Avant-Garde vol6 1 - Centre hospitalier de l`Université de Montréal
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Avant-Garde vol6 1 - Centre hospitalier de l`Université de Montréal
l’Avant-Garde Le journal des soins infirmiers du CHUM Vol. 6 No 1 Printemps 2005 Thème de ce numéro : Les soins palliatifs Le soin à la fin de la trajectoire de vie : Tremblay, M. Sc. inf., Réflexions sur la « belle mort » Nicole et Monique Rousseau, B. Sc. inf., Dans notre société, la mort est occultée et le sujet tabou. Elle est crainte et souvent niée. Néanmoins, « les intervenants doivent être sensibilisés à son caractère inéluctable et naturel afin d’aider les individus à s’y préparer » (Ministère de la santé et des services sociaux [MSSS], 2004, p 65), retrouve-t-on comme recommandation dans la toute récente politique québécoise en matière de soins palliatifs. Compte tenu de cet objectif du ministère, cet article vise en premier lieu à sensibiliser l’infirmière à l’accompagnement de la clientèle confrontée à cette période de la vie « marquée par la fragilité et les bilans » (MSSS, 2004, p 65). En deuxième lieu, il vise à le faire à travers un questionnement face aux difficultés de cet accompagnement. Cette réflexion, croyons nous, représente en soi un préalable dans la compréhension de cette expérience, laquelle teinte indéniablement l’approche de soins. Sommaire • • • • Le soin à la fin de la trajectoire de vie : Réflexions sur la « belle mort » 1 Mot de la directrice 2 Contribution de l’infirmière en suivi systématique de la clientèle en soins palliatifs 6 Le traitement de la dyspnée et de la détresse respiratoire chez les personnes en fin de vie 8 La perfusion continue en fin de vie 11 L’accompagnement spirituel et religieux en soins palliatifs 13 • Conseils Santé 14 • Mot de la présidente du CII 15 • Adresses Santé 15 • Ressources 16 • • Nicole Tremblay est conseillère en soins spécialisés, clientèle d’oncologie au CHUM et Monique Rousseau est infirmière chef de l’unité des soins palliatifs à l’hôpital Notre-Dame du CHUM. Tous, comme être humain, peu importe nos croyances, notre passé et notre présent, nous espérons une « belle mort »1. Connaître une belle mort représente un souhait légitime. Nous espérons une « belle mort » pour nous, pour nos proches et pour tous ceux que nous aimons, et les professionnels de la santé en soins palliatifs la recherchent aussi comme idéal de soins pour le patient et sa famille. Mais la recherche de cet idéal doit être sans cesse soumis à un questionnement. En 1997, un sondage réalisé auprès de 1500 Canadiens confirme que 96 % des gens considèrent important que les personnes en phase terminale puissent vivre leurs derniers jours dans le confort et dans un milieu familier (Angus Reid cité dans Association canadienne en soins palliatifs [ACSP], 2004). Cependant, la réalisation de ce souhait ne peut qu’être incertain, et ce, pour toutes sortes de considérations : médicales, financières, sociales, philosophiques et humaines. Éditorial Mot de la directrice Mourir dans la sérénité Mourir dans la sérénité... Ces mots ne soulèvent-ils pas la difficile acceptation du passage de la vie à la mort et du désir bien légitime de mourir sans souffrances, entouré des siens ? La réalité est parfois tout autre. Bien sûr, certains se disent prêts devant la mort et viennent à l’hôpital pour mourir. Mais plus souvent qu’autrement, la mort s’annonce au cours de l’épisode de soin, sans que le patient ou sa famille n’y soient préparés. Parfois, elle surprend même les professionnels de la santé. Lorsque le pronostic s’assombrit et que cette éventualité se précise, la situation devient complexe non seulement à cause de la situation irréversible, mais à cause du malaise de l’équipe et de la famille. Que peut donc faire l’infirmière ? En parler ! Si l’infirmière anticipe des difficultés avec un patient ou sa famille, si elle éprouve un malaise à discuter de la mort, si elle vit des conflits avec ses propres valeurs, si la confusion est grande concernant ce que le patient sait, ce que la médecin a dit, les attentes de la famille face à cette situation, si le patient ou la famille refusent de parler de la mort et d’admettre que les soins palliatifs sont les plus appropriés à cette étape, il faut chercher de l’aide auprès de l’équipe soignante et de l’équipe interprofessionnelle. Et lorsque l’équipe elle-même éprouve des malaises, l’équipe de soins palliatifs peut intervenir puisqu’elle comporte entre autres des infirmières formées pour tenter d’aider ces patients, leurs familles et même l’équipe. Tous les patients ne peuvent et ni ne veulent accéder à l’unité de soins palliatifs, car reconnaître qu’on est en soins palliatifs ou en soins prépalliatifs, c’est admettre l’issue prochaine. Pour l’équipe de professionnels de l’unité régulière, c’est aussi s’avouer l’échec thérapeutique. Notre degré d’attachement avec la personne mourante ou avec sa propre famille ne rend pas la tâche de parler de la mort plus facile. Malgré cette difficulté, les professionnels, et en particulier les infirmières, doivent accueillir les sentiments parfois contradictoires que l’imminence de la mort fait naître. Le CHUM offre diverses possibilités d’aide que nous avons avantage à utiliser. Esther Leclerc, inf., M. Andragogie, M.Sc. 2 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 En fait, seulement 5 % des Québécois et des Canadiens ont accès à des services organisés de soins palliatifs (Lambert et Lecomte, 2000), cette faible proportion témoignant éloquemment des limites rencontrées. Selon Santé Canada, on appelle services organisés de soins palliatifs, ceux qui s’adressent aux personnes et aux familles aux prises avec une maladie mortelle, à un stade habituellement avancé. Ces services mettent l’accent sur la dignité de la personne, sur le soulagement des souffrances et sur l’amélioration de la qualité de vie (Conseil de la santé et du bien-être, 2003). Selon Tolle, Tilden, Rosenfeld et Hickman (2000), bien qu’aux États-Unis le contexte hospitalier diffère, le souhait de la population demeure le même qu’au Canada quant au confort et à l’environnement familier. Or, selon ces mêmes auteurs, les Américains craignent une mort prolongée, douloureuse, dispendieuse, dans un environnement impersonnel, hautement technologique et entouré d’étrangers. Ils craignent en outre une mort rendue encore plus difficile en raison d’une incapacité mentale à communiquer avec les proches. Les Canadiens ont peur aussi de mourir dans la souffrance et la solitude (Angus Reid cité dans AQSP, 2004). Face à ces craintes, les services organisés de soins palliatifs constituent une solution qui vise à soulager la souffrance et les symptômes de la maladie tout en apportant un soutien émotif, spirituel et social (Conseil de la santé et du bien être, 2003). D’où l’importance cruciale pour l’infirmière de réfléchir à ce qui peut constituer une belle mort pour la personne dont la mort est annoncée ? L’infirmière doit ainsi en quelque sorte se préparer à intervenir auprès des patients et de leurs familles afin que sa rencontre avec eux soit « un coup de cœur » et non « un coup de poing » (se référer à l’encadré). Cette expression de Lauzon et Martel (2003) traduit l’idée que toute rencontre manquée entre un intervenant et le patient et sa famille peut représenter en soi une source de détresse. Vers une définition de la « belle mort » Tolle, Tilden, Rosenfeld et Hickman (2000) définissent la « belle mort » comme étant celle où le patient, sa famille et les soignants sont soulagés de la détresse et de la souffrance évitables en accord avec les souhaits du patient et de sa famille. Ce soulagement doit cependant se réaliser en accord raisonnable avec les normes cliniques, culturelles et éthiques2. Selon Singer, Martin et Kelner, cités dans l’avis du Conseil de la santé et du bien-être (2003), des services organisés de soins palliatifs exigent, du point de vue du patient, le contrôle de la douleur et des symptômes, l’évitement de la prolongation indue du processus de mort, l’acquisition d’un sentiment de contrôle, l’allègement du fardeau qu’il peut constituer pour ses proches ainsi que le renforcement des relations avec ces derniers. Ces volontés transparaissent dans les rubriques nécrologiques des quotidiens québécois. Elles constituent jusqu’à un certain point des représentations populaires de la belle mort : « Entourée des membres de sa famille, est décédée paisiblement à l’hôpital, le 9 avril, à l’âge de 89 ans. À sa résidence, entourée d’affection, le 13 avril, nous a quittés paisiblement. Elle s’est éteinte après une courageuse lutte. » Nos observations cliniques et certains écrits nous conduisent à distinguer la présence, à des degrés divers, chez le patient et sa famille, mais aussi chez le professionnel, de ces représentations de la « belle mort » qui les feront se tendre tout autant vers des objectifs louables de soins que vers des objectifs démesurés, inatteignables et inadéquats. La juste mesure réside dans la conscience qu’il peut exister un écart entre les représentations professionnelles de la « belle mort » et les possibilités de les atteindre avec, comme point de départ, la vie du patient et ses valeurs. Les représentations de la « belle mort » et ses paradoxes pour le soin Une mort paisible, en sécurité, avec contrôle de la douleur et des symptômes. Pour les équipes soignantes, la recherche incessante du contrôle des symptômes s’impose autant éthiquement que professionnellement. Cependant, lorsque le soulagement de l’un ou plusieurs symptômes ne peut être obtenu, un sentiment d’échec naît bien souvent chez les soignants et cette fin de vie peut alors être perçue comme se déroulant dans l’indignité. L’infirmière doit d’abord reconnaître que tout ne peut être contrôlé et que quitter ceux qu’on aime et laisser des projets de vie en suspens peut engendrer une souffrance si grande qu’elle ne pourra être totalement soulagée. Son rôle consiste donc à offrir des opportunités d’expression des pertes et à rechercher le soulagement maximal des symptômes physiques, psychologiques ou spirituels. Une mort préparée par le patient et sa famille. Comme professionnel, nous aspirons à ce que le patient reconnaisse et accepte que sa mort à court terme est inéluctable et qu’il s’y prépare. Le déni de cette réalité suscite des malaises. Lorsque le silence s’installe autour de la mort et qu’il devient l’objet d’une règle imposée aux membres d’une famille, il n’est pas rare que l’idée de la « belle mort » s’éloigne du chevet du patient. La compétence de l’infirmière résidera ici dans sa capacité d’accompagner tous et chacun à découvrir et respecter les rythmes de la personne mourante et de sa famille ainsi qu’à valider et normaliser les sentiments engendrés par cette situation. 1 L’expression « belle mort » renvoie à un concept de mort « idéale » pour certains, c.-à-d. sans souffrance, paisible, entourée d’affection et constituée d’autres éléments qui seront développés tout au long de l’article. Ainsi la mort par euthanasie, même si elle est désirée par le patient et la famille et jugée éthique, ne pourrait être considérée comme une « belle mort », du seul fait qu’elle serait sanctionnée sur le plan juridique dans notre société. 2 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 3 Une mort qui suit les statistiques. Quand la mort tarde à venir ou qu’elle déjoue complètement les prédictions, des sentiments d’abandon, de colère, d’injustice, de désespoir risquent d’apparaître. L’agonie semble interminable et génère un non-sens. Il est donc important que l’infirmière parle des attentes, écoute et demeure présente à ces sentiments. Une mort après une courageuse lutte pour la vie. Certains patients refusent les traitements, donc la lutte contre la mort. Pour les proches, une mort sans lutte peut sembler bien moins « belle » et ils soutiennent le discours : « Il n’a pas voulu, mais ça aurait pu marcher ! ». Un tel refus signifie la certitude d’une mort prochaine et cette perspective, jugée intolérable pour eux, semble par ailleurs le seul choix porteur de sens pour le patient. Une mort digne. Pour être jugée digne, la mort doit être propre, sans odeur et sans changement physique trop apparent. Or, le corps du mourant exprimant ce qui se passe à l’intérieur, peut présenter les nombreux stigmates de la maladie. L’infirmière a donc pour rôle de faire réaliser aux familles la difficile normalité des changements qui surviennent chez la personne mourante. Une mort accompagnée par des êtres aimés, en harmonie avec les siens en dépit de l’éclatement des chemins de vie, une mort avec le pardon à tout prix. La vie des personnes peut s’être déroulée dans la mésentente, le mensonge et les ruptures. Il peut s’y cacher de « l’impardonnable ». Les soignants manifestent, parfois plus que le patient, la volonté qu’il y ait pardon des uns aux autres. Ils insistent pour que des rencontres de réconciliation se fassent et il arrive que le patient et sa famille n’en veulent pas. L’infirmière doit donc conjuguer son savoir à celui des personnes qu’elle soigne et leur reconnaître le droit de choisir de ne pas faire la paix. Une mort avec des adieux exprimés. Il arrive que la personne mourante attende la visite d’un proche en provenance d’une ville éloignée. Les équipes soignantes et les familles tentent l’impossible pour réaliser ce type de souhait, hautement significatif pour tous. Lorsqu’il ne se réalise pas, le deuil est souvent plus difficile et il peut être accompagné d’une amertume impossible à camoufler. L’infirmière dans son rôle d’accompagnatrice peut discuter de cette attente avec les survivants lorsqu’ils lui font part de cette peine et leur laisser entrevoir la possibilité que leur proche a peut-être préféré mourir à ce moment-ci malgré tout, contrairement à son souhait antérieur. Une mort plus douce que la vie menée. La vie d’une personne mourante peut s’être déroulée dans la violence et cela peut créer un conflit de valeurs pour les professionnels. Toutefois, une attitude d’accueil envers le patient et sa famille demeure toujours appropriée. Le rôle de l’infirmière consiste à identifier ses valeurs et ses sentiments dans cette situation et à participer à l’établissement d’une ligne de conduite centrée sur les besoins du patient, laquelle évitera de possibles dissensions dans l’équipe. 4 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 Enfin, d’autres choisissent la lutte et ne trouvent parfois plus de supporters, leur souffrance n’en étant pas moins grande. Il convient donc pour l’infirmière de nuancer les approches à l’égard de la vérité, car la vérité elle-même est en transition pour le patient, pour sa famille, pour les soignants. L’infirmière doit respecter les rythmes de tous à l’égard du processus de deuil et favoriser la communication des attentes. Une mort après un certain temps de vie significative. La mort d’une jeune personne peut paraître beaucoup moins « belle » que la mort d’une personne plus âgée, indépendamment de la manière dont elle se passe. L’infirmière doit, avec une grande délicatesse, en discuter avec cette jeune personne et les membres de sa famille. La discussion portera sur la possibilité que la mort puisse survenir et le sens que cet événement revêt à ce stade-ci de leur vie. Permettre l’expression des sentiments constitue l’intervention prioritaire à poser. Les représentations de la « belle mort » discutées ici ne sont pas exhaustives. Toutefois, elles peuvent guider la pratique des divers professionnels en soins palliatifs tout en les questionnant sur le travail accompli auprès des personnes touchées par une maladie grave. L’approche de l’infirmière dans les situations de fin de vie en est une d’accompagnement du patient et de sa famille et ce, peu importe la façon dont la mort se déroule. L’écoute, l’empathie, le respect s’ajoutent aux soins essentiels de soulagement de la douleur et d’autres symptômes. Entrer en relation : coup de cœur ou coup de poing Entrer en relation avec une personne dont la mort est annoncée et avec sa famille requiert que l’infirmière utilise de nombreuses compétences. Avant toute chose, l’infirmière doit se préparer particulièrement à la première rencontre, en se rappelant que le contexte de mort annoncée teintera la suite des interventions. La première rencontre, si elle devient un coup de cœur, amorce une relation de confiance. L’infirmière a donc avantage à utiliser des questions gagnantes dont voici quelques exemples : comment se passe la journée, quels sont les symptômes les plus incommodants, comment va le principal proche aidant ? Elle donne ainsi le ton d’une approche centrée sur le patient et la qualité de vie. Selon le contexte et l’ouverture des personnes rencontrées, elle vérifie leurs principales inquiétudes et ce qu’ils comprennent de la maladie. D’autres éléments inspirés du Family Caregiving Model de Joyce V. Zerwekh (1995) peuvent aussi aider à guider l’approche de soins. Les voici : • Donner et recevoir, demeurer en santé et ouverte, apprendre à faire le deuil, abandonner son agenda personnel et se ressourcer constituent les racines de l’action de l’infirmière. • Tendre à rencontrer les peurs, c’est-à-dire être capable d’être là, d’être présente à l’intensité de ce qui est vécu, de nommer les peurs et d’en discuter. • Connecter : être là , écouter et questionner, établir la confiance. • Encourager les choix, c’est-à-dire trouver des manières de faciliter les choix authentiques chez le patient et sa famille. • Dire toujours la vérité en parlant ouvertement de la maladie et de la mort, de la signification des symptômes, de la normalité du processus du mourir, de ce qui est attendu des traitements. Garder en tête que la vérité elle-même est en transition et que choisir un temps opportun pour communiquer est aussi une habileté. • Soutenir la famille, observer sa dynamique, apprendre son histoire, déterminer l’impact de la maladie sur les divers aspects de son fonctionnement. Aider au développement du savoir-faire des membres de la famille, agir comme personne facilitant la communication et faire face aux limites de leur histoire de vie. Références Association canadienne de soins palliatifs. (2004). Ce à quoi chacun de nous devrait réfléchir. Leçons de vie [feuillet]. Ottawa : Auteur. Conseil de la Santé et du bien-être. (2003). Avis : Pour une plus grande humanisation des soins en fin de vie. Québec : Gouvernement du Québec. Lambert, P. et Lecomte, M. (2000). Le citoyen : une personne du début à la fin de sa vie. Rapport sur l’état de situation des soins palliatifs au Québec. Québec : Ministère de la Santé et des Services sociaux. Lauzon, J. et Martel, C. (2003). Coup de cœur ou coup de poing. Conférence donnée dans le cadre du Congrès national de soins palliatifs, Rivière-du Loup. • Assurer le confort en soulageant les symptômes, en utilisant la médication judicieusement, en anticipant les situations à risque, en intervenant rapidement, en utilisant des méthodes non pharmacologiques de soulagement (musique, massage, application de chaleur et de froid, etc.) Ministère de la santé et des services sociaux. (2004). Politique en soins palliatifs de fin de vie. Québec : Direction générale des services à la population et Direction générale des services de santé et médecine universitaire. Tolle, S. W., Tilden, V. P. et Rosenfeld, A. G. Hickman, S. E. (2000). Family reports of barriers to optimal care of the dying. Nursing Research, 49(6), 310-317. Zerwekh, J. V. (1995). A Family Caregiving Model for Hospice Nursing. The Hospice Journal, 10(1), 27-44. • Échanger avec le patient et sa famille sur des thèmes liés à la spiritualité, en favorisant la réconciliation (si elle est désirée) et en étant à l’écoute des expériences mystiques du patient, le cas échéant. • Guider la transition vers la mort en aidant à dire adieu, en identifiant ce qu’il reste à accomplir, en favorisant l’expression de ce qu’il reste à dire, en aidant la famille à identifier les signes d’une mort imminente. l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 5 XXXXXXX Par Nicole Bricault, inf., B. Sc., et Colette Beaulieu, inf., B. Sc., CSIO© Nicole Bricault et Colette Beaulieu sont infirmières bachelières de suivi systématique, clientèle de soins palliatifs à l’hôpital Notre-Dame et à l’Hôtel-Dieu du CHUM Nicole Bricault et Colette Beaulieu sont infirmières en suivi systématique de clientèle en soins palliatifs au CHUM Contribution de l’infirmière en suivi systématique de la clientèle en soins palliatifs Atteint d’un cancer du poumon non réséquable, M. Tremblay a été diagnostiqué en décembre 2001. Il a fumé pendant 20 ans et avait cessé deux semaines avant de recevoir le diagnostic. Il a reçu des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie en 2002. M. Tremblay travaille à son compte en informatique. Frustré par la maladie qui, selon lui, aurait été diagnostiquée trop tard, il blâme tous les médecins qu’il a vus jusqu’à maintenant. Vous savez, c’est d’un grand réconfort de trouver dès les premiers instants chez l’infirmière qui s’occupe de nous des qualités d’écoute, de générosité, de disponibilité et j’en passe... alors que nous sommes si désemparés, c’est tellement sécurisant. Merci pour votre accueil. Merci beaucoup. (Lise, patiente suivie en externe) Si la première rencontre est le point de départ d’une relation thérapeutique entre le patient, sa famille et l’infirmière en suivi systématique travaillant en soins palliatifs, elle constitue aussi un moment déterminant dans cette étape critique que constitue une maladie grave. Le but de toutes les interventions qui suivront cette rencontre visent l’amélioration de la qualité de vie du patient et de sa famille par le soulagement de la douleur et des symptômes associés à la maladie incurable. Notons que la qualité de vie des patients passe souvent par le maintien à domicile le plus long possible, par le suivi en externe, par les relances téléphoniques de soutien ainsi que par l’hospitalisation lorsque nécessaire. Rôle de l’infirmière au en suivi systématique de la clientèle palliative C’est à travers l’histoire de Monsieur Tremblay, un être attachant, isolé et inquiet dont la maladie vient déranger le parcours de sa vie que nous illustrerons le rôle de l’infirmière au en suivi systématique de clientèle en soins palliatifs. La première rencontre se déroule en clinique externe de soins palliatifs. M. Tremblay se présente seul. Il rencontre l’infirmière et le médecin. L’évaluation globale des besoins réalisée lors de la première consultation nous renseigne sur l’ensemble de sa condition et va au-delà des symptômes physiques. 6 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 En faisant le génogramme de M. Tremblay, nous apprenons qu’il est âgé de 50 ans, vit seul, est séparé depuis 25 ans et conserve peu de liens avec ses deux enfants. Parmi sa fratrie, sa sœur Jacqueline qui habite le même immeuble, représente la seule personne significative à qui il demande de l’aide, le moins possible. Son réseau d’aide est très pauvre, il ne veut pas recevoir le soutien d’intervenants à domicile. Son logement est situé au troisième étage, ce qui limite ses sorties, l’immeuble n’étant pas doté d’ascenseurs. Sa principale préoccupation est d’abord la douleur. Souffrant depuis plusieurs mois, il a tenté sans succès plusieurs méthodes de soulagement incluant divers médicaments et produits naturels. L’évaluation de sa douleur selon les critères habituels nous renseigne sur le moment où la douleur survient, sa durée, son intensité, le site, le type et les répercussions sur ses activités de vie quotidienne. L’enseignement des principes de contrôle de la douleur et l’utilisation de la médication analgésique et co-analgésique s’avère un aspect prioritaire lors de cette rencontre, car M. Tremblay est réticent à prendre à nouveau des médicaments. De même, les mesures préventives pour prévenir la constipation associée à la prise de narcotiques sont présentées et discutées. Compte tenu que M. Tremblay prend de nombreux produit naturels, il est envoyé au pharmacien pour vérifier les interactions médicamenteuses. En respectant les choix de M. Tremblay, comme ceux de ne pas impliquer ses enfants et de continuer à vivre dans son logement, de même qu’en améliorant le soulagement de la douleur, l’infirmière en suivi systématique a pu établir un lien de confiance avec le patient et ce, dès la première rencontre, rencontre à laquelle, comme plusieurs patients, M. Tremblay s’est présenté craintif. Les soins palliatifs sont souvent perçus comme un signe de mort prochaine. La préparation à la mort rejoint la spiritualité, une des préoccupations du malade. Or, la vocation des soins palliatifs est globale : elle touche les dimensions bio-psycho-sociales de la personne et inclut le soulagement de la douleur et des symptômes tout au long de la maladie. En résumé L’infirmière en suivi systématique de clientèle fait appel aux différentes étapes de la démarche de soins. L’évaluation des besoins bio-psychosociaux et spirituels, permet de connaître la situation actuelle du patient et de ses proches et de proposer les soins et les services en complémentarité avec le réseau. Grâce à son expertise, l’infirmière en suivi systématique enseigne et apporte des réponses sur la médication, la gestion de la douleur et les autres symptômes associés. Au fil des rencontres, le patient accepte mieux la médication ainsi que nos propositions de services et soins disponibles dans la communauté. Il accepte également la présence de sa sœur Jacqueline dans son cheminement. Cette dernière se sent impuissante et affectée par la perte d’autonomie de son frère. Au cours d’une rencontre en présence de Jacqueline, nous lui avons expliqué qu’il était normal que son frère n’ait plus beaucoup d’appétit et qu’il était inutile d’insister pour qu’il s’alimente davantage. La douleur augmente, la maladie progresse. Durant son suivi, M. Tremblay s’est présenté à huit fois en clinique externe pour ajuster sa médication avec consultation médicale et infirmière. A trois reprises, il s’est présenté sans rendez-vous et a demandé à voir l’infirmière de suivi afin d’obtenir de l’information sur sa médication, la gestion de sa douleur et des autres symptômes qu’il présente, pour parler de sa colère, de ses inquiétudes, de son isolement, de son travail qu’il ne peut plus accomplir et de sa vie actuelle bouleversée. De même, nous avons noté seize échanges téléphoniques provenant du patient, de sa sœur ou des intervenants du CLSC. Lucide, pâle, amaigri et triste, M. Tremblay souhaite toujours demeurer autonome le plus longtemps possible chez lui. En décembre 2003, il accepte que le CLSC fasse un suivi médical à domicile. Toutefois, il garde un contact téléphonique avec l’infirmière de suivi de clientèle du CHUM. Puis, la perte d’autonomie, son anxiété, sa crainte d’étouffer, son réseau social limité et sa confusion ne lui permettaient plus de rester seul à la maison et ce, malgré le soutien de sa sœur et le suivi d’une équipe de soins palliatifs à domicile. Il accepte une hospitalisation à l’unité des soins palliatifs du CHUM. Sa sœur Jacqueline trouve la situation difficile et rencontre fréquemment l’infirmière en suivi de clientèle qu’elle considère comme une personne ressource significative. M. Tremblay est resté trois semaines aux soins palliatifs, il est décédé le 1er mars 2004, huit mois après la première consultation. L’accessibilité et la disponibilité de l’infirmière est un élément clé du succès du suivi de même que l’appui d’une équipe multidisciplinaire. L’infirmière répond à de nombreux appels téléphoniques qui proviennent du malade, de sa famille ou des intervenants du milieu hospitalier et communautaire. Elle évalue la situation en recueillant des informations pertinentes. Selon la problématique, elle dirige le patient vers les ressources appropriées et planifie des rendez-vous en clinique ou pour des examens, selon la disponibilité du patient, des intervenants et de l’urgence de la situation. L’infirmière contribue ainsi à prévenir des situations de crises. Les relances téléphoniques au patient permettent de vérifier sa compréhension de la médication, d’évaluer le degré de soulagement de sa douleur et des autres symptômes (nausées, vomissements, constipation) de même que sa condition générale et psychologique. Avec l’accord du patient, l’infirmière demande la participation des ressources du réseau communautaire, incluant CLSC, médecin de famille, pharmacie, etc. Toujours avec son consentement, elle inclut la famille et les proches dans la démarche de soins, leur offre du soutien et de l’écoute et les guide afin qu’ils puissent accompagner le malade dans l’atteinte de ses objectifs de fin de vie. Il a été démontré que le suivi de l’infirmière contribue à réduire le recours à l’urgence ainsi que les épisodes d’hospitalisation (Bricault 2002). Lorsque le maintien à domicile devient trop difficile pour le patient et son entourage, l’infirmière est mise à contribution afin d’éviter au patient un séjour à l’urgence. Selon la situation, elle planifie une admission à l’unité des soins palliatifs ou une hospitalisation sur une autre unité de soins au CHUM. Toutefois, il arrive qu’une détérioration rapide ou une situation aiguë obligent les patients à se présenter à l’urgence. Le lien privilégié avec l’infirmière en suivi de clientèle contribue à améliorer la qualité de vie du patient et de sa famille. Son soutien permet de mieux vivre cette expérience difficile comme le souligne ce témoignage : « Vous avez aidé maman de façon admirable, elle vous aimait beaucoup, elle avait confiance et se sentait sécurisée. Vous avez fait de l’excellent travail. Voir partir sa mère n’est pas facile, mais lorsque l’on est secondé par des gens merveilleux comme vous l’avez été, il me semble que c’est moins douloureux. Merci et longue vie à vous et à votre attitude de service face aux malades. » Guy Références Association canadienne de soins palliatifs. (2002). Modèle de guide des soins palliatifs : Fondé sur les principes et les normes de pratique nationaux. Ottawa : Auteur. Bricault, N. (2002). Pallier l’urgence, est-ce possible ? Onco-nursing. Association québécoise des infirmières en oncologie. 12(1), 19-24. Ministère de la Santé et des Services sociaux. Programme québécois de lutte contre le cancer. (1998). Pour lutter efficacement contre le cancer, formons équipe. Québec : Auteur. Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. (1996). Le suivi systématique de clientèles, une solution infirmière. Montréal : Auteur. L’infirmière en suivi systématique a informé sa sœur Jacqueline des ressources disponibles en suivi de deuil. l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 7 XXXXXXX Par Louise Handfield, inf. M.SC. Louise Handfield est infirmière bachelière de suivi systématique, clientèle de soins palliatifs à l’hôpital Saint-Luc du CHUM Le traitement de la dyspnée et de la détresse respiratoire chez les personnes en fin de vie Une large étude en soins palliatifs (National Hospice Study) a démontré que jusqu’à 70 % des personnes atteintes de cancer souffrent de dyspnée durant les six dernières semaines de leur vie (Reuben et Mor, 1986). Dans les faits, la difficulté respiratoire constitue l’un des dix symptômes les plus courants chez les patients admis dans une unité de soins palliatifs (Krech, 1992, dans O’Driscoll, 1999). L’infirmière soignante intervenant auprès d’une clientèle en fin de vie sera rapidement confrontée à ce symptôme. Connaissant l’étendue de son effet néfaste sur le bien-être du patient et de sa famille, elle ne peut y rester indifférente. Cet article a pour but d’informer les infirmières sur l’évaluation de la dyspnée, de la détresse respiratoire et leurs traitements. Qu’est-ce que la dyspnée ? La dyspnée est une sensation désagréable de difficulté de respirer, le plus souvent accompagnée d’anxiété. Elle peut être décrite par le patient comme une oppression thoracique, une sensation de suffoquer, un manque d’air, une peur d’étouffer ou une difficulté à respirer. La facilité d’inspiration et d’expiration disparaît et chaque respiration devient consciente. Il est important de noter que la difficulté de respirer n’est pas toujours associée à des signes objectifs. Par contre, plus l’intensité de la dyspnée et sa rapidité d’installation sont élevées, plus il y a de chances que soient présents les signes suivants : augmentation de la fréquence respiratoire (tachypnée), augmentation de l’amplitude respiratoire (hyperpnée), utilisation des muscles accessoires (tirage) diminution de la saturation (hypoxémie), cyanose. La dyspnée est une sensation subjective. Elle implique autant la perception du stimulus que la réaction du patient à celle-ci (Comroe, 1996). Il est souvent impossible de dégager la cause physique des composantes psychologiques, sociales et spirituelles de la dyspnée. D’ailleurs, plus la durée de la dyspnée est longue (en terme de semaines, mois, années), plus ces composantes affecteront la perception et l’expression de celle-ci. En général, on peut dire que le degré d’activité et d’anxiété, la rapidité d’apparition et les expériences antérieures de dyspnée influencent la perception de la sévérité de la dyspnée. 8 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 La dyspnée est le plus souvent multifactorielle. Elle peut être causée directement ou indirectement par la maladie, par les traitements ou par toute autre cause. De plus, la cachexie et la fatigue extrême des personnes en fin de vie peuvent, à elles seules, provoquer la dyspnée. La dyspnée est un symptôme pouvant provoquer la panique chez le patient, sa famille et les soignants. La respiration est reliée à la perception que l’on est vivant. La difficulté à respirer apporte une sensation d’effroi indiquant que la vie est menacée; l’instinct de survie fait alors surface. Tout comme la douleur, il existe un cercle vicieux de la dyspnée expérimenté par la plupart des personnes dyspnéiques. Certains patients exprimant de la détresse et verbalisant leur peur de suffoquer, peuvent en venir à paniquer et avoir la conviction qu’ils vont mourir (figure 1). Il est donc important de connaître l’intensité de la dyspnée ressentie et de la traiter avant que le cercle vicieux s’installe et qu’une détresse respiratoire apparaisse. La dyspnée est celle que le patient exprime Prévenir la détresse respiratoire Puisque la dyspnée est une sensation subjective, qu’elle n’est pas toujours accompagnée de signes objectifs observables, il est indispensable, comme avec la douleur, d’utiliser des mesures subjectives. C’est pourquoi, il est recommandé d’utiliser une échelle verbale analogue (de zéro à dix) pour en mesurer l’intensité. Se greffe à cette mesure l’observation d’autres signes tels que la saturation, la fréquence respiratoire, l’utilisation des muscles accessoires, la rapidité d’installation (minutes, heures, jours, années…), la capacité à se déplacer, à se reposer et les facteurs précipitants ou de soulagement identifiés par le patient. La détresse respiratoire se définit comme une dyspnée sévère d’apparition aiguë ou sub-aiguë. C’est une complication grave et extrêmement anxiogène et ce, tant pour le patient, son entourage que pour les soignants. Mourir étouffé constitue l’une des peurs les plus importantes en fin de vie. En plus de la dyspnée, un patient en détresse respiratoire présentent les signes et symptômes suivants : tachypnée, tirage, sécrétions bronchiques, anxiété sévère, agitation et cyanose. Idéalement, les patients à risque de la développer sont préalablement identifiés et une médication d’urgence est prévue. Celle-ci a pour but de diminuer la dyspnée, la détresse et l’anxiété, de permettre la sédation rapide et si possible l’amnésie, tout en diminuant les sécrétions. Elle est composée principalement d’un opiacé, d’un benzodiazépine (midazolam ou lorazépam) et d’un anticholinergique (scopolamine ou atropine) (Desforges, 1999). Elle peut être répétée trois fois (opiacé et benzodiazépine) toutes les 30 minutes et ce, jusqu’au soulagement des symptômes. Il est important de souligner que l’administration de cette médication ne cause pas le décès mais la sédation rapide. L’administration de la médication doit être vue comme une façon de soulager un symptôme intolérable. Si la mort survenait, celle-ci demeure néanmoins attribuable à la pathologie sous-jacente. Le traitement de la dyspnée Pour intervenir efficacement, il est nécessaire de comprendre la nature multifactorielle de la dyspnée. Il importe de la traiter sur plusieurs plans. Dans certains cas, le traitement de la pathologie sous-jacente permettra une amélioration de la qualité de vie (ex. : chimiothérapie, radiothérapie, pleurodèse...), alors que dans d’autres cas, un traitement symptomatique sera préférable. Dans un contexte de soins palliatifs, chaque situation est évaluée avec le malade et en rapport aux effets du traitement et du symptôme sur la qualité et la durée de vie. L’infirmière, de par son rôle privilégié auprès du patient, est en mesure d’identifier rapidement et d’intervenir sur plusieurs plans. D’abord, par une attitude calme, elle permettra de rassurer le patient et sa famille. Sa présence, parfois constante si la dyspnée est sévère, permettra de limiter l’anxiété et sera perçue comme une prise en charge de la situation. La perception de contrôle sur la dyspnée est indispensable pour éviter l’augmentation de l’anxiété (le cercle vicieux). Dans certains cas, lorsque la condition du patient le permet, des techniques de respiration contrôlée (exemple : respirer en tenant les lèvres pincées) peuvent être enseignées. Il importe aussi de moduler les activités du patient en fonction de ses capacités... en alternant avec des périodes de repos. Il ne faut pas passer sous silence l’importance du positionnement du patient et de l’aération de la pièce. La position semi-assise ou assise est souhaitable. Une pièce bien aérée (fenêtre ouverte, rideaux ouverts, diminution du nombre de personnes dans la pièce) permet une meilleure respiration. Bien qu’on s’explique mal ce phénomène, dans certains cas, l’air d’un ventilateur dirigé sur la joue du patient apaise la dyspnée autant que l’administration de l’oxygène. L’oxygénothérapie peut soulager en améliorant l’hypoxémie (pas toujours présente cependant chez les dyspnéiques) et par son effet placebo (Gift, 1990). L’infirmière peut aussi utiliser le plus efficacement possible la médication. Les opiacés, majorés à 50 % de la dose utilisée pour la douleur, agissent sur le centre respiratoire, altèrent la perception de la dyspnée, diminuent l’anxiété et la sensibilité à l’hypercapnie et à l’hypoxémie. Une dose à donner à intervalle régulier, ainsi qu’une dose que l’infirmière pourra donner au besoin, entre les doses régulières (entredoses), seront prescrites. L’infirmière joue donc un rôle de premier plan dans le traitement de la dyspnée et la prévention de la détresse respiratoire. Par son évaluation systématique, elle permet d’intervenir précocement, dès l’apparition du symptôme. Son calme et sa présence, permet au malade de retrouver un sentiment de contrôle et de prise en charge de la situation. L’utilisation judicieuse de la médication lui permet de soulager rapidement voire même de prévenir la détresse respiratoire. Si celle-ci survient, elle pourra la traiter promptement pour diminuer la souffrance tant physique que psychologique (figure 2). En prenant soin du patient dyspnéique en fin de vie, elle permettra aux survivants de conserver une image moins traumatisante des derniers moments de l’être cher et facilitera à long terme la résolution de leur deuil. Les même principes d’intervention que pour la douleur s’appliquent soit : l’évaluation régulière du symptôme et l’administration des entredoses, préférablement lorsque la dyspnée est de légère à modérée ou bien avant une activité qui pourrait l’ exacerber. De plus, l’anxiété doit être évaluée et traitée avec un anxiolytique. Ce dernier aurait aussi l’avantage de potentialiser les effets des opiacés et aurait des propriétés sédative, amnésique et myorelaxante. L’utilisation judicieuse des opiacés et des anxiolytiques réduit les deux pôles du cercle vicieux, soit la dyspnée et l’anxiété. Ainsi, la plupart du temps, la dyspnée est soulagée et l’apparition de la détresse respiratoire peut être prévenue (figure 2). l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 9 Le cercle vicieux de la dyspnée Références (Davis, C.L. 1997) Comroe, J. H. (1996). Some theories of the mechanism of dyspnoea. Dans J. B. Howell et E. J. M. Campbell (Éd.), Breathlessness (pp. 1-7). Oxford, Angleterre : Blackwell Scientific. dyspnée Davis, C. L. (1997). ABC of palliative care. Breathlessness, cough, and other respiratory problems. British Medical Journal, 315, 931-934. sensation de panique anxiété peur de mourir incompréhension Desforges, M. (1999).Traiter la dyspnée à domicile. Le médecin du Québec, 34(5), 49-55. Gift, A. G. (1990). Dyspnea. Nursing Clinics of North America, 25(4), 955-965. O’Driscoll, M., Corner, J. et Bailey, C. (1999). The experience of breathlessness in lung cancer. European Journal of Cancer Care, 8, 37-43. augmentation de l'anxiété Reuben, D. B. et Mor, V. (1986). Dyspnea in terminally ill cancer patients. Chest, 89, 234-236. ÉVALUATION DE LA DYSPNÉE PAS DE DYSPNÉE Arbre de décision DÉTRESSE RESPIRATOIRE DYSPNÉE RASSURER ET RESTER AVEC LE PATIENT + POSITIONNER + OXYGÈNE; AÉRATION + PROTOCOLE DE DÉTRESSE POSITIONNER + RÉASSURER + ENVIRONNEMENT CALME + AÉRATION ET/OU RÉÉVALUATION DYSPNÉE OU PAS DE DYSPNÉE DYSPNÉE + PEU OU PAS D’ANXIÉTÉ OPIACÉ PRN DYSPNÉE 10 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 DYSPNÉE SÉDATION PEU OU PAS DE SOULAGEMENT DYSPNÉE + ANXIÉTÉ RESTER AVEC LE PATIENT ANXIOLYTIQUE PRN +/OPIACÉ PRN RÉPONSE NON SOUTENUE OU DYSPNÉE, ANXIÉTÉ OU DÉTRESSE PROTOCOLE DE DÉTRESSE X AD3 DÉCÈS XXXXXXXX Par le Dr Benoît Dubuc Benoît Dubuc est médecin au Service des soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu du CHUM La perfusion continue en fin de vie Voici l’histoire de madame T., admise à l’hôpital depuis dix jours après une dégradation progressive de son état général. Elle souffre d’une maladie de Parkinson avancée. Elle dit qu’elle est en train de mourir et elle en a parlé avec sérénité avec les membres de sa famille au cours des quatre derniers jours. Elle est en paix, elle ne souffre pas physiquement. Elle est lucide et bien orientée quoique très faible. Jusqu’à maintenant, ses douleurs étaient soulagées par l’ingestion de morphine à action prolongée. Mais en ce début d’après-midi, la dame n’est plus capable d’avaler. Elle s’étouffe en buvant et elle semble plus souffrante. Elle ne parle plus, fronce les sourcils et gémit faiblement à chaque respiration. Le médecin propose à la famille d’installer une perfusion continue de morphine et de midazolam par voie sous-cutanée afin de la soulager de tous ses symptômes. Le fils vous questionne : « Est-ce que c’est de l’euthanasie ? » Et de toute façon, il souhaite que vous donniez une forte dose pour en finir au plus vite. Il ne veut pas que sa mère souffre trop longtemps. Euthanasie ? L’euthanasie fait partie des questions fréquemment soulevées par les patients, leur famille ou le personnel soignant. On la craint, puisqu’elle est illégale au Canada. Amorale et répugnante pour bien des gens, il s’agit, pour d’autres, d’une option de fin de vie valable et moralement acceptable. La décision d’installer une perfusion continue dans le but de soulager les patients en phase terminale fait partie des stratégies de soins visant uniquement le confort des patients. Pour sa part, l’euthanasie est un procédé dont l’intention première est de provoquer la mort (Dallaire, 2004). Que ceci soit clair : le soulagement des patients en fin de vie n’est pas une forme d’euthanasie ni d’un point de vue éthique, ni d’un point de vue légal. Qu’est-ce qu’une perfusion continue ? La perfusion continue consiste à administrer des médicaments de façon constante à l’aide d’une pompe volumétrique ou d’un pousse-seringue. La médication est diluée dans un volume de solution saline et infusée par voie intraveineuse ou sous-cutanée. C’est tout simple. On détermine la dose de médicament à administrer par tranche de 24 heures et on détermine le débit. Il est possible que les symptômes s’intensifient au cours des prochaines heures de sorte qu’on ajoute plus de médicaments afin de parer à une éventuelle hausse des besoins analgésiques et permettre l’administration d’entredoses sous forme de petits bolus. De nombreux médicaments peuvent être administrés simultanément lorsqu’ils sont chimiquement stables et compatibles pendant plusieurs heures, voire même plusieurs jours. Les combinaisons fréquentes sont la morphine et le midazolam, la morphine et le méthotriméprazine (Nozinan®) ou encore, l’hydromorphone (Dilaudid®) avec l’halopéridol (Haldol®) et le lorazépam (Ativan®). Il existe bien d’autres possibilités. Mieux vaut consulter un pharmacien lorsqu’on se questionne sur la composition et la stabilité d’un mélange de médicaments (Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, 2002). l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 11 On évite généralement d’installer une voie veineuse chez les patients en fin de vie. Lorsqu’il faut installer une perfusion continue, on utilise avantageusement la voie sous-cutanée. La voie veineuse est plus directe pour l’administration de médicaments. Toutefois, les patients en fin de vie présentent souvent un accès veineux difficile pour des raisons liées à la déshydratation, à la fragilité des veines et parfois, à l’agitation. La voie sous-cutanée offre une facilité d’installation et une fiabilité du site. Afin de minimiser l’inconfort des patients, nous avons utilisé historiquement les plus petites aiguilles disponibles, soit celles des microperfuseurs à ailettes communément appelés « papillons ». Ces dispositifs peuvent malheureusement favoriser les piqûres accidentelles chez le personnel soignant ou les membres des familles. Par exemple, si un microperfuseur à ailette est arraché et qu’il se retrouve dans la literie, il y a un risque de blessure. Aussi, en mobilisant les patients, en les tournant ou en les relevant dans leur lit, on peut se piquer en appuyant la main par mégarde directement sur l’aiguille du microperfuseur à ailettes. Pour ces raisons, il est dorénavant préférable d’utiliser des cathéters sous-cutanés non métalliques (voir l’illustration no 1). On utilise des cathéters intraveineux courts de type « Jelco® », de calibre 24 qu’on introduit dans l’espace sous-cutané. L’aiguille interne est retirée, on visse un bouchon d’injection et on recouvre le dispositif d’un pansement adhésif transparent de type Tegaderm®. Il est à noter que la petite quantité d’air n’a pas à être retirée puisque l’injection se fait dans le tissu sous-cutané. En administrant une perfusion continue par un cathéter en plastique plutôt que par une aiguille métallique, nous obtenons une voie d’injection alliant confort et sécurité. Bien que cette nouvelle pratique soit peu documentée dans les écrits scientifiques, il n’en demeure pas moins qu’elle fait l’objet de discussions et qu’elle est déjà utilisée dans certains milieux. En soins palliatifs, les sites privilégiés pour l’administration des médicaments par voie sous-cutanée sont, par ordre de préférence : la région thoracique antérieure près du sternum, l’épigastre, la région abdominale sous-ombilicale, les bras et en dernier lieu, les cuisses (Direction des soins infirmiers du CHUM, 2001). C’est au niveau du thorax que l’absorption des médicaments par les capillaires lymphatiques sera la plus rapide. Références Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. (2004). Guide pratique des soins palliatifs (3e éd.). Montréal : Auteur. A. cathéters intraveineux courts de type Jelco®, de calibre 24 B. bouchon d'injection La perfusion continue cause-t-elle toujours une sédation ? Madame T. est déjà inconsciente mais encore souffrante. Dans son cas, la dose de morphine qui la soulagera sera également une dose sédative. Toutefois, il n’en est pas toujours ainsi. Le soulagement des patients n’induit pas nécessairement une sédation ou un coma. On décide souvent d’installer une perfusion continue dans le but de mieux soulager un patient conscient et lucide qui ne peut avaler. L’ajustement de la dose analgésique ne conduira pas nécessairement au coma chez le patient. Il y a d’autres avantages ou indications à la perfusion continue. Le soulagement obtenu par une perfusion continue permet d’éviter l’irrégularité du soulagement occasionné par des injections intermittentes, ce qui procure un confort soutenu pour le patient. Pour sa part, l’infirmière économise le temps qui était consacré à la préparation et à l’administration intermittente de chacune des doses. L’autre avantage intrinsèque à l’utilisation de la pompe volumétrique repose sur la simplicité d’administration des entredoses requises. Si le patient est souffrant, l’infirmière n’a qu’à programmer ponctuellement la pompe volumétrique pour administrer une entredose sous forme de bolus. Voilà madame T. bien soulagée par l’administration d’une médication qu’elle reçoit en perfusion continue. Rassurée et soutenue par l’équipe des soins palliatifs, la famille vit également ces derniers moments paisiblement, dans la dignité du soulagement de la souffrance de la dame. Il n’est plus question d’euthanasie pour écourter cette vie. Elle décède paisiblement deux jours plus tard entourée des siens. 12 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 Dallaire, Michelle. (2004). L’euthanasie en 2004 : une discussion à relancer. Notes de la conférence présentée au 14e congrès annuel du Réseau de soins palliatifs du Québec (RSPQ), Montréal. Direction des soins infirmiers du CHUM. (2001). Guide clinique en soins infirmiers. Montréal : Auteur. XXXXXXXX Par Elaine Champagne, Ph.D., Théologie Elaine Champagne est agente de pastorale au Service de pastorale du CHUM L’accompagnement spirituel et religieux en soins palliatifs Spiritualité et religion, vie et mort : des termes qui font référence non pas seulement à des concepts, mais bien à des expériences humaines fondamentales. Des termes distincts et indissociables qui sont au cœur de la pratique pastorale en soins palliatifs. Le spirituel fait habituellement référence à la quête de sens, à la recherche du pourquoi et du « vers quoi » de l’histoire personnelle et collective. C’est son mode existentiel. La couleur donnée à ce qui est perçu et exprimé de l’existence, la saveur perçue et donnée au quotidien relèvent encore du spirituel. Le spirituel passe par les sens, c’est son mode sensible. « Nous comprenons la vie spirituelle comme manière de vivre son corps » (Lacroix, 2001, p. 271). Or le corps est ouverture au réel. En termes philosophiques, il est le lieu de l’être-au-monde. Il est essentiellement relationnel. Ainsi, la spiritualité se vit et s’exprime dans et par les relations : relation à soi, relation aux autres et relation à l’Autre, l’Absolu, Dieu. C’est son mode relationnel. La religion et de la spiritualité s’articulent selon cette ouverture au monde : « La spiritualité porte en elle le refus de l’enfermement; la religion porte les mots pour dire et vivre ce refus » (Jacques, 1999, p. 106). Lorsque l’expérience religieuse est rejetée, c’est habituellement parce qu’elle est ressentie comme aliénante, et donc contraire à ce refus. D’autres mots et d’autres gestes sont alors recherchés, comme s’il fallait alors se fabriquer une religion. Encore une fois, les termes sont inséparables. Références Chauvet, L.-M. (1993). Les sacrements. Parole de dieu au risque du corps. Paris : Éditions Ouvrières. Jacques, R. (1999). Le « spirituel » et le « religieux » à l’épreuve de la transcendance. Théologiques 7(1), 89-106. Lacroix, X. (2001). Le corps de chair. Les dimensions éthique, esthétique et spirituelle de l’amour. Paris : Cerf. Je me souviens de cette dame à qui je m’étais présentée comme animatrice de pastorale. Elle m’avait répondu avec un sourire ironique: « Oh, vous savez, moi, la religion ! J’ai très bien vécu sans elle ! Merci ! Je n’ai pas besoin de vos services ! » Puis d’un même souffle, sans même me laisser le temps de réagir, elle avait poursuivi, avec un regard perçant : « Je viens d’apprendre aujourd’hui que je vais bientôt mourir. Pouvez-vous m’aider ? » Vivre et recevoir des soins palliatifs, c’est vivre en même temps qu’être confronté à sa finitude de façon inéluctable. C’est ressentir cette finitude comme incontournable. C’est entrer dans un face-à-face avec la mort. La mort sera-t-elle un temps d’enfermement ou un temps d’accomplissement ? La réponse appartient à l’intime de chaque personne. Comme chaque personne est unique, chaque rencontre est unique. Chaque visite pastorale est remplie de paroles et de silences. La conversation paraît parfois anodine, parfois plus profonde, mais souvent, c’est au-delà des mots que l’essentiel cherche à s’exprimer. L’accompagnement spirituel et religieux en soins palliatifs, c’est ce privilège de favoriser et de soutenir l’émergence timide ou de l’expression large du sens accordé à la vie et à la mort. C’est ce pas à pas du quotidien dont on cherche la plénitude, dans le temps qui n’en finit pas de passer en même temps qu’il fond comme neige au soleil. C’est un espace pour creuser la vérité de son existence, un espace pour exprimer les doutes, les inquiétudes et les regrets en même temps que de laisser naître l’espérance et la paix. L’accompagnement prend parfois simplement la forme d’une main tenue, d’une présence dans le silence. C’est le témoignage que cette Autre Présence qui nous dépasse infiniment veille et nous soutient avec bonté. Quand il intègre les sacrements du pardon, de l’eucharistie (communion) et de l’onction des malades, pour un grand nombre de chrétiens, l’accompagnement spirituel et religieux est signe de la Présence agissante de Dieu. En effet, les sacrements « sont des signes de salut, c’est-à-dire du déjà-là de la grâce de Dieu présente dans l’existence quotidienne » (Chauvet, 1993, p. 9). En un mot, c’est être témoin du Don de Dieu dans la vie de la personne accompagnée. La pratique pastorale en soins palliatifs, par son écoute et sa présence, accompagne la vie qui cherche à se dire, à s’accomplir, jusqu’en sa mort. Elle ouvre l’espace intérieur qui permet encore de s’étonner comme ce patient : « C’est maintenant que je sais combien la vie vaut la peine d’être vécue ». l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 13 Conseils Santé Par France Roy, inf., M.Sc. France Roy est conseillère en soins spécialisés au CHUM. L’accompagnement des jeunes Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous pourriez conseiller à des parents qui se demandent quoi dire à leur enfant devant la mort d’un être cher ? Si oui, je vous invite à lire le texte, qui suit, extrait du Guide d’accompagnement en fin de vie publié par le Comité des usagers du CHUM. Le texte s’adresse aux parents et pour ma part, il m’a inspirée lorsque des amis m’ont demandé conseil. Aimer et dire adieu à un enfant Aimer un enfant, c’est désirer par-dessus tout le voir grandir et le voir sourire le plus souvent et le plus longtemps possible. Comment se comporter, comment trouver les mots, comment aimer tout en disant « Adieu mon enfant ? ». Expliquer à son enfant que l’on a une maladie grave est une tâche difficile, pour laquelle nul n’est jamais tout à fait préparé. Les parents racontent souvent qu’ils se sentent démunis et qu’ils ne savent pas comment s’y prendre. Si c’est votre cas, dites-vous que c’est normal, que d’autres aussi ont réagi comme vous. Respectez vos intuitions, tout en demeurant cependant ouvert à ce qui peut être utile. Informez-vous, lisez, n’hésitez pas à questionner. Si c’est possible, faitesvous aider. Vous trouverez des suggestions de lecture à la fin de ce document. Il est préférable d’annoncer la nouvelle aux enfants le plus tôt possible, car ceux-ci savent d’instinct que quelque chose ne va pas. Gardez en tête que ce qu’ils imaginent est souvent pire que la réalité. Si comme parents vous avez toujours eu des conversations honnêtes avec vos enfants, il serait souhaitable qu’ils apprennent la nouvelle de vous. Si cela est possible, les deux parents devraient discuter avec les enfants. Si en tant que mère ou père, vous vous sentez incapable de parler de ce qui arrive, il faut choisir avec soin votre représentant. Enfin, les enfants doivent être prévenus qu’ils peuvent parler ouvertement de toute information entendue ou reçue qui diffère de celle des parents. 14 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 On encourage les parents à parler à tous leurs enfants en même temps, même si leur âge varie beaucoup. Il ne faut pas s’attendre toutefois à ce que la compréhension des enfants soit identique. Il faudra expliquer plusieurs fois, en trouvant d’autres mots, mais tous les enfants se sentiront ainsi concernés et seront ensuite plus susceptibles de se soutenir mutuellement. Les enfants s’adaptent mieux à la situation quand ils y participent, quand ils savent ce qu’il se passe, lorsqu’il n’y a pas de surprises et qu’ils sont informés. Les visites de l’enfant à l’hôpital ont comme but de maintenir le lien des enfants avec la personne malade. Ils peuvent par exemple se montrer des photos, des dessins ou des objets qui témoignent de leur amour mutuel. C’est une façon de dire à l’autre : « Je t’aime et tu me manques ». Il est préférable de préparer à l’avance les enfants à cette visite. Expliquer par exemple que Maman a l’air de dormir. Elle a un tube dans le bras. Tenez compte de leur âge pour déterminer la durée des visites. Au retour, il est bon d’échanger avec eux sur ce qu’ils ont vu, ressenti et pensé. Hamilton, J. Quand un parent et malade : Comment expliquer la maladie grave aux enfants. Titre original : When a Parent is Sick : Helping Parents explain Serious Illness to Children, 1999. 1 Référence Comité des usagers du CHUM. (2002). Guide d’accompagnement en fin de vie. Montréal : CHUM, pp. 9-10. Reproduit avec l’autorisation de l’auteur. Mot de la présidente du CII Gisèle Besner, Inf., M. Sc. Conseillère en soins spécialisés et présidente du CECII La fin de la vie diffère de son début. La naissance est une célébration mais c’est aussi le début d’un noyau. Ce petit être avec ses maigres moyens cherche à s’adapter de toutes ses forces à ses nouveaux parents, tout comme ils le font avec lui et c’est une maille qui s’ajoute au tricot de nos relations et qui les changent à tout jamais. Pour certains, la vie se résume à quelques battements cardiaques et pour d’autres elle s’étale sur plusieurs années. Lorsque la vie donne des signes qu’elle s’arrêtera bientôt, lorsque c’est la fin pour un enfant, un conjoint, un père, une mère, un frère ou une sœur, un grand-parent, un ami ou une personne seule, c’est une grande peine pour cette personne mais aussi pour ses proches. Ils voient que l’un des leurs les quittera à tout jamais, qu’une maille du tricot s’échappe. La souffrance des uns et des autres est différente, mais tous ont besoin d’une infirmière qui les comprend, les guide et qui apaise les souffrances. Ce savoir-faire est avant tout une science qui repose sur la compétence à traiter les symptômes en fin de vie mais aussi sur l’art de la communication. Considérant l’importance de ces besoins et l’effervescence du développement des connaissances sur les soins en fin de vie, un effort collectif de plusieurs organismes américains prend actuellement forme. Il vise à rendre accessible la formation continue sur le sujet, autant aux infirmières qu’aux autres professionnels de la santé. Tous ces efforts n’ont qu’un seul but : améliorer la qualité des soins aux patients en fin de vie. Ils ont choisi d’influencer le curriculum de formation des étudiantes en soins infirmiers, d’encourager les infirmières à mettre à jour leurs connaissances par de la formation continue dans ce domaine et d’offrir une certification. Des infirmières au Québec réalisent l’importance de cette formation et parmi elles, des infirmières du CHUM relèvent le défi ! En effet, certaines ont formé un groupe d’étude en vue d’obtenir la nouvelle certification en soins palliatifs décernée par l’AIIC. La Direction des soins infirmiers encourage ce mouvement en s’engageant à débourser les frais d’inscription à l’examen canadien de certification. Je lance donc un appel à chacune d’entre vous : si le cœur vous en dit et si la fin de vie vous intéresse, joignez-vous à vos collègues pour étudier, pour apprendre et avant tout pour mieux soigner. Adresses Santé La parole est à vous Vous désirez nous communiquer vos commentaires ? Vous avez des questions sur nos pratiques de soins ? Ou tout simplement, vous avez des suggestions à nous faire part ? Faites-nous parvenir le tout par courriel à : [email protected] ou par courrier à : Élaine Perreault 1058, rue Saint-Denis Montréal, 11e étage Bureau 11313 H2X 3J4 Au plaisir de vous lire ! Sur l’internet... L’Avant-Garde est maintenant disponible sur le site internet du SIDIIEF (Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone) dont le CHUM est un membre fondateur. Par Éric Maillet, inf. B.Sc., MAP Infirmier-chef de la gestion des remplacements L’adresse du site : http://www.sidiief.org Les sites ont été visités le 9 décembre 2004. Il est aussi possible d’accéder à ce site par la page de l’OIIQ : http://www.oiiq.org Association canadienne de soins palliatifs (ACSP) Palliative Care Association of Alberta www.chpca.net L’Association canadienne de soins palliatifs est un organisme national qui a pour mission de guider les soins palliatifs dispensés au pays. Le site de l’ACSP offre une multitude d’informations, tant en français qu’en anglais, en lien avec les soins palliatifs. L’association vise notamment l’accroissement des connaissances et habiletés du public, des soignants et des bénévoles. Il est possible de consulter, de télécharger ou de commander des publications en ligne. Le site propose des liens intéressants vers des ressources gouvernementales, universitaires et communautaires. www.albertapalliative.net Cette association a pour mission de promouvoir les normes et critères de pratique en lien avec les soins palliatifs et ce, à l’échelle régionale, nationale et internationale. Le site de cette association est uniquement anglophone. Il offre un contenu clinique très pertinent pour les soignants exposés aux particularités cliniques des soins palliatifs comme par exemple, le deuil, le soulagement de la douleur, la dyspnée, la nausée chronique, l’hydratation, l’anorexie, etc. Il présente également une revue de certains outils d’évaluation clinique ciblant diverses thématiques associées aux soins palliatifs (qualité de vie, anxiété, dépression, soulagement de la douleur, soutien familial, etc.). De plus, ce site présente des réponses fréquemment soulevées en lien avec les soins palliatifs. On peut devenir membre de l’association ainsi que participer à divers événements. À cet effet, l’association organise régulièrement de nombreuses activités à l’échelle nationale et internationale. De plus, l’association a publié un guide destiné aux soignants en soins palliatifs. Ce guide peut être commandé en ligne, mais peut aussi être consulté en partie sur le site. Les personnes qui désirent approfondir leurs connaissances et habiletés peuvent s’inscrire à des programmes de formation à distance par l’entremise de l’Université de Calgary l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 15 Ressources Par Julie Mathieu, inf., B. Sc. Julie Mathieu est infirmière à l’urgence de l’Hôpital Saint-Luc du CHUM Le Guide d’accompagnement en fin de vie est publié par la Direction des soins infirmiers du CHUM deux fois par année. Comité du journal (2002) Ce document est adressé aux patients et à leur famille. Il met en lumière les besoins physiques et spirituels des patients en fin de vie de même que la participation des proches aux soins. Il décrit les changements qui peuvent être observés dans l’état du patient à cette étape cruciale de sa vie. Il aborde également le délicat sujet de l’accompagnement des jeunes face à la maladie et à la mort. Enfin, il renseigne sur les différentes démarches à faire avant et après le décès et souligne quelques ressources utiles. Pour plus de renseignements : communiquez avec Lise Pettigrew, chef du Service de bénévoles à l’Hôpital Notre-Dame du CHUM. La prévention en soins palliatifs : au cœur de l’intervention et de l’accompagnement (2002) Cet outil, disponible sur les unités de soins palliatifs, traite des principaux symptômes en fin de vie, soit le delirium, la dyspnée, la détresse respiratoire et l’occlusion intestinale. Pour chacun de ces derniers, sont présentés une définition, les causes, les éléments de l’évaluation ainsi que des interventions. Les objectifs du document sont la prévention par la gestion des symptômes, le dépistage systématique par une évaluation soutenue et l’intervention précoce. Pour plus de renseignements : communiquez avec Nicole Tremblay, conseillère en soins spécialisés, clientèle d’oncologie et de soins palliatifs. Formation en soins palliatifs l’Avant-Garde (2002) Il s’agit d’une formation de deux jours sur la gestion des symptômes en fin de vie offerte aux infirmières. À l’aide de discussions, d’histoires de cas et de présentations, la formation vise en premier lieu à augmenter les connaissances des infirmières sur le soin de la personne en fin de vie et le soutien aux proches. La formation vise en deuxième lieu à sensibiliser les infirmières aux différentes stratégies d’adaptation de la personne et de sa famille et ainsi qu’à explorer des pistes d’interventions auprès d’eux. La formation propose en outre aux infirmières une réflexion sur les questions liées à la fin de la vie et à la mort ainsi que sur l’espoir et la recherche de sens. On y incite les infirmières à créer un environnement qui facilite la communication entre le patient et ses proches, de même qu’à utiliser des outils appropriés et valides dan l’évaluation initiale et continue des symptômes en fin de vie. Danielle Bellemare, conseillère en soins spécialisés, évaluation de la qualité des soins Danielle Fleury, directrice adjointe au développement clinique, à l’enseignement et à la recherche Dany Fortin, infirmier chef d’unité, 5e AB, Hôpital Notre-Dame Dominique Legault, infirmière chef d’unité, 5e Le Royer, Hôtel-Dieu Éric Maillet, coordonnateur d’activités, Hôtel-Dieu Julie Mathieu, infirmière, urgence, Hôpital Saint-Luc Élaine Perreault, conseillère en soins spécialisés, clientèle mère-enfant, présidente du comité France Roy, conseillère en soins spécialisés Collaboration Camille Larose, révision-correction Conception graphique et photographie Production multimédia du CHUM Pour plus de renseignements : communiquez avec Nicole Tremblay, conseillère en soins spécialisés, clientèle d’oncologie et de soins palliatifs. L’Avant-Garde est publié grâce à l’appui financier de la Fondation du CHUM. 16 l’Avant-Garde Vol. 6 No 1 Printemps 2005 Afin de faciliter la lecture des textes, L’Avant-Garde, de façon générale, utilise le terme « infirmière ». Il est entendu que cette désignation n’est nullement restrictive et englobe les infirmiers. À l’exception des entrevues personnelles, les articles de l’Avant-Garde peuvent être reproduits sans autorisation, avec mention de la source. ISSN : 1496-8983 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Canada, 2004 Bibliothèque nationale du Québec, 2004 © CHUM 2004