produits et services à quelque 3 000 familles d’agriculteurs. Ces activités ont eu un impact positif sur la communauté agricole, comme l’illustrent ces résultats rapportés par des producteurs laitiers : n 98 % des éleveurs traitent leurs vaches contre les parasites ; 80 % des éleveurs déclarent à présent contrôler la mastite dans leur troupeau ; la production moyenne de lait est passée de six à neuf litres par jour. n Les ventes mensuelles de lait ont augmenté de 39 %. n La hausse moyenne des revenus des exploitants participant au programme est estimée à 15 %. n Les kamayoq tirent quant à eux un revenu de 88 à 200 dollars par mois de leurs prestations. Practical Action a diffusé ce modèle efficient de prestation de services à l’intention d’autres organismes, notamment du Gouvernement péruvien, afin d’en faire bénéficier un grand nombre d’agriculteurs isolés à faibles ressources. Le programme est financé par CAFOD, Castilla de la Mancha, INCAGRO, la Clothworkers’ Foundation et l’Ambassade du Japon. Pour de plus amples informations, contacter Alison Griffith, Practical Action, [email protected] ou Daniel Rodriguez, Practical Action, [email protected], ou consulter http://www.practicalaction.org. Sources : Griffith et Rodriguez 2005 ; Practical Action 2005. Programme Kenya BDS de l’USAID Le programme Kenya BDS, mis en place par le Groupe de travail sur les marchés émergents de l’USAID, crée des liens entre les petits cultivateurs et les marchés horticoles de la mangue, du fruit de la passion et de l’avocat. Le programme renforce les marchés d’intrants et de services de conseil qualité, établit des liens entre les fruiticulteurs et les exportateurs, et aide les exportateurs à développer des relations contractuelles avec les fruiticulteurs artisanaux. En trois ans, le programme a contribué à relier plus de 6 500 fruiticulteurs aux marchés et a permis à des milliers d’autres d’accéder à des services commerciaux, grâce à un réseau de plus de 500 prestataires. Pour de plus amples informations, consulter http://www.kenyabds.com et http://www.bdsknowledge.org (recherche par « Kenya BDS »). Sources : USAID, Groupe de travail sur les marchés émergents, 2004b–d, 2005b–d. COMPTE-RENDU 2005 5 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Marchés locaux de services de santé et d’éducation : marchés sur lesquels des PE vendent des services de santé et d’éducation aux pauvres. Ce sont là deux exemples illustrant comment les marchés locaux s’avèrent parfois plus efficaces et plus efficients que les Etats pour fournir aux consommateurs pauvres des biens et des services de nature à améliorer leurs conditions d’existence. 1.1. Exemples et résultats de projets matures Les stratégies de développement des marchés sont actuellement en pleine évolution et sont constamment renouvelées. Toutefois, certains programmes sur le terrain obtiennent déjà des résultats prometteurs en termes de développement des marchés en faveur des pauvres. Ces programmes se fondent sur des systèmes et des mécanismes de marché préexistants. Ils mettent l’accent sur l’introduction de changements au niveau des mesures incitatives, des réglementations, des compétences, de l’accès aux actifs, des relations commerciales et d’autres facteurs qui régissent les marchés, l’objectif étant d’ouvrir ces derniers aux pauvres de façon durable et profitable. Les projets décrits dans cette section illustrent brièvement quelques démarches et résultats prometteurs. La plupart feront l’objet d’une description plus détaillée dans la suite du document. 1.2. Le Compte-rendu 2005 Ce rapport offre une vue d’ensemble sur l’évolution des cadres d’analyse et les tendances actuelles, et décrit les enseignements de programmes engagés dans le développement des marchésen faveur des pauvres dans le monde entier. Il énonce également certains défis clés auxquels sont confrontés les bailleurs de fonds, les praticiens et les chercheurs à mesure qu’ils réorientent leurs actions. 1.2.1. Tendances mondiales et approche M4P : comment faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres Le chapitre 2 commence par une description du cadre général M4P, et explique comment les initiatives de développement de filière et de renforcement de l’environnement des entreprises, ainsi que d’autres communautés de pratiques, se rattachent à ce cadre général. Il expose la position du cadre M4P à l’égard de tendances majeures influant sur les perspectives de 6 COMPTE-RENDU 2005 croissance pour les pauvres, notamment la mondialisation, et de l’environnement des entreprises, et montre comment le déficit de pouvoir sur les marchés affecte les populations pauvres. 1.2.2. Acquis en matière de conception et de mise en œuvre de programmes Le chapitre 3 présente les enseignements tirés d’expériences pratiques en relation avec l’approche M4P. Il décrit les méthodes d’étude de marché appliquées par les opérateurs et la place de l’étude de marché dans les phases de conception et de mise en œuvre. Le thème central est celui du développement de filière : comment les programmes modifient-ils les rapports de force à l’intérieur des filières au bénéfice des PE ? A qui s’adressent-ils pour renforcer les liens entre acteurs du marché et comment procèdent-ils ? Ce chapitre se penche également sur plusieurs programmes qui, dans une optique d’accroissement de la portée et de pérennisation, développent des marchés de services d’appui commerciaux destinés à renforcer les filières et à ouvrir ces dernières à la participation des PE. Le thème de l’évaluation des programmes sera également abordé, avec une description des tendances récentes et des difficultés rencontrées. Enfin, cette section examinera comment les organisations de développement opèrent la réorientation sur des stratégies de développement des marchés. Le chapitre 4 présente des stratégies d’intégration des groupes les plus pauvres et les plus vulnérables aux marchés, à des conditions qui leur sont favorables. Cette section se concentre sur les stratégies et les groupes pour lesquels les innovations et les progrès les plus significatifs ont été réalisés l’an passé. La pauvreté étant concentrée dans les zones rurales, de nombreuses initiatives s’efforcent de toucher les populations rurales pauvres, et se concentrent donc sur le développement des marchés agricoles. Par ailleurs, au cours de l’année écoulée, certains organismes se sont intéressés plus spécifiquement au développement des marchés dans des contextes post-catastrophe naturelle, dans une volonté de participer aux mesures d’aide d’urgence et de développement dans les régions touchées par le tsunami et d’en tirer des enseignements utiles. Des problèmes comparables, quoique différents, se posent dans le contexte de marchés perturbés par des conflits. Par ailleurs, de nombreuses organisations continuent à cibler plus spécifiquement des poches de pauvreté endémique, notamment les catégories de femmes à très faibles revenus et les régions affectées par le VIH/SIDA. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 1.2.3. Développement des marchés de services de santé, de distribution d’eau, d’assainissement et d’éducation destinés aux pauvres Le chapitre 5 présente de nouvelles stratégies innovantes de réduction de la pauvreté par le renforcement de l’accès aux soins de santé, à l’eau, aux services d’assainissement et à l’éducation. Dans les études de cas, nous verrons comment les enseignements tirés d’autres travaux de développement des marchés peuvent être mis en œuvre pour aider les pauvres en tant que consommateurs de soins de santé et de services éducatifs. De plus, ces exemples illustrent le rôle primordial des PE sur les marchés locaux qui améliorent l’accès des pauvres à la santé et à l’éducation. Les acquis de ces expériences sont également applicables à d’autres secteurs du développement, comme celui des infrastructures. 1.2.4. Défis lancés au secteur Dans le dernier chapitre, les auteurs lancent un défi aux partisans de l’approche M4P et aux autres praticiens concernés par le développement de marché : comment intégrer les leçons du passé dans cette nouvelle approche ? Comment les nouveaux acquis seront-ils assimilés et diffusés ? Comment communiquer sur l’approche M4P ? Et comment constituer des capacités autour de l’objectif « faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres », de façon à traduire le concept en actions ? COMPTE-RENDU 2005 7 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 2. Tendances mondiales et approche M4P : comment faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres Le cadre général M4P se met en place en réponse à deux tendances planétaires : la mondialisation économique et l’ambition, énoncée dans les Objectifs du Millénaire pour le développement, de réduire de moitié la pauvreté extrême d’ici 2015. L’approche M4P se fonde sur une vision du marché comme puissant outil de lutte contre la pauvreté, et sur l’observation de « l’instinct de survie » des marchés, qui s’efforcent d’exister et de fonctionner même dans les environnements les plus pauvres et hostiles. Il avance le postulat suivant : aider les pauvres à intégrer des marchés mondiaux et locaux viables, à des conditions favorables, constitue la meilleure réponse au sort des populations pauvres actuellement exclues des bénéfices de la mondialisation, ou de celles qui sont menacées par la mondialisation. Le cadre M4P reconnaît l’importance de l’existence préalable d’un environnement des affaires et de systèmes de marchés. En adoptant une approche globale pour orienter les marchés en douceur, mais activement, dans une direction qui soit favorable aux pauvres, le cadre s’attaque à l’environnement des affaires au sens large, aux politiques et aux réglementations régissant les marchés spécifiques, les marchés de services d’appui et les infrastructures. Il s’intéresse aux liens et aux structures de marchés offrant aux pauvres davantage d’influence, d’autonomie et de choix commerciaux1. 2.1. Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres : l’approche L’approche M4P est à la fois un objectif de développement et une approche large de l’éradication de la pauvreté. Elle se fonde sur le postulat que des marchés qui fonctionnent bien peuvent contribuer à réduire la pauvreté en fournissant aux pauvres des produits et des services abordables, en leur permettant de tirer un meilleur rendement de leurs actifs et de leur travail, et en leur offrant de meilleures perspectives d’emploi. Or, ces avantages restent souvent hors de portée des pauvres, malgré l’ouverture croissante des marchés mondiaux. Les partisans de l’approche M4P posent deux conditions à l’accession des pauvres aux marchés : (1) les marchés doivent être autorisés à fonctionner de façon réellement ouverte et compétitive, et offrir des perspectives aux pauvres (dans la plupart des cas, cela implique une réforme des politiques et des systèmes de gouvernance, ainsi que des changements dans les normes culturelles et la société civile, du niveau mondial au niveau local) ; (2) les agents de développement doivent investir dans le renforcement de systèmes de marché compétitifs plutôt que de viser des résultats limités dans l’espace et le temps, en ciblant des groupes restreints. L’approche M4P ne constitue pas un secteur du développement. Il s’agit d’avantage d’une philosophie intersectorielle, applicable à de nombreux domaines, du développement des petites entreprises à la santé, en passant par le droit du travail et la protection des consommateurs. La stratégie M4P est destinée à stimuler les marchés en vue de libérer l’énergie entrepreneuriale et le pouvoir de consommation des pauvres, et de contribuer ainsi à la réalisation de l’Objectif du Millénaire de réduction de moitié de la pauvreté extrême d’ici 20152. Afin de faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres, les praticiens exercent une influence sur trois dimensions clés : le marché principal, les institutions, et les services et infrastructures (voir schéma 1 ci-dessous)3. Les marchés principaux relient les producteurs aux consommateurs. Un marché principal peut être le processus et la transaction qui acheminent les biens et les services des producteurs aux 1 BAD 2004b ; DFID 2005a ; Ferrand et al. 2004 ; Hellin et al. 2005 ; Lindahl 2005. 2 BAD 2004b ; DFID 2005a ; Ferrand et al. 2004 ; Hellin et al. 2005 ; Lindahl 2005. 3 Ferrand et al. 2004 8 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES rapidement et sans dommages. Dans ce rapport, nous appellerons ces marchés des « marchés de services d’appui ». La dimension institutionnelle, qui influe à la fois sur le marché principal et sur ses marchés de services d’appui, désigne les règlements formels et informels qui régissent les marchés (les lois et les règles et leurs modalités d’application), soit, en d’autres termes, l’environnement du marché. Une approche M4P doit porter sur l’ensemble du système. Elle examine les trois dimensions et veille à leur fonctionnement, qui doit aller dans le sens d’une participation profitable des pauvres au marché principal. consommateurs – en d’autres termes, un sous-secteur ou une filière à l’intérieur d’un sous-secteur. Il peut également s’agir du processus et de la transaction qui acheminent les biens de consommation aux pauvres – à l’échelle locale, régionale ou mondiale. La dimension « services et infrastructures » fait référence aux marchés et aux biens publics qui contribuent au renforcement du marché principal, et aident les pauvres à y participer à et à en tirer profit. C’est le cas, par exemple, d’un marché de conseils techniques aux producteurs, leur permettant d’obtenir une certification de producteur biologique, ou d’un réseau routier que l’Etat améliore pour permettre aux agriculteurs d’acheminer leurs produits sur les marchés, Schéma 1 : Dimensions clés du marché Services payants Services intégrés 3 Services et infrastructures Services d’infrastructures Services publics Information et communication Fourniture Producteurs 1 Consommateurs Marché principal Offre Demande Consommation Définition et application des règles Législation générale Réglementations non législatives Réglementations sectorielles 2 Institutions Pratiques informelles Source : Ferrand et al. 2004 COMPTE-RENDU 2005 9 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES A l’heure actuelle, bien d’autres cadres de développement sont appliqués dans le monde à des fins d’éradication de la pauvreté et de croissance économique. Mais parce que le concept M4P désigne une approche et non un secteur spécifique, d’autres secteurs du développement peuvent y être intégrés, comme le montre l’illustration 2. Elle montre plusieurs domaines de développement du secteur privé et d’éradication de la pauvreté qui pourraient appliquer l’approche M4P, et met en évidence la partie du marché principal sur laquelle ils agissent généralement. Schéma 2 : L’approche M4P et ses relations avec d’autres secteurs du développement Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres Liens d’affaires, développement de filières, promotion du commerce compétitif Développement des marchés locaux de la santé et de l’éducation Plus pauvres parmi les pauvres Approche « Base de la pyramide » Négociants, exportateurs, associations PE et petits agriculteurs Entreprises internationales Aide Développement des marchés de SAE, humanitaire, de microfinance, développement du secteur privé, subsistance des systèmes productifs locaux, des petites entreprises, agriculture Responsabilité sociale des entreprises Consommateurs des classes moyennes et supérieures Commerce équitable Environnement des entreprises Gouvernements des économies en développement Organes de gouvernance des marchés mondiaux & gouvernement des économies développées Réf. : Jim Tanburn Exemple 2 : L’approche M4P en pratique ComMark Trust en Afrique du Sud ComMark Trust est une fondation créée avec un financement de DFID et gérée par ECIAfrica, qui s’efforce de faire fonctionner les marchés de biens et de services au bénéfice des pauvres. L’une de ses initiatives bénéficie directement aux petits éleveurs : elle améliore leur accès à des produits vétérinaires, leur permettant d’augmenter leurs rendements, et leur propose des prix plus élevés que ceux pratiqués dans les grands ateliers publics de tontes et de vente de la laine. Le marché de la laine est attractif du fait des cours mondiaux soutenus et de la baisse de l’offre. La stratégie de ComMark consiste à appuyer les négociants agréés du secteur privé au Lesotho, pour qu’ils puissent contourner les barrières qui les privent de perspectives de rentabilité et de croissance (accès à l’information et aux services, obstacles légaux…). Elle entend développer les capacités de ces négociants dans les domaines du marketing, de la vulgarisation et de la gestion, de façon à ce que les ateliers qu’ils possèdent et dirigent deviennent des modèles de référence dans le secteur, ce qui profitera à un nombre encore plus important de petits éleveurs. Dans cette optique, ComMark a accordé une subvention à TEBA Development pour créer un système de commercialisation transparent et crédible. Ce système doit s’appuyer sur les négociants privés locaux et intégrer d’autres prestataires de services aux entreprises, tels que les fournisseurs d’intrants et les agents de vulgarisation, qui devront progressivement facturer leurs services à des prix en rapport avec le marché. L’accord de subvention stipule comme objectif la consolidation du marché principal de la laine, par la création de liens d’affaires, et le renforcement des services aux entreprises fournis par des prestataires commerciaux. Parallèlement, ComMark soutient le programme de privatisation de l’industrie de la laine lancé par Gouvernement du Lesotho. Pour de plus amples informations, consulter http://www.commark.org. Source : ComMark 2005. 10 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES L’illustration place ces secteurs dans le contexte du cadre général M4P. La suite de ce chapitre contient des exemples pratiques d’application de l’approche M4P pour remédier à plusieurs problèmes essentiels des populations pauvres en 2005. 2.2. Mondialisation et compétitivité Le rythme de la mondialisation et l’intégration des marchés locaux dans les marchés internationaux constituent des facteurs clés pour l’approche M4P. L’intégration efficace des pauvres dans les efforts de développement du secteur privé et des petites entreprises joue un rôle particulièrement important4. Si l’activité des petites entreprises se limite encore presque exclusivement aux marchés locaux, les produits et les détaillants internationaux commencent quant à eux à pénétrer les marchés locaux et s’imposent comme concurrents aux acteurs de ces marchés5. Pendant un certain temps, les programmes de développement du secteur privé se sont efforcés de renforcer la position compétitive des entreprises, filières, régions et pays ciblés, pour les aider à survivre et à prospérer sur le marché mondial. En 2005, ces efforts ont ciblé des catégories encore plus basses des marchés, afin de stimuler la compétitivité des communautés locales, des entreprises et des exploitations agricoles au microniveau, et ainsi toucher les populations pauvres. Exemple 3 : Renforcer la compétitivité des microentreprises Triple Trust Organization (TTO) en Afrique du Sud A Cape Town, en Afrique du Sud, Triple Trust Organization (TTO) met en œuvre un projet, financé par l’USAID et Misereor, visant à renforcer la compétitivité de boutiques appelées « spaza » : il s’agit de très petites épiceries familiales basées dans les townships (quartiers périphériques défavorisés). Les propriétaires comme les clients des spaza sont pauvres. L’objectif de TTO est d’accroître les revenus des propriétaires, tout en leur donnant les moyens d’accroître les avantages offerts à leurs clients. Un marché des spaza plus compétitif pourrait générer des gains substantiels en termes de développement : plus de capital en circulation dans les townships, plus d’appui aux entreprises possédées par des Noirs, choix plus vaste et prix plus compétitifs pour les consommateurs à faibles revenus. TTO aide les propriétaires de spaza à mettre en place un réseau appelé Shop-Net, qui renforce la position de leurs boutiques dans la chaîne logistique du secteur de l’épicerie. Shop-Net apporte trois principaux avantages aux propriétaires : (1) adhésion non obligatoire à un groupe d’achat, pour acquérir des stocks collectivement et obtenir des réductions auprès des grossistes locaux ; (2) accès à des services d’appui aux entreprises, dans les domaines du calcul des coûts, de la tarification et des relations clientèle ; (3) liens avec les fournisseurs – fabricants, grossistes et autres partenaires commerciaux. Dans le même temps, TTO renforce les liens entre les propriétaires de spaza et les fabricants et grossistes qui souhaitent pénétrer le marché des townships. Pour de plus amples informations, contacter Donavan Pedro, [email protected], ou consulter http://www.tto.org.za et http://www.bdsknowledge.org (recherche par « TTO » et « South Africa »). Sources : Bear 2005 ; TTO 2005. 4 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; DAI 2005 ; Lindahl 2005 ; OECD 2004. 5 Ulrich 2004. COMPTE-RENDU 2005 11 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 4 : Diversifier les produits des petits agriculteurs La GTZ en Tanzanie Dans la région du Tanga au Nord-Est de la Tanzanie, le projet SECAP (Soil Erosion Control and Agro-Forestry Project), financé par la GTZ, a été mené de 1981 à 2000 en vue d’accroître les revenus des petits agriculteurs et d’améliorer la gestion environnementale. La taille des exploitations dans cette région varie de 0,5 à 2,5 hectares. Les cultures traditionnelles de base sont le maïs, les haricots et les bananes. Le café et le thé ont été introduits pendant la période coloniale, et les missionnaires ont apporté les premières semences de légumes. Le SECAP se concentrait initialement sur la promotion d’approches holistiques et intégrées de conservation des sols et de l’eau dans des bassins sélectionnés, en appliquant une gestion participative des réserves forestières dépendant des villages ou des autorités locales. En 1993-94, des consultants ont réalisé une étude marketing dans les grands centres urbains et identifié un potentiel de marché pour les fruits et les légumes. Avec l’appui du projet SECAP, une centaine d’agriculteurs, constitués en quatre sociétés villageoises, ont lancé la production de neuf espèces de légumes. En 1996, la première livraison de 300 kg a été effectuée au Sheraton Hôtel, au Jangwami Sea Breeze et à l’épicerie Masudi à Dar es-Salaam. A la fin du projet SECAP en 2000, 60 agriculteurs, dont 16 femmes, ont fondé une ONG, baptisée Usambara Lishe Trust (ULT). Aujourd’hui, ULT produit plus de 100 espèces différentes de fruits et légumes, et s’est bâti une réputation d’excellence. L’organisation commercialise cinq à six tonnes de fruits et légumes par semaine, sur 16 marchés spécialisés de Dar es-Salaam. Pour de plus amples informations, contacter Alison Griffith, Practical Action, [email protected]. Source : Best, Ferris et Schiavone 2005. n Implication dans des réseaux locaux de distribution Voici quelques exemples de stratégies adoptées par les petites entreprises, parfois soutenues par des projets de développement, pour s’affirmer sur le marché mondial : n Coopération pour agir sur les marchés en tant que groupe d’entreprises plutôt qu’individuellement6 n Participation à des systèmes productifs locaux et à des réseaux d’entreprises qui mettent en commun des connaissances et appuient la modernisation, la spécialisation et la flexibilité de la production et de la commercialisation7 n Différenciation de leurs produits par rapport aux articles produits en masse8 n Ventes de produits à de grandes entreprises qui souhaitent développer des chaînes logistiques meilleur marché, flexibles et réactives 9 et de vente au détail, pour répondre à la demande de grandes entreprises qui souhaitent vendre sur les marchés des pays en développement10 De nombreux programmes intègrent à présent dans leurs études de marché préliminaires une analyse des marchés mondiaux et de la compétitivité des pays, filières ou groupes d’entreprises ciblés11. Dans le domaine du développement des PE, les experts et les opérateurs utilisent de plus en plus de concepts relatifs à la compétitivité, traditionnellement associés aux moyennes et grandes entreprises formelles, dans des programmes ciblant les petites, voire les 6 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; Bradnum 2005. 7 Ulrich 2004 ; OECD 2004. 8 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; ComMark Trust 2005 ; Manaktala 2005. 9 Finkel n.d. ; Prahalad 2005. 10 Ibid. 11 Des descriptions et des informations sur des instruments d’analyse de la compétitivité sont disponibles sur http://www.bdsknowledge.org. Cliquer sur « Market Assessment », puis « Market Assessment Methodologies—Tools and Information ». 12 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 5 : Analyser la compétitivité d’un pays La Banque mondiale et IFC MPDF au Cambodge IFC Mekong Private Sector Development Facility (MPDF) est une initiative soutenue par plusieurs bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale. Son mandat consiste à appuyer et à accélérer le développement de PME productives du secteur privé, appartenant à des propriétaires locaux au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Le Gouvernement du Cambodge voit dans la croissance du secteur privé un facteur essentiel de développement économique et de réduction du niveau de pauvreté élevé du pays. L’un des objectifs du projet étant d’améliorer l’environnement des entreprises au niveau national, la Banque mondiale a examiné la compétitivité du secteur privé cambodgien. En adoptant une approche d’analyse de filière, l’étude a identifié un certain nombre de secteurs de croissance potentielle, notamment le coton, l’assemblage de motos et la production de pièces détachées, le conditionnement du lait et la riziculture. Cependant, ces travaux ont également mis en lumière certains obstacles entravant la compétitivité, dans ces secteurs comme dans d’autres, notamment les coûts élevés du dédouanement, les formalités administratives et la corruption, la contrebande et le coût de l’énergie. L’étude observe que le Gouvernement cambodgien prend des mesures positives pour remédier à certains de ces problèmes et conclut que le secteur privé doit également prendre des mesures concrètes pour améliorer sa compétitivité. Le MPDF a publié ces informations dans son bulletin sur les entreprises, en vue de sensibiliser le public aux problèmes observés et de promouvoir un changement de politiques. microentreprises12. Pour différencier les produits des petites entreprises, les programmes misent sur une particularité des PE : la tendance aux coefficients de main-d’œuvre élevés. Par exemple, plusieurs programmes travaillent actuellement sur le positionnement des petites entreprises de tourisme, en mettant en avant leur grande réactivité aux attentes de la clientèle : elles sont mieux à même de personnaliser leurs offres que les grandes entreprises du secteur 13. Certains programmes développent des capacités et des liens à l’intérieur de systèmes productifs locaux ou de réseaux d’entreprises afin d’aider les PE à améliorer continuellement leurs compétences, leurs produits ou leur processus de production14. Le phénomène de mondialisation implique la délocalisation croissante de fonctions d’entreprises des pays développés vers les pays en développement. Certains projets tirent parti de cette tendance pour promouvoir la croissance des petites entreprises dans les secteurs où la délocalisation prédomine, comme celui des technologies de l’information15. On voit donc ici que l’évolution de la compétitivité ne concerne pas uniquement le marché principal sur lequel un programme intervient, mais également les marchés du travail sur lesquels la main-d’œuvre à faible coût récupère les emplois de travailleurs à salaires plus élevés. Cela soulève une question : dans quelle mesure ces programmes doivent-ils également s’intéresser aux conditions et aux droits du travail dans la région cible ? Pour de plus amples informations, consulter http://www.mpdf.org. Source : IFC MPDF 2004. 12 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; Ulrich 2004 ; DAI AMAP 2003. 13 Conservation International 2005b, 2005c. 14 Idrovo et Boquiren 2004 ; Mercy Corps 2005a. 15 Boquiren 2004. COMPTE-RENDU 2005 13 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 6 : Cibler un secteur présentant des opportunités de délocalisation La GTZ et GFA aux Philippines Le SMEDSEP (Small and Medium Enterprise Development for Sustainable Employment Program) est un programme financé par le BMZ et mis en œuvre par la GTZ et GFA, qui intervient dans le développement du secteur privé aux Philippines, principalement dans la région des Visayas, dans le cadre d’une approche intégrée. Le SMEDSEP concentre son action sur quatre obstacles majeurs au développement des PME : (1) l’absence d’un environnement favorable aux entreprises, aux niveaux national et local ; (2) l’absence de services appropriés aux entreprises ; (3) l’absence d’offres de formations techniques et professionnelles adaptées au marché ; (4) l’inadéquation des offres de financement à l’intention des PME. Les représentants des PME participantes dans la province de Cebu ont sélectionné les technologies de l’information (TI) comme secteur pilote pour le projet, car il semble offrir le meilleur potentiel de génération de revenus et d’emplois. GFA a donc chargé un consultant d’analyser ce secteur. L’étude a identifié un sous-secteur clé à l’intérieur du secteur des TI : il s’agit des services délocalisés et informatisés tels que les centres d’appel, le traitement des salaires et la transcription médicale. Le nombre de centres d’appel à Cebu est passé de zéro en septembre 2003 à neuf en juin 2004. A l’intérieur de ce sous-secteur, l’étude a observé des freins majeurs à la croissance : la méconnaissance du marché d’exportation, le manque de contacts avec ce marché et la pénurie de main-d’oeuvre maîtrisant l’anglais. Pour remédier à ces problèmes, les parties prenantes du sous-secteur ont recommandé la promotion des opportunités de délocalisation, la révision des cursus scolaires et le renforcement de la formation. Pour de plus amples informations, contacter Rita Pilarca, GFA, [email protected] , ou consulter http://www.smedsep.ph et http://www.bdsknowledge.org (recherche par « GFA » et « Philippines »). Source : Boquiren 2004. 14 COMPTE-RENDU 2005 Question clé Les bailleurs de fonds et les opérateurs doivent-ils promouvoir les droits du travail dans les PE qu’ils ciblent ? Si oui, comment ? La multiplication des programmes misant sur l’exportation de fonctions d’entreprises des pays développés vers les pays en développement soulève certaines questions quant à l’influence que ces programmes peuvent exercer sur les marchés internationaux du travail. Favorisent-ils des relations gagnant-gagnant entre les firmes internationales et les entreprises des pays en développement ? Ou encouragent-ils la concurrence par les coûts de la main-d’œuvre entre les pays en développement, détériorant plus qu’ils n’améliorent les conditions de travail sur ces marchés ? Certaines organisations, en premier lieu l’OIT, ont des programmes de promotion directe des droits du travail dans les petites entreprises. D’autres encouragent les grandes entreprises à exiger ou à privilégier des fournisseurs appliquant des normes satisfaisantes en matière de conditions de travail, en s’efforçant de démontrer qu’il s’agit là d’une proposition mutuellement avantageuse pour les deux partenaires commerciaux. Souvent, ces organisations appuient parallèlement les marchés de services de certification aux normes sociales. Cependant, certains opérateurs avancent que ces revendications ne font qu’exclure les petites entreprises des filières internationales. Selon eux, la priorité doit être accordée à l’accroissement des profits et des revenus, qui passe avant l’amélioration des conditions de travail dans les petites entreprises. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 2.3. L’environnement des affaires Face à une mondialisation croissante qui ne tient pas ses promesses en termes d’éradication de la pauvreté, une solution souvent avancée consiste à cibler davantage l’environnement des entreprises dans les pays en développement16. Les chercheurs comme les opérateurs ont souligné l’importance d’un environnement des affaires propice à la croissance du secteur privé et au développement des petites entreprises17. L’environnement des affaires est une dimension essentielle de l’approche M4P. Il est considéré comme un facteur déterminant pour l’efficacité des marchés principaux, des infrastructures et des marchés de services d’appui en termes de services et de bénéfices pour les pauvres. La base de données « Doing Business », développée par la Banque mondiale, fournit aux bailleurs de fonds et aux opérateurs des outils d’évaluation objective des réglementations applicables aux entreprises et de leur application. Les indicateurs Doing Business permettent d’opérer des comparaisons entre 145 économies nationales. Ils reflètent les coûts des réglementations pour les entreprises et permettent d’analyser les effets de réglementations spécifiques sur les investissements, la productivité et la croissance 18. Cette base de données offre un système de notation comparative de l’environnement des entreprises des différents Etats, censé générer une compétition entre les pays et les inciter à améliorer leurs environnements réglementaires pour les entreprises. Les bailleurs de fonds et les opérateurs utilisent l’information de la base de données pour faire pression sur les pays où ils interviennent et préconiser une amélioration de l’environnement des affaires. Au vu de l’intégration croissante des marchés mondiaux, l’environnement des affaires contient un certain nombre de facteurs clés qui peuvent favoriser ou au contraire entraver l’intégration des petites 16 entreprises dans les marchés. Les facteurs les plus généraux sont l’environnement réglementaire, les coûts de transaction, les barrières à l’entrée ou à la sortie des entreprises sur les marchés, et le processus de formalisation du statut des entreprises19. Parallèlement, les politiques, les réglementations et les pratiques des marchés spécifiques sont essentielles pour le fonctionnement de ces marchés et la capacité des petites entreprises à y participer de façon profitable. Par exemple, de nombreuses PE sont exclues des marchés par des réglementations conçues pour les grandes entreprises, et d’autres sont condamnées à se contenter de bénéfices extrêmement faibles en raison de la corruption, des monopoles locaux et de la fiscalité élevée. Les réformes sectorielles les plus efficaces sont souvent observées dans le cadre des initiatives de développement portant sur des marchés spécifiques, plutôt qu’en cas d’efforts isolés de modification d’une politique générale20. Les études et les programmes visant l’amélioration de l’environnement pour stimuler le développement du secteur privé et des PE se multiplient, et leur description dépasserait le cadre de ce Compte-rendu21. Cependant, deux thèmes majeurs préoccupent les opérateurs et méritent d’être mentionnés ici. 2.3.1. Influencer l’environnement des entreprises : enjeux et implications De nombreux bailleurs de fonds reconnaissent l’importance de l’environnement des affaires et s’intéressent également à la possibilité d’influer sur le secteur privé et sur les petites entreprises, à très grande échelle, par des améliorations de l’environnement affectant l’ensemble d’une économie nationale. Les stratégies d’amélioration de l’environnement comprennent des études sur les politiques, le développement des capacités des associations et des groupements du secteur privé, pour leur permettre de mieux défendre leurs intérêts, et le renforcement des capacités d’organismes publics en matière d’analyse et de révision de leurs propres réglementations et pratiques. Le Comité des bailleurs de fonds pour le développement des petites et moyennes entreprises prépare actuellement une conférence, intitulée « Reforming the Business Environment—From Assessing Problems to Measuring Results » (« Réformer l’environnement des entreprises - De l’évaluation des problèmes à la mesure des résultats », traduction non officielle, ndt), qui doit se tenir au Caire du 29 novembre au 1er décembre 2005. Des informations sur la conférence sont disponibles sur les sites http://www.sedonors.org et http://www.businessenvironment.org. 17 Commission pour l’Afrique 2005 ; DFID 2005a ; Ulrich 2004 ; Lindahl 2005 ; OCDE 2004 ; White et Chacaltana 2002. 18 La base de données « Doing Business » est disponible à l’adresse http://www.doingbusiness.org. 19 Commission pour l’Afrique 2005 ; White et Chacaltana 2002. 20 ComMark Trust 2005 ; DFID 2005b. 21 Il existe un nouveau site de partage d’information sur l’environnement des entreprises : http://www.businessenvironment.org. Pour d’autres références Internet sur ce thème, consulter l’annexe. COMPTE-RENDU 2005 15 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 7 : Agir sur l’environnement des affaires pour favoriser la croissance du secteur privé et des PE SBP en Afrique du Sud SBP est une organisation indépendante de recherche et de développement du secteur privé, engagée dans la promotion de partenariats stratégiques et d’un environnement réglementaire propice à la croissance des entreprises en Afrique. Elle combine des programmes de recherche, de sensibilisation et d’appui pratique aux entreprises, visant la création d’un environnement politique, réglementaire et opérationnel favorable à la croissance du secteur privé. Son travail sur les politiques implique des activités de recherche permanente à l’échelle régionale et nationale, associées à des activités de promotion des meilleures pratiques réglementaires et de sensibilisation par l’exemple en faveur d’un environnement plus fonctionnels pour les entreprises. SBP se concentre notamment sur l’environnement des petites et moyennes entreprises. Un projet récent de l’organisation, intitulé « Counting the Cost of Red Tape to Business in South Africa » (prendre en compte le coût des formalités administratives pour les entreprises en Afrique du Sud) et financé par DFID, a estimé que les entreprises sud-africaines avaient dépensé 79 milliards de rands en 2004 pour se mettre en conformité avec les réglementations, un montant équivalent à 6,5 % du PNB national. L’étude a observé que, si les grandes firmes présentaient les coûts les plus élevés en valeur absolue, les petites entreprises supportaient la charge la plus lourde, rapportée à leur taille, en matière de coûts de conformité réglementaire. L’étude a recommandé la création au niveau gouvernemental d’un organe d’analyse de l’impact réglementaire, qui jouerait un rôle consultatif sur le rapport coûts/bénéfices des nouvelles réglementations et procèderait à une révision systématique du rapport coûts/bénéfices des réglementations existantes. Pour de plus amples informations, contacter Chris Darroll, SBP, [email protected], ou consulter http://www.sbp.org.za ou http://www.businessenvironment.org. Sources : SBP 2005 ; http://www.sbp.org.za. Cependant, l’amélioration de l’environnement des entreprises est un processus long et complexe, et son issue est incertaine. Les programmes financés par les bailleurs de fonds peuvent certes identifier et promouvoir des bonnes pratiques, mais les changements effectifs dépendent en définitive de la volonté des gouvernements en place. Le temps nécessaire pour obtenir des changements notables peut dépasser le cadre temporel habituel des projets de développement. Les opérateurs sur le terrain observent également que la seule modification de l’environnement des affaires est souvent insuffisante pour promouvoir, au niveau des relations commerciales, de la coopération interentreprises, des pratiques commerciales informelles, des compétences et des marchés de services d’appui, les changements nécessaires à l’intégration durable des populations pauvres et des petites entreprises dans les marchés, à des conditions qui leur soient favorables. En conséquence, de nombreux programmes choisissent d’agir à la fois sur l’intégration des pauvres et/ou des petites entreprises par des interventions directes sur les marchés, et sur l’amélioration de l’environnement des affaires22. 22 Devant les difficultés rencontrées pour faire évoluer l’environnement des affaires, certains programmes mettent en place des mécanismes visant à initier et à appuyer le processus d’évolution politique, qui se substituent ou s’ajoutent à l’action plus directe sur les politiques elles-mêmes pendant la durée du programme. Par exemple, certains programmes réalisent des études en collaboration avec des groupes de réflexion ou des associations professionnelles, dans le but de doter ces organisations des capacités nécessaires pour analyser les politiques à long terme ou militer au niveau local en faveur d’une réforme politique23. Une approche innovante de la mise en place de mécanismes de changement, en particulier pour l’environnement des petites entreprises, consiste à Par exemple ComMark en Afrique du Sud, KATALYST au Bangladesh, PrOpCom au Nigeria et le SMEDSEP de la GTZ aux Philippines. 23 2.3.2. Le processus d’évolution des politiques Binh 2005. 16 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 8 : Lutter contre la pauvreté par une action sur l’environnement des entreprises et des interventions directes sur les marchés PrOpCom au Nigeria Le programme PoOpCom (Promoting Pro-Poor Opportunities through Commodity and Service Markets), financé par DFID, s’intéresse aux multiples aspects de la croissance en faveur des pauvres au Nigeria. Il poursuit les objectifs suivants : n Améliorer les conditions de subsistance et les perspectives d’emploi des populations pauvres des régions rurales, en mettant l’accent sur les femmes. n Rechercher des opportunités pour générer des changements systémiques sur les marchés de biens et de n n n n services, afin de les orienter en faveur des pauvres et d’accélérer la croissance dans l’agriculture et les secteurs connexes. Soutenir les services d’appui aux entreprises et améliorer le fonctionnement des marchés d’intrants, de services et de produits agricoles. Constituer des groupements d’intérêts pour encadrer les changements systémiques, influencer les décisions politiques et stimuler les investissements. Créer un environnement propice à la croissance des investissements privés dans l’agriculture et les secteurs connexes. Promouvoir un développement durable, intégrant dans la lutte contre la pauvreté des préoccupations sociales et environnementales, ainsi que des questions relatives à l’égalité des sexes et à la santé. Les concepteurs de PrOpCom pensent que cette approche intégrée peut générer de multiples bénéfices pour les pauvres des régions rurales en tant que producteurs, travailleurs et consommateurs. Pour de plus amples informations, contacter Gerg Kruse, PrOpCom, [email protected]. Source : DFID 2005b. développer les marchés des médias24. On observe déjà des projets réussis de développement des médias en tant que marché de services d’appui intersectoriel pour le développement des petites entreprises. Les opérateurs de ces projets ont réalisé que les médias pouvaient fournir aux petites entreprises une plate-forme pour exprimer leurs griefs et leurs préoccupations à l’égard des réglementations, des pratiques et des politiques publiques. Ce canal de sensibilisation aux difficultés des PE parvient souvent à attirer l’attention des responsables gouvernementaux là où d’autres canaux ont échoué. Les études d’impact révèlent que les émissions de radio pour les petites entreprises entraînent des améliorations concrètes dans les réglementations et les pratiques gouvernementales au profit d’entreprises du microsecteur25. Cependant, le développement des marchés des médias présuppose l’existence d’un marché largement libéralisé ainsi qu’une certaine tolérance, voire volonté gouvernementale en matière de concurrence entre les médias privés et de liberté d’expression. Ces aspects suggèrent que les stratégies de libéralisation de l’environnement des entreprises au sens large et celles qui visent la mise en place de mécanismes pour soutenir un processus de réforme politique à long terme peuvent se renforcer mutuellement. Le travail sur les médias illustre également la relation souvent observée entre le développement de marchés spécifiques et l’amélioration de l’environnement des entreprises. 2.4. Qui contrôle le marché ? Un autre thème central émerge des travaux sur les filières et des initiatives M4P : le pouvoir et l’influence, ou la « gouvernance » des marchés. De fait, chercher à faire fonctionner les marchés davantage au bénéfice des pauvres passe souvent par un rééquilibrage des rapports de force en leur faveur. Même sur les marchés biens réglementés, certains acteurs ont plus d’influence et de pouvoir sur les filières que les autres : en général, il s’agit des grandes entreprises, qui imposent leurs règles aux petites. 24 Par exemple, l’action de l’OIT en Afrique et en Asie, et de KATALYST au Bangladesh. 25 OIT 2004. COMPTE-RENDU 2005 17 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 9 : Mettre en place des systèmes et des plates-formes de défense des intérêts des PE Programme FIT SEMA de l’OIT en Ouganda Le projet SEMA (Small Enterprise Media in Africa) de l’OIT, financé par l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi), appuie la diffusion d’émissions pour les PE sur des radios commerciales africaines, offrant aux entrepreneurs pauvres une plate-forme pour défendre leurs intérêts. A l’échelle nationale, 75 % des auditeurs des stations de radio (appartenant dans leur grande majorité aux deux tiers inférieurs de la pyramide des revenus en Ouganda) écoutent régulièrement les émissions pour les petites entreprises, un concept lancé par le FIT en 1999. Comme l’explique un auditeur : « A l’ère d’Internet, c’est bien que nous, les petits villageois, ne soyons pas laissés à la traîne du progrès ». L’un des rôles essentiels de la radio interactive pour les petites entreprises est de fournir aux PE une plate-forme publique pour interpeller et responsabiliser les décideurs, les organismes publics et les puissants groupements d’intérêts privés. Interrogés sur le rôle de ces émissions, environ 30 % des auditeurs placent la défense de leurs intérêts en tête de liste, tandis que d’autres soulignent les fonctions éducatives des programmes et leur capacité à créer des liens d’affaires. Parmi les problèmes que ces programmes ont contribué à régler, citons la politique nationale en matière de distribution de lait par les SE, le respect des délais de paiement à des producteurs de café, la dénonciation d’élections inéquitables dans des associations professionnelles commerciales urbaines et la résolution d’un conflit entre des négociants de bétail et un abattoir local. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « FIT SEMA ») Source : OIT 2004. Sur les marchés mondialisés, les grands acheteurs des pays développés jouissent d’une influence grandissante dans les deux hémisphères, les marchés se concentrant de plus en plus entre les mains de quelques grands distributeurs. En réponse à une demande des consommateurs, ces grands acheteurs imposent certaines exigences de certification et de normalisation, qui empêchent en pratique les petits producteurs de leur vendre leurs produits. Sur les marchés faiblement réglementés des pays en développement, ces déséquilibres de pouvoir sont exacerbés au niveau local par un environnement des affaires défavorable aux PE et par des divisions culturelles, de sexe et de classe à l’intérieur des marchés. En conséquence, les PE et les pauvres sont souvent privés d’accès aux marchés mondiaux. Par ailleurs, les PE sont également menacées d’exclusion des marchés locaux des pays en développement, à mesure que les grandes firmes internationales cherchent à s’y positionner. Des initiatives de développement répondent à ce problème de gouvernance des marchés en cherchant à comprendre les forces en présence sur des marchés spécifiques et à intervenir sur ces mécanismes. Traditionnellement, les organisations de développement interviennent sur les déséquilibres de 26 Sethna 2004a. 18 COMPTE-RENDU 2005 marché en aidant les petits producteurs à se regrouper en associations, en vue de contourner les intermédiaires qui les « exploitent » et d’accroître leur part de marché – avec des résultats mitigés. Récemment, des initiatives de type M4P ont eu recours à l’analyse de filière pour obtenir une vision plus précise des tendances mondiales influant sur les filières ciblées et des mécanismes de gouvernance régissant des filières spécifiques aux niveaux international et local. A l’issue de ce travail d’analyse, deux stratégies sont proposées, parfois complémentaires, mais parfois aussi en concurrence. Dans la première, des parties cherchant à faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres interviennent auprès des gouvernements et des grandes entreprises pour obtenir une réforme des pratiques ayant un impact sur la structure du marché, afin de rétablir un certain équilibre en faveur des petits producteurs et détaillants. Voici quelques exemples des politiques poursuivies : n Obligation imposée par l’Etat aux grandes entreprises avec lesquelles il traite de se fournir auprès de PE26. n Réglementation des monopoles et attaque de monopoles spécifiques défavorisant les PE. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 10 : Contrer les déséquilibres mondiaux et locaux Supermarchés mondiaux et petits agriculteurs Dans le secteur maraîcher, les géants internationaux de la grande distribution exercent une influence croissante sur le marché. Les chaînes de supermarchés atteignent une concentration élevée en Europe et pénètrent à présent les marchés urbains des pays en développement. En réponse à la demande des consommateurs, les grands distributeurs du secteur de l’épicerie appliquent certaines normes en matière de traçabilité et d’utilisation de produits agrochimiques. Or, il est difficile pour les petits producteurs de se mettre en conformité et d’obtenir les certifications requises. Cette tendance renforce le pouvoir des grandes centrales d’achat par rapport aux intermédiaires informels, car ces grandes centrales proposent souvent, dans le cadre des contrats d’approvisionnement, des services techniques pour l’obtention de certifications. Ce système défavorise les agriculteurs qui cherchent à pénétrer les marchés d’exportation à forte valeur ajoutée. Dans le même temps, le renforcement de la position des multinationales de la grande distribution sur les marchés urbains des pays en développement fait planer le spectre de la domination monopolistique sur les marchés de débouchés locaux des petits producteurs pauvres. Des actions nationales et internationales de défense de la cause des petits producteurs ont vu le jour, dirigées contre les chaînes de supermarchés, les gouvernements de l’hémisphère Nord, l’OMC et les gouvernements des pays en développement. Les syndicats d’agriculteurs du Nord et du Sud font pression en vue d’une réglementation plus stricte, qui obligerait les grandes chaînes de supermarchés à favoriser ou à maintenir des conditions de concurrence favorables dans le secteur de la distribution alimentaire, afin d’accroître la diversité des acheteurs et d’améliorer les conditions d’achat. Les producteurs militent également en faveur de l’institution et de la mise en œuvre de codes de pratiques régissant les relations entre les grands supermarchés et leurs fournisseurs. Dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), les gouvernements des pays développés et l’OMC, en partie pour répondre à l’action de groupes de pression sectoriels, prônent l’autorégulation du secteur ; mais, selon les producteurs, cette stratégie s’est jusqu’à présent montrée inefficace dans la protection de leurs intérêts. Face à l’arrivée des géants de la grande distribution dans les pays en développement, certains gouvernements de l’hémisphère Sud réagissent en mettant en place des mesures protectionnistes, généralement destinées à protéger les monopoles locaux. D’autres imposent des réglementations protectionnistes favorables aux petits agriculteurs et aux petits détaillants. Toutefois, au vu de la mondialisation croissante et de la pression en faveur de l’ouverture des marchés, le répit offert par ces réglementations risque d’être de courte durée. Ces stratégies émergent dans un climat d’hostilité et de confrontation. Une stratégie alternative à plus long terme, moins conflictuelle, est en train de voir le jour dans plusieurs pays, notamment en Thaïlande. Le gouvernement thaïlandais encourage actuellement un dialogue entre les consommateurs, les détaillants, les syndicats d’agriculteurs et les propriétaires de bétail d’une part, et les chaînes de supermarché d’autre part, en vue de rechercher des solutions menant à un rééquilibrage des relations entre les supermarchés et leurs fournisseurs. Par exemple, les supermarchés pourraient, en collaboration avec d’autres parties intéressées, doter les agriculteurs locaux des capacités nécessaires pour satisfaire de manière efficace et rentable à leurs exigences. Un autre exemple, sur le versant vente de détail du marché, est celui d’une initiative de Triple Trust Organisation, en Afrique du Sud : elle établit des relations équilibrées, favorables à toutes les parties, entre des fabricants, des grossistes et des petites épiceries informelles. Ces stratégies impliquent l’établissement d’une relation de confiance entre les différentes parties en présence sur le marché, davantage qu’une confrontation. Pour de plus amples informations, consulter http://www.regoverningmarkets.org et http://www.tto.org.za (recherche par « TTO »). Sources : Bradnum 2005 ; http://www.regoverningmarkets.org. COMPTE-RENDU 2005 19 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES n Mise en place de programmes gouvernementaux encourageant l’établissement de relations gagnant-gagnant entre les grandes et les petites entreprises de production ou de distribution27. n Promotion de l’élaboration et de l’application de codes de pratiques sectoriels régissant les relations commerciales entre les grandes entreprises et les PE ; obligation pour les détaillants qui s’approvisionnent sur les marchés locaux de respecter ces normes. n Protection temporaire des marchés contre des groupes internationaux qui cherchent à entrer localement en concurrence avec les PE. n Groupements d’intérêts, y compris parmi les investisseurs et les représentants des PE concernées, pour intervenir auprès des grands acheteurs et détaillants et les inciter à améliorer leurs pratiques à l’égard des PE. Dans la seconde stratégie, de nombreux programmes s’intéressent aux déséquilibres sur les marchés locaux et cherchent à renforcer la position des petits producteurs par rapport aux grossistes, négociants et 27 Bradnum 2005 ; Sethna 2005a. 28 Finkel 2005 ; Walker 2005. 20 COMPTE-RENDU 2005 gros acheteurs locaux. Certains programmes choisissent d’aider les PE à répondre à la demande du marché final en termes de spécifications et de qualité, et appuient les démarches des petits producteurs en vue d’obtenir les certifications aux normes requises 28. D’autres favorisent l’établissement de relations gagnant-gagnant en appuyant des associations sectorielles ou des systèmes productifs locaux qui encouragent la collaboration interentreprises pour accroître la productivité globale d’une filière. D’autres encore s’attaquent aux monopoles locaux et stimulent la concurrence entre les acheteurs des produits des PE. Ces activités de renforcement des marchés aident les PE en présence et les filières locales à exploiter les améliorations de l’environnement global des entreprises. Elles constituent un complément essentiel aux vastes initiatives d’intervention sur l’environnement des entreprises. Ces initiatives de développement de marché seront abordées dans le chapitre suivant, qui traite des acquis en matière de conception et de mise en œuvre des programmes M4P. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 3. Nouveaux acquis en matière de conception et de mise en œuvre de programmes Ce chapitre présente les enseignements tirés de programmes axés sur le développement des marchés en faveur des pauvres, même si ces programmes utilisent des vocables différents pour décrire leur travail. Il souligne les principales difficultés auxquelles les bailleurs de fonds et les opérateurs sont confrontés. Quels sont les outils utilisés pour évaluer les marchés, et comment les résultats sont-ils exploités lors de la conception et de la mise en œuvre des programmes ? Dans le domaine du développement de filière, comment les programmes s’y prennent-ils pour modifier les rapports de force en faveur des PE ? Lorsqu’ils souhaitent renforcer des liens d’affaires, avec qui ces programmes travaillent-ils et comment ? Comment abordent-ils les questions relatives à l’accroissement de la portée et à la pérennisation ? Quels sont les progrès actuels en matière de développement de systèmes et d’outils pour le suivi et l’évaluation des programmes ? Enfin, comment les organismes de développement opèrent-ils le passage à une stratégie plus orientée marché ? 3.1. Etude de marché et conception des programmes Cette section décrit les dernières tendances concernant les méthodes d’étude de marché et de conception de programmes, ainsi que certains outils spécifiques d’étude de marché utilisés par les responsables de programme. Une application courante de l’étude de marché est d’obtenir une vue d’ensemble des marchés cibles potentiels pour fonder les premières décisions d’ordre général en amont du programme, concernant notamment les marchés à cibler. On observe toutefois une récente tendance à axer les études de marché sur des hypothèses spécifiques. De plus, l’information issue de l’étude de marché est utilisée pour appuyer 1 GTZ 2005b. 2 DDC 2004. 3 ADB n.d. les décisions portant non seulement sur la conception du programme, mais également sur sa mise en œuvre, la réorientation en cours de projet, ainsi que le suivi et l’évaluation. Divers outils sont actuellement utilisés par les concepteurs de programmes pour analyser les marchés et déterminer sur cette base comment intégrer et favoriser les pauvres. Beaucoup proviennent de secteurs connexes, tels que le développement des marchés de SAE, le développement économique local, le développement du secteur privé (en particulier de la compétitivité) et la pérennisation des moyens d’existence. Une meilleure communication entre les différents secteurs du développement, telle qu’elle est encouragée par les approches M4P et de développement de filière, a permis la diversification des outils utilisés pour les études de marché. De nombreux outils existants sont modifiés ou combinés à d’autres pour créer de nouveaux cadres d’analyse, servant à déterminer les modalités de l’intégration des pauvres dans les marchés. Il s’agit par exemple d’outils sur la compétitivité, abordés au chapitre 2, d’outils de développement économique local combinés à des outils d’analyse des marchés des SAE1, de méthodes accélérées de recherche participative, destinées à collecter de l’information pour l’analyse de sous-secteurs et de filières2, et de tableaux de moyens de d’existence durables, modifiés pour une plus grande orientation sur les marchés3. Cette tendance à l’expérimentation de nouvelles combinaisons reflète la volonté d’incorporer les conditions d’existence, les problèmes et les besoins des pauvres dans l’étude de marché traditionnelle ou d’intégrer une orientation marché dans les outils habituellement utilisés pour évaluer les besoins des pauvres. COMPTE-RENDU 2005 21 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 3.1.1. Analyse de filière – Sélection de sous-secteurs et intégration d’éléments analytiques Depuis quelques années, de nombreux bailleurs de fonds et opérateurs utilisent des outils innovants, associant l’analyse de sous-secteur et de filière4 à l’étude des marchés des services d’appui (marchés des SAE)5, offrant une compréhension encore plus globale et dynamique des systèmes de marché qui impliquent et touchent les PE6. L’an passé, l’analyse de filière a connu un certain essor en tant qu’outil efficace pour concevoir des programmes destinés à intégrer les petites entreprises dans les marchés. A cet égard, deux tendances méritent d’être soulignées : (1) la diversification des outils et stratégies utilisés par les organisations pour sélectionner les sous-secteurs cibles et (2) l’intégration d’indices supplémentaires issus de l’analyse de filière pour une meilleure compréhension des systèmes de marché concernés. Un débat est en cours concernant les meilleures méthodes de sélection d’un sous-secteur cible. Il existe un consensus assez large sur une série de principes abstraits pour guider la sélection des sous-secteurs cibles, mais le processus de désignation des responsables de la sélection et de la décision finale continue de poser problème7. Certains opérateurs préconisent une approche « basse technologie », reposant sur les connaissances locales. D’autres prônent une analyse plus étendue de divers sous-secteurs en vue d’identifier ceux qui présentent le potentiel le plus prometteur pour les petites entreprises8. Voici quelques exemples de processus de sélection des sous-secteurs9 : n Concentration sur une opportunité commerciale afin de créer ou de développer le marché d’un produit spécifique, pour lequel la demande est élevée. n Concentration sur la gestion des moyens d’existence dans une région spécifique et analyse des meilleures productions possibles dans cette n n n n n région pour satisfaire la demande et améliorer les moyens d’existence des pauvres. Sélection d’un pays et d’un produit sur la base de la recherche du meilleur potentiel de marché et de génération de revenus en faveur des pauvres. Analyse des idées générées par les parties prenantes au niveau local. Analyse de l’aptitude de divers sous-secteurs à réaliser les objectifs de l’organisation ou du programme. Identification des produits pour lesquels un pays ou une région spécifique dispose d’un avantage compétitif. Sélection d’un produit présentant une valeur nutritive spécifique ou pose des problèmes particuliers en matière de sécurité sanitaire des aliments, dans le but de promouvoir la sécurité Question clé La différence entre l’analyse de sous-secteur et l’analyse de filière est-elle sémantique, théorique ou pratique ? Les définitions varient d’une organisation à l’autre, ce qui crée une confusion parmi les praticiens : l’importance croissante accordée à l’analyse de filière constitue-t-elle un simple glissement terminologique ou correspond-elle à une évolution concrète des pratiques par rapport à l’analyse de sous-secteur ? L’explication la plus claire est livrée par la Communauté de pratiques sur les filières rurales de la DDC : « Les outils, méthodes et procédures d’analyse de sous-secteur peuvent être très similaires à ceux appliqués à l’analyse de filière. La différence réside dans l’objet d’étude. Une analyse de filière se penche sur une seule chaîne de marché, tandis que l’analyse d’un sous-secteur examine les différentes chaînes à l’intérieur de ce sous-secteur, puis étudie les relations de concurrence existant entre elles … [Ainsi, nous recommandons de] toujours partir d’une vue d’ensemble (analyse sectorielle), puis sélectionner une ou plusieurs filière(s) spécifique(s) et procéder à l’analyse de filière ». DDC 2004. 4 Lire la Question clé pour la définition des notions de sous-secteur et de filière. 5 Les études appelées « études du marché des SAE » sont appelées dans ce document « études des marchés de services d’appui ». 6 Lusby et Panlibuton 2004a. 7 Ibid. 8 DDC 2004. 9 Ibid., DAI AMAP 2003 ; Lusby et Panlibuton 2004a. 22 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 11 : Sélectionner des sous-secteurs Le projet CRESCE de DAI au Brésil Au Brésil, Development Alternatives Inc. lance actuellement un nouveau projet intitulé « CRESCE », financé par l’USAID, dont l’objectif est d’intégrer les micro- et petites entreprises dans des filières prometteuses. Le projet cible les régions pauvres du Nord-Est du pays. Les membres de l’équipe du projet ont appliqué un processus en trois étapes pour sélectionner les sous-secteurs à cibler. Tout d’abord, ils ont analysé les données d’exportation du Brésil et ont identifié les sous-secteurs présentant une part de marché et des indicateurs de croissance en hausse. Ensuite, ils ont procédé à une analyse SWOT (forces, faiblesses, opportunités et menaces) de ces sous-secteurs et en ont isolé certains sur la base de critères de développement spécifiques : présence de microet petites entreprises, niveaux d’emploi, potentiel de valeur ajoutée et existence de barrières commerciales, par exemple sanctions prononcées par l’OMC. Enfin, après avoir retenu 17 sous-secteurs à fort potentiel, ils ont mené des entretiens sur site avec des dirigeants locaux et d’autres parties prenantes, pour déterminer les sous-secteurs avec lesquels il leur serait possible de travailler. Ce processus les a mené à la sélection de quatre sous-secteurs : les maillots de bain, le miel, la noix de cajou et l’açai (un fruit d’Amazonie poussant à l’état sauvage). Pour de plus amples informations, contacter Lara Goldmark, DAI, [email protected]. Source : DAI 2005. alimentaire, la sécurité sanitaire et/ou la protection des consommateurs. n Sélection d’un service de développement – tel que les soins de santé ou l’éducation – actuellement fourni par des marchés de PE naissants. Le choix du processus dépend souvent de la position et de la mission de l’organisation qui conçoit le programme. 10 Boquiren 2004 ; GDS 2004. 11 Lusby et Panlibuton 2004b. Les bailleurs et les opérateurs sont de plus en plus enclins à intégrer certains aspects de l’analyse de filière qui ne sont pas habituellement inclus dans les études de sous-secteurs et les études des marchés de services d’appui : le benchmarking international, la coopération interentreprises, l’environnement des affaires et la gouvernance. Le benchmarking international relève de l’analyse de la compétitivité. Il consiste à évaluer la compétitivité d’un pays dans l’exportation d’un produit particulier, par rapport à d’autres pays exportant le même produit. Un autre facteur de la compétitivité d’une filière est la coopération interentreprises, soit la façon dont les entreprises de la filière coopèrent pour réagir rapidement et efficacement à une demande du marché. Cet aspect de la compétitivité est essentiel, car il est plus aisé à influencer que d’autres facteurs, comme l’existence de ressources naturelles ou le niveau des salaires, par exemple. De nombreuses études de marché mettent également l’accent sur la compréhension de l’environnement des entreprises de filières spécifiques et, plus particulièrement, de l’impact de cet environnement sur les populations pauvres ou les petites entreprises. Désormais, les bailleurs de fonds et les opérateurs étudient non plus seulement l’environnement des affaires à l’échelle nationale, mais également les aspects relatifs aux échanges internationaux10. Par ailleurs, les responsables de programme considèrent les rapports de gouvernance à l’intérieur des filières comme une donnée essentielle pour la conception de stratégies destinées à accroître l’influence et les bénéfices des PE dans les filières ciblées. Enfin, les analyses de filières visent une compréhension plus large de la demande du marché, en prenant en compte les tendances sur les marchés de consommation cibles11. Ces éléments analytiques supplémentaires aident les bailleurs de fonds et les opérateurs à concevoir des programmes efficaces dans le contexte de la mondialisation croissante. 3.1.2. Placer les pauvres au cœur des processus d’étude de marché et de conception de programme A mesure que les programmes s’orientent sur le développement de systèmes de marché favorables aux pauvres, les études de marché évoluent également vers une analyse plus poussée de la position et des relations des pauvres sur les marchés. Elles cherchent à comprendre pourquoi certains systèmes de marché ne parviennent pas à intégrer et à favoriser les pauvres. COMPTE-RENDU 2005 23 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 12 : Analyse de filière dans le contexte de la mondialisation USAID AMAP et le sous-secteur du cacao en Indonésie Dans le cadre du projet AMAP (Accelerated Microenterprise Advancement Project), financé par l’USAID, AFE (Action for Enterprise) et ACDI/VOCA ont réalisé une analyse du sous-secteur du cacao en Indonésie. L’Indonésie est le troisième producteur de cacao au monde, avec des exportations estimées à environ 600 à 700 millions de dollars par an. Sur l’île de Sulawesi, le cacao constitue la principale source de revenus des petits agriculteurs propriétaires, qui produisent plus de 80 % des exportations de cacao indonésien. L’étude devait déterminer les principales perspectives de croissance et d’expansion du sous-secteur, ainsi que les obstacles à son développement, proposer des stratégies pour remédier à ces obstacles et évaluer les investissements publics et privés nécessaires pour appuyer le sous-secteur du cacao en Indonésie. Par ailleurs, l’étude comprenait des analyses de la position de l’Indonésie sur le marché mondial du cacao et se penchait sur l’influence de la gouvernance des filières mondiales sur les agriculteurs indonésiens. Pour de plus amples informations, consulter www.microlinks.org ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « ACDI/VOCA » et « Indonesia »), ou contacter Henry Panlibuton, [email protected] ou Maggie Meyer, [email protected]. Source : Panlibuton et Meyer 2004. Ce processus commence par l’identification des marchés qui sont importants pour les pauvres en tant que producteurs ou consommateurs de biens et de services de nature à réduire la pauvreté (par exemple des services de santé et d’éducation)12. Le processus d’étude de marché et de conception s’oriente plus que jamais sur la production d’idées pour remédier aux causes sous-jacentes de l’exclusion des pauvres des marchés. Les responsables d’études de marché reçoivent également davantage de feedback sur ces idées de la part des acteurs du marché et des parties prenantes au cours du processus d’étude et de conception13. L’accent mis sur les populations pauvres et la volonté de générer et d’évaluer des solutions en impliquant les parties prenantes ont fait évoluer l’étude de marché : d’une procédure relativement neutre de compréhension du fonctionnement des systèmes de marché, elle est devenue une phase proactive du processus de conception de programme, axée sur le groupe cible des pauvres14. Du fait de ce changement d’orientation, les concepteurs de programme recherchent plus activement l’information auprès des petites entreprises et des pauvres. Les études de marché intègrent donc davantage d’outils adaptés à la collecte d’information auprès de ces groupes cibles et/ou adaptent des outils plus formels dans ce but. Voici quelques exemples de stratégies15 : n Rechercher des informations et des avis auprès des membres de la communauté qui sont habituellement peu enclins à participer aux réunions communautaires ou aux discussions thématiques de groupe, notamment les personnes des catégories socio-économiques les plus faibles. n Prévoir le temps suffisant pour les entretiens et les études de marché, de façon à capter les différents points de vue et la complexité des problèmes relatifs à la participation des pauvres aux marchés. n Interroger les microentrepreneurs sur les problèmes de leur entreprise et sur les avantages qu’ils pourraient tirer de solutions commerciales spécifiques, plutôt que de leur poser des questions sur leur volonté d’accéder à des produits ou services donnés. n Examiner les relations d’affaires et la diversité des produits et services (principaux et d’appui) qui font l’objet de transactions dans le cadre de ces relations. 12 Melin 2005. 13 Les « acteurs du marché » sont l’ensemble des entreprises (fournisseurs, PE, transformateurs, négociants, détaillants) ainsi que les groupements d’intérêts et associations qui les représentent, détenant des intérêts financiers sur le marché, qu’il s’agisse d’une filière ou d’un marché de services d’appui. Les « parties prenantes » désignent les acteurs du marché plus les gouvernements, ONG, instituts de recherche, bailleurs de fonds et autres parties intéressées au bon fonctionnement des marchés cibles. 14 Dorward et al. 2002 ; Melin 2005. 15 Eiligmann 2005 ; Haight 2004b ; Nussbaum et Miehlbradt 2003. 24 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 13 : Placer les pauvres au cœur de l’étude de marché Projet BDS-MaPS d’IDE au Népal En 2004, International Development Enterprises (IDE) a réalisé une étude de marché sur les produits sylvicoles non-bois (PSNB) au Népal. L’étude se fondait sur une hypothèse de départ : il est possible d’accroître les revenus des cueilleurs et cultivateurs pauvres de PSNB en renforçant la filière de certains PSNB (notamment certaines herbes et épices) et en intégrant plus efficacement les cueilleurs et cultivateurs pauvres dans ces filières nationales et internationales. Dans la région occidentale du Népal où IDE a basé son action, on dénombrait environ 22 000 ménages pauvres engagés dans la cueillette et/ou la culture de PSNB. Certains ne possédaient pas de terres, d’autres étaient des petits propriétaires (0,5 ha maximum). Le groupe cible comprenait des communautés minoritaires et des femmes à très faibles revenus qui étaient généralement exclues des actions de développement agricole mais avaient des activités régulières de cueillette de PSNB. IDE a pris contact avec une large gamme d’acteurs du marché et de parties prenantes. Ils ont collecté des données sur les filières nationales et d’exportation pour toute une gamme de PSNB, depuis les producteurs jusqu’aux consommateurs. Cependant, la collecte et l’analyse d’information n’ont pas été réalisées selon des méthodes conventionnelles. Elles ont été orientées dès le départ sur l’identification de produits à fort potentiel de revenus pour les cueilleurs et les cultivateurs pauvres, et sur l’analyse des obstacles qui, tout au long de la chaîne, freinaient la croissance de leurs revenus. L’équipe d’étude de marché a recueilli les points de vue et les idées de divers acteurs du marché (cueilleurs et cultivateurs pauvres, négociants et exportateurs) grâce à différentes méthodes, individuelles et de groupe : entretiens approfondis, discussions thématiques de groupe et réunions de groupe avec les parties prenantes du sous-secteur. Pendant le travail de collecte et d’analyse de l’information, une question revenait régulièrement dans les entretiens et dans les réflexions de l’équipe : « Quels changements IDE pourrait-elle générer sur les marchés pour accroître les revenus que les cueilleurs et cultivateurs pauvres tirent des PSNB ? ». Les activités du programme conçu sur ces bases et financé par l’USAID concernent de nombreux acteurs, des producteurs pauvres aux organismes gouvernementaux, en passant par les exportateurs. Elles portent sur le renforcement des liens d’affaires nationaux et internationaux, des équipements de laboratoires et des normes de qualité, l’appui aux groupes de producteurs et à l’association sectorielle, l’aménagement d’usines de transformation, et la promotion de techniques de récolte et de culture durables de PSNB commercialement viables. Le projet intervient également en faveur de la formulation d’un cadre réglementaire rationnel pour la collecte, la production et le commerce des PSNB. Les activités du programme ciblent une grande diversité d’acteurs du marché ainsi que l’environnement des entreprises du secteur. Pourtant, l’objectif final du programme est l’augmentation des revenus des cueilleurs et cultivateurs de PSNB pauvres. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « IDE » et « Nepal ») ou contacter Bhimsen Gurung, IDE, [email protected] ou [email protected]. Source : BDS MaPS 2004c, 2004d. n Veiller à ce que les entretiens soient menés dans la langue que les personnes interrogées maîtrisent le mieux et à ne pas utiliser de termes trop techniques ou peu courants. n Faire appel, pour mener les entretiens, à des personnes proches du groupe cible, géographiquement et culturellement, et disposant de connaissances et de contacts dans la communauté locale. n Veillez à ce que l’information et les points de vue soient recueillis à la fois auprès des femmes et des hommes, dans un contexte où ils se sentent à l’aise. Les programmes conçus selon ces stratégies prennent davantage en compte les besoins des groupes cibles pauvres, notamment la nécessité de16 : n réaliser des bénéfices substantiels à partir d’un investissement modeste, à court terme ; 16 Bista 2004a ; Eiligmann 2005 ; IDE 2004c ; Magistro et al. 2004. COMPTE-RENDU 2005 25 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES n réduire ou au moins empêcher l’augmentation du n n n n n niveau de risque ; éviter ou minimiser le paiement direct des produits et services d’appui avant d’en avoir tiré les premiers bénéfices ; comprendre le bénéfice potentiel qu’ils peuvent tirer d’un investissement dans leur entreprise, et être assurés de ce bénéfice avant de procéder à l’investissement ; avoir la garantie de pouvoir accéder au marché pour vendre leurs produits et services ; accroître leur accès à l’information ; développer leurs actifs sociaux, tout autant que leurs revenus et leurs actifs productifs. Ce processus d’étude de marché et de conception de programme axé sur les pauvres permet aux organisations d’intégrer dans les marchés des groupes cibles plus pauvres qu’on ne l’estimait possible il y a quelques années. Placer les pauvres au cœur de l’étude de marché ne signifie pas que les programmes dirigent leurs activités exclusivement vers les entrepreneurs pauvres. Il s’agit davantage, pour les concepteurs, d’examiner et de cibler les systèmes de marché dans leur ensemble, dans la perspective d’une augmentation des revenus et des actifs des pauvres en tant que participants à ces systèmes de marché. L’un des objectifs d’une étude de marché systémique consiste à déterminer comment répartir les ressources du programme en ciblant les acteurs qui doivent modifier leur comportement pour rendre le système de marché plus propices aux pauvres. Souvent, il s’agit des acheteurs, des vendeurs et des prestataires de biens et services d’appui, ainsi que des autorités locales qui contrôlent et influencent les marchés. Le but du programme est d’accroître la participation des pauvres aux marchés et à leurs bénéfices, et non d’améliorer ou de développer les marchés dans l’optique d’une croissance économique globale. 3.1.3. Comprendre la demande Depuis quelque temps, les bailleurs de fonds et les opérateurs évoluent d’une approche orientée sur l’offre vers une approche orientée sur le marché et la demande. Les approches orientées sur l’offre visent principalement l’accroissement de la production dans les filières ou l’accès des petites entreprises aux produits et services d’appui. Adopter une approche 17 Lusby et Panlibuton 2004b. 18 Bear 2005 ; Haight 2004b. 19 Miehlbradt 2005. 26 COMPTE-RENDU 2005 orientée marché consiste souvent à s’intéresser à la demande des consommateurs finaux des produits d’une filière, et à aider la filière à accroître sa part de marché. Adopter une approche orientée demande signifie souvent, dans ce contexte, s’intéresser à la demande des acteurs de la filière (PE et autres entreprises de la filière) en produits et services d’appui. La généralisation de cette nouvelle approche entraîne une orientation croissante des études de marché sur les tendances des marchés et sur la demande en produits et services d’appui. Par exemple, l’analyse de filière intègre la compréhension de la demande en produits spécifiques sur les marchés de consommation mondiaux17. De même, les études de marché impliquent de plus en plus souvent la collecte, auprès des acteurs des marchés, de données très précises et ciblées concernant leur demande en produits et services d’appui18. 3.1.4. Avantages des approches participatives et progressives de l’étude de marché et de la conception de programme La question de la méthodologie pour l’étude de marché préalable à la conception du programme continue de faire débat. Néanmoins, les avantages d’une approche participative et progressive de l’étude de marché et de la conception de programme sont de plus en plus évidents. Les opérateurs reconnaissent l’utilité d’une implication explicite d’acteurs du marché et d’autres parties prenantes dans l’étude de marché, notamment pour19 : n comprendre le point de vue de chaque partie sur les perspectives du marché ; n comprendre les dynamiques des relations n n n n existantes, mesurer leur solidité et identifier les obstacles à une meilleure coopération ; sensibiliser les acteurs du marché aux possibilités de collaboration à l’intérieur de la filière et aux causes des dysfonctionnements du marché ; obtenir l’adhésion des acteurs du marché et des autres parties prenantes aux objectifs du projet, et donc leur implication dans les activités à venir ; développer des contacts et des relations avec les acteurs du marché ; identifier les meilleurs éléments sur le marché, qui s’impliqueront dans l’exécution du projet et seront les premiers à exploiter les opportunités que le projet entend promouvoir ; EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 14 : Etudier la demande mondiale en produits spécifiques Une étude de la Banque mondiale au Kenya En 2004, la Banque mondiale a commandé une étude de la croissance et de la compétitivité au Kenya, qui portait notamment sur l’analyse des filières du coton (de la culture du coton au secteur de l’habillement), du café, du pyrèthre et de la floriculture. Outre l’analyse des systèmes de production et de distribution au Kenya, l’étude comportait une analyse approfondie du marché mondial pour ces produits. Partant de produits spécifiques dont le Kenya pourrait augmenter l’exportation, il s’agissait d’analyser en détail la demande correspondante des consommateurs dans différents pays. Le secteur des fleurs coupées emploie 40 000 à 50 000 personnes et constitue la seconde source de revenus d’exportation du pays. Ce secteur, fleuron de l’économie kenyane, produit 62 % des roses achetées dans l’Union européenne. Il est dominé par de grandes entreprises qui ont su pénétrer les marchés européens en adoptant un fonctionnement flexible pour réagir aux rapides évolutions du marché. Toutefois, l’évolution de la demande de l’UE en fleurs coupées (d’espèces cultivées en plein air, à faible valeur ajoutée, à des espèces plus variées cultivées en serres, à forte valeur ajoutée) marginalise de plus en plus les petits et moyens floriculteurs. L’étude porte à la fois sur les systèmes de production et les structures de coûts des petits et moyens producteurs de roses, et sur les caractéristiques de la demande en fleurs coupées sur les principaux marchés d’exportation du Kenya. Elle observe par exemple qu’au cours des années 90, la demande en nouvelles variétés s’est accélérée, obligeant les rosiéristes à raccourcir le cycle de vie de certaines variétés. Les petits et moyens rosiéristes doivent acheter de nouvelles variétés dans des ventes aux enchères qui appliquent strictement les droits d’exploitation des brevets. Ces versements de droits constituent près de 60 % de la valeur totale d’une nouvelle variété. Sans preuve du paiement des droits, les rosiéristes ne peuvent pas vendre leurs fleurs dans les grandes ventes aux enchères. Dans les années 90, on a également noté une pression croissante de la part des acheteurs européens pour l’application de contrôles qualité stricts et le respect des réglementations environnementales, notamment sur les limites maximales de résidus. Ces dernières années, une tendance nouvelle s’est imposée sur le marché européen : la vente de fleurs coupées dans les supermarchés. La distribution par ce canal implique un emballage et un étiquetage préalable, avec une durée de vie en vase garantie. De plus en plus de consommateurs, notamment ceux qui achètent en supermarché, préfèrent les bouquets composés aux bouquets contenant une variété unique. Pour survivre dans ce contexte, les petits et moyens floriculteurs ont besoin de créer des liens entre eux et avec de grandes entreprises, pour combiner les fleurs cultivées en plein air et les fleurs « de remplissage » avec des espèces plus traditionnelles, en vue de cibler le marché des bouquets composés pré-emballés. Ce type d’analyse détaillée du comportement des consommateurs sur les marchés internationaux et des implications en termes de production et de commercialisation, courante dans le secteur privé, gagne également du terrain dans les programmes de développement. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « World Bank » et « Kenya ») ou contacter Vyjayanti Desai, Banque mondiale, [email protected]. Source : GDS 2004. n créer une base pour la constitution de réseaux et d’institutions susceptibles de contribuer à mise en œuvre du projet et d’appuyer les activités de la filière après la fin du projet. Les opérateurs constatent également qu’il est plus utile de réaliser l’étude de marché par étapes successives, plutôt que de mener une seule vaste étude en début de projet. Souvent, la première collecte d’informations 20 entraîne une modification de l’orientation ou soulève de nouvelles questions de recherche. De petites études discrètes, successives et complémentaires, ou une analyse en continu, alimentant régulièrement le travail de recherche de nouvelles questions et idées, conduisent généralement plus rapidement et efficacement à la phase de conception du programme que les grandes études très complètes20. Par ailleurs, en veillant à ce que les études de marché restent Bear 2005 ; Miehlbradt 2005 ; Roggekamp 2004. COMPTE-RENDU 2005 27 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES souples et réactives à l’évolution des idées au fil du processus de recherche, les organisations peuvent mieux contrôler leurs coûts et se concentrer sur les données les plus pertinentes pour la conception de leur programme21. En fait, certains responsables de programme combinent à présent délibérément les dernières phases de l’étude de marché aux projets pilotes. Cette stratégie met en évidence les lacunes dans l’information collectée et permet d’injecter rapidement les données complémentaires dans la conception et l’exécution des projets pilotes. Globalement, il en résulte une capacité d’ajustement rapide et réactif au marché des activités du projet 22. Question clé Quelle est la quantité d’information nécessaire ? A mesure que les bailleurs de fonds et les opérateurs approfondissent leur connaissance des marchés, ils découvrent le niveau de complexité et les problèmes qu’ils recèlent. Pour concevoir et exécuter des programmes qui génèrent des changements durables sur les marchés, les opérateurs doivent comprendre les marchés principaux, les marchés de services d’appui, l’environnement des entreprises, la situation et les capacités du groupe cible, ainsi qu’une foule de facteurs contextuels tels que les questions sociales, environnementales et de genre. D’un autre côté, le temps et l’argent disponibles pour les études de marché sont limités. Comment les programmes peuvent-ils collecter suffisamment de données compte tenu des limites temporelles et budgétaires ? La question porte peut-être moins sur la quantité d’information que sur le moment où elle doit être collectée. Certains opérateurs obtiennent de bons résultats en lançant des projets à partir d’études de marché d’ampleur relativement modeste, représentant quelques semaines ou quelques mois de travail, et en continuant à collecter, à traiter et à injecter de l’information au cours des phases de projet ultérieures. 21 Engelmann et Isiaho 2004. 22 Miehlbradt 2005. 23 Ibid. ; Engelmann et Isiaho 2004 ; Jones et Shaikh 2004. 28 COMPTE-RENDU 2005 Certains bailleurs de fonds et opérateurs privilégient la collecte d’information qualitative, plus utile selon eux pour concevoir les programmes de développement, en particulier ceux qui ciblent les pauvres et/ou les marchés faibles. Si les études quantitatives ou les données quantitatives secondaires peuvent s’avérer utiles pour fixer une orientation générale, et sont souvent essentielles en tant qu’informations de base pour le suivi et l’évaluation, les études secondaires excluent généralement les pauvres, et les questions quantitatives rigides ont tendance à donner des résultats peu exploitables lorsque les PE ciblées ont une expérience limitée du marché. Voici quelques avantages essentiels de l’information qualitative pour la prise de décision portant sur la conception du projet 23 : n L’information qualitative offre un aperçu plus riche du contexte de marché et des relations existant entre les différents acteurs. Cette information est utile pour choisir les types d’entreprises avec lesquelles travailler, et pour déterminer la façon dont les relations de marché et les services intégrés peuvent être renforcés de façon à générer des changements ciblés et des opportunités à l’intention d’acteurs spécifiques du marché. n Les méthodes qualitatives peuvent servir à repérer des modèles commerciaux émergents, présentant un potentiel d’amélioration, de reproduction à l’identique ou d’expansion. n L’information qualitative aide les responsables de programme à analyser les causes du comportement des différents acteurs et à mettre au point des stratégies incitatives destinées à intégrer les PE et/ou les pauvres dans des filières et systèmes de marché spécifiques. 3.1.5. Etude de marché pendant la phase de mise en œuvre du programme Les opérateurs estiment que l’étude de marché constitue une aide précieuse tout au long de la mise en œuvre des programmes, car elle peut appuyer les décisions opérationnelles au jour le jour pendant toute la phase de maturation, ainsi que les réorientations stratégiques. Comme il est généralement impossible d’obtenir une vue d’ensemble exhaustive du marché avant le coup d’envoi, de nombreux programmes s’engagent dans un travail d’étude de marché permanent : les initiatives sont lancées, génèrent des enseignements supplémentaires sur le marché et son EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 15 : Etude de marché progressive et participative en phases de conception et de mise en œuvre SDCAsia et le sous-secteur du kaong aux Philippines Le kaong est le fruit sucré d’une variété particulière de palmier à sucre qui pousse en abondance dans les forêts de Davao del Sur, sur l’île de Mindanao, aux Philippines. SDCAsia dirige actuellement un projet, financé par l’USAID et Swisscontact, destiné à mettre les communautés locales engagées dans la semi-transformation du kaong en relation avec les marchés formels, et à renforcer la compétitivité des filières auxquelles elles participent. Le projet se concentre sur l’amélioration des activités de semi-transformation des communautés locales, en renforçant les liens à l’intérieur de la filière, en augmentant l’offre et la qualité des services aux entreprises tout au long de la filière, en consolidant les liens horizontaux entre les acteurs du marché, et en élaborant et diffusant des normes de qualité pour les produits et les processus. Pour concevoir le projet, SDCAsia a collecté des données quantitatives de base sur le secteur du kaong, ainsi qu’un volume considérable d’information qualitative sur les producteurs pauvres et les autres acteurs du marché, les relations dans le sous-secteur du kaong, les marchés finaux et les services d’appui. Lorsque le projet a été lancé, SDCAsia a continué à approfondir ses connaissances sur les dynamiques et les principales connexions du marché. Tout au long de la phase de mise en œuvre, SDCAsia a collecté de l’information et des réactions auprès des acteurs du marché impliqués dans le projet, notamment sur les changements qu’ils avaient introduits, et sur leur satisfaction à l’égard de ces changements et des nouvelles conditions, contraintes et perspectives. SDCAsia organise de fréquentes sessions de feedback avec les acteurs de marché en vue de trouver des solutions gagnant-gagnant aux problèmes des producteurs pauvres et des autres acteurs du marché. Elle opère également un suivi régulier des évolutions sur le marché du kaong et collecte des données sur quelques indicateurs quantitatifs clés, qui l’aident à évaluer l’impact du projet sur le sous-secteur et les producteurs pauvres. L’information qualitative, associée à ces indicateurs quantitatifs, permet à SDCAsia, non seulement d’optimiser l’efficacité du projet, mais aussi d’identifier en continu de nouvelles niches et opportunités présentant un potentiel compétitif pour les produits des communautés locales. L’équipe du projet partage régulièrement les informations recueillies avec les acteurs du marché pour obtenir leur point de vue et discuter des activités futures. Pour de plus amples informations, consulter http://www.sdcasia.ph ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « SDCAsia » et « Philippines »), ou contacter Marian Boquiren, [email protected]. Source : Idrovo et Boquiren 2004. évolution, lesquels servent alors de base au lancement des initiatives suivantes 24. La collecte régulière d’information sur le marché peut également aider les responsables à évaluer l’impact du projet sur des marchés particuliers. A l’heure actuelle, les programmes de développement de marché les plus efficaces sont ceux qui utilisent l’étude de marché comme un instrument d’expérimentation, d’analyse et de révision des interventions dans un cycle continu 25. 24 Idrovo et Boquiren 2004 ; Miehlbradt 2005. 25 Miehlbradt 2005 ; Roggekamp 2004. 3.2. Développement des filières Cette section aborde une stratégie couramment utilisée pour stimuler le fonctionnement des marchés au bénéfice des pauvres : l’intégration des PE dans des filières en pleine croissance. Les initiatives de développement du secteur privé et de développement agricole appliquent depuis longtemps déjà une approche orientée filière. Qu’y a-t-il donc de nouveau dans le fait d’appliquer cette approche en faveur des pauvres ou d’intégrer les PE dans des filières ? Tout d’abord, des programmes récents accroissent délibérément leur degré de portée pour toucher des entreprises plus petites et plus pauvres que par le passé. COMPTE-RENDU 2005 29 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Le but recherché est non seulement d’éradiquer la pauvreté, mais également d’améliorer la compétitivité des filières26. En intégrant de petits producteurs, certaines filières peuvent baisser leurs coûts et gagner en flexibilité. Dans certains cas, les PE apportent des compétences et des ressources qui leur sont propres (par exemple, des techniques artisanales traditionnelles ou la connaissance des conditions de culture spécifiques dans les régions où les petites exploitations prédominent). Les exemples de réussite montrent que les pauvres peuvent augmenter de manière significative leurs revenus, leurs actifs et même leur sécurité économique grâce à une participation prudente aux marchés mondiaux par l’intermédiaire des filières. La stratégie des « services intégrés » leur offre cette opportunité en encourageant les acheteurs et/ou les fournisseurs d’intrants à développer les capacités des petits producteurs avec lesquels ils traitent. Les acheteurs et les fournisseurs d’intrants acceptent ces conditions pour, respectivement, améliorer leur chaîne logistique ou augmenter leurs ventes. Cependant, l’intégration des PE dans les filières ne se fait pas sans difficultés. En 2005, les opérateurs ont proposé des solutions innovantes pour contrer ces obstacles, augmenter le degré de portée et accroître les bénéfices que les PE tirent de leur participation aux filières. 3.2.1. Processus de développement de filière Bien que le développement de filière ne soit pas une stratégie nouvelle, des recommandations sont formulées par les experts pour l’intégration des PE et des pauvres dans les filières, notamment en ce qui concerne les points d’entrée et les successions d’étapes. Le tableau 1 ci-dessous reprend trois séries d’étapes recommandées pour le développement de filières. Elles comprennent des éléments similaires, mais mettent l’accent sur des éléments différents aux points de départ et d’arrivée. Comme point de départ, « l’approche territoriale » se fixe comme objectif le développement économique local (DEL) et commence donc par mobiliser la communauté. Les deux autres stratégies sont susceptibles d’être initiées par des gouvernements nationaux, des ONG et des bailleurs de fonds moins investis dans des communautés particulières. Elles commencent par identifier les secteurs et les filières à fort potentiel. La troisième série d’étapes constitue un cadre de conception de programme et s’achève donc 26 USAID 2005a. 30 COMPTE-RENDU 2005 par la définition des activités, tandis que les deux autres englobent également la phase de mise en œuvre. Voici quelques étapes communes aux trois processus, qui ont fait leurs preuves par le passé : n Sélection de sous-secteurs présentant un potentiel n n n n de croissance et d’intégration des PE et/ou des pauvres Analyse des filières pour identifier les opportunités et les obstacles à la compétitivité et à la participation des PE Implication des entreprises de la filière dans le processus de conception et de planification stratégique du programme Elaboration d’un plan de développement ou d’une vision à long terme pour la pérennisation de la filière Planification de la prestation de services d’appui aux entreprises de la filière Certains éléments ne sont présents que dans une ou deux stratégies mais ont fait leurs preuves dans des programmes innovants et/ou plus performants : n Evaluation et renforcement des marchés de services d’appui, plutôt que prestation directe de services subventionnés aux acteurs de la filière n Travail de pression pour remédier aux obstacles présents dans l’environnement des entreprises n Animation des relations entre les acteurs de la filière n Identification des « agents de changement », c’est-à-dire les acteurs les plus susceptibles d’initier des changements et de faire évoluer la filière On note l’absence d’un élément dans les trois listes : l’élaboration et la mise en place de systèmes de suivi et d’évaluation. Sur ce point, il existe plusieurs processus recommandés dans le domaine du développement de filières. Il existe un certain consensus sur des éléments clés qui ont fait leurs preuves, tandis que d’autres points requièrent encore un examen empirique. 3.2.2. Les relations d’influence sur les marchés En cherchant à accroître les bénéfices de la participation aux marchés pour les pauvres, les opérateurs sont confrontés à un problème épineux : celui de la structure de pouvoir ou de gouvernance de EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Tableau 1 : Etapes du développement de filière A. Approche territoriale du développement des entreprises agricoles rurales27 B. Conférence virtuelle sur la question du développement rural28 C. Processus pour la conception de programmes de développement de sous-secteur/filière29 1. Formation d’un groupement d’intérêts et délimitation d’un 1. Sélection et analyse de la filière 1. Sélection d’un secteur territoire 2. Organisation des agriculteurs 3. Identification des marchés et analyse des filières 4. Elaboration d’une stratégie et d’un plan de développement avec les acteurs 5. Renforcement des services d’appui pour des chaînes commerciales sélectionnées 6. Travail de pression pour un changement des politiques 2. Définition d’une hypothèse pour un fonctionnement satisfaisant de la filière économique (sous-secteur) 2. Analyse du sous-secteur / de la filière 3. Identification des agents de changement les plus susceptibles d’adhérer à l’idée 3. Identification de solutions commercialement viables pour accroître la compétitivité 4. Aide à l’identification des forces, faiblesses, opportunités et menaces pour la réalisation du concept 5. Appui des acteurs de la filière dans l’identification des points névralgiques et dans la prise de 4. Etude de marché portant sur les solutions / services 5. Identification et sélection des activités du programme décision sur un plan d’action 6. Soutien financier, technique et moral aux acteurs de la filière et/ou soutien portant sur la formation et le renforcement de capacités 7. Animation des relations entre les entreprises de la filière ces marchés. Un obstacle fréquent à la participation des pauvres, ou à leur participation dans des conditions satisfaisantes pour eux, réside dans le fait que les marchés sont dominés par une multitude d’intérêts puissants, des groupes internationaux aux négociants locaux détenteurs d’un monopole, des coopératives corrompues à l’OMC. Ces institutions exercent une influence sur les réglementations du marché, sur les prix et sur d’autres dimensions des échanges. En général, les pauvres ne comprennent pas les réglementations et acceptent d’emblée les prix et les conditions qui leur sont imposés. La priorité est donc souvent accordée à la modification de ces structures de marché défavorables, et c’est le principal défi posé aux programmes de développement de filière, même s’ils utilisent parfois un langage moins militant pour décrire leurs intentions. 27 Best, Ferris et Schiavone 2005. 28 DDC 2005b. 29 http:://www.actionforenterprise.org ; Lusby et Panlibuton 2004. Comme chaque marché ou filière est unique, des stratégies différentes s’appliquent dans différents contextes. Cependant, les stratégies efficaces commencent toutes par l’intégration dans l’étude de marché d’une analyse de la gouvernance et des influences, sans présupposer de la tendance de certaines entreprises, en particulier les intermédiaires, à exploiter les petits producteurs. Cette analyse peut révéler que certains marchés ne présentent aucun problème de rapports d’influence, tandis que, sur certains autres, les problèmes de gouvernance ne se situent pas là où on les attend. COMPTE-RENDU 2005 31 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 16 : Renforcer les filières agricoles Programme Kenya BDS de l’USAID et le sous-secteur de la mangue Le programme Kenya BDS, mis en œuvre par le Groupe de travail sur les marchés émergents de l’USAID, a aidé quelque 2 500 petits cultivateurs de mangues à doubler leurs prix en un an et demi. Kenya BDS a confié à SITE, une ONG kenyane, le rôle de facilitateur pour une initiative visant cette filière clé de l’économie du pays. Sur la base d’une analyse détaillée de la filière, SITE a entrepris d’aider les cultivateurs à améliorer la qualité de leurs produits et leurs relations avec les négociants exportateurs. SITE a organisé les cultivateurs de mangues en 83 groupes de producteurs dans huit régions productrices. Ces groupes forment une plate-forme d’accès aux services de vulgarisation et aux marchés. En créant des liens avec des fournisseurs d’intrants, SITE facilite l’accès des cultivateurs à des services de vulgarisation agricole et de pulvérisation de pesticides, en vue d’améliorer les conditions phytosanitaires et ainsi les rendements. L’ONG a également testé des modèles de vulgarisation commerciaux en formant cinq entrepreneurs à la prestation de ces services et en les accompagnant dans cette activité. De plus, SITE a convaincu six exportateurs d’entrer en relation directe avec des petits cultivateurs, exploitant des vergers d’à peine quelques dizaines d’arbres. Les cultivateurs ont ainsi pu doubler leurs prix et augmenter leurs ventes grâce à une baisse des pertes de produits. L’ONG a également encouragé la conclusion d’accords selon lesquels les acheteurs paient les marchandises par virement bancaire ou par chèque, plutôt qu’en espèces, afin de diminuer les risques d’agression encourus par les cultivateurs. Outre cette initiative, le programme Kenya BDS comprend plusieurs projets similaires, qui relient plus de 6 500 agriculteurs avec les marchés et aident quelque 30 000 PE à accéder à des services financiers et commerciaux du secteur privé. Voici un exemple de l’impact de ces programmes : Julius travaillait comme superviseur dans une usine d’aliments pour animaux et est à présent retraité. Il s’est battu pendant des années pour créer une petite plantation de mangues, et la faire survivre aux grandes sécheresses des années 90, et s’est finalement retrouvé propriétaire de 320 arbres greffés, qui lui rapportaient de 4 500 à 46 000 shillings selon les précipitations. En 2003, il a rejoint un groupe de cultivateurs animé par SITE et a accédé à des conseils en production et à des services qui lui ont permis d’augmenter ses récoltes de mangues de catégorie 1. De plus, pour la première fois, il a pu vendre directement à un exportateur. Ses revenus de 2004 ont atteint 200 000 shillings. Avec ces revenus supplémentaires, il a acheté de la nourriture et des vêtements pour sa famille, a payé les frais d’inscription de son fils dans l’enseignement supérieur, a commencé à construire une maison, a ouvert une boutique de détail à proximité et a pu réinvestir dans son exploitation. Cette année, il a été élu président de son groupe, le Makika Horticultural Group, qui compte 56 membres. Pour de plus amples informations, consulter http://www.kenyabds.com et http://www.bdsknowledge.org (recherche par « Kenya BDS »). Sources : USAID, Groupe de travail sur les marchés émergents, 2004b–d, 2005b–d. Voici quelques exemples de stratégies pour aider les pauvres à gagner en influence sur le marché : n Coopération interentreprises renforcée30 : certains facilitateurs de marché encouragent la coopération interentreprises dans la filière de façon à améliorer la qualité et la compétitivité 31. L’amélioration de la qualité dépend souvent d’une collaboration entre les acheteurs et les fournisseurs pour élaborer, mettre en œuvre et certifier des normes de qualité. Tous les acteurs, et plus particulièrement les PE, ont besoin de développer leurs capacités pour améliorer la qualité. Ce type de collaboration requiert un « esprit d’équipe » et des relations de confiance durables entre les fournisseurs et les acheteurs dans la filière. Les rapports de 30 ATA 2005 ; Biénabe et Sautier 2005 ; Chalmers et al. 2005 ; MEDA 2005a ; Mercy Corps 2004, 2005a ; USAID 2005a. 31 Un facilitateur de marché est une organisation de développement sans intérêt financier sur le marché cible, qui mène des activités subventionnées à court terme, destinées à rendre les marchés plus propices aux pauvres. Un facilitateur n’est pas un acteur du marché, mais peut être une partie prenante (organisme gouvernemental, institut de recherche, ONG, bailleur de fonds). 32 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES concurrence évoluent vers des rapports de coopération. Ce processus peut accroître à la fois le respect et le besoin des acheteurs à l’égard des PE, et renforcer le pouvoir de négociation des PE sur le marché. n Concurrence accrue32 : les marchés qui servent les PE sont souvent monopolistiques. Certains facilitateurs de marché cherchent à accroître le nombre de chaînes de marché à disposition des PE, stimulant ainsi la concurrence en faveur des pauvres, en tant que clients ou fournisseurs. Cela renforce leur pouvoir de négociation. n Politique proactive33 : dans certaines circonstances, les gouvernements usent de leur pouvoir pour protéger ou favoriser les PE se trouvant en position défavorable sur le marché. Ils peuvent mettre en place des mesures incitatives et/ou des normes à l’intention des grandes entreprises qui traitent avec les PE. Ils peuvent agir sur les marchés monopolistiques pour s’efforcer de préserver la concurrence. Ils peuvent réglementer certains types de crédit pour garantir qu’ils ne se traduisent pas par une exploitation des PE. Ils peuvent créer des canaux pour la prise en compte des griefs des PE et intervenir comme médiateurs dans les conflits. Le rôle du facilitateur de marché consiste souvent à faire pression en faveur de telles politiques, ou à promouvoir et surveiller leur application. n Confrontation34 : dans certaines circonstances, lorsque les efforts décrits ci-dessus restent sans effet, certains facilitateurs encouragent ou alimentent une confrontation directe et ouverte avec les puissants acteurs du marché. La Self Employed Women’s Association en Inde35, par exemple, a une longue pratique de la mobilisation des femmes ayant leur propre activité visant à la confrontation avec leurs clients / employeurs et à la négociation de meilleures conditions de travail. Les facilitateurs font actuellement le bilan des stratégies expérimentées pour déterminer celles qui fonctionnent le mieux dans telles ou telles circonstances, ainsi que les méthodes de mise en œuvre les plus efficaces pour chaque stratégie. A l’heure actuelle, les stratégies semblent dépendre largement de la configuration du marché, de la force d’entraînement et du niveau de confiance des entreprises les moins puissantes, et du niveau de confiance et de compétences des organisations qui mettent en œuvre les programmes. 32 Idrovo et Boquiren 2004 ; MEDA 2005d ; Prahalad 2005 ; DDC 2005. 33 World Education 2005. 34 Idrovo et Boquiren 2004 ; Laker-Ojok 2004 ; MEDA 2005d. 35 http://www.sewa.org. Exemple 17 : Accroître l’influence des PE sur le marché en renforçant la concurrence dans les filières MEDA au Nicaragua Avec l’appui du CIDA (Comité interaméricain de développement agricole), MEDA a mis en place un projet au Nicaragua pour promouvoir le sous-secteur du sésame et renforcer sa compétitivité sur les marchés internationaux. MEDA a procédé à des analyses de la compétitivité et des filières de façon à comprendre comment le sous-secteur nicaraguayen pourrait renforcer sa position sur le marché mondial. Le projet a apporté une aide technique aux producteurs, délivrée par l’intermédiaire de coopératives, qui portait sur la production, le conditionnement et la commercialisation. Le projet a ensuite collaboré avec les exportateurs pour renforcer les alliances entre ces derniers et les groupes de producteurs, renforçant ainsi les liens tout au long de la chaîne commerciale. Dans certains cas, toutefois, le projet s’est efforcé de stimuler la concurrence entre les exportateurs et de briser les monopoles détenus de facto par des exportateurs dans certaines régions. Dans un cas, il est parvenu à augmenter les prix payés aux agriculteurs, en incitant de nouveaux exportateurs à intervenir dans ces régions. La coopérative faîtière a réagi en augmentant également le prix qu’elle payait aux agriculteurs. Or, de nombreux agriculteurs pensaient à tort que la coopérative appliquait systématiquement les meilleurs tarifs et n’avaient jamais pris pas la peine d’étudier les offres de la concurrence. En conséquence, le prix payé aux producteurs de sésame affiliés à une coopérative a augmenté de 25 %, et les rendements des agriculteurs ont progressé de 50 %. Pour de plus amples informations, consulter http://www.meda.org. Sources : McVay et Rannekleiv 2005 ; MEDA 2005d. COMPTE-RENDU 2005 33 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Question clé Quelle est la meilleure façon de remédier aux déséquilibres de pouvoir fondés sur l’appartenance ethnique, la race, le sexe ou d’autres normes sociales bien ancrées ? En général, les marchés où un groupe d’entreprises détient un pouvoir considérable sont également caractérisés par des divisions sociales importantes. Souvent, les négociants appartiennent à une autre ethnie que les producteurs. Les exportateurs et les grands acheteurs sont des hommes appartenant à une catégorie sociale supérieure, tandis que les propriétaires de PE sont des femmes pauvres. Ces barrières sociales renforcent les inégalités et la défiance des deux côtés. Les facilitateurs « objectifs » ont du mal à gérer ces clivages, car ils disposent généralement d’une formation commerciale ou économique, et non de compétences en sciences sociales et en négociation politique. Pourtant, ces barrières sont courantes et peuvent gravement entraver le développement des filières. Comment les facilitateurs doivent-ils aborder ces déséquilibres de pouvoir ? 3.2.3. Renforcement des liens d’affaires : quels interlocuteurs ? La question du choix des interlocuteurs pour les organisations de développement qui cherchent à améliorer la position des pauvres sur les marchés fait actuellement débat. Certains programmes récents se concentrent exclusivement sur la création de liens plus directs entre les grandes et les petites entreprises. D’autres initiatives nouvelles s’engagent dans la constitution de réseaux communautaires de petits négociants, qui aident les PE à accéder à des marchés plus distants. Ces choix se font souvent sur une base idéologique. Cependant, pour être pertinents, ils doivent reposer sur une bonne compréhension du marché ciblé, et non sur des préjugés. Certaines structures de marché facilitent la décision. Les marchés dominés par des grands fournisseurs ou acheteurs, susceptibles de tirer parti d’un engagement accru auprès des PE et de l’existence de certains modèles intéressants, ont le bon profil pour un renforcement des liens entre grandes et petites entreprises. Les marchés où il n’existe pas de tels leaders sont souvent dominés par des relations multiples entre différents types de PE, et les opérateurs n’ont pas d’autre choix que de travailler avec ces intermédiaires moins formels. Dans ces situations, le choix est aisé. Sur la plupart des marchés, les deux types de filière sont en compétition : la filière formelle, dominée par de grands acheteurs, et la filière informelle, caractérisée par un réseau complexe, souvent difficile à démêler, de PE en interaction et en concurrence, avec des relations qui relèvent souvent de l’exploitation. Les facilitateurs du marché sont alors confrontés au difficile choix des interlocuteurs. Généralement, les opérateurs de développement choisissent d’intégrer les PE dans la vaste filière dominante, contribuant ainsi à renforcer cette dernière au détriment de la filière informelle 36. A court terme, cela permet aux PE d’accéder à des relations de marché plus durables et de meilleure qualité, ainsi qu’à des prix plus intéressants. Cependant, les relations de marché sont généralement de nature monopolistique, et les négociants informels, exclus du programme, tentent continuellement de perturber la filière. Certains programmes innovants préfèrent adopter une approche plus nuancée, mobilisant une large gamme d’entreprises du sous-secteur, y compris de filières concurrentes, et créant des opportunités pour un éventail plus vaste d’intermédiaires. Dans certains de ces programmes, les négociants informels accèdent à des rôles utiles dans les filières formelles, en tant qu’intermédiaires, courtiers, formateurs ou organisateurs de groupes. Ainsi, la meilleure solution consiste à laisser le choix des personnes à impliquer dans le programme aux acteurs de la filière eux-mêmes, en appliquant des processus de mobilisation participatifs, plutôt que d’appuyer un modèle d’entreprise prédéfini. Quelle que soit la structure dominante du marché, la plupart des initiatives de développement de filière appuient la constitution de groupes. Ces groupes stimulent la coordination entre les acteurs de la filière, améliorent la qualité et renforcent la position sur le marché, favorisent les économies d’échelle dans l’accès aux produits et services d’appui, et jouent un rôle dans le travail de renforcement des capacités destiné à aider les PE à répondre aux spécifications imposées par le marché37. 36 Groupe de travail sur les marchés émergents 2004e, 2004f ; Ferrand et al. 2004 ; DDC 2005. 37 Biénabe et Sautier 2005. 34 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 18 : Qui contribue à faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres ? Programme Ntinga LINK de World Education en Afrique du Sud Avec l’appui de l’USAID, World Education (WE) a lancé un programme en Afrique du Sud pour aider les petites entreprises de bâtiment dirigées par des personnes initialement défavorisées (PID) à tirer parti de l’essor de la construction dans le pays. Sur un marché dominé par les gros chantiers privés et publics confiés aux grandes entreprises, la stratégie générale consiste à promouvoir des contrats de sous-traitance viables au profit des PE de construction. Le Gouvernement sud-africain appuie cette initiative en exigeant des entreprises à qui il confie des contrats publics qu’elles sous-traitent certaines tâches à des entreprises possédées par des PID. Dans son analyse du marché, WE a identifié une gamme de services d’appui très demandés par les petites entreprises de construction, lesquels pourraient les aider à répondre aux appels d’offres et à remporter des contrats de sous-traitance émis par les grandes entreprises. Les services demandés portent sur l’information en matière d’appels d’offres, les compétences pour la préparation des offres et le calcul des coûts de main-d’œuvre, l’accès à des services financiers pour acheter les intrants et payer les ouvriers pendant la phase d’exécution des contrats, et le perfectionnement des compétences opérationnelles et techniques in situ. En vue de développer le marché de ces services, WE a identifié ou impliqué trois types de prestataires de services d’appui : 1. Prestataires traditionnels : WE a aidé des ONG et des consultants privés qui travaillent avec des PE à concevoir et à vendre des services destinés à aider les PE à rechercher des appels d’offres et à y répondre. 2. Intermédiaires d’approvisionnement en intrants : certains fournisseurs vendent des intrants à crédit à des intermédiaires (courtiers), qui traitent à leur tour avec les PE répondant à des appels d’offres et/ou ayant remporté des contrats de construction. Les intermédiaires fournissent une assistance technique pour le calcul des coûts de main-d’œuvre avant la soumission de l’offre ainsi que des intrants à crédit, aident à la résolution des problèmes en cours d’exécution du contrat et collectent les remboursements. 3. Grands fournisseurs d’intrants : certains grands fournisseurs d’intrants offrent eux-mêmes ces services directement aux PE. En décembre 2004, Ntinga LINK avait conclu des partenariats avec près de 30 prestataires de services d’appui, servant plus de 10 000 entreprises, dont 90 % de microentreprises et 32 % d’entreprises possédées par des femmes. La valeur des marchés accordés aux microentreprises était de plus de 6 millions de dollars, et le revenu des prestataires était estimé à 106 000 dollars. L’une des initiatives les plus réussies de WE est une série de séminaires sur l’accès aux ressources, encourageant l’interaction entre les prestataires de services d’appui et les petits sous-traitants, et diffusant de l’information sur des modèles de services et de prestations pour en stimuler la reproduction. Pour de plus amples informations, consulter http://www.worlded.org ou http://www.worlded.co.za, ou envoyer un e-mail à [email protected]. Source : Sethna 2005. COMPTE-RENDU 2005 35 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES La stratégie traditionnelle de groupe consiste à aider les petits producteurs à constituer des coopératives pour contourner les intermédiaires et vendre de façon plus directe aux grands acheteurs ou à des marchés alternatifs de commerce équitable. Si cette stratégie peut s’avérer efficace dans certains contextes, elle est souvent considérée comme trop complexe à mettre en place, car elle représente une charge trop importante pour les coopératives de producteurs, qui doivent endosser des fonctions multiples au sein de la filière. Les organisations de producteurs peuvent s’avérer plus efficaces dans des fonctions moins ambitieuses, telles que la représentation et la défense des intérêts, la diffusion d’information ou le renforcement des capacités, les achats groupés de matières premières et la coordination à l’intérieur de la filière. Par ailleurs, les experts recommandent que le fonctionnement et les capacités des organisations de producteurs soient gérés par les membres eux-mêmes, les organismes de développement ne jouant alors qu’un rôle d’appui en matière d’organisation, de formation et de renforcement des capacités38. En outre, de nombreux programmes de développement de filière encouragent la formation de groupes impliquant une plus grande diversité d’entreprises de la filière, et non uniquement les petits producteurs39. Ainsi, bien que la constitution de groupes demeure une composante clé de la plupart des approches de développement de filière, la nature et les fonctions de ces groupes continuent à évoluer. Voici quelques exemples de groupes et de leurs fonctions dans des programmes récents et novateurs : n Associations de producteurs fonctionnant comme des systèmes productifs locaux souples. Elles sont générées par l’action d’un organisme de développement mais fonctionnent ensuite par elles-mêmes, élargissant progressivement le champ de leurs fonctions. Par exemple, elles peuvent commencer par diffuser de l’information sur le marché et la production, passer ensuite à la défense des intérêts et à la négociation de groupe, commencer progressivement à accéder à des services en tant que groupe, se perfectionner pour passer à l’achat groupé d’intrants et/ou à la commercialisation groupée, pour finalement mettre en commun des fonctions de conditionnement et d’emballage et/ou de commercialisation sous une marque commune. La plupart des organisations de producteurs, en particulier celles qui sont gérées par des pauvres, restent à un niveau élémentaire de fonctionnement, notamment parce que les opérations plus sophistiquées nécessitent un transfert de l’autorité à des membres ou à des employés mieux formés, avec les risques d’abus que cela implique pour les pauvres40. n Organismes interprofessionnels regroupant des entreprises et d’autres parties prenantes. Ils représentent une grande diversité de fonctions dans la filière et se constituent pour renforcer sa compétitivité. Tout comme les organisations de producteurs, ces organismes commerciaux doivent se développer progressivement, et la plupart demeurent à un niveau très basique. Les activités de ces groupes sont généralement les suivantes (par ordre croissant de complexité) : diffusion de l’information (bulletins d’information, bibliothèques, bases de données), accueil d’événements de formation et de séminaires, défense des intérêts, représentation conjointe à des salons, mise au point d’une stratégie de compétitivité de la filière, organisation de salons et, parfois, contrôle qualité et politique de marque conjointe41. La plupart de ces organismes commerciaux excluent les PE et les pauvres, mais les PE sont parfois à même de s’y faire représenter en qualité d’associations ou d’organisations de producteurs. Même lorsque les pauvres ne sont pas directement représentés, ils peuvent bénéficier d’avantages en tant que fournisseurs de certains membres. n Associations de courtiers, de négociants, de fournisseurs d’intrants ou de prestataires de services42. Dans les initiatives destinées à renforcer des réseaux commerciaux locaux ou informels, les programmes obtiennent souvent de bons résultats en organisant des formations communes pour les petits intermédiaires. Les réseaux ainsi formés génèrent des améliorations dans la filière. Leurs activités vont des fonctions classiques d’organisations de producteurs à celles d’organismes commerciaux. Ces partenariats diversifiés se multiplient à mesure que les facilitateurs recherchent des stratégies de développement de filière de plus en plus précises, taillées sur mesure pour des contextes de marché très spécifiques. 38 Ibid. 39 Ibid. ; ATA 2005. 40 Mercy Corps 2004, 2005a. 41 Biénabe et Sautier 2005 ; ATA 2005. 42 Ibid. ; Idrovo et Boquiren 2004 ; GFA 2005 ; Laker-Ojok 2004 ; Mercy Corps 2005. 36 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 19 : Groupement de prestataires de services d’appui aux systèmes productifs locaux Programme CABS de Mercy Corps en Azerbaïdjan Avec l’appui de l’USAID, Mercy Corps met en place le programme CABS (Cluster Access to Business Services) dans les régions rurales de l’Azerbaïdjan. Le programme aide les éleveurs à accéder à des services vétérinaires pour améliorer les taux de survie et l’état sanitaire général de leurs troupeaux. Il a encouragé la formation de groupes locaux d’éleveurs pour stimuler la demande en services vétérinaires et rendre les interventions de soins curatifs et préventifs dans les régions isolées rentables pour les vétérinaires. En conséquence, la production de lait a augmenté, et de nombreux groupes ont étendu leurs activités pour aider les éleveurs à accéder aux marchés de débouchés. Par ailleurs, les vétérinaires associés au projet CABS ont entrepris de former un réseau. L’idée du réseau a vu le jour à l’occasion d’un événement organisé par CABS, destiné à créer des liens entre les vétérinaires et divers prestataires de services tels que des formateurs, des organismes publics et des laboratoires vétérinaires régionaux, ainsi que des consultants et des formateurs en communication, marketing et gestion. Les vétérinaires voient dans le réseau un instrument utile dans les domaines suivants : n n n n Gestion des épidémies et coordination des campagnes de vaccination Mise en commun des ressources pour accéder à des services de conseil technique Achats en gros de médicaments Organisation de campagnes éducatives et de sensibilisation sur les services vétérinaires préventifs A l’heure actuelle, CABS a aidé une cinquantaine de vétérinaires à offrir des services à plus de 4 000 éleveurs ruraux dans des régions isolées, dont 34 % de femmes. L’une des difficultés soulignées par Mercy Corps est la somme de travail que représente l’organisation des groupes locaux d’éleveurs. CABS expérimente actuellement le transfert de cette fonction à des vétérinaires désireux d’étendre leurs activités à de nouvelles régions. Pour de plus amples informations, consulter http://www.mercycorps.org ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « Mercy Corps » et « Azerbaijan »). Source : Mercy Corps 2005a. COMPTE-RENDU 2005 37 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Quels que soient les interlocuteurs choisis par le facilitateur, une chose est certaine : les personnes les mieux à même de développer des filières propices aux pauvres sont nécessairement des entrepreneurs43. Dans de très nombreux programmes et structures de marché, les facilitateurs mentionnent comme facteur essentiel de succès l’implication importante de leaders dotés d’un fort esprit d’entreprise et occupant des positions clés dans la filière. Ces leaders (« champions » de la filière, agents de changement, entrepreneurs sociaux) sont financièrement et socialement intéressés au bon fonctionnement de la filière et adhèrent à la vision d’une filière qualitativement compétitive. Ils comprennent que cela requiert de la part de tous les acteurs un engagement dans des relations à long terme, bénéfiques pour toutes les parties. Ces personnalités jouent un rôle crucial tout au long du processus de développement : ils initient le processus de changement et amènent des acteurs clés à la table des négociations, identifient des solutions et prennent des risques pour démontrer le potentiel de nouvelles méthodes commerciales, et entretiennent la collaboration à long terme sur le marché. Ainsi, il est primordial pour les facilitateurs d’identifier ces leaders entrepreneuriaux et de les doter des moyens nécessaires pour remplir leurs fonctions. 3.2.4. Renforcement des liens d’affaires : quelles méthodes ? L’objectif fondamental du développement de filière est de renforcer les relations de marché pour une meilleure collaboration entre les entreprises et une compétitivité accrue sur le marché mondial 44. Le renforcement des liens d’affaires est donc une composante essentielle de la plupart des programmes de ce type. L’accent est mis sur l’établissement de relations gagnant-gagnant ou l’alignement des intérêts des entreprises, de façon à intéresser tous les acteurs et à maintenir leur engagement dans une collaboration productive, bénéfique pour les PE cibles, bien au-delà de la durée du projet. Comment les opérateurs de ces programmes procèdent-ils et quels sont les enseignements qu’ils tirent de leurs expériences ? Certains programmes s’intéressent aux relations spécifiques entre les différents acteurs de la filière, et s’efforcent de faire en sorte que chaque lien remplisse ses différentes fonctions, garantissant la circulation harmonieuse des services d’appui45. Pour cela, ils repèrent chaque relation de marché, évalue son fonctionnement initial, élaborent une vision de ce qu’elle pourrait devenir si son fonctionnement était amélioré et suivent son évolution au cours du projet. Certains programmes suivent chaque fonction et chaque service d’appui de la filière en fonction de ces relations, pour observer les performances des entreprises dans chaque domaine opérationnel ou de service. Prenons un exemple : au début d’un programme, la relation entre les agriculteurs et les acheteurs informels est un rapport de méfiance mutuelle. Les agriculteurs se plaignent des négociants qui les arnaquent en appliquant des prix très bas, et les négociants reprochent aux agriculteurs de mettre des pierres dans les sacs pour en augmenter le poids. La vision du projet est celle d’une relation de collaboration entre négociants et agriculteurs, dans un climat de confiance, en vue d’alimenter le marché en produits de meilleure qualité, selon un calendrier adapté. Elle préconise également la création d’un organe neutre de négociation pour régler les conflits. Vers le milieu du projet, les responsables annoncent la création d’un organe représentant les négociants, les agriculteurs et les dirigeants locaux. Ils précisent que les agriculteurs et les négociants reconnaissent à la fois le potentiel d’amélioration de la qualité des produits et le besoin de travailler ensemble pour réaliser ce potentiel. Le projet continue à suivre plusieurs relations de marché qu’il est en train de renforcer. Ce type de système aide l’équipe du projet à mettre en place une série d’activités spécifiques pour renforcer les différentes fonctions des diverses relations ciblées, pour évaluer l’efficacité des activités et ajuster les actions si nécessaire. Il permet également d’améliorer l’établissement de rapports sur les progrès accomplis dans le développement des liens d’affaires et, en définitive, la diffusion des acquis tirés de cette expérience. Quelles sont les stratégies utilisées pour renforcer les relations de marché, créer des opportunités afin d’aligner les intérêts des entreprises de la filière et encourager les entreprises à en tirer parti ? Voici quelques exemples intéressants, tirés de projets récents : 43 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; Idrovo et Boquiren 2004 ; Mercy Corps 2005 ; Roggekamp 2004. 44 DDC 2004, 2005a. 45 Idrovo et Boquiren 2004 ; Laker-Ojok 2004 ; Sethna 2004. 38 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 20 : Renforcer les relations à l’intérieur d’une filière SDCAsia aux Philippines SDCASia aide les populations pauvres des communautés rurales isolées à renforcer leurs moyens de subsistance par la cueillette et la semi-transformation d’une espèce indigène de fruit appelée kaong (palmier à sucre), utilisé dans la fabrication de confitures, de crèmes glacées et de sauces. SDCAsia utilise le tableau ci-dessous pour définir les objectifs et suivre les progrès accomplis dans le renforcement des deux plus importantes relations dans la filière, qui doivent remplir diverses fonctions pour accroître la qualité et la quantité de la production. Les cueilleurs vendent leurs produits à plusieurs semi-transformateurs : groupes d’agriculteurs, entreprises individuelles et autres cueilleurs individuels. Ceux-ci vendent à des négociants de la communauté, qui vendent aux acheteurs de grands transformateurs urbains. SDCAsia renforce ces relations dans les cinq domaines d’intervention figurant dans le tableau. Fonctionnement initial, actuel et futur des relations Semi-transformateurs et négociants de la communauté Négociants de la communauté et acheteurs de grands transformateurs Initial Initial Actuel Futur Actuel Futur Sélection des fournisseurs et des acheteurs / Achat Partage de l’information / Transparence Contrôle qualité / Inspection Services à forte valeur ajoutée / Collaboration et coopération Base de la concurrence / Offre sur le marché Note : SDCAsia utilise cet outil pour l’étude de marché, la gestion de programme et l’établissement de rapports. Pour de plus amples informations, consulter http://www.sdcasia.ph ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « SDCAsia » et « Philippines »), ou contacter Marian Boquiren, [email protected]. Source : Idrovo et Boquiren 2004. n Trouver le bon modèle commercial46 : parfois, les difficultés et les obstacles auxquels sont confrontées les entreprises cibles de la filière leur semblent insurmontables. En tant que personnes extérieures, disposant d’une expérience et de compétences techniques plus étendues, les facilitateurs parviennent parfois à identifier des 46 solutions innovantes, à les présenter aux deux parties et à convaincre quelques leaders du marché de les expérimenter. Par exemple, les facilitateurs peuvent introduire le concept du crédit solidaire auprès des fournisseurs d’intrants disposés à accorder des prêts aux petits agriculteurs mais soucieux de réduire le risque d’insolvabilité. Laker-Ojok 2004. COMPTE-RENDU 2005 39 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES n Améliorer la qualité et introduire des normes dans la n Forums acheteurs / fournisseurs48 : les forums filière : dans de nombreuses filières orientées sur l’exportation, les PE ont besoin d’améliorer la qualité de leurs produits pour se conformer aux normes qualitatives, sociales, sanitaires et environnementales spécifiques du sous-secteur et ainsi vendre sur les marchés à forte valeur ajoutée. Des initiatives de développement abordent ce problème en diffusant des informations sur les normes et leur importance aux entreprises de la filière et aux organismes concernés, en renforçant les capacités nationales en conseil technique et en services de certification, et en élaborant des modèles commerciaux dans la filière pour rétribuer ces services. Par exemple, des associations de PE peuvent mettre en commun des ressources ; des transformateurs ou des exportateurs de la filière peuvent acheter les services et les offrir à leurs petits fournisseurs. n Effet de démonstration47 : dans certaines circonstances, les grands acheteurs s’intéressent aux produits des PE mais ne veulent pas prendre le risque de confier des commandes à des groupes de producteurs ruraux, de crainte qu’ils ne respectent pas les délais ou les spécifications de qualité. Certains facilitateurs décident de collaborer avec un acheteur bien en vue, dans le cadre de leurs activités d’appui aux systèmes locaux de renforcement des capacités. Plutôt que de former directement quelques groupes de producteurs, ils forment des consultants, responsables d’associations et/ou négociants locaux. Les formations portent sur le regroupement des commandes et le respect des délais, l’établissement de normes et de systèmes de contrôle qualité, et le renforcement des capacités des PE à se conformer aux normes de qualité dans les délais impartis. Ensuite, les facilitateurs entreprennent une campagne de communication sur la qualité des produits issus de la région, afin d’attirer de nouveaux acheteurs. acheteurs / fournisseurs stimulent l’établissement de relations bénéfiques pour les deux parties. Ils présentent en détail des modes relationnels qui ont fait leurs preuves, impliquant par exemple l’offre par les grands fournisseurs d’un ensemble intégré de biens et de services sophistiqués aux petits acheteurs. Ils stimulent la concurrence entre les entreprises les plus puissantes de la filière en matière d’offres aux PE. Ils peuvent initier une collaboration à la fois horizontale et verticale afin d’identifier et de mettre en œuvre de nouvelles solutions pour consolider les relations. n Mesures incitatives et pressions : parfois, les entreprises puissantes et bien ancrées ont besoin d’être mises sous pression pour réaliser le potentiel d’une réorganisation des relations commerciales, même lorsque les solutions proposées sont aussi à leur avantage. C’est souvent le cas lorsque les propriétaires de ces firmes ne disposent pas d’un esprit d’entreprise très développé, sont fermés à l’idée de traiter avec les PE en raison de préjugés ethniques, sociaux ou autres, ou sont peu enclins à prendre des risques. Voici quelques exemples de mesures incitatives pour débloquer la situation : politiques exigeant des grandes entreprises exécutant des contrats publics qu’elles sous-traitent aux PE49, fonds de cofinancement subventionnant l’investissement des grandes entreprises dans les services aux PE qui les approvisionnent50, associations de producteurs permettant de contourner l’acheteur ou le fournisseur en formant un canal concurrent51, ce qui peut inciter le canal dominant à envisager différemment les relations commerciales. Au vu de la grande diversité des filières, différentes stratégies seront applicables en fonction des perspectives et des contraintes spécifiques à chaque marché. 47 Idrovo et Boquiren 2004. 48 Sethna 2004. 49 Ibid. 50 Groupe de travail sur les marchés émergents 2005b, 2005c, 2005d. 51 Laker-Ojok 2004. 40 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 21 : Renforcer les liens d’affaires Action for Enterprise et le sous-secteur du karité au Mali Avec un financement de l’USAID, AFE (Action for Enterprise) développe le sous-secteur du karité au Mali en agissant sur l’accès aux marchés d’exportation. L’objectif final est d’améliorer les conditions d’existence des femmes qui cueillent et transforment les noix de karité dans les zones rurales. Le beurre de karité est fabriqué à partir des fruits du karité, un arbre poussant dans les régions semi-arides. La plupart de la production est consommée au Mali. Quant aux exportations, elles concernent uniquement les noix de karité, qui sont ensuite transformées par quatre grandes entreprises industrielles, basées principalement en Europe, d’où est issue la plus grande partie de la très forte demande pour ce produit. Ces grands transformateurs s’approvisionnent peu au Mali (10 % de leurs besoins seulement), en raison de la faible qualité des produits, des coûts élevés de transport et de douane, et du manque de fiabilité des livraisons. L’équipe du projet a commencé par examiner la possibilité d’exporter du beurre de karité, de valeur plus élevée : elle a réalisé des travaux d’étude et de développement de marché, une évaluation de la qualité du beurre de karité et une analyse des obstacles à la pénétration du marché. Le projet a ensuite cherché à inciter les exportateurs à investir dans l’amélioration de la production et de la chaîne logistique pour obtenir un produit plus commercialisable. Ces activités comprenaient la promotion des contacts avec les acheteurs internationaux, la promotion du beurre de karité malien et de ses fournisseurs par un site web, le renforcement des capacités des exportateurs à répondre aux demandes des acheteurs avec des listes de tarifs et des échantillons professionnels, et la résolution de problèmes logistiques (emballage et transport). La plupart des activités étaient co-financées par les exportateurs et les acheteurs. Au vu de la qualité comparativement faible du beurre de karité malien et des coûts logistiques élevés, seuls quelques pays frontaliers, notamment le Ghana, présentaient des ouvertures pour l’exportation d’un produit transformé de haute qualité. Toutefois, des opportunités d’exportation de noix de karité hautement qualitatives se sont concrétisées par des contacts avec des acheteurs européens. Elles ont été développées en vue de promouvoir l’amélioration de la qualité de la matière première servant à la fabrication du beurre de karité et d’augmenter les revenus des fournisseurs ruraux. De plus, les exportateurs préféraient investir dans l’amélioration de la qualité des noix, plutôt que du produit transformé, une option plus facile à gérer et moins risquée à leurs yeux par rapport au potentiel de marché. En conséquence, AFE a favorisé les relations commerciales entre un acheteur majeur et plusieurs exportateurs de noix de karité. En collaboration avec les exportateurs, l’équipe du projet a élaboré un plan d’amélioration de la qualité, que l’acheteur a ensuite revu et commenté. AFE a conclu des accords avec des exportateurs pour définir clairement les rôles de chaque partie impliquée dans l’amélioration de la qualité. A ce stade du projet, l’équipe a aidé les exportateurs à optimiser leur chaîne logistique en renforçant les liens entre les exportateurs et les PE qui les fournissent, ainsi qu’entre ces petits fournisseurs et les femmes qui cueillent le karité. L’équipe a aidé les exportateurs à organiser leurs fournisseurs, par exemple en définissant les zones d’activité de chacun. AFE a produit du matériel éducatif et a formé les exportateurs à son utilisation, afin qu’ils puissent à leur tour former leurs négociants. Les thèmes abordés comprenaient les critères de qualité du karité, les procédures opérationnelles pour l’achat et le stockage des noix, les politiques et accords de financement, la recherche de cueilleuses, ainsi que l’information et l’assistance technique aux cueilleuses. Le projet a également mis au point un nouveau type d’activités promotionnelles, dont il a réparti les coûts entre les intéressés, tels que des spots radio destinés à informer les cueilleuses de karité des possibilités offertes et des questions relatives à la qualité. Ces stratégies ont été conçues dans un souci de maintenir les coûts et la technicité à un faible niveau, de façon qu’elles puissent facilement être reproduites par les exportateurs après la fin du projet. COMPTE-RENDU 2005 41 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Selon les responsables du projet, ce travail de renforcement des liens requiert une attention permanente à l’égard des attentes et des problèmes des acteurs du marché, afin d’initier un processus durable. Il faut donc trouver le juste équilibre entre un engagement trop faible et trop important. Par exemple, lorsque l’équipe du projet a appris que l’importateur et les exportateurs cherchaient chacun de leur côté à entrer en contact sans y parvenir, elle a encouragé chaque partie à communiquer directement par e-mail, plutôt que de transmettre les informations elle-même. Cette méthode d’accompagnement est certes plus fastidieuse qu’une implication directe, mais elle permet d’établir des liens d’affaires plus solides. Au cours de la première saison de promotion de la qualité des noix de karité, AFE a facilité des exportations d’un montant de 150 000 dollars, au bénéfice de trois exportateurs, de plus de 70 négociants et de plus de 3 000 cueilleuses de karité. Pour de plus amples informations, consulter http://www.actionforenterprise.org. Source: Derks 2004. 3.2.5. Augmentation de la portée et de la pérennité par une approche plus systémique du développement de filière Certaines actions destinées à rendre les filières accessibles pour les pauvres parviennent à de meilleurs résultats en termes de portée et de pérennité en développant les marchés de services d’appui aux filières52, plutôt que de renforcer directement les capacités des entreprises des filières. Certains cadres de programmes M4P et de programmes plus récents sur les filières opèrent une distinction entre la filière, composée d’entreprises qui échangent des biens pour amener un produit sur les marchés, et les produits et services d’appui (par exemple dans le domaine de la technologie), qui renforcent la filière 53. Certains vont plus loin en identifiant et ciblant spécifiquement des marchés de produits et services d’appui aux entreprises54. Même si les marchés de services d’appui et les marchés de la filière se recoupent souvent en pratique, le développement des marchés d’appui qui renforcent la filière offre de vastes perspectives en matière d’accroissement de la portée et de pérennisation, comme l’ont démontré plusieurs programmes qui opèrent cette distinction55. Souvent, surtout lorsqu’ils ciblent les pauvres, ces produits et services d’appui aux entreprises finissent par être intégrés dans la filière proprement dite, plutôt que 52 fournis contre rétribution. Les facilitateurs peuvent alors souligner la nécessité de cette offre globale améliorée afin d’ouvrir des perspectives de participation accrue des PE dans les filières et ainsi augmenter la compétitivité et la performance des filières56. Depuis la naissance du concept de développement des marchés des SAE, de nombreux experts en développement de PE se sont ralliés à l’idée qu’il est plus efficace de renforcer des systèmes de marché qui fournissent des produits et services d’appui aux PE, plutôt que de fournir des services subventionnés à un petit nombre d’entreprises57. Dans les dernières parutions du Compte-rendu sur les SAE, de nombreux projets combinant le développement de sous-secteur et/ou de filière avec le développement des marchés des SAE ont publié leurs résultats. Cependant, avec l’essor de nouveaux cadres généraux, comme le cadre M4P, et la soudaine popularité du développement de filière, on observe l’apparition de nombreux programmes qui ne reconnaissent pas l’existence de marchés de produits et de services d’appui. En conséquence, ces nouveaux programmes ont tendance à offrir des services subventionnés à un petit nombre d’entreprises de la filière, plutôt que de favoriser l’émergence d’un marché pour ces services. Par développement des marchés de services d’appui, nous entendons l’application des principes de développement des marchés des SAE, décrits dans les précédents Comptes-rendus ; Miehlbradt et McVay 2003a, 2003b, 2004. 53 Ferrand et al. 2004 ; Lusby et Panlibuton 2004. 54 http://www.actionforenterprise.org ; USAID 2005a. 55 Mercy Corps 2004, 2005a ; ATA 2005. 56 MEDA 2005a, 2005b ; Sethna, 2004. 57 Miehlbradt et McVay 2004. 42 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 22 : Développer le marché des services de prospection de marché et de développement de produits Aid to Artisans et AGEXPRONT au Guatemala Avec le soutien de l’USAID, Aid to Artisans travaille avec AGEXPRONT, l’association des exportateurs non traditionnels guatémaltèques, pour stimuler les perspectives d’emploi et les revenus dans le secteur des produits artisanaux. Au Guatemala, 10 % de la population rurale est employée dans la production artisanale pour le marché intérieur et l’exportation. Comme les produits traditionnels guatémaltèques sont depuis longtemps sur le marché, les niveaux de prix sont bas, et les marchés saturés. Pour augmenter les ventes locales et attirer de nouveaux acheteurs internationaux, il faut donc concevoir de nouveaux produits. Aid to Artisans agit sur la filière artisanale guatémaltèque et sur le marché local des services de conception de produits par trois types d’actions : 1. Renforcement des capacités des concepteurs guatémaltèques : Aid to Artisans et AGEXPRONT aident les exportateurs à identifier des concepteurs internationaux de produits d’exportation et à s’assurer leurs services. Ces concepteurs forment et accompagnent alors des concepteurs, exportateurs et ONG guatémaltèques tout au long du processus de conception et de réalisation de produits. Au total, 17 prestataires locaux de services de conception de produits, dont un petit nombre de consultants indépendants, ont été formés dans le cadre du programme. Après la phase d’accompagnement par le projet, certains exportateurs ont engagé individuellement les concepteurs consultants. 2. Renforcement des services intégrés dans la filière : Aid to Artisans et AGEXPRONT favorisent l’établissement de liens d’affaires aux niveaux national et international et renforcent ces liens en appuyant des services intégrés. Par exemple, pour le développement de produits, l’équipe du projet montre aux exportateurs comment former et accompagner les fournisseurs dans la production de nouveaux concepts de produits. De plus, l’équipe d’Aid to Artisans travaille en étroite collaboration avec celle d’AGEXPRONT pour aider les exportateurs à participer à des salons internationaux et à en tirer un maximum d’avantages, à identifier des acheteurs internationaux et à organiser des visites de clients au Guatemala. Ensuite, les deux équipes accompagnent les exportateurs dans leurs premiers processus de conception, de vente et de réalisation, en leur montrant comment obtenir de l’information et des services auprès des acheteurs. Par exemple, après un voyage au Guatemala organisé par AGEXPRONT, un acheteur d’articles de verre faits à la main a fourni les matières premières et les équipements nécessaires à l’établissement d’un nouveau centre de production, en anticipation de commandes importantes et régulières. AGEXPRONT organise également des salons commerciaux locaux, afin de renforcer les relations entre les exportateurs, les fournisseurs et les détaillants guatémaltèques. 3. Renforcement des capacités d’AGEXPRONT : pendant la durée du projet, AGEXPRONT a progressivement endossé des rôles auparavant joués par Aid to Artisans – par exemple la coordination d’un stand au Salon international du cadeau de New York. Les services d’assistance à la négociation de marchés offerts par AGEXPRONT s’avèrent lucratifs pour l’association, qui facture à présent une commission de 2,5 % sur les ventes réalisées par son intermédiaire. Au cours de sa deuxième année, le projet a collaboré avec 82 exportateurs, concepteurs, ONG, groupes de producteurs et détaillants, contribuant à générer un volume de vente d’environ 580 000 dollars au profit de près de 9 000 artisans. La durée prévue du projet n’est que de trois ans, mais AGEXPRONT et les concepteurs consultants sont en bonne position pour maintenir l’appui à la filière de l’artisanat sur le long terme. Pour de plus amples informations, consulter http://www.aidtoartisans.org et http://www.export.com.gt/acercade/comisiones/Artesanias_en.aspx. Source : Aid to Artisans 2005. COMPTE-RENDU 2005 43 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Pourquoi certaines organisations fournissent-elles directement des services aux entreprises des filières ? Quel est l’argument clé en faveur d’une approche plus systémique et du développement des marchés de services d’appui ? Le tableau 2 ci-dessous résume le débat. Tableau 2 : Comment développer des filières ? Arguments en faveur du développement direct de filières Contre argument en faveur du renforcement des marchés de services d’appui Résultats immédiats : certains programmes ont une obligation de résultats rapides, en raison d’une situation d’urgence ou de pressions pour la réalisation rapide des objectifs du projet. Ils estiment que la méthode la plus rapide pour obtenir des résultats consiste à plonger dans une collaboration directe avec les entreprises de la filière. Un investissement préalable dans le développement des marchés de services d’appui est indispensable : « Il n’existe pas de raccourci pour le développement des marchés 58. » L’investissement initial pour comprendre les marchés et inciter les entreprises à fournir des produits et des services d’appui génère des résultats plus satisfaisants en termes de portée auprès des entreprises, et ce, avant même la fin du projet 59. Volonté de toucher les plus pauvres : certains concepteurs de programmes pensent que les marchés de services ne peuvent pas se développer sur des marchés très faibles, servant des populations très pauvres. Selon eux, certains marchés sont tellement handicapés par l’insuffisance des infrastructures, le manque de services, la faiblesse de l’activité économique et la pauvreté que l’idée même de les développer semble ridicule. Les pauvres participent aux marchés faibles 60 : même si les marchés qui servent les pauvres sont souvent très faibles, ils ont au moins le mérite d’exister. De nombreux programmes ont démontré que, même sur des marchés très faibles, servant des populations très pauvres, les microentreprises et d’autres entreprises de la communauté peuvent être engagées dans la vente de produits et de services aux pauvres. Si l’on offre à ces marchés locaux des perspectives de croissance durable, ils peuvent avoir un impact considérable en termes de développement. En revanche, offrir des services gratuits peut rapidement détruire ces marchés fragiles. Implication des grandes entreprises : certains programmes mettent en place des mesures incitatives, offrant aux grandes entreprises des services gratuits et même des subventions financières lorsqu’elles traitent avec des PE. Parfois, les grandes entreprises s’en sortent très bien sans les petits producteurs et ont besoin d’incitations pour affronter les risques, les coûts et les barrières sociales à une collaboration avec les PE, même si cette collaboration n’a que des avantages pour la grande entreprise. Solutions commerciales comme mesures incitatives : il peut être difficile de convaincre les grandes entreprises de faire des affaires avec les pauvres, mais la même logique doit s’appliquer à la collaboration avec elles qu’à la collaboration avec les PE. Un travail de sensibilisation, de réduction des risques et d’incitation est nécessaire pour qu’une entreprise consente à acheter un service ou à saisir une nouvelle opportunité commerciale. Subventionner les grandes entreprises crée des distorsions sur les marchés ainsi que des relations de dépendance et des conditions de marchés irréalistes. On ne peut avoir la certitude que les grandes entreprises non subventionnées vont copier le modèle, ce qui limite la portée des actions aux entreprises directement engagées dans le programme et leur confère un avantage sur le marché. A l’opposé, certains programmes parviennent à sensibiliser et à motiver les grandes entreprises sans subventionnement direct et/ou développent progressivement des marchés commerciaux pour les services qu’ils fournissaient parfois directement en début de projet61. A cet égard, le mouvement « Bottom of the Pyramid » 62 illustre une tendance mondiale : les grandes entreprises réalisent combien il est important d’étendre leurs liens commerciaux vers les petits acteurs du marché et s’investissent dans cette stratégie sans subventions publiques. 58 IDE 2004a. 59 Miehlbradt et McVay 2004. 60 Frias et Trang 2004 ; MEDA 2004; Mercy Corps 2004, 2005a, 2005c, 2005g, n.d. ; Miehlbradt et McVay 2004. 61 ATA 2005 ; Boquiren 2004 ; ComMark Trust, 2004 ; Finkel n.d. 62 Prahalad 2004. 44 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Tableau 3 : Développement direct de filière contre développement de marchés de services d’appui commerciaux Programmes de développement direct de filière – Occasions manquées de globalisation de l’approche Solutions plus systémiques dans des programmes similaires – Développement de marchés de services d’appui commerciaux Recours à des consultants internationaux pour renforcer les capacités des exportateurs : un bailleur de fonds a chargé une organisation de développement de rechercher des consultants internationaux bénévoles et de les mettre en contact avec des entreprises de transformation alimentaire désireuses d’accroître leurs capacités d’exportation. Si l’on améliore les services de transformation et d’exportation, la filière alimentaire sera plus compétitive, et les bénéfices iront aux petites entreprises qui l’alimentent. Cependant, l’offre de services s’adresse à un nombre limité d’entreprises sélectionnées et ne survivra pas au-delà de la durée du projet. Recours à des consultants internationaux pour renforcer les capacités des exportateurs et des consultants locaux : dans des projets similaires au Guatemala et au Vietnam, des organisations de développement ont identifié dans le pays des consultants potentiels, à même de proposer des services similaires à ceux des experts internationaux. Les experts internationaux s’associent avec les consultants locaux pour réaliser des contrats financés par les bailleurs de fonds, les accompagnent et renforcent la confiance des entreprises cibles à l’égard des consultants locaux : à l’avenir, elles feront appel à leurs services et paieront le plein tarif. Renoncement au développement des marchés de services d’appui faute de ressources : une entreprise de développement, mandatée par un bailleur de fonds international, a conçu une initiative ciblant les régions rurales pauvres. Sur la base d’un processus participatif, les entreprises cibles ont sélectionné plusieurs filières présentant un fort potentiel de marché et une forte participation des producteurs pauvres. L’objectif est d’accroître la compétitivité de la filière et les bénéfices pour les pauvres en renforçant les liens et les capacités des entreprises qui la composent. Le projet initial prévoit un plan de renforcement des marchés de services d’appui par des actions ciblant des intermédiaires, mais ce volet est supprimé en raison de divergences d’opinions concernant la rentabilité des actions, de l’obligation de résultats rapides et contraintes budgétaires. Rechercher des solutions globales dans un seul secteur : des projets similaires, dotés de budgets restreints, se concentrent sur un secteur et développent simultanément la filière et ses marchés de services d’appui. Ces projets appuient, dans la mesure du possible, des prestataires de services intermédiaires du secteur privé. Lorsque ces prestataires sont inexistants, et que l’exigence de résultats est élevée, les projets offrent directement des services aux entreprises de la filière, tout en créant des sociétés ou des associations pour assurer cette fonction à long terme. Autrement dit, ils adoptent des stratégies de pérennisation et de désengagement. Cette démarche implique davantage de travail : c’est pourquoi ces projets se concentrent sur une seule filière. Subventionnement de grandes entreprises pour les inciter à traiter avec des PE : deux projets financés par des bailleurs et mis en œuvre par des cabinets de développement subventionnent de grandes entreprises pour renforcer leur filière en intégrant des petits fournisseurs. Le premier recourt à un fonds de cofinancement et opère dans plusieurs secteurs cibles. Le second choisit d’émettre un appel d’offres pour des activités spécifiques dans une filière cible et de fournir une assistance technique pendant la durée du projet. Incitations basées sur le marché pour les grandes entreprises qui traitent avec des PE: d’autres programmes encouragent de grandes entreprises à accroître ou à améliorer leur approvisionnement auprès des PE sans subventionner ces grandes entreprises. Ils préfèrent s’associer avec une entreprise leader intéressée et lui fournir une assistance technique pour mettre au point un modèle viable de sous-traitance. Parallèlement, ils identifient et développent des marchés de services d’appui aux petits fournisseurs et aux grands acheteurs. Ensuite, ils documentent ces pratiques et les diffusent auprès d’autres grandes entreprises du secteur, généralement par le biais d’associations existantes ou nouvelles que le projet aide à s’organiser. D’autres grandes entreprises copient le modèle original, en s’appuyant sur des consultants et/ou des associations assistés par le projet. COMPTE-RENDU 2005 45 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Enfin, certaines organisations adoptent des approches moins systémiques du développement de filière par manque de capacités. Les programmes qui développent une filière, et donc un système de marché, ont tendance à négliger les marchés des services d’appui. Les efforts de construction de capacités étant limités, certains concepteurs de programmes ne sont pas suffisamment formés à l’analyse et au développement des marchés de services d’appui, et passent tout simplement à côté. En conséquence, si des programmes qui tentent une approche systémique échouent en raison d’une mauvaise compréhension des marchés, la solution consiste à investir davantage dans l’élaboration de cadres et d’orientations clairs, à les diffuser et à renforcer les capacités autour des compétences requises pour la conception et la mise en pratique d’approches plus systémiques. Certains programmes, qui se définissent eux-mêmes comme orientés marché, manquent pourtant les occasions d’adopter une approche plus systémique, alors que d’autres, pourtant comparables, adoptent une démarche globale en développant des marchés de services d’appui : c’est ce qu’illustre le tableau 3. Plusieurs modèles de développement des marchés de services d’appui ont été décrits dans les Comptes-rendus précédents. Au cours de l’année écoulée, ils ont continué à évoluer, à mesure que les organisations concentrent davantage leurs efforts sur le développement des filières et des marchés de services d’appui en faveur des pauvres63. Voici quelques exemples : n Services fournis directement aux PE par des associations, des coopératives et des réseaux informels64 : dans un souci de toucher les populations très pauvres, qui n’ont pas les moyens de payer pour des services ni d’attirer l’attention des grands acheteurs, certains programmes renforcent les capacités de groupes communautaires et de leaders informels (par exemple les agriculteurs principaux) pour développer les capacités locales des PE. Les dirigeants de ces groupes communautaires, associations ou systèmes productifs locaux tirent parti de la prestation de services, par des améliorations dans leurs entreprises, qui profitent à 63 Miehlbradt et McVay 2004. 64 IDE 2004a. 65 Ibid. ; Mercy Corps 2004, 2005a. 66 ATA 2005. 46 COMPTE-RENDU 2005 l’ensemble de la communauté puisqu’elles lui ouvrent des marchés, par des paiements informels en nature et par le prestige social attaché à leur rôle de leaders du développement communautaire. n Services et produits d’appui (technologiques) de PE à PE65 : certains programmes identifient des PE cibles plus performantes que les autres ou des personnalités entrepreneuriales de la communauté, et les forment au renforcement des capacités de leurs pairs par la vente de services et produits d’appui. Ce modèle est plus efficace lorsque les PE ont « du concret » à vendre, comme des équipements pour l’irrigation ou des services de vaccination, ou lorsque les PE agissent en tant qu’intermédiaires d’un grand acheteur. Comme ces services sont très peu coûteux et ont un effet immédiat sur les résultats des entreprises, les PE à faibles revenus peuvent se les procurer. n Services vendus par des entreprises plus importantes et plus performantes, qui fournissent des intrants aux PE cibles ou leur achètent des produits66 : parfois, il est possible de commercialiser les services fournis gratuitement par les programmes à de grandes entreprises de la filière. Par exemple, les programmes de développement aident souvent les grandes entreprises à mettre au point des systèmes de renforcement des capacités de leurs petits fournisseurs et à développer leur relation commerciale avec eux. On peut le voir comme un travail de développement de filière, que les programmes sont censés effectuer gratuitement, mais dans ce contexte, il s’agit en fait d’une prestation de services gratuits : ils offre des services de gestion de la chaîne logistique aux grandes entreprises. Une approche plus systémique consisterait peut-être à développer le marché des services de conseil en gestion de la chaîne logistique. Le défi pour les bailleurs de fonds, chercheurs et opérateurs qui veulent faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres et travaillent sur le développement de filière consiste à présent à intégrer les enseignements tirés d’expériences de développement de marchés de services d’appui qui ont obtenu de bon résultats en termes de portée et de pérennité. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 23 : Renforcement des marchés de services d’appui aux filières MEDA et l’ECDI au Pakistan, et Kenya BDS Dans le cadre d’un programme financé par l’USAID, MEDA et l’ECDI aident des brodeuses des régions rurales du Pakistan à entrer en contact avec les grossistes et les détaillants urbains en développant un réseau d’intermédiaires. Le projet entend également favoriser l’essor d’un marché de services d’appui essentiel, celui des services en création de vêtements, en mettant des créateurs indépendants en relation avec les intermédiaires du marché. Des modèles de broderies originaux ont ainsi été mis au point à partir de motifs traditionnels qui correspondent aux goûts actuels du marché. Les intermédiaires transfèrent les modèles aux brodeuses rurales, qui les confectionnent et augmentent ainsi le revenu de leur travail. SITE, une ONG appuyée par le programme Kenya BDS financé par l’USAID, crée des liens entre les cultivateurs de mangues et les exportateurs. Pour développer la filière, SITE a organisé des groupes de cultivateurs et initié des relations avec six exportateurs. En vue de développer le marché des services de vulgarisation agricole connexes, SITE a formé cinq entrepreneurs à la prestation de services payants dans les domaines des greffes d’arbres, de la pulvérisation des pesticides et du conseil technique. Pour de plus amples informations, consulter http://www.meda.org ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « MEDA » et « Pakistan »), et http://www.bdsknowledge.org (recherche par Kenya BDS). Sources : MEDA 2005a ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005a–d. 67 GTZ 2005d ; KATALYST 2004a. 68 DDC 2005. 3.3. Marchés de services intersectoriels aux entreprises Alors que de nombreux programmes cherchent à développer les marchés de services aux entreprises à l’intérieur des filières, comme nous l’avons décrit plus haut, quelques-uns d’entre eux continuent à se concentrer sur les marchés de services intersectoriels aux entreprises. Il s’agit de services destinés aux entreprises de secteurs et de sous-secteurs variés. Le but de ces programmes est généralement d’améliorer la compétitivité des petites entreprises en favorisant leur recours à des services performants67. Les organisations adoptant cette stratégie voient dans un marché dynamique de services aux entreprises un facteur essentiel de l’environnement pour la croissance du secteur privé et pour la participation des petites entreprises à cette croissance. Parmi ces programmes, certains créent des modèles commerciaux innovants intéressants pour la prestation de services intersectoriels aux moyennes, petites voire microentreprises. Un terrain d’innovation particulier est celui de l’intégration de services financiers à d’autres services aux entreprises. Les opérateurs ont compris depuis longtemps que la plupart des entreprises ont besoin d’accéder à la fois à des services financiers et à d’autres types de services. Cependant, la communauté de l’aide au développement opère traditionnellement une séparation entre les services financiers et les SAE. Plusieurs organisations s’efforcent actuellement d’abolir cette séparation en favorisant les liens entre des fournisseurs de services financiers et des prestataires de services aux entreprises. En Indonésie, par exemple, Swisscontact établit des relations entre les banques souhaitant développer leurs services de crédit aux PE et des prestataires de services aux entreprises. Dernièrement, l’organisation a lancé un programme, financé par les banques, dans lequel les PE peuvent obtenir un chèque-service pour un audit effectué par un prestataire indépendant. Ainsi, les banques identifient parmi les PE participantes de nouveaux clients potentiels pour leurs services de crédit, et un premier contact s’établit entre les PE et le prestataire impliqué68. Un autre exemple d’initiative est fourni par Financiera Solución, une société financière péruvienne spécialisée dans le microcrédit. Financiera Solución offre des formations gratuites et facultatives comme bonus à ses meilleurs clients. Cette mesure renforce la fidélisation de la clientèle, aide les bons clients à mettre au point des plans de croissance pour COMPTE-RENDU 2005 47 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES leurs entreprises, ce qui induit en retour de nouveaux besoins de crédit. Selon une étude portant sur ce modèle, les bénéfices de la formation compensent les coûts pour Financiera Solución comme pour ses clients69. Plusieurs organisations proposent des modèles commerciaux innovants qui facilitent l’accès des PE à la technologie et aux services d’information70. Par exemple, Hewlett Packard loue des appareils photo numériques et des imprimantes à énergie solaire à des femmes microentrepreneurs de Kuppam, en Inde. Les femmes peuvent ainsi fournir des services à d’autres entreprises et aux particuliers, par exemple des photos d’identité71. Même des catégories d’activités intersectorielles plus traditionnelles, comme l’aide à l’accès aux services financiers et autres pour les PE, ont tendance à se réorienter sur le développement de filière. En 2005, le réseau SEEP a lancé un nouveau programme de formation pour les opérateurs, intitulé « Strategic Alliances for Financial Services and Market Linkages in Rural Areas » (Alliances stratégiques pour l’accès aux services financiers et aux liens d’affaires en milieu rural). Ce programme se propose d’explorer les solutions fondées sur des alliances stratégiques avec des parties prenantes des marchés ruraux. L’objectif est d’améliorer l’accès aux services financiers pour les micro- et petites entreprises (y compris les agriculteurs), pour leur permettre d’investir dans l’amélioration de la qualité et/ou d’exploiter des opportunités de marché72. Les parties prenantes peuvent être des institutions financières rurales, des facilitateurs de développement de marché, des prestataires de services d’appui, des entreprises de la filière concernée, ainsi que des PE, notamment des agriculteurs. Par ailleurs, la GTZ a revu cette année son initiative générale de développement des marchés de SAE au Bangladesh pour se recentrer sur le sous-secteur de la confection73. Ainsi, même si les programmes de développement des marchés de services d’appui intersectoriels se poursuivent, les approches et initiatives innovantes sont rares. Quels enseignements les initiatives plus généralistes peuvent-elles tirer de ces programmes axés exclusivement sur les marchés de SAE ? Les meilleurs programmes intersectoriels de services aux entreprises aspirent clairement et explicitement à la pérennisation des marchés qu’ils ciblent. Pour réaliser leur objectif, c’est-à-dire faciliter l’accès des PE aux services, ils s’appuient sur des prestataires qui recherchent des profits et souhaitent vendre aux PE74. Peut-être en raison du ciblage explicite des marchés de services aux entreprises, ces programmes sont très attentifs au choix de leurs partenaires pour la réalisation et le financement des activités destinées à dynamiser le marché à long terme75. Ils diffèrent en cela de certains programmes qui s’orientent sur les filières sans avoir de vision claire de la pérennisation des marchés de services qui appuient les filières. 3.4. Transition vers le développement de marché systémique De plus en plus d’organisations adoptent une approche systémique et orientée marché des actions de développement et de la lutte contre la pauvreté. Les bailleurs de fonds et les opérateurs se voient donc dans l’obligation de changer le mode de fonctionnement de leurs organisations. Comment les organisations de développement envisagent-elles de modifier leurs stratégies, de réorienter leur personnel et leurs programmes vers une approche de développement de marché ? Etant entendu que les approches varient nécessairement en fonction de la taille et du type d’organisation, voici quelques activités entreprises par des bailleurs de fonds et des opérateurs majeurs pour réorienter leurs organisations, leur personnel et leurs programmes sur le développement de marchés propices aux pauvres. 69 de Wildt 2004. 70 GTZ 2005b. 71 SEEP Network 2005a. 72 Ibid. 2005b. 73 GTZ 2005e, 2005f. 74 Lavelle et Sytek 2005. 75 Pour de plus amples informations sur les cadres de pérennisation des marchés de SAE, cf. Robert Hitchins, « Developing Markets for Business Development Services: Designing and Implementing More Effective Interventions », SED/PPE Issue Paper N° 1, Direction suisse du développement et de la coopération, juin 2000, disponible sur http://www.bdsknowledge.org (en anglais uniquement). 48 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 24 : Développer des marchés de services aux entreprises avec une stratégie de désengagement préétablie KATALYST, Bangladesh Le programme KATALYST, mis en œuvre par Swisscontact et GTZ International Services, et financé par DFID, la DDC et l’Asdi, développe plusieurs marchés de services intersectoriels aux entreprises, dans le cadre d’un projet plus vaste au Bangladesh. L’un des aspects essentiels du processus de conception et de mise en œuvre de KATALYST réside dans la projection et la réalisation d’une vision claire de croissance durable pour chaque marché de services ciblé appuyant la compétitivité des petites entreprises. Par exemple, KATALYST développe le secteur des services de communication marketing à Bogra et aux alentours. La vision du programme pour l’évolution du marché est la suivante : les prestataires de services de communication marketing à Bogra sont organisés, équipés et disposés à offrir aux PME des services adaptés. Dans une première étape, KATALYST a réussi à réunir plus de 350 prestataires de services dans un forum appelé le Bogra Media Forum (BMF). Y sont représentés des agences de publicité, des entreprises de PAO, des agences de presse, des journaux (médias) et des artistes. Cette nouvelle organisation prend à présent en main le développement du secteur des services de communication marketing à Bogra, et KATALYST ne joue qu’un rôle d’assistance. Par exemple, KATALYST et le BMF ont coopéré pour produire et publier le tout premier annuaire des prestataires de services de communication marketing de Bogra, qui contient plus de 300 entrées. Le BMF a trouvé les annonceurs pour l’annuaire et a pris en charge 40 % des coûts de production et de publication. Le BMF a mis au point une série de modules de formation, conçus pour combler les lacunes de compétences et de connaissances de ses membres dans les domaines de la conception de campagne de communication, de l’emballage/découpage, de la conception graphique et de la commercialisation des services. L’assistance de KATALYST portait sur le développement de produit et sur la diffusion des offres de formation auprès des prestataires de services de Bogra et de 15 autres districts du Nord Bengale. Le BMF appuiera les programmes de formation grâce aux paiements des participants. KATALYST observe que, à peine deux mois après le lancement du BMF, les membres avaient déjà conscience de l’impact potentiel du forum sur leurs activités. Ils étaient donc motivés pour développer l’organisation et renforcer sa capacité à appuyer le secteur de façon pérenne. En 2005, le BMF s’est efforcé d’accroître le volume d’affaires de ses membres par diverses activités : un salon commercial à Bogra, pour présenter des offres sophistiquées de compétences et de services proposées par les membres aux entreprises cibles de 15 districts voisins, l’animation des contacts entre Bogra et les autres régions, des séminaires, ateliers et événements à l’intention des PME et des leaders du secteur, pour les informer sur l’offre de services, ainsi que la création de réseaux avec d’autres régions. Le BMF est convaincu de pouvoir contribuer de manière significative à l’ouverture des marchés et à l’accès aux technologies modernes pour ses membres. Pour de plus amples informations, contacter Manish Pandey, KATALYST, [email protected], ou consulter http://www.katalystbd.com ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « Swisscontact » et « Bangladesh). Source : KATALYST 2004b, 2005. n Evaluation intégrée et participative, planification stratégique76 : certaines organisations font le bilan des expériences passées, identifient les acquis, les synthétisent avec de l’information sur les stratégies émergentes, et utilisent cette information pour mettre au point leurs propres stratégies, conformes aux nouvelles orientations. Ce travail de 76 planification engage le personnel dans l’analyse des programmes antérieurs et encourage leur adhésion à la réorientation en reconnaissant les apports positifs des travaux du passé, même si de nouveaux concepts sont introduits. Albu et Griffith 2005 ; McVay et Rannekleiv 2005. COMPTE-RENDU 2005 49 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES n Stratégie systématique de communication77 : certaines organisations élaborent des stratégies de communication explicites et professionnelles pour familiariser les nombreuses parties prenantes intéressées à leur action à la nouvelle orientation et remporter leur adhésion. Ces stratégies, mises au point, pour tout ou partie, par des spécialistes en communication, définissent les publics cibles, les messages essentiels, les canaux de communication appropriés ainsi que les documents et outils pertinents. Les publics cibles sont très variés : personnel du programme, clients, grand public, décideurs et partenaires. n Réorganisation des outils et des compétences78 : la plupart des organisations en transition vers une action plus orientée marché doivent revoir leurs outils et compétences disponibles. Sur le terrain, il leur faut souvent se séparer d’une partie du personnel disposant d’une expérience de prestation directe ou de formation, et recruter de nouveaux collaborateurs plus compétents en matière d’analyse de marché et de constitution de partenariats. Souvent, le personnel auparavant employé dans la prestation directe de services est recruté par des entreprises prestataires de la filière. D’autres acquièrent de nouvelles compétences pour rester dans le programme. n Conclusion de nouveaux partenariats79 : les organisations sont souvent engagées dans des partenariats de longue date avec des ONG et d’autres groupes communautaires. Certaines tentent de conserver ces partenaires et de les réorienter sur la nouvelle approche. Toutefois, cette solution peut s’avérer très difficile, car les ONG partenaires restent attachées aux activités subventionnées et ne disposent ni des compétences, ni de l’orientation marché nécessaires pour adopter des approches plus viables. Il est donc parfois nécessaire de conclure de nouveaux partenariats avec des entreprises privées. n Renforcement des capacités, formation et accompagnement80 : pour se réorienter, les organisations ont souvent besoin de renforcer leurs capacités internes et celles de leurs partenaires par la formation et l’accompagnement. Les capacités requises diffèrent selon les niveaux. Par exemple, les planificateurs, gestionnaires et évaluateurs des programmes doivent être formés aux principes généraux et aux processus du développement de marché. Quant au personnel de terrain, il doit non seulement se familiariser avec la philosophie générale de développement de marchés en faveur des pauvres, mais doit souvent aussi acquérir une connaissance plus spécifique des marchés ciblés, ainsi que des compétences en négociation commerciale. n Participation à une communauté de pratiques : de nombreuses organisations en transition sont des membres actifs d’une communauté de pratiques qui favorise l’acquisition de connaissances, le dialogue, la définition d’une terminologie commune et la diffusion des acquis. Certaines communautés sont mondiales : par exemple, le développement des marchés de SAE, le développement de filières rurales, le réseau de vulgarisation agricole, et maintenant, le mouvement M4P81. Certaines s’articulent autour d’une institution, d’une association ou d’un groupe particulier, tandis que d’autres sont moins institutionnalisées. Actuellement, les communautés de pratiques orientées sur le développement de marché se multiplient aux niveaux national et régional 82. Ces réseaux jouent un rôle primordial en créant une effervescence d’idées et en renforçant les capacités autour des nouvelles stratégies. Outre les échanges entre pairs, les membres sont souvent en compétition pour prendre la tête de ces réseaux. Il en résulte une course aux meilleures pratiques, dans laquelle chacun s’empresse de diffuser ses expériences afin d’être considéré, surtout par les bailleurs de fonds, comme un leader du secteur. Ces activités sont cruciales pour le succès de la réorientation, mais elles sont encore plus efficaces lorsqu’on les aborde de façon systématique (plutôt qu’au cas par cas), avec des ressources financières et techniques suffisantes et dans un climat institutionnel ouvert et participatif d’échange de connaissances83. 77 ADB 2005 ; Ramirez et Quarry 2004. 78 Bista 2004b ; McVay et Rannekleiv 2005. 79 IDE 2004c ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c. 80 Bista 2004b ; McVay et Rannekleiv 2005. 81 Voir en annexe la liste de sites web hébergeant les communautés de pratiques mondiales concernées. 82 MDG 2005a et 2005b ; http://www.markets4poor.org. 83 McVay et Rannekleiv 2005. 50 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Le succès d’un processus de transition dépend largement du leadership visionnaire et souvent audacieux des agents de changement. L’introduction de stratégies orientées marché exige non seulement une communication solide et rationnelle et des processus de changement bien structurés, mais également des individus dotés d’une vision et déterminés à vaincre et/ou à écarter les forces de résistance au changement. On observe deux sources de résistance à l’adoption d’une approche orientée marché, qui se recoupent partiellement : n La forte conviction que l’inégalité est inhérente aux marchés, et l’impression que ceux qui proposent de faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres se soucient en fait davantage de la croissance économique que du sort des pauvres. Cette résistance est dure à contrer, car ces personnes se méfient de la théorie comme de ses partisans. Elles peuvent ne pas être ouvertes à l’observation des faits et/ou avoir besoin d’un niveau de démonstration impossible à atteindre dans le domaine du développement. n Intérêt individuel territorial : certains de ces opposants au changement se sentent menacés par les nouvelles approches et craignent de perdre leur travail, leur statut ou leur réputation. Les nouvelles approches requièrent de nouvelles compétences, une critique des initiatives passées et une restructuration des organisations et des budgets. Ces changements peuvent menacer personnellement ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas suivre cette évolution. Ces défenses sont difficiles à contrer, car peu de professionnels du secteur du développement les reconnaissent comme la principale cause de résistance, bien qu’elle soit très répandue. Pour venir à bout de ces deux types d’opposition, les agents de changement tentent de créer un climat sécurisant et didactique, où les erreurs sont considérées comme des risques qui génèrent de nouvelles connaissances et où les revirements d’opinion sont respectés. Cela peut fonctionner si l’agent de changement est un leader institutionnel. Une autre tactique consiste à rassembler une pléthore de preuves pour appuyer ce changement et à exploiter chaque occasion de présenter ces preuves aux éléments les moins réticents, qui parviendront finalement à convertir les décideurs. Souvent, ces agents de changement ont la possibilité d’accumuler les ressources issues d’initiatives pilotes et de participer à des formations et séminaires internationaux. Exemple 25 : Opérer la transition vers le développement de marchés favorables aux pauvres MEDA-Global, IDE International, initiative PROGRESS de la GTZ au Bangladesh, MPDPIP en Inde, TTO en Afrique du Sud Dans le processus de transition vers l’approche M4P, les réajustements stratégiques varient d’une organisation à l’autre, en fonction de leur orientation initiale et des aspects de l’approche M4P qui sont nouveaux pour elles. Pourtant, on trouve des éléments communs à toutes les organisations en transition. MEDA-Global MEDA (Mennonite Economic Development Association) est passée d’une approche orientée marché ciblant les entreprises sociales, selon laquelle elle investissait dans des sociétés de commercialisation qui vendaient les produits des PE, à une stratégie de production et de liens d’affaires, visant le développement des marchés de services d’appui aux filières et aux entreprises, qui aide les PE à accéder aux marchés et à répondre à la demande avec des produits adaptés. Ce faisant, elle s’est engagée dans un processus de formation impliquant ses collaborateurs dans le monde entier et des experts internationaux, a conclu de nouveaux types de partenariats, a investi dans le renforcement de ses capacités internes et de celles de ses partenaires, a participé à un programme d’action-formation de SEEP et a cultivé un rôle de leader dans les communautés de pratiques concernées. Pour de plus amples informations, consulter http://www.meda.org. Source : McVay et Rannekleiv 2005. COMPTE-RENDU 2005 51 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES IDE International International Development Enterprises (IDE) est passée d’une stratégie de développement du marché des techniques d’irrigation en faveur des PE à une approche holistique intitulée PRISM (Approche de la réduction de la pauvreté par l’irrigation et le développement de marchés pour les petits propriétaires), axée sur la réduction de la pauvreté. Par exemple, plutôt que de cibler exclusivement un intrant clé, comme les techniques d’irrigation, IDE s’efforce à présent d’aider les agriculteurs à cultiver et à commercialiser des produits horticoles à forte valeur ajoutée. Outre l’irrigation, IDE développe des marchés de services d’appui pour les intrants horticoles et les conseils techniques portant sur la culture de produits très demandés à l’échelle locale et régionale, et favorise les liens d’affaires pour que les agriculteurs puissent accéder à des débouchés plus rémunérateurs. Dans le cadre de cette transition, IDE a beaucoup investi dans les études d’impact de projets passés, ainsi que dans les études de marché et les enquêtes de terrain en vue de documenter l’impact des nouvelles initiatives. L’organisation a recruté des collaborateurs internationaux pour mettre au point la nouvelle approche PRISM. IDE a renforcé ses capacités en participant à un programme d’action formation de SEEP et à plusieurs formations sur les SAE et les filières. Ensuite, l’organisation a mis au point son propre programme de formation interne, spécifique à l’approche PRISM. IDE s’est engagée dans des partenariats, a renforcé les compétences de ses collaborateurs en matière d’analyse de marché, et a développé des capacités en tant que centre d’excellence. Pour de plus amples informations, consulter http://www.ideorg.org et http://www.ide-india.org. Sources : Bista 2004b ; Magistro et al. 2004 ; Manaktala 2004. Initiative PROGRESS de la GTZ au Bangladesh L’initiative PROGRESS appuie la transition de la GTZ et du ministère du Commerce bangladais d’une approche générale de développement des marchés de SAE à une stratégie de développement de filière. L’objectif est d’aider les petites et moyennes entreprises du secteur de la confection à survivre et à prospérer dans le contexte de concurrence mondiale accrue auquel elles seront confrontées après l’expiration du système mondial des quotas (Accord Multi-Fibres). Le projet entend encourager cinq marchés de services aux entreprises à fournir des prestations au secteur de la confection : les services de gestion d’entreprise, le développement des compétences techniques, la conception et le développement de produit, les services d’information ainsi que les services portant sur les normes sociales et environnementales et les certifications correspondantes. En outre, il s’efforcera d’induire des améliorations dans l’environnement des entreprises et de renforcer la coopération entre les bailleurs de fonds. Le processus de transition impliquait le désengagement progressif et la reconversion durable d’anciens partenaires. Par exemple, la GTZ a appuyé la reconversion de formateurs en gestion auparavant subventionnés (dans le cadre du système CEFE) : elle les a aidés à adopter une approche plus orientée marché et à adapter leurs formations à des marchés cibles spécifiques. De même, elle a appuyé le développement de BS-NET, une association de prestataires de services aux entreprises, pour continuer à soutenir leur marché. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « PROGRESS ») Sources : GTZ 2005e, 2005f. 52 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES MPDPIP en Inde Le MPDPIP (Madhya Pradesh District Poverty Initiatives Project), un projet du gouvernement indien financé par la Banque mondiale, a fait appel aux services de conseil de la MART (Marketing and Research Team) pour améliorer sensiblement son action de réduction de la pauvreté en adoptant des approches orientées marché. L’équipe MART a réorienté le MPDPIP, initialement un programme général de développement communautaire distribuant des subventions, sur une stratégie orientée marché dite des « 3-M » – microfinance, micromarchés et microplanification. La MART a restructuré le personnel du MPDPIP pour simultanément décentraliser et autonomiser les équipes locales, tout en formant des équipes techniques dans trois secteurs moteurs – l’agriculture, l’élevage et le commerce. Ces équipes ont mis au point des stratégies sectorielles et des services d’appui pour aider les familles pauvres à dégager des revenus en accédant aux marchés. La démarche transitionnelle de MART impliquait une importante composante d’initiation et de formation aux approches orientées demande et orientées marché, la conclusion de nouveaux partenariats avec des instituts de recherche et de vulgarisation, et un rapprochement avec les communautés en vue de gagner leur confiance et de les familiariser aux concepts orientés sur la demande et le marché. Pour de plus amples informations, consulter http://www.martrural.com . Sources : GTZ 2005e, 2005f ; MART 2005. TTO en Afrique du Sud A l’issue d’une période de réorientation de deux ans, TTO (Triple Trust Organisation), auparavant prestataire direct de services de formation aux pauvres, s’est lancé dans le développement de marchés favorables aux pauvres. L’organisation joue à présent un rôle de facilitateur dans le développement de marchés spécifiques (commerce de détail, élevage et agro-alimentaire) intégrant les pauvres. Pour opérer la transition, elle a investi massivement dans la formation, a participé à des initiatives internationales d’action-formation, a considérablement réduit ses effectifs et a engagé un processus participatif de planification interne qui documente clairement sa nouvelle stratégie. Pour de plus amples informations, consulter http://www.tto.org.za . Source : TTO 2005. et les adapter afin de convaincre d’autres organisations de la pertinence de ces solutions pour des missions et des principes d’opération spécifiques. Ces stratégies sont en pleine évolution, et les opérateurs commencent à communiquer plus explicitement leur volonté de changement84. 3.5. Mesure des performances et évaluation de l’impact Le sommet mondial sur les Objectifs du Millénaire pour le développement, qui aura lieu en 2005, passera en revue les progrès accomplis. Dans ce contexte, les bailleurs de fonds et les opérateurs sont incités à mesurer plus précisément leur impact, en particulier les progrès en matière de lutte contre la pauvreté. Actuellement, il existe trois méthodologies principales pour évaluer l’impact d’un programme sur la pauvreté85 : 1. Enfin, ils peuvent reprendre certaines stratégies orientées marché déjà définies pour leur organisation 84 Ibid. 85 Späth 2004. les méthodes consistant à démontrer l’impact sur des clients spécifiques, au moyen de modèles économétriques ; COMPTE-RENDU 2005 53 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 2. 3. les méthodes qualitatives et souvent participatives, visant à rendre compte de la complexité du développement et des multiples dimensions de la pauvreté, tout en couplant l’évaluation avec l’amélioration des pratiques ; les méthodes destinées à mettre en lumière des liens plausibles entre les interventions des bailleurs de fonds et les changements observés au niveau national. Au cours de l’année écoulée, la plupart des innovations en matière d’évaluation de l’impact appartenaient à la deuxième catégorie : les méthodes qualitatives et participatives. L’annexe contient une liste de sites web qui fournissent davantage d’informations. 3.5.1. Enseignements tirés de différentes disciplines En matière de suivi et d’évaluation, comme dans les autres domaines des programmes, les bailleurs de fonds et les opérateurs des différents secteurs d’activité apprennent les uns des autres86. Voici quelques problématiques communes auxquelles sont confrontés les opérateurs de nombreux secteurs : n Mesure de la performance du programme à différents niveaux : la plupart des programmes de développement de marché tentent d’appréhender les évolutions à différents niveaux. Au niveau macroéconomique, par exemple, on observe l’environnement réglementaire et les incitations fiscales, au niveau intermédiaire, les marchés de services d’appui et les institutions de marché, et au niveau microéconomique, les PE et les ménages. Cette division de l’évaluation entre différents échelons pose des problèmes de méthodologie et d’efficience87. n Etablissement des chaînes de causalité : de nombreux experts de l’évaluation soulignent qu’il est primordial de reconstituer précisément la chaîne de causalité des résultats attendus, depuis les activités du projet jusqu’à l’impact final. Cependant, bon nombre de bailleurs de fonds et d’opérateurs se débattent avec des chaînes de causalité de plus en plus longues, à mesure que les programmes s’éloignent de l’action directe auprès des entreprises pour cibler les marchés, les institutions de marché et l’environnement des affaires. 86 Ibid. 87 Ibid. 88 Neubert 2004 89 Späth 2004. 54 COMPTE-RENDU 2005 Question clé L’impact d’un programme sur la pauvreté peut-il être prouvé au moyen de méthodes rigoureusement scientifiques ? Les experts, les bailleurs de fonds et les opérateurs admettent qu’il est difficile de démontrer l’impact d’un programme en matière de réduction de la pauvreté. Selon certains, cet exercice peut être réalisé si trois conditions préalables sont réunies : (1) le seuil de pauvreté doit être clairement établi ; (2) une chaîne de causalité doit être établie entre les activités du programme et les changements dans les conditions d’existence des ménages ; et (3) les programmes doivent utiliser des modèles d’évaluation suivant des protocoles expérimentaux ou quasi-expérimentaux fondés sur des groupes de contrôle. D’autres experts, bailleurs de fonds et opérateurs maintiennent qu’il est impossible d’appliquer une méthode réellement scientifique à la réalité des actions de développement. Il est difficile d’obtenir des données fiables. Est-il réellement nécessaire d’investir des ressources pour tenter de prouver qu’une stratégie réduit la pauvreté ? n Etablir les liens entre les activités du projet et les impacts indirects : les activités des programmes se situent de plus en plus souvent aux niveaux macroéconomique et intermédiaire. Or, les bailleurs de fonds et les opérateurs recherchent un impact au niveau microéconomique. Cette situation complique l’attribution, même plausible, des impacts finaux aux activités du programme88. Les bailleurs de fonds, les chercheurs et les opérateurs de nombreux secteurs commencent à créer une synergie autour de leurs difficultés communes. Le secteur de la microfinance, en particulier, a accumulé quelques acquis en matière d’étude d’impact sur la pauvreté qui pourraient être utiles pour l’approche M4P et d’autres programmes de développement du secteur privé89 : n Utiliser une approche multidimensionnelle pour évaluer les objectifs de développement généraux. n Recourir à des méthodes à la fois qualitatives et quantitatives pour évaluer l’impact. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES n Adapter les instruments au contexte régional et local. n Ne pas se contenter de suivre strictement la chaîne de causalité, mais rechercher des résultats au-delà. n Rester pragmatique et réaliste quant à l’étendue de l’évaluation. L’application de ces enseignements aux programmes de développement de marchés a amélioré l’efficacité des études d’impact. 3.5.2. Mesure des nombreuses dimensions de la pauvreté La pauvreté est multidimensionnelle. Elle implique davantage que la privation de revenus : elle désigne également le manque d’actifs, de services, de liberté et de sécurité. Certains experts avancent qu’une étude d’impact unidimensionnelle, axée uniquement sur la pauvreté des revenus, ne rend pas correctement compte des effets des programmes sur la pauvreté. Pour procéder à une évaluation utile, permettant aux responsables d’améliorer les programmes, les évaluateurs doivent adopter des approches offrant un tableau plus riche et socialement plus complexe de l’impact des programmes et des processus associés 90. Les méthodes qualitatives et participatives permettent de mieux rendre compte d’une réalité complexe que les outils quantitatifs. L’information quantitative peut mettre en évidence les changements survenus, mais ne fournit généralement aucun indice sur les causes et les circonstances de ces changements. La collecte de l’information qualitative repose sur des méthodes telles que les entretiens approfondis, l’observation des participants, les études de cas et les discussions thématiques de groupe. Cette stratégie a pour but de fournir une interprétation, la plus plausible possible, des processus et des impacts du programme. Les méthodes d’évaluation participatives prévoient l’implication de divers acteurs tout au long de la conception de l’étude ou du système de suivi-évaluation, de la collecte d’information et de l’analyse des données. Elles cherchent souvent à capter les interactions complexes qui induisent les changements dans un ménage, une communauté, une économie, etc. L’implication des participants semble améliorer l’utilisation de l’information pour accroître l’impact. Exemple 26 : Mesure des nombreuses dimensions de la pauvreté L’ONUDI et la GTZ Une étude réalisée pour l’ONUDI par Nadvi et Barrientos (2004) présente une méthode innovante d’évaluation de l’impact, visant à rendre compte des effets des systèmes productifs locaux industriels sur la réduction de la pauvreté. L’approche proposée par les auteurs combine la cartographie de filière et une approche des potentialités, axée sur la compréhension des capacités des pauvres. Elle associe des composantes quantitatives avec des composantes qualitatives et participatives, pour rendre compte des aspects à la fois économiques et sociaux de l’impact du programme sur la pauvreté. La cartographie de la filière permet d’examiner le niveau de pauvreté des différents groupes et ainsi de localiser les poches de pauvreté à l’intérieur d’un système productif local. D’autres méthodes de désagrégation facilitent l’évaluation de l’impact sur différentes catégories d’entreprises et de travailleurs, et identifient les variations d’impact sur la pauvreté en fonction du sexe, de l’appartenance ethnique et de la religion. Cela permet aux responsables de comprendre comment un programme affecte différents groupes de pauvres et de définir les ajustements nécessaires pour toucher des groupes spécifiques qui n’ont pas encore bénéficié de l’impact. Autre innovation de la GTZ : une méthode d’évaluation de l’impact des projets de réduction de la pauvreté appelée MAPP91. La MAPP se fonde principalement sur des principes qualitatifs et participatifs, ainsi que sur les méthodes accélérées de recherche participative. La principale technique de collecte de l’information consiste à organiser des ateliers avec des représentants de différents groupes concernés, au cours desquels les participants discutent des résultats effectifs, en les comparant avec les résultats planifiés. La MAPP est destinée à évaluer dans quelle mesure les processus de réduction de la pauvreté ont effectivement eu lieu, par la compréhension des changements de perspective et de comportement de ceux qui composent la chaîne de causalité. Pour de plus amples informations, consulter http://www.unido.org/doc/24736 et http://www.die-gdi.de (recherche du Briefing Paper n° 4/2004). Sources : Nadvi et Barrientos 2004 ; Neubert 2004 ; DDC 2005c. 90 Ibid. ; Reinprecht 2004. 91 Method for Impact Assessment of Poverty Alleviation Projects COMPTE-RENDU 2005 55 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Pour rendre compte des multiples dimensions de l’impact, les évaluations intègrent des approches différentes. Il n’existe pas de méthodologie universelle adaptée à tous les programmes. Au contraire, l’ajustement de l’approche aux objectifs et au contexte du programme, ainsi qu’aux objectifs spécifiques de l’évaluation, conditionne l’utilité des résultats de l’étude. Dans le même temps, les coûts et la complexité des évaluations s’en trouvent accrus92. 3.5.3. Suivi des marchés principaux et des marchés de services d’appui Les programmes de développement de filière les plus efficaces ciblent non seulement la filière principale, mais également les marchés de services d’appui qui s’y rapportent. Exemple 27 : Suivi et évaluation des marchés principaux et des marchés de services d’appui Approche PRISM d’IDE en Inde et au Népal IDE a mis au point une nouvelle approche appelée PRISM (Approche de la réduction de la pauvreté par l’irrigation et le développement de marché pour les petits propriétaires) destinée à aider les petits agriculteurs à intégrer efficacement les marchés de produits agricoles à forte valeur ajoutée. Un système de suivi et d’évaluation rigoureux, centré sur la gestion, est l’une des composantes essentielles de la méthodologie PRISM. Pour atteindre ses objectifs, IDE a mis en place un mécanisme de développement de marchés de services d’appui pour les marchés agricoles principaux. En fonction de la situation, il peut s’agir de marchés pour l’irrigation, l’information, les services de vulgarisation agricole, les intrants, les transports, le stockage, etc. En Inde et au Népal, IDE met en pratique la méthode PRISM dans des projets financés par l’USAID, ciblant les filières horticoles. Ces projets opèrent un suivi des évolutions sur les marchés horticoles et de la participation du groupe cible à ces marchés, ainsi que des changements survenant sur les marchés de services d’appui correspondants. Par exemple, le projet au Népal travaille sur les marchés de services d’appui commerciaux pour les équipements d’irrigation, les services phytosanitaires, l’information, le conseil technique et la formation agricole. Les prestataires sur ces marchés sont des fabricants, vendeurs et installateurs d’équipements pour l’irrigation, des vendeurs d’intrants agricoles, des négociants en légumes et des agriculteurs principaux de la communauté. Certains fournissent parfois également des semences et des engrais. Ces prestataires vendent souvent plusieurs types de produits et/ou services à la fois. Après trois ans à peine, le projet avait touché 7 097 petits agriculteurs par l’intermédiaire de 839 prestataires commerciaux de produits et services d’appui. Le tableau ci-dessous reprend les données de suivi-évaluation enregistrées par IDE Népal en 2004, ainsi que les changements observés sur les marchés horticoles et les marchés de services d’appui. 92 Späth 2004 56 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Prestataires des marchés de services d’appui à la filière horticole Prestataires des marchés de services d’appui Nombre de prestataires CA annuel moyen ($) Résultat annuel net moyen ($) Agriculteurs principaux 333 479 386 Vétérinaires ruraux 91 10 653 1 024 Négociants en légumes 163 8 592 918 Installateurs/maçons 224 146 146 Fabricants de pompes à pédale / assembleurs de systèmes d’irrigation goutte-à-goutte 2 23 275 4 057 Vendeurs de pompes à pédale/ de systèmes d’irrigation goutte-à-goutte 25 13 300 998 Moyennes totales pondérées 839 3 510 522 Ventes et revenus des petits agriculteurs/propriétaires des filières horticoles Chiffres initiaux 2 ans après l’intervention Variation en % 72 72 0 58 389 kg 130 941 kg +124 Volume total des ventes 8 782 $ 24 289 $ +177 Coût total du matériel 1 358 $ 2 389 $ +75 Coût total de la main-d’œuvre 1 933 $ 3 074 $ +59 Revenu total net 5 492 $ 18 833 $ +243 76 $ 262 $ +345 Nombre d’agriculteurs Quantités vendues Revenu net moyen/agriculteur Pour de plus amples informations, consulter http://www.ideorg.org ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « IDE »), ou contacter Bhimsen Gurung, IDE, [email protected] ou [email protected]. Source : Magistro et al. 2004. COMPTE-RENDU 2005 57 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Ces programmes qui intègrent les deux types de marché dans leur dispositif de suivi-évaluation s’avèrent plus efficaces en matière de développement de marchés de services d’appui que ceux qui ne prennent en compte que les marchés principaux – peut-être tout simplement parce qu’ils s’intéressent également de plus près à cet aspect au cours de la conception et de la mise en œuvre. Mais il est également probable que le fait d’inclure ces marchés dans les systèmes de suivi-évaluation responsabilise les opérateurs, et les empêche de dévier de leur stratégie initiale de développement des marchés de services d’appui pour fournir des produits et des services d’appui directement aux acteurs de la filière. 3.5.4. Relier l’étude de marché, la conception, la mise en œuvre, le suivi et l’étude d’impact Pour qu’un programme soit efficace, l’étude de marché, la conception de programme, la mise en œuvre, le suivi et l’étude d’impact doivent être étroitement liés. De plus en plus, les programmes de développement de marché sont conçus pour permettre une grande souplesse dans la mise en œuvre, mais avec une attention accrue pour les résultats clés, comme le nombre de bénéficiaires dans le groupe cible et les indicateurs de développement du marché principal. Ainsi, si les études de marché et les évaluations mettent davantage l’accent sur les outils qualitatifs et participatifs, de nombreux programmes continuent à collecter des données sur un ensemble d’indicateurs quantitatifs essentiels. Les responsables de programme prennent régulièrement des décisions concernant les marchés à cibler, les partenariats à conclure et les interventions à mettre en place. Pour diriger efficacement ces projets, ils ont besoin d’informations régulières sur les marchés, ainsi que sur l’impact du programme sur les marchés et les groupes cibles. L’étude de marché fournit une information initiale à partir de laquelle on peut mesurer les changements survenus. L’intégration de la collecte de données quantitatives et qualitatives dans la gestion quotidienne des projets permet d’accéder à cette information régulière et, souvent, réduit la quantité d’information à collecter au cours de l’évaluation finale. De plus, l’étude d’impact est plus efficace lorsqu’elle est adaptée au contexte du marché et à la configuration du programme. Un système holistique de suivi-évaluation, intégré aux phases de conception, de mise en œuvre et d’évaluation finale, peut accroître l’efficacité générale du programme. Exemple 28 : Relier le suivi et l’évaluation avec l’étude de marché, la conception et la mise en œuvre Programme Kenya BDS de l’USAID Le projet Kenya BDS, mis en place par le Groupe de travail sur les marchés émergents de l’USAID, intègre des mécanismes de collecte régulière d’information dans sa phase de mise en œuvre. Kenya BDS entend promouvoir la croissance et les revenus des micro- et petites entreprises rurales par un accès accru aux marchés et par la prestation de services aux entreprises pour renforcer leur compétitivité sur ces marchés. Le projet poursuit une approche fondée sur les sous-secteurs et se concentre sur l’élimination des obstacles et des inefficiences des marchés. Sa structure est souple : si les résultats attendus (voir le tableau plus bas) et l’approche générale sont définis, les responsables disposent d’une marge de manœuvre pour décider quels marchés principaux et quels marchés de SAE cibler, ainsi que les interventions à mettre en œuvre. Actuellement, Kenya BDS intervient dans le sous-secteur des arbres fruitiers, en se concentrant sur l’avocat, le fruit de la passion et la mangue, ainsi que dans le sous-secteur de la pêche dans le lac Victoria, plus particulièrement sur la perche du Nil, le tilapia et l’omena (sardine d’eau douce). Kenya BDS fonctionne selon un cycle en huit étapes : (1) identification et sélection des sous-secteurs ; (2) analyse des filières afin de repérer les obstacles à la croissance et les services nécessaires pour y remédier ; (3) identification et définition des produits et services d’appui nécessaires pour remédier aux obstacles ; (4) étude des marchés de services d’appui identifiés ; (5) conception des interventions sur les marchés de services d’appui ; (6) réalisation d’une enquête de référence pour le sous-secteur ; (7) appel d’offres et attribution des contrats pour les interventions de facilitation sur le marché ; et (8) mesure orientée marché des performances réalisées. Kenya BDS utilise une gamme standard d’indicateurs de suivi-évaluation appliqués à 58 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES l’ensemble du programme, ainsi que des indicateurs conçus spécifiquement pour chaque intervention. Cela lui permet à la fois de mesurer la progression générale et d’analyser en détail les processus de changement générés par les différentes interventions. Tous les mois, les facilitateurs du marché mandatés par Kenya BDS collectent des données auprès des entreprises sur le terrain. Kenya BDS contrôle et compile ces données, puis vérifie leur exactitude par des contrôles aléatoires sur site. Les données sont consignées dans des rapports trimestriels, qui servent de base à la prise de décision ainsi que de vecteurs de communication entre l’USAID et le Groupe de travail sur les marchés émergents. Le tableau ci-dessous récapitule brièvement les résultats après deux ans et demi de mise en œuvre. Résultats de Kenya BDS Indicateurs Nombre total de PME ayant accès à des services d’appui commerciaux Nombre total de prestataires de produits et services d’appui participant au programme dans les régions cibles Nombre total de petits et moyens producteurs reliés au marché commercial Résultats 3e trim. 3e année Objectifs totaux pour la 3e année % de réalisation actuelle 30 073 27 500 109 569 215 265 6 583 10 000 66 Pour de plus amples informations, consulter www.kenyabds.com ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « Kenya BDS »), ou contacter David Knopp, Groupe de travail sur les marchés émergents, [email protected]. Sources : Groupe de travail sur les marchés émergents 2005b, 2005c, 2005d. COMPTE-RENDU 2005 59 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 4. Toucher les populations très pauvres et très vulnérables Réussir à intégrer les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables dans les marchés, à des conditions qui leur soient favorables, demeure un défi essentiel pour les praticiens de l’approche M4P. Au cours de l’année écoulée, les experts, les bailleurs de fonds et les praticiens ont poursuivi leurs efforts pour adapter et appliquer les principes de développement des marchés à divers groupes marginalisés, en ciblant notamment les populations rurales pauvres, en particulier les petits agriculteurs propriétaires, les communautés touchées par une catastrophe naturelle ou un conflit, et les catégories victimes d’une pauvreté tenace, telles que les femmes à très faibles revenus et les familles touchées par le VIH/SIDA. Ce chapitre décrit certains efforts mis en œuvre pour accroître le degré de portée en ciblant des marchés spécifiques et des groupes spécifiques de pauvres, souvent dans des contextes particulièrement difficiles. Il passe en revue les expériences et les innovations entreprises sur les marchés agricoles et les marchés perturbés par une catastrophe naturelle ou un conflit, ainsi que les efforts visant à résorber des poches de pauvreté endémique par l’ouverture de l’accès aux marchés. L’application d’approches orientées marché est très récente dans ce type d’activités, et la plupart des travaux de recherche préconisent de nouveaux efforts de recherche-action, pour continuer à tester des stratégies prometteuses destinées à aider les populations pauvres et vulnérables à accéder aux bénéfices de la participation aux marchés. 4.1. Faire fonctionner les marchés de services d’appui agricoles au bénéfice des pauvres Il est de plus en plus communément admis que l’agriculture doit être l’une des cibles privilégiées des efforts de développement visant à réduire la pauvreté dans le monde. La pauvreté est concentrée dans ce secteur, dans les populations de petits agriculteurs. Le groupe de travail sur la faim oeuvrant dans le cadre du projet des Nations Unies pour le Millénaire estime que, sur 842 millions de personnes souffrant de malnutrition dans le monde, 50 % vivent dans des ménages de petits agriculteurs, et une sur dix vit de l’élevage, de la pêche ou des produits forestiers1. L’Organisation pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) estime quant à elle que 64 % de la population d’Afrique, où la pauvreté mondiale est concentrée, est directement engagée dans des activités agricoles comme source primaire de revenus et de moyens de subsistance2. Parce que la pauvreté est concentrée dans les communautés agricoles rurales, de nombreuses organisations de développement considèrent le développement agricole comme une stratégie clé pour cibler les pauvres3. Par exemple, la Banque mondiale constate l’existence d’une relation entre les améliorations apportées aux activités des petites exploitations agricoles d’une part, et la réduction de la pauvreté et des inégalités en zones rurales d’autre part, et ce, en raison de l’impact direct sur les petits agriculteurs, mais également de l’effet multiplicateur sur l’économie rurale non agricole4. De plus, de nombreux programmes visant à intégrer les PE dans les filières interviennent sur des marchés agricoles où sont concentrés les PE rurales et les populations pauvres rurales5. En se concentrant sur le développement agricole de façon à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement en matière d’éradication de la pauvreté, de nombreuses organisations se retrouvent à chercher de nouvelles approches pour relever un défi déjà ancien : permettre aux petits producteurs d’améliorer les moyens d’existence qu’ils tirent de leurs terres. La tendance émergente dans le développement agricole consiste à intégrer les petits exploitants dans des systèmes de marchés productifs, à des conditions favorables aux pauvres, en appliquant une approche par filière. Au cours des décennies écoulées, une grande partie du travail de développement agricole 1 Citation dans Best, Ferris et Schiavone 2005. 2 Ibid. 3 Ibid. ; Hellin, Griffith et Albu 2005a. 4 Citation dans Hellin, Griffith et Albu 2005a. 5 Lusby 2004 ; IDE 2004a, 2004b ; MEDA 2003, 2005 ; Traidcraft 2005b ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c. 60 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES visait la réduction de la pauvreté par le renforcement de la sécurité alimentaire et donc l’accroissement de la production des principaux produits alimentaires. Des stratégies plus récentes intègrent davantage d’aspects relatifs aux marchés et à l’économie monétaire dans leurs efforts de réduction de la pauvreté. Elles partent du principe que les pauvres ont besoin de revenus pour développer leurs actifs (bétail, terres, logement et éducation) et acheter des produits et services essentiels (aliments, services de santé, eau et assainissement) qui améliorent leurs conditions d’existence. Les experts en développement agricole reconnaissent également que la position des pauvres sur les marchés est souvent défavorable, ce qui limite leurs sources de revenus. C’est pourquoi les experts recherchent actuellement des moyens de faire participer les pauvres à des systèmes de marchés permettant de réduire le coût des services, d’accroître leur accès aux marchés et ainsi d’augmenter leurs revenus6. D’après leurs conclusions, les approches de développement de filières sont les plus efficaces pour obtenir ces résultats. Du fait de la prépondérance de l’agriculture, ce Compte-rendu traite principalement des marchés agricoles et alimentaires. Les tendances mondiales décrites au chapitre 2 et les acquis en matière de développement de filières présentés au chapitre 3 s’appliquent également au domaine du développement agricole et proviennent en grande partie d’expériences dans ce domaine. Cette section s’intéresse à certaines difficultés liées à la prestation durable de services d’appui aux entreprises des filières agricoles. 4.1.1. La vulgarisation agricole devient marché – De la vulgarisation agricole au développement de filières par la spécialisation des services La première tendance à souligner ne constitue pas une innovation à proprement parler, puisqu’il s’agit de pérenniser les services généraux de vulgarisation existants. Les efforts dans ce sens consistent à faciliter la commercialisation de ces services et à réduire leur coût. Les stratégies dans ce domaine sont de plusieurs types. ce domaine consistent à facturer partiellement ces services de façon à les rendre plus réactifs aux besoins des agriculteurs et/ou à sous-traiter la prestation de services aux autorités locales, qui sont plus à même d’adapter leurs services aux besoins locaux. n Financement de la demande : il s’agit principalement de programmes de chèques-service. Des organisations publiques remettent aux agriculteurs des bons ou des chèques qu’ils peuvent échanger contre les services de leur choix auprès de divers prestataires certifiés. Les premiers programmes de ce type sont associés à des efforts importants de renforcement des capacités de prestataires variés - gouvernements, ONG et secteur privé. n Sous-traitance : dans cette stratégie, les gouvernements confient à des sociétés privées ou à des ONG la charge de fournir des services de vulgarisation agricole. Ces initiatives vont souvent de pair avec l’introduction de tarifs facturés, et les programmes les plus efficaces sont ceux axés sur les résultats plutôt que sur l’activité. Ces innovations semblent générer des services plus réactifs aux besoins des agriculteurs et plus efficients, mais leur pérennisation reste aléatoire7. En revanche, les praticiens du développement agricole réalisent que les initiatives de développement systémiques, axées sur les filières, sont plus efficaces pour pérenniser la prestation de services agricoles et aboutissent à des services sensiblement différents, fournis par des prestataires différents. Plutôt que de partir de services existants et de chercher à les vendre aux pauvres, les initiatives plus durables prennent pour point de départ les marchés de produits auxquels les pauvres cherchent à accéder et conçoivent des services pour les y aider. Elles axent alors leur action sur l’appui aux prestataires du secteur privé, pour aider ces derniers à vendre aux agriculteurs des services très demandés ou à leur fournir des services de vulgarisation agricole dans le cadre d’une offre complète, englobant l’approvisionnement en intrants et/ou l’achat des produits agricoles. Ces initiatives, souvent qualifiées « d’encouragement du secteur privé » à fournir des services de vulgarisation agricole, appliquent au moins quatre stratégies distinctes8 : n Subventionnement de l’offre : dans ce modèle traditionnel, les agences de vulgarisation, gouvernementales ou ONG, fournissent directement des services aux agriculteurs. Les innovations dans 6 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; Hellin, Griffith et Albu 2005. 7 Chapman et Tripp 2003 ; Katz 2002. 8 Ibid. n Fournisseurs alternatifs : renforcement des capacités de fournisseurs du secteur privé, souvent associé à des programmes temporaires de COMPTE-RENDU 2005 61 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES chèques-service, afin de stimuler la demande et de vendre des services facturés. Ces initiatives passent souvent par l’identification et la formation de fournisseurs alternatifs bon marché, comme des prestataires de services para-vétérinaires ou des personnes qui jouaient auparavant bénévolement le rôle d’agriculteurs leaders. n Contrats de production agricole : renforcement de la capacité des acheteurs à offrir à leurs petits fournisseurs des services de vulgarisation. Ces services permettent aux petits agriculteurs de cultiver des produits destinés à des marchés à plus forte valeur ajoutée, par exemple des produits « bio ». n Renforcement de l’approvisionnement en intrants : renforcement de la capacité des fournisseurs d’intrants à offrir des services de conseil en production et autres, en englobant le coût du conseil dans le coût des intrants. n Renforcement de la capacité des associations de producteurs à remplir la fonction de fournisseurs dans l’un des trois scénarios précédents. Lorsque les services de vulgarisation agricole sont repensés pour être intégrés dans un système de marché spécifique, ils sont plus susceptibles de se pérenniser. Dans ce cas de figure, on constate que les services proprement dits (en particulier ceux que les agriculteurs achètent) sont plus spécifiques à des produits agricoles ou d’élevage particuliers que la plupart des services classiques de vulgarisation agricole9. Ils représentent également une valeur ajoutée en ceci qu’ils ont un impact direct sur la réduction des coûts ou sur l’accroissement de la productivité ou des ventes. Enfin, ces services sont identifiés et fournis dans le cadre d’une initiative de développement de filière. 4.1.2. La course aux normes de qualité : répondre aux exigences en matière de traçabilité, de contrôle qualité, de certification sociale et d’autres normes de qualité Pour être compétitives sur les marchés mondiaux, les PE du secteur agricole et des autres secteurs doivent satisfaire à de multiples normes de qualité 10. La difficulté pour les initiatives de développement qui aident les PE à accroître leur compétitivité sur les marchés mondiaux consiste donc à trouver des moyens de fournir aux PE des services les aidant à se mettre en conformité avec ces exigences. Pour ce faire, des experts du développement agricole ont entrepris d’introduire dans les filières des systèmes de traçabilité, des dispositifs d’enregistrement des pesticides et des engrais, des systèmes de calibrage et des certifications de produits biologiques. Afin d’accroître la portée et la pérennité, certains programmes récents cherchent à développer des marchés commerciaux indépendants pour ce type de services. Quels enseignements les initiatives de développement agricole ont-elles tirés en matière d’introduction de systèmes destinés à accroître la qualité et à promouvoir la mise en conformité des PE ? Les initiatives de développement agricole systémiques collaborent avec de grands acheteurs et des associations de petits exploitants qui achètent les produits agricoles, en vue d’intégrer des normes dans les accords d’achat. Par exemple, pour satisfaire aux normes de traçabilité en matière d’utilisation de produits agrochimiques, les grands acheteurs ou les associations exigent des agriculteurs qu’ils appliquent un système spécial de suivi des produits par parcelles spécifiques et enregistrent les quantités de produits agrochimiques utilisés ainsi que les dates d’application. Dans certains cas, les acheteurs engagent du personnel de terrain pour mettre en place les systèmes sur les exploitations et former les agriculteurs à l’utilisation appropriée des produits agrochimiques, selon un calendrier rigide, ainsi qu’à l’enregistrement de leurs activités. Dans d’autres cas, ils procèdent eux-mêmes à l’application des produits et à l’archivage des données de traçabilité. Dans un cas comme dans l’autre, ils opèrent un suivi des produits utilisés contre les épidémies, les nuisibles et autres, et fournissent des conseils et des services. Ces prestations ne sont pas facturées aux agriculteurs. Les acheteurs couvrent leurs coûts grâce à l’augmentation de la marge réalisée sur la vente des produits. Ils ne fournissent ces services qu’aux exploitants qui passent des accords avec eux pour la vente de leur production, généralement à un prix prédéfini. Les acheteurs sont disposés à fournir des services de qualité, et les agriculteurs sont disposés à respecter le système, car l’objectif poursuivi – la réponse à la demande des consommateurs – est dans l’intérêt des deux parties11. 9 Frias et Mukherjee 2005 ; Mercy Corps 2004, 2005a ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c. 10 Walker n.d. ; Best, Ferris et Schiavone 2005. 11 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; Suleiman, Hall et Suresh 2005 ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c ; Walker n.d. 62 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 29 : Services commerciaux de vulgarisation agricole qui touchent les pauvres Practical Action au Pérou Practical Action (anciennement Intermediate Technology Development Group, ITDG) travaille depuis 1997 dans les régions enclavées des Andes péruviennes. Elle favorise le développement du marché des services de vulgarisation destinés aux agriculteurs et aux éleveurs pauvres des zones rurales. Aucun système de vulgarisation, qu’il soit public ou privé, n’était parvenu à pénétrer les régions montagneuses enclavées de l’ancien empire Inca, où les agriculteurs démunis sont confrontés à l’isolement physique, au manque d’accès aux ressources et à des conditions climatiques si extrêmes que la sécheresse, les inondations, le gel et la grêle peuvent se succéder au cours d’un même cycle de culture. Dans ce contexte, Practical Action a ravivé une ancienne tradition : celle des kamayoq, des conseillers en météorologie et en techniques agricoles. Practical Action a créé des centres de formation pour les kamayoq, offrant un enseignement de base et des services permanents d’information et d’appui tels que des cours de perfectionnement et une émission de radio destinée à renforcer les capacités techniques de ces consultants communautaires. Les kamayoq gagnent leur vie en vendant des intrants, par exemple des produits vétérinaires, et en prodiguant des conseils. Les agriculteurs les paient en espèces ou en nature. A l’heure actuelle, le centre fondé par Practical Action a formé 140 kamayoq, qui ont à leur tour vendu des produits et services à quelque 3 000 familles d’agriculteurs. Parmi plusieurs sous-secteurs, le programme a décidé de cibler le marché des produits laitiers car il offrait des perspectives peu risquées, avec un potentiel de rendements immédiats. La demande en lait était suffisante pour absorber une augmentation de l’offre, et les exploitants maîtrisaient déjà bien ce type de production. Toutefois, leurs rendements restaient faibles, entravés par des taux élevés de maladie et de mortalité dans leurs troupeaux. Practical Action a collaboré avec les kamayoq et les éleveurs en vue d’élaborer des méthodes adaptées et abordables pour améliorer la production, et a mis au point une offre globale de produits et services taillés sur mesure que les kamayoq pouvaient vendre aux exploitants. Cette offre portait sur les régimes alimentaires et la fourniture de compléments alimentaires pour le bétail, les techniques de traite, les services de soin et d’hygiène des mamelles et les traitements contre les parasites. Ces activités ont eu un impact positif sur la communauté agricole, comme l’illustrent ces résultats rapportés par des producteurs laitiers : n 98 % des éleveurs traitent leurs vaches contre les parasites ; 80 % des éleveurs déclarent à présent contrôler la mastite dans leur troupeau ; la production moyenne de lait est passée de six à neuf litres par jour. n Les ventes mensuelles de lait ont augmenté de 39 %. n La hausse moyenne des revenus des exploitants participant au programme est estimée à 15 %. Les kamayoq se sont également regroupés en réseaux informels, qui travaillent entre autres sur la reconstitution et le test d’anciennes recettes à base de plantes pour soigner les maladies et lutter contre les parasites. Ce modèle illustre la possibilité, sur des marchés ruraux très faibles, de stimuler les systèmes de marché de services d’appui commerciaux pour renforcer la filière principale. Le programme est financé par CAFOD, Castilla de la Mancha, INCAGRO, la Clothworkers’ Foundation et l’Ambassade du Japon. Pour de plus amples informations, contacter Alison Griffith, Practical Action, [email protected] ou Daniel Rodriguez, Practical Action, [email protected], ou consulter http://www.practicalaction.org. Source : Griffith et Rodriguez 2005. Une difficulté majeure dans ce type de système consiste à encourager les agriculteurs à respecter leurs contrats ; une autre, sans doute liée à la première, réside dans les mesures incitatives à mettre en place à l’intention des agriculteurs, qui doivent être suffisantes pour les inciter à honorer leurs contrats et pour qu’ils 12 les perçoivent comme équitables. Certaines initiatives de développement de filières commencent à s’intéresser de plus près aux contrats de production agricole et aux moyens d’encourager des systèmes équitables et durables dans ce domaine12. Rich n.d. COMPTE-RENDU 2005 63 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 30 : Certification biologique des petits producteurs de coton Agrocel, Vericott Ltd., International Resources for Fairer Trade et Traidcraft en Inde Agrocel, une entreprise sociale travaillant avec les populations rurales pauvres, a mis au point une fibre de coton de marque certifiée biologique et commerce équitable dans la région de Kutch en Inde (une région récemment dévastée par un tremblement de terre). Agrocel fournit aux cultivateurs une offre globale d’intrants, de conseil technique et de services de certification pour cultiver le coton biologique. L’organisation achète également le coton brut et le transforme en fil et en étoffes selon des techniques de fabrication certifiées biologiques. L’ONG International Resources for Fairer Trade (IRFT) a collaboré avec Agrocel pour mettre en œuvre les processus de certification appliqués aux petites exploitations et aux unités de transformation d’Agrocel, appuyées par SKAL, Pays-Bas. Vericott achète le fil produit par Agrocel pour la fabrication de sa marque de vêtements (Gossypium) ainsi que pour la revente à d’autres fabricants. Traidcraft a géré le projet et facilité les aspects de commerce équitable et les opportunités de marché, tandis que les financements provenaient de la fondation Shell, d’Agrocel, de Vericott et de Traidcraft. L’argument commercial unique de cette filière est que l’origine du tissu de coton acheté par l’intermédiaire d’Agrocel peut être tracée jusqu’à l’exploitant qui a cultivé le coton. Entre 2001 et 2004, le total des ventes de coton organique réalisées par Agrocel s’est élevé à près d’un million de dollars. A l’heure actuelle, quelque 620 agriculteurs, qui cultivent 944 hectares de coton biologique, ont été certifiés par Skal International. Ils perçoivent une prime de 8 % pour ce coton certifié commerce équitable/biologique. Agrocel enregistre un taux de fidélisation de 90 % parmi ses petits fournisseurs. Une enquête portant sur les perceptions des agriculteurs montre que 98 % d’entre eux attribuent la hausse de leurs revenus à la culture de coton biologique ; 90 % déclarent que le projet les aide à réduire leurs dettes ; 98 % ont réduit leurs difficultés financières ; 58 % rapportent une baisse des migrations hors de la région ; 100 % disent jouir d’une meilleure santé. Dans la phase suivante, Agrocel cherchera à diversifier sa clientèle, de façon à étendre les bénéfices du projet à davantage d’agriculteurs, en appuyant également des cultures rotatives selon la même stratégie. Pour de plus amples informations, consulter http://www.agrocel-cotton.com. Sources : DMM 2004 ; Traidcraft 2005a, 2005b. 64 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Question clé Une difficulté majeure dans ce type de systèmes consiste à encourager les agriculteurs à respecter leurs contrats ; une autre, sans doute liée à la première, réside dans les mesures incitatives à mettre en place à l’intention des agriculteurs, qui doivent être suffisantes pour les inciter à honorer leurs contrats et pour qu’ils les perçoivent comme équitables. Comment appuyer l’établissement de contrats de production agricole sûrs ? A l’heure actuelle, quelles leçons les experts ont-ils tirées de leurs expériences en matière de commercialisation de ces services ? La plupart des organisations de développement travaillent avec de grands acheteurs, qui établissent à leur tour des systèmes de traçabilité, par exemple, et collaborent avec des agriculteurs sous contrat pour garantir le maintien de ces systèmes. Toutefois, après la fin du projet, il incombe aux grands acheteurs de mettre à jour leurs systèmes pour suivre les tendances du marché. De plus, lorsque de grands acheteurs concurrents cherchent à mettre en place un système similaire, ils ne disposent pas toujours des capacités nécessaires. Ainsi, la portée et la pérennité sont limitées. Une approche plus innovante consiste à développer un marché de services de conseil portant sur une gamme spécifique de services de certification. Ces services sont alors vendus, non pas aux petits exploitants, mais aux grands acheteurs, qui les incorporent dans leur chaîne logistique de petits fournisseurs13. Cette stratégie n’en est qu’à ces débuts, mais elle devrait permettre d’accroître la portée et de renforcer la pérennisation, car les consultants suivront les tendances du marché, adapteront leurs services et diversifieront leur clientèle de grands acheteurs. Exemple 31 : Développer des marchés commerciaux pour les services de certification sociale et biologique La GTZ au Vietnam Dans le cadre de son travail au Viet Nam sur l’intégration des PE dans des filières soumises aux conditions des acheteurs, la GTZ met l’accent sur deux catégories d’acheteurs internationaux qui sont tenus de satisfaire à certaines normes. Elle collabore avec des projets de développement qui renforcent les capacités d’institutions et de consultants vietnamiens, lesquels aident à leur tour les petits fournisseurs à satisfaire aux normes de certification requises. La première catégorie d’acheteurs est celle des détaillants allemands membres de l’Association allemande pour le commerce extérieur de détail (AVE). Ces détaillants, sous la pression d’ONG et de groupes de consommateurs exigeant une amélioration des conditions de travail dans les usines qui fabriquent leurs marchandises, ont établi un système de certification sociale auquel les fournisseurs locaux doivent se conformer. Certains détaillants recourent à des services internes pour aider leurs fournisseurs à se mettre en conformité, mais d’autres collaborent avec des organisations de développement pour renforcer les capacités de consultants vietnamiens qui fournissent ces prestations à moindre coût pour les acheteurs. La seconde catégorie est un importateur allemand qui développe une filière de pisciculture biologique (poisson-chat). Dans le cadre d’un partenariat public-privé, la GTZ contribue au renforcement des capacités d’institutions et de prestataires de services locaux, qui aident les pisciculteurs à mettre en œuvre et à documenter les pratiques d’élevage biologique de poissons. Dans les deux cas, il s’agit de filières soumises aux conditions d’acheteurs internationaux, qui doivent mettre leurs petits fournisseurs en conformité avec certaines normes et documenter cette mise en conformité, et travaillent en partenariat avec une organisation de développement en vue de développer des systèmes de marché locaux pour fournir aux PE des services de certification. Pour de plus amples informations, consulter http://www.sme-gtz.org.vn, http://www.sme.com.vn ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « Finkel »). Source : Finkel n.d. 13 Finkel n.d. COMPTE-RENDU 2005 65 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 4.1.3. Offres globales de SAE par cultures spécifiques Un acquis essentiel dans le développement agricole en faveur des pauvres est la reconnaissance d’une demande en offres globales de produits et services d’appui pour aider les petits agriculteurs à accéder aux marchés. Les petits agriculteurs, parce qu’ils sont isolés géographiquement, ont peu accès à l’éducation et à l’information et disposent d’actifs limités, sont souvent confrontés à des difficultés multiples pour commercialiser leurs produits sur les marchés. Par exemple, offrir des services portant sur l’irrigation ne suffit généralement pas à ouvrir aux exploitants l’accès au marché horticole. Ces exploitants peuvent également avoir besoin d’accéder à des semences, à des formations sur le croisement des espèces, à une assistance technique pour satisfaire à diverses normes de qualité et de traçabilité, ainsi qu’à des liens d’affaires. Les spécifications de chacun de ces intrants et produits ou services d’appui sont régies par la demande du marché. Les variétés demandées (et donc les semences nécessaires), la taille et la forme des produits, les normes de traçabilité, les calendriers et les liens d’affaires diffèrent d’un marché à l’autre. Ainsi, les prestataires privés, qui sont souvent des acheteurs, ont tendance à proposer ces services dans le cadre d’offres globales14. A l’opposé, les initiatives de développement des PE ont tendance à se spécialiser dans une gamme plus limitée de produits ou services d’appui. Même lorsqu’ils développent les marchés de services, les programmes se concentrent généralement sur un nombre limité de services et les abordent comme des marchés distincts15. Cependant, certains programmes plus récents parviennent à stimuler le marché pour étoffer l’offre de services, qui reste cependant très spécifiquement axée sur les PE de sous-secteurs donnés16. 4.1.4. La perspective de la sécurisation des moyens d’existence Dans leurs efforts pour améliorer le fonctionnement des marchés en faveur des pauvres, de plus en plus d’initiatives de type M4P intègrent des aspects relatifs à la sécurité des moyens d’existence dans leur travail d’appui aux entreprises et de développement de filières. Par exemple, parmi les experts en sécurité des moyens d’existence et en développement agricole, un débat oppose les partisans de la spécialisation à ceux Exemple 32 : Offres globales de services Mahindra and Mahindra en Inde Mahindra and Mahindra Ltd., premier fabricant de tracteurs en Inde, s’est lancée dans les activités de vulgarisation agricole en 2000. Elle a créé une filiale, basée à Tamil Nadu, qui met en place des centres de services offrant des solutions agricoles globales : les centres Mahindra Krishi Vihar (MKV). Ces centres fournissent aux agriculteurs une large gamme de produits et de services : intrants, équipements agricoles, crédit (souvent par l’intermédiaire de banques), détachement sur les exploitations de superviseurs fournissant des conseils, achat de productions (par le biais de contrats avec des unités de transformation). Mahindra and Mahindra a franchisé cette branche d’activités. Différents modèles ont été élaborés par les franchisés, avec deux grands succès et plusieurs ramifications. Bhuvi Care Private Limited, par exemple, s’est spécialisée à la fois dans le maïs et le riz, plutôt que de se concentrer uniquement sur le riz, car la culture du maïs présente un coefficient de main-d’œuvre plus faible et offre de meilleures perspectives en termes de valeur ajoutée. Une étude du programme a révélé que (1) il convenait mieux aux exploitations grandes (plus de quatre hectares) et moyennes (deux à quatre hectares) ; (2) les services ont généré une hausse significative de la production et des revenus des agriculteurs, et (3) les agriculteurs attribuent ces hausses de rendements et de revenus à la disponibilité d’intrants et de services de qualité, fournis en temps voulu, ainsi qu’aux systèmes d’achat de leur production – soit l’ensemble de l’offre coordonnée. Un défi pour ce type de prestataires consisterait à présent à accroître le degré de portée pour toucher des agriculteurs plus pauvres. Pour de plus amples informations, consulter http://www.odi.org.uk/agren/. Source : Sulaiman, Hall et Suresh 2005. 14 Best, Ferris et Schiavone 2005 ; Chapman et Tripp 2003 ; Katz 2003 ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c. 15 Miehlbradt et McVay 2003. 16 Bista 2004b ; IDE 2004 ; MEDA 2005d ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c. 66 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES de la diversification dans la lutte contre la pauvreté. Les pauvres s’engagent généralement dans plusieurs activités productives pour s’assurer des moyens d’existence suffisants et réduire leurs risques. Par exemple, on estime que 80 à 90 % des populations rurales d’Afrique du Sud dépendent pour leur subsistance de revenus non agricoles, issus d’activités entrepreneuriales et salariées17. Pour percer sur les marchés à forte valeur ajoutée, les agriculteurs doivent consacrer une large part de leurs surfaces cultivables, de leurs liquidités et de leur temps aux activités agricoles et à une culture unique. Cette spécialisation peut s’avérer lucrative mais n’est pas sans risque, ce qui la rend peu attractive pour les pauvres. Du fait de leur niveau de pauvreté élevé et de leur rôle dans la satisfaction des besoins élémentaires de leur famille, les femmes pauvres sont généralement moins enclines à prendre des risques et donc moins à même de tirer parti d’initiatives qui requièrent un degré élevé de spécialisation. Les spécialistes du développement agricole répondent à ce problème par des offres globales innovantes de services d’appui, qui tiennent compte des niveaux de risque et des stratégies de diversification des pauvres : n Collaboration avec des acheteurs qui fournissent la plupart des apports en liquidités ainsi qu’une part significative de la main-d’œuvre technique, tout en s’engageant à acheter la production n Prestation d’une gamme complète de services, afin que les agriculteurs disposent de tout ce dont ils ont besoin pour réussir dans une nouvelle entreprise n Fourniture d’intrants – semences, produits agrochimiques et matériel d’irrigation – en petits lots abordables, afin que les agriculteurs puissent les utiliser en fonction de leur propre niveau de risque n Aider les agriculteurs à accroître graduellement leur participation au marché, par une assistance portant sur l’ensemble du processus : de la sécurisation des intrants pour améliorer la productivité des cultures et du bétail de base, à la mise en culture de produits plus commerciaux, plus risqués et à plus forte valeur ajoutée18 Ces adaptations aux pratiques agricoles, tenant compte des stratégies de diversification des pauvres, peuvent également s’appliquer au développement des marchés dans d’autres secteurs. 17 Dorward et al. 2002 ; Hellin, Griffith, Albu 2005 ; ADB n.d. 18 IDE 2004 ; Traidcraft 2005a, 2005b. 19 Ramirez et Quarry 2004. 4.1.5. Le défi de l’information en zones rurales Les initiatives de développement des marchés sont confrontées à d’importantes difficultés de diffusion de l’information dans les régions rurales. Le concept d’« information » revêt pour les experts une signification très large : des prix des cultures de base aux normes de marché les plus sophistiquées, en passant par les tendances à long terme de la demande et les noms d’acheteurs particuliers cherchant à acquérir un produit donné. Les vecteurs de diffusion de l’information sont eux aussi multiples : agents de vulgarisation individuels, émissions de radio destinées au marché de masse, communication Internet et messages textes transmis par les téléphones portables. De leur côté, les populations rurales pauvres sont elles aussi confrontées à de nombreux obstacles pour accéder à l’information : barrières linguistiques et culturelles, manque de confiance, analphabétisme – qui exclut la forme écrite et la plupart des médias électroniques, absence de connexion au réseau électrique et à Internet, absence de réseau pour les téléphones portables, niveau d’éducation faible, d’où difficulté de compréhension et d’utilisation adéquate de l’information après réception. Dans cette vaste problématique, on distingue trois tendances courantes pour surmonter les obstacles : (1) travail sur l’échange d’informations, (2) services d’information complets, (3) mise en œuvre de technologies adéquates de part et d’autre. Autrefois, les programmes considéraient les agriculteurs comme des destinataires passifs de l’information et des instructions. Des approches plus récentes les engagent dans un dialogue participatif, et l’expérience montre que cette deuxième méthode de communication est plus efficace. Lorsqu’ils sont engagés dans un dialogue actif, les participants sont mieux à même de demander l’information dont ils ont besoin, et les diffuseurs peuvent mieux adapter leurs messages au niveau de connaissance des destinataires. Ils peuvent également mieux juger si leurs messages ont été reçus et compris19. Les premiers services d’information de haute technologie se concentraient sur la diffusion d’informations parcellaires sur les marchés, concernant notamment les prix des marchés locaux. COMPTE-RENDU 2005 67 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 33 : La perspective de sécurisation des moyens d’existence dans le développement agricole orienté marché IDE Viet Nam Dans les régions rurales isolées du Viet Nam, International Development Enterprises (IDE) a introduit pour la première fois une technologie d’engrais compressé, dans le cadre d’un programme visant à renforcer la sécurité alimentaire par l’intensification de la riziculture parmi les divers groupes ethniques. Ce projet est la première étape d’une stratégie graduelle destinée à créer un environnement favorable aux petits propriétaires terriens, leur permettant de se consacrer à des activités plus rentables à la fois sur leurs exploitations, telles que l’élevage de porcs et l’horticulture à forte valeur ajoutée, et hors exploitation. Dans cette initiative, la stratégie centrale de réduction de la pauvreté repose sur une innovation abordable pour les petits agriculteurs. IDE encourage l’utilisation de pastilles d’engrais à base d’urée, qui s’enterrent profondément dans le sol, selon la méthode couramment utilisée pour semer le riz. Cette technique génère des gains de productivité considérables dans la riziculture pluviale des hauts plateaux. Elément clé de ce projet, une stratégie commerciale en trois volets assure la distribution de cette technologie à des tarifs non subventionnés par l’intermédiaire de détaillants locaux : (1) développement de produit afin d’adapter des solutions bon marché aux besoins des riziculteurs des hauts plateaux ; (2) promotion et marketing pour diffuser une innovation abordable auprès des riziculteurs ; (3) développement de la chaîne logistique pour améliorer la diffusion et la qualité des engrais et des services fournis aux riziculteurs. Dans le cadre de cette stratégie marketing, IDE a pris les mesures suivantes pour développer le marché des engrais rizicoles à faible coût : n Sur la base d’une étude auprès des consommateurs, adaptation d’une technologie de coût abordable et n n n n simple d’utilisation, faisant appel à des techniques déjà maîtrisées par les riziculteurs : une pastille d’engrais mise au point par l’IFDC (Centre international pour le développement des engrais). Mise au point d’une technologie adaptée pour réduire davantage les coûts d’investissement nécessaires à la mise en place d’une entreprise de fabrication d’engrais. Les pastilles sont fabriquées à partir d’ingrédients locaux, en utilisant des équipements simples. Grâce à la conception de techniques bon marché, IDE a réduit le coût en capital des équipements de transformation de près de 2 000 dollars à seulement 450 dollars. Les petites entreprises de fabrication d’engrais ont atteint le seuil de rentabilité en moins de quatre saisons agricoles. Promotion de la compétition tout au long de la chaîne logistique des pastilles d’engrais, afin de garantir une qualité satisfaisante et des prix abordables pour les utilisateurs finaux Formation de commerciaux pour la distribution de lots d’essai gratuits, afin que les riziculteurs puissent tester le produit pendant une saison sur une petite parcelle avant de réaliser un investissement conséquent Recherche et développement portant sur un matériel marketing et une communication adaptés à des publics spécifiques. Par exemple, les messages destinés aux hommes mettaient l’accent sur les bénéfices de l’utilisation de l’engrais, tandis que les messages portant sur le mode d’emploi des pastilles étaient adressés aux femmes, qui sont les utilisatrices. En 2005, environ 4 500 riziculteurs répartis dans 34 communes achetaient régulièrement les pastilles d’engrais, fournies par 55 PE, produisant les pastilles elles-mêmes ou les machines destinées à leur fabrication, ou distribuant le produit. Les riziculteurs des plaines côtières ont vu leurs récoltes augmenter de 20 %, et les agriculteurs des hauts plateaux, de 96 %. Ce travail a été appuyé par le projet ANMAT (Adapting Nutrient Management Technologies, technologies adaptatives de gestion des éléments nutritifs), financé par l’IFAD (Fonds international pour le développement agricole) et mis en œuvre conjointement par IDE et l’IFDC. Pour de plus amples informations, consulter http://www.ideorg.org et http://www.idevn.org/ ou http://www.bdsknowledge.org (recherche par « IDE » et « Vietnam »). Source : Frias et Trang 2004. 68 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES vulgarisation individuel demeurent prédominants, si bien que des technologies très diverses peuvent aujourd’hui encore être envisagées, en fonction de la population cible et de la nature de l’information. Quelques rares initiatives innovantes ont été lancées pour fournir aux pauvres un accès direct aux outils d’information et de communication de haute technologie, qui les aident à accéder aux intrants et aux marchés. Ces expériences méritent d’être observées pour être reproduites là où les conditions le permettent. Cependant, lorsque l’on cible des populations pauvres vivant dans des régions dépourvues de couverture Internet et de réseau de téléphonie mobile, et ne disposant pas des compétences ou des moyens nécessaires pour accéder à ces technologies, la radio et l’interaction avec des agents de vulgarisation individuels restent les outils les plus courants et les mieux adaptés pour diffuser l’information22. Néanmoins, dans ce type d’initiatives, les solutions mettant en œuvre les hautes technologies gagnent en importance pour certaines fonctions administratives, dont voici quelques exemples 23 : n Transfert d’information des centres de recherche, Dans la pratique, toutefois on constate que l’information est mieux perçue lorsqu’elle s’inscrit dans le cadre d’une offre plus large de services, ou du moins lorsqu’elle est accompagnée de données contextuelles suffisantes pour garantir son utilisation appropriée. Par exemple, lorsqu’un agriculteur a passé un contrat de vente à un prix donné et qu’il apprend que ses produits sont vendus à un prix beaucoup plus élevé sur le marché final, il peut penser que son acheteur ne lui accorde pas des conditions équitables et chercher alors un intermédiaire plus offrant. Toutefois, s’il dispose uniquement de l’information sur les prix, l’agriculteur risque d’omettre de tenir compte du coût des intrants et des services que son acheteur sous contrat lui a fournis, ou de s’interroger sur la façon dont il va organiser sa production à l’avenir sans ces services. Ainsi, l’information lui serait plus utile si elle était plus complète20. Alors que l’utilisation d’Internet et des téléphones portables se développe, ces outils gagnent en importance dans la diffusion de l’information en zones rurales21. Toutefois, la radio et le travail de des organismes publics ou des associations professionnelles aux praticiens n Transmission aux négociants de diverses gammes de prix pratiqués sur différents marchés n Suivi par les acheteurs de l’état et des performances des agriculteurs sous contrat afin d’identifier en tant voulu la demande en intrants, en services et en achats, et de régler rapidement les problèmes relatifs à la production24 Ainsi, les technologies de l’information et de la communication peuvent jouer un rôle plus important dans le développement des marchés de services d’appui agricoles que dans la transmission directe d’information aux agriculteurs. De nombreux pauvres vivant en zones rurales subissent en outre les effets de conflits armés ou de catastrophes naturelles, ou sont confrontés à des obstacles tenaces à la sécurisation des moyens d’existence, tels que la discrimination sexuelle, le VIH/SIDA ou simplement un trop grand isolement géographique. La suite de ce chapitre se penche sur des stratégies innovantes et orientées marché conçues pour remédier à ce type de difficultés. 20 Ibid. ; Anderson 2004. 21 Miehlbradt et McVay 2004. 22 Anderson 2004 ; Bista 2004a, 2004b ; IDE 2004a, 2004b ; Groupe de travail sur les marchés émergents 2005c. 23 Ramirez et Quarry 2004 ; Boquiren 2004. 24 MEDA 2005b. COMPTE-RENDU 2005 69 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 4.2. Reconstruction des marchés dans des situations de catastrophe naturelle ou de conflit armé Au cours des 30 dernières années, le nombre et la durée des conflits dans les pays en développement n’ont cessé d’augmenter. Plus de 50 pays ont subi des guerres de longue durée depuis 1980 ; parmi les 20 pays les plus pauvres au monde, 15 ont été le théâtre de guerres civiles25. Si les catastrophes naturelles frappent régulièrement et sans distinction les pays riches et pauvres, le problème de l’aide à la reconstruction est revenu au premier plan des débats sur le développement après les destructions sans précédent causées en Asie par le tsunami de décembre 2004. Le tsunami a dévasté des régions parmi les plus pauvres d’Indonésie, du Sri Lanka et d’Inde. Dans le cas de l’Indonésie et du Sri Lanka, ces régions étaient déjà affaiblies par des conflits armés. Cette tragédie a rappelé au monde les difficultés que rencontrent les populations pauvres pendant et après une catastrophe, qu’il s’agisse d’une inondation, d’une famine, d’un tremblement de terre ou d’un autre fléau naturel. Les conflits et les catastrophes naturelles paralysent les marchés et handicapent les populations touchées, en particulier les pauvres. Quels sont les enseignements émergeant des programmes qui visent le rétablissement de marchés perturbés par de tels événements ? Cette section expose les principales difficultés rencontrées et les premières leçons acquises par les programmes cherchant à rétablir des marchés perturbés par un conflit ou une catastrophe et à aider les pauvres à s’intégrer dans les nouveaux marchés renaissants. Elle se penche ensuite plus spécifiquement sur les premiers enseignements tirés des situations post-catastrophe, puis des situations post-conflit. Il convient de garder à l’esprit que les expériences en matière d’aide aux populations très pauvres et très vulnérables sont limitées. Les discussions sur ce thème soulignent tous les besoins en recherche-action pour tester les stratégies émergentes26. Le travail d’aide d’urgence est essentiel pour aider les populations à survivre à des conflits et à des catastrophes naturelles. Par ailleurs, les professionnels de l’action humanitaire s’accordent à dire qu’une transition entre l’aide d’urgence et l’aide au développement est nécessaire pour le redressement et le bien-être à long terme de la société affectée. 25 Nourse 2004a. 26 Nourse 2004b ; McVay 2004 ; Mercy Corps 2005e. 70 COMPTE-RENDU 2005 Question clé Comment éviter que les actions d’aide d’urgence ne détruisent ou ne faussent les marchés renaissants dans les situations post-conflit ou post-catastrophe ? Incontestablement, les populations touchées ont besoin pour survivre d’une aide d’urgence dans la période qui suit immédiatement un conflit ou une catastrophe naturelle. Toutefois, les praticiens signalent que les actions d’aide d’urgence peuvent entraver le rétablissement des marchés et freiner l’implication des populations pauvres et des petites entreprises dans les activités économiques proposées par ces marchés en renaissance. Comment les efforts d’aide d’urgence et de rétablissement des marchés doivent-ils interagir pour aider les populations à survivre et à reconstruire leurs moyens d’existence ? Cependant, les bailleurs de fonds et les praticiens réalisent à présent que le processus de rétablissement des marchés doit démarrer le plus tôt possible après une catastrophe ou un conflit, afin de minimiser les dommages que les biens et services provenant de dons peuvent causer aux marchés locaux et d’aider les populations à recouvrer des moyens d’existence autonomes et durables. Dans le cas de conflits prolongés, il peut également être utile de chercher à maintenir le fonctionnement des marchés et d’aider les pauvres à poursuivre leurs activités économiques même pendant le conflit. 4.2.1. Défi et acquis dans la reconstruction de marchés perturbés Les marchés perturbés par une catastrophe naturelle ou un conflit armé présentent souvent des caractéristiques communes. Les entreprises sont détruites ou fermées, si bien que le chômage est massif, et l’on observe dans le même temps des lacunes dans la base des compétences disponibles en raison du décès de nombreux travailleurs dans la force de l’âge. Les liens d’affaires sont rompus, tant sur le versant des intrants que sur celui des produits et services. Les flux de capitaux sont interrompus, et de nombreuses personnes perdent leur épargne. Les infrastructures sont affaiblies par les faits de guerre ou les catastrophes, ou encore du fait de la négligence et du manque d’investissements. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 34 : Les acquis dans le domaine des services d’information en zones rurales Programme FIT SEMA de l’OIT en Ouganda Avec un financement de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi), l’OIT FIT appuie la diffusion sur les radios africaines d’émissions commerciales pour les petites entreprises. Ces émissions illustrent plusieurs principes de diffusion efficace de l’information auprès des populations rurales pauvres. Après le lancement réussi d’émissions commerciales pour les petites entreprises à Kampala, le projet FIT SEMA a commencé à encourager la reproduction de ce concept de programme sur les stations de radios des petites villes et des régions rurales d’Ouganda. Cette action a entraîné une multiplication des programmes radio dans tout le pays. Au début de l’année 2005, on comptait 34 émissions régulières pour les petites entreprises, diffusées en 13 langues locales sur 27 stations de radio. Des enquêtes ont révélé que 75 % des Ougandais écoutaient régulièrement ces programmes. n Adéquation technologique : des études indépendantes estiment que 80 % à 90 % des ménages ougandais possèdent une radio, et le pays compte plus de 100 stations de radio. Parmi ceux qui ont accès à ce média, 90 % l’écoutent plus de 30 minutes par semaine. Dans le cadre de discussions thématiques de groupe organisées avec des échantillons aléatoires d’auditeurs, le projet FIT SEMA a réalisé que la radio était largement perçue comme une « école gratuite », à laquelle « tout le monde peut accéder, et pas uniquement ceux qui savent lire ou qui vivent dans les villes », où « tous les participants sont égaux » et dont « les agriculteurs ne sont pas exclus ». L’enquête menée par le projet auprès des auditeurs a également révélé que, dans les trois catégories sociales les plus faibles du pays, entre 67 % (dans la catégorie la plus faible) et 75 % (dans la catégorie moyenne) des personnes interrogées écoutaient les émissions pour les petites entreprises. De plus, les femmes ont autant accès à la radio que les hommes. n Engagement des participants : le modèle de radio pour les PE proposé par FIT SEMA est interactif. Des journalistes d’investigation interviewent des PE cibles, leur donnant l’occasion d’exprimer leurs préoccupations. Des dialogues en direct permettent de réunir des PE, des experts techniques, des prestataires de services et des décideurs, pour examiner et résoudre les problèmes en public. Souvent, les petits entrepreneurs écrivent, envoient des courriers électroniques, téléphonent ou se rendent à la station pour obtenir des détails sur les sujets diffusés, exprimer leurs préoccupations ou demander des conseils. Le programme donne la parole à des catégories auparavant silencieuses, comme l’explique un auditeur : « Avant, les femmes n’intervenaient jamais publiquement dans le monde des affaires, mais à présent, grâce à ces émissions pour les petites entreprises, les femmes prennent toute leur place ». n Approche globale : même si ces programmes n’offrent pas d’assistance directe et ciblée aux entreprises et n’ont pas une action de développement global des filières, les émissions traitent les problèmes en profondeur. Elles tentent de promouvoir les résultats en matière de développement, et ne se contentent pas de transmettre l’information. Souvent, elles traitent les sujets dans le cadre d’un dossier comprenant un reportage d’investigation, un dialogue en direct et un rapport et/ou un dialogue de suivi quelques semaines plus tard. Elles fournissent des conseils pratiques sur les principaux types d’activité et les difficultés majeures rencontrées par les entreprises dans leur zone cible locale. Enfin, elles sont souvent associées à des initiatives de développement de filière ou de défense des intérêts des PE, si bien qu’elles constituent un facteur clé de résolution des problèmes dans des situations complexes. Par exemple, des producteurs de café participant à une initiative de promotion de la production artisanale se plaignaient de ne pas être payés dans les délais convenus et de ne pas pouvoir négocier suffisamment les prix d’achat. Un programme radio a présenté leurs problèmes, ce qui a entraîné une amélioration dans le comportement des acheteurs. Des acheteurs sont venus participer à l’émission dans un effort de rapprochement avec leurs fournisseurs. Cinquante-six pour cent des auditeurs estiment que ces programmes sont « très utiles », et 40 % les jugent « assez utiles ». Un tiers des auditeurs disent avoir développé leurs activités grâce à la mise en pratique de conseils entendus à la radio. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « FIT-SEMA ») Source : OIT 2004. COMPTE-RENDU 2005 71 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 35 : Relancer les marchés agricoles après une catastrophe naturelle Fintrac et l’USAID au Honduras Après le passage de l’ouragan Mitch en 1998, l’économie hondurienne était en ruine. L’USAID et Fintrac ont lancé le projet « Centro de Desarollo de Agronegocios » (CDA) en 2001 pour relancer les marchés agricoles dévastés. Le contexte était également caractérisé par une méfiance entre les acteurs du marché ainsi qu’entre les agriculteurs et les projets de développement. De plus, on observait sur le marché une concentration des acheteurs du secteur de l’épicerie, exigeant des petits producteurs un degré accru de sophistication et de formalisation. La première phase du projet visait des résultats rapides et significatifs. Le CDA a établi sa crédibilité en démontrant l’efficacité de solutions à effet immédiat aux agriculteurs et associations leaders. Le Centre a fourni une assistance technique directe, ainsi que des subventions directes dans quelques cas, et a négocié des accords avec les acheteurs. Dans le même temps, il a renforcé les capacités générales des agriculteurs pour les aider à s’adapter à l’évolution rapide de la demande du marché. Dans la seconde phase, orientée sur la pérennisation, il s’agissait de transférer au secteur privé la fourniture des services d’assistance technique, des intrants et des technologies. Le CDA a renforcé les capacités des acteurs existants en démontrant que des relations « gagnant-gagnant » étaient préférables à long terme à celles, souvent apparentées à de l’exploitation, qui dominaient le marché auparavant. Sur le marché que le CDA a ainsi contribué à organiser, deux grands acheteurs ont investi dans la formation et les ressources humaines, engageant des agents de vulgarisation pour fournir des services à forte valeur ajoutée aux petits producteurs, communiquer avec eux et renforcer leurs capacités en continu. Les anciens « coyotes », des intermédiaires qui exploitaient autrefois les petits agriculteurs, prélèvent désormais sur leurs ventes une commission raisonnable de 20 à 25 % et viennent présenter les recettes des ventes aux agriculteurs pour leur apporter la preuve du prix final obtenu, au lieu de dissimuler l’information aux producteurs et aux acheteurs. Cette approche a contribué à reconstruire et même à renforcer les marchés dans un contexte post-catastrophe difficile. En trois ans à peine, le projet est parvenu à relancer les marchés agricoles au bénéfice de milliers de petits agriculteurs, tout en consolidant et en développant le système de marché. Les revenus des agriculteurs ont progressé de plus de 100 % la première année et de 200 % l’année suivante. Pour de plus amples informations, consulter http://www.microlinks.org. Source : Chalmers, Field et Downing 2005. Les populations sont très mobiles, ce qui entraîne un manque de confiance et d’engagement dans les relations de marché à long terme. Les dons d’articles de secours provoquent des distorsions sur les marchés. De même, les populations sont confrontées à des difficultés similaires dans les situations de catastrophe naturelle et dans les situations de conflit. Elles souffrent de la perte de leurs actifs et de la dissolution des réseaux sociaux, de même que d’un traumatisme psychologique et, souvent, d’un déficit de confiance dû à la perte d’appuis familiaux et communautaires solides27. Ainsi, certaines des difficultés rencontrées dans le cadre de la reconstruction des marchés sont communes aux deux situations. 27 Nourse 2004a. 72 COMPTE-RENDU 2005 Les praticiens et les bailleurs de fonds s’accordent à penser qu’une réponse à plusieurs niveaux est nécessaire dans les contextes de conflit et de catastrophe naturelle. Les programmes destinés à reconstruire les marchés ne forment qu’un élément de cette réponse. Les programmes économiques doivent prendre en considération les besoins immédiats en aide d’urgence ainsi que la stratégie de développement à long terme en faveur des populations touchées. Cela implique l’identification à la fois des vulnérabilités et des capacités de la population cible. Il est préférable de combiner les enseignements de divers domaines (par exemple le développement des petites entreprises, les SAE, la pérennisation des moyens d’existence, la EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES microfinance, l’aide au développement et les réponses aux situations d’urgence) plutôt que de se cantonner aux stratégies d’un seul secteur. Il importe également de coordonner les initiatives entre elles pour répondre aux multiples besoins d’ordre économique, social, psychologique et matériel des populations touchées 28. Toutefois, les praticiens estiment utile pour les programmes de développement de se distinguer, sur le plan institutionnel et philosophique, des programmes d’aide d’urgence de façon à développer des compétences professionnelles et à promouvoir des relations s’apparentant à des relations d’affaires avec les parties prenantes29. Malgré certaines similitudes essentielles entre les situations des différents pays, les discussions entre les praticiens dans ce domaine ont souligné la nécessité d’adapter précisément les programmes au contexte et à la situation qu’ils ciblent. Il importe notamment de faire la distinction entre les populations déplacées et rapatriées, ou entre les populations accueillant des personnes déplacées et réintégrant des rapatriés. Il est également crucial de comprendre ce qu’était la situation avant la perturbation, et d’anticiper la durée probable de cette perturbation, afin d’établir des objectifs réalistes. L’objectif est-il de rétablir les anciennes structures de marché, de stabiliser les marchés dans leurs conditions actuelles ou de saisir de nouvelles opportunités pour mettre en place des structures de marché différentes, plus favorables aux pauvres, voire susceptibles de contribuer à la prévention des conflits et/ou à réduire la vulnérabilité à une nouvelle catastrophe éventuelle30 ? Même dans les communautés touchées par la même perturbation, les praticiens préconisent de différencier les groupes concernés. On peut distinguer, en fonction des capacités, trois catégories de population : n celles qui ont la capacité de gérer immédiatement orientées sur l’aide d’urgence, pour les aider à relancer leurs entreprises ; n celles qui sont extrêmement vulnérables, les plus pauvres, qui sont incapables de gérer des activités axées sur le développement et présentent un besoin important en aide d’urgence. Une fois cette catégorisation établie, les praticiens peuvent concevoir des interventions adaptées à chaque type de population : des activités de type commercial pour le premier groupe, une assistance subventionnée et des subventions d’investissement se transformant progressivement en programme de développement pour les populations en situation de vulnérabilité ponctuelle, et des programmes plus intensifs d’aide d’urgence/de subventions pour les personnes extrêmement vulnérables31. Les microentreprises représentent une source de revenus importante pour les pauvres pendant et après la perturbation. Dans ce type de situations, les sous-secteurs industriels et agricoles n’offrent généralement que des opportunités d’emploi limitées. Les populations vivant dans un environnement affecté par un conflit armé ou par une catastrophe naturelle sont souvent privées de terres, de bétail, et d’opportunités d’emploi, si bien qu’il ne leur reste que les activités commerciales pour assurer leur subsistance. Malgré toutes les difficultés qu’elles comportent, ces situations offrent de réelles opportunités de création et de développement de microentreprises32. Dans les contextes post-conflit et post-catastrophe, les praticiens privilégient une approche intégrée du développement d’entreprise. Les programmes encourageant simultanément l’accès aux compétences, aux moyens financiers et aux perspectives de marché sont plus susceptibles de faire fonctionner les entreprises et les marchés que ceux qui se concentrent uniquement sur un ou deux de ces domaines33. des activités orientées sur le développement ; n celles qui sont en situation de vulnérabilité, qui auraient en temps normal la capacité de gérer des activités axées sur le développement mais qui, en raison de la perturbation, ont perdu leurs actifs et ont besoin dans un premier temps d’activités plus 28 Nourse 2004b ; McVay 2004 ; Mercy Corps 2005e. 29 Nourse 2004b ; McVay 2004. 30 Ibid. 31 USAID 2005c. 32 Nourse 2004a. 33 Nourse 2004b ; McVay 2004. COMPTE-RENDU 2005 73 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Un des points essentiels que soulignent les premières initiatives de reconstruction des marchés est la nécessité d’agir rapidement après la perturbation pour concevoir et mettre en œuvre des programmes qui relancent les entreprises et alimentent les marchés 34. Contrairement à la plupart des programmes de développement des marchés, qui adoptent une approche très progressive, les programmes post-conflit et post-catastrophe doivent, pour être efficaces, apporter une assistance rapide et massive afin de donner l’impulsion nécessaire à la relance. Des résultats immédiats et marqués peuvent produire un effet de démonstration, renforçant la confiance des parties prenantes et posant les bases pour un développement durable des marchés. En conséquence, les experts, les bailleurs de fonds et les praticiens préconisent le recours à des subventions pour relancer les activités économiques dans les premières phases de la reconstruction des marchés après un conflit ou une catastrophe35. Cependant, ces interventions ne constituent qu’une première étape dans la reconstruction. De l’avis des praticiens, la reconstruction des marchés doit être pensée de préférence comme un processus en plusieurs phases. Dans les phases initiales, l’accent est mis sur la relance des activités économiques et des entreprises. Par la suite, les programmes évoluent vers des interventions plus complexes de développement de marché, conçues pour promouvoir la pérennisation par le transfert de compétences, la modernisation des entreprises, le développement des filières et l’expansion des marchés de services d’appui36. Enfin, la collaboration et la coordination avec d’autres organisations d’aide humanitaire et d’aide au développement, ainsi qu’avec les autorités locales, sont particulièrement importantes dans la reconstruction des marchés perturbés. En raison de la prédominance des biens et des services gratuits fournis par les organisations de secours, le risque d’induire des distorsions sur les marchés est important. Heureusement, les différentes organisations humanitaires ont défini des bonnes pratiques qui impliquent généralement la formation de comités pour coordonner les interventions d’aide d’urgence. Les organisations plus orientées sur le développement doivent encourager ces comités à intégrer également la reconstruction des marchés dans le champ de la collaboration interorganisation. 34 Mercy Corps 2005e. 35 ARC 2005 ; Chalmers et al. 2005 ; McVay 2004. 36 Chalmers et al. 2005 ; USAID 2005c. 74 COMPTE-RENDU 2005 Exemple 36 : Les phases de reconstruction des entreprises dans les communautés touchées par le tsunami Programme Aceh Recovery de Mercy Corps en Indonésie En Indonésie, Mercy Corps met actuellement en place un programme de redressement en plusieurs phases, financé par des dons privés et par des bailleurs de fonds. Ce programme est conçu pour relancer rapidement les entreprises et promouvoir graduellement la réémergence de marchés durables, par des apports de capitaux. La phase 1 du projet prévoit des apports en liquidités et en matériel pour les personnes possédant déjà des entreprises, qui ont été affectées par le tsunami, pour leur permettre de relancer leurs activités. Les subventions en numéraires sont conçues comme des mesures ponctuelles de relance. Toutefois, Mercy Corps reconnaît que les communautés ou les associations peuvent présenter des besoins supplémentaires pour rétablir complètement leurs moyens d’existence. La phase 2 doit permettre aux communautés ou aux associations d’accéder à des prêts soumis à conditions, dont les remboursements sont affectés à un fonds de crédit rotatif. Dans la phase 3, le projet mettra les entreprises et les associations en relation avec des institutions de microfinance ou des banques, selon les besoins. Enfin, dans la phase 4, le projet accordera des garanties aux entreprises risquant d’être exclues du crédit commercial, pour leur permettre d’accéder à des prêts bancaires plus substantiels. Ce programme de redressement graduel est conçu pour permettre à la fois aux grandes et aux petites entreprises de relancer leurs activités, de se reconstruire et de s’accroître. Pour de plus amples informations, consulter http://www.mercycorps.org ou contacter Nigel Pont, Mercy Corps, [email protected]. Source : Mercy Corps 2005f. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 4.2.2. Situation post-catastrophe : reconstituer les actifs et relancer les entreprises Après une catastrophe naturelle, les victimes se retrouvent en situation de pauvreté principalement du fait de la perte de leurs actifs dans la catastrophe. Les experts et les praticiens voient dans la reconstitution de ces actifs une première étape essentielle pour permettre aux populations de rétablir leurs moyens d’existence et de commencer à reconstruire les marchés. Les programmes ciblant les communautés touchées par le tsunami en Asie expérimentent des stratégies reposant à la fois sur des apports en liquidités et sur des apports en matériel pour remplacer les actifs perdus nécessaires au redémarrage des entreprises37. Les praticiens soulignent également que les programmes d’aide humanitaire distribuent souvent des biens qui pourraient être produits localement, ce qui entrave les efforts de relance des industries et des marchés locaux. Ils préconisent donc de privilégier les sources locales pour l’approvisionnement en biens et en services nécessaires à la reconstruction. Le rôle des organisations de développement est alors d’aider les entreprises locales à redémarrer leur production et d’encourager le recours aux PE locales pour les contrats relatifs aux efforts initiaux de secours et de reconstruction38. 4.2.3. Conflit et post-conflit : résoudre les problèmes relatifs aux tensions et à l’insécurité L’une des difficultés rencontrées pendant et après les conflits armés est celle des tensions existant entre les groupes impliqués. Pour les praticiens, il est essentiel que les programmes cherchent à atténuer ces tensions, ou du moins veillent à ne pas les exacerber. Une solution consiste à cibler des régions ou des sous-secteurs plutôt que des populations spécifiques, et les spécialistes recommandent d’être attentif à la façon dont les différents groupes en présence perçoivent les programmes et leurs effets39. Dans les situations impliquant des réfugiés, la mise en place de stratégies mutuellement bénéfiques en faveur des réfugiés et des communautés d’accueil contribue à réduire les tensions entre ces groupes40. 37 ARC 2005 ; Mercy Corps 2005f. 38 ARC 2005. 39 McVay 2004 ; Nourse 2004b. 40 Nourse 2004a. Exemple 37 : Reconstitution des actifs et redémarrage des entreprises dans les communautés touchées par le tsunami ARC en Thaïlande Le tsunami de décembre 2004 a détruit de nombreux bateaux de pêche le long des côtes sud-ouest de la Thaïlande. En janvier 2005, American Refugee Committee International (ARC) a lancé un projet, financé par des dons privés, destiné à aider les pêcheurs à reconstituer leurs moyens d’existence en remplaçant leurs bateaux. Le projet comprend également des mesures de développement des compétences et de renforcement des associations de pêcheurs locaux. Après la catastrophe, ARC a identifié des associations de pêcheurs locaux susceptibles de centraliser la distribution de l’aide. Les associations ont à leur tour identifié les membres qui avaient perdu leurs bateaux et ont hiérarchisé les besoins en fonction des actifs personnels et des divers dommages subis dans la catastrophe. Les associations ont également recensé les artisans locaux susceptibles de construire de nouveaux bateaux à partir de matériaux disponibles localement. En concertation avec les associations, ARC a confié aux artisans locaux la construction de bateaux pour les pêcheurs qui avaient été désignés comme prioritaires. Les bénéficiaires ont reçu un petit salaire journalier pour travailler avec les artisans, afin de renforcer leur capacité future à réparer les bateaux et de leur fournir une source de revenu immédiat. Les résultats du projet ont été satisfaisants : le secteur local de construction de bateaux a été renforcé grâce à un afflux immédiat de commandes, et les pêcheurs ont pu rapidement récupérer leur outil de travail et ainsi recouvrer leurs moyens de subsistance. Après la conclusion de ce premier volet du projet, ARC cherchera à mettre à profit les relations établies avec les associations de pêcheurs pour mener des activités plus orientées sur le développement. Pour de plus amples informations, contacter Tim Nourse, ARC, [email protected]. Source : ARC 2005. COMPTE-RENDU 2005 75 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Les situations d’insécurité forment une autre problématique spécifique dans les situations de conflit et post-conflit. Plus que dans n’importe quel autre contexte, il importe d’être extrêmement vigilant vis-à-vis de l’impact qu’ont les ressources du programme sur les différents groupes et, plus particulièrement, de veiller à ce que les groupes les plus puissants ne détournent pas ces ressources à leur profit. Pour ce faire, il est recommandé de travailler avec des organisations qui connaissent chaque groupe cible et représentent leurs intérêts. Pour améliorer les conditions de sécurité, il convient d’encourager les bénéficiaires à former des groupes de vigilance commerciale, à s’impliquer dans des initiatives locales en faveur de la paix et à organiser la protection de leurs entreprises en collaboration avec les autorités locales ou les forces de maintien de la paix 41. Dans les situations de conflit prolongé, certaines initiatives récentes tiennent compte du phénomène d’alternance entre accalmies et résurgence des hostilités, qui peut s’étaler sur plusieurs dizaines d’années. Comme les communautés peinent à maintenir leurs moyens d’existence, ces programmes n’attendent pas que le conflit prenne réellement « fin » pour intervenir : ils sont en permanence engagés dans des actions de (re)construction de marchés, en fonction des activités entreprises par les populations pour survivre. Plusieurs programmes de développement de marché ont récemment dû réorienter leur action en raison de l’éclatement d’un conflit, tout en cherchant à maintenir une approche systémique et orientée marché. Par exemple, le programme de développement du secteur privé de la GTZ, qui avait lancé une initiative de développement du marché des SAE dans les zones urbaines au Népal, a mis en place une stratégie en deux volets en réaction à l’intensification du conflit népalais au cours des dernières années. Premièrement, le programme a redirigé son action vers les zones rurales touchées par le conflit et s’est réorienté vers une approche de développement des filières afin de promouvoir les liens entre les producteurs et les marchés. Deuxièmement, il a encouragé la communauté économique à jouer un rôle de promotion de la paix. Le programme a parrainé une conférence nationale sur le rôle du secteur privé dans le rétablissement de la paix, la réconciliation et le développement. Cette conférence a donné naissance à une nouvelle initiative appelée « National Business Initiative for Peace », une alliance de 16 associations professionnelles encourageant les grandes entreprises à multiplier leurs liens avec les PE ainsi que leurs investissements dans les zones rurales 42. 41 McVay 2004 ; Nourse 2004b. 42 McVay 2004. 76 COMPTE-RENDU 2005 Exemple 38 : Reconstruire les marchés dans les situations post-conflit ARC, Making Cents, CARE, World Vision, CRS et Search for Common Ground en Sierra Leone La guerre civile qui a fait rage pendant dix ans en Sierra Leone a littéralement dévasté le secteur formel du pays. En conséquence, la population s’est retrouvée après la fin de du conflit encore plus concentrée dans les microentreprises et dans le secteur informel. Cependant, les migrations forcées, la faiblesse du système éducatif, la prévalence d’une mentalité attentiste à l’égard de l’aide humanitaire et l’absence de connaissances élémentaires en matière de gestion d’entreprise pesaient considérablement sur les performances et les revenus des microentreprises. ARC et Making Cents mettent actuellement en place un programme financé par l’USAID pour prodiguer des formations commerciales aux communautés affaiblies par le conflit, notamment aux anciens combattants, aux rapatriés et aux personnes déplacées à l’intérieur du pays. L’objectif est de former des formateurs locaux, qui proposeront à leur tour leurs services aux populations et stimuleront la demande en formation parmi les microentreprises. Dans un premier temps, le programme appuiera des formations de base dans un cadre subventionné, grâce à système de chèques-service. Dans une seconde étape, il proposera des cours d’un niveau plus avancé, cette fois-ci dans un cadre prévoyant la couverture des coûts. Par ailleurs, à la sortie du conflit, les marchés de Sierra Leone étaient fragmentés, en particulier dans le secteur agricole, où les agriculteurs, les fournisseurs d’intrants et les acheteurs en gros avaient été coupés les uns des autres. ARC, CARE, World Vision, CRS et Search for Common Ground mettent actuellement en place un programme destiné à augmenter la production agricole et à créer ou renforcer les liens entre les acteurs des filières aux niveaux local, régional et national. Le programme fournit des services financiers, des solutions technologiques et des informations aux acteurs clés des filières agricoles. Pour de plus amples informations, contacter Tim Nource, ARC, [email protected]. Sources : ARC 2003 ; McVay 2004 ; USAID 2005c. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES En dépit des difficultés rencontrées dans les contextes consécutifs à une catastrophe naturelle ou à un conflit armé, les praticiens estiment que les approches de développement des marchés sont utiles pour aider les populations pauvres à reconstituer leurs moyens d’existence, et parfois même à les améliorer. 4.3. Les situations de pauvreté extrême : initier les entreprises et alimenter les marchés naissants La plupart des programmes cherchent à aider les pauvres qui se situent dans une fourchette de revenus voisine du seuil de pauvreté, mais certains visent un degré de portée plus important, pour toucher les personnes en situation de pauvreté tenace, bien en deçà du seuil de pauvreté. Cette volonté se renforce au vu d’un des Objectifs du Millénaire pour le développement, qui prévoit la réduction de moitié de la pauvreté extrême d’ici 2015. Les catégories de personnes vivant dans la pauvreté extrême se caractérisent par de très bas revenus, un déficit d’accès aux actifs, ainsi qu’aux ressources telles que l’éducation élémentaire, les soins de santé et l’eau. Ces personnes sont également très vulnérables aux chocs et aux variations sur les marchés. Beaucoup sont par ailleurs victimes d’abus et de discriminations liés à leur appartenance ethnique ou sexuelle, ou à d’autres caractéristiques sociales43. Le pouvoir d’action de ces personnes sur les marchés est souvent très limité, voire nul, et leurs activités économiques sont purement axées sur la subsistance. Les programmes de développement peuvent-ils contribuer à intégrer ces personnes dans les marchés à des conditions qui leur soient favorables ? Et si oui, comment ? Cette section se penche sur ces questions, en s’appuyant sur des études récentes et des programmes en cours. Après la description des différents acquis dans ce domaine, elle examine trois situations spécifiques de pauvreté tenace : celles des femmes à très faibles revenus, des ménages touchés par le VIH/SIDA et des communauté rurales isolées. Il existe deux stratégies répandues pour intégrer dans les marchés les personnes vivant dans la pauvreté extrême : (1) le ciblage des secteurs, sous-secteurs et/ou entreprises susceptibles d’offrir des emplois aux très pauvres et (2) l’intégration de ces catégories dans les marchés par l’aide à la création de microentreprises et/ou l’intégration de microentrepreneurs très pauvres dans des filières prometteuses. Ce chapitre traite principalement de la deuxième stratégie. Toutefois, la plupart des stratégies décrites dans d’autres parties de ce Compte-rendu peuvent s’appliquer à l’aide à la création d’emplois pour les pauvres. 4.3.1. Les acquis des initiatives ciblant les populations en situation de pauvreté extrême Ces deux dernières années, un certain nombre de programmes ont accompli des progrès, quoique limités, en matière d’intégration dans les marchés de personnes en situation de pauvreté tenace. Des initiatives ont également été lancées pour le partage des informations sur les difficultés rencontrées et les premiers acquis44. Nous exposons ci-après les principaux enseignements tirés de ce type d’expériences. Notons toutefois que, là encore, les discussions sur le sujet se concluent sur un appel à la recherche-action, afin de rassembler davantage d’expériences sur les façons d’aider les très pauvres à accéder aux marchés et à en tirer des bénéfices. Question clé La création de liens avec des services subventionnés d’appui aux entreprises est-elle utile ? Les programmes qui mettent en œuvre une approche orientée marché ciblant les entreprises possédées par des pauvres réalisent souvent que des services d’appui aux entreprises subventionnés ou gratuits sont mis à disposition de leurs groupes cibles. Certains praticiens pensent que les pauvres peuvent tirer parti de ces services existants et entreprennent d’établir des liens entre leurs groupes cibles et ces offres. D’autres estiment que promouvoir les services subventionnés ne fait qu’ancrer une mentalité d’assisté parmi les populations cibles et supplanter les offres de services du secteur privé. Quelle doit être la réponse des programmes orientés marchés à ceux offrant des solutions subventionnées ? La réponse dépend-elle du groupe cible et du contexte ? Et si oui, dans quelle mesure ? 43 Jones 2004a ; Viswanath 2004. 44 Le réseau SEEP a organisé des débats sur le ciblage de différents groupes dans les approches orientées sur le développement des SAE : les femmes à faibles revenus, les ménages touchés par le VIH/SIDA et les populations victimes d’une catastrophe naturelle ou d’une situation de guerre. Les résumés de ces débats sont disponibles sur http://www.seepnetwork.org. COMPTE-RENDU 2005 77 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Les populations vivant dans des contextes de pauvreté tenace sont coupées des marchés pour de nombreuses raisons, souvent étroitement liées. Elles sont également confrontées à une multitude d’obstacles les excluant de toute participation bénéfique aux marchés. En conséquence, les programmes qui ciblent les personnes extrêmement pauvres interviennent généralement sur plusieurs points de déconnection entre les pauvres et les marchés, en opérant à des niveaux multiples45. Par exemple, un programme peut être amené à s’attaquer aux contraintes existant au niveau des ménages, des communautés, des entreprises des groupes cibles, des entreprises qui sont devenues des partenaires commerciaux des groupes cibles, des filières, des marchés de services d’appui et de l’environnement réglementaire46. Pour survivre, les personnes en situation de pauvreté extrême font souvent appel à la production de subsistance et/ou au travail rémunéré occasionnel. Pour appuyer leur transition vers la gestion de microentreprises et les intégrer dans les marchés, il importe de créer des liens avec divers autres acteurs des marchés et un accès à des offres globales de services d’appui leur permettant de se lancer sur les marchés, souvent pour la première fois47. En général, l’intégration de ces catégories de pauvres dans les marchés requiert des offres de services d’appui plus complètes que celles destinées aux groupes un peu plus favorisés. Par exemple, il peut être nécessaire de créer des liens simultanément avec les intrants, les technologies et les acheteurs de produits. L’offre complète de services d’appui peut porter sur la formation technique, l’information sur le marché, le conseil aux entreprises, le contrôle qualité, le conseil en production, le développement de nouveaux produits, le conditionnement, etc. Pour établir ces liens et ouvrir l’accès à ces services d’appui, il est souvent nécessaire d’impliquer de nombreux acteurs du marché. On peut envisager une collaboration avec des fournisseurs d’intrants, des prestataires de services technologiques, des agriculteurs/producteurs leaders, des associations de producteurs/d’agriculteurs, des intermédiaires et des grandes entreprises48. Les praticiens s’accordent également sur le fait que l’accès à la finance est presque toujours nécessaire dans les programmes ciblant les populations très pauvres 49. De nombreux opérateurs ciblant ces catégories appliquent des approches orientées filières car ils mettent l’accent sur l’accès aux marchés, qui est essentiel pour les personnes vivant dans un grand dénuement, et s’efforcent de développer une gamme plus complète de services d’appui que dans d’autres types d’approche50. Du fait de leur grande vulnérabilité aux chocs, les personnes très pauvres sont peu disposées à prendre des risques. Elles ne peuvent se permettre de risquer leurs très faibles ressources en actifs et en capacité de travail dans une nouvelle activité économique – même s’il s’agit uniquement d’un développement de leurs activités actuelles – sans garanties quant aux ventes et aux bénéfices à venir. Ce problème a des implications multiples en termes de conception des programmes. Premièrement, le personnel du programme a besoin de davantage de capacités techniques car le groupe cible en possède moins. Les collaborateurs doivent avoir une connaissance plus approfondie des chaînes commerciales et des marchés finaux pour les produits et services particuliers fournis par les pauvres du groupe cible. Ils doivent également mieux maîtriser les implications, en termes de production, des exigences du marché – par exemple en matière de contrôle qualité, de normes et de spécifications des produits. Leurs connaissances doivent se traduire en un projet clair pour permettre aux pauvres de se positionner sur les marchés dès leur première tentative51. La mise au point d’un tel projet étant une tâche délicate, les programmes peuvent envisager de commencer par cibler des catégories légèrement plus favorisées, afin d’affiner leurs modèles et systèmes commerciaux avant d’accroître leur portée pour toucher les plus démunis. Deuxièmement, les programmes doivent réduire les coûts de transaction et mettre les marchés à la portée des pauvres. Souvent, les pauvres ont au départ très peu de moyens à mettre en jeu, pas même le coût d’opportunité qu’impliquent des déplacements pour 45 Albu 2005 ; Boomsma n.d. ; Jones 2004a ; Magistro et al. 2004 ; Morgan 2004. 46 MEDA 2005a ; Mercy Corps 2005c, 2005d ; Morgan 2004 ; Rodríguez 2004. 47 Haight 2004a ; Morgan 2004 ; Viswanath 2004. 48 Manaktala 2004. 49 Haight 2004a ; Mercy Corps 2005c ; Morgan 2004. 50 Boomsma 2004 ; MEDA 2003, 2005a ; Magistro et al. 2004 ; Morgan 2004 ; Viswanath 2004. 51 Morgan 2004. 78 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 39 : Aider des personnes handicapées à accéder à des compétences économiquement exploitables et à des moyens financiers La NUDIPU et APT Enterprise Development en Ouganda Avec un financement de DFID, l’Union nationale des personnes handicapées en Ouganda (NUPIDU) et APT Enterprise Development ont mis en place un projet pour aider des personnes handicapées à accéder à des emplois formels ou à lancer et développer de petites entreprises. Le projet opérait dans le nord de l’Ouganda, une région dévastée, où une violente insurrection avait encore dégradé des conditions économiques déjà défavorables. Le projet consistait à mettre en contact des personnes handicapées et des entreprises locales offrant des services de formation contre rémunération, dans des domaines tels que l’assemblage et la réparation d’appareils électroniques, la boulangerie, la confection et la menuiserie. Les principales fonctions du projet étaient les suivantes : n Mobiliser la demande en formation parmi les personnes handicapées, principalement par des réunions publiques et des émissions de radio. Une tâche essentielle pour stimuler la demande en services de formation payants consistait à convaincre à la fois les dirigeants de la section locale de la NUPIDU et les personnes handicapées que la formation en entreprise constituait un investissement personnel pour l’avenir et à leur faire comprendre que le projet ne subventionnerait pas directement les formations. n Stimuler l’offre de formation en entreprise par des rencontres personnelles avec des entrepreneurs susceptibles d’offrir des formations adaptées. Un point important consistait à convaincre les prestataires de formation que les personnes handicapées étaient capables d’acquérir des compétences et d’apporter une contribution utile à leurs entreprises au cours du processus de formation. n Mettre en contact les personnes handicapées avec les prestataires de formation. Ce volet impliquait fréquemment une assistance à la négociation des conditions tarifaires. n Aider les bénéficiaires à trouver du travail après leur formation. n Convaincre les prestataires de services de microfinance d’accorder des crédits aux personnes handicapées. Cette composante a connu moins de succès que les autres. Voici le bilan du programme : 231 personnes ont recherché des formations ; 103 places de formation ont été créées ; 60 personnes ont achevé leur formation ; parmi elles, 22 avaient trouvé du travail et 16 avaient lancé leur propre entreprise à la fin du projet. Ces chiffres peuvent paraître modestes, mais ils ne rendent pas totalement compte de la réalisation majeure du projet : être parvenu à toucher des catégories de personnes très pauvres et souvent socialement isolées, dans le cadre d’une approche commerciale, et à générer des réussites personnelles pour des personnes handicapées démunies, qui ont réussi à s’intégrer dans l’économie formelle et à en tirer des bénéfices. APT Enterprise Development a tiré de cette expérience un certain nombre d’enseignements qui pourraient contribuer à renforcer la portée d’autres programmes et méritent des tentatives de réplication. Pour de plus amples informations, contacter Mike Albu, APT, Enterprise Development, [email protected]. Sources : Albu 2005. accéder à des marchés finaux ou à des marchés de services d’appui éloignés. C’est pourquoi certains programmes développent des systèmes de marché qui livrent « à domicile » les produits et services d’appui et les dispositifs d’accès au marché nécessaires aux pauvres. Parfois, après avoir fait l’expérience des bénéfices qu’ils peuvent tirer des transactions sur les marchés, les pauvres consentent à investir dans les déplacements vers les marchés et les produits et services d’appui52. 52 Haight 2004a ; MEDA 2005b. 53 Manaktala 2004. Troisièmement, les programmes doivent pouvoir garantir des gains rapides et significatifs. La garantie d’un retour élevé sur investissement des nouvelles activités économiques, dans un délai restreint, est peut-être le point le plus important à prendre en considération dans la conception des programmes. Par exemple, IDE Inde identifie et/ou conçoit des technologies d’irrigation abordables pour les pauvres et garantissant un retour sur investissement de 100 % dès la première saison de culture53. COMPTE-RENDU 2005 79 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 40 : Relier les populations rurales isolées aux marchés Conservation International au Botswana et au Guatemala Dans la grande savane qui s’étend au nord-est du delta de l’Okavango au Botswana, Conservation International (CI) aide un village de bushmen Bukakhwe à raviver leur héritage culturel et à créer des emplois, dans le cadre d’un projet financé par des fonds privés. L’initiative préserve également l’habitat d’un certain nombre d’espèces menacées dans la région, notamment des éléphants, des chiens sauvages, des guépards, des grues caronculées, des lions et des léopards. CI a aidé 800 villageois à se constituer en fondation, à effectuer une évaluation de leur situation et à produire un projet crédible de développement communautaire durable. CI a fourni à la fondation un appui financier pour créer le camp Gudigwa, qui offre à ses hôtes une occasion rare d’explorer le mode de vie traditionnel des Bukakhwe et met en lumière la connexion étroite entre l’héritage culturel des Bukakhwe et leur environnement naturel. Toujours avec l’appui de CI, la fondation a conclu un partenariat avec Wilderness Safaris, un voyagiste privé, pour commercialiser les séjours au camp et gérer la logistique des hôtes. Pour l’aménagement du camp, CI a aidé la fondation à déplacer les clôtures d’enclos à bétail qui se trouvaient sur les routes de migration de certains animaux et coupaient les Bukakhwe de leurs activités traditionnelles dans la savane. Le camp, qui emploie 50 personnes et génère de l’activité pour les artisans et les guides locaux, est promis à un avenir d’entreprise pérenne. Au Guatemala, CI a investi dans un système productif local d’entreprises d’écotourisme à Petén, le département le plus septentrional du pays, situé dans la deuxième forêt tropicale de l’hémisphère nord. Les activités concernées comprenaient une école d’espagnol, des services de visites des ruines maya, de circuits de randonnée et d’hébergement chez l’habitant, ainsi qu’un programme de certification pour les restaurants et les hôtels locaux. CI a ensuite aidé ces entreprises communautaires à fonder une société de tourisme pour commercialiser ces expériences écotouristiques, uniques dans cette région isolée du Guatemala. Les grands voyagistes ayant initié le tourisme à grande échelle dans la région, qui n’étaient pas intéressés à l’origine par la commercialisation de ces activités communautaires, ont acheté des parts dans la société quand ils ont constaté le succès qu’elle remportait. CI a stimulé ce marché, laissant derrière elle une filière pérenne. Sur la base de ces expériences, CI a conclu un partenariat avec la George Washington University’s School of Advanced International Studies pour dispenser un programme de formation en écotourisme. Pour de plus amples informations, consulter http://www.conservation.org et http://www.ecotour.org. Sources : Conservation International 2005a–c. 80 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 41 : Toucher les femmes pauvres gérant des microentreprises à domicile MEDA et l’ECDI au Pakistan Au Pakistan, MEDA (Mennonite Economic Development Associates) et l’ECDI (Entrepreneurship and Career Development Institute) mettent en œuvre un programme financé par l’USAID, destiné à accroître les revenus des femmes microentrepreneurs pauvres du sous-secteur de la broderie vivant en zones rurales. Pour des raisons culturelles, bon nombre de ces femmes ne sortent jamais de chez elles et n’ont pas l’occasion de rencontrer des hommes en dehors de leur famille. Le programme établit des liens entre ces brodeuses et les marchés de consommation des classes moyennes et supérieures urbaines, par l’intermédiaire de femmes négociantes. Ces femmes intermédiaires disposent de la mobilité nécessaire pour se rendre dans les villages au domicile des brodeuses, leur acheter leurs produits et les revendre à des négociants et à des détaillants dans les centres urbains. MEDA et l’ECDI renforcent les capacités de ces négociantes pour leur permettre de fournir des intrants de qualité et une offre globale de services intégrés, comprenant l’information sur les marchés, la conception de produits et le contrôle qualité, aidant ainsi les brodeuses rurales à fabriquer des produits répondant à la demande des marchés de consommation modernes. Sept mois après son lancement, le programme travaillait avec 101 femmes intermédiaires, qui achetaient des produits auprès de plus de 1 000 brodeuses rurales. Au-delà de ces chiffres, le succès sans doute le plus marquant de ce projet réside dans le fait qu’il parvient à toucher des femmes pauvres et isolées, vivant dans des ménages très conservateurs. Par exemple, comme les femmes contribuent de plus en plus aux revenus du ménage, et que leurs familles en ressentent les bénéfices, elles accèdent à l’émancipation dans un certain nombre de domaines. Lorsque le programme a débuté, les hommes de ces communautés traditionnelles fermées étaient peu disposés à laisser les femmes de leur famille assister à des réunions ou à des ateliers. Dans certains cas, par exemple, où les maris soutenaient l’initiative tout en restant méfiants, ils tenaient à assister aux réunions avec leurs épouses pour observer les procédures. Progressivement, leur confiance dans les facilitateurs et dans les objectifs manifestement économiques du programme s’est accrue, et ils ont accordé davantage de liberté aux femmes. Les hommes ont alors commencé à attendre à l’extérieur du lieu de formation ou n’ont plus tenu qu’à accompagner leurs épouses sur les trajets d’aller et de retour. Ensuite, en mai 2005, huit mois après le début du projet, une exposition d’artisanat rural a eu lieu à Karachi, la plus grande ville du Pakistan. Des femmes, qui un an auparavant avaient encore rarement quitté leurs villages du Balochistan, du Sindh et du Punjab, se sont rendues ensemble à cette manifestation publique, où elles ont pu faire admirer et vendre leur produits à des hommes et femmes des classes moyennes. Dans la plupart des cas, les maris, confiants dans leurs épouses et fiers d’elles, sont restés au village. Pour de plus amples informations, consulter http://www.bdsknowledge.org (recherche par « MEDA » et « Pakistan ») ou contacter Linda Jones, MEDA, [email protected] et Perveen Shaikh, ECDI, [email protected]. Sources : MEDA 2005a, 2005b. Les praticiens soulignent que, souvent, les populations extrêmement démunies ne possèdent pas les compétences élémentaires nécessaires pour se positionner sur les marchés à fort potentiel de croissance et intervenir efficacement sur les marchés 54. Des formations et des programmes d’apprentissage de base peuvent remédier à cette absence de compétences économiquement exploitables. Les pauvres ont également peu d’expérience de l’interaction avec les acheteurs, à l’exception des intermédiaires locaux, de la négociation ou de 54 Haight 2004a ; Morgan 2004. 55 Mercy Corps 2005c ; Morgan 2004 ; Viswanath 2004. l’extension des contrats, et de leur exécution. Les collaborateurs des programmes renforcent les capacités des groupes ou des associations de microentreprises pauvres dans ces domaines afin de leur donner les moyens de participer activement aux marchés55. Les praticiens et les experts soulignent à présent que la conception des programmes doit tenir compte du contexte dans lequel vivent les pauvres, ainsi que des obstacles sociaux, culturels et économiques à leur COMPTE-RENDU 2005 81 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES participation effective aux marchés. Ces obstacles peuvent être l’analphabétisme, les handicaps, les discriminations sexuelles, de classe, ou sociales, et les relations de pouvoir à plusieurs niveaux 56. Certains praticiens pensent que l’intégration de questions sociales dans les programmes, ou la mise en relation des groupes cibles avec des programmes qui se consacrent à ces questions peuvent renforcer le succès des projets économiques. Par exemple, un programme peut amener les pauvres vers des initiatives de sensibilisation à la discrimination sexuelle, de formation pour l’émancipation, d’alphabétisation, de santé, d’assistance psychosociale ou juridique, ou d’aide pour échapper à des situations d’abus. Une autre stratégie utile, en particulier pour lutter contre les phénomènes de marginalisation et de discrimination sociales, consiste à mobiliser le soutien d’une communauté en faveur de ces catégories et à amener les leaders communautaires à s’engager en faveur des pauvres et à défendre leur cause57. Si les problèmes sociaux et culturels ne sont pas réglés parallèlement aux problèmes économiques, cela peut compromettre le succès de l’intégration dans les marchés des personnes en situation de pauvreté extrême. Certains praticiens pensent également qu’il est essentiel de comprendre le stade de développement des entreprises gérées par les ménages pauvres pour mettre au point des stratégies efficaces d’intégration dans les marchés. Par exemple, un programme en Inde divise ses interventions en deux catégories distinctes. La première cible les ménages au stade de la sécurité des moyens d’existence, dont la principale préoccupation est le maintien des actifs et des revenus. Après quelques années dans le programme, certains ménages passent au stade de la croissance d’entreprise, où la tolérance au risque et la capacité à interagir sur les marchés sont plus élevées. 58 Les praticiens affirment par ailleurs que, pour maintenir des relations commerciales et interagir efficacement et durablement sur les marchés, les pauvres doivent avoir la possibilité d’améliorer leurs activités de façon continue. Les programmes peuvent commencer par fournir des services subventionnés, mais ceux qui intègrent l’objectif de durabilité de l’accès aux services de formation professionnelle et de développement de produits enregistrent de meilleurs résultats en matière de pérennisation59. 4.3.2. Intégration des femmes à faibles revenus dans les marchés Les difficultés rencontrées par les initiatives de développement ciblant les femmes à faibles revenus ont fait l’objet de nombreux travaux. Ces difficultés incluent les rôles multiples assumés par les femmes dans les ménages et, souvent, leur faible niveau de compétences économiquement exploitables, le manque de mobilité, la vulnérabilité à l’assujettissement et aux abus dans l’environnement familial et commercial, les discriminations sexuelles dans l’environnement économique et culturel ainsi que les législations inéquitables, notamment en matière de droits de propriété. Les femmes à faibles revenus sont souvent victimes d’une combinaison de facteurs défavorables. C’est pourquoi elles sont généralement concentrées dans des marchés saturés, à faible valeur ajoutée, présentant peu de perspectives de création de valeur, comme le petit commerce, la préparation alimentaire, les salons de beauté et la confection 60. Malgré ces difficultés, quelques programmes réussissent à intégrer ces femmes dans les marchés, à des conditions favorables pour elles. Quels enseignements spécifiques nous livrent ces programmes sur les stratégies à appliquer pour toucher les femmes ? Les programmes qui identifient des secteurs de croissance fondés sur les compétences traditionnelles des femmes sont à ce jour les plus efficaces 61. Il s’agit souvent de secteurs présentant une concentration élevée de femmes à faibles revenus. Par exemple, un programme au Ghana avait entrepris d’aider les femmes à sortir des marchés saturés caractérisés par des opportunités de revenus limitées. Il avait obtenu des places d’apprentissage dans des secteurs non traditionnels, mais il s’est avéré que pratiquement toutes les jeunes femmes participant au programme préféraient entrer dans les secteurs traditionnels. Le programme a donc appuyé des petites entreprises de restauration de rue, une activité traditionnellement dévolue aux femmes, pour établir des partenariats avec 56 Albu 2005 ; Haight 2004a ; MEDA 2005a ; Morgan 2004 ; Reinprecht 2004. 57 Albu 2005 ; Jones 2004a ; Morgan 2004. 58 Viswanath 2004. 59 MEDA 2005a ; Morgan 2004. 60 Haight 2004a ; Jones 2004a ; MEDA 2005a ; Viswanath 2004. 61 Haight 2004a ; MEDA 2005a. 82 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES des cantines d’écoles et d’hôpitaux ainsi qu’avec des restaurants. Dans ce cas, les femmes étaient prêtes à engager des frais élevés pour recevoir une formation de qualité leur ouvrant l’accès à des contrats institutionnels lucratifs 62. Les programmes qui tiennent compte des obstacles inhérents à l’environnement des affaires et, si possible, les modifient, peuvent accroître leur impact. Le principal obstacle auquel sont confrontées les femmes est souvent d’ordre juridique : il s’agit de leur incapacité à posséder des terres ou à en hériter. Dans les régions rurales affectées par une forte prévalence du VIH/SIDA, cet état de fait a pour conséquence que de nombreuses veuves relativement jeunes se retrouvent dépourvues de moyens de subsistance pour leurs familles. Le problème de l’accès à la terre a également des répercussions sur la capacité des femmes à gérer des entreprises et, souvent, à accéder au crédit63. Par exemple, un projet au Tadjikistan a observé que les mesures de privatisation foncière excluaient les femmes, bien que beaucoup d’hommes aient quitté les campagnes pour chercher du travail ailleurs ou aient été tués pendant la guerre civile. Sans biens fonciers pour servir de garantie, les femmes avaient du mal à obtenir des crédits pour lancer des microentreprises. Un autre problème préoccupant, exacerbé là encore par la prévalence du VIH/SIDA, est le harcèlement sexuel auquel se livrent des représentants des autorités locales ou des puissants acteurs du marché. Dans ce type de situation, les programmes restent souvent peu efficaces s’ils n’appuient pas parallèlement des activités militantes en faveur d’une réforme juridique, de l’amélioration des pratiques commerciales et/ou des stratégies d’émancipation qui aident les femmes à lutter contre les discriminations sexuelles 64. Certains praticiens recommandent d’intégrer des hommes dans les activités du programme, et de ne pas définir d’emblée le projet comme destiné à aider femmes, même s’il s’agit là de l’objectif final. En effet, l’exclusion des hommes peut susciter une suspicion accrue et des conflits dans les ménages et les 62 Haight 2004a. 63 Haight 2004a ; Morgan 2004. 64 Haight 2004a. 65 66 communautés. Les programmes se font parfois mieux accepter dans la communauté et augmentent leur efficacité en ciblant les secteurs et les activités dominés par les femmes et en sensibilisant la population cible aux avantages économiques que représente l’implication des femmes pour les familles et la communauté65. Dans le même temps, les programmes réalisent qu’il peut être efficace de développer les organisations de femmes et d’appuyer leurs leaders. Ces organisations dotent les femmes de moyens pour interagir plus efficacement sur les marchés66. Plusieurs programmes obtiennent des résultats positifs en développant des réseaux commerciaux de femmes à femmes et en appuyant le rôle des femmes comme intermédiaires, négociantes, prestataires de services d’appui et leaders d’associations67. Par exemple, un programme au Bangladesh appuie des femmes possédant des compétences de base leur permettant d’offrir des services comptables, financiers et fiscaux à des femmes entrepreneurs. Il renforce les liens entre ces prestataires de services et les femmes entrepreneurs dans le cadre d’associations représentant les secteurs caractérisés par une concentration élevée de femmes. Ce programme a constaté que les femmes étaient plus disposées à demander des services auprès d’autres femmes, en particulier lorsqu’elles gèrent leurs affaires à domicile68. Par ailleurs, les praticiens soulignent que, pour toucher les femmes, il est généralement préférable de disposer d’un personnel féminin pour la mise en œuvre des programmes. 4.3.3. Toucher les ménages affectés par le VIH/SIDA Peut-être encore davantage que d’autres groupes de population en situation de pauvreté extrême, les ménages touchés par le VIH/SIDA souffrent d’une grande vulnérabilité, de la perte des revenus du travail et, souvent, de stigmatisation sociale. Au vu de la prévalence élevée du VIH/SIDA en Afrique, un continent où le taux de pauvreté est particulièrement important, la gestion des problèmes liés à cette MEDA 2005b ; Morgan 2004. Jones 2004a ; MEDA 2005b. Cette recommandation s’applique également aux programmes ciblant les personnes handicapées. 67 Par exemple, MEDA 2005a et KATALYST 2004b. 68 KATALYST 2004b. COMPTE-RENDU 2005 83 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 42 : Aborder les problèmes sociaux et économiques des ménages affectés par le VIH/SIDA Tuokoe Binti Zetu et Kenya BDS au Kenya Au Kenya, la pêche est une activité très rentable, traditionnellement réservée aux hommes. La majorité (75 %) des acheteurs sont des femmes, qui gagnent leur vie en revendant le poisson. Elles ont besoin d’un approvisionnement garanti et continu pour s’assurer des revenus suffisants. Pour acheter du poisson frais à un prix abordable, ces femmes vulnérables en sont parfois réduites à se soumettre à la volonté des pêcheurs qui exigent d’elles des faveurs sexuelles. Dans cette région où la prévalence du VIH/SIDA est élevée, elles risquent leur vie pour la gagner. Voici deux approches différentes pour s’attaquer à ce problème. L’ONG kenyane Tuokoe Binti Zetu aide les marchandes de poissons à sortir de cette situation d’exploitation. Elle a aidé les femmes à se regrouper pour obtenir des permis de pêche, suivre des formations auprès de pêcheurs expérimentés et acheter des bateaux et des équipements. Le groupe a recruté de jeunes garçons séropositifs orphelins pour pêcher, et des chauffeurs pour transporter le poisson. Tuokoe Binti Zetu a également aidé les femmes à aménager un endroit sûr pour remiser leurs bateaux et a sensibilisé la communauté à l’acceptation de cette évolution culturelle. Lorsque des conflits sont apparus entre le groupe de femmes et les autres pêcheurs, l’ONG a arbitré leur règlement. Cette initiative d’émancipation a contribué non seulement à renforcer la protection et la santé des femmes, mais également à accroître leurs bénéfices en leur permettant de s’imposer sur une composante majoritairement masculine et à haute valeur ajoutée de la filière – la pêche. Actuellement, il s’agit d’une initiative à petite échelle, qui requiert des effectifs élevés. Le programme Kenya BDS aborde le problème par la mobilisation de l’épargne à plus grande échelle. Les pêcheurs ont traditionnellement une faible propension à épargner. Cette caractéristique a été identifiée comme un facteur primaire de la propagation du VIH/SIDA, car les revenus journaliers de la pêche partent souvent dans l’alcool et la prostitution. En partenariat avec un facilitateur local, le Resource Mobilization Center (RMC), le programme BDS Kenya de l’USAID met actuellement en œuvre une initiative pilote combinant des services financiers et des services aux entreprises. Le programme a développé un réseau local de prestataires de services indépendants, qui forment des groupes de pêcheurs à la gestion financière, et qui les sensibilisent à l’importance de l’épargne. Par ailleurs, une assistance technique directe est prodiguée à des institutions financières réputées en vue de développer des agences bancaires côtières et des produits spécifiquement destinés aux pêcheurs. Un exemple de produit est le prêt « jour de marché », accordé aux femmes qui conditionnent l’omena (sardine d’eau douce). Elles l’utilisent pour acheter chaque matin du poisson qu’elles conditionnent et revendent le lendemain. Ce prêt aide les femmes à mobiliser rapidement un capital pour accroître leur pouvoir de négociation à l’égard des pêcheurs, et ainsi échapper au harcèlement sexuel et aux difficultés liées à ce système de prostitution. Au cours de sa première année de mise en œuvre, le programme couvrait neuf plages, avec trois institutions financières réputées (SAGA Thrift and Promotion Enterprise Limited, K-REP Bank, WEDCO). Des comptes épargne individuels ont été ouverts par plus de 2 300 pêcheurs, qui ont mis en dépôt 19,6 millions de shillings kenyans au total. Onze consultants locaux ont reçu un appui pour développer leurs activités et offrir des services de mobilisation commerciale de l’épargne. Pour de plus amples informations, contacter David Knopp, Groupe de travail sur les marchés émergents, [email protected], ou consulter http://www.kenyabds.com ou http://www.bdsknowledge.org. Sources : Groupe de travail sur les marchés émergents 2004 ; Haight 2004. épidémie est devenue un thème de premier plan dans l’aide au développement. Pratiquement tous les programmes de développement présents en Afrique opèrent dans des régions très touchées par le VIH/SIDA. Or, les stratégies pour la gestion des problèmes spécifiques des ménages touchés par 69 Morgan 2004. 84 COMPTE-RENDU 2005 l’épidémie et relatifs à leurs interactions sur les marchés n’en sont encore qu’au stade de l’expérimentation. Nous exposons ci-après certains des premiers enseignements dans ce domaine, même si les chercheurs insistent sur la nécessité d’efforts supplémentaires en matière de recherche-action69. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Les praticiens recommandent vivement de s’attaquer simultanément aux problèmes économiques et sociaux lors des interventions dans des communautés affectées par le VIH/SIDA. Les liens avec des services tels que l’assistance sociale et l’aide juridique pour la préparation des testaments sont importants en eux-mêmes, mais renforcent également la productivité économique des ménages. n Promotion d’activités à proximité du domicile des La lutte contre la marginalisation des familles touchées par le VIH/SIDA constitue un volet important des programmes. Ce type d’action peut impliquer les communautés, des partenaires commerciaux potentiels et/ou des collectivités locales et organismes gouvernementaux. Toutefois, les praticiens déconseillent aux responsables de programmes de sélectionner exclusivement les bénéficiaires parmi les ménages affectés par le VIH/SIDA. Le ciblage sélectif de ces ménages peut accroître leur isolement plutôt que le réduire, et les familles hésitent dans ce cas à participer au programme, précisément de crainte d’être stigmatisées. De plus, les praticiens soulignent que les taux de prévalence sont si élevés dans certaines régions qu’un ménage qui n’est pas encore touché peut l’être d’un jour à l’autre. C’est pourquoi les programmes qui ciblent des régions où l’épidémie est répandue et conçoivent leurs interventions de façon à ce que les ménages les plus pauvres et les plus vulnérables recherchent la participation de leur propre initiative sont plus efficaces, car ils touchent les catégories concernées sans accroître leur stigmatisation sociale. 4.3.4. Approches orientées marché pour cibler les communautés rurales isolées Les entreprises leaders dans les régions fortement touchées par le VIH/SIDA sont confrontées aux problèmes de la rotation élevée du personnel et de la baisse de la productivité. Sur le terrain, on constate que certaines grandes entreprises décident de gérer elles-mêmes certains problèmes liés à l’épidémie afin d’accroître la productivité de leur main-d’œuvre. Pour préserver leurs intérêts, ces entreprises sont également amenées à fournir des services de prévention du VIH/SIDA à leurs fournisseurs et aux communautés environnantes, mais ces prestations restent à ce jour hors de portée des PE. Un obstacle majeur à l’intégration des ménages touchés par le VIH/SIDA dans les marchés réside dans les interruptions de travail. Voici quelques stratégies susceptibles de contourner ce problème : n Implication de la totalité du ménage dans les activités de l’entreprise 70 participants n Promotion de technologies permettant de réduire le facteur travail n Regroupement de la production de plusieurs ménages pour honorer des commandes, dans le cadre de systèmes de production locaux ou d’associations informelles L’intégration des populations pauvres des régions rurales isolées dans les marchés présente plusieurs problèmes spécifiques. Dans pratiquement tous les sous-secteurs, on trouve un petit nombre de producteurs qui sont géographiquement éloignés, ce qui rallonge les délais de production de la filière. Pour cette raison, il est difficile de convaincre de grands acheteurs de travailler avec les communautés rurales isolées. Les rendements agricoles sont souvent trop faibles pour assurer même la subsistance de la communauté, ce qui exclut toute possibilité de revenu commercial. Il se trouve généralement peu d’intermédiaires pour acheter la production de ces régions : les rares négociants disposent donc souvent d’une situation de monopole dans les villages qu’ils desservent. Quant aux prestataires de produits et de services d’appui, ils sont quasiment inexistants. L’accès à ces régions est matériellement difficile du fait de la distance et du manque d’infrastructures. Les niveaux d’éducation sont faibles, si bien que la base de compétences est traditionnelle, ce qui peut être à la fois un atout et un handicap. Même si l’environnement réglementaire est positif, son application dans les zones rurales enclavées est généralement laxiste, et l’inattention de la part du gouvernement central laisse parfois le champ libre aux pratiques corrompues des autorités locales70. Certaines régions rurales isolées comprennent des forêts ou d’autres ressources naturelles menacées, ce qui peut offrir des opportunités mais comporte aussi des contraintes pour les stratégies de subsistance. De plus, les populations de ces régions appartiennent souvent à des groupes ethniques victimes d’une discrimination historique, ce qui représente un obstacle à l’intégration dans les marchés. Enfin, de nombreux praticiens, bailleurs de fonds et autres intervenants perçoivent les cultures, les communautés et les coutumes rurales indigènes comme une ressource humaine menacée. Selon eux, toute intervention dans ce domaine requiert la sensibilisation préalable et la pleine adhésion des communautés concernées, qui sont ainsi en mesure de Boomsma 2004 ; Mercy Corps 2005a, 2005c. COMPTE-RENDU 2005 85 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES préserver leur culture face à la mondialisation des marchés71. Jusqu’à une époque récente, pratiquement aucune tentative d’aide aux communautés rurales isolées dans une approche commerciale et orientée sur l’intégration dans les marchés n’avait été entreprise. A présent, quelques programmes s’y essaient et obtiennent de premiers résultats72. Comme il est très difficile d’attirer les grands acheteurs dans les zones rurales enclavées, où les producteurs sont disséminés, ces programmes mettent l’accent sur des intermédiaires et partenaires commerciaux plus petits73. Par exemple, un programme ciblant les populations très pauvres de cueilleurs et de cultivateurs de produits forestiers non-bois dans les régions rurales occidentales du Népal travaille avec de petits négociants népalais et indiens, qui forment un maillon essentiel dans la filière reliant ces populations aux marchés domestiques et d’exportation74. Même si les communautés rurales isolées sont disséminées, les producteurs de certaines filières se rendent régulièrement à des points de collecte pour vendre leurs produits et, souvent, acheter des intrants. Les programmes renforcent les entreprises sur ces sites de collecte et cherchent à améliorer les relations qu’elles entretiennent avec les producteurs ruraux ainsi que les services intégrés qu’elles leur offrent. Ces points de collecte peuvent devenir des points d’accès à une offre complète de services aidant les populations pauvres de ces régions à atteindre les marchés 75. Certains programmes aident les populations rurales isolées à créer des entreprises communautaires fournissant des offres globales d’accès au marché – portant par exemple sur la production et la commercialisation de café, l’écotourisme, la gestion d’entreprises et la prospection de clients. Ces efforts requièrent des investissements importants en travail et en capital, mais peuvent constituer des solutions durables de création d’entreprises et de marchés dans les régions enclavées76. L’utilisation des médias pour transmettre aux communautés rurales isolées des informations, des conseils techniques et d’autres services connaît un développement constant en Afrique et en Asie. Dans plusieurs pays, la radio est à présent bien implantée comme moyen de communication avec ce type de communautés77. La messagerie SMS est le dernier média en date expérimenté par les programmes pour la transmission commerciale d’informations aux communautés rurales78. Certaines régions rurales isolées enregistrent actuellement des baisses de rendement des activités traditionnelles, en raison de changements dans l’environnement et/ou sur les marchés. La diversification est alors vitale. Les praticiens qui entreprennent de suivre cette voie constatent que les services de planification des activités sont essentiels pour garantir la viabilité des nouvelles activités. Il importe également de promouvoir la création d’entreprises de fourniture d’intrants pour les activités économiques émergentes dans les zones rurales79. La création et/ou le renforcement des marchés dans les régions rurales posent de nombreux problèmes. Selon l’expérience des praticiens, les prestataires de services existants ou potentiels – dans la filière ou en-dehors – manquent souvent des compétences et des informations nécessaires pour fournir des services utiles aux producteurs locaux. Une solution consiste alors à mettre en relation des prestataires de services ruraux avec des prestataires urbains plus compétents et/ou avec des sources d’informations nationales ou régionales80. 71 Conservation International 2005a ; consulter http://www.conservation.org et http://www.aidtoartisans.org. 72 Conservation International 2005a, 2005b, 2005c ; Idrovo et Boquiren 2004 ; Mercy Corps 2005a. 73 Boomsma 2004 ; Idrovo et Boquiren 2004 ; Mercy Corps 2005a. 74 BDS MaPS 2004a, 2004c. 75 ComMark Trust 2004 ; Idrovo et Boquiren 2004. 76 Conservation International 2005a, 2005b, 2005c. 77 Anderson et Kibenge 2005 ; Mercy Corps 2005c. 78 Mercy Corps 2005c, 2005d. 79 Mercy Corps 2005c. 80 Mercy Corps 2005a, 2005d. 86 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 43 : Aider les éleveurs ruraux isolés à diversifier leurs activités économiques Mercy Corps et PACT en Mongolie Avec un financement de l’USAID, Mercy Corps et PACT aident des groupes d’éleveurs des régions rurales de Mongolie à transformer leurs moyens d’existence traditionnels en entreprises commerciales, tout en renforçant d’autres petites entreprises préexistantes. La Mongolie est le pays le plus faiblement peuplé au monde. Dans la région du désert de Gobi, où le programme intervient, la densité de population est de 0,2 à 0,6 habitants au km2. Le programme aide des groupes d’éleveurs et d’autres entreprises rurales à accéder à des services de conseil en entreprise, de formation et d’assistance technique. Il fournit des garanties pour permettre aux petits producteurs d’accéder à des prêts bancaires. Il crée des liens entre les entreprises et des partenaires commerciaux potentiels. Enfin, il renforce l’accès à l’information commerciale et de marché grâce à divers médias (radio, télévision, SMS). Au cours de la première phase de cinq ans, qui s’est achevée en janvier 2004, 300 entreprises ont été créées grâce à la formation, au bénéfice de 2 500 candidats entrepreneurs et de 250 groupes d’éleveurs, totalisant 10 000 personnes. Des services de conseil ont permis à des entreprises d’augmenter leur productivité et leur rentabilité. Un programme d’amélioration des espèces géré par les éleveurs a permis de doubler l’offre en animaux reproducteurs d’élite. Des foires commerciales et expositions ont aidé les éleveurs à vendre leur production et à nouer de précieux contacts. Au cours de la première année de la seconde phase du programme, qui s’est achevée en janvier 2005, 100 entreprises rurales et groupes d’éleveurs ont généré des ventes supplémentaires record à hauteur de 650 000 dollars. Le programme expérimente actuellement une approche graduelle de développement des marchés de services d’appui et de mise en place de mécanismes pour la prestation commerciale de services après son désengagement. Les collaborateurs du programme offrent des services gratuits de planification élémentaire des activités à des groupes d’éleveurs. Pour ces groupes, la planification met l’accent sur l’amélioration et l’expansion de la production ou des services actuels, et/ou sur la diversification des activités en dehors de la seule filière de la vente de laine et de cashmere bruts. Mercy Corps espère que les collaborateurs locaux poursuivront leurs activités respectives après la fin du programme et continueront à proposer ces services de conseil sur une base commerciale. Pour les besoins plus complexes et récurrents en formation et en assistance technique, les groupes d’éleveurs et d’autres entreprises rurales sont en relation avec des prestataires de services locaux, auxquels ils font appel dans le cadre d’un système de partage des coûts. Pour renforcer les capacités de ces prestataires de services, Mercy Corps recrute des accompagnateurs, des prestataires du secteur privé ou des enseignants d’universités et d’institutions de recherche reconnues, qui peuvent élargir les connaissances théoriques des prestataires locaux et renforcer leurs compétences en formation et en prestation d’assistance technique. Les entreprises rurales commencent à payer pour les services de conseil offerts par ce marché local en expansion, qui se met à fonctionner sur une base commerciale plus pérenne. Market Watch, un service de surveillance des prix des matières premières à l’échelle régionale et nationale, est l’une des plus grandes réussites du programme. En fournissant aux éleveurs des informations sur les prix en temps réel, il leur a permis de commercialiser leurs produits aux cours les plus élevés possibles. Les prix et les tendances des cours sont transmis par divers médias (SMS, radio, magazine mensuel et télévision), dans le cadre d’une initiative plus vaste de diffusion d’informations commerciales, qui aide également les publics cibles à utiliser correctement ces informations. Bien que ce service n’ait pas encore atteint le seuil de rentabilité, l’évolution vers des médias plus populaires et moins coûteux, présentant de meilleures opportunités en termes d’accès et de recettes publicitaires, permet à Market Watch de progresser vers une viabilité financière plus solide. Pour de plus amples informations, consulter http://www.mercycorps.org.mn ou contacter Tracy Gerstle, [email protected]. Sources : Mercy Corps 2005c, 2005h. COMPTE-RENDU 2005 87 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Comme les populations rurales isolées sont majoritairement composées d’agriculteurs et/ou d’éleveurs, et sont également très pauvres, les stratégies décrites dans les sections précédentes de ce chapitre peuvent dans bien des cas s’appliquer à ce groupe cible. Leur application aux régions isolées prend plus de temps, et les objectifs et attentes doivent être adaptés en conséquence. Une approche patiente et progressive est recommandée pour ces marchés fragiles, confrontés à des environnements physiques et sociaux difficiles. Le danger, comme dans toutes les stratégies décrites plus haut, consiste à renoncer aux marchés pour tenter de les remplacer par des subventions de développement, créant des situations de dépendance et un risque d’isolement accru après la suppression des subventions. Les discussions entre les praticiens sur la lutte contre la pauvreté en zone rurale, la stabilisation des marchés perturbés et l’aide aux populations en situation de pauvreté tenace se sont achevées sur trois remarques communes : 1. Les obstacles auxquels sont confrontées les personnes très pauvres et très vulnérables sont souvent de nature multiple. Par exemple, en 88 COMPTE-RENDU 2005 Sierra Leone, certaines femmes qui étaient déjà pauvres et victimes de discriminations avant la guerre sont maintenant aux prises avec des marchés perturbés, et sont potentiellement séropositives car elles ont été violées pendant le conflit. La compréhension de la situation particulière de la population cible, dans toute sa complexité, est essentielle pour trouver des solutions viables de sécurisation des moyens d’existence. 2. Ces obstacles sont d’ordre social, sanitaire, éducatif et infrastructurel, et cette multiplicité doit être prise en compte si l’on veut aider les très pauvres et les très vulnérables à participer aux activités économiques. 3. Il n’existe à ce jour que peu d’expériences documentées sur les tentatives pour mettre les marchés à la portée de ces populations, mais on observe un foisonnement d’idées et beaucoup de bonnes volontés. Des efforts de recherche-action sont requis. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 5. Développement des marchés des services de santé, de distribution d’eau, d’assainissement et d’éducation destinés aux pauvres La réduction de la pauvreté implique d’aider les pauvres à accéder à des infrastructures sociales et matérielles essentielles, telles que les soins de santé, l’eau, l’assainissement et l’éducation. Ces infrastructures sont traditionnellement considérées comme des biens et services publics, dont la distribution est du ressort de l’Etat. Toutefois, dans les pays en développement, les progrès des programmes publics dans l’amélioration de l’accès, en particulier pour les populations rurales pauvres, sont extrêmement lents, et la qualité qu’offrent les prestataires financés par des fonds publics laisse souvent à désirer1. Un secteur privé dynamique a vu le jour pour pallier les nombreuses carences dans le domaine de la santé, de la distribution d’eau, de l’assainissement, de l’éducation et d’autres services traditionnellement publics2. On pense souvent que ces marchés ne servent que les élites urbaines. Or, on observe l’émergence de marchés de ce type destinés aux pauvres. En effet, il apparaît que même les pauvres préfèrent recourir aux services des prestataires commerciaux disponibles sur le marché plutôt qu’à ceux fournis par le secteur public. Ces services privés leurs offrent un certain nombre d’avantages : un choix plus vaste, un plus grand respect de la dignité, une meilleure qualité, une plus grande commodité et davantage de responsabilisation du côté des prestataires3. Ainsi, les récentes observations mettent en évidence la possibilité de prestation, par les marchés privés et à grande échelle, de services traditionnellement « publics »4. A quoi ressemblent ces marchés, et comment des initiatives de développement peuvent-elles contribuer à accroître leur portée et à améliorer leur qualité ? Si on les observe dans la perspective M4P, les soins de Question clé Comment appeler ces marchés ? Les soins de santé, la distribution d’eau, l’assainissement, l’éducation, l’irrigation, l’électricité, les communications, etc. sont souvent qualifiés de services publics. Leur mise à disposition de l’ensemble de la population implique normalement des investissements en infrastructures publiques. Mais lorsque le secteur privé prend le relais, comment doit-on les appeler ? Le mot « privatisation » suggère un transfert de responsabilités, d’organismes et d’activités, souvent à de grandes entreprises semi-publiques. Cette situation n’est pas celle des marchés qui nous intéressent ici. L’appellation de « marchés privés pour les biens et services publics » ne paraît pas très pertinente non plus. Pourquoi pas « marchés d’infrastructures sociales et matérielles » ou « marchés de biens et de services de réduction de la pauvreté » ? Une terminologie harmonisée faciliterait le dialogue et les échanges interdisciplinaires. santé, l’eau, l’assainissement, l’éducation et les autres marchés d’infrastructures sociales et matérielles sont des marchés principaux qui ciblent les pauvres en tant que consommateurs. Souvent, ce sont des PE qui vendent ces produits et services aux pauvres. Ces prestataires privés peuvent être des médecins à la retraite, des sages-femmes, des guérisseurs traditionnels, des enseignants qui décident de créer une école privée, d’anciens employés des services publics de santé et d’assainissement, ou simplement des entrepreneurs qui voient dans ces secteurs une opportunité et recrutent les compétences nécessaires. 1 Frias et Mukherjee 2005 ; Tanburn 2005 ; Tooley et Dixon 2003. 2 Solo 2003 ; Tanburn 2005 ; Tooley et Dixon 2003. 3 Tanburn 2005 ; Tooley et Dixon 2003. 4 CMS 2003 ; Frias et Mukherjee 2005 ; Solo 2003 ; Tanburn 2005 ; Tooley et Dixon 2003. COMPTE-RENDU 2005 89 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Les premiers acquis et les stratégies émergentes sont remarquablement similaires à ceux des initiatives destinées à promouvoir l’intégration des producteurs pauvres dans les marchés et les filières. Par exemple, les expériences documentées à ce jour soulignent la nécessité de s’appuyer sur des systèmes de marché existants, en appliquant une approche prudente mais proactive pour améliorer l’accès et la qualité. Les professionnels de ces secteurs insistent également sur l’importance d’un environnement politique et réglementaire propice, qui favorise le fonctionnement des marchés au lieu de les étouffer par des restrictions censées protéger les prestataires publics5. On observe même l’apparition de stratégies qui veillent à ce que les services et les infrastructures d’appui nécessaires soient en place pour les petits prestataires et parfois développent ces marchés de services d’appui. Les similitudes entre les deux approches suggèrent qu’une intensification de la communication et de l’échange d’informations entre le développement du secteur privé et ses domaines connexes, d’une part, et les secteurs relatifs aux infrastructures sociales et matérielles, d’autre part, pourrait contribuer à améliorer le fonctionnement des marchés au bénéfice des pauvres, en tant que producteurs mais aussi en tant que consommateurs. Ce chapitre se penche sur quatre marchés particuliers de services traditionnellement distribués par le secteur public : les soins de santé, l’eau, l’assainissement et l’éducation. Ces observations donneront un aperçu des connaissances acquises par la communauté de l’aide au développement sur ces marchés au bénéfice des pauvres et des moyens à mettre en œuvre pour les renforcer. Ces quatre marchés offrent des produits et services susceptibles de réduire la pauvreté de manière significative, et sont tous les quatre composés majoritairement de PE. 5.1. Caractéristiques des marchés privés de la santé, de l’eau, de l’assainissement et de l’éducation Dans le district d’Hyderabad en Inde, les chiffres officiels révèlent l’existence de presque un millier d’écoles privées, soit 43 % du nombre total d’établissements, rassemblant 61 % de la population scolaire. Une étude menée sur un échantillon de ces écoles, qui recrutent leurs élèves auprès des populations pauvres des bidonvilles urbains, a relevé des frais de scolarité moyens de deux livres sterling par mois. Le ratio élèves-professeur était de 29 pour un, contre 50 pour un dans les écoles publiques. Dans les familles des élèves concernés, les pères étaient principalement des travailleurs journaliers, et 30 % des femmes étaient analphabètes. L’étude a révélé que la gestion d’une école, même pour des familles à faible revenus, constituait une entreprise rentable, avec des bénéfices estimés à environ 25 %6. En Ouganda, plus de 60 % de la population se fait soigner dans le secteur privé, bien que des services de santé gratuits soient disponibles dans le secteur public. Il existe une grande diversité de prestataires privés de soins de santé au service des pauvres, et certains sont bien organisés. Par exemple, une étude a identifié 800 sages-femmes privées en Ouganda, dont la plupart sont des membres actifs de l’Association ougandaise des sages-femmes indépendantes (UPMA)7. En Amérique latine, les petits prestataires du secteur de l’eau servent environ 25 % de la population urbaine. Une étude réalisée en 1998 à Asuncion et à Ciudad del Este au Paraguay, a révélé qu’un tiers des arrivées d’eau de ces deux villes, alimentant une population de pas moins d’un demi million de personnes, avaient été aménagées au cours des 20 années précédentes. Ces arrivées d’eau avaient été installées par 350 à 600 aguateros indépendants, pour environ 250 dollars par ménage, et assuraient l’alimentation à des coûts nettement inférieurs aux tarifs pratiqués par l’entreprise publique de distribution d’eau8. Dans l’ensemble, les études sur les marchés privés de la santé, de l’eau, de l’assainissement et de l’éducation soulignent les caractéristiques positives suivantes 9 : n Croissance de la demande : par exemple, la demande en services de distribution d’eau fournis par des prestataires privés augmente d’environ 3 % par an dans les villes africaines. n Une grande diversité de prestataires : par exemple, en Amérique Latine, on trouve sur le marché privé 5 CMS 2003 ; Solo 2003 ; Tooley et Dixon 2003. 6 Tooley et Dixon 2003. 7 CMS 2003. 8 Solo 2003. 9 CMS 2003 ; Frias et Mukherjee 2005 ; MEDA 2005c ; Solo 2003 ; Tooley et Dixon 2003. 90 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES n n n n n de l’eau une variété de petits prestataires, allant de réseaux alimentés par des trous de forage indépendants, desservant jusqu’à 14 000 ménages, à des réservoirs mobiles desservant individuellement des ménages et des institutions. Réactivité des prestataires : les prestataires privés sont généralement réactifs aux demandes des consommateurs. Par exemple, en Amérique latine, de nombreux distributeurs d’eau privés proposent des raccordements rapides et des conditions de paiement adaptables. Efficience : les études indiquent que les prestataires privés sont souvent d’un meilleur rapport coût/efficacité que leurs homologues publics. Longévité : par exemple, l’étude mentionnée plus haut réalisée au Paraguay signale que de nombreux prestataires privés du secteur de l’eau sont en place depuis plusieurs dizaines d’années, certains même depuis 70 ans. Concurrence : par exemple, l’étude sur les écoles d’Hyderabad, citée plus haut, révèle que les parents comparent généralement au moins trois options envisageables avant de choisir une école pour leurs enfants. Responsabilité : les prestataires privés assument davantage leurs responsabilités à l’égard des consommateurs que les prestataires publics. Par exemple, l’étude sur les écoles d’Hyderabad a révélé que l’obligation pour l’école de rendre des comptes aux parents était un facteur décisif dans le choix d’une école privée pour leurs enfants. Par ailleurs, les études ont mis en évidence les difficultés suivantes 10 : n Manque d’information : les consommateurs, en particulier les familles à faibles revenus, manquent souvent d’informations pour choisir en connaissance de cause entre différents produits et services, entre différents prestataires privés, ou entre les prestataires privés et publics. n Qualité variable : les prestataires privés offrent souvent des services de meilleure qualité que leurs homologues publics. Néanmoins, la qualité dans le secteur privé est variable. n Environnement réglementaire flou ou défavorable : par exemple, en Amérique latine, les prestataires privés du secteur de l’eau opèrent dans une zone de vide juridique. Ils ne sont ni reconnus par le gouvernement, ni explicitement considérés comme illégaux. 10 Exemple 44 : Aider les écoles privées à mieux servir les pauvres CfBT en Inde En se fondant sur les résultats d’une étude sur les écoles privées destinées aux pauvres dans les bidonvilles d’Hyderabad, CfBT Research and Development a mené une initiative pilote mettant en œuvre plusieurs stratégies de renforcement des capacités dans 15 de ces écoles. Le programme a fourni aux écoles des formations en gestion ainsi que des formations destinées aux enseignants, en partenariat avec un prestataire privé commercial de contenus éducatifs. CfBT a également suivi les progrès réalisés dans le cadre d’un programme d’enseignement de la langue anglaise au moyen de cassettes audio bon marché. Ces services étaient dispensés gratuitement aux écoles, mais le but du projet était d’identifier des stratégies d’amélioration à faible coût, qui seraient accessibles pour d’autres écoles sur une base commerciale. Enfin, le programme a mis en place un projet pilote de chèques-formation destiné à subventionner les coûts de l’enseignement privé pour les élèves les plus pauvres de l’école. En conséquence de l’étude et du programme pilote, CfBT a élaboré des recommandations pour améliorer l’enseignement privé à destination des pauvres et le rendre accessible à des familles encore plus démunies que celles actuellement servies. Pour de plus amples informations, consulter http://www.cfbt.com. Source : Tooley et Dixon 2003. n Portée limitée : ces marchés ont émergé dans certaines régions et dans certains contextes, mais sont totalement inexistants dans d’autres. De plus, l’accessibilité demeure problématique pour les populations en situation de pauvreté et de vulnérabilité extrêmes. Ces caractéristiques suggèrent que les marchés privés présentent de nombreux atouts pour servir les pauvres, mais que les organisations de développement pourraient jouer un rôle utile en renforçant la diffusion de l’information et la qualité, en développant la portée et en encourageant un environnement réglementaire plus favorable. Ibid. COMPTE-RENDU 2005 91 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 5.2. Renforcement des marchés privés de la santé, de l’eau, de l’assainissement et de l’éducation Alors qu’il devient de plus en plus évident que les marchés privés de la santé, de l’eau, de l’assainissement et de l’éducation détiennent un potentiel pour servir les pauvres, que peuvent faire les organisations de développement pour améliorer l’accessibilité et la qualité des services, dans le cadre de leurs efforts de lutte contre la pauvreté ? Des études récentes contiennent des recommandations, et les praticiens expérimentent actuellement diverses stratégies. En voici quelques exemples : n Remettre des chèques-service aux consommateurs pauvres, pour qu’ils les utilisent auprès du prestataire privé de leur choix. Par exemple, deux programmes (en Ouganda et en Tanzanie) testent un programme de chèques à échanger contre des moustiquaires imprégnées d’insecticide, pour lutter contre le paludisme, en particulier chez les femmes enceintes et les enfants11. n Promouvoir des partenariats public-privé. Plusieurs programmes récents encouragent des partenariats entre des prestataires de soins de santé publics et privés. Par exemple, un programme en Ouganda a mis en place un réseau de distribution de contraceptifs, intégrant à la fois des points de vente privés et des structures sanitaires publiques 12. n Développer et tester des produits de santé adaptés et abordables. Les pauvres ne souffrent pas des mêmes problèmes de santé que les classes moyennes ou aisées. Les soins de santé standards sont trop coûteux pour eux et ne sont pas toujours adaptés à leurs problèmes de santé. Les programmes de développement peuvent réaliser le travail de recherche, et le financer en amont de la chaîne de développement, sur des produits de santé adaptés pour les pauvres. Par exemple, un programme en Ouganda a développé un kit d’accouchement stérile bon marché. Ces activités 11 CMS 2003 ; MEDA 2005c ; Tooley et Dixon 2003. 12 CMS 2003 ; MEDA 2005c. 13 CMS 2003 ; Frias et Mukherjee 2005. 14 Ibid. 15 CMS 2003 ; Frias et Mukherjee 2005. 16 Ibid. ; Tooley et Dixon 2003. 17 CMS 2003 ; MEDA 2005c. 92 COMPTE-RENDU 2005 peuvent être combinées avec des démonstrations ou des mesures de ventes subventionnées pour conférer aux marchés l’impulsion initiale nécessaire13. n Comprendre et stimuler la demande des consommateurs. Les praticiens insistent sur l’importance des études de consommation pour comprendre les comportements, les motivations et les préférences des consommateurs. Ce point est particulièrement important dans le cas des services pour lesquels la demande est initialement faible, tels que le dépistage du VIH/SIDA et l’assistance sociale aux séropositifs et aux malades, ainsi que les services d’assainissement14. En utilisant l’information collectée lors des études de marché, les programmes élaborent des stratégies de communication innovantes et sophistiquées pour sensibiliser les consommateurs pauvres aux avantages de ces services et stimuler la demande. De nouveaux médias sont utilisés : parmi les plus récents, citons des pièces de théâtre, des vêtements et des concours de chansons et de slogans organisés dans les villages. La collaboration avec les leaders communautaires pour le travail de sensibilisation s’avère être une stratégie de stimulation efficace. Les rapports de plusieurs programmes soulignent que l’investissement initial, financé par le projet, dans les études de consommation et dans les services de marketing professionnels a constitué un facteur de succès essentiel pour la stimulation de la demande en services spécifiques15. n Appuyer des prestataires privés. Les praticiens expérimentent actuellement diverses stratégies pour améliorer la qualité et la portée des prestataires privés. Par exemple, certains programmes offrent aux prestataires des formations techniques, des formations en gestion et/ou des crédits, ou les mettent en relation avec ce type de services d’appui16. Des projets de développement des marchés de la santé forment des détaillants ou des distributeurs de produits médicaux afin qu’ils fournissent aux consommateurs des informations en relation avec la santé17. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 45 : Stimuler le marché de l’assainissement IDE au Viet Nam En 2003, International Development Enterprises (IDE) a lancé un projet, financé par l’agence danoise de développement international (DANIDA), destiné à encourager l’acquisition et l’utilisation d’équipement d’assainissement et d’hygiène dans les villages de deux provinces rurales du Viet Nam. IDE a développé divers modèles de latrines, d’un prix abordable et susceptibles d’intéresser les consommateurs cibles. IDE a ensuite mis en place (par des mesures de renforcement des capacités, des services d’appui aux entreprises et d’accréditation) un réseau local de maçons pour construire ces latrines dans les foyers. Pour mieux comprendre les ressorts de la demande en services d’assainissement, IDE et les maçons ont évalué la volonté des consommateurs de payer pour ces services ainsi que les avantages qu’ils y voyaient. Sur la base des résultats de l’évaluation, et avec l’aide de professionnels de la publicité, IDE a développé et exécuté une campagne marketing sophistiquée pour promouvoir les avantages des latrines et changer les comportements d’achat et d’utilisation des consommateurs ruraux. Par exemple, l’étude a montré que les avantages des latrines en termes de statut social et de confort présentaient un potentiel d’attraction beaucoup plus fort sur les consommateurs potentiels que la prévention des maladies : ce sont donc ces avantages qui ont été mis en avant dans la campagne. Contrairement aux projets d’assainissement classiques, le programme n’a pas employé de subvention pour stimuler la demande. Avec un revenu annuel par habitant de seulement 126 dollars US, la population des régions ciblées par le projet est sensiblement plus pauvre que la moyenne des vietnamiens. Toutefois, un an après le lancement du projet, la moitié de ces ménages officiellement considérés comme pauvres avait investi dans des équipements d’assainissement – 55 dollars en moyenne par ménage, soit 15 % de leur revenu annuel. Aucun n’avait effectué de demande auprès des organismes publics qui proposent des crédits, car la paperasserie nécessaire décourageait les clients et le montant minimal de prêt, de 200 dollars, était bien supérieur à la somme dont ils avaient besoin. La plupart des ménages ont puisé dans leur épargne, issue des revenus agricoles, ou ont emprunté auprès de parents vivant dans les villes. Après un an d’intervention, l’accès aux équipements d’assainissement avait progressé de 100 %. Les résultats de ce projet montrent qu’il ne faut jamais sous-estimer la volonté d’une population de payer pour l’assainissement, dès lors que les produits et services proposés sont de bonne qualité, et que des mesures de communication efficaces sont mises en place. Pour de plus amples informations, contacter, Jaime Frias, IDE, [email protected], ou consulter www.idevn.org et www.ideorg.org. Ou encore contacter Nilanjana Mukherjee, WSP-EAP, [email protected] ou consulter http://www.wsp.org. Source : Frias et Mukherjee 2005. COMPTE-RENDU 2005 93 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Exemple 46 : Renforcer les capacités des sages-femmes indépendantes CMS en Ouganda Dans le cadre d’un programme plus large financé par l’USAID en Ouganda, Commercial Market Strategies (CMS), a aidé l’Association ougandaise des sages-femmes indépendantes (UPMA) à accroître la portée de produits et services de santé vitaux au sein de la population à faibles revenus. La plupart des quelque 800 sages-femmes indépendantes identifiées dans l’étude sont membres de cette association. Sur une base rémunérée, ces sages-femmes supervisent des accouchements, prodiguent des soins prénataux et postnataux, des vaccinations ainsi que des soins maternels et infantiles. Elles fournissent en outre des services de planification familiale, de gestion des MST, d’orientation en matière de HIV et d’éducation à la santé. CMS a travaillé avec l’UPMA pour accroître sa base de membres et fournir aux membres des services à valeur ajoutée. Par exemple, CMS a aidé l’UPMA à mettre au point et à vendre des panneaux pour les dispensaires. Les sages-femmes utilisent ces panneaux pour signaler qu’elles sont membres de l’association, car les clients associent l’UPMA avec des soins de meilleure qualité. CMS a fourni un appui financier et technique à un programme régional d’éducation et d’assistance entre pairs mis en place par l’UPMA, dans lequel des membres, en tant que bénévoles qualifiées, dispensent à leurs consœurs des conseils pour améliorer la qualité des soins et des équipements. CMS a fourni une formation portant sur des compétences de base à près de 350 sages-femmes indépendantes et a développé un programme de microcrédit pour les membres de cette profession. Après la mise en œuvre de ces changements avec l’aide de CMS, l’UPMA a enregistré une hausse de 35 % de ses membres cotisants. La qualité des services s’est accrue parmi les prestataires qui ont reçu des prêts ainsi que parmi celles qui ont reçu des visites de conseil de leurs pairs. Pour de plus amples informations, consulter http://www.psp-one.com. Source : CMS 2003. Le développement des associations de prestataires privés peut promouvoir l’apprentissage entre pairs, renforcer les capacités des associations à défendre leur cause et, dans certains cas, leur permettre d’offrir à leurs membres un appui offrant une valeur ajoutée18. Développer des systèmes de validation et d’accréditation des prestataires de services fournit aux consommateurs des informations crédibles leur permettant de différencier les prestataires, et incite les prestataires à améliorer leur qualité19. Un programme recommande la création d’une société de conseil en éducation qui proposerait aux écoles privées des stratégies efficientes pour l’amélioration de la qualité et l’accréditation20. n Améliorer l’environnement des affaires des prestataires de services privés. La reconnaissance croissante des prestataires privés par les gouvernements et les programmes de développement pourrait constituer la première étape dans le processus de suppression des obstacles, dans l’environnement des affaires, au 18 CMS 2003 ; Solo 2003. 19 CMS 2003 ; Frias et Mukherjee 2005. 20 Tooley et Dixon 2003. 21 CMS 2003 ; Solo 2003 ; Tooley et Dixon 2003. 22 Solo 2003 ; Tooley et Dixon 2003. 94 COMPTE-RENDU 2005 développement des marchés privés de la santé, de l’assainissement, de l’eau et de l’éducation. Ce point de vue était partagé par bon nombre de prestataires privés interrogés dans le cadre des enquêtes21. Au-delà de cette reconnaissance, la mise en place d’un cadre réglementaire favorable pourrait abaisser considérablement les obstacles auxquels sont confrontés les pauvres pour accéder aux services privés dans ces domaines 22. Comme dans d’autres secteurs appliquant l’approche M4P, le renforcement des capacités sur les marchés de la santé, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement pour leur permettre de fonctionner efficacement au bénéfice des pauvres nécessite une combinaison de stratégies visant l’amélioration (i) des marchés principaux offrant ces services aux pauvres, (ii) des marchés de services d’appui aux prestataires et (iii) de l’environnement des affaires de la prestation de services privés. EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 6. Conclusion : un défi pour ceux qui veulent faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres L’an passé, le séminaire de Chiang Mai a donné lieu à des réflexions sur le secteur des SAE et s’est conclu sur plusieurs défis à relever pour le faire progresser 1. Le secteur des SAE était encore à la recherche de son identité, car il apparaissait très étroit et limité, en particulier pour les non-spécialistes en développement d’entreprises. Les experts en SAE peinaient encore à mettre en évidence le lien de causalité entre leur discipline et la réduction de la pauvreté. Pourtant, le secteur des SAE avait accompli des progrès considérables dans le renforcement des systèmes locaux à des fins d’intégration profitable des petites entreprises. D’autres secteurs avaient également réalisé des avancées dans le renforcement de divers systèmes de marché – parfois de manière indépendante, parfois grâce à un enrichissement intersectoriel. Deux défis ont été ébauchés : 1. Comment pouvons-nous intégrer davantage de principes et de pratiques orientés marché dans notre travail sur le développement du secteur privé et dans d’autres domaines du développement ? 2. Comment accélérer l’intégration des pauvres, en particulier des personnes en bas de la pyramide des revenus, dans les économies de marché, à des conditions qui leur soient favorables ? Moins d’un an plus tard, des progrès considérables ont été accomplis pour relever ces défis. En fait, les experts, les bailleurs de fonds et les praticiens parlent moins de SAE, et d’autres secteurs spécifiques, de manière isolée. En revanche, ils parlent davantage d’accroître le degré de portée pour toucher les personnes en situation de pauvreté extrême et de tester les concepts du développement de marché dans des contextes difficiles, tels que ceux liés aux marchés perturbés ou à l’isolement des régions rurales. Après mûre réflexion, des experts, des bailleurs de fonds et des praticiens, œuvrant dans de nombreux secteurs différents, y compris celui des SAE, adhèrent au projet de faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres et reconnaissent qu’une approche 1 multidimensionnelle, intégrant souvent plusieurs secteurs d’activité, est sans doute la plus indiquée pour atteindre l’objectif constituant le « slogan » du concept M4P. Cependant, il existe un risque : celui de brandir un nouveau slogan sans parvenir à le mettre en pratique. Comment nous, la communauté de l’aide au développement, allons-nous rigoureusement intégrer les expériences du passé, expérimenter les nouvelles stratégies, élargir nos connaissances de façon systématique et renforcer nos capacités ? Ce compte-rendu s’achève sur les trois défis les plus urgents à relever pour traduire les approches orientées marché décrites ici en une réduction significative de la pauvreté. 6.1. Qui sommes-nous et quels principes entendons-nous défendre ? Alors que l’approche M4P progresse, il importe que les experts, les bailleurs de fonds et les praticiens tirent parti à la fois de l’intégration croissante des différents secteurs à l’intérieur des programmes de développement de marché, et de la recherche de l’excellence et des connaissances, laquelle peut être favorisée entre autres par le renforcement de la cohésion au sein d’une communauté de pratiques. La tendance à l’élargissement disciplinaire des programmes de développement de marché a enrichi de nombreux domaines de l’aide au développement œuvrant en faveur des pauvres, en favorisant la communication entre des secteurs traditionnellement « cloisonnés » - agriculture, développement économique local (DEL), développement du secteur privé, infrastructures, développement des marchés de SAE, développement des petites entreprises, et même santé et éducation. Mais elle a également affaibli la cohésion de secteurs plus étroits et spécifiques dans le processus d’identification des bonnes pratiques et de recherche de l’harmonisation des principes pour la McKee 2005. COMPTE-RENDU 2005 95 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES conception et la mise en œuvre des programmes. Ces évolutions n’ont pas encore conduit à la mise en place d’une nouvelle communauté de pratiques cohérente, en mesure d’assurer ces fonctions. Les expériences du développement des marchés de SAE peuvent être utiles pour résoudre ce problème. La popularité des programmes de développement des marchés de SAE au cours des cinq dernières années a été à l’origine de nombreux succès et d’expériences très instructives, mais a également incité un nombre relativement élevé de programmes traditionnels subventionnés à opérer sous la bannière des SAE. Ces programmes ont semé la confusion dans le secteur et ont compromis sa mission et ses efforts. Avec l’avènement de programmes plus vastes et d’une nouvelle terminologie, ce cycle pourrait bien se répéter. Certains programmes utilisent les leçons du passé et les nouvelles idées pour améliorer le fonctionnement des marchés au bénéfice des pauvres, et stimulent la diffusion des connaissances sur ce thème. Cependant, il apparaît que d’autres programmes prétendent développer les marchés pour les pauvres sans tenir compte des enseignements acquis par les initiatives passées de développement des marchés de SAE, des filières et d’autres marchés. Conséquence de ces tendances préoccupantes, il règne une certaine confusion quant à notre identité en tant que secteur et aux principes communs de bonnes pratiques que devraient appliquer tous les programmes qui entendent renforcer les marchés en faveur des pauvres. Les experts, bailleurs de fonds et praticiens risquent de perdre le bénéfice d’enseignements et de principes essentiels élaborés pour promouvoir une évolution systémique – des enseignements et des principes qui peuvent être appliqués pour intégrer les pauvres dans les marchés et accroître la portée, la pérennité, l’efficience et, en définitive, l’impact des programmes sur les pauvres. Le défi consiste à redéfinir rapidement les pratiques dans divers secteurs, en incorporant à la fois les acquis et les nouvelles idées, et à diffuser largement ce nouveau cadre de travail à l’intérieur de secteurs spécifiques et dans la communauté de l’aide au développement au sens large. 6.2. Comment approfondir notre base de connaissances et de compétences ? A l’heure actuelle, divers secteurs ont reconnu la nécessité de renforcer les systèmes de marché 96 COMPTE-RENDU 2005 existants pour atteindre des objectifs durables, de portée étendue, en matière de développement. Par exemple, quatre ans après la publication officielle des Principes directeurs des SAE, le concept et la terminologie de base du développement des marchés de SAE se sont largement répandus à l’intérieur de la communauté de pratiques du développement des petites entreprises et au-delà. Cependant, de nombreux experts, bailleurs de fonds et praticiens réalisent qu’une approche plus large est nécessaire pour accroître l’impact en termes de réduction de la pauvreté. L’approche et les initiatives M4P d’intégration des PE dans les filières offrent des modèles stratégiques pour lutter durablement contre la pauvreté. Malheureusement, peu d’organisations ayant entrepris de faire fonctionner les marchés en faveur des pauvres sont parvenues, à ce jour, à traduire cet engagement en pratique, en raison d’un déficit de capacités et de compétences internes et externes. Deux difficultés majeures freinent l’avancée de cette approche émergente. Tout d’abord, ce nouveau domaine de pratiques a besoin d’un nom, pour favoriser le partage des connaissances entre communautés de pratiques spécialisées et pour communiquer ses principes et approches à d’autres acteurs du développement. Personne n’aime être mis dans une case, mais toute théorie doit être définie précisément pour qu’on y adhère. Les experts, les bailleurs de fonds et les praticiens de différents domaines doivent s’engager à diffuser tous les acquis de leurs expériences susceptibles d’être pertinents pour l’approche M4P, en des termes qui soient compréhensibles pour les autres secteurs. Les personnes qui s’intéressent à l’approche M4P dans de nombreux domaines doivent créer des mécanismes plus systématiques pour mettre en commun les connaissances et faire avancer ce nouveau concept dans une exploration et une définition progressive des bonnes pratiques. Ensuite, certaines organisations ont beaucoup investi dans la formation du personnel, le partage des acquis et la promotion des discussions parmi leurs collaborateurs. Cependant, d’autres se sont montrées moins systématiques et rigoureuses quand il s’est agi de vérifier que, à tous les niveaux, le personnel avait compris les principes de développement des marchés au bénéfice des pauvres et était en mesure de mettre en œuvre des programmes de ce type. Les responsables de la conception et de la mise en œuvre des programmes ont besoin d’une solide base de compétences dans deux domaines clés : EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES 1. 2. Etude de marché et conception de programme. De nombreux bailleurs de fonds et agences d’exécution adhèrent aux principes du développement des marchés aux niveaux hiérarchiques supérieurs. Ce qui varie, en revanche, c’est la mesure dans laquelle ces organisations se sont assurées que le reste du personnel – en particulier le personnel de terrain et les partenaires des pays en développement – était doté des capacités nécessaires à la compréhension et à la mise en œuvre de ces principes. Stratégies ou activités spécifiques identifiées par les études de marché comme essentielles au développement des marchés en faveur des pauvres. Les études de marché sont de plus en plus vastes et ouvertes et peuvent aboutir à une très longue liste de recommandations pour développer les marchés principaux et les marchés de services d’appui dans le sens d’une intégration des pauvres à des conditions favorables pour eux et d’une amélioration des environnements d’affaires. Les organisations qui conçoivent des programmes M4P ne disposent pas toujours des capacités nécessaires pour mettre en œuvre les activités recommandées. Elles doivent s’interroger plus précisément et systématiquement sur les moyens à mettre en œuvre pour constituer, recruter ou renforcer l’expertise requise pour ces initiatives nouvelles, plus vastes et plus sophistiquées. Les capacités nécessaires pour relever ces défis existent, étant donné la richesse de compétences que représente la somme des secteurs s’alliant pour faire fonctionner les marchés en faveur des pauvres, et le dynamisme exceptionnel généré par l’Objectif du Millénaire pour le développement de réduire de moitié la pauvreté extrême d’ici l’année 2015. 6.3. Comment venir à bout des résistances à l’approche M4P ? L’approche M4P permet de répondre à divers arguments traditionnellement opposés à l’approche de développement des marchés de SAE. Cette résistance est apparue sur plusieurs fronts. Sur le front des politiques, certains bailleurs de fonds, chercheurs et praticiens trouvent que le développement des marchés de SAE est un objectif trop étroit pour générer un impact significatif. Le cadre M4P répond à cette préoccupation en développant les filières et les marchés de services d’appui, tout en cherchant à améliorer l’environnement des entreprises. Autre argument contre le développement des marchés de SAE : les services aux entreprises ne concernent pas les pauvres, et les marchés commerciaux ne peuvent pas toucher les personnes très pauvres et très vulnérables. Le cadre M4P répond à cet argument en plaçant les pauvres au cœur de l’intitulé et de l’objectif de l’approche, ainsi qu’en identifiant et en encourageant spécifiquement des stratégies d’accroissement du degré de portée. Il y aura toujours débat sur l’équité des marchés commerciaux et sur leur aptitude à toucher les pauvres. Toutefois, l’approche M4P constitue une nouvelle tentative prometteuse d’unir, dans un même combat durable contre la pauvreté, le pouvoir de la croissance économique et les stratégies de réduction de la pauvreté. Une autre résistance, toutefois, et c’est souvent la plus puissante, provient de l’opposition au changement générée par la peur des praticiens du développement de perdre leur statut professionnel, leur réputation, leurs budgets, voire même leur travail. Pour vaincre ces divers types d’opposition, il importe de développer une solide communauté de pratiques autour de l’objectif du fonctionnement des marchés au bénéfice des pauvres, qui encourage la communication, le partage des acquis et le renforcement des connaissances. L’impact de nos actions en termes d’éradication de la pauvreté dépendra de la mesure dans laquelle nous, praticiens du développement, réussirons à ajuster intelligemment nos perspectives et nos approches en nous appuyant sur nos acquis tout en étant ouverts aux idées nouvelles. COMPTE-RENDU 2005 97 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Annexes : sites web, formations et ressources A.1. Sites web Action for Enterprise : http://www.actionforenterprise.org Propose une stratégie et des outils pour l’étude de marché et la conception de programmes destinés à développer les filières et les marchés de services d’appui. En anglais. Banque asiatique de développement (BAD) et Département britannique pour le développement international (DFID) « Making Markets Work Better for the Poor » : http://www.dfid.gov.uk/news/files/trade_news/adb-workshop.asp Documents et présentations de l’atelier organisé conjointement par la BAD et DFID en 2005 à Manille, « Making Markets Work Better for the Poor ». : http://www.markets4poor.org/index.php Contient des informations sur le projet régional d’assistance technique de DFID/la BAD au Viet Nam, au Laos et au Cambodge, ainsi que des actualités, des manifestations, des études, des publications et des liens. En anglais. BDS Knowledge : http://www.bdsknowledge.org Site interorganisation d’échange d’informations sur des travaux appuyés par des bailleurs de fonds, destinés à améliorer le fonctionnement des marchés au bénéfice des pauvres et mettant l’accent sur le développement des petites entreprises. Contient des liens vers des centaines de documents provenant de plus de 70 pays. Constamment actualisé, ce site propose une rubrique « What’s New » pour les visiteurs fréquents. En anglais, mais la base contient également des documents en français et en espagnol. Ministère allemand de la Coopération et du Développement économique (BMZ) – Projet sectoriel WiRAM : http://www.wiram.de Le programme thématique commun du BMZ et de la GTZ sur la réforme économique et le développement des marchés. Le site contient des contributions sur des concepts généraux, des stratégies sectorielles, le DEL et les mesures de suivi & évaluation, ainsi qu’une liste de liens. Certains documents sont en anglais, la majorité du site est en allemand. 98 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Business Environment : http://www.businessenvironment.org Site interorganisation d’échange d’informations sur des travaux appuyés par des bailleurs de fonds et visant à favoriser une croissance en faveur des pauvres grâce à la réforme de l’environnement des affaires. En anglais. Center for International Private Enterprise (CIPE) : http://www.cipe.org/index.htm Filiale de la Chambre du Commerce des Etats-Unis, le CIPE œuvre pour le renforcement de la démocratie et de l’économie de marché dans le monde entier. Sa stratégie met l’accent sur la lutte contre la corruption et la promotion de mesures saines de gouvernance d’entreprise. Site plurilingue ; la base contient des documents en français. Development Gateway : http://www.developmentgateway.org Site interactif rassemblant des personnes, des ressources et des informations spécialisées dans le développement et la réduction de la pauvreté. Il sert de support à un service ouvert et compétitif d’appel d’offres en ligne pour les organismes publics (dgMarket), à des communautés en ligne d’information et de ressources sur les thèmes majeurs du développement (pages thématiques), à des prestataires de services d’information locaux (portails pays) et à un annuaire international en ligne des activités et organisations de développement (AiDA). Site en anglais, espagnol et français. Directory of Development Organizations : http://www.devdir.org/ Source complète de références pour les praticiens et chercheurs du développement, les collaborateurs des organismes donateurs et les décideurs politiques engagés en faveur de l’amélioration de la gouvernance, du développement durable et de la réduction de la pauvreté. Le site contient une liste de 43 500 organisations de développement classées par pays ainsi que les adresses des meilleures ressources sur le développement disponibles sur le web. Site en anglais, en français et en espagnol. Enterweb : le portail du savoir pour les PME : http://www.enterweb.org/ Portail d’information réunissant des liens vers des sources d’information sur l’entreprenariat, les petites entreprises, la finance, le commerce international et l’économie des pays développés et des pays en développement. Site en anglais et français. COMPTE-RENDU 2005 99 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES The Global Value Chain Initiative : http://www.ids.ac.uk/globalvaluechains/ Initiative pluriannuelle pour tester et développer le cadre GVC (« initiative globale sur les filières »), destiné à renforcer la précision analytique, l’impact intellectuel et la pertinence des politiques. Financée par la fondation Rockefeller, cette initiative propose un point de vue de la mondialisation économique centré sur l’industrie, qui met en lumière les liens existants entre les acteurs économiques et entre les différents espaces géographiques. En anglais. GRET: Groupe de recherche et d’échanges technologiques : http://www.gret.org Association internationale qui s’intéresse à l’interface entre la recherche et l’aide au développement. Le site contient des liens vers des ressources en ligne, des publications et des documents. En français et anglais. GTZ, Advanced Social and Sustainable Economic and Technical Services for Asia (Assets for Asia) : http://www2.gtz.de/assets-asia/ Assets for Asia est l’un des réseaux de la GTZ, impliquant plus de 40 projets et programmes mis en œuvre par la GTZ en Asie. Il met l’accent sur la coopération technique dans le domaine des réformes économiques et du développement des systèmes de marché. En anglais et allemand, la base contient des documents dans diverses langues. GTZ, Knowledge Systems in Rural Areas : http://www2.gtz.de/agriservice/ Ce projet sectoriel de la GTZ a été lancé en 1991. Il initie, collecte, analyse et traite des expériences et des concepts, en Afrique, en Asie et en Amérique latine, dans les domaines clés du développement en milieu rural, pour promouvoir une utilisation plus efficace des connaissances techniques et organisationnelles. En anglais et allemand. Banque interaméricaine de développement (BID), Département du développement durable (SDS) : http://www.iadb.org/sds/index_e.htm Le SDS travaille sur la création et la diffusion de connaissances et d’information, ainsi que sur la conception de programmes pilotes dans des domaines innovants susceptibles d’être intégrés dans les futurs programmes de crédit de la BID. Il appuie également des événements spéciaux, tels que des séminaires, des ateliers, des conférences et des formations, et publie des notes techniques, des rapports sur les meilleures pratiques et des notes sur les stratégies et les politiques, ainsi que des livres et autres rapports spéciaux. Pages SDS en anglais et espagnol, site de la BID en anglais, espagnol, français et portugais. 100 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Organisation internationale du travail (OIT), programme SEED : http://www.ilo.org/seed SEED est un programme focal de l’OIT destiné à déployer le potentiel quantitatif et qualitatif de création d’emploi dans les petites entreprises. SEED se fonde sur 30 ans d’expérience de l’OIT en matière d’appui au développement des petites entreprises. Sa mission consiste à analyser les mécanismes nécessaires pour mettre ce secteur économique au service des objectifs d’emploi, par l’orientation des politiques, l’assistance technique et le travail de sensibilisation dans le monde entier. Pages SEED en anglais, publications en anglais, français et espagnol. Site de l’OIT en anglais, français et espagnol. Portail microfinance : http://www.lamicrofinance.org/ Site complet de ressources en ligne pour le secteur de la microfinance. Il contient des études et des publications, des centres de ressources spécialisés, des profils d’organisations et de consultants, ainsi que des informations sur l’actualité et les événements, et des offres d’emploi dans la microfinance. En français, anglais et arabe. Overseas Development Institute (ODI), Agricultural Research and Extension Network (AgREN) : http://www.odi.org.uk/agren/ AgREN relie des décideurs politiques, des praticiens et des chercheurs du secteur agricole dans les pays en développement. Il offre à ses membres des informations mises à jour et la possibilité d’entretenir un dialogue entre personnes partageant des intérêts professionnels similaires. En anglais. Projet Regoverning Markets : http://www.regoverningmarkets.org/ Projet de recherche en collaboration, qui analyse la concentration croissante dans les secteurs de la transformation et de la vente de détail des systèmes agroalimentaires nationaux et régionaux. Evalue les impacts sur les moyens d’existence ruraux et les communautés rurales en Europe centrale et orientale, en Amérique latine, en Afrique australe et orientale, en Asie du sud, en Asie orientale et en Asie du sud-est. En anglais. Le réseau SEEP, Guide to Business Development Services and Resources : http://www.seepnetwork.org/bdsguide Guide en ligne du groupe de travail SEEP BDS. Il est à présent interactif et a renouvelé ses contenus, son format et son adresse. En anglais. Direction suisse du développement et de la coopération (DDC), Small Enterprise Development (SED) : http://www.intercooperation.ch/sed Géré par Intercooperation, contient des actualités, des rapports, des notes, des outils et des liens vers la communauté suisse du développement des petites entreprises. En anglais. COMPTE-RENDU 2005 101 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Direction suisse du développement et de la coopération (DDC), Community of Practice on Value Chains in Rural Development : http://www.sdc-valuechains.ch/ Accueille un débat animé par un modérateur, ouvert à tous, sur le développement des filières en milieu rural. En anglais. Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies : http://www.un.org/french/millenniumgoals/ Fournit des explications et des informations mises à jour sur les Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies. Langues de travail de l’ONU. Agence américaine pour le développement international - Microentreprises : http://www.microLINKS.org Source d’informations, d’applications et d’outils de partage des connaissances, conçu pour renforcer l’impact des programmes et des activités de l’USAID sur les microentreprises. Le site offre un accès à l’information sur les bonnes pratiques, les approches des missions de l’USAID, les partenaires et les praticiens, ainsi qu’une base de documents, rapports et outils. En anglais. Women in Informal Employment : Globalizing and Organizing (WIEGO) : http://www.wiego.org/index.htm Réseau mondial politique et de recherche, qui entend améliorer le statut des travailleurs pauvres, en particulier des femmes, dans l’économie informelle par l’amélioration des statistiques, de la recherche, des programmes et des politiques, et par le renforcement de l’organisation et de la représentation des travailleurs informels. En anglais. Groupe de la Banque mondiale, Agriculture et développement rural (ARD) : http://lnweb18.worldbank.org/ESSD/ardext.nsf/11ByDocName/AboutUs ARD œuvre en faveur de la réduction de la pauvreté par le développement rural durable, en fournissant des services d’analyse et de conseil aux bureaux régionaux de la Banque mondiale sur de nombreux thèmes relatifs à l’agriculture et au développement rural. En anglais. World Resources Institute : http://www.nextbillion.net/confresources Contient des ressources de la conférence 2004 du WRI, intitulée « Eradicating Poverty through Profits: Making Business Work for the Poor » (Vaincre la pauvreté grâce au profit : faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres). En anglais. 102 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES A.2. Sites sur le suivi et l’évaluation Voici quelques références, en particulier pour les personnes qui s’intéressent aux innovations dans les méthodes qualitatives et participatives et la mesure de l’impact social : Enterprise Development Impact Assessment Information Service (EDIAIS) : http://www.enterprise-impact.org.uk Commandé par DFID et géré par Wise (Women in Sustainable Enterprise) Development, le site fournit diverses informations sur les moyens d’évaluation de l’impact des programmes de développement d’entreprises. Il comprend des notes, études de cas et des outils, une rubrique de demande de renseignements et une liste complète de liens. En anglais. Social Performance Management : http://www.ids.ac.uk/impact/ Géré par Imp-Act et ses partenaires, ce site mesure le degré d’identification et de réalisation de la mission sociale des organisations. En anglais. La cartographie des incidences : http://web.idrc.ca/fr/ev-9330-201-1-DO_TOPIC.html Géré par le Centre canadien de recherche pour le développement international (CRDI), ce site se penche sur le suivi et l’évaluation de l’influence d’un programme à partir du rôle joué par ses partenaires (personnes, groupes et organisation). Impact Monitoring and Assessment : http://www.cde.unibe.ch/Tools/IM_Ts.asp Elaboré par le Centre for Development and Environment (CDE) pour la DDC et la GTZ, ce site héberge une série de guides et d’outils pour l’évaluation des projets de développement rural susceptibles d’être adaptés pour d’autres types d’interventions de développement. En anglais. COMPTE-RENDU 2005 103 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES A.3. Formations ù Action for Enterprise (AFE) AFE propose un atelier de formation en cinq jours qui présente les méthodologies et les pratiques les plus récentes pour la conception de programmes sur les sous-secteurs et les filières, visant un impact durable. Les participants apprennent à concevoir des programmes qui aboutissent à des solutions économiquement viables aux contraintes rencontrées par les PME, telles que l’accès au marché, la fourniture d’intrants, le développement technologique et développement de produit, la formation en gestion, les réformes politiques et l’accès au financement. Les exemples utilisés proviennent de programmes et de praticiens du monde entier. La formation s’adresse aux personnes désireuses d’améliorer leurs compétences de facilitation et les programmes de conception qui se conforment aux toutes dernières avancées de la réflexion sur les principes du développement de filière et des marchés. Pour de plus amples informations, consulter http://www.actionforenterprise.org/training.htm. AFE Value Chain Program Design: Promoting Commercially Viable Solutions for MSMEs (Formation AFE sur la conception de programmes ciblant les filières AFE : promotion de solutions commercialement viables pour les PME, en anglais) 12–16 septembre 2005 (Chiang Mai, Thaïlande) 5–9 décembre 2005 (Washington, D.C., Etats-Unis). ù Centro Internacional de Agricultura Tropical (CIAT) et Centro Agronónomico Tropical de Investigación y Ensenanza (CATIE) CIAT est une organisation à but non lucratif basée à Cali, Colombie, qui mène une recherche progressive du point de vue social et environnemental, dans le but de réduire la faim et la pauvreté, ainsi que de préserver les ressources naturelles dans les pays en développement. CATIE est une institution internationale basée à Turrialba, Costa Rica, qui œuvre en faveur de la réduction de la pauvreté rurale dans les régions tropicales du continent américain par la promotion d’une agriculture compétitive et durable ainsi que de la gestion des ressources naturelles, par le développement de l’éducation, de la recherche et de la coopération technique. CATIE et CIAT délivrent un diplôme conjoint en Développement d’entreprises rurales. Le cursus comprend quatre cours de formation internationale, dont deux seront proposés en 2005. Pour de plus amples informations, consulter http://www.ciat.cgiar.org/agroempresas/ingles/. CIAT/CATIE Rural Enterprise Development Diploma Module 3: Insertion of Rural Enterprises in International Markets: A Value Chain Approach (Diplôme en Développement d’entreprises rurales, module 3 : Intégration des entreprises rurales dans les marchés internationaux : une approche orientée filière ; formation disponible en anglais et en espagnol). 22 août–2 septembre 2005 (Turrialba, Costa Rica) CIAT/CATIE Rural Enterprise Development Diploma Module 4: Enterprise Development Services to Promote the Competitiveness of Rural Enterprises (diplôme en Développement d’entreprises rurales, module 4 : services d’appui aux entreprises pour la promotion de la compétitivité des entreprises rurales; en anglais et en espagnol). 10–19 octobre 2005 (Turrialba, Costa Rica) ù Comité des bailleurs de fonds pour le développement des petites et moyennes entreprises Le Comité appuie le développement d’entreprises, en particulier des petites entreprises, dans les pays en développement. Il met à la disposition des organisations membres un forum dans lequel elles peuvent échanger de l’information sur leurs programmes et sur les enseignements qu’elles en ont tirés. Pour de plus amples informations, consulter http://www.sedonors.org/events/event.asp?eventid=4. Conférence intitulée « Reforming the Business Environment: From Assessing Problems to Measuring Results » (« Réformer l’environnement des entreprises - De l’évaluation des problèmes à la mesure des résultats », participation sur invitation uniquement) 29 novembre–1er décembre 2005 (Le Caire, Egypte) 104 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES ù Conservation International (CI) et la George Washington University Pour répondre aux besoins urgents de renforcement des capacités et de formation dans le secteur de l’écotourisme, CI a conclu un partenariat avec la George Washington University, une université leader dans l’enseignement sur l’écotourisme et le tourisme durable, pour élaborer l’Ecotourism Learning Program. Ce programme comprend six cours majeurs, un cours optionnel et un cours d’introduction pour les institutions de formation locales. Il s’adresse aux agents de vulgarisation communautaires, aux économistes et à d’autres spécialistes du développement, aux gestionnaires de parcs naturels et de sites protégés, aux fonctionnaires, aux enseignants, ainsi qu’aux gestionnaires de programmes, aux directeurs d’organisations non gouvernementales et d’associations privées. Pour de plus amples informations, consulter http://www.conservation.org et http://www.ecotour.org. ù Banque interaméricaine de développement (BID) La BID est une banque de développement régional qui cherche à accélérer le développement économique et social des pays membres en développement. Chaque année, plus de 1000 opérateurs venus de toute l’Amérique latine et de la région des Caraïbes se réunissent dans le cadre d’un forum interaméricain pour discuter des toutes dernières meilleures pratiques pour le développement du secteur des microentreprises. Pour l’événement de 2005 sont prévues des sessions techniques sur les thèmes de la microfinance, du développement d’entreprises, de l’environnement des entreprises et de l’entreprenariat social. Pour de plus amples informations, consulter http://www.iadb.org/foromic/. IADB Expanding the Frontiers of Microenterprise: The Commitment to Reach Everyone (Repousser les limites de la microentreprise : s’engager à toucher tous les pauvres). 5–7 octobre 2005 (Santa Cruz de la Sierra, Bolivie) ù Organisation internationale du travail (OIT), Centre international de formation Le centre international de formation de l’OIT, basé à Turin en Italie, a pour mission de renforcer les capacités des gouvernements, des organisations d’employeurs, des organisations de travailleurs et d’autres acteurs socio-économiques à jouer un rôle efficace dans le développement économique et social de leur pays et région. From BDS Market Development to Making Markets Work for the Poor: How Broad Should We Go? (Evolution des SAE : faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres) 19–23 septembre 2005 (Turin, Italie) http://learning.itcilo.org/entdev/bdsseminar/ Creating an Enabling Environment for SED (Créer un environnement propice au développement des petites entreprises) 19–23 octobre 2005 (Turin, Italie) http://learning.itcilo.org/entdev/ee/ Managing Business Development Services for Increased Impact (Gérer les services d’appui aux entreprises pour accroître l’impact) 5–17 décembre 2005 (Egypte) http://intranet.itcilo.it/Calendar/Courses.nsf/CourseListNew?OpenForm&Region=Inter-regional&Area= Enterprise*Development Diploma in Market-Oriented Small Business Development Services (MOSBDS, diplôme en services d’appui aux petites entreprises orientés marché) Un cours en ligne de quatre mois, proposé deux fois par an en juillet et en février. http://learning.itcilo.org/bds/ ù Making Cents International est une entreprise de conseil basée à Washington, D.C., spécialisée dans la création d’emplois et l’amélioration des moyens d’existence et des perspectives par la formation et les services aux entrepreneurs, aux Etats-Unis et dans le monde entier. Pour de plus amples informations, consulter http://www.makingcents.com. BDS Guiding Principles: Tools and Best Practices (Principes directeurs des SAE : outils et bonnes pratiques) Ateliers d’un jour et cours de cinq jours proposés au personnel des organisations d’aide au développement, sur demande. COMPTE-RENDU 2005 105 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES ù Le réseau SEEP Le réseau SEEP est une organisation regroupant plus de 50 organisations privées et bénévoles d’Amérique du Nord, qui appuie les micro- et petites entreprises, ainsi que les institutions de microfinance dans les pays en développement. Sa mission consiste à faire progresser la pratique du développement des micro- et petites entreprises parmi ses membres, leurs partenaires internationaux et d’autres praticiens. Pour de plus amples informations, consulter www.seepnetwork.org. 20e Anniversaire du réseau SEEP, assemblée générale annuelle Octobre 2005 ù Southern New Hampshire University (SNHU) School of Community Economic Development (SCED) La SCED de la SNHU est le premier programme universitaire agréé aux Etats-Unis pour délivrer des diplômes supérieurs en développement économique communautaire. Chaque année, l’école parraine le Microenterprise and Development Institute (MDI-NH), un programme de formation en trois semaines conçu pour les praticiens du secteur des microentreprises comme pour les débutants. Les participants assistent à des cours dispensés par des praticiens parmi les meilleurs dans le secteur de la microfinance et des SAE, et nouent des contacts avec des pairs du monde entier. En 2005, l’institut proposera un cursus complet sur les SAE, qui comprendra quatre cours. Avec la North Turfloop Graduate School of Leadership in Polokwane City, Afrique du Sud, la SNHU/SCED co-parrainera un Microenterprise and Development Certificate. Les cours durent de une à trois semaines, exigent un niveau d’anglais professionnel, et sont conçus pour les praticiens qui travaillent déjà dans le domaine du développement des microentreprises et de la microfinance. SNHU/SCED Microenterprise and Development Institute 13 juin–1 juillet 2005 (Manchester, New Hampshire, Etats-Unis) http://www.snhu.edu/MDI/ SNHU/SCED and University of the NorthTurfloop Graduate School of Leadership Second Annual Microenterprise and Development Certificate 23 janvier–10 février 2006 (Afrique du Sud) http://mdi-sa.org/ ù The Springfield Centre for Business in Development Le Springfield Centre est une organisation indépendante de conseil, de formation et de recherche basée à Durham, Royaume-Uni, spécialisée dans le développement du secteur privé dans les économies à faibles et moyens revenus. Les programmes actuels de formation, dont celui intitulé « Making Markets Work for Business and Income Growth », se fondent sur le principe que le développement de marchés constitue un défi central pour la promotion du développement du secteur privé inclusif et efficace, et renforcent l’idée que l’approche M4P doit constituer un domaine clé pour les organisations et les gouvernements. Pour de plus amples informations, consulter http://www.springfieldcentre.com. ù World Resources Institute World Resources Institute est une organisation à but non lucratif spécialisée dans la recherche et les politiques environnementales, basée à Washington, D.C., qui crée des solutions pour protéger la planète et améliorer l’existence des populations. En 2004, la conférence WRI, « Eradicating Poverty through Profits: Making Business Work for the Poor » (« Vaincre la pauvreté grâce au profit : faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres »), a réuni à San Fransisco plus d’un millier de personnes de 16 pays. En 2005, WRI parrainera une conférence sur le même thème en Allemagne. Pour de plus amples informations, consulter http://www.nextbillion.net/confresources. 106 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES A.4. Documents de référence sur l’approche M4P Bien que certains éléments de l’approche M4P soient déjà bien établis, l’articulation de l’objectif et de l’approche est relativement nouvelle. Voici certains documents de référence, tous disponibles sur http://www.bdsknowledge.org : Lindahl, Claes. 2003. Making markets work for the poor. Stockholm, Suède : Agence suédoise de coopération internationale au développement (Asdi). ———. 2005. Wealth of the poor: Eliminating poverty through market and private sector development. Ferrand, David, Alan Gibson et Hugh Scott. 2004. Making markets work for the poor: An objective and an approach for governments and development agencies. ComMark Trust, Woodmead, Afrique du Sud. Hellin, Jon, Alison Griffith et Mike Albu. 2005. Mapping the market: A Framework for Rural Enterprise Development Policy and Practice. Practical Action, Rugby, Royaume-Uni. DFID (Département britannique pour le développement international). 2005. Making market systems work better for the poor (M4P): An introduction to the concept. Document de travail préparé pour l’atelier conjoint ADB/DFID sur le thème « Faire fonctionner les marchés au bénéfice des pauvres », 15-16 février 2005, Manille, Philippines (disponible sur : http://www.dfid.gov.uk/news/files/trade_news/adb-workshop.asp). COMPTE-RENDU 2005 107 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES A.5. Communauté de pratiques (M4P, filières et développement des marchés de services d’appui) Les sites web suivants contiennent des documents relatifs à l’approche M4P dans ses aspects de développement de filière et de marchés de services d’appui et/ou qui sont susceptibles de continuer à mettre en ligne des documents et activités relatifs à ces domaines : : http://www.dfid.gov.uk/news/files/trade_news/adb-workshop.asp Documents d’une conférence sur l’approche M4P organisée par DFID et ADB en février 2005. : www.markets4poor.org/ Site web du projet « Améliorer le fonctionnement des marchés au bénéfice des pauvres », qui anime les réseaux de recherche sur l’approche M4P, facilite le dialogue sur les politiques et encourage le renforcement des capacités au Cambodge, au Laos et au Viet Nam. : www.bdsknowledge.org Site dépositaire pour les documents et les annonces relatifs au fonctionnement des filières et des marchés de services d’appui au bénéfice des pauvres. D’un autre côté, le développement des filières est un domaine plus ancien en théorie comme en pratique. Certains documents de référence ont été évoqués dans les derniers Comptes-rendus. Voici quelques sites web et communautés de pratiques traitant de ce thème, qui contiennent également des informations sur le développement des marchés de services d’appui (marchés de SAE) : : www.actionforenterprise.org Contient des outils et des techniques pour développer des filières en faisant appel à des solutions commercialement viables. : http://www.sdc-valuechains.ch/ Site focal sur le développement rural : une communauté de pratique axée sur le développement des filières rurales. : http://www.microlinks.org Site MicroLinks de l’USAID, qui héberge une communauté de pratiques travaillant sur la création de liens entre les microentreprises et des filières productives. 108 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Deux sites suivent le développement des marchés de SAE depuis ses débuts et devraient se réorienter dans les années à venir à mesure que ce secteur évolue : : http://www.bdsknowledge.org Site dépositaire pour les documents et les annonces relatifs au fonctionnement des filières et des marchés de services d’appui au bénéfice des pauvres. : http://www.seepnetwork.org/bdsguide Le réseau SEEP, Guide to Business Development Services and Resources. En 2004-2005, cette communauté de pratiques hébergeait des discussions internationales sur les moyens de toucher les très pauvres et les très vulnérables, ainsi que sur l’évolution terminologique dans le domaine des SAE. Il n’existe pas d’efforts généraux, axés sur une communauté de pratiques, pour l’intégration des PE dans la prestation de services de santé ou d’autres services contribuant à réduire la pauvreté. Le site web BDSknowledge (http://www.bdsknowledge.org) contient des documents de programmes dans lesquels les PE fournissent des services clés aux pauvres et continueront à suivre les nouvelles parutions et activités dans ce domaine. COMPTE-RENDU 2005 109 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES Bibliographie BAD (Banque asiatique de développement). 2004a. Commercialization and poverty reduction. Briefing BAD n° 10. 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Travaux d’une conférence financée par le ministère français des Affaires étrangères, DDC, 2–4 novembre, Ouagadougou, Burkina Faso 110 COMPTE-RENDU 2005 EVOLUTION DES SAE : FAIRE FONCTIONNER LES MARCHÉS AU BÉNÉFICE DES PAUVRES ATA (Aid to Artisans). 2005. Initiative pour l’exportation de l’artisanat guatémaltèque. Rapport semestriel (juillet-décembre). Hartford, CT, Etats-Unis : ATA. ATA (Aid to Artisans) et AGEXPRONT. 2004. Promoting craft exports in Guatamala using BDS market development. Banco Solidario S.A. 2004. ACCION poverty outreach findings and analysis. Bolivie : Banco Solidario S.A. BDS-MaPS (Business Development Services—Marketing and Agricultural Services Project). 2004a. Rapport annuel (janvier-septembre) remis à l’USAID. Bahkundole, Lalitpur, Népal : BDS-MaPS. ———. 2004b. Plan de mise en œuvre détaillé (octobre 2004-septembre 2005). Rapport remis à l’USAID. Bahkundole, Lalitpur, Népal : BDS-MaPS. ———. 2004c. Plan de mise en œuvre annuel (octobre 2004-septembre 2005). 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