Etudes_rapport_genre..
Transcription
Etudes_rapport_genre..
Décembre 2009
Christelle HAMEL et Emmanuelle CAMBOIS – P.4-2-0
Santé, violences et sexualité :
Etudier les rapports de genre à partir de trois objets de recherche imbriqués
Participant-e-s :
- Chercheur-e-s Ined : Emmanuelle Cambois, Stéphanie Condon, Christelle Hamel, JeanLouis Pan Ké Shon, Isabelle Attané, Arianne Pailhé, Maryse Jaspard, Magali Mazuy, Michel Bozon,
- Doctorant-e-s Ined : Alice Debauche, Ibtihel Bouchoucha
- Post-doctorant-e-s Ined : Claire Scodellaro
- Chercheur-e-s d’autres institutions en France : Marie Lesclingand (Univ. Nice), Dolorès
Pourette (Inserm), Anouk Guiné (Université du Havre), Catherine Cavalin ‘(Drees), Dominique
Fougeyrollas (IRISE), Sylvie Cromer (Lille 2), Reine Prat (MCC), Nathalie Bajos (INSERM), Armelle
Andro (Université Paris-1), Isabelle Fréchon (CNRS), Nisrin Abu Amara (Université Paris Descartes)
- Chercheur-e-s étrangèr-e-s : Monika Schröttle, Université de Bielefeld (Allemagne), Ravinda
Thiara, Université de Warwick (Royaume Uni), Elena Ambrosetti (Université La Sapienza), Michela
Villani,
Le projet Phare « Santé, violences, sexualité : étude des rapports de genre » se donne pour
objectif d’étudier les inégalités structurelles entre les hommes et femmes, les différences de
comportements et de pratiques qui distinguent l’un et l’autre sexe, ainsi que les rapports de pouvoir et
de domination qui s’exerçant entre les hommes et les femmes, en prenant pour objets principaux de
recherche, la santé, les violences et la sexualité. Santé, violences, sexualité sont trois objets de
recherche largement étudiés sous l’angle du genre dans les études internationales. Les recherches
sur la sexualité et sur les violences sont déjà bien installées dans les problématiques phares de l’unité
« Genre, démographie et société », tandis que celles concernant la santé et les soins sont plus
nouvelles. Pourtant, la place du genre dans les études sur la santé apparaît plus que pertinente. Par
ailleurs si santé, sexualité, violence sont trois questions différentes, qui chacune relève de processus
sociaux indépendants les uns des autres, elles sont aussi largement imbriquées. Les travaux, même
lorsqu’ils sont développés de manière autonome, s’entrecroisent fréquemment : les violences faites
aux femmes et leur impact sur la santé à court et à long terme ; la sexualité comme vecteur de
violence ; le rôle de la santé sur la sexualité et celui de la sexualité sur la santé etc. Les interférences
entre ces trois domaines sont très fréquentes. L’ambition de ce projet phare est en conséquence de
réunir des travaux qui, tout en s’inscrivant de façon dominante dans l’un de ces champs de recherche,
explorent aussi les deux autres, et encore de promouvoir l’analyse des rapports de genre dans le
champ de la santé.
Les définitions respectives de la santé, de la violence et de la sexualité ont pour caractéristique
commune d’avoir des frontières floues : elles tendent à inclure dans leur champ un large éventail de
pratiques, de comportements, de valeurs, d’institutions... Il s’ensuit que ces définitions se recouvrent
partiellement. Les définitions de la santé sont nombreuses mais dorénavant elles ont en commun le
fait d’inclure les notions de bien être et de qualité de vie ou encore de fragilité et de vulnérabilité. Les
définitions de la violence incluent les phénomènes de harcèlement moral et sexuel, mais aussi de
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
négligence subies ou de maltraitance ou encore le fait d’infliger des souffrances physiques ou
mentales, ce qui entre dans le champ de la santé et de la sexualité. La sexualité déborde très
largement les questions de santé sexuelle, mais les représentations de la sexualité restent
socialement très fortement définies par le corps médical.
De même, le contexte social, le ressenti et les parcours de vie sont de mieux en mieux pris en
compte comme des déterminants des maladies ou troubles. Et à travers cette approche plus
« qualitative » de la santé, il apparaît que la sexualité ou l’expérience de la violence en constituent
parfois des composantes importantes. En effet, l’épidémiologie sociale montre depuis une dizaine
d’années que la santé, physique comme mentale, se construit et se dégrade au fil des trajectoires et
expériences marquantes, positivement ou négativement. Les conditions de vie dès l’enfance, les
comportements et expositions dans le milieu de vie et au travail, le soutien social et les épreuves
participent aux risques de mauvaise santé ; ils conditionnent également les ressources pour se
prendre en charge, se remettre ou faire face à un événement de santé. Alors, les violences envers les
femmes ont un impact direct sur la santé de par les blessures et maladies mentales ou physiques qui
peuvent en dériver ; elles ont de surcroît un impact indirect de par l’effet des traumatismes sur les
ressources nécessaires pour se prémunir des risques et se remettre de maladies tout au long de la
vie. Dans le même esprit, la santé physique et mentale et la sexualité sont liées, parce que la santé
peut influencer la qualité de la vie sexuelle. Mais elles sont liées aussi parce que la sexualité peut être
source de troubles de santé, certes en exposant à des risques de maladies et troubles voire à des
risques traumatiques, mais aussi en affectant la qualité de vie et le bien être physique et mental.
Les analyses de genre montrent que sous l’influence des normes sociales, les trajectoires de
vie et les événements clés qui les jalonnent façonnent les personnalités, les représentations et les
rôles, avec des différences notables pour les hommes et les femmes. Ce qui relève de la santé, de la
violence ou de la sexualité, n’est pas conçu de façon identique par les hommes et les femmes,
n’incluent pas les mêmes pratiques ni les mêmes comportements pour les unes et les autres. Ce
projet phare rassemble les trois thématiques pour faire émerger des questions croisées et de
nouvelles hypothèses de travail. Les connaissances accumulées permettront de diversifier les angles
d’analyse des différences et des inégalités observables entre hommes et femmes, en matière de
santé, d’expérience des violences et de sexualité. Ce projet mobilisera des ressources
démographiques, sociologiques et épidémiologiques en croisant des champs d'expertises et des
problématiques spécifiques. Ce projet bénéficie en particulier de doubles compétences
méthodologiques qualitatives et quantitatives permettant une vision statistique globale des
phénomènes étudiés et une réflexion approfondie sur les comportements et le ressenti des hommes
et des femmes sur les questions abordées pour consolider les connaissances.
AXE 1 : La santé : une affaire de sexe ou de genre
La proximité des propos de l’épidémiologie sociale et des analyses de genre montre à quel
point il est important d’étudier les différences de santé entre hommes et femmes à travers ce prisme.
En effet, le genre est considéré comme un des déterminants sociaux de santé dans les sociétés
occidentales depuis les années les années 1970 avec des premières recherches dans le domaine
dès les années 1980 puis un développement important au cours des années 1990 1 . On y étudie les
liens entre le rôle social des femmes et leur santé, leur place au sein de la famille et sur le marché du
travail 2 .
1 Ellen Annandale and K. Hunt, Gender inequalities in health. 2000, Buckingham/Philadelphia: Open University Press. 214.
2 Kate Hunt and E. Annadale., Just the job? Is the relationship between health and domestic and paid work gender specific.,
in Sociology of Health and Illness. 1993. p. 632-664.
Doyal, L., What makes women sick: gender and political economy of health. 1995, London: MacMillan press LTD. 280.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
En France, du côté des sciences sociales, des études liant genre et santé se sont développées
dans le courant des années 1990, en s’intéressant au contexte de vie spécifique des femmes et à leur
rôle 3 . Dans le domaine de la santé, le plus souvent, les études s’attachent à décrire des différences
notables entre hommes et femmes au regard de la maladie et des risques de décéder ou à aborder
les questions de la santé de la reproduction (santé périnatale, contraception etc.). Dans les années
1990 on commence à mettre en avant des problématiques plus larges, englobant leurs conditions de
vie 4 . En 2009, à l’initiative du ministère de la santé, un rapport consacré à la santé des femmes a
rassemblé toute sorte d’information ; il consacre une part importante aux violences faites aux femmes,
aux risques psychosociaux, à la qualité de vie et à l’emploi 5 .
Dans ce projet, nous tenterons d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche pour expliquer les
différences de sexe à travers le prisme des rapports sociaux de genre. Pour alimenter la réflexion,
nous avons organiser le premier séminaire scientifique de l’unité consacré à cette thématique le 20
novembre 2009. Par ailleurs, des projets seront initiés cette année pour apporter de nouveaux
éléments. Ils s'articulent autour de 3 problématiques: l'état de santé des femmes et des hommes; la
santé comme enjeu de société; Santé de(s) femmes
L'état de santé des femmes et des hommes
1. Elles vivent plus longtemps/Ils sont en meilleure santé (Emmanuelle Cambois)
Dans les enquêtes santé en population on constate que les femmes déclarent plus de
problèmes de santé que ne le font les hommes. Mis à part les problèmes d’audition, seuls troubles
plus fréquemment masculins, les femmes déclarent systématiquement plus de maladies chroniques,
de troubles et symptômes, de problèmes fonctionnels, de gênes dans les activités. Elles se sentent
également moins bien que les hommes. Pourtant, les femmes vivent plus longtemps 6 . Ce constat
nous interroge sur la nature des troubles déclarés par les hommes et les femmes et leur rapport à la
santé. Les femmes sont-elles plus malades mais gèrent-elles mieux leurs problèmes de santé que les
hommes ? Déclarent-elles plus de troubles que ne le font les hommes, ces derniers sont-ils plus
enclins à ne déclarer que les troubles les plus sévères ? Par exemple, les femmes pourraient déclarer
des troubles fonctionnels à des stades moins sévères que les hommes, ce qui expliquerait qu’elle en
déclarent en plus grand nombre mais que ceux-ci soient mieux gérés et conduisent moins
systématiquement à des gênes dans les activités de la vie quotidienne, voire au décès 7 . Il s’agira
Ellen Annadale and K. Hunt., Masculinity, feminity and sex: an exploration of their relative contribution to explaining gender differences in health., in
Sociology of Health and Illness. 1990. p. 24-46.
3 Doyal, L.. 1995.
Saurel-Cubizolles, M.-J. and B. Blondel, La santé des femmes. Femmes, genre et société. 1996, Paris: Flamarion. 386.
Saurel-Cubizolles, M.-J., Etats de santé., in Femmes, genre et société. , M. Margaret, Editor. 2005, La Découverte: Paris. p.
122-130.
Cresson, G., Le travail domestique de santé. 1998, Harmattan: Paris. p. 350.
4 Saurel-Cubizolles et al., 1996
5 DREES, La santé des femmes. 2009: La Documentation Française. 285.
6 Meslé, F., Progrès récents de l'espérance de vie en France : les hommes comblent une partie de leur retard. Population, 2006. 4
7 Cambois, E., A. Désesquelles, and J.-F. Ravaud, Femmes et hommes inégaux face aux handicaps. Population et Sociétés,
2003. 386: p. 1-4.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
dans ce projet de faire un état des lieux des travaux existants pour répondre à ces questions sur la
base de ce qui a déjà était établi et sur la base de nouvelles analyses de données d’enquête sur la
santé.
2.Santé mentale et genre (Géraldine Duthé et Jean-Louis Pan Ké Shon)
Hommes et femmes sont tendanciellement exposés à des stimuli agressifs distincts (exposition
différentielle) en fonction de leurs rôles sociaux traditionnels : pour les femmes la ménagère, la mère,
l’objet sexuel ; pour les hommes le breadwinner et le chef du ménage. Chacun adopte des réponses
genrées différentielles à ses tensions. De fait, les femmes développent des symptômes ou des
pathologies (dépression, anorexie, risque suicidaire, tentatives de suicide, etc.) et les hommes des
comportements toxiques (suicide, conduites à risque, dépendance alcoolique, etc.). Ceci en raison
des socialisations primaires distinctes qui créent des structures de l’intériorité spécifiques aux
hommes et aux femmes. Ces particularités s’observent dès l’enfance notamment parmi les jeunes en
danger comme plus tard à l’âge adulte. La vulnérabilité différentielle des sexes part de l’idée d’une
plus grande perméabilité des femmes au mal-être. Mais on retiendra que si les femmes sont
davantage perméables au mal-être, elles devraient toutefois être vulnérables à toutes les tensions
sans orientations de genre, ce qui n’est pas le cas.
A partir d’une revue de la littérature, nous ferons le point de l’état des recherches. Puis nous
montrerons les inégalités des prévalences des maladies mentales ou plus généralement de la santé
mentale : dépressivité, suicides, tentatives, psychoses, névroses, anorexie, boulimie, dépendances
alcooliques, conduites à risque, etc. Lorsque cela est possible, nous indiquerons les évolutions
temporelles des prévalences des maladies. Enfin, nous tenterons d’en tirer les enseignements.
3. Anorexie mentale (Claire Scodellaro et Jean-Louis Pan Ké Shon)
L’anorexie mentale se présente comme un révélateur de la mise en jeu sociale du corps des femmes.
Le corps féminin occupe une place envahissante qui est exacerbée à la fois par les développements des
médias et des industries centrées sur la mode et la beauté. Chez les anorexiques, le physique androgyne
apparaît comme un effacement des attributs féminins et qui consolide les constats d’une libido en
hibernation et de l’arrêt des règles (aménorrhée). Intuitivement, l’anorexie pourrait être interprétée comme la
recherche de l’estime de soi par une adhésion exacerbée à une vision androcentrée du corps féminin. La
construction sociale et esthétique du corps féminin filiforme, à la fois objet de désir inatteignable et asexué
semble trouver une expression extrême dans cette maladie mentale où elle apparaît comme une
compensation pathologique de blessures plus ou moins symboliques. La littérature sur l’anorexie mentale
met en avant trois caractéristiques des populations touchées par cette maladie : ce sont à 90 % des filles ;
ce sont des jeunes, les pics des prévalences s’observent vers 14-15 ans et 17-19 ans ; ces jeunes sont
fréquemment issus des classes moyennes et aisées. Ainsi, cette maladie mentale inscrite au DSM-IV
(Diagnostic and statistical manual) cristallise à la fois des inégalités de genre, d’âge (la survenue à
l’adolescence où les individus sont fragilisés dans leur construction) et enfin sociale (cette maladie apparaît
davantage parmi les classes aisées ou moyennes tendant ainsi à indiquer des imaginaires liés au corps
féminin socialement stratifiés.
Ces trois inégalités structureront notre travail. Après une revue internationale de la littérature, nous
vérifierons ces constats à partir de l’enquête ESCAPAD et éventuellement de données cliniques détenues
par l’institut MGEN-Montsouris. Nous approfondirons chacun de ces points en tentant de les hiérarchiser et
Cambois, E. and A. Lièvre, Les passages de l'autonomie à la dépendance. Gérontologie et société, 2007. 121: p. 85-102.
Cambois, E., J.-M. Robine, and I. Romieu, The influence of functional limitations and various demographic factors on selfreported activity restriction at older ages. Disability and Rehabilitation, 2005. 27(15): p. 871-883.
Cambois, E., Santé fonctionnelle, in La santé des femmes, DRESS, Editor. 2009, La Documentation Française. p. 187-189.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
d’approfondir l’analyse. A cet égard, la psychiatrie suggère que la maladie serait d’abord une « pathologie
du contrôle » : contrôle de son corps et de sa faim, contrôle des parents, de sa vie, etc. dans une recherche
maladive d’acquisition d’estime de soi.
La santé comme un enjeu de société
4.Trajectoires de santé, trajectoires professionnelles (Ariane Pailhé, Emmanuelle Cambois)
Ce projet porte sur l’impact de la santé sur la carrière dans une approche de genre. Il s’agirait
d’étudier les arbitrages en matière de carrière professionnelle des femmes lorsque survient un problème de
santé. On suppose qu’ils diffèrent des arbitrages faits par les hommes et qu’ils dépendent des situations
professionnelles et familiales. La nouvelle enquête « Santé et itinéraires professionnels » permet d’examiner
l’impact que peut avoir un événement de santé sur les carrières des hommes et des femmes. On explorera
les possibilités d’évaluer les répercussions de ces stratégies professionnelles sur la santé dans le long
terme.
Par ailleurs, les analyses sociologiques soulignent le rôle de soignante « assigné » aux femmes pour
elles-mêmes et leur famille 8 : les mères sont responsables de la santé des enfants, les épouses de celle de
leur conjoint, les filles de celle de leurs parents. Ce rôle social dans les soins peut se révéler bénéfique dans
un premier temps car il accroît les ressources des femmes dans leur connaissance de la santé et des soins
(facilitant le dépistage et les traitements) ; mais ce rôle se retourne parfois contre elles lorsqu’elles sacrifient
carrière professionnelle et temps personnel pour délivrer des soins aux plus fragiles qui les entourent. Le
rôle d’« aidante » est un facteur de risque, en particulier en matière de santé mentale comme le montre par
exemple une méta-analyse internationale 9 . Prendre en charge un proche (enfant, parent) peut engendrer
une fragilisation matérielle, sociale, physique et mentale : on explorera là encore les possibilités d’en
mesurer les conséquences sur la carrière et sur la santé à partir de l’enquête SIP.
Ce projet débutera courant 2010 par une revue de littérature sur ces questions et des investigations
sur les possibilités d’analyses avec l’enquête SIP.
La santé de(s) femmes
5. Analyse des conséquences des mutilations sexuelles sur la santé des femmes. (Armelle
Andro, Emmanuelle Cambois, Marie Lesclingand)
Les violences faites aux femmes sont devenues une préoccupation importante du ministère de
la santé. Parmi ces violences génératrices de souffrances et maladies, les mutilations sexuelles
féminines (MSF) sont explicitement dénoncées et font l’objet de campagnes d’information sous l’angle
de la santé, qui viennent renforcer le dispositif légal et le combat des associations. C’est dans ce
cadre qu’est venu s’inscrire notre enquête « ExH, excision et handicap » qui visait à mieux décrire les
risques de santé et les besoins des femmes excisées. C’est une enquête cas/témoin conduite en
2007/08 dans plusieurs départements français auprès de 700 femmes majeures excisées et de 2 000
non excisées (avec un volet médecin). On dispose d’informations sur l’histoire génésique, l’état de
santé, les troubles fonctionnels et gênes dans la vie quotidienne ; les femmes déclarant avoir été
excisées en fin de questionnaire sont interrogées sur les circonstances et le vécu de l’excision. Elle
aborde la question des MSF à travers leurs répercussions sur la santé et le bien être. Ces données
permettent d’analyser leur état de santé et d’identifier les facteurs déterminants dans les risques et la
prise en charge. Nos premières analyses montrent des risques de santé accrus liés à l’excision :
8 Hunt et al., 1993.
Cresson, 1998
9 Pinquart, M. and S. Sorensen, Differences between caregivers ad noncaregivers in psychological health and physical health: a meta-analysis., in
Psychology and aging. 2003. p. 250-267.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
infections, douleurs, mal être et gênes notamment dans les rapports sexuels. A quelques exceptions
près, les variables de contexte ne semblent pas déterminantes dans cette toute première analyse.
Toutefois, des analyses complémentaires nous permettront de mieux comprendre certains facteurs
qui expliquent cette surmorbidité. Au cours de l'année 2010, les premiers résultats de l'enquête feront
l'objet de publications. Par ailleurs, les analyses se poursuivront avec la constitution d’une base de
données contextuelles permettant d’affiner la prise en compte des effets de contexte dans la
compréhension de la demande de soin des femmes concernées. Les résultats seront présentés à la
PAA en 2010.
6. Analyse des conséquences des MSF sur la santé périnatale. (Armelle Andro, Emmanuelle
Cambois, Marie Lesclingand)
L’histoire génésique des femmes cas et des femmes témoins a été recueillie de manière très
précise, grossesse par grossesse, qu’elles aient été ou non menée à terme. Les interruptions
thérapeutiques ou volontaires de grossesse ainsi que les fausses couches sont donc enregistrées.
Par ailleurs, les conditions d’accouchement et les caractéristiques du nouveau-né sont aussi
enregistrées. Le questionnaire interroge l’état de santé des enquêtées au cours de la vie notamment
en ce qui concerne leur santé gynécologique. Le questionnaire aborde ensuite les éventuels troubles
fonctionnels et gênes dans différentes dimensions de la vie quotidienne (sexualité, soins
personnels…). Ces informations nous permettront donc de mesurer précisément la prévalence des
différentes complications obstétricales dans la population des cas et des témoins et de mettre en
évidence la spécificité du vécu de l’accouchement et de ces suites pour les femmes ayant été victime
d’une mutilation sexuelle féminine. L’analyse « cas/témoins » permettra de mettre en évidence le rôle
spécifique de l’excision sur les risques de maladies, troubles, complications, altérations fonctionnelles,
et gênes dans la vie quotidienne. On s’intéresse plus particulièrement aux conséquences médicales à
long terme notamment à celles qui ont un impact sur la santé maternelle et périnatale des femmes
excisées : difficultés à concevoir, interruption de grossesse, accouchement par césarienne, déchirure,
stérilité secondaire. Ces analyses seront présentées à l’EAPS en 2010.
7. Restitution et diffusion des résultats auprès des publics concernés par les MSF : les
professionnels de santé, les pouvoirs publics, le secteur associatif. (Armelle Andro, Emmanuelle
Cambois, Marie Lesclingand)
L’équipe de recherche ExH organise, sous l’égide de l’Idup et de l’Ined, une journée de
valorisation de la recherche le 10 décembre décembre 2009. Il s’agit de présenter les principaux
résultats du projet et particulièrement les résultats de l’enquête quantitative. Le public visé est
essentiellement constitué des professionnels de santé qui ont participé à la collecte des données
l’enquête et les membres du secteur associatif et des pouvoirs publics travaillant sur ces questions.
Par ailleurs, deux supports d’information seront finalisés au premier semestre 2010 : le site
internet présentant tous les résultats de l’enquête ainsi que « 8 pages » synthétisant l’essentiel des
résultats et recommandations.
8. Publication des résultats de l’enquête dans un ouvrage. (Armelle Andro, Marie
Lesclingand)
On prévoit de publier au cours de l’année 2010 un ouvrage de synthèse regroupant les résultats
des trois opérations de collecte du projet ExH. Cette publication des résultats de ExH devrait se faire
dans la collection « grandes enquêtes », peut être en co-édition. Le sommaire prévisionnel est
proposé en octobre au comité de sélection des éditions de l’Ined.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
Axe 2. Les violences et rapports de genre
L’expression institutionnelle du besoin de connaissance sur les violences de genre
La politique de lutte contre les violences faites aux femmes a pris corps dans les instances
internationales, sous la pression des Organisations non gouvernementales féministes, en 1985, lors
de la 3ème Conférence mondiale sur les femmes de Nairobi. Depuis, les grands organismes
internationaux et les institutions européennes ont formulé des recommandations et mis en place des
plans d’action pour cerner le phénomène et tenter de l’éradiquer. La mesure du phénomène dans
toutes ses dimensions est devenue une préoccupations des états. La plate-forme d’action de Pékin
(1995) les invite ainsi à « Promouvoir la recherche, organiser la collecte des données et constituer
des statistiques sur la prévalence des différentes formes de violence à l’encontre des femmes, en
particulier la violence domestique et encourager la recherche sur les causes, la nature, la gravité et
les conséquences de cette violence ainsi que sur l’efficacité des mesures mises en œuvre pour
prévenir cette violence et la réparer. ». Récemment la Mission d’évaluation de la politique de
prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes de lutte, rattachée à l’Assemblée
nationale, a publié un rapport d’information 10 dont les propositions témoignent de l’importance
accordée à la mesure des violences sexistes :
- "Proposition 2 : Organiser une nouvelle enquête sur les violences faites aux femmes sur le
modèle de l’Enveff"
- "Proposition 3 : Mieux faire connaître les chiffrages existants, y compris auprès du grand
public"
- "Proposition 4 : Etablir des statistiques sexuées sur les violences sexuées dans l’espace
public."
- "Proposition 5 : Réaliser au plan national une grande enquête sur les violences faites aux
femmes au travail".
En France, les démographes féministes ont été au cœur du processus de production des
données statistiques sur le sujet. L’Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France
(enquête Enveff) réalisée en 2000 et portée par l’IDUP en collaboration avec l’unité « Genre,
démographie et société » de l’Ined, constitue l’enquête de référence en la matière. Depuis 2000, les
l’unité continue de faire référence en la matière ; elle est souvent sollicitée pour des expertises auprès
d’institutions françaises sur ce sujet, comme en témoigne l’audition de trois de ses membres (Maryse
Jaspard, Armelle Andro, Christelle Hamel) par la Mission d’évaluation de la politique de prévention et
de lutte contre les violences faites aux femmes de lutte et la citation abondante de ses travaux.
Etudier les violences sexistes pour étudier les rapports de genre
Les sociologues désignent par « rapports de genre » ou « rapports sociaux de sexe » les
inégalités structurelles observables entre les hommes et les femmes (socialisation différenciée des
garçons et des filles, normes asymétriques, inégalités économiques, etc.), ainsi que les rapports de
domination dont ces inégalités sont la traduction. L’analyse des violences envers les femmes
contribue à l’étude des rapports de genre en ce qu’elle identifie la violence masculine comme un
mécanisme social qui à la fois résulte de la subordination sociale des femmes envers les hommes et
contribue à la maintenir. Le caractère polymorphe des violences sexistes nécessite de procéder à une
description minutieuse de ce phénomène et de prendre en considération sa complexité. Cet enjeu est
particulièrement crucial lorsqu’il s’agit d’étudier les violences subies par les hommes ou encore par
les femmes des minorités immigrées ou issues de l’immigration. Ces dernières sont exposées à des
10 Danielle Bousquet, Présidente de la Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes,
Violences faites aux femmes : mettre enfin un terme à l’inacceptable, Rapport d’information, n° 1799, 2009, Assemblée nationale, tome 1 et 2.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
processus de stigmatisation raciste qui s’appuient sur l’existence de violence spécifiques (mariages
non consentis et excision notamment) pour faire valoir un prétendu déficit d’intégration. Cette situation
complique l’analyse de ces violences et oblige à prendre en compte l’intersection des rapports de
genre et des processus d’ethnicisation. Les Nations-Unis considèrent comme une violence envers les
femmes : « tout acte, omission ou conduite servant à infliger des souffrances physiques, sexuelles ou
mentales, directement ou indirectement, au moyen de tromperie, de séduction, de menace, de
contrainte ou de tout autre moyen à toute femme et ayant pour but et pour effet de l’intimider, de la
punir ou de l’humilier ou de la maintenir dans des rôles stéréotypés liés à son sexe, ou de lui refuser
sa dignité humaine, son autonomie sexuelle, son intégrité physique, mentale et morale et d’ébranler
sa sécurité personnelle, son amour-propre ou sa personnalité, ou de diminuer ses capacités
physiques ou intellectuelles. » L’article 2 de la Déclaration de l’ONU sur l’élimination de la violence à
l’égard des femmes précise que « La violence à l'égard des femmes englobe, sans y être limitée, les
formes de violence énumérées ci-après :
a) La violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la famille, y compris les
coups, les sévices sexuels infligés aux enfants de sexe féminin au foyer, les violences liées à la dot,
le viol conjugal, les mutilations sexuelles et autres pratiques traditionnelles préjudiciables à la femme,
la violence non conjugale, et la violence liée à l'exploitation ;
b) La violence physique, sexuelle et psychologique exercée au sein de la collectivité, y compris
le viol, les sévices sexuels, le harcèlement sexuel et l'intimidation au travail, dans les établissements
d'enseignement et ailleurs, le proxénétisme et la prostitution forcée ;
c) La violence physique, sexuelle et psychologique perpétrée ou tolérée par l'État, où qu'elle
s'exerce.» (Article 2 - ONU, 1993).
En 2010, cet axe comprendra 14 projets et études centrés sur les violences sexistes. Certains
de ces projets, initiés il y a quelques années se terminent et en sont à la phase de valorisation,
d'autres se poursuivent et feront l'objet de nouvelles analyses ou collectes. Enfin, de nouveaux se
mettent en place. Les projets s’articulent autour de quatre thématiques : Mesure et définition des
violences ; Violences conjugales ; Violences dans des contextes spécifiques ; Violences au nord et au
sud.
Mesure et définition des violences
On s'intéresse ici aux questions méthodologiques de définition des violences sexistes et à faire
l’état des connaissances accumulées sur la questions depuis la réalisation de l’enquête ENVEFF.
Deux projets de réflexions conceptuelles et méthodologiques soulèvent les questions de définition et
de mesure. Le troisième vise à jeter les bases de la nouvelle enquête sur les violences sexistes.
1. Réflexion sur langue et terminologie (Stéphanie Condon)
Il y a actuellement une abondance de matériaux écrits dans le domaine des violences
interpersonnelles mais, jusqu’à présent, peu d’attention a été tournée vers l’évolution des usages
terminologiques, vers les différents usages entre acteurs institutionnels, chercheurs, ONG… Par
ailleurs, le cadre international d’une bonne partie de la production scientifique entraîne des
« emprunts » qui n’ont pas forcément la même signification d’un contexte à l’autre. L’objectif du
groupe de réflexion « Violence de genre, langue et terminologie » mis en place en 2007 est piloté par
notre collègue allemande Renate Klein (Université de Maine, USA/London Metropolitan University),
est de faire le point sur cette question, en partant des publications scientifiques, des rapports
d’institutions nationales, européennes et internationales, des brochures utilisées dans les campagnes
d’information et de sensibilisation, des documents utilisés dans la formation des personnels des
services. Il ne s’agit pas d’une comparaison systématique proprement dite mais la confrontation de
réflexions sur les pratiques terminologiques dans les divers domaines. Le but final est un ouvrage
collectif. Des premières versions de chapitre sont en circulation, l’objectif étant de finaliser l’ensemble
et le soumettre à l’éditeur au début de 2010. Le financement d’une mission pour la dernière réunion
du projet (à Copenhague ou à Zurich) est demandé pour le printemps de 2010.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
2. La mesure des violences conjugales, problèmes méthodologiques et conceptuels dans le
contexte institutionnel français (Maryse Jaspard, Magali Mazuy, Catherine Cavalin, Mélanie Bérardier).
L’objectif de cette recherche se résume ainsi : comment sont cernées les violences conjugales
dans les enquêtes statistiques en France ? Le recueil de données statistiques sur le sujet pose à la
fois des problèmes méthodologiques et conceptuels, et comporte des enjeux scientifiques et
politiques. Ce projet repose sur une approche comparative des enquêtes Enveff (Enquête nationale
sur les violences envers les femmes en France, Idup/Ined, 2000), EVS (Événements de vie et santé,
Drees, 2005-2006) et CVS (Cadre de vie et sécurité, OND/ Insee, 2007). Les analyses sont menées
par les responsables scientifiques des enquêtes Enveff et EVS (Maryse Jaspard (Ined) et Catherine
Cavalin (Drees) ainsi que Magali (Ined) et Mélanie Bérardier. Une étude préliminaire a été réalisée par
Mélanie Bérardier, dans le cadre de son stage de Master professionnel de démographie, réalisé à
l’Ined sous la direction de Maryse Jaspard. Ce stage avait pour objectif de comparer les
échantillonnages, les protocoles d’enquêtes, les méthodes de collecte et les questionnaires des trois
enquêtes.
Ce premier travail a déjà mis en évidence que les comparaisons les plus directes à établir en
matière de taux de victimes de violences conjugales, de profils des victimes ou de circonstances et
conséquences des événements violents se feront entre CVS et ENVEFF. En effet, le questionnaire
d'EVS ne permet pas la déclaration explicite, directe des violences nommément "conjugales". Une
interprétation, alors prévalente à l'INSEE, de l'article 40 (alinéa 2) du code de procédure pénale,
interdisait en effet à ses enquêteurs (qui ont réalisé la collecte de cette enquête) de poser la question
de l'identité exacte de l'agresseur. Des recoupements peuvent au mieux être proposés pour réaliser
une estimation de la part qui, dans le total des violences déclarées, relève de la sphère conjugale.
D'autres comparaisons pourront être réalisées entre ENVEFF et EVS. Mais le rapprochement qui
paraît de prime abord le plus riche concerne la comparaison des questionnaires "disputes
conjugales", identiques dans l'ENVEFF et EVS. À champ comparable, défini sur la base de la
population interrogée dans l'ENVEFF, les résultats obtenus à l'aide du même questionnement sont
très proches (fréquence et objet des disputes), EVS obtenant toutefois des déclarations plus
fréquentes de violences ("en être venu(e)(s) aux mains, avoir lancé ou cassé des objets") exercées
lors de ces disputes. L'approfondissement de la comparaison ira dans le sens d'une réflexion a
posteriori sur l'une des hypothèses partagées par ces deux enquêtes, à savoir la nécessaire
distinction à opérer entre violences et conflit. Les résultats devraient être publiés sous forme d’article
dans un numéro spécial de la revue Économie et Statistique de l’Insee, à paraître fin 2010.
Il est envisagé en 2010 de poursuivre ce travail de comparaison des indicateurs à l’aide d’une
autre source de données : l’enquête « Études des Relations Familiales et Intergénérationnelles ». Le
questionnaire contient des questions sur les disputes et le recours à la violence. L’exploitation de
telles données ouvrirait d’autres perspectives de recherche à la fois méthodologiques et scientifiques,
notamment en testant la validité d’un indicateur sur les violences conjugales en population générale
(hommes et femmes) dans une enquête qui n’est pas une enquête de victimation. En cas de validité
de l’indicateur, nous pourrions alors pousser plus loin les analyses grâce aux autres informations
contenues dans l’enquête et analyser notamment les intentions de rupture en cas de violences
conjugales (et si les données le permettent, les ruptures effectives, étant donné qu’il s’agit d’une
enquête prospective) ainsi que l’impact des violences conjugales sur le bien être psychologique des
victimes.
3. Vers une nouvelle enquête nationale sur les violences sexistes (Christelle Hamel et Magali
Mazuy)
Que sait-on aujourd’hui des violences sexistes ? L’enquête nationale sur les violences envers
les femmes (ENVEFF) réalisée en 1999, fut la première recherche permettant de mesurer l’ampleur
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
des violences sexistes au niveau national en France 11 . Dans le sillage de l’ENVEFF, d’autres
enquêtes, n’étudiant pas spécifiquement les violences sexistes, se sont saisi de cette question : les
enquêtes sur la sexualité12 ou la santé13 identifient et mesurent des violences sexuelles ; les
enquêtes de victimation explorent les violences faites aux femmes dans le cadre plus large des
violences interpersonnelles d’une part et des nuisances subies dans le cadre de vie d’autre part14.
D’autres travaux s’appuyant sur des données administratives ont par exemple permis de dénombré le
nombre d’homicides conjugaux15. Ces recherches ont fait avancer la connaissance des violences
faites aux femmes, mais elles ne permettent pas d’avoir un vue d’ensemble de ce phénomène
aujourd’hui ni de l’appréhender dans une perspective de genre.
Certains domaines d’étude sont ainsi demeurés inexplorés, tel l’impact des violences subies
sur les parcours scolaires et professionnel des victimes (que les violences aient été vécues dans un
cadre familial, professionnel ou publique), ce dont la secrétaire d’Etat à Solidarité, Madame Valérie
Létard, s’est d’ailleurs fait l’écho en 2008 en inscrivant dans le plan triennal 2008-2010 « Douze
objectifs pour combattre les violences faites aux femmes » la nécessité de mener une enquête
statistique sur les violences faites aux femmes au travail.
Par ailleurs, les enquêtes récentes ont soulevé de nouvelles questions : la mesure du
phénomène du viol dans les enquêtes sur la sexualité16 a fait apparaître une nette augmentation des
déclarations depuis l’Enveff, témoignant d’une plus grande intolérance des victimes aux violences
sexuelles et d’une plus grande facilité à les dénoncer. L’on peut légitimement se demander s’il en est
de même des autres formes de violence. Quant aux enquêtes de victimation, elles ont pour intérêt
d’interroger les femmes comme les hommes, mais les résultats qui en sont issus invitent à mieux
comprendre ce qui est enregistré dans ces enquêtes et à explorer plus en détail le rapport des
hommes à la violence, qu’ils en soient les auteurs ou les victimes.
Depuis la réalisation de l’Enveff, d’autres questions sociales ont également émergé dans la
sphère publique, telles que la mesure des violences spécifiques subies par les femmes migrantes ou
leurs descendantes (excision, mariages forcés), sans que les enquêtes menées à ce jour sur ces
questions permettent de déterminer si les femmes qui en sont victimes ont des profils divergents des
autres femmes victimes de violence. Ainsi, dix ans après l’Enveff, le besoin d’actualisation et
d’approfondissement des connaissances invite à réaliser une nouvelle enquête sur ce sujet, comme le
propose la Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux
femmes, dans son rapport d’information en juillet 200917 (proposition n°2).
Notre projet consiste précisément en la mise en place d’une nouvelle enquête nationale sur les
violences sexistes, auprès des femmes et des hommes. L’année 2010 sera consacrée à l’élaboration
du projet scientifique de l’enquête, grâce à la constitution d’un groupe de travail interdisciplinaire,
11 JASPARD, M. et al. (dir.), 2003 : Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale, Paris, La Documentation française, coll.
« Droits des femmes ».
12 Enquête « Contexte de la sexualité en France », INED-INSERM, 2007, (les enquêtes précédentes sur la sexualité abordaient déjà le phénomène
des violences sexuelles mais en utilisant une formulation différente de celle de l’ENVEFF). Enquête « Analyse des comportements sexuels des
Français », INED-INSERM-CNRS, 1992, et « Analyse des comportements sexuels des jeunes », INED-INSERM, 1997.
13 Enquête annuelle « Baromètre santé ».
14 Enquête « Événements de vie et santé » (EVS), réalisée par la DREES en 2005-2006. Enquête annuelle de victimation « Cadre de vie et
sécurité » (CVS), réalisée par l’observatoire national de la délinquance (OND) et l’INSEE, qui permet depuis 2007 de repérer les violences
perpétrées à l'intérieur du ménage et les violences sexuelles.
15 Délégation aux victimes, Etude nationale des décès au sein du couple, année 2007, Ministère de l’Intérieur, 2008.
16 N. Bajos, M. Bozon, équipe CSF, « Les violences sexuelles en France : quand la parole se libère », Population et sociétés, nº 445, mai 2008, 4p.
17 Danielle Bousquet, Présidente de la Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes,
Violences faites aux femmes : mettre enfin un terme à l’inacceptable, Rapport d’information, n° 1799, 2009, Assemblée nationale, tome 1 : p. 287.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
regroupant des chercheurs de l’Ined et d’autres institutions. Notre objectif est de réaliser l’enquête à
l’horizon de l’année 2012. En vue de la préparation du projet scientifique, nous nous proposons
d’inviter à l’INED, les concepteurs d’enquêtes sur les violences réalisées récemment dans les autres
pays européens.
Violences conjugales
On s'intéresse ici aux violences conjugales dans leurs conséquences, en ce qu’elles conduisent
à une séparation ou en ce qu’elles conduisent à un homicide. Les trois projets ont en commun
d’utiliser des dossiers judiciaires, les deux premiers en proposant une analyse qualitative des ces
dossiers et le dernier une analyse quantitative. Le projet sur les violences et le divorce en Algérie
consiste en la valorisation d’entretiens déjà réalisés et analysés et entre dans une phase de
valorisation des communications qui déjà été effectuées en 2009, tandis que l’enquête sur la mesure
d’éloignement du conjoint violent et l’enquête sur les homicides conjugaux sont de nouveaux projets
de collecte de données.
4. Divorce et violences en Algérie et en Tunisie (Zahia Ouadah-Bedidi, Ibtihel Bouchoucha)
De très forts changements ont affecté ces dernières décennies le processus de formation des
unions dans les pays du Maghreb (retard important de l’âge au mariage des hommes et des femmes,
un célibat adulte important, une réduction de l’écart d’âge entre époux, et fort probablement un célibat
définitif en augmentation). La dissolution du lien matrimonial, n’a pas fait l’objet d’analyse approfondie
pour mettre en évidence l’ampleur des changements passés et en cours. Ainsi, lors des
recensements ou des enquêtes ponctuelles, on observe très peu de personnes non célibataires et
non mariées (2 à 3% chez les femmes et 1à 2% chez les hommes au début des années 2000). Le
nombre grandissant des divorces prononcés annuellement permet-il de conclure à une augmentation
de la divortialité, comme le signalent les média ? en particulier lorsque les ruptures d’unions sont
suivies de remariages. Cette équation divorce (répudiation)-remariage, en permettant à toutes les
femmes de se marier constitue ainsi un bon régulateur du marché matrimonial dans les pays arabomusulmans (Fargues, 1986)
Zahia Ouadah Bedidi, en analysant les transformations profondes de la nuptialité dans les pays
du Maghreb, a proposé dès 2005 un projet sur la nuptialité et sur le divorce en Algérie, puis en 2008
le même projet en Tunisie. Si, effectivement, l’opinion répandue sur une forte augmentation des
divorces ces dernières années dans les pays du Maghreb est confirmée, et en raison de l'opprobre
qui entoure les femmes divorcées, le divorce constitue alors un problème de société important dans
ces pays. La question des violences étant très présente dans cette problématique, les prémices d’un
projet de recherche sur violences et divorces est proposé par Zahia Ouadah-Bedidi et Ibtihel
Bouchoucha en collaboration avec des chercheuses Maghrébins, (Leila Sidi Moussa de l’université de
Mostaghanem, Jalila Attafi, chercheure à l’ONFP et enseignante à l’université 9 novembre en
Tunisie). Les deux phénomènes sont fortement liés : les violences dans le couple conduisent parfois
la femme à se décider à demander le divorce, encore faut-il qu’elle en apporte la preuve. De même le
statut de divorcée ne protège pas la femme contre les différentes formes de violences qu’elle peut
subir dans sa famille et dans la société qui continuent à la stigmatiser fortement.
L’exploitation en cours d’un échantillon de décisions de divorces rendues en la matière recueillis
en 2009 et les entretiens réalisés sur le terrain en 2009 également permettront certainement de mieux
cerner la question. Deux enquêtes nationales sur les violences ont été réalisées en Algérie et en
Tunisie. Il serait intéressant d’analyser les résultats de ces deux enquêtes avec les informations
issues de l’analyse des jugements de divorces et des entretiens semi-directifs auprès de personnes
divorcées.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
Une communication intitulée « Divortialité et rapports de genre au Maghreb » a été acceptée
pour être présentée au Congrès de l’UIESP de Marrakech en 2009. Une analyse des données
recueillies en 2009, complétée par des entretiens qualitatifs permettra dans un premier temps de
rendre compte des modalités des ruptures d’union (raisons, durée depuis le mariage, poids des
facteurs socioéconomiques…) mais aussi des transformations dans les rapports socialement
construits entre les hommes et les femmes.
5. Enquête « Etude sociodémographique des auteurs, des victimes et des circonstances des
homicides sur le conjoint, en Ile de France » (Christelle Hamel et Magali Mazuy)
Le deuxième plan global triennal de lutte contre les violences faites aux femmes (2008-2010)
« Douze objectifs pour combattre les violences faites aux femmes » prévoyait de « compléter les
connaissances statistiques » (action 1-1), notamment en procédant au recensement national exhaustif
des morts violentes survenues au sein du couple. La Délégation aux victimes (DAV) du ministère de
l’Intérieur a réalisé ce recensement en 2007. Sur cette période, 192 personnes sont décédées,
victimes de leur compagnon ou compagne, dont 166 femmes (86,5 %) et 26 hommes (13,5 %). En
moyenne, une femme décède tous les 2,5 jours des suites de violences au sein du couple, un homme
décède tous les 14 jours, victime de sa compagne.
Le Service des Droits des femmes et de l’égalité (SDFE) a demandé à l’INED de poursuivre le
travail ainsi engagé en procédant à une « recherche approfondie sur les motifs et circonstances des
décès liés aux violences au sein du couple. L’objet de cette étude est de réaliser une analyse
approfondie concernant les caractéristiques et les parcours des auteurs comme des victimes, et les
circonstances du drame.
Cette étude sera réalisée en 2010 en Ile de France à partir des 150 procédures judiciaires
enregistrées de 2003 à 2008 auprès des dix tribunaux de grande instance et des deux cours d’appel
d’Ile de France. L’ined procédera à l’examen de ces dossiers afin de recenser les informations
relatives à la description des trajectoires conjugales, professionnelles, sanitaires et judiciaires des
victimes et des auteurs. Une grille de recueil des informations à collecter sera constituée à partir de
l’examen d’une vingtaine de dossiers judiciaires. Puis la saisie informatique de ces données
relativement aux 150 cas recensés par la DAV permettra de constituer un fichier informatique en vue
de l’analyse quantitative de ces informations. Cette enquête vise à construire le dispositif
méthodologique qui pourrait être utilisé pour réaliser l’enquête nationale.
Violences dans des contestes spécifiques
On s'intéresse ici aux contextes spécifiques où se produisent les violences : le domaine de la
sexualité, la période de l’enfance dans le cadre familial, la période de jeunesse, le travail. Les projets
réunis ici
6. Enquête « Viol et rapports de genre. Emergence, enregistrements et contestations d’un
crime contre la personne » (Alice Debauche)
La soutenance de la thèse d’Alice Debauche, « Viol et rapports de genre. Emergence,
enregistrements et contestations d’un crime contre la personne » est prévue pour le printemps 2010.
Elle y étudie l’évolution du phénomène du viol depuis les années 1970 et l’émergence du phénomène
du viol posé comme un problème politique et social ne relevant pas du privé. Ce travail s’appuie
principalement sur l’analyse de données quantitatives issues des sources administratives (police et
justice), des enquêtes en population générale sur la santé, la sexualité et les violences et des
archives du numéro vert « Sos viol informations ».
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
Il s’agit notamment de montrer que la constante augmentation du nombre de plaintes depuis la
loi de 1980, qui lui donne définition, traduit non pas une augmentation des faits mais un changement
des représentations et des pratiques qui facilite la parole des victimes. Ce changement n’affecte
cependant pas tous les types de viols puisque seuls certains viols archétypaux (viols d’enfants et viols
dans l’espace public) sont condamnés sans restrictions par la société et que l’on voit resurgir la
frontière entre public et privé combattue par les mouvements féministes. Finalement, l’évolution
hétérogène du phénomène du viol et notamment de ses déclarations montre que la sphère privée
s’est reconstituée autour des phénomènes liés à la sexualité et que celle-ci reste hermétique à l’action
sociale.
Les résultats du travail de thèse d’Alice Debauche font apparaître le caractère central de la
reconnaissance politique et sociale des conséquences des violences sexuelles sur les biographies
des victimes dans la lutte contre les violences. En effet, ces conséquences semblent varier fortement,
non seulement selon le type de violences sexuelles subies (âge de la victime, relation avec l’auteur,
caractère répétés ou non des violences), mais également selon les suites judiciaires de ces violences.
Les premiers résultats obtenus offrent des pistes intéressantes pour l’étude des positions
sociales des femmes en démontrant que les violences sexuelles affectent de façon durable (mais non
systématique) un grand nombre de victimes, qui sont de façon disproportionnée des femmes. Par
exemple, les violences sexuelles subies dans l’enfance ou à l’adolescence affectent négativement les
parcours scolaires d’un grand nombre de victimes. Celles-ci arrivent donc relativement déqualifiées
(ou mal qualifiées) sur le marché du travail. A cette lecture linéaire des conséquences scolaires et
professionnelles s’ajoute la prise en compte des conséquences sur la santé physique et mentale des
victimes, qui affectent également leurs trajectoires professionnelles (difficultés relationnelles,
dépressions, anorexie etc.) Un autre résultat intéressant réside dans le fait qu’une proportion
importante des femmes victimes n’a pas d’enfant et n’en désire pas, et ce de façon statistiquement
représentative par rapport aux femmes non victimes, ce qui laisse supposer également des
trajectoires conjugales atypiques.
Il s’agit donc ici de développer ces analyses et de poursuivre leur diffusion. Les premiers
résultats concernant les conséquences sur les trajectoires scolaires et professionnelles des victimes
ont fait l’objet d’une communication dans le réseau thématique 24 de l’AFS lors du 3ème congrès de
l’AFS, tenu à Paris en mai 2009. Un projet de dossier réunissant les communications présentées lors
de cet atelier a été soumis à Travail, Genre et Sociétés.
7. Participation au projet Elfe (Cohorte nationale d’enfants), pour développer un volet « Climat
familial, violences, et protection sociale » (Maryse Jaspard, Isabelle Fréchon)
Maryse Jaspard, Elizabeth Brown, Isabelle Frechon participent au projet de recherche Elfe
concernant la Cohorte nationale d’enfants (enquête Inserm-Ined-CNRS sous la direction de Henri
Leridon). Leur projet porte sur les conflits et violences intrafamiliales liés au devenir des filles et des
garçons ainsi qu’à leur protection par les services sociaux ou judiciaires.
Les travaux sur la violence, en particulier la violence dans le cadre de la famille, et sur la
reproduction de la violence, ont montré l’influence du climat familial sur le devenir des enfants. Cet
impact est accentué lorsqu’un climat de violence se cumule au stress économique. Le suivi d’une
cohorte d’enfants permettra de cerner le processus : survenue et l’influence du climat conjugal,
(violences ou conflits entre les parents, et entre parent et enfant), sur le devenir des garçons et des
filles durant l’enfance, puis à l’adolescence ; une des hypothèses étant que l’impact et les réactions
des enfants, à un contexte familial donné, sont différents selon leur sexe. Une approche en termes de
genre paraît ici essentielle et l’analyse des processus sera conduite selon le sexe afin de vérifier
l’hypothèse d’éducation et de socialisation différentielles des filles et des garçons.
Le questionnaire testé pour le premier passage de l’enquête comprenait un module tendant à
cerner le climat conjugal (entente mésentente) pour faire ressortir au moins les situations les plus
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
conflictuelles (mère, père ou partenaire qui vit avec l’enfant). Les remaniements du questionnaire ont
abouti à la suppression de nombreuses questions, la partie relative au climat conjugal s’en trouve
réduite. Le maintien de la thématique a été assuré grace à la participation des membres de l’unité
genre au groupe de travail ayant élaboré le questionnaire.. Les violences infligées à l’enfant ne
pourront être cernées que lorsque l’enfant aura atteint l’âge d’être directement interrogé.
8. Etude exploratoire : L'égalité hommes/femmes dans les relations de travail au sein des
entreprises du spectacle vivant (Sylvie Cromer, Maryse Jaspard, Dominique Fougeyrollas, Reine
Prat)
Ce projet repose sur un partenariat entre diverses institutions et réunit un groupe de
chercheures : Maryse Jaspard (Ined), Sylvie Cromer (Lille-2), Dominique Fougeyrollas (Irises/Umr
7170 du Cnrs/Paris-Dauphine), Reine Prat (chargée de mission « Egalité », Mcc-Dmdts), Christelle
Hamel (Ined).
Le rapport publié par le ministère de la culture et de la communication (Mcc) en juin 2006, Pour
l'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, aux lieux de décision, à la
maîtrise de la représentation [dans les arts du spectacle], fait le constat de profondes inégalités entre
les hommes et les femmes dans ce secteur d'activité dont une des spécificités est de contribuer à
forger les représentations que la société se fait d'elle-même. Un second rapport de Reine Prat De
l'interdit à l'empêchement de mai 2009 propose un nouvel état des lieux qui confirme les inégalités,
malgré des prises de conscience.
La poursuite des études sur ces questions devrait permettre de faciliter l'adhésion des
partenaires du secteur, aux engagements de la Charte de l'égalité et de la Convention
interministérielle pour l'égalité dans les systèmes éducatifs. Le rapport de 2006 met l'accent sur les
inégalités les plus visibles (direction des institutions et artistes admis dans les programmations de ces
mêmes institutions) et en cherche les origines dans les processus de nomination et de sélection
comme dans la structuration des enseignements d'où sont issus les professionnels du secteur. Il est
certain que l'organisation du travail au sein même des entreprises du secteur (inégalités salariales,
inégalités d'accès aux métiers et aux fonctions, inégalités dans les conditions de travail, dans la
répartition des temps de travail et des temps personnels etc.) contribue au maintien des
discriminations. Aussi, étudier l'organisation du travail au sein des entreprises du spectacle vivant du
point de vue des relations entre les hommes et les femmes apparaît comme une phase préalable
indispensable.
Cette étude exploratoire se situe dans une perspective à plus long terme : elle devrait
contribuer à poser les jalons d’une enquête portant plus spécifiquement sur les questions des
violences sexistes dans un ensemble plus large de professions.
Des premiers éléments méthodologiques ont été dégagés :
- la méthode retenue est celle d'entretiens (individuels et/ou collectifs) avec l'ensemble des
personnels (hommes et femmes, tous métiers et tous niveaux) de trois entreprises du spectacle
vivant,
- le corpus doit être assez large pour la fiabilité des résultats mais aussi pour garantir la
confidentialité : il est donc convenu de solliciter des entreprises relativement importantes.
- il importe en outre, pour la cohérence du corpus, de faire appel à des entreprises de même
nature,
- le choix des entreprises est en outre dépendant de leur accessibilité géographiques pour
les personnes chargées de l'enquête, ce qui permet de faire porter l'étude sur trois espaces
géographiques différents : Ile de France, Nord-Pas-de-Calais, Poitou-Charentes.
L'ensemble de ces contraintes a permis d'identifier trois scènes nationales qui, sous réserve de
l'accord de leurs responsables, pourraient être invitées à se prêter à l'exercice :
- la scène nationale de La Rochelle
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
- la scène nationale de Villeneuve d'Ascq
- Une scène nationale en Région parisienne ( Bobigny, Créteil ou Evry)
Les entretiens avec des responsables du MCC et la recherche bibliographique ont montré la
nécessité :
1. de poursuivre les entretiens « autour » des scènes nationales avec d’autres
responsables, entre autres de formation et d’associations professionnelles.
2. de modifier les choix de structures: dans le Nord Pas de Calais, c’est la scène nationale
de Dunkerque, plus généraliste et dirigée par une femme, qui a été retenue.
3. Pour la Région Poitou-Charente, il s’avère indispensable de mener une étude qui intègre
la dimension régionale, soit au delà de La Rochelle, des investigations sur les centres de Niort et
Poitiers.
Cette dimension régionale occasionnera des frais de déplacement depuis Lille, et depuis La
Rochelle.
Violences au nord et au sud
On s'intéresse ici aux violences dans des pays étrangers ou dans le contexte migratoire
français. Le projet d’ouvrage sur les violences faites aux femmes immigrées ou issues de
l’immigration porté et l’enquête sur les mariages forcés questionne l’un et l’autre l’intersection du
phénomène des violences faites aux femmes, de la migration et de l’expérience des discriminations
raciales. Ces deux projets sont des prolongations de travaux ayant déjà donné lieu à des publications.
Deux projets s’intéressent aux violences faites aux femmes dans un des espaces géographiques et
culturels autres que la France : l’Asie et l’Egypte. Le projet sur les violences en Egypte consiste en
l’écriture d’article à partir des données issues des enquêtes démographiques de santé (EDS), tandis
que le projet sur l’Asie consiste en la collecte de données par la réalisation d’une enquête nouvelle
quantitative.
9. Echanges européens sur le thème des violences envers les femmes migrantes ou
descendantes de migrants : production d’un ouvrage collectif en trois langues (Stéphanie
Condon, Ravi Thiara et Monika Schröttle)
Parmi les préoccupations de société en Europe liées aux violences interpersonnelles figurent,
d’une part, les violences subies par les femmes migrantes et leurs descendantes et, d’autre part, le
contrôle social et familial et ses effets sur l’autonomie des jeunes femmes issues des immigrations
maghrébine, turque, indo-pakistanaises, africaines et –notamment- sur leur intégration à la société du
pays concerné. La très forte médiatisation des violences désignées comme spécifiques aux
populations immigrées renforcent les processus d’altérisation des femmes et des hommes de ces
populations, et d’ethnicisation des groupes. Les catégories mobilisées, à la fois par les institutions, les
politiques et de nombreux chercheurs, s’appuient sur des représentations portant sur l’organisation
familiale dans ces minorités, ainsi que sur les valeurs et les normes qui façonnent la vie quotidienne
des femmes adultes et des filles. Seules des interprétations culturelles sont proposées. En même
temps, les violences subies par les femmes allemandes, françaises, britanniques… sont considérées
comme des actes individuels, sans aucun rapport avec un système de genre plus général. Il y a un
manque de reconnaissance du fait que les violences envers les femmes se produisent dans tous les
milieux sociaux, dans tous les contextes culturels. On témoigne une convergence de représentations
qui mène à la construction de la figure de la femme immigrée battue, comme celle des filles soumises
au contrôle par les divers membres de la famille, qui est instrumentalisée dans les discours politiques
et institutionnels portant sur l’immigration.
Ce sont des travaux de recherche sur cette dimension de l’analyse des violences envers les
femmes qui sont à l’origine de la collaboration entre S. Condon (Ined), M. Schröttle (Université de
Bielefeld) et Ravi Thiara (Université de Warwick). Elles coordonnent un ouvrage sur la question de
l’ethnicisation des violences envers les femmes, qui sera publié en français, en allemand et en
anglais. Un contrat a déjà été signé avec une maison d’édition allemande. L’objectif de ce recueil est
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
de rassembler dans un même ouvrage des connaissances sur cette thématique apportées de
plusieurs pays européens. Ce recueil sera le premier dans son genre en Europe. L’ouvrage
contiendra environ trente chapitres. Les premières versions des contributions ont été reçues pendant
l’été 2009 et, après la phase d’évaluation et de révisions, les travaux de traduction démarreront en
décembre 2009. Pour mener à bien cette opération complexe – car il s’agira de traduire chacun des
chapitres dans les deux autres langues – nous suivrons de près les travaux de traduction, mettant en
relation les traducteurs et les auteurs pour en assurer la qualité. Nous nous chargerons dans un
premier temps de la relecture et correction des chapitres rédigés en anglais ou en français par des
non anglo- ou francophones. Des financements pour la traduction sont recherchés dans les trois pays
auprès de diverses institutions. Une grande partie du travail de préparation et de discussion se fait par
communication électronique, avec des conférences téléphoniques tous les trois mois. Un financement
de l’Ined sera recherché pour inviter M. Schröttle et R. Thiara à Paris en avril ou mai 2010, après la
phase de traduction et pour le déplacement de S. Condon à l’Université de Warwick à la fin de
l’automne 2010.
10. Enquête « Mariages arrangés, mariages forcés » (Christelle Hamel, Anouk Guiné)
L’enquête « Mariage arrangé, mariage forcé » a démarré en 2006. Elle était portée par
Christelle Hamel (INED), Emmanuelle Santelli (CNRS), Béate Collet, (CNRS) et Claudine Phillippe
(INSERM). Cette première phase de l’enquête a consisté en la réalisation de 23 entretiens qualitatifs
auprès de femmes victimes de mariages forcés, ayant fait appel à une association d’aide aux
victimes, ainsi qu’en l’analyse quantitative des données issues de deux enquêtes de l’INED : Mobilité
géographique et insertion sociales (1992) et Formation des couples (1983). Désormais terminée, ce
premier volet a donné lieu en 2008 à la publication d’un numéro de la revue Migration Société : « Les
mariages dits forcés, entre consentement et imposition » (n°55), regroupant des articles des
chercheuses impliquées. Les résultats issus de ce projet ont été inclus dans le rapport18 de la
Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes,
de l’Assemblée nationale.
Cette enquête se prolonge désormais par la réalisation d’une post-enquête qualitative associée
à l’enquête quantitative « Trajectoires et Origines : enquête sur la diversité des populations en France
(cf. Unité Migration internationale et minorités), dont la réalisation sera assurée par Christelle Hamel
(INED), Anouk Guiné (Université du Havre). Cinquante personnes ayant été interviewées dans le
cadre de l’enquête TeO seront réinterrogées à partir d’octobre 2009. La plus value de cette enquête
est de permettre d’interroger des personnes dont le profil sociologique se distingue de celui des
personnes rencontrées par l’intermédiaire des associations. L’échantillon de l’enquête TeO a
effectivement offert la possibilité de sélectionner des victimes de mariage forcé toujours en couple
plusieurs années après leur mariage, également d’interroger des hommes, ou encore d’interroger des
personnes qui à défaut d’être divorcées vivent séparés de leur conjoint-e, celui-ci (ou celle-ci) n’ayant
pas procédé à un regroupement familial. L’année 2010 sera consacrée à la réalisation de ces
entretiens et à leur transcription. Les données quantitatives de l’enquête Trajectoire et Origines
permettront enfin d’apporter une réponse à la question maintes fois posée par les pouvoirs publics de
la quantification du phénomène en France : la publication d’un numéro de la revue Population et
société est prévue en mars 2009.
11. Projet d’étude « Violences envers les femmes en Egypte » (Stéphanie Condon)
Dans le cadre d’une étude sur les inégalités de genre en Egypte et dans d’autres pays de la
région, nous utiliserons deux approches – quantitative et qualitative – pour analyser les violences
envers les femmes. D’une part, les données de l’EDS (1995, 2005 et 2008) seront exploitées afin
18 Danielle Bousquet, Présidente de la Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes,
Violences faites aux femmes : mettre enfin un terme à l’inacceptable, Rapport d’information, n° 1799, 2009, Assemblée nationale, tome 1 : p. 287.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
d’étudier la prévalence des violences conjugales et de l’excision, les attitudes concernant les
violences exercées par le conjoint et vis-à-vis de l’excision, et les changements au cours de la
période. Les analyses déjà menées suggèrent à la fois une lente diminution des taux de violences
conjugales et une baisse du « seuil de tolérance » des femmes vis-à-vis de ces actes. A l’inverse, on
n’observe pas d’évolution dans le taux de femmes excisées (contrairement à ce qu’ont constaté A.
Andro et M. Lesclingand pour l’ensemble de l’Afrique : Population et Sociétés, 2007, p.438). D’autre
part, la manière dont ces évolutions sont rapportées dans les média est analysée, de même que le
rôle des associations féminines dans la promotion de l’égalité entre femmes et hommes et, par
conséquence, dans la baisse des violences envers les femmes. A partir de la communication
présentée au congrès de l’IUSSP à Marrakech par les trois participantes au projet - Nisrin Abu Amara
(Université Paris Descartes), Elena Ambrosetti (Université La Sapienza) et Stéphanie Condon - nous
préparerons des articles pour publication dans des revues internationales.
12. Enquête « Violences et discriminations envers les femmes en Chine » (Isabelle
Attané)
Cet axe de recherche se situe à l’intersection des trois problématiques principales de ce
projet phare, à savoir la santé, la sexualité et les violences. Les violences envers les femmes revêtent
de multiples dimensions. Dans les sociétés dominées par des valeurs patriarcales, comme c’est le
cas notamment de la société chinoise, ces violences peuvent prendre des formes extrêmes. En
Chine, la baisse de la fécondité et une hausse du coût de la vie dans un système de normes et de
valeurs qui valorise fortement le masculin conduisent, depuis les années 1980, un nombre croissant
de couples à éliminer leur fille en amont (par la pratique d’avortements sélectifs) ou en aval (par des
négligences de traitement à l’origine d’un décès prématuré) de la naissance. Ces pratiques
provoquent une masculinisation rapide de la population enfantine (l’excédent de garçons est
désormais de l’ordre de 20% chez les moins de 5 ans), qui se généralise progressivement à
l’ensemble de la population au fur et à mesure de son vieillissement. Les conséquences de ces
violences envers les filles sont multiples et se mesurent à court comme à long terme (masculinisation
démographique, déficit de femmes sur le marché matrimonial et hausse du célibat masculin). Elles
conduisent en outre, dans certains cas, à une détérioration du statut des femmes (redéfinition des
rapports sociaux de sexe, marchandisation et trafics de femmes à des fins de mariage).
La masculinisation récente de la population chinoise tient également, en partie, à un régime de
mortalité qui favorise peu les femmes. Or, les différentiels de mortalité entre les sexes peuvent
constituer un indicateur révélateur d’inégalités de genre. Il convient donc dans un premier temps de
valider le caractère atypique de la surmortalité féminine en Chine, en particulier à certains âges (petite
enfance, jeunes âges adultes). Il convient ensuite, dans un deuxième temps, de rechercher les
causes sanitaires, sociales et comportementales à l’origine de la surmortalité féminine. Enfin, il s’agira
de voir dans quelle mesure cette surmortalité féminine contribue à la masculinisation démographique
de la Chine.
Conséquence d’un déficit croissant de femmes sur le marché matrimonial, une frange de la
population masculine – en particulier les plus pauvres et les moins instruits – est aujourd’hui exclue de
l’institution du mariage. Pourtant, le mariage monogame officialisé et légal reste, en Chine, le
préalable nécessaire à l’activité sexuelle et la condition indispensable à la formation d’une famille.
Dans un tel contexte, les comportements sexuels des hommes célibataires posent question.
Parviennent-ils à avoir une sexualité satisfaisante ? Leur activité sexuelle est-elle pénalisée par
l’absence de partenaire officiel ? Ont-ils des pratiques sexuelles alternatives à même de compenser
cette absence ? Quels peuvent être les effets de ce célibat, lorsqu’il n’est pas choisi, sur leur bienêtre, leur santé et leurs projets de vie ? Pour répondre à ces questions, en collaboration avec nos
collègues de l’Institut « Population et développement » de l’Université Jiaotong de Xi’an (Chine), nous
prévoyons d’organiser, en 2010, une seconde vague de l’enquête sur les comportements sexuels des
hommes célibataires en Chine. Alors que la première vague, qui s’est déroulée en 2008-2009, portait
sur le milieu rural, cette seconde vague d’enquête nous permettra d’étudier les comportements
sexuels des hommes célibataires d’origine rurale ayant migré provisoirement en milieu urbain.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
13. Risques de perpétuation des pratiques de mutilation dans les familles en migration.
(Andro, Lesclingand)
Historiquement, dans de nombreuses sociétés africaines, l’excision était associée aux rites de
passage d’entrée dans la vie adulte, gérée collectivement à l’échelle d’une communauté villageoise.
Aujourd’hui, le contexte dans lequel les excisions sont pratiquées semble plus s’inscrire dans une
logique de transmission d’identités sexuée, ethnique mais aussi familiale. En effet, elles ont lieu à des
âges de plus en plus précoces et à l’initiative des membres les plus âgés du groupe familial. En
contexte migratoire, dans les pays de résidence, les mutilations sexuelles féminines sont fortement
pénalisées, considérées comme une grave atteinte aux droits humains. Les familles migrantes sont
alors confrontées à des systèmes de représentations en concurrence produisant des injonctions
normatives contradictoires. En France, les politiques de pénalisation et de prévention existent depuis
le début des années 80 et se sont constamment renforcées depuis les deux dernières décennies,
conduisant de plus en plus de familles à abandonner cette pratique sur leurs filles nées en France.
Parallèlement, on observe une diminution de la prévalence de l’excision dans certains pays d’origine
au sein des plus jeunes générations. Pour les 2 882 femmes migrantes ou filles de migrantes
enquêtées dans le projet ExH dont près de 50% originaires de pays à risque, on connaît leur statut
vis-à-vis de l’excision mais également celui de leur mère et de leurs filles, si elles en ont. L’analyse de
ces données permet de proposer une mesure de la transmission de la pratique à travers ces trois
générations de femmes, suite à la migration. Les premières analyses montrent que conformément à
notre hypothèse, la diminution de la pratique entre les générations est bien attestée. Néanmoins,
l’analyse plus spécifique des négociations intrafamiliales concernant les descendantes de migrants
montre que pour une partie de ces jeunes filles, un risque latent existe. Cette analyse nous permettra
de proposer une mesure de l’abandon de la pratique de l’excision en contexte migratoire à travers
trois générations de femmes, elle sera présentée au colloque de l’AIDELF en juin 2010.
Axe 3. Genre et sexualité
L’exercice de la sexualité a sensiblement changé dans les vingt dernières années comme l’ont
montré les résultats de l’enquête « Contexte de la sexualité en France (CSF) ». Ces évolutions
relèvent à la fois de transformations dans les cadres sociaux de son exercice et dans les
comportements et pratiques qui la définissent (Bajos, Bozon, 2008). Ces changements ont été
particulièrement importants pour les femmes mais ils mettent plus généralement en jeu les relations
entre femmes et hommes. Les attentes sociales vis à vis d’une sexualité conçue comme base et
moteur des relations affectives et conjugales tout au long de la vie, s’en trouvent modifiées que se soit
en terme de médicalisation de la vie sexuelle ou en terme de redéfinition des droits sexuels.
A travers la production et l’analyse de données statistiques de grande envergure, cet axe du
recherche propose de développer des analyses dans différents contexte sociaux sur les enjeux
actuels de la sexualité. En 2010, les projets sont centrés d’une part sur l’analyse secondaire et
approfondie des données de l’enquête CSF ainsi que celles de l’enquête ExH et d’autre part sur la
mise en place d’une nouvelle enquête sur la sexualité au Chili.
1. Sexualité et genre en France : après la sortie de l’ouvrage collectif de l’enquête CSF en 2008,
une diversification des publications et la publication du livre en anglais (Nathalie Bajos, Michel Bozon,
Armelle Andro, Michèle Ferrand)
C’est en mars 2008 que l’ouvrage collectif des résultats de l’enquête Contexte de la sexualité
en France a été publié sous le titre Enquête sur la sexualité en France. Pratiques, genre et santé, aux
éditions La Découverte. L’ouvrage compte 610 pages et 26 chapitres. Publié sous la direction de
Nathalie Bajos et Michel Bozon, il a mobilisé les 13 chercheurs de l’équipe CSF (Responsables :
Nathalie Bajos et Michel Bozon. Equipe de recherche : onze personnes, dont Michèle Ferrand,
Laurent Toulemon, Henri Leridon, Armelle Andro, Nicolas Razafandratsima, ). Il a eu un important
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
retentissement
scientifique
et
public
(http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/15949/telechargement_fichier_fr_communique_presse_13
0307.pdf).
Dans la lignée de l’enquête ACSF 1992, l’enquête CSF adopte une perspective large et
appréhende les trois composantes de la sexualité que sont les actes, les relations et les significations,
en les inscrivant à la fois dans les trajectoires individuelles et dans le contexte social. Dans l’examen
des conditions et des conséquences de l’activité sexuelle, une approche de type « Santé et
sexualité » a été privilégiée, qui aborde l’infection à VIH mais aussi la contraception, les IVG, les IST,
les violences sexuelles, les dysfonctions et autres problèmes sexuels. L’enquête téléphonique a été
réalisée auprès d’un échantillon aléatoire de personnes de 18 à 69 ans, détenteurs de téléphones
fixes sur ligne blanche ou rouge, ou de téléphones portables exclusifs (N=12 364), où les jeunes ont
été surreprésentés.
La recherche comporte également un volet qualitatif auprès de 70 personnes, réalisé sous la
responsabilité de Michèle Ferrand, destiné à explorer en profondeur les négociations, conflits et
malentendus entre les partenaires, dont la collecte doit s’achever à la fin 2008.
Outre le volume collectif à La Découverte, ont été publiés en 2008 un article dans MédecineSciences, deux articles de vulgarisation (Informations sociales, et Populations et sociétés). De très
nombreuses présentations dans des séminaires ou au public ont été faites. Un article princeps pour
une grande revue internationale (Aids), a été soumis en septembre 2009, un autre sur sexualité et
obésité à été soumis au JAMA en septembre 2009 et un autre sur Genre et sexualité a été soumis en
juin 2009 à la revue britannique « Sociology ». La publication de l’ouvrage collectif en anglais est en
cours. (The Bardwell Press, Oxford, UK).
De nombreuses analyses sont programmées sur les thématiques suivantes et feront l’objet de
nouvelles publications dans des revues nationales et internationales :
- Homosexualité et Bisexualité féminine (Population)
- La sexualité non pénétrative (Journal of sex research)
- Enquêtes en population générale versus enquêtes ciblées (RESP)
- Contexte normatif et inégalités sociales de sexe (Revue française de Sociologie)
- From contraception to prevention (Contraception)
- Lesbians as the forgotten group of Aids prevention (American Journal of Public Health)
- Sexualité et obésité : une perspective de genre (Population)
- Les conséquences des violences sexuelles sur les trajectoires de vie (Culture Health and
Sexuality)
- La médicalisation des dyysfonctions sexuelles (Journal of Sexual Medicine)
- Les IST en France (STI)
2. Violence sexuelle et vie des femmes (Bajos, Bozon, Le Van)
Cette analyse, fondée sur les données de l’enquête « Contexte de la sexualité en France », fait
suite à une première série de travaux publiés en 2008 sur les facteurs et les déterminants de la
violence sexuelle. La perspective est ici inversée, puisqu’il s’agit d’explorer des effets potentiels, en
comparant des trajectoires biographiques comprenant des épisodes de violence sexuelle à des
trajectoires sans violence sexuelle.
Une expérience de violence sexuelle n’a pas les mêmes conséquences selon qu’elle se produit
dans l’enfance/adolescence, ou après 18 ans. Dans tous les cas, il s’agit d’éviter le causalisme, ou le
misérabilisme, qui consisterait à attribuer systématiquement des effets négatifs dans tous les
domaines à la violence sexuelle. Il s’agit de s’intéresser autant à l’absence d’effets qu’aux effets
immédiats ou à long terme. Trois domaines seront particulièrement explorés : les trajectoires scolaires
et sociales et les conditions de vie, la santé générale, ainsi que la santé sexuelle et reproductive, et
enfin la vie conjugale et la vie sexuelle. Le projet est d’écrire un article destiné à une revue
internationale.
3. Sexualité et norme hétéro pénétrative. (Andro, Bajos)
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
La sexualité hétéro-pénétrative structure toujours fortement les représentations et les normes
en matière de sexualité (Bajos et al., 2008) mais aussi les catégories qu’utilisent les chercheurs
travaillant sur la sexualité et la santé sexuelle et reproductive (Giami, 1991). Pourtant, d’après les
données de l’enquête CSF, les pratiques bucco-génitales appartiennent aujourd’hui au répertoire
sexuel de plus de la moitié des individus et sont de plus en plus présentes dans les jeunes
générations ; elles se développent après une phase d’apprentissage pour les deux sexes : plus de la
moitié des hommes et des femmes déclare avoir pratiqué parfois ou souvent la fellation ou le
cunnilingus dans les 12 mois précédents l’enquête. Ces fréquences sont particulièrement élevées
(jusqu’à 70%) pour les individus âgés de 25 à 49 ans (Bozon, 2008). Dans l’enquête « Contexte de la
Sexualité en France » (CSF) menée en 2006, le questionnaire permet d’explorer finement l’existence
d’activités sexuelles non pénétratives et la satisfaction qu’elles apportent, à travers l’analyse détaillée
des pratiques sexuelles autres que la pénétration (vaginale ou anale). Mais au-delà, l’enquête permet
d’explorer une notion nouvelle de « rapport sexuel non pénétratif », à travers l’analyse des données
collectées sur l’expérience de séquences sexuelles n’incluant pas de pénétrations (Andro, Bajos,
2008).
4. Ne pas être « entré dans la sexualité » entre choix, contrainte ou manque
d’opportunité. (Andro)
L’échantillon de l’enquête CSF permet d’identifier un groupe d’individus qui déclare à l’enquête
ne pas avoir encore eu leur premier rapport sexuel. Les individus qui n’ont pas encore franchi le
« cap » symbolique du premier rapport, au sens du premier rapport pénétratif vaginal, ne sont pas
pour autant forcément sexuellement inactifs. Comment ces hommes et ces femmes perçoivent cette
situation ? Comment gèrent-t-ils cette situation vis à vis de leur réseau de sociabilité, de leur famille ?
Cette entrée en sexualité plus tardive relève-t-elle d’une démarche volontaire (« attendre le bon
moment ») ou alors est-ce plutôt une situation subie ? Dans un contexte social de forte injonction à la
sexualité, les conséquences d’un délai à l’entrée en sexualité n’est pas perçu de la même manière
pour les deux et la question du droit à la sexualité se pose en des termes alors très « sexospécifiques ». On approfondira ici les analyses initiales menées sur cette question dans les premières
exploitations de l’enquête CSF (Andro, 2008).
5. L’entrée en sexualité et les paradoxes de l’identité chez les jeunes femmes excisées,
socialisées en France. (Andro, Lesclingand)
Les jeunes filles interrogées dans l’enquête ExH et qui sont nées et ont grandi en France et
appartiennent à la « seconde génération de migrants ». Dans cette période de jeunesse et de
construction des identités masculines et féminines, la transmission des savoirs et la socialisation
trouvent différents relais comme la famille, l’école ou le travail. Dans le cas des jeunes filles excisées,
les modèles normatifs transmis par la famille sont en contradiction avec les normes sociales du pays
de résidence. Ces contradictions normatives sont particulièrement fortes lors de deux étapes
importantes de l’entrée dans la vie adulte : celle de la construction d’une identité sexuée et celle de
l’entrée en sexualité. La pratique de l’excision confère aux femmes, dans les sociétés où elle est
pratiquée, leur identité sexuelle en les distinguant des hommes (une femme non-excisée n’a pas
d’identité sexuelle : elle n’est « ni homme, ni femme »). Dans une société où la norme féminine est au
contraire de ne pas être excisée, le système vacille. C’est alors à travers la sexualité et
particulièrement l’entrée en vie sexuelle que, pour ces jeunes femmes, les conflits entre
représentations, pratiques, normes sociales et vécu personnel trouvent leur expression la plus difficile
à négocier. Les résultats seront présentés au Congrès mondial de sociologie en 2010.
6. Santé sexuelle et chirurgie réparatrice de l’excision. (Andro, Lesclingand, Villani)
A la suite des analyses menées sur les femmes ayant eu recours à la chirurgie réparatrice
(Andro, Lesclingand, Pourette), on poursuivra les analyses sur la demande potentielle de soin et de
prise en charge de la part es femmes excisées vivant en France en collaboration avec Michela Villani
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)
qui mène actuellement une thèse sur ces thématiques, sous la direction de Michel Bozon. On
essaiera notamment d’étudier les femmes « précurseurs » dans le recours à cette opération.
Armelle Andro et Marie Lesclingand travaillent de plus à la mise en œuvre d’un projet de
recherche en collaboration avec le docteur Pierre Foldès est par ailleurs en cours d’élaboration. Il
s’agit à la fois de mener une analyse systématique des dossiers de patientes prises en charge par ce
dernier depuis la mise en place du protocole de chirurgie réparatrice et de participer par ailleurs à la
mise en place d’un institut national de référence sur le sujet.
7. Sexualité, santé et droits au Chili: projet d’enquête nationale (Bozon)
Michel Bozon poursuit sa collaboration avec le Chili, à la suite de l’enquête nationale Cosecon
(Comportements sexuels et prévention du sida au Chili) de 1998, menée avec le ministère de la Santé
chilien, et dont il avait été co-responsable (un livre dont il est co-organisateur est paru en 2000).
Au cours des années 2004 et 2005, il a eu l’occasion de prendre ou reprendre contact avec des
chercheurs chiliens, notamment Jaime Barrientos, un de ses étudiants, devenu maître de conférences
à l’Université d’Antofagasta, qui a été invité à deux occasions à l’Ined (la dernière fois pour deux mois
en 2006), et Irma Palma, professeure à l’Université du Chili à Santiago, qui a réalisé sa thèse à partir
de l’enquête Cosecon et qui a été invitée en 2007 à l’Ined. Avec ces chercheurs et les représentants
de deux autres universités, l’idée d’une enquête générale sur la sexualité au Chili, non uniquement
centrée sur la question de la prévention du VIH, a surgi. Dans un contexte social et politique
aujourd’hui plus ouvert (dont témoigne l’élection de Michelle Bachelet à la présidence de la
République), il devient possible de s’interroger sur les normes de la sexualité au Chili, pays où les lois
et les discours sont traditionnellement très contraints par le poids de l’Eglise. L’avortement est ainsi à
la fois totalement interdit, moralement condamné et très largement pratiqué ; par ailleurs l’homophobie
est très présente. Le divorce n’est autorisé que depuis deux ans.
Un projet d’enquête détaillé a été présenté à l’agence gouvernementale Conasida (Commission
Nationale du sida), qui l’a accepté. L’idée est d’utiliser l’enquête de 1998 comme enquête de base
(baseline) pour évaluer avec finesse les changements de la décennie. Des difficultés ont surgi pour
boucler le tour de table financier, en raison de la crise financière, qui rend les bailleurs de fonds
internationaux plus frileux. Par ailleurs, l’année 2009 était une année d’élection présidentielle, peu
favorable aux grands projets. Des séminaires thématiques portant sur les principaux domaines qui
seront abordés dans le questionnaire (socialisation, avortement, homosexualité, violence…) ont été et
continueront à être menés pour préparer l’enquête, et mobiliser les milieux scientifiques et politiques
ainsi que la société civile. Une mission est demandée pour Michel Bozon, afin qu’il participe à des
réunions de préparation du projet d’enquête.
8. Gestion des risques sexuels en milieu étudiant (Andro, Brown)
Les étudiants constituent une population particulière (mode de vie, ressources financières,
origine sociale et géographique hétérogènes) et pour laquelle on manque de connaissances sur leur
santé reproductive et sexuelle : Il existe des enquêtes menées sur la santé générale de cette
population mais peu de données sont disponibles sur la sphère particulière de la reproduction et de la
sexualité. L’enquête EPICE menée dans les universités de Paris 6, Paris 7 et Paris 1 apporte une
information centrée sur les questions de contraception, de sexualité, de prévention des IST, les
violences sexuelles et des besoins de prise en charge et d’information des étudiants sur ces thèmes.
L’analyse des résultats de cette enquête sera menée sous la houlette du CRIDUP à l’Université de
Paris 1. Les services de médecine préventive de ces universités sont aussi impliqués dans la
restitution des résultats.
INSTITUT NATIONAL D'ETUDES DEMOGRAPHIQUES
ETABLISSEMENT PUBLIC SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE • 133 BOULEVARD DAVOUT 75980 PARIS CEDEX 20 FRANCE
TEL. 33 (1) 56 06 20 00 • FAX 33 (1) 56 06 21 99 • MEL ( À COMPLÉTER)