fascicule 1
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fascicule 1
[ univers de la bière, entre imagerie et identité ] la bière dans la mémoire sociale fascicule 1 « C’est que la bière vous rend sage Et gais, c’est-à-dire indulgents. Elle fait fleurir vos visages, C’est la boisson des bonnes gens. Dans ce banquet où prennent place Des confrères d’un peu partout, Elle vous sert de mot de passe ; On vous demande : en brassez-vous ? Eh bien alors, embrassons-nous. » (M. Duclaux) [ préambule ] Je n’oserais quand même pas dire que sans la bière nous ne sommes plus rien, mais presque. Remontant à la préhistoire, elle fait partie de l’histoire des peuples et des sociétés. N’était-ce pas elle qui, sous une forme simplifiée, permettait par une sorte d’enivrement la communication avec les esprits ? N’est-ce pas elle qui par ses qualités et sa pureté a permis de limiter en partie des épidémies du moyen âge comme la peste ? C’est aussi elle, qui par ces hautes qualités nutritives et son bas coût représentait un aliment important pour les classes moyennes à pauvres. La bière a toujours existé et fait partie, qu’on le veuille ou non, de l’histoire de l’homme par son histoire, ces traditions et ses croyances. Si aujourd’hui nous avons oublié en grande partie tous les bienfaits qu’elle a pu nous assurer, nous continuons à nous retrouver avec les bons amis, autour d’une table et d’une bonne bière. Le premier fascicule de ce travail nous rappelle toute l’importance de la bière dans nos sociétés, et en présente aussi les particularités. Le second fascicule, quant à lui, se rapportera aux lieux de la bière, menant ainsi cette réflexion vers le projet. En traversant les différents bars, tavernes, estaminets et autres, ainsi que les diverses brasseries, nous verrons qu’il existe à l’heure actuelle un véritable problème d’identité, certains bars misant sur la décoration à outrance pour créer une sorte de cachet historique de la bière, alors que les grandes brasseries se sont tellement industrialisées qu’elles ont perdu tout contact avec l’humain et ressemblent à n’importent quelle autre usine de par le monde… L’âge d’or de la construction de la brasserie est passé avec ses grands bâtiments de briques, ses hautes cheminées et ses grandes vitres donnant sur les salles de brassage, est passé. Aujourd’hui, un nouveau type de brasserie fait surface. Les brasseries artisanales connaissent un regain d’intérêt important depuis une quinzaine d’années. Cependant, certaines de ces petites brasseries ont connu le succès, les obligeant à s’agrandir tout un voulant garder les spécificités artisanales qui ont fait leur renommée. C’est ainsi que se pose la question du projet, de la recherche d’une nouvelle identité accompagnée d’un nouveau programme correspondant aux brasseries naissant actuellement. “Puissiez-vous toujours avoir un ventre plein, un porte-feuille lourd, et le coeur léger” (anonyme) [ introduction ] p. 6 [ histoire ] p. 9 préhistoire p. 9 sumériens et babyloniens p. 9 égyptiens p. 11 gaulois et germains p. 14 - le moyen âge : entre villes et couvents p. 15 - la bière dans les monastères p. 15 brasserie et développement de la ville p. 19 XIXème siècle : évolutions p. 23 [ ad cervisiam faciendam ] p. 29 les matières premières : l’orge, le houblon et l’eau p. 31 en brasserie p. 39 [ croyances et traditions ] p. 45 l’étoile des brasseurs, signe d’un savoir faire p.45 symbolique cyclique de la fabrication p. 47 semence et ensemencement p. 49 le tonneau de chêne p. 51 santé ! p. 51 éléments perturbateurs p. 55 bière et Eglise p. 55 Luther, Calvin, ces buveurs de bière p. 58 bière et vin p. 59 [ métier, corporations et protecteurs ] p. 61 les corporations p. 61 la brasserie, une autre famille p. 63 ses personnages, leurs protecteurs p. 63 [ bière, boisson sociale ] p. 67 en buvant le vin d’orge p. 67 la bière, un monde masculin ? p. 69 populaire, elle rassemble p. 71 [ dégustation ] p. 75 qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse p. 75 servir une bière p. 79 la dégustation p. 80 toutes différentes p. 83 [ iconographie de la bière ] p. 87 l’art et la bière p. 87 la bière s’affiche p. 91 publicités et étiquettes actuelles p. 95 [ les différents types de bières ] p. 100 [ les mots de la bière ] p. 105 [ bibliographie ] p. 119 [ sources iconographiques ] p. 122 [ table des matières ] 5 [ introduction ] « L’eau naturellement, le lait évidemment, le vin plus tardivement, la bière tout simplement. » Ce refrain d’une chanson estudiantine pourrait résumer l’histoire des boissons qui ont fait l’histoire des hommes, et suffit d’ailleurs pour dire leur universalité à chacune. Certes l’alcool, dans ses différentes variations, les limonades et autres boisons gazeuses, les jus de fruits pour les boisons fraîches, le thé et le café pour les boissons chaudes peuvent aussi prétendre à cette globalité, mais les quatre premières l’emportent en antériorité et ont ceci de particulier, qu’elles se retrouvent dans chaque continent, qu’elles symbolisent la vie, la fécondité, la victoire sur la mort, la transformation et la résurrection. Parler de la bière, au-delà du plaisir que sa dégustation implique, c’est donc d’abord rentrer dans l’histoire, chercher aussi le sens, l’étymologie, la symbolique de ce breuvage, mais aussi , puisque la bière est le fruit du travail des hommes, se pencher sur les traditions d’un métier, sur ses mystères parfois, sur sa transformation à travers les siècles. Le caractère universel de la bière devrait nous entraîner à travers le monde. Il y a des livres à écrire sur les traditions peules et la bière de mil, sur le rituel de sa consommation en pays Dogon, sur les particularités des bières locales servies en Asie ou en Amérique latine. Ce n’est toutefois pas faire preuve d’eurocentrisme que de choisir de limiter ce travail, après un bref survol de l’histoire antique de la bière, sur le métier de brasseur dans nos contrées du Nord et du Centre de l’Europe. Ecrire l’histoire du Coca Cola devrait d’abord nous en entraîner en pays maya, mais chacun conviendra que sa réalité se confond d’abord avec l’histoire des Etats-Unis. Ainsi en est-il aussi pour la bière, telle que nous la buvons aujourd’hui de par le monde : c’est en Europe du Nord qu’elle est née, ce sont ses traditions et son savoir faire qui partout désormais se sont imposés : l’Allemagne, l’Alsace, la Belgique, les Pays Bas, le Royaume Uni, la Suisse, la Tchéquie et la Slovaquie sont terres de bières tout en étant aussi parfois des régions viticoles, et les usages qui y sont nées, le métier qui s’y est développé, les évolutions du goût des consommateurs de ces contrées ont marqué et transformé le monde brassicole à travers la terre. D’ailleurs les chiffres de consommation ne s’y trompent pas. En 2005, neuf des dix “ Si Adam avait su le premier de la bière brasser, jamias Eve n’aurait pu avec du jus de pomme le tenter.” (Marcel Gocar) premiers consommateurs de bière au monde étaient européens, et seuls cinq pays étaient non européens parmi les vingt deux plus gros consommateurs. La République Tchèque bat tous les records avec près de 155 litres par an et par habitant, suivie de l’Irlande ( +/142 litres) de l’Allemagne ( +/- 118 litres), de l’Autriche ( +/- 115 litres ) du Luxembourg et du Royaume Uni ( +/- 105 lites ) pour ne citer que les pays dépassant les cent litres de bière par an et par habitant. (voir tableau en annexe 1). En ce qui concerne l’industrie brassicole – qui est désormais multinationale par son capital et son actionnariat - les plus grands groupes restent européens, comme l’est d’ailleurs encore par la composition de son capital le premier groupe brassicole mondial, InBev. Si la bière est donc une boisson fortement imprégnée de traditions européennes qui remontent souvent au moyen âge, avec toutes leurs connotations religieuses et populaires, elle est néanmoins universelle par le caractère convivial de sa consommation, ses particularités désaltérantes, son prix qui reste très modéré par rapport au vin et aux autres boissons alcoolisées. Il est d’ailleurs des régions dans le monde, en Afrique particulièrement, ou la bière est moins chère que l’eau achetée en bouteille. La bière pourtant, malgré la dimension universelle de sa consommation, malgré ses qualités désaltérantes et conviviales, reste pour certains un breuvage amer que l’on n’aime pas. Cela tient parfois à une question de goût que l’on se gardera bien de juger, mais cette détestation de la bière ou le peu de cas que certains consommateurs en font, relèvent parfois de préjugés, qui trouvent leur origine dans les traditions liées à la bière, boisson venant des rituels païens que d’aucuns opposent au vin, symbole du sang du Christ et sceau de la nouvelle alliance de Dieu et des hommes. Les préjugés reposent parfois aussi sur le caractère populaire de la bière, boisson socialement inférieure au vin, comme si c’était le breuvage et non les buveurs qui s’enfermait dans des clivages de castes et l’exclusion stupide de plaisirs différents mais aucunement contradictoires. La bière, connue de tous, aimée par des millions de gens, reste toutefois une inconnue. Contrairement à l’eau qui jaillit de la source, du lait que l’on trait des vaches et des chèvres, du raisin qui devient vin presque par la seule action du soleil, la bière est une boisson qui demande un savoir faire pour la produire, un métier qui s’apprenait dans le secret des familles ou dans le sanctuaire d’un monastère, et dont les mystères étaient transmis aux seuls initiés. L’alchimiste du moyen âge n’était pas le chercheur d’or, mais celui qui avec de l’eau, de l’orge, du houblon, du feu, arrivait à produire ce liquide blond et doré dont les vertus médicinales, apaisantes ou au contraire aphrodisiaques et entraînantes donnaient aux hommes le prétexte de boire, de se retrouver, de communier, non pas devant un Dieu terrible quoique miséricordieux, mais dans la fraternité d’une humanité commune. Que la bière soit servie dans une bouteille, en canette de métal ou à la pression, qu’elle soit bue dans des verres spécialement conçus pour en dégager l’arôme ou dans des pintes d’étain ou des chopes de terre cuite, qu’elle soit produite dans des usines tenant du laboratoire moderne ou chez des artisans travaillant encore en famille, la bière reste “Immédiatement le nouveau-né est mort de soif et réclame « à boyre ». Surpris et amusé par une telle soif, Grandgousier, son père , s’exclame : « Que grand (gosier) tu as » , ce qui vaudra à l’enfant d’être appelé Gargantua. ” (Rabelais, Gargantua) [ introduction ] 7 ce que l’écrivain Pierre Jean Rémy appelle « une invitation à des plaisirs simples » que ce travail de fin d’étude voudrait aussi faire partager à ses lecteurs. Nous irons donc ensemble vers le projet d’un bâtiment brassicole pour la brasserie des Franches-Montagnes, en cheminant à travers l’histoire, les traditions, les illusions et les peurs du passé, en découvrant le processus de fabrication de cette boisson magique, en passant d’un pub à un café, d’un estaminet à un Bierstube, d’un bar à un autre, en visitant d’anciens monastères, de vieilles usines de briques aux cuves de cuivre, des brasseries artisanales, des grandes usines modernes, en s’arrêtant enfin à La Chaux-de-Fonds, dans le nouveau quartier Le Corbusier, ce lieu qui est un lieu pour vivre et y construire , un lieu pour travailler et pour brasser , un lieu pour boire et pour rêver. ci-dessus, chanson autour de la bière illustrée par l’imagerie d’Epinal [ histoire ] préhistoire La bière est sans doute la plus ancienne boisson alcoolisée fabriquée par l’homme (le vin et l’hydromel peuvant « naître » spontanément à l’état naturel par macération puis fermentation spontanée). On pense que son apparition aurait eu lieu peu après la découverte de la fabrication de la pâte et la cuisson du pain. Ainsi, pain et bière seraient liés, tout deux résultant d’une mouture et d’une cuisson de céréales. Cette association entre bière et pain fait remonter ainsi la découverte de cette boisson fermentée aux premières cultures de l’orge datant de l’âge de pierre. Les plus anciennes traces archéologiques liées à la bière connues actuellement remontent à 12.000 avant J-C. L’utilisation de levure (réemployée après le brassin précédent) pour faire fermenter la bière est contemporaine de la naissance du pain. Avant cela, c’est la fermentation spontanée qui était employée. Karl Thöne et André Bugnon, auteurs de La Bière Suisse, imaginent comment l’homme de pierre, ou plutôt la femme aurait inventé une boisson à partir de céréale fermentée. La terre était déjà cultivée et les femmes préparaient des sortes de bouillies de céréales, ainsi que des galettes à base de froment, de seigle et d’orge. Ces galettes devaient être consommées encore chaudes, car une fois refroidies, elles devenaient dures comme de la pierre. Les deux auteurs imaginent alors, que des galettes seraient restées à la suite d’un repas, et qu’une femme aurait eu l’idée de les émietter dans de l’eau afin d’éviter qu’elles ne durcissent. Ce mélange ayant été laissé de côté quelques jours, il aurait fermenté. Voulant l’utiliser, on se serait rendu compte que le liquide avait changé de goût en devenant assez agréable et douceâtre. Si cette hypothèse est possible, il est difficile de dater avec précision l’apparition d’une boisson équivalente à la bière dans des sociétés qui ne connaissaient pas encore l’Ecriture, et il est encore plus difficile d’établir avec certitude le rôle joué par la bière chez les peuples préhistoriques. sumériens et babyloniens Les premières sources écrites dont nous disposons datent de l’époque sumérienne. En effet, des tablettes datant d’environ 4000 avant Jésus-Christ et décrivant l’existence d’une boisson correspondant à la bière, nommée Sikaru ainsi que des maisons de la bière, ont été retrouvées entre le Tigre et l’Euphrate. La bière était alors une boisson courante dans ces régions au climat chaud, dans lesquelles la qualité de l’eau ne pouvait pas toujours être satisfaisante. Ce rapport entre bière et qualité de l’eau potable est intéressant et nous “Ce qui remplit ton coeur, de bonheur remplit notre coeur de bonheur. Notre foie est content, notre coeur est joyeux. Que Ninkasi vive toujours avec toi.” (Hymne à Ninkasi, déesse sumérienne de la bière) [ histoire ] 9 1. 2. 3. 4. 6. 5. 7. Ci-dessus: offrandes, reproductions de fresques et récipients à boire sumériens, babyloniens et étrusques. (voir liste détaillée sous table iconographique) verrons, au cours de l’histoire, que la bière sera souvent préférée à l’eau pour des raisons d’hygiène. Les tablettes retrouvées par les archéologues ne mentionnent pas les techniques brassicoles de l’époque, mais nous renseignent par contre sur le rôle de la bière dans cette société. Les maisons de bière étaient tenues par des femmes, qui elles seules avaient le droit de brasser. Divers types de bières existaient selon les différents rangs sociaux ainsi que les périodes de l’année. Ainsi on trouvait une bière correspondant à la période des moissons, une bière brune qui était réservée à la consommation quotidienne et une bière rouge réservée aux hauts dignitaires. Sa consommation étant élevée, la bière devient un moyen économique en servant de mode de paiement des différents employés au sein des domaines brassicoles, la ration dépendant des fonctions exercées : le personnel du domaine recevait 3 litres de bière brune, alors qu’une ration de 5 litres était attribuée aux professeurs, intendants et femmes du harem. Utilisée au niveau économique, son caractère symbolique commence avec son apparition dans les rites religieux. Le Monument Bleu, datant de l’époque prédynastique de Sumer (2000 à 2800 av. JC) décrit une offrande de bière faite à la déesse Nin-Harra. En 2000 avant Jésus-Christ, la civilisation sumérienne décline pour faire place aux Babyloniens sans créer de rupture dans la tradition brassicole. Comme à l’époque sumérienne, ce seront toujours les femmes qui tiendront le rôle de brasseur. Tout comme dans les rites sumériens, la bière est importante dans la vie religieuse babylonienne. Le dieu Mardouk était considéré comme le patron des brasseurs et de nombreuses offrandes de bière étaient pratiquées sur son autel. Chaque année, avait lieu la procession de cette divinité, à laquelle les brasseurs étaient les seuls laïcs à y participer. Leur rôle au cours de cette cérémonie montre la considération sociale et religieuse qui était portée aux brasseurs, ceux-ci étant chargés de tirer le char d’un des plus anciens dieux, le dieu Anu. Bien que l’on ne possède que peu de documents concernant le brassage de la bière dans les civilisations sumériennes et babyloniennes, nous savons que celles-ci utilisaient la technique des pains de bière, technique qui sera fortement décrite par les Egyptiens. égyptiens Chez les Egyptiens, la bière portait le nom de Zythos. Les différents documents égyptiens tels que fresques murales, papyrus, restes d’offrandes, nous renseignent sur l’utilisation de la bière dans l’ancienne Egypte. Hérodote, lors de ses voyages, nous rapporte le témoignage d’un vin d’orge, qui aurait été la boisson la plus utilisée dans l’ancienne Egypte, “Je redoute l’homme qui boit de l’eau et se souvient de ce que les autres ont dit la veille au soir” (proverbe de la Grèce ancienne) [ histoire ] 11 1. 2. 3. 4. 1. Récolte des céréales et labours, fragment de la tombe du scribe comptable des grains 2. Reine versant de la bière au roi, bas-relief égyptien, 2ème millénaire avant J.-C. 3. Nefer-Her-Ptah, le préposé des brasseurs, 5ème dynastie 4. Brasseur égyptien brassant la maische, statuette en calcaire polychrome (environ 2400 avant J.-C) et c’est dans les écrits de Dioscrite (5 siècle av- Jésus-Christ) que nous retrouvons le nom de Zythum. Au niveau des croyances religieuses, la bière était considérée d’origine divine, ainsi, ce sont deux divinités qui en assurent la protection : Isis, déesse de l’orge, et Osiris, patron des brasseurs. Comme nous l’avons dit, le Zythum a été retrouvé dans différentes offrandes. Si à l’origine cette boisson était surtout utilisée pour le culte des morts, les offrandes de Zythum vont aussi être assimilées avec le temps à d’autres rites religieux. Selon le Livre des Rêves, un rêve de bière est considéré comme un présage favorable. Outre ces aspects divins, la bière était aussi utilisée comme les Mésopotamiens et Sumériens, en tant que moyen de rétribution, et les différents types de bières étaient réservés à des classes sociales différentes. Les Egyptiens ont décrit précisément les différentes étapes de production de la bière. C’est une fresque du tombeau de Kenamon, grand chambellan du pharaon Amenophis II (15e av. JC) qui constitue le document le plus important. Cette fresque décrit la fabrication de la bière à partir des pains d’orges. Les grains d’orge et d’épeautre maltés étaient broyés et réduits en farine. Une fois cette farine de malt transformée en pâte appelée Oadjit (la fraîche), le brasseur moulait des pains. Ces pains étaient passés au four, la chaleur de la cuisson permettant de griller l’extérieur et de dorer la croûte tout en préservant l’humidité à l’intérieur des pains. Cette cuisson permettait aux pains d’être transportés plus facilement tout en assurant une meilleure conservation. Ces pains seront ensuite émiettés par le brasseur pour les mélanger dans une cuve remplie d’eau sucrée au moment du brassage. Ensuite, le brasseur laissait fermenter ce mélange et le filtrait pour n’en récupérer que le liquide transvasé ensuite dans des jarres. Cette bière, de consistance pâteuse et guère transparente, était très différente de la bière que nous consommons actuellement. A cette époque, il existait déjà de nombreuses brasseries artisanales. La ville la plus reconnue pour sa bière étant Péluse, actuelle Port Saïd. Nous savons aussi que les Egyptiens exportaient leurs bières. Une hypothèse fonde l’arrivée de la bière en Europe par le biais de Péluse qui exportait sa bière dans la péninsule ibérique. De cette manière, la bière serait arrivée jusqu’en Gaule. Ainsi, selon Ferdinand Reiber : « les pays grecs avaient aussi emprunté le Zythos aux Egyptiens et l’ont gardé depuis. Aujourd’hui encore on retrouve l’ancien zythos dans le zytho de la bohème et de la Pologne. Ces affinités linguistiques nous semblent d’excellentes preuves à l’appui de la thèse généralement admise des origines égyptiennes de la bière ». Cependant, toujours en prenant appuis sur l’origine linguistique des termes brassicoles gaulois, on remarque qu’il n’y a pas de mots provenant d’origine étrangère, ce qui mettrait en doute la première hypothèse d’une origine purement égyptienne de la bière en Europe. “La bouche d’une homme parfaitement heureux est pleine de bière”(maxime de l’ancienne Egypte) [ histoire ] 13 e gaulois et germains En Europe, nous retrouvons la bière chez les Gaulois et Germains sans pour autant qu’il y ait eu de lien avec l’ancienne Egypte. La bière est alors appelée cervoise, produite à partir d’une infusion de graines céréalières, la plupart du temps de d’orge mais aussi à partir de mélanges de blé, de seigle et d’avoine. En la mentionnant, certains auteurs latins qualifiaient la bière de vin d’orge. Si nous ne connaissons pas les origines de la bière chez les Gaulois et les Germains, nous possédons en revanche un grand nombre de documents attestant de l’existence d’une bière faite à base d’orge. Ainsi, Pythias, explorateur phocéen du IVème siècle avant Jésus-Christ, affirme que la bière est la boisson la plus courante chez les peuples gaulois, chose qui sera confirmée un peu plus tard par Caton dans de Re Rustica, tandis que Pline l’Ancien atteste de différentes sortes de vins d’orge. La bière était produite dans le cadre domestique, et était l’apanage des femmes qui s’occupaient bien entendu aussi de la cuisson du pain. Si l’on trouve en Egypte et en Mésopotamie quelques brasseries indépendantes, ce n’était pas le cas en Gaule. Nous savons qu’à cette époque, le maltage était une technique déjà connue, ce qui nous permet de rapprocher leurs techniques brassicoles des nôtres. Nous en retrouvons le témoignage dans les écrits d’Orosius, un des Pères de l’Eglise d’Espagne, qui écrivît au Vème siècle l’histoire de la péninsule ibérique dans laquelle il fit la narration du siège de Numance par les Romains en 133 après JC : « Finalement, les assiégés firent une sortie après avoir bu largement, non pas du vin, mais une boisson confectionnée avec art en partant du blé qu’ils appellent celia, parce qu’elle a été chauffée. La force de germination est suscitée par le feu, après avoir humidifié le blé. Puis il est séché et grossièrement moulu, on le mélange avec un suc mou qui donne au blé sa saveur austère et une chaleur enivrante ». Cette description nous montre que les Gaulois connaissaient les méthodes de trempage, de germination, de touraillage, de concassage, d’empattage et de fermentation. D’ailleurs, la linguistique nous confirme l’origine du maltage comme un fait gaulois : le malt se disant en gaulois brace . Ce terme sera latinisé par les romains en bracium, terme qui donnera plus tard en français les mots de brassage (1132), brasserie (1268) et brasseur (1250). Bien que proche au niveau de la fabrication de notre bière actuelle, elle reste différente. D’une part, elle est beaucoup plus pâteuse, mais aussi plus douceâtre car l’adjonction de houblon qui caractérise l’amertume de la bière actuelle n’était pas encore pratiquée. Pour corriger cet aspect, les Gaulois ajoutaient des mélanges d’épices : gentiane, sauge, lavande, coriandre, absinthe, etc. “ Le Gaulois, pressé d’une soif éternelle, à défaut de raisin, a recours à l’épi.” (Pline) Du côté germanique, on retrouve chez César et Tacite l’évocation d’une boisson faite à partir de céréales (orge ou avoine) et bue dans des cornes d’aurochs. En 1890, des archéologues découvrirent dans des fouilles en Allemagne du Nord deux anciennes cornes à boire datant du premier siècle après Jésus-Christ. Une étude chimique des traces de liquides ayant été contenus dans ces cornes a permis de retrouver deux des boissons principales du monde germanique : la bière et l’hydromel. L’analyse chimique reconstitue en quelque sorte la recette de ces boissons. Ainsi, nous savons que les grains d’orges étaient nettoyés et ensuite transformés en malt grâce à une humidification contrôlée. La cuisson de la bouillie obtenue par le brassage de l’eau et du malt favorisait la saccharification et ce sont des levures sauvages, extérieures aux marais environnants qui entraînaient la fermentation. La bière, qui n’était alors pas filtrée, avait l’apparence d’un liquide épais et trouble. le moyen âge, entre villes et couvents Le moyen âge est marqué par une nouvelle impulsion dans le monde de la bière. D’une part la création de brasseries au sein des monastères et d’autre part le passage d’un brassage domestique à une professionnalisation qui apparut dans les villes à partir du XIIème siècle. bière et monastères L’apparition des brasseries au sein des monastères s’est faite dès le IXème siècle, c’est-àdire durant l’époque carolingienne et ceci, avant même le développement des brasseries professionnelles. Ainsi, on considère les moines comme les premiers brasseurs, à côté de la production domestique toujours en activité. Ces brasseries datent souvent de la construction de l’abbaye elle-même ou ont été ajoutées par la suite pour le besoin des moines et des pèlerins. La réputation des bières produites par des moines n’est plus à faire. D’ailleurs, l’imagerie populaire représente régulièrement des moines, choppe à la main, rondouillards et la mine réjouie. Si les moines ont si bonne réputation en qualité de bière c’est qu’ils ont su transmettre ainsi que redécouvrir des traditions de brassage et que leurs connaissances avaient des répercutions directes sur la qualité de leur bière. Les moines, occupant leur vie entre la prière, l’étude et le travail, étudiaient les divers documents antiques. C’est ainsi qu’ils ont pu mettre en pratique d’anciennes techniques qui leur ont permis de perfectionner leur art brassicole. Ainsi, contrairement au brassage familial qui se transmettait de mère en fille en transformant les recettes au fil des générations, certains “Le christiannisme et l’alcool, deux agents de corruption.” (Friedrich Nietzsche) [ histoire ] 15 1. 2. 3. 1. la partie de cartes, K. Gebhardt (1860-1917), Munich 2. le goûter, Edouard Grützner (1846-1925) 3. détail d’un dessin schématisé du plan du Couvent de Saint Gall vers 820 moines ont essayé de retrouver d’anciennes recettes. Ils ont ainsi pu perpétuer notamment l’antique science brassicole égyptienne grâce au papyrus Zosyme de Panapolis. De plus, chaque Père brasseur transmettait à son suivant son savoir et son expérience, celui-ci se perpétuant de génération en génération. C’est grâce aux connaissances des moines ainsi qu’aux moyens techniques dont ils disposaient dans les abbayes qu’ils ont pu faire la découverte de deux techniques renversantes pour la bière : l’une étant l’adjonction de houblon et l’autre étant la fermentation basse. La plus ancienne mention d’utilisation du houblon dans la bière date de 1079 dans le couvent des bénédictines du Rupertusberg près de Bingen. La fermentation basse ou froide (contrairement à la fermentation haute ou chaude) sera découverte plus tard, au début du XVème siècle. Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, elle permet une meilleure stabilité et augmente la conservation de la bière. Cette technique se répandra au dehors de la Bavière dès la fin du XVème siècle. Mais la bière produite par les moines ne servait pas seulement à leur propre consommation. Durant le moyen âge, les couvents jouaient un rôle social important en accueillant les pèlerins. Aussi, une partie de la production leur était destinée, et il n’était pas rare de trouver, jouxtée aux abbayes, une auberge dans laquelle les pèlerins trouvaient de quoi s’abriter, se nourrir et se rafraîchir. Certains monastères possédaient même un hôpital, et la bière y était souvent servie pour sa pureté, l’eau n’étant alors pas toujours considérée comme exempte d’infections. Comme nous le voyons, les moines devaient donc brasser une grande quantité de bière. Pour subvenir à tous, ils brassaient différentes sortes de bières : ainsi la meilleure, la prima melior, était réservée aux invités importants du monastère ainsi qu’aux Pères, une bière de qualité moyenne secunda était réservée aux Frères laïques, et la bière courante, la tertia était bue par les pèlerins. Cette distinction entre les trois types de bières, se retrouve dans le plan de la brasserie de l’abbaye de Saint-Gall, construite sous les carolingiens au IXème siècle. On y distingue très clairement l’existence de trois brasseries au sein de l’abbaye, l’une réservée aux pèlerins (bracitorium), une auberge avec une brasserie (domus conficiendae celiae), une brasserie pour les moines (hic fratibus conficiatur cervisia _ hic coletur celia) et des greniers accompagnés d’une malterie (granarium uni mundatum fromentum servetur et quod ad cervisiam praeparatur). On remarque que vers le XVIème siècle, certaines brasseries monacales tendirent à disparaître, la production du vin (le sang du Christ) étant préférée à celle de la bière. Les brasseries monacales ont toutefois perduré dans les régions où la tradition brassicole était fort implantée. “ La meilleure bière se trouve là où les prêtres vont boire.” (anonyme, 16ème siècle) [ histoire ] 17 Notons pour l’anecdote, que la plus vieille chanson française sur le thème de la bière a été écrire dans une abbaye durant le moyen âge. Il s’agit d’une parodie du Laetabundus, chant latin chanté le soir de noël et glorifiant la maternité: On va bien voir La cervoise va nous chanter Alleluia ! (louez Dieu) Béni soit le bon voisin Qui nous donne pain et vin Carne sumpta (chère somptueuse) Qui que ce soit qui en boive Si elle est telle qu’elle doit être Res miranda ! (chose merveilleuse) Et la dame de la maison Qui nous fait un accueil royal ! Puisse-t-elle ne jamais par maladie Esse ceca ! (perdre la vie) Buvez bien et buvez beau Elle vous viendra du tonneau Semper clara ! (toujours claire) Elle nous donne très volontiers Bonnes boissons et bons mangers Mieux vaut qu’autres femmes Hec predica (ici vantées) Buvez bien et buvez beau Vous le votre et moi le mien Pari Forma ! (pareillement) Allons buvons pour finir Par moitiés et par verres pleins Afin que nous ne soyons demain Gens misera (gens misérables) Qu’on fasse bien attention à ceci Si on la boit un peu près du feu Fit corrupta ! (elle se corrompt) Que notre tonne ne se vide pas Car elle est bonne de bon fruit, Et elle sera toute la nuit Puerpera ! (bien accouchée) Si les riches mènent leur bombance Faisons-nous notre plaisir Valla nostra ! (à notre santé) Amen. “Qui brassait jadis, quand les moines ne les avaient pas encore soulagées de cette tâche? Les femmes!” (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, Noël en ville) En France, les brasseries monacales du moyen âge étaient frappées par la politique financière de Louis XIV et de ses successeurs qui ne favorisaient pas particulièrement les communautés religieuses. Ainsi, ils percevaient un impôt sur la production de la bière. N’ayant que peu de moyen de subvenir à leurs besoins matériels, les moines français ont peu à peu abandonné la fabrication de la bière, remplacée par celle d’autres produits. La bière des moines n’avait plus à faire ses preuves, cependant, les améliorations techniques qui auront lieu au XIXème siècle ont permis aux autres brasseries artisanales de proposer un produit de meilleure qualité qui vint parfois même à être préférable à celui distribué gratuitement par les moines. brasserie et développement de la ville La croissance des villes au moyen âge n’allait pas sans poser quelques problèmes : fortifications pour se protéger des ennemis, obligeant la ville à se développer sur ellemême, problèmes de promiscuité, etc. Dans les campagnes, les habitants disposaient avec leurs cultures d’une partie des aliments dont ils avaient besoin. Mais en ville, se posait la question de l’approvisionnement en matières premières, en particulier des céréales qui constituaient la base de l’alimentation. De plus, les maisons construites en bois au sein d’une enceinte fortifiée ainsi que les questions de proximité entre les bâtiments poussa, pour des raisons de sécurité face aux risques d’incendie, à construire des bâtiments en pierre pour abriter des fours publics accessibles aux habitants. Ainsi, la ménagère devait sortir de la maison et se rendre au four pour cuire son pain et brasser sa cervoise. Il est facile d’imaginer que le système n’était pas des plus simples, sachant que chaque famille avait besoin d’un accès presque quotidien à ces fours. Ainsi, cette solution s’est vite transformée, donnant naissance aux premières boulangeries et brasseries artisanales. Dans les plus petites villes ainsi que les bourgs, les brasseurs ne commenceront à s’installer qu’au XVIème siècle. « Dum domus lapidea foro sita cernitur et fratris a rosea visus dum allicitur dulcis ferunt socii locus hic est hospiti. » « Quand sur la place il voit une maison en pierre et qu’à son nez pourpré il reconnaît son frère avec ses amis le buveur chantera ici c’est la brasserie, ici on entrera. » La première mention d’un brasseur de métier, pour la ville de Strasbourg, date de 1259. Arnoldus le cervoisier aurait installé sa brasserie derrière la cathédrale. On pense que cet emplacement aurait été choisi en raison de la présence d’une maison à four dans cette “Là où il y a une brasserie, il n’y a pas besoin d’une boulangerie.” (proverbe allemand) [ histoire ] 19 1. 2. 1. la rue de la bière, 1751, William Hogarth, gravure sur cuivre 2. une brasserie du XVIIIème siècle, gravure sur cuivre de E. Eichel, 1779 même rue, et que de la bière y était déjà brassée. En 1302, soit près de 40 ans plus tard, cette rue va porter un nom marquant sa vocation : Biergasse. Nous savons que cette maison était en pierre (domus lapidae) et qu’elle était considérée comme haute, fait assez rare dans la ville de Strasbourg à cette époque. Quant à la première brasserie à s’implanter extra muros, il s’agit de la Rotenkirchen en 1396, qui trouve place à Schiltigheim. Il est amusant de remarquer que Schiltigheim, accueillera aussi au XIXème siècle la plupart des brasseries strasbourgeoises se trouvant à l’étroit dans la ville et ayant besoin de se développer. Cette évolution se fera relativement rapidement suivant les régions d’Europe à partir du Xème siècle, faisant naître ainsi les brasseurs professionnels, mais c’est surtout au XIIIème siècle que ce fait va se généraliser. Le nord de l’Allemagne, restant quelque peu en retard, verra la séparation entre brasserie domestique et artisanale au XIVème siècle. Face au développement des villes et en parallèle à celui des brasseries artisanales, les autorités se sont vues obligées de réglementer la production ainsi que le débit de boissons. Bien sûr, comme c’était le cas pour les brasseries monacales, la production de bière était taxée. Mais, ce qui est remarquable est le fait que la plupart des réglementations visaient la bonne qualité de la bière ainsi que sa consommation. C’est d’ailleurs de cette époque que date la célèbre loi de la Reinheitsgebot, ou loi de la pureté, imposée par l’électeur de Bavière aux brasseurs bavarois en 1516, imposant la seule utilisation d’orge, d’eau et de houblon dans la fabrication de la bière. Une loi du même type sera aussi imposée à Strasbourg en 1736, limitant aussi la fabrication à ces trois ingrédients principaux. Les contrôles de qualités étaient pratiqués par des sortes de jurés gourmets appelés Eswarts dans le nord, Ale-tasters en Angleterre, Bierkieser ou Bierschauer en Allemagne et en Alsace. Cette question du contrôle de qualité semble donc similaire d’une région à une autre. Citons ici le côté pittoresque de certains de ces contrôles : au XVIIIème siècle, les contrôleurs versaient la bière sur un des bancs du débit de boisson après l’avoir goûtée et s’asseyaient dessus durant une heure. Il s’agissait de vérifier si, au bout d’une heure, le banc collait à leur culotte de peau au moment de se lever, ou si au contraire, ils pouvaient se lever sans difficulté. En Belgique et en France, le fait que le banc restait collé à leurs fesses prouvait la qualité de la bière, tandis qu’en Angleterre, on en déduisait une fraude sur la densité du liquide. Les contrôles avaient aussi pour but de différencier la bière de bonne et de moindre qualité, ainsi que d’en fixer les prix. A cette époque, la bière était vendue directement chez le fabricant, c’est-à-dire que la brasserie comprenait une grande salle qui proposait le débit de ladite bière directement depuis les tonneaux. Ils avaient le droit exclusif de vente de leur produit, et les autres cafés faisant du débit de boissons n’avaient pas le droit de servir de la bière s’ils n’en produisaient pas. En revanche, ils pouvaient aller chercher à la brasserie un pichet de bière à la demande d’un client. Ce privilège de la vente de la bière se retrouve aussi bien “La brasserie est la meilleure pharmacie.” (vieux proverbe allemand) [ histoire ] 21 en Allemagne qu’en France et en Belgique. La plupart du temps, des querelles naissaient entre les vrais brasseurs et tenanciers de débits qui vendaient de la bière brassée au sein de leur logis par leur épouse sous prétexte de leur propre usage, n’égalant pas la qualité des bières professionnelles. Les premières réglementations face à la profession ne viendront que plus tard, la première ayant vu le jour à Paris sous le règne de Saint-Louis en 1268 et donnant un statut à la corporation des brasseurs fondée 10 ans plus tôt. A l’origine, certaines brasseries artisanales étaient parfois l’œuvre des moines. Citons par exemple la brasserie de Hirtz à Pfaffenhoffen qui à l’origine faisait partie du couvent du Moenchenhof qui aurait été sécularisé au moment de la Réforme. Ainsi, cette brasserie d’origine monacale serait devenue artisanale, passant d’auberge du couvent à aubergebrasserie. On retrouve, entre le VIIIème et le XVIIIème siècle, de nombreux cas de brasseries monacales transformées et assimilées par la population urbaine, et ceci, autant en Alsace, qu’en Belgique, au Sud de l’Allemagne. Comme nous l’avons vu, l’origine de la bière, de part ses matières premières ainsi que par la technique du maltage se rapproche de l’origine du pain. Ainsi, selon ce point de vue, il n’est pas étonnant de constater que la fabrication de la bière était, avant l’apparition de brasseurs professionnels, l’apanage des femmes. La bière, dans les sociétés gauloises et germaniques, était ainsi brassée dans le cadre domestique et par quelques professionnels. Au moyen âge, malgré l’avènement des brasseurs de métier, c’est toujours à la femme que revient le fait de concocter la bière pour son mari. Ainsi, les outils de brasserie faisaient souvent fait partie de la dot apportée par la femme lors du mariage. En Allemagne, on retrouve une petite prière récitée par la jeune mariée avant de pénétrer dans sa nouvelle maison : « Notre Seigneur, quand je brasse, aide la bière, quand je pétris, aide le pain… » La disparition de l’activité du brassage domestique en ville était donc due à l’établissement de brasseries professionnelles et de leurs estaminets. L’augmentation de la taille des villes ainsi que la disparition de certaines abbayes suite à la Révolution française et aux conquêtes napoléoniennes fit fortement augmenter le nombre de brasseries urbaines. Les brasseurs avaient le monopole de leur production la débitant uniquement dans leur auberge, attenante à la brasserie. Les autres auberges ne produisant pas de bière ne pouvaient proposer que du vin. Ainsi, le travail du brassage ne concernait plus un foyer à proprement dit, mais la brasserie préoccupait l’ensemble des habitants qui s’y rendaient. Toutefois, la production de la bière au sein du foyer restera de coutume jusqu’à la fin du XIXème dans les campagnes. « Aucun poème écrit par un buveur d’eau ne peut connaître un succès durable » (Horace) XIXème siècle : évolutions Durant le XIXème siècle, les brasseries vont être marquées par une série d’innovations techniques qui auront des répercussions non seulement sur la production (cycle de brassage, process) mais aussi sur l’industrie en elle-même. De plus, l’avènement du « progrès », et notamment l’éclairage artificiel, ont permis l’ouverture nocturne des débits de boissons ainsi que leur multiplication. La bière n’était ainsi plus débitée uniquement dans les brasseries, mais également dans les nombreux bars qui voyaient le jour. En ce qui concerne la bière en tant que telle, et son processus de fabrication, une grande découverte sera faite par Pasteur, venu faire chez Tourtel en 1876 ses Etudes sur la bière. Pasteur démontra en effet la nature vivante de la levure ainsi que les différents risques d’infections responsables des troubles ou des mauvais goûts de la bière. C’est en y remédiant qu’il va proposer la pasteurisation de la bière en 1886. Suite à ces études, une cellule unique de levure est isolée au Danemark et une machine de propagation de levure en brasserie est développée. Ainsi, la reproduction et la culture de la levure sera inventée et totalement contrôlée. Ces innovations en laboratoire, vont amener un meilleur contrôle des différentes étapes de la fabrication de la bière, contrôle qui se répercutera sur une meilleure qualité et constance de la bière. Dans tous les domaines techniques, le XIXème siècle a apporté des améliorations : la machine à vapeur a permis de remplacer en grande partie la main de l’homme au fourquet dans la brasserie, pendant que le chemin de fer a augmentait le rayon de distribution de la bière. Le thermomètre permit de mieux contrôler les différentes étapes de fabrication, et plus tard la réfrigération artificielle a rendu plus facile la fermentation basse et de là, la découverte de la pils (ou Lager en Suisse) qui est aujourd’hui la bière la plus écoulée. Les laboratoires d’analyse ont peu à peu été incorporés aux brasseries pour un meilleur contrôle et suivi de la qualité. Les étapes d’améliorations se sont enchaînées avec les années : 1873 : premier moteur électrique en brasserie ; 1900 : invention du filtre à moût ; 1927 : introduction de l’échangeur à plaque en brasserie ; 1930 : emploi de l’acier inoxydable pour les cuves, etc… Ces innovations, alliées au développement de la fermentation basse et donc, à la production de la bière dite Pils, va considérablement bouleverser la production de la bière et ce jusqu’à nos jours. En effet, étant une bière plus facilement désaltérante, ses moyens de production à froid permettant de la produire tout au long de l’année, la pils va supplanter les autres bières dans bon nombre de brasseries et son succès va considérablement augmenter la taille des brasseries, transformant certaines en usines. Certaines usines se sentirent trop à l’étroit dans les villes, et se déplacèrent en périphérie. Ce phénomène de délocalisation, courant aujourd’hui, a débuté pour les brasseries, dès « Tout est technique, mais la technique n’est jamais seule » (Braudel) [ histoire ] 23 1. 2. 3. 4. 5. 6. 1. cuiseur vertical, système Henz 2. filtre à plateaux excelsior 3. machine à laver les tonneaux à l’extérieur 4. cuves de filtration jumelles 5. appareil à rouler les fûts 6. soutireuse nb: ces illustrations sont tirées de E. Boullanger, Brasserie, industries de fermentation, 1907 le milieu du XIX siècle. Ainsi en Alsace, une partie des brasseries de Strasbourg s’est déplacée à l’extérieur, dans les faubourgs de Koenigshoffen, de Cronenbourg mais aussi de la ville de Schiltigheim, devenue par la suite une véritable cité de la bière, dont nous avons déjà parlé précédemment. Les évolutions techniques qui ont permis ces améliorations ont remplacé les méthodes artisanales d’alors. Les usines nouvellement construites représentaient ce nouvel esprit d’innovation et de production. Comme nous le verrons dans les chapitres suivants, la production, la garde mais aussi le transport de la bière demandent une certaine quantité de froid. De nombreuses brasseries de moyenne et grande envergure possédaient de grandes caves capables de stocker la bière et les blocs de glaces nécessaires à sa réfrigération. Puis au XXème siècle, l’évolution de la réfrigération a permis la suppression des blocs de glace. La brasserie artisanale va devenir dans le courant du XIXème et surtout du XXème siècle une entreprise de type industriel. Les grands groupes parlent de production, de rentabilité, de distribution à grande échelle, de goût du consommateur, etc. Toutes les brasseries de l’époque ne pouvaient pas faire les investissements nécessaires à leur modernisation et rester dans la course. De plus, la diminution du nombre de brasseries s’est aggravée avec la succession des deux guerres mondiales, orge et houblon venant à manquer d’une part, pendant que l’industrie de l’armement, à la recherche de cuivre, hâtait le démantèlement des cuves. La consommation de bière de la population n’ayant pas augmenté de manière considérable, il est facile de comprendre que l’avènement des plus grandes entreprises s’est fait sur le dos des plus petites brasseries. Cette période, qualifiée en Suisse de chasse à l’hectolitre a vu la disparition de nombreuses brasseries dans toute l’Europe. Avec les avancées technologiques, le monde brassicole va se scinder en plusieurs parties, certains se battant pour survivre, tandis que les autres rachèteront ceux qui n’ont pas pu perdurer. Ainsi naquirent les grands groupes, devenus de véritables usines à bières, dans lesquelles il y a aujourd’hui plus de cadres portant costume et cravate, que de main d’œuvre occupée à brasser la bière. « L’avoine fait le cheval, la bière le héros, et l’or le gentillhomme » (proverbe tchèque) [ histoire ] 25 ème ci-dessus: la brasserie de Champigneulles en Lorraine au début du 20ème siècle, fierté de la région « Faire une bière capable de résister au temps et aux déplacements qu’exigeait la modernité fut la première préoccupation des enseignants de technique brassicole. Mon père, Fernand Devreux, ingénieur brasseur, dirigeait une brasserie à Mons, située le long de la Trouille. Elle avait été créée par mon grandpère en 1911 et produisait autour de 5’000 hl l’année. Son évolution témoigne des changements du monde brassicole au long du XXème siècle. Elle faisait partie de celles qui avaient pu redémarrer au lendemain de la Première Guerre, ce qui était un signe de qualité. La démarche fut ensuite toujours présente, mais celle-ci changeait, reclamant constamment de nouveaux investissements. Mon père remplaça le chauffage à feu nu par la vapeur, installa une bouteillerie, substitua aux foudres de bois des cuves en cuivre, investit dans des tanks de garde en aluminium pour le froid artificiel. Cela n’arrêtait jamais, obligeant beaucoup à jeter le gant. A mesure que certaines brasseries du quartier, de la ville, ou de la région, disparaissaient, nos déplacements pour livrer s’allongeaient. L’enjeu fut de faire une bière qui tienne le voyage sans perdre en qualité. Qu’un brasseur puisse aujourd’hui livrer à l’autre bout du monde était impensable dans l’entre deux guerres ! La stabilisation biologique fut le cheval de toutes les écoles de brasserie de l’entre-deux-guerres. (...) J’ose prétendre que la bière aujourd’hui est techniquement supérieure à celle d’autrefois. J’entends par cette affirmation qu’elle est plus régulière et plus stable. Les infections ont disparu ; les bières résistent davantage au temps. Je dois également dire qu’une bière ne se résume pas à cette qualité. Une bière réussie est un produit qui ne choque pas le consommateur, un produit où celui-ci retrouve un goût attendu et reconnu. C’est une bière qui ne travaille pas, n’évolue pas, ne trompe pas. Elle se donne en toute franchise, maîtrisée par le brasseur. » (Entretien avec André Devreux, publié in Brasseurs d’ici) « Donnez-moi une femme qui aime vraiment la bière et je conquerrai le monde.» (Guillaume II) [ histoire ] 27 ci-dessus: les différentes phases de travail de brasserie, d’après l’imagerie d’Epinal [ ad cervisiam faciendam ] « _En me gardant de toute présomption, qui est péché, j’ose dire que ce sera boisson mirifique. L’orge de notre domaine fut moissonnée fin juillet. A la Sainte Marthe, nous avions tout engrangé. Après un méticuleux nettoyage des grains et quelques jours de dormance, je procédais au trempage. Au sixième jour, constatant que la germination s’amplifiait et que les petites pousses vertes proliféraient, je décidai de l’interrompre. Vous savez qu’on ne gagne rien à pousser la germination trop avant. Les témoignages abondent en ce sens. Le grain étalé en mince couche à l’étage du bâtiment fut ensuite touraillé à douce et régulière chaleur, sans à-coup, pendant une vingtaine d’heures. Pour qu’il en soit ainsi, je veillais avec attention sur le travail des frères convers qui entretenaient le feu. Puis je pris moi-même les choses en main pour ajuster le coup de feu final, le voulant bref et pas trop prononcé. De quoi donner l’arôme sans souligner plus qu’il ne faut la couleur. Je pense en vérité qu’une Bière de Mars ne doit pas arborer de trop sombres nuances, mais doit porter robe lumineuse. Trois jours avant la Noël, nous brassâmes avec foi et je peux vous assurer que dans la chaudière l’ébullition fut longue et vigoureuse… _Et le houblon ? _Outre celui de nos plantation, j’ai pris la liberté d’en faire venir de Poperinge. On m’en avait dit grand bien. _Vous avez bien fait. Et la fermentation ? _Elle s’est déroulée sans problème, sous ma surveillance constante, et depuis maintenant plus de deux mois, la bière en tonneau dans nos caves repose et mûrit. _Tout cela me paraît sage et bon, résuma Arnould. Vous en parlez avec telle chaleur qu’il me tarde de la connaître cette bière. Tout à fait entre nous, vous avez bien une petite idée de ce qu’elle vaut ? Le Père Guillaume baissa la voix : _Ma fonction me fait un devoir de préalablement goûter les bières que nous offrirons aux moines, paroissiens et pèlerins. Sans forfanterie, je peux vous dire que celle-ci est somptueuse ! » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, le Miracle de Mars) Comme nous l’avons vu précédemment de nombreuses régions ont été soumises au XVIIIème siècle, à la Reinheitsgebot ou loi de la pureté limitant les matières admises pour la production de la bière à l’orge, l’eau et le houblon. Depuis, les réglementations définissant la bière ont été revues, nous citerons ici la réglementation française : « Il est interdit de détenir ou de transporter en vue de la vente, de mettre en vente ou de vendre sous la dénomination de « BIERE » un produit autre que la boisson obtenue par fermentation alcoolique d’un moût fabriqué avec du houblon et du malt d’orge pur ou associé à 30 % au plus de son poids de malt provenant d’autres céréales, de matières amylacées, de sucre inverti ou de glucose. » (Décret du 28.07.1908 modifié par le décret du 30.04.1935 et la lettre circulaire du 05.06.1950). ( Des grains crus sont souvent ajoutés au malt afin de réduire les coûts de production, en Europe et en Amérique, on utilise particulièrement le maïs, tandis que le riz sera utilisé en Asie, toutefois, ces grains crus doivent rester dans un rapport de un tiers.) « Orge et houblon, Célestes dons» (Marcel Gocar) [ ad cervisiam faciendam ] 29 1. 3. 2. 1.Speculum Virginium, récolte de céréales, vers 1190, enluminure sur parchemin 2-3. Granges Heures d’Anne de Bretagne : l’Orge (folio 184) et le Houblon (folio (94), Jean Bourdichon, 1508, détrempe sur parchemin Nous allons donc voir ici comment la bière est fabriquée, ainsi que les matières utilisées. En rapport à l’histoire de la bière ainsi qu’aux traditions liées à ses matières premières, nous allons nous intéresser particulièrement à l’orge, au houblon et à l’eau. Nous verrons que chacun est chargé de sens et se rapporte à une certaine symbolique liée à la bière. De même, dans les chapitres suivants, nous verrons les croyances populaires fortement influencées par les matières utilisées ainsi que l’art de la production de la bière. matières premières : l’orge, le houblon et l’eau l’orge De tout temps, l’orge était reconnue pour son caractère alimentaire hautement nutritif. S’il est préféré en brasserie pour des raisons pratiques et techniques, il n’en est pas moins dépourvu de sens au cours de l’histoire des traditions. Il est intéressant de voir qu’en ce qui concerne les utilisations tierces de l’orge, que cette céréale se place du côté de la femme. Ainsi, elle était connue au Moyen Age pour donner du lait aux femmes, engraisser ainsi que pour soigner la peau et reconstituer le corps. Nous ne savons pas dans la préhistoire, par quel biais l’homme a réussi à cultiver les céréales, et en particulier l’orge. En effet, l’orge dite sauvage est en réalité une dérive dégénérée de l’orge cultivée. Il semble que cette céréale ait uniquement existé sous la culture de l’homme. Cette question de l’origine de la culture des céréales se retrouve dans de nombreux mythes. Ainsi, chez les Grecs, ce serait Déméter qui aurait apporté l’orge aux humains. Citons ici Jean Servier : « La culture et la préparation des céréales sont fixées par le rituel, sans jamais apparaître dans les nombreuses traditions qui les entourent comme l’aboutissement d’une recherche (…) De même, les différentes boissons fermentées sont supposées avoir été données à l’Homme avec leurs techniques de préparation et leur rituel de consommation dont le but est l’extase »1 1(J. Servier, l’homme et l’invisible, Laffont, Paris, 1964, p. 215) L’orge semble être dans de nombreuses civilisations un don des dieux dont la symbolique s’articule autour de la vie et des mouvements cycliques. Ainsi, on le retrouve dans les mystères d’Eleusis célébrant l’union de Zeus et Déméter. Le grain d’orge y a le sens de la vie, de la mort et de la résurrection, en tant que continuum de la destinée humaine. Ce grain donne un sens à la vie humaine, à son perpétuel recommencement au fil des saisons, fécondé alors qu’il est encore sur la plante, il grandit au sein de la terre, éclot à la vie au printemps, et meurt à l’approche de l’hiver après avoir été de nouveau fécondé. Le grain d’orge se retrouve aussi de la même manière dans les rites funéraires égyptiens, on y faisait pousser de l’orge que l’on séchait et déposait avec le défunt afin de stimuler « Hopfe un Màlz, Gott erhàlt’s » (houblon et malt, que Dieu les protège) [ ad cervisiam faciendam ] 31 sa résurrection. Si nous évoquons ici cette symbolique cyclique qui peut sembler de peu d’importance, c’est parce que nous retrouvons cette même signification de naissance, mort et renaissance dans la fabrication de la bière. L’orge est une céréale graminée dont il existe deux sortes principales : les orges à six rangs (hordeum hexastichum) et les orges à deux rangs (hordeum distichum), communément appelées orges de brasserie. Cette orge se sème au printemps, entre mars et avril. Nous verrons plus tard dans le cycle de la bière que la date de la Saint Georges, le 23 avril, constitue une date charnière. Les meilleures orges de brasserie sont cultivées à l’ouest des USA, au Chili, en Australie, et en Alsace. Si, à l’heure actuelle, d’autres céréales sont ajoutées en complément de l’orge, il était courant à l’époque d’utiliser différentes céréales pour faire de la bière (orge, froment, seigle, avoine, épeautre, blé). Cependant, l’orge reste la plus couramment citée, en raison de ses qualités pour l’élaboration de la bière. Ainsi, on parle couramment d’un potus ex hordeo (Tacite, Diodore de Sicile, Jules César) ou d’un vinum ex hordeo dans le cas de Xénophon. Hieronymus Bock, grand herboriste du moyen âge, mentionne dans son livre des plantes Kreuterbuch l’orge pour la préparation du pain et de la bière. Au Moyen Age, si l’on admet une partie d’avoine, de seigle ou de froment, l’orge reste la céréale indispensable à la confection de la bière. D’un point de vue étymologique, le mot bière viendrait du latin bibere. Pourtant, certains linguistes lui recherchent une origine dans l’ancien saxon : le mot bere signifiant l’orge, que l’on dit d’ailleurs en anglais barley et dont une des variétés d’orge écossaise s’appelle baer. En Alsace, on retrouve aussi le terme bere dans le mot berebrot, pain d’orge. Ce même bere saxon aurait été à l’origine du mot gaulois brace signifiant le malt ou l’orge fermentée, mot gaulois duquel dériveront brasseur, brasserie, brauen et brauerei. Même si certaines de ces étymologies peuvent paraître aventureuses, il n’en ressort pas moins une mise en lumière étonnante sur les langues. Nous voyons donc que d’un point de vue étymologique et sémiologique, c’est l’orge qui exerce une prépondérance dans la fabrication de la bière. Ceci s’explique facilement par des raisons pratiques et techniques : la culture de l’orge requiert un laps de temps relativement court (105 jours) et peut se faire sous de nombreuses latitudes, plus particulièrement dans les régions moins ensoleillées dans lesquelles la culture de la vigne était rendue impossible. Ensuite, l’azote contenu dans les grains rend la phase de maltage plus facile qu’avec d’autres céréales, et enfin, le grain est pourvu d’une meilleure enveloppe pailleuse, dite pelure ou écorce, qui sera utile lors du maltage pour protéger le grain, mais aussi lors de la filtration suivant le brassage, où, constituant une partie des drèches, elle sert de lit filtrant. « Ce que le sobre tient au coeur est sur la langue du buveur » (anonyme) le houblon Le houblon est une plante grimpante, que l’on cultive le long d’immenses perches placées à la verticale. Au moment de la récolte, au mois de septembre, la plante atteint une hauteur de 6 à 9 mètres. Il s’agit d’une plante dioïque, c’est-à-dire que les fleurs mâles et femelles poussent sur des plants différents. La plante développe des « cônes » ou « cloches » renfermant une poudre aromatique, la lupuline. C’est cette poudre qui jouera un rôle important pour la bière en lui conférant son amertume, améliorant sa conservation, aidant à la tenue de la mousse, aseptisant et aromatisant la boisson. En ce qui concerne la bière, ce ne sont que les cônes des plantes femelles qui sont utilisées, et à part quelques rares exceptions, on utilisera des cônes non fécondés. La plupart des houblons utilisés en Europe provient de d’Allemagne et de Bohême. La région du Kent en Angleterre est aussi un producteur connu, ainsi que l’Etat de Washington aux USA, le Japon, la Russie et la Tasmanie. Les régions productrices de bières possèdent aussi leurs petits producteurs; en Suisse, on retrouve des cultures dans le canton d’Appenzell. Aujourd’hui, on aurait de la peine à imaginer une bière sans houblon, mais il faut savoir qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Au Moyen Age, on corrigeait le goût fadasse de la cervoise en la parfumant d’un mélange d’épices appelé gruyt. Les épices les plus couramment utilisées étant le safran, la cannelle, le galanga, la muscade, les clous de girofle, l’opium, le gingembre, la gentiane, l’anis et l’ambre. Chacune de ces épices produisait des cervoises différentes auxquelles ont attribuait les vertus liées à l’épice utilisée. Rappelons ici que les Egyptiens avaient déjà coutume de mélanger du miel à la bière. On retrouve autour du houblon, toute une série de croyances populaires, certaines pouvant paraître aujourd’hui bien amusantes. C’est la vitesse spectaculaire de la pousse du houblon qui a inspiré la plupart de ces croyances populaires. Ainsi, on versait du houblon sur la jeune mariée pour favoriser sa fertilité. Une jeune fille devait enterrer une mèche de cheveux avec un plant de houblon pour avoir une longue chevelure. On croyait que la nuit de noël, à minuit exactement, les pousses de houblon surgissaient de la terre pour disparaître aussitôt, etc. La récolte du houblon, qui a lieu entre la fin août et la mi-septembre s’accompagne elle aussi d’un folklore populaire. Si la récolte en tant que telle était effectuée par les hommes, il revenait aux femmes et aux enfants de séparer les cônes de la plante. Les fêtes ainsi que le folklore accompagnant la fin des récoltes se rapprochaient fortement des coutumes liées aux vendanges : bal, danses, grand repas offert par le propriétaire, cadeaux, etc. Ainsi, on remarque que ce type de folklore n’était pas rattaché à une culture particulière, mais qu’il s’agissait «plus vraisemblablement d’adaptations de celles qui étaient depuis longtemps en usage pour la récolte des foins et des céréales ». (Arnold Van Gennep, in Manuel du Folklore français contemporain, éditions Picard, paris, 1953, p. 2730 et suivantes). « Houblon, ne reste pas au ciel après la Saint Michel (29 septembre). » (vieux dicton français pour la fin de la récolte du houblon) [ ad cervisiam faciendam ] 33 1. 2. 3. 1. la récolte de houblon en Alsace, comme dans presque toute l’Europe était une activité réservée aux femmes et aux enfants 2. la cueillette du houblon, Tompkins H. Matteson, 1863 3. la Moisson, 1565, Pieter Bruegel l’Ancien, huile sur bois Comme nous l’avons vu, le houblon a été ajouté dans la bière par les moines, qui en cultivaient déjà au sein des abbayes pour leurs propres besoins et ceci dès le VIIIème siècle. La première mention de son utilisation est faite en 1079 par l’abbesse Hildegarde au couvent des bénédictines de Rupertusberg près de Bingen. Le houblon était reconnu par la médecine populaire et il était régulier d’en ajouter dans les boissons quotidiennes. « Le houblon dessèche et échauffe mais renferme pourtant un peu d’humidité. Il ne vaut pas grand-chose pour l’homme car il accroît la mélancolie et dispose l’âme à la tristesse. Son amertume combat toutefois certaines fermentations nuisibles dans les boissons auxquelles on l’ajoute, et permet à ces dernières de se conserver plus longtemps » (traité de botanique de l’abbesse Hildegarde, 1070) Le houblon a été préféré à toute sorte d’épices en rapport aux mauvaises influences qui touchaient la bière, notamment liées aux risques d’infection du liquide lors de la fermentation. De plus, nous connaissons le problème de la conservation en été de la bière, qui tournait très facilement si les conditions de conservation n’étaient pas satisfaisantes. L’ajout de houblon permettait aussi d’améliorer cette garde en empêchant la bière de tourner, grâce à son pouvoir bactériostatique. « On a de tous temps ajouté d’autres plantes à la bière, herbes et épices, en vue de masquer des saveurs déplaisantes dues à des infections survenant au cours de la fabrication. Parmi ces agents aromatiques, seuls les houblons confèrent une stabilité biologique de sorte que l’emploi du houblon dans le brassage de la bière, pratiqué au début du Moyen-âge en Europe centrale est devenu universel au XVIIIème siècle. Lorsque des connaissances accrues permirent d’éviter l’infection en prenant les précautions nécessaires, l’activité anti-microbienne du houblon n’importait plus guère, mais on continua d’apprécier le houblon pour ce qu’il apportait à la saveur de la bière : goût amer provenant de composés terpénoïdes oxygénés, ces mêmes composés qui confèrent au houblon ses propriétés antiseptiques, et le caractère « houblon », un arôme provenant des composés terpénoïdes non oxygénés de l’huile essentielle » ( Ch. Dalgliesh, la biochimie de la bière, Dans la recherche n°110, avril 1980, Paris, p.440) On attribue aussi au houblon des valeurs sédatives et digestives. Il était utilisé notamment pour vaincre les insomnies en en disposant dans son oreiller. C’est en reconnaissant un pouvoir digestif de la bière que son image va changer, en passant de boisson malsaine à curative. La bière se distingue donc de la cervoise par son utilisation du houblon. A l’origine de son introduction et durant un siècle, on différenciait la cervoise non houblonnée de la bière houblonnée. Le gruyt prendra environ deux siècles à être abandonné au profit unique du houblon, et le mot bière se substituera en tant que générique à partir du XVIème siècle. Ce passage ne s’est pas fait facilement, certains brasseurs refusant d’abandonner les mélanges « Le ius de houblon lasche le ventre, chasse les humeurs bilieuses et colériques et purge le sang de toutes immondicités » (Rembert Dodonée, histoire des plantes, 1577) [ ad cervisiam faciendam ] 35 qui faisaient la fierté de leur bière. Ce sont, dans la plupart des cas en Europe, les autorités civiles qui au moyen de lois ont définitivement imposé la nouvelle plante. Aujourd’hui, s’il n’est utilisé qu’en petites quantités, 170 à 300 grammes pour un hectolitre de bière, le houblon est l’un des éléments caractéristiques de la bière. « _Une chose me tourmente dit le moine. En cultivant le houblon dans nos monastères bénédictins, de la Meuse à la Mer du Nord, nous faisons définitivement le choix de la bière contre la cervoise. Y aura-t-il encore longtemps place sous les cieux pour ces deux boissons ? L’une n’appartient-elle pas déjà au passé ? » Ne devra-t-elle pas abandonner la place un jour prochain ? (…) _Je n’ai jamais fait que ça et oncques ne brasserai autre chose, et surtout pas ce que vos semblables nomment bière ! L’amertume de cette boisson ne me sied pas, et tous les habitants de la région sont de mon avis. Votre houblon est pareil à fiel de bœuf et il faut avoir l’esprit pervers pour en parfumer l’orge fermentée ! _Comme vous y allez ! répondit Arnould, amusé par cette sortie. La chose mériterait débat. Dites-moi, est-ce toujours Colinet qui prépare le savant mélange d’herbes et de plantes qui aromatise vos cervoises ? _Le gruyt ? Grâce à Dieu, il en est toujours le sublime artisan, oui, et je ne connais personne, des forêts d’Ardennes aux dunes de la côte, qui ait son savoir. Il est justement occupé cet après-midi à la cueillette. Vous le trouverez à la sortie du village, sur le chemin du lavoir. Mais n’espérez pas qu’il vous dévoile ses secrets ! » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, de Cervoise en Bière) « La bière est un breuvage absolument malsain : témoin sa composition de grains pourris et corrompus (…) On conçoit que le houblon ne soit pas l’ingrédient principal en la composition de ce breuvage, pourtant il est celey sans lequel il ne peut estre pris seulement, attendu que par sa faculté apéritive, il impesche les oppilations du foye, de la rate et du misentère, que la bière causerait sans difficulté (…) pourtant celle qui est fort houblonnée peut autant ou mieux rafraîchir que celle d’orge simple attendu que le houblon fait évacuer l’humeur bilieux qui entretien la chaleur dans le corps (…) ce breuvage oppile le foye s’il n’est altéré de force houblon. » (Michel Le Long, le régime de santé de l’eschole de Salerne, paris, 1637, cité par F. Weber) l’eau L’eau constitue l’élément principal de la fabrication de la bière, sachant qu’il faut environ 10 hectolitres d’eau pour produire un hectolitre de bière (trempage de l’orge, eau de rinçage, nettoyage, coupage, eau dans les machines de froid, etc.). Si aujourd’hui, nous pouvons contrôler chimiquement la qualité de l’eau, il n’en était pas de même à l’époque. Ainsi, la présence d’une source d’eau de bonne qualité était indispensable à proximité « Admirable génie du Vice! On a trouvé le moyen de rendre l’eau enivrante. » (Pline) de toute brasserie. En effet, on trouve dans la nature diverses qualités d’eau, et ce sont bien souvent celles-ci qui faisaient la réputation d’une bière. Ainsi, on retrouve dans le célèbre Cours de brasserie de Jean de Clerck (1948) : « Les sels de l’eau de brassage exercent une action très profonde sur la qualité de la bière, à tel point que les types de bières les plus fameux dans le monde doivent leur création et leur renommée surtout à la nature spéciale des eaux dont ces bières étaient fabriquées. » La caractéristique importante d’une eau de brassage est sa dureté qui aura une grande influence au moment de l’empâtage du malt, mais aussi bien en amont lors du trempage de l’orge en malterie. En effet, une eau trop dure se révèle inappropriée pour des bières de type pils par exemple, alors qu’en revanche, pour certaines bières anglaises, elle est indispensable pour coller au style. Citons ici l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert au sujet de l’eau de brasserie : « Il n’est pas facile de juger si l’eau est bonne, c’est une affaire d’un tact expert à goûter les eaux ; c’est le terme des brasseurs, on goûte les eaux, en présentant le bout du doigt à leur surface. Si l’eau pique au premier abord c’est un signe qu’elle est bonne.» Notons finalement qu’une eau courante sera préférée pour ses qualités vives, tout comme le grain, on peut lui apporter une symbolique de vie et de régénération, mais aussi de purification. du champ à la malterie Il est intéressant de voir que la symbolique de vie et de régénération contenue dans le grain d’orge se retrouve dans la fabrication de la bière. Ainsi, par ces différentes phases et son recommencement année après année, la fabrication suit une symbolique cyclique. L’orge est semée au printemps, en rapport à la Saint-Georges, soit le 23 avril. Si en Bavière il faut semer trois jours avant ou trois jours après cette date, en France et en Belgique il faut respecter scrupuleusement cette date. Comme nous l’avons vu, l’orge pousse rapidement, et dès 105 jours, peut être récoltée, soit vers la mi-juillet. Cette orge nouvellement récoltée ne peut pas tout de suite passer en malterie. En effet, l’orge doit subir, une deuxième période de maturation appelée la dormance, afin que son enveloppe puisse permettre la germination, étape cruciale du maltage. La céréale est donc stockée afin d’être séchée afin d’abaisser le taux d’humidité des grains et permettre leur conservation sans qu’ils ne germent sans la main de l’homme. Ce stockage se pratique dans des greniers aérés, le grain étant déposé en couches pour permettre sa respiration et éviter qu’il ne pourrisse durant les deux mois de dormance. Ainsi, nous arrivons au mois de septembre, période à laquelle le grain est suffisamment sec pour permettre le maltage, considéré comme la première étape de la brasserie. Malheureusement, aujourd’hui, ce ne sont plus les brasseurs qui s’occupent de cette « A la Saint-Georges sème ton orge, à la Saint-Marc il est trop tard (25 avril) » (Almanach agricole d’Alsace-Lorraine, Strasbourg, 1957) [ ad cervisiam faciendam ] 37 partie, des malteries s’étant spécialisées dans la production de tous types de malt. Le maltage rend le grain plus friable, grâce au travail enzymatique effectué durant cette étape. Celle-ci rend aussi possible la saccharification au moment du brassage, donne une couleur ainsi qu’un parfum ou arôme au grain de malt. La première phase du maltage consiste en la trempe qui commence à la date de la Saint Michel, le 29 septembre. Il s’agit de mettre le grain d’orge dans les conditions nécessaires (apport d’eau et d’oxygène) à sa germination. Cette germination est importante, car elle met en route dans le grain même, certains processus biochimiques indispensables (synthèse des enzymes spécifiques, appelées diastases) pour le maltage en tant que tel, mais aussi pour saccharifier l’amidon compris dans le grain. L’orge est disposée durant 8 à 10 jours en couches et retournée régulièrement par le malteur pour permettre son aération. Elle germe et devient plus friable. Une fois traité de cette manière, le grain d’orge est appelé malt vert. L’étape suivante consiste en le touraillage du grain germé, ou malt vert, afin d’éviter que sa germination ne continue. Le touraillage s’effectue en deux parties : une première consistant en la dessiccation du grain en baissant son taux d’humidité et le coup de feu donné à environ 80°C pour stopper toute potentielle germination. Ce touraillage donne au grain sa couleur et son arôme, aspects sur lesquels le brasseur pourra jouer. Les radicelles des grains sont ensuite retirées. Le grain, suite à ce processus est devenu friable et se casse facilement sous la dent. Il est de nouveau entreposé afin de lui permettre un repos de 6 semaines nécessaire à son équilibre interne avant de passer en brasserie. Toute cette période dure environ 10 semaines, le malt étant prêt à être employé en début décembre. ci-dessus: illustration tirée des Maîtres de l’Orge, tome 1, Charles 1854, de Van Hamme et Vallès en brasserie Le brassage a pour but l’obtention d’un moût qui pourra ensuite subir une fermentation. Le brassage se décompose en les gestes suivants: 1. concassage du malt 2. brassage 3. filtration du moût 4. cuisson et houblonnage 5. refroidissement du moût Le malt issu de la malterie a toujours la forme d’un grain, c’est au brasseur qu’il revient de le moudre et ceci, juste avant le brassage, en le passant dans un concasseur. Il en ressort un mélange appelé farine, qui n’a pourtant rien à voir avec la farine que l’on utilise en cuisine. Ce concassage, s’il brise le grain, ne le broie pas totalement ; son enveloppe pailleuse reste presque entière, ce qui aidera à filtrer le moût dans une des étapes ultérieures. Cette farine est déposée dans une cuve dite d’empâtage, dans laquelle, grâce à l’eau, est extrait l’amidon contenu dans le malt, qui se transformera par processus diastasique en sucre. Selon le temps et les températures de cuisson utilisées (sans jamais porter à ébullition), différents processus vont se créer dans le moût. La farine est d’abord mélangée avec de l’eau à 45-50°, opération à partir de laquelle on obtient la maische ou salade, sorte de mélange pâteux jaunâtre. Si l’empâtage est, dans la plupart des brasseries, effectué au moyen de machines, il n’en a pas toujours été le cas, et certaines brasseries continuent à le faire à la force des bras. Une fois l’empâtage terminé, on passe au brassage en tant quel tel, dont le but est la transformation de l’amidon contenu dans les céréales en sucre et la solubilisation de ces derniers dans l’eau. Il existe plusieurs méthodes de brassages (par infusion ou méthode traditionnelle, par décoction utilisée depuis la fermentation basse, et le brassage mixte). Mais nous n’allons pas ici les décrire toutes, si ce n’est de dire que c’est le brasseur qui choisit la technique en fonction du type de bière recherché. Avant les découvertes scientifiques du XIXème siècle, le brasseur suivait les recettes qui lui avaient été transmises. Depuis, nous savons quelles sont les réactions chimiques et biochimiques qui se passent au fond du brassin, permettant au brasseur de les gérer. Une fois le mélange brassé et les sucres extraits, il faut filtrer ce mélange dans lequel se trouve encore la masse des grains broyés. Rappelons que la farine contenait encore, non broyées, les enveloppes et les écorces des grains de malt, ce sont les seules matières qui n’ont pas été dissoute durant le brassage et qui vont pouvoir maintenant servir à la filtration. La filtration se fait en deux parties : la première consiste à séparer le moût (liquide) de la drèche (écorces du grain) qui reste au fond de la cuve et la deuxième partie « Entre pot et pichet, Satan tend son filet » (anonyme) [ ad cervisiam faciendam ] 39 consiste en le lavage de cette drèche afin d’en retirer le maximum d’extraits. Pour ces deux étapes, le brasseur dispose soit d’une cuve filtre soit d’un filtre à moût. Notons que les anciennes cuves d’empâtage possédaient un faux fond perforé dont les percements permettaient l’écoulement ainsi que la filtration. On laisse le liquide s’écouler à travers les drèches, cette première extraction est appelée premier bouillon. Etant donné qu’une partie du liquide reste prise dans les drèches, le brasseur procède à une série de lavages dont le nombre dépend de ses techniques personnelles. Le lavage ou trempe consiste en un nouveau rajout d’eau dans le mélange qui vient extraire les dernières parties contenues dans la cuve. On effectue ainsi une série de lavages jusqu’à ce que le moût recueilli soit pauvre en extraits. La filtration dure en tout quelques trois à quatre heures et s’effectue directement dans la salle de brassage. Les matières non solubles restées au fond de la cuve sont appelées drèches ; elles vont être ensuite récupérées. Contenant une grande proportion de protéines ainsi que de matières grasses, elles serviront de nourriture pour le bétail. Il est à noter d’ailleurs que les brasseries existant dans les campagnes étaient grandement rentables, fournissant boisson désaltérante pour la main-d’œuvre agricole et nourriture pour le bétail. Ce liquide extrait, que nous appelons moût, n’a encore aucune teneur en alcool. En effet, avant la fermentation, il y a lieu de cuire et de houblonner le moût dans une chaudière à bière. Le brasseur porte à ébullition le moût et y introduit le houblon en plusieurs fois. Si l’ébullition permet aux réactions chimiques de se faire (oxydation des tanins, coloration ci-dessus: les différentes étapes de fabrication de la bière, du concassage à la filtration avant mise en bouteille de la bière, solution des résines amères du houblon, caramélisation des sucres, etc.), elle permet aussi de stériliser le liquide. Une partie du houblon est ajouté en fin d’ébullition afin que ses huiles essentielles n’aient pas le temps de trop se volatiliser. Le moût qui en ressort a acquis une certaine couleur, il est stabilisé, plus transparent et ses arômes se sont développés. Le liquide est pompé et de nouveau filtré pour en séparer le houblon épuisé. Ayant été porté à ébullition, la température du moût est encore très élevée, même après sa filtration. Il y a donc lieu de refroidir ce moût. L’ancienne méthode consistait à le pomper sur des bacs de refroidissement. Celui-ci provoque le dépôt des tanins et des résines du houblon, ainsi que des flocons de protéines contenues dans le moût, lui faisant ainsi perdre son trouble. Ces bacs sont peu profonds et ouverts, ce qui permet au moût de s’oxygéner, oxygénation indispensable au travail des levures. Le liquide était ensuite encore refroidit en le passant dans des réfrigérants. A l’époque, les brasseurs disposaient de réfrigérants à ruissellement, sorte de radiateurs à l’envers ; le moût s’écoulait sur une série de tuyaux contenant de l’eau glacée. Mais ces procédés, mettant le moût au contact de l’air et ceci à une température ou les infections se développent facilement (environ 20°C), ont été remplacés par des échangeurs à plaques ainsi que des systèmes de centrifugation pour enlever le trouble du moût. Rappelons avant de passer à la fermentation, que les étapes précédentes ont permis à l’amidon de se transformer en sucre et que le refroidissement à une température adéquate rend possible le travail des levures. La fermentation en elle-même consiste en la transformation des sucres en alcool, en gaz carbonique et en arômes. Pour cela, il va falloir introduire de la levure (à l’exception des bières de fermentation spontanée), procéder à la fermentation et finalement à la garde au cours de laquelle aura lieu une maturation. On introduit les levures dans le moût lorsque celui-ci a atteint une température de 6°C pour les fermentations basse, et une température de 15-20°C pour les fermentations hautes. Le moût est ensuite versé dans des cuves de fermentation. Ces levures, utilisant l’oxygène vont transformer les sucres du moût, constituant ainsi un nouvel équilibre chimique comprenant de l’alcool et du gaz carbonique. C’est cette transformation qui est appelée fermentation. Les températures élevées étant favorables au développement de bactéries pouvant infecter la bière, sa production n’était possible que durant les mois d’hiver avant l’invention de la réfrigération. De même, la garde nécessite un environnement froid. Pour une meilleure qualité des levures ainsi que pour sa reproduction, les brasseurs réutilisent la levure la plus jeune d’un brassin à l’autre. Celle-ci est aisément récupérable sachant que les levures de fermentation basse se déposent au fond des cuves, et les levures hautes à la surface. Par l’adjonction de levure, on dit que le moût a été ensemencé, il porte ainsi le nom « Je donnerais toute ma gloire pour un pot de bière, et ma sécurité » (William Shakespeare) [ ad cervisiam faciendam ] 41 1. 2. 3. 4. 5. ci-dessus et ci-contre: aspect de la machinerie des brasseries actuelles, Hürlimann en Suisse, Het Anker et Val Dieu en Belgique de bière verte (Grünbier). Cette bière verte est alors amenée dans des cuves de fermentation, qui en général se trouvent dans les caves des brasseries. Après l’ensemencement par un type distinct de levure, c’est ici que se fait la deuxième différence entre la fermentation haute (entre 15° et 20°C) et la fermentation basse, dite froide (entre 5° et 6°C) produisant les pils que l’on rencontre dans la plupart des bars. L’invention de la fermentation basse, qui comme on l’a vu date du moyen âge a créé une révolution dans la brasserie. La généralisation de ce procédé a tout de même dû attendre la frigorification. Au XIXème siècle, les brasseurs récoltaient la glace en hiver, qu’ils stockaient dans des caves glacières, et pouvaient ainsi brasser durant toute l’année. Durant la fermentation, les sucres fermentescibles sont donc transformés en alcool et en gaz carbonique. Des composés aromatiques sont également synthétisés par la levure. Il s’agit en réalité d’une première fermentation qui durera quelques jours donnant ainsi ce qu’on appelle la bière jeune, la deuxième fermentation et la maturation se faisant ensuite en cuve de garde. Le placement en cuve de garde de la bière jeune permet la transformation par les dernières levures en suspension des extraits fermentescibles restants. Cette garde s’effectuait dans des tanks en acier ou des tonneaux en bois, dits foudres. Actuellement, ce sont des tanks en acier inoxydable qui sont employés. Cette période de garde va durer idéalement entre deux et trois mois, pour la fermentation basse, durant lesquels le gaz carbonique va se dissoudre et amener à saturation le liquide. Pour la fermentation haute, deux à trois semaines vont suffire. La dernière étape avant le conditionnement de la bière consiste en une dernière filtration afin de rendre la bière la plus limpide possible. Il ne s’agit pas ici d’une question de goût, mais d’une exigence du consommateur. Ainsi, de nombreux brasseurs artisanaux actuels se refusent à filtrer leur bière à la dernière étape considérant que le trouble final constitue le cachet de leur produit. 6. “La bière ne se fait pas toute seule. Il lui faut une bonne dose de mystère et de choses que personne ne peut comprendre.” (Fritz Maytag) [ ad cervisiam faciendam ] 43 1. 2. 3. 1. moine brasseur, 1388, Chronique de Konrad Mendel, enluminure sur parchemin 2. un brasseur, Martin Engelbrecht (Augsbourg 1684-1756), gravure sur cuivre 3. étiquette de bière utilisant l’étoile du brasseur, allié au bock, autre image importante de la bière [ croyances et traditions ] l’étoile des brasseurs, signe d’un savoir-faire Le métier de brasseur, de par ces techniques de brassage, a toujours été emprunt d’un savoir-faire respecté. On parlait d’un tour de main, de secrets de fabrication transmis de père en fils. L’historien Lothar Heinrich parle de secret de brassage, énonçant différents cas de vol et d’espionnages qui avaient lieu en brasserie. Avec les corporations et les lois que nous verrons par la suite, le métier de brasseur était protégé. Ne pouvait pas devenir brasseur n’importe qui. Il fallait être introduit. Pour ouvrir une brasserie, il fallait reprendre la place d’un des brasseurs décédés. Travail humain, l’Art du brasseur était donc très protégé car il revêtait une part de mystère lors de la transformation des matières premières en bière. On utilisait souvent le terme sacré en parlant de ces techniques, et dans de nombreuses brasseries, le maître brasseur ne laissait pénétrer personne d’autre dans la salle de brassage, pas même le propriétaire de la brasserie ; son art devait rester un privilège. « Gott schenkt nicht jedem Land den Wachsthum derer Reben woraus der Menschen Fleiss den edlen Wein erpresst doch weil er anderwärts die Gersten wachsen lässt, se Weiss des Menschen Kunst uns daraus Bier zu Geben.“ (le vin est issu du travail, de l’effort de l’homme, alors que la bière vient de l’Art de l’homme) (cité par Frédéric Eyer, in Bière, art et tradition) La salle de brasserie est mise en valeur dans la plupart des brasseries ; c’est là que se passe l’essentiel de la transformation. Celle-ci ayant lieu en grande partie durant le brassage est emprunte d’une symbolique importante. Nous allons ici parler d’un signe d’alchimie qui a depuis le XVème siècle, été attribué au monde des brasseurs. Il s’agit de l’Etoile des Brasseurs, double triangle entrelacé. Bien qu’ayant eu une diffusion importante au XVIIIème siècle, cette étoile est surtout restée dans les régions du nord de la France et du sud de l’Allemagne. En raison de sa similitude avec le sceau de Salomon porté sur le bouclier de David, cette étoile a disparu avec la montée de l’antisémitisme. Heureusement, aujourd’hui de nombreux brasseurs qui se réclament de l’histoire font appel à cette étoile et la font revivre. Il n’en reste pas moins que l’existence de cette étoile dans le monde de la brasserie est quelque peu mystérieuse. De nombreuses hypothèses quant à son origine et à sa signification on été avancées. Cette étoile a longtemps été considérée comme un porte bonheur pour combattre les démons et autres infections de la bière. Mais, on constate dans l’iconographie consacrée, sa présence dans la salle de brassage, et bien souvent au dessus de la cuve. On retrouve encore cette étoile dans les brasseries ayant survécu, et « Vinum est donatio Dei, cerevisia traditio humana » (Le vin est un don de Dieu, la bière une tradition humaine) (Martin Luther) [ croyances et traditions ] 45 de nouveau, ce signe est associé uniquement à la salle de brassage. Comme nous l’avons vu dans les différentes étapes de la fabrication de la bière, il n’y a pas de phase plus importante qu’une autre, chaque étape concourant ensemble à créer la bière. Ainsi si l’étoile ne souligne pas un moment privilégié par rapport aux autres dans le processus de brassage, elle indique toutefois que toutes les étapes mènent à cet instant crucial – le transvasement dans la cuve- et à ce lieu magique, la salle de brassage. Nous retiendrons l’hypothèse suivante qui se rapporte à l’art du brassage et à la transformation des éléments, celle d’une version alchimique. La salle de brassage marie l’orge grâce à l’eau et au feu. En décomposant l’étoile, on obtient les symboles alchimiques des quatre éléments qui se retrouvent dans les différents processus de fabrication de la bière. Le feu est utilisé lors du touraillage et sous la chaudière de brassage, l’eau est ajoutée au moment de l’empâtage et des lavages, la terre se retrouve sous la forme de l’orge et enfin l’air peut être considérée comme étant l’Esprit venant féconder le moût (l’action de la levure étant encore considérée comme fait divin). Spécialement disposée au dessus de la cuve, l’étoile connote l’aspect de transformation lié au brassage, la transformation des éléments étant l’œuvre de l’alchimie. Le brassage est une étape que le brasseur contrôle lui-même en jouant avec le feu, l’ajout d’eau, en mélangeant cette pâte, tandis que dans les phases suivantes comme la fermentation, la main de l’homme n’a pas sa place. Ainsi, le sacrement de la salle de brassage par cette étoile viendrait appuyer le statut du brasseur, son savoir-faire, son art. Si les brasseurs ne sont pas des alchimistes, il n’empêche que ces signes étaient beaucoup plus courant à l’époque, les vrais alchimistes n’ayant pas encore été assimilés à la sorcellerie ou à une ci-dessus: le brasseur en tant qu’alchimiste vu par Heineken symbolique cyclique de la fabrication Le cycle de la fabrication de la bière se divise ainsi annuellement en deux parties. Une première concernant le grain en tant que tel débutant à la Saint-Georges, et une période de fabrication de la bière, une fois l’orge récoltée commençant le 29 septembre. Ce cycle marque donc ces deux dates importantes qui étaient durant le moyen âge les dates légales du brassage de la bière, accompagnées de fêtes populaires et de croyances. Cette idée de fabrication cyclique au cours des saisons se retrouve dans de nombreuses civilisations brassant la bière. Evoquons ici les Dogons, peuple qui possède une importante symbolique du cercle, et qui associe à cette même symbolique la fabrication de leur bière de mil. Aujourd’hui, ce cycle traditionnel marquant l’éternel recommencement est quelque peu tombé dans l’oubli suite à l’invention de la réfrigération. Comme nous l’avons déjà vu précédemment, le grain d’orge ainsi que la bière sont liés à une symbolique de vie et de mort. La bière, élaborée à partir d’un grain abandonné, puisque hors terre, va subir des transformations qui vont le faire renaître sous une autre forme. Lorsque le grain de malt est traité, on considère qu’il vit, en rapport au fait qu’il se passe quelque chose en lui. Le malteur reproduit les conditions de vie du grain en le faisant germer, en le contrôlant. Ce grain, dans son état de germination hors terre, était longtemps mal considéré, comparant cet état « stagnant » à une putréfaction. Ceci constituait au Moyen Age un des arguments des détracteurs de la bière. « La bière est un breuvage absolument malsain, témoin sa composition de grains pourris et corrompus.» (Michel le Long, écoles de Salerne 1637, cité par Bertrand Hell). Lorsque le malteur donne le coup de feu au grain lors du touraillage, il arrête ainsi toute possibilité de germination, engendrant en quelque sorte une mort du grain. Les radicelles, signe d’une tentative de vie seront ôtées juste après. Si le grain est tué lors de cette étape, il n’en reste pas moins que le brasseur les a pratiquées afin de préserver dans le grain les éléments essentiels à sa transformation. Le brassage dans les cuves consiste en un moment crucial au niveau sémiologique dans le cycle de la bière. A l’époque des Gaulois, la bière était brassée dans des chaudrons. On y faisait bouillir l’eau et les céréales. A cette époque, on faisait une distinction entre les éléments rôtis et bouillis; le rôti signifiant la mort, et les éléments bouillis utilisant de l’eau, symbole de vie. Citons Claude Levi-Strauss : « le bouilli c’est la vie, le rôti c’est la mort. Le folklore du monde entier offre d’innombrables exemples du chaudron d’immortalité ; mais de broche d’immortalité point. » (Claude Levi-Strauss, l’origine des manières de table. Mythologiques, Paris, Plon, 1968, p.396) L’association vie et mort relative au grain peut sembler quelque peu tirée par les cheveux, toutefois, elle a une base dans les traditions et les mythes ancestraux. Citons par exemple le chaudron de Gundestrup sur lequel sont représentées les différentes étapes de « Ce double triangle est devenu avant tout l’étoile de la brasserie. Il est généralement peint en rouge ou en brun, pour rappeler la couleur de la bière » (F. Reiber, études gambrinales, 1882) [ croyances et traditions ] 47 fabrication. Le personnage figurant sur ces étapes représente l’esprit du grain, qui meurt au fond du chaudron et renaît au cours de l’élaboration. C’est l’eau qui, ajoutée au moment de l’empâtage, va commencer à faire renaître les substances contenues dans le grain. Dans de nombreuses civilisations, dont la nôtre, l’eau est symbole de vie et de régénération, de purification. Aussi, le grain, après avoir pourri, renaît sous la main du brasseur. Citons Mircéa Eliade : « L’immersion dans l’eau symbolise la régression dans le pré-formel, la régénération totale, la nouvelle naissance car une immersion équivaut à une dissolution des formes, à une réintégration dans le mode indifférencié de la préexistence. Le contact avec l’eau implique toujours la régénération ; d’une part, parce que la dissolution est suivie d’une nouvelle naissance ; d’autre part parce que l’immersion fertilise et augmente le potentiel de vie et de création. (…) Dans l’eau tout se dissout, toute forme est désintégrée, toute histoire est abolie, rien de ce qui a existé auparavant ne subsiste après une immersion dans l’eau.» (Mircéa Eliade, Traité d’histoire des religions, Paris, Payot 1975, p.164). Rappelons que l’eau est l’élément primordial à la fabrication de la bière. C’est elle qui permet la forme liquide, et se retrouve dans toutes les parties de la brasserie. Lorsqu’un nouveau bâtiment de brasserie était construit, c’était bien souvent à proximité d’une source vive dont on avait pris soin de vérifier la qualité. Citons par exemple l’énorme travail d’irrigation des terres qui a été fait par les moines trappistes de l’abbaye de Scourmont près de Chimay, pour pouvoir cultiver leurs terres et utiliser leur puit. Notons pour l’anecdote que dans les actes populaires, la bière était elle aussi liée à la vie, dans certaines croyances à la fertilité. Aussi, au cours de la cérémonie de mariage, en Allemagne, la mariée devait offrir à son futur époux une chope de bière, et dans d’autres régions, le beau père buvait à la santé de la jeune fille et lui versait ensuite son verre sur la tête. moût brassage fermentation repos du malt malt St Michel 29 septembre bière verte hiver automne bière jeune printemps bière été semailles dormance croissance récolte ci-dessus: les étapes du cycle orge - bière d’après Bertrand Hell St Georges 23 avril semence et ensemencement Comme nous l’avons vu précédemment, les premiers brasseurs ne connaissaient pas l’existence des levures. Ce n’est que plus tard qu’on a compris quel était le rôle joué par celles-ci. Leur action a été étudiée par Louis Pasteur. Dans ses Etudes sur la bière, en 1876, il fait une série de recommandations quant aux soins à apporter à la manipulation de la levure, à l’importance de l’hygiène en brasserie, et pose également la base des principes de pasteurisation. La fermentation spontanée, technique encore utilisée dans de rares brasseries de lambic se faisait grâce aux levures sauvages contenues dans l’atmosphère. Ainsi, jusqu’au XVIIIème siècle, on croyait que la fermentation était le résultat du contact du moût avec l’air, parfois attribué à l’action divine, lorsque le moût était disposé dans les bacs de refroidissement. En 1680, on a pu extraire de la levure de la bière, mais ne pouvait pas dire d’où elle venait exactement, puisque ce n’était pas l’homme qui l’avait ajoutée. La qualité de l’air dans les brasseries restait un élément primordial pour produire une bonne bière. Au XIXème, malgré le fait que l’on pratiquait l’adjonction de la levure, on continuait de laisser la bière à l’air libre dans les bacs de refroidissement ce qui engendrait un autre ensemencement par les levures contenues dans l’air. Avec les nouvelles découvertes technologiques et l’industrialisation, les mesures d’hygiènes se sont accrues, et les levures et bactéries contenues dans l’air sont apparues comme un danger, étant donné qu’elles venaient dérouter le travail d’ensemencement manuel de la part du brasseur avec une levure qu’il avait lui-même élevée, récupérée d’un brassin à un autre. On considérait que cette exposition à l’air libre pouvait engendrer une infection du brassin. Cependant, certains brasseurs continuaient d’apprécier cet ensemencement spontané. Citons ici Bertrand Hell : « Nous remarquons avec intérêt que, malgré les nombreux risques d’infections qui menaçaient leur bière, les brasseurs recherchaient cependant dans une certaine limite l’action de ces levures sauvages ; les anciens maîtres brasseurs interrogés nous expliquent avec une certaines nostalgie que cette flore microbienne, ces moisissures de fruits, ces ferments conféraient à chaque bière un indéniable « Hausgeschmack » différent pour chaque bière et pour chaque brasserie » (Bertrand Hell, l’Homme et la Bière, p.122) Populairement, on reconnaît à la levure certains bienfaits pour le corps et la peau. Ainsi, encore récemment, les gens vivant près des brasseries, ainsi que les employés venaient chercher de la levure pour faire une cure printanière. On considérait que la levure nettoyait le sang, purifiait le corps et rajeunissait la peau. Les gens venaient donc le matin à la brasserie, à jeun, boire de la levure mélangée avec un peu de bière. D’ailleurs Pline l’Ancien évoque cet aspect curatif dans son De Zytho et cervisia: « L’écume de ces boissons est un cosmétique employé par les femmes pour entretenir la fraîcheur de leur « A la Saint Laurent, les biens du bon Dieu sont dedans. » (10 août) [ croyances et traditions ] 49 peau. » (cité par F. Weber, essai historique…) On répertorie au moyen âge, de nombreux conseils de beauté liés à la bière, ainsi un bain dans de la bière de Hambourg ôtait à la peau ses impuretés et la bière blanche rendait la peau douce. « Il faut bien que quelqu’un se mette à l’ouvrage pour opérer pareille métamorphose, non ? J’ai acquis la conviction que pendant ces jours fatidiques, des créatures vivantes sont à l’œuvre. Démons ?J e ne le crois guère. Par quelle étrange sollicitude feraient-ils cadeau aux hommes de ce bénéfique pain liquide ? Non. Anges, peut-être, créatures du premier ou second ordre, je ne sais, mais créatures vivantes et invisibles, qui voyagent dans l’espace autour de nous. Voilà pourquoi j’ouvre grand les fenêtres et viens m’asseoir la nuit auprès du moût qui repose. Voilà pourquoi je veux qu’entrent ici les vents des alentours, qui sont passés sur les champs et les vergers, les prairies et les étangs. Voilà pourquoi je parle aux petits êtres que je devine, pour les encourager dans leur besogne, qui m’apparaît toujours plus efficace quand la lune va vers son plein. Voilà enfin pourquoi je risque le bûcher, car je connais les prévenances de l’Eglise pour les illuminés de ma race ! » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, L’homme qui parlait au vent) ci-dessus: illustration tirée des Maîtres de l’Orge, tome 1, Charles 1854, de Van Hamme et Vallès le tonneau de chêne A l’origine, le moût était transposé dans des tonneaux de chêne. Aujourd’hui, il n’est presque plus utilisé en brasserie, assimilé en général au vin plutôt qu’à la bière. L’utilisation du bois de chêne dans la fabrication des tonneaux n’est pas un hasard. Au moment de la fermentation principale, la bière bouillonne, écume, acquiert sa force, on trouve même le terme de rugissement dans les descriptions de la fermentation. Or, le chêne était considéré par les Gaulois comme le bois le plus résistant, donc capable de contrer la force de cette bière écumant et se battant en lui. Les Gaulois sont les inventeurs du tonneau. Le métier de tonnelier était souvent associé à celui de brasseur dans leur civilisation, de même qu’au Moyen Age. Chez les peuples celtes et germaniques, l’arbre de chêne était considéré comme l’axe du monde, le soutenant, même après la chute du monde et des dieux. Cette idée de force du chêne se retrouve dans de nombreuses civilisations. En latin par exemple, le mot robur signifie à la fois le chêne et la force. De plus, on le retrouve attribué à une série de divinités liées à une idée de force et de pouvoir tels Zeus et Thor par exemple. Ce rapport à la force pourrait expliquer le choix de l’utilisation du bois de chêne plutôt que tout autre bois pour confectionner les tonneaux; il s’agit du seul bois capable de résister aux tumultes de la fermentation, apportant ainsi un sens plus développé du matériau. Aujourd’hui, certains brasseurs artisanaux continuent d’employer les foudres, estimant que le bois concourt à la fermentation et donne une particularité de plus à la bière. santé ! « Geniesst im edlen Gerstensaft, des Weines Geist, des Brotes Fraft » (Vous trouverez en buvant le noble jus de l’orge, l’esprit du vin et la force du pain). (F. EYER ) Nous avons vu en parlant du tonneau de chêne, que l’idée de force et de vigueur était attribuée à la bière. Surnommée le pain liquide, on reconnaît à cette boisson d’importantes valeurs nutritives. Au Moyen Age, on ne laissait jamais un fond de verre, la bière devant être bue jusqu’au bout, de peur qu’une partie de la force ne se perde. De plus, dans la tradition populaire, une plus grande quantité est consommée selon les périodes de l’année, croyant que la bière fait rajeunir le jour de l’an, qu’elle promet une longue vie le jour du carnaval, et qu’à la Noël elle donne du sang nouveau. « Pour éviter les crises de suffocation que me donnerait le voyage, le médecin m’avait conseillé de prendre au moment du départ un peu de bière, afin d’être dans cet état qu’il appelait « euphorie » où le système nerveux est moins vulnérable » (Marcel Proust, A la recherche du Temps Perdu) [ croyances et traditions ] 51 « Bier nährt, Wein zehrt » (la bière nourrit, le vin ronge, proverbe allemand) « Bier macht dick » « Den Menschen stärckt der Gerstensaft » (le jus d’orge fortifie les hommes, Lothar Hermann XVIème siècle) « Bier macht Blüët » (la bière donne du sang, proverbe alsacien) « Das Bier nehret gewaltig ; wie dann die es ordentlich trincken, grosse, starcke, theils und ungeschlachte Leute seyn » (La bière nourrit fortement, ceux qui en boivent régulièrement sont des gens grands, forts mais en partie aussi rudes) (H. Guarinomius ; die Grewel der Verwüstung menschlichen Geschlechts stadt, 1610, p611, cité par Bertrand Hell…) « Crassos humoresnutrit cervisia, vires praestat et augmentat carnem, generatque cruorem.. » (poème de Jean de Milan, cité par F.Reiber) 1. 3. 2. 4. ci-dessus: cartes postales et affiches illustrant les caractères nutritifs et sains de la bière Si la bière contient une grande partie de glucides lents et protides, elle apporte au corps aussi une grande part de sels minéraux et de vitamines (B12 entre autres). On lui reconnaissait aussi un pouvoir digestif permettant d’éviter les lourdeurs d’estomac, aspects non négligeables connaissant les plats traditionnels des pays comme l’Alsace et l’Allemagne. De plus, facilement assimilée par notre organisme, ses aspects diurétiques permettent une bonne élimination des toxines. On utilise parfois l’expression manger une bière. Or, avant le XVIIIème siècle, la bière était avant tout considérée comme un aliment. Aussi au moyen âge connaissait-on la Warm Bier, bière épaisse et servie chaude ; de nombreuses soupes de bières se consommaient fréquemment. Même Charlemagne rapportait qu’il avait été nourrit à la Biersuppe. Dès son invention, la fabrication de la bière a toujours été, jusqu’au moyen âge tardif, liée à la fabrication du pain. Rappelons que le pain était la base de la nourriture : bon marché et nourrissant. Aussi n’est-il pas étonnant que les gens transposent certaines pensées sur le pain envers la bière. De plus, étant donné que certains hommes préféraient de loin la consommation de bière à celle du pain, d’autres dictons sont apparus montrant l’opposition entre brasseur et boulanger. Ainsi selon ce proverbe slave « Kde je Pivovàr tam nejeba Pekare » (là où il y a une brasserie, il n’y a pas besoin de boulangerie) et ce proverbe wallon : « Où le brasseur entre, le boulanger n’entre pas. » Notons une série de dictons populaires attestant la relation bière et pain : « Bier und Brot, ein Kost » (le pain et la bière, une nourriture) « Bier und Brot ist Gut für Hungersnot“ (le pain et la bière évitent la famine « Bier und Brot macht die Wanger rot » (le pain et la bière donnent les joues rouges) (proverbes datant pour certains du XVIème siècle) « Wenn dat nig helpt, dann mag Beer und Brot helfen » (Là ou rien ne peut aider, alors la bière et le pain pourront aider) « Brot un suur Beer gifft’n starcken Minschen » (le pain et la bière donnent des hommes forts) Même si par la suite la bière ne portera plus en elle ce caractère d’aliment, elle n’en restera pas moins dans les pensées une boisson nutritive. Il est d’ailleurs reconnu que les buveurs de bière présentent en général un certain embonpoint. Les brasseries des villes au moyen âge étaient souvent placées à proximité d’un hôpital, et souvent les abbayes ou couvent avaient dans leur enceinte de petits hôpitaux dans lesquels la bière était servie. Son côté nourrissant favorisait le convalescent. Ceci est resté, et on retrouve dans un des articles de La Grande Encyclopédie de 1880 qu’ « elle représente une bonne boisson pour les convalescents qui peuvent en boire une assez grande quantité sans se surcharger d’alcool inutile ou nuisible.» (La Grande Encyclopédie, Paris 1880, chapitre « bière » p.788) De plus, durant les épidémies de peste au moyen âge, il était fortement recommandé de boire de la bière plutôt que de l’eau, celle-ci étant à la source de la contagion. « Les ventres se portent fièrement comme étendards et les ripailleurs sont légion ! » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, Les soucis de la Mort) [ croyances et traditions ] 53 « Ubi est cerevisia, raro incurrunt parylisium et lepram » (là où l’on boit la bière, les cas de lèpres et de paralysie sont rares) (abesse Hildegarde) Les croyances de fertilité, d’amour ainsi que de pousse des cheveux relatives au houblon, se sont aussi transmises par la suite à la bière. Aussi devait-on, pour s’assurer l’amour d’un jeune homme cracher dans son verre de bière à son insu, et l’on croyait aussi que la bière faisait pousser les cheveux, les tonifiait et les rendait plus doux, autant en buvant la bière qu’en la versant sur la chevelure. Finalement, la bière était fortement recommandée aux femmes qui allaitaient leur bébé. En effet, si la bière fait gonfler la poitrine, elle a surtout un important effet galactogène. Aussi, de nombreuses bières étaient réservées aux mères nourricières, et ces bières faiblement alcoolisées étaient appelées « spéciales pour nourrices ». Si la bière avait la propriété de donner du lait aux femmes, il était recommandé au XVIIème siècle de frotter les pis des vaches avec de la bière pour obtenir plus de lait. 1. 2. 1. publicité allemande pour les qualités digestives, nutritives et curatives de la bière 2. affiche française La Bière est Nourrissante éléments perturbateurs… Le brasseur a toujours redouté deux choses : les orages et les règles des femmes. En effet, on croyait à l’époque que l’un comme l’autre faisaient tourner la bière lors de sa fermentation et la rendait imbuvable. Ainsi, une femme ayant ses règles n’avait pas le droit de pénétrer dans les caves où étaient entreposées les foudres au risque de perdre toute la production. Cette croyance peut sembler ridicule, mais si on considère la signification du rôle des règles et la symbolique liée à la fabrication de la bière ainsi qu’à sa notion de vie, on trouve une explication tout à fait rationnelle. En effet, durant les règles, la femme se retrouve inféconde, état contraire au sens de renaissance éternelle du grain d’orge et de la naissance de la bière. Ainsi, ces contradictions mises ensemble auraient la faculté de nuire à la bière. Si aujourd’hui nous savons que cette croyance est sûrement fausse, il n’en reste pas moins que certains brasseurs y croient encore dur comme fer. Notons d’ailleurs que cette croyance s’appliquait aussi pour la mayonnaise, le miel, le vin, les crèmes et le lard… L’orage aussi avait la réputation de faire tourner la bière. Comme les règles des femmes, il est perçu comme une sorte de perturbation d’un équilibre. Il pleut et le sol gronde, mais l’air est emprunt d’une certaine chaleur. Pour conjurer ce mauvais sort, les employés des brasseries venaient frapper avec un maillet les foudres de bières afin d’éviter un débordement des fûts. Ce débordement serait dû à une chute de pression atmosphérique suivant l’orage. Une autre méthode consistait à déposer des orties sur les foudres, l’ortie étant assimilée au dieu Thor. Finalement, on déposait aussi des feuilles de laurier, pensant que l’orage prendrait soin de ne pas les atteindre. Toutes ces croyances s’avèrent anciennes et datent des XVIème et XVIIème siècles. Elles sont communes à la majorité des pays d’Europe brassant la bière. bière et Eglise Le vin, contrairement à la bière, est régulièrement cité au long de la Bible, les deux événements les plus connus étant les Noces de Cana (Jean, 2) et la Sainte Cène (Marc, 14). En sacralisant le pain et le vin en tant que Corps et Sang du Christ, le fils de Dieu faisait du vin la boisson chrétienne par excellence, lui donnant une place privilégiée dans la liturgie catholique. Notons d’ailleurs qu’il existe autre version attribuant à Judas l’invention de la bière. Il aurait créé le vin d’orge en parodiant Jésus accomplissant le miracle des noces de Cana… « Le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi fut invité à « La bière fait monter le lait » _ « La bière donne de gros seins pour le lait » [ croyances et traditions ] 55 la noce ainsi que ses disciples. Le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit « Ils n’ont pas de vin ». Jésus lui dit « Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore venue ». Sa mère dit aux serviteurs : « Faites ce qu’il vous dira ». Or il y avait là six jarres de pierre, pour les purifications des Juifs, contenant chacune deux ou trois mesures. Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d’eau ces jarres ». Ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Puisez maintenant et portez-en au maître d’hôtel ». Ils lui en portèrent. Quand le maître d’hôtel eut goûté l’eau devenue du vin - il en ignorait la provenance, mais les serveurs la savaient, eux qui avait puisé l’eau - il appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, alors le moins bon ; toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent ». « Tel fut le commencement des signes de Jésus ; c’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui ». (Evangile selon Jean, 2,1-11). La bière a longtemps été considérée comme une création infernale qui sera combattue de manière virulente de même que le tabac quelques siècles plus tard. Dans les campagnes, on brassait toujours la bière dans des chaudrons, aussi ceux-ci étaient considérés par l’église comme un signe de sorcellerie. On croyait d’ailleurs que les rites des sorcières s’accompagnaient toujours d’une grande consommation de bière. De nombreuses croyances infernales étaient rattachées à la bière; ainsi, ce serait Belzébuth qui aurait donné aux hommes la bière et le tabac. Cette croyance infernale restera ancrée longtemps, de nombreux contes sur la bière relatant des histoires mêlant Belzébuth, des scènes de brasseurs revenant de l’enfer, des diables qui viennent vider des cuves, des faits surnaturels, etc. En évangélisant les régions païennes, le christianisme a repris les calendriers de fêtes ancestrales païennes et les a fait correspondre aux fêtes chrétiennes. Le vin, de même, devait venir remplacer la bière utilisée au cours de libations. Toutefois, l’opposition des religions païennes était tenace, aussi l’Eglise a-t-elle eu l’idée de brasser elle-même de la bière. En incorporant des brasseries dans ses abbayes, la religion catholique tendait à lutter contre la religion païenne, la bière étant servie gratuitement aux pèlerins qui s’arrêtaient dans les abbayes. Si la bière était considérée comme d’origine impure par l’Eglise, il n’en restait pas moins qu’elle lui concédait un certain pouvoir nourrissant et désaltérant non négligeable. Aussi la bière avait-elle le droit de continuer d’être brassée, mais cependant sous le contrôle de l’église. Résistants dans leurs coutumes, les Germains ont bien sûr continué à faire des libations, mais en plaçant leurs fêtes sous la protection de divers saints. « _Je brasse en enfer, oui, mais sachez que jamais sur terre je ne pourrai faire pareilles boissons. Quel feu sous les cuves, mes compères ! Le temps là-bas ne comptant pas, la bière en ses chaudières connaît éternelle ébullition, de quoi lui donner corps, substance et moelleux comme vous n’en avez jamais rêvé. Et quelle mirobolante couleur ! Cuivrée et mordorée, elle vous transporte et vous échauffe l’âme, Sachez que j’œuvre en ce moment à quelques recettes capiteuses, consignées dans un livre imposant, adorné d’enluminures « Herezy and beer came into England in one year. » (l’hérésie et la bière vinrent en Angleterre en une année » (proverbe anglais du XVIème siècle) suggestives et relié en peau de brasseur apostat. Ce sont là des bières que Messire Diable (le croirez-vous ?) entend livrer un jour aux hommes, au temps par lui fixé et par lui déjà baptisées. Il les nommera, si j’ai bien ouï, Lucifer, Satan, Belzébuth, Duvel, Old Nick et autre Capricant ! Sachez aussi qu’on a mi à mon service, pour m’aider dans ces surhumains travaux, des démons succubes de rang supérieur et des créatures coupables sur terre de l’abominable péché de luxure, qui évoluent à mes côtés en tenue légère, tant est grande la chaleur des fourneaux. » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, le Brasseur d’Enfer) Notons aussi une étrange étymologie concernant l’acte de se signer dans l’Eglise catholique. En effet, ce serait le roi chrétien de Norvège Hakon (1204-1263) qui aurait fait un signe de croix sur sa corne à boire, lors d’un banquet sacrificiel. Or, le terme signa signifiait « faire sur la corne les gestes rituels qui la consacrent ». A partir du XIIème siècle, on trouve ce même mot pour signifier la bénédiction chez les chrétiens. Durant la Réforme, de nombreux monastères ont été sécularisés, et les moines brasseurs partirent s’installer à leur compte dans d’autres régions. La plupart des centres de production de bière du XVIIIème au XXème siècles correspondaient à des régions ayant accueillit des abbayes avant la Réforme. En Alsace et dans l’Europe germanique les corporations de brasseurs comportaient en majorité des membres d’origine protestante. Aussi par exemple, en 1789 la ville de Strasbourg ne comprenait que des brasseurs de cette confession. Ce fait peut s’expliquer par l’attitude de l’Eglise catholique envers le vin, mais surtout par les préceptes prêchés par le protestantisme : l’investissement et le travail. Ces deux points sont à la base de tout développement conséquent d’une brasserie. Notons par ailleurs que la corporation des Gourmets du Vin ne comprenait en général que des catholiques. Il y a donc un lien dans l’opposition bière et vin avec l’antagonisme entre catholicisme et protestantisme. Cette opposition entre religions va faire passer la bière au deuxième plan, lui conférant un statut de boisson vulgaire. Citons Rodolphe Reuss, dans son livre sur l’Alsace du XVIIème siècle : « La bière est évidemment considérée comme une boisson vulgaire, et tandis que les princes de l’Allemagne du nord la dégustent dans leurs grands hanaps d’argent, le petit bourgeois de la haute et de la basse Alsace la dédaigne et ne la fait point figurer sur la table » « J’ajoute que si Jésus, au lieu d’user ses semelles sur les cailloux de Palestine, avait arpenté les plaines du Tigre, de l’Euphrate ou du Nil, ces vastes étendues où ondulent les champs d’orge, on parlerait moins de vin dans nos Ecritures. » (P. Guingamp, in Histoires de Bières) [ croyances et traditions ] 57 Luther, Calvin, ces buveurs de bière La religion protestante est née d’un désaccord avec la religion catholique. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elle s’oppose en diverses manières aux mœurs des catholiques. « A partir du XVIème siècle, la civilisation chrétienne accomplit un double mouvement, elle bascule dans l’Atlantique et elle dérape vers le Nord, ce simple transfert géographique donne à l’alcool un premier avantage car il le débarrasse de son opposant européen le plus résolu : le vin » (d’après R. Dumay, Guide des alcools, p.74) Le protestantisme était marqué par sa dureté et son ascétisme, aussi nous retrouvons ces mots de Martin Luther: « Nous pourrions bien renoncer à l’orge et boire de l’eau au lieu de la bière, mais si les jeunes gens n’avaient pas de bière, il ne leur resterait plus aucune joie » (Martin Luther, Tischreden, Frankfort, 1574, cité par F.Reiber, p. 187). Le protestantisme laissait donc, au contraire du catholicisme, la libre consommation de la bière sans pour autant lui donner une certaine sacralité, mais en lui ôtant toutefois son caractère infernal. Le nombre de brasseries a fort augmenté à partir de la réforme dans la plupart des villes protestantes grâce à l’esprit d’entreprise prôné par cette religion. De plus, le fait de prêcher le travail de ses fidèles donnait en quelque sorte une revalorisation de la bière, produit traditionnel fruit de la main de l’homme au contraire du vin qui était le résultat de la fermentation seule des grappes de raisins sans ajout de levure extérieure. ci-dessus: étiquette de la bière Calvinus, brassée par les Frères Papinot à Genève bière et vin « Qui es-tu Dionysos nouveau ? Certes tu n’es pas le véritable Bacchus, Car lui seul sent le nectar mais toi tu as La forte odeur du bouc. Les Celtes, faute de grappes, T’ont tiré des épis. Il faudrait te nommer fils de Déméter Et non pas Dionysos, celui qui est né du blé et de l’avoine » (Julien, gouverneur des Gaules, 255 apr. JC, cité par F. Reiber, études gambrinales) La bière, considérée comme populaire, souffre bien souvent de la comparaison avec le vin, considérée de qualité inférieure. Nous avons vu que la christianisation a fait supplanter le vin, boisson christique par excellence, à la bière, boisson païenne. Aussi, la bière peu à peu est-elle devenue l’ennemie du vin dans la pensée populaire, et certains buveurs de vin reconnaissaient en la bière simplement une boisson désaltérante sans caractéristique particulière. « Vina valent forti, cervisia grata cubanti » (le vin pour l’homme actif, la bière pour l’oisif) ( cité par F. Reiber, études Gambrinales) « Gott machte Gutes, Böses wir, er braute Wein, wir brauen Bier“ (Dieu fait le bien, les hommes le mal, il fit le vin, nous brassons la bière) (vers allemands, bertrand Hell) « … fait mal à la tête, cause une ivresse beaucoup plus longue que le vin et qui ne s’en va pas si facilement, de plus, on remarque que ceux qui en sont ivres, tombent plutôt en arrière que devant, parce que les vapeurs qu’elle envoye au cerveau, ne pouvant être promptement dissipées à cause de leur épaisseur, se changent en humeurs crues et terrestres qui s’arrêtent aux parties latérales et postérieures de la tête, occupent le principe des nerfs et ôtent aux esprits la liberté de leur chemin… qui pis est, telles ivresses sont suivies non rarement d’apoplexies, paralysies, affections léthargiques et autres » (Michel Le Long, le régime de santé de l’eschole de Salerne, paris, 1637, cité par F. Weber) Dans les pays où cohabitaient la fabrication de la bière et celle du vin, comme la Suisse ou l’Alsace, la consommation de l’un dépendait fortement de l’autre. Lorsque la récolte de raisin était mauvaise, la consommation de bière s’en trouvait augmentée. “Le dernier jour verra chaque brasseur classé, d’après ce qu’en ce monde il nous aura brassé.” ( Martin Luther) [ croyances et traditions ] 59 « Le dix avril, dimanche des rameaux, survint un temps si épouvantable de pluie et de froidure que les vignes gelèrent. Peu après la mesure de vin valut sept blatz setbler. Comme on n’en pouvait en bien des endroits s’en procurer, le Magistrat ordonna de brasser de la bière, notamment à Strasbrourg, Schlestadt, Colmar, Guebwiller, Thann, Belfort, Altkirch, Ferette, Bâle et ailleurs. La mesure de bière coûtait deux deniers. » (fait datant de 1446, cité par F. Weber) En Suisse par exemple, le vin a été pendant longtemps moins cher que la bière, et c’est à la suite de mauvaises récoltes et de l’augmentation du prix du vin qu’il y a eu une plus grande consommation de bière, celle-ci devenant plus rentable. Dans des régions comme Bordeaux, il était défendu de brasser de la bière, entendu qu’elle nuisait à la consommation du vin. Cependant suite à un grand froid en 1709, durant lequel périrent une grande partie des vignes, de nombreuses brasseries apparurent dans la région bordelaise. Notons ici que la bière semble toujours être une sorte d’ersatz du vin. Moins chère, et surtout combattue durant longtemps par l’Eglise considérant qu’elle était faite par quelque sorcellerie, elle était consommée avant tout par les classes sociales moins aisées. En ville, ces personnes se rendaient dans les estaminets; à la campagne, le brassage se faisait encore à la maison, jusque dans les années cinquante. Nous verrons par la suite, que les réclames datant de la fin du XIXème siècle essayaient de démocratiser sa consommation, s’adressant tout autant aux bourgeois qu’aux ouvriers. En attendant, elle restait rude et grossière, et on ne lui accordait que peu de finesse. Cette opposition entre bière et vin se retrouve aussi dans la gastronomie liée à chacun. Ainsi on associe au vin des plats finement élaborés, alors que la bière est souvent confondue avec la choucroute et autres charcuteries. C’est ici toute l’opposition entre une boisson considérée comme fine et noble contre son opposé, plus rude et grossier, populaire et se nourrissant de gras. De même, on peut noter aussi une autre opposition, celle du caractère urbain de la bière, contre le caractère campagnard du vin. En Flandre et au Pays Bas, pour bien montrer que la bière devait être toujours bue avant le vin, qui se prenait avec le repas, un dicton populaire affirme que le vin bu après la bière est pur plaisir, la bière prise sur du vin, comme boire du venin : Wijn op bier, plezier Bier op wijn, venijn « On ne peut citer aucune profession qu’on ait adopté de préférence depuis la Révolution si ce n’est celle de brasseur et de fabricant d’eau de vie. » (cité par P. Boucher in Das Braugewerbe im Elsass-Lothringen) [ métier, corporations et protecteurs ] les corporations Le moyen âge ayant fait naître la nouvelle profession de brasseur, celle-ci nécessitait la protection et sa légitimité face au brassage domestique. Les brasseurs se sont alors organisés en corporations. Ces corporations de brasseurs sont apparues à des périodes distinctes selon les régions. En Alsace, par exemple, la corporation des brasseurs n’apparaît qu’au XVème siècle, rattachée à celle des tonneliers, alors que les corporations alliant les professions liées au vin existaient déjà depuis longtemps. Si les brasseurs jouissaient au moyen âge d’un statut particulier et envié, il n’en était pas de même dans toutes les régions. En Alsace par exemple, ils ne constituèrent pas au début du Moyen Age une entité indépendante, une corporation. Considérés comme des bourgeois inférieurs, ils n’avaient pas accès à certains privilèges, et ne jouissaient pas d’une grande considération et ceci malgré leurs moyens financiers. Leur statut va pourtant évoluer et permettre l’établissement des corporations. Celles-ci disparaîtront peu après avec la Révolution française. Les autres régions correspondant actuellement à l’Allemagne, la Belgique et la Hollande ont vu très vite la formation de ces corporations. La Maison des Brasseurs à Bruxelles est d’ailleurs un signe important de leurs moyens et richesse. Dans les Flandres, le statut de brasseur a très vite pris une place particulière dans l’échelle sociale. Riches et considérés, les brasseurs étaient inclus dans la haute bourgeoisie. ci-dessus: Officiers et sous-officiers de la confrérie des brasseurs de Haarlem, 1639, Frans Als, huile sur toile, 218 x 421 cm [ métier, corporations et protecteurs ] 61 1. 2. 1. Saint Arnould, patron des brasseurs, vers 1840-1851, gravure sur bois coloriée au pochoir 2. affiche pour la Bière de Saint-Nicolas, illustrateur : Alban Gaillard, imprimeur : Arts graphiques, Nancy, non datée Les corporations étaient les garantes de la tradition et de la profession. Elles fonctionnaient comme de grandes familles dans lesquelles n’entrait pas n’importe qui. Le nombre de maîtres-brasseurs étant limité dans les villes, il fallait pour devenir membre, succéder à un brasseur défunt. Elles réglaient ainsi l’apprentissage d’un futur maître brasseur : l’apprentissage, le compagnonnage et la maîtrise. En interdisant les corporations la Révolution française a provoqué un accroissement important du nombre de brasseurs. Il existe encore des corporations de brasseurs dans les différents pays, mais elles n’ont évidement plus les même pouvoir. Elles permettent en général aux différents brasseurs de se faire reconnaître, de faire valoir leur droit ainsi que de faire connaître les produits brassicoles de la région ou du pays. la brasserie, une autre famille Au XIX et XXème siècles, on constate dans les brasseries un certain esprit de famille et de fierté lié à leur propre bière. En général, les membres d’une famille travaillaient dans la même brasserie et il en était de même pour la génération suivante. En commençant à travailler, il n’était pas rare que le nouvel arrivant subisse quelque bizutage ou chamailleries pour le rendre membre de l’équipe. Le vocabulaire utilisé aussi ne correspondait pas à celui de n’importe quelle usine, aussi le nom d’usine n’était pas utilisé, on parlait simplement de la brasserie. Les ouvriers étaient appelés selon leur rang dans la brasserie, le livreur de bière, le malteur, les rinceurs de fûts etc. ses personnages, leurs protecteurs Les brasseurs se sont très vite, pour des raisons de croyances, placés sous la protection de divers personnages. D’abord d’origine religieuse, ces protecteurs bénissaient la bière. Celle-ci s’est ensuite anoblie en choisissant la protection d’un roi ou de seigneurs locaux. Ainsi en Bavière, on retrouve la famille ducale Thurn und Taxis, grands brasseurs depuis des siècles et dont les armes sont visibles sur de nombreuses brasseries indépendantes. Mais la protection divine, celle des saints est la plus fréquente toutefois. La Sainte Vierge pour la ville de Paris, Saint Léonard de Nollac pour Rouen, Saint Florian en Bavière et Saint Boniface à Munich, Saint Laurent et saint Vith pour d’autres villes allemandes, sont des exemples typiques. Deux Saints homonymes, Saint Arnould de Tiegem et Saint Arnould de Metz se distinguent particulièrement « Une bière brassée avec savoir se déguste avec sagesse.» (Confédération des brasseurs de Belgique) [ métier, corporations et protecteurs ] 63 « Autrefois un roi jeune et beau, En roi philosophe et sans gêne, N’avait pour trône qu’un tonneau Et pour sceptre, que coupe pleine. Gambrinus, au teint rubicond, Vénéré des buveurs de bière, Immortel comme le houblon, Peut défier l’absinthe amère. » (Aristide Trotin, Ode à Gambrinus) 1. 2. 1. statue en bois polychrome du 17ème siècle, Allemagne 2. affiche de la Grande Brasserie et malterie Gouverneur et Veith (Reims), date antérieure à 1890 3. affiche des Bières du Fort-Carré représentant Gambrinus, environ 1912 3. Le premier, fort reconnu dans les Flandres, aurait été d’origine noble et serait entré dans les ordres après de nombreux exploits lors de tournois de chevalerie. Toutes sortes de légendes lui sont attribuées, mais la plus connue reste la guérison d’un village d’une épidémie de peste, en conseillant aux villageois de boire la bière plutôt que l’eau de la rivière. On raconte, aussi dans une version de guérison, qu’il aurait changé l’eau en bière. Saint Arnould de Metz quant à lui est reconnu en grande majorité en Lorraine. Il aurait vécu en ermite dans la forêt vosgienne durant de nombreuses années. C’est à sa mort qu’il produisit le miracle qui le sanctifia. En transportant son corps lors de ses funérailles, les porteurs ainsi que la foule souffraient de déshydratation due à la chaleur accablante. Ne possédant qu’une cruche de bière, on implora le défunt, et les cruches se remplirent de bière. Le roi Gambrinus est le seul personnage laïc qui soit assimilé à la bière. Il est considéré comme roi de la bière et grand protecteur dans tous les pays et ceci dès le XVIème siècle. Notons que son apparition en tant que personnage laïc coïncide avec la renaissance de la bière au moment de la Réforme, les brasseurs choisissant une protection hors de l’Eglise. Il serait apparu dans ce cadre pour la première fois en Allemagne au XVIème siècle, période qui vît la grande diffusion de ce personnage à travers la France, l’Allemagne et la Belgique. Il existe diverses versions sur son origine, certains croyant qu’il s’agit de Jean Ier ou Jan Primus, duc de Brabant (1251-1294). La légende raconte que voulant prendre la parole devant ses hommes à la suite d’une victoire, la foule faisait tant de bruit, qu’il serait monté sur une pile de tonneaux de bière et se serait assis à califourchon sur le plus haut d’entre eux tenant une chope à la main pour exhorter ses troupes et se faire entendre. D’autres pensent qu’il s’agirait en réalité de Jean sans Peur, duc de Bourgogne (13711419), qui aurait libéré les brasseur du droit de gruyt par lequel ils étaient enchaînés à l’Eglise, et aurait introduit l’usage du houblon. Si l’on recense encore d’autres versions quant à son origine, il n’en reste pas moins qu’il s’agit dans la tradition populaire d’un personnage important, ayant donné lieu à une riche iconographie, le Roi Gambrinius étant toujours représenté avec un certain embonpoint et un air jovial. Nous verrons plus tard en parlant de la représentation de la bière, que de nombreuses réclames ont repris le symbole de Gambrinus, accroissant ainsi sa diffusion lors du XIXème siècle. « Une pinte de bière est un mets de roi.» (William Shakespeare) [ métier, corporations et protecteurs ] 65 1. 2. ci-dessus: la bière, entre rites de sociétés estudiantines et soirées beuveries [ bière, boisson sociale ] en buvant le vin d’orge Si la bière a de nombreuses qualités, n’oublions tout de même pas qu’il s’agit d’une boisson alcoolisée, utilisée fréquemment dans diverses beuveries et autres fêtes de la bière. Rappelons que dans les civilisations antiques, la bière consommée en grande quantité lors de rituels constituait une sorte de passage, une communication avec un autre monde. Comme la plupart des alcools consommés lors de rites religieux dans les sociétés archaïques et dans quelques rares sociétés actuelles, elle permettait une sorte de dédoublement de soi, de sortir de son enveloppe corporelle, d’atteindre une sorte d’extase et une connaissance spirituelle. Aussi voyait-on différentes drogues et alcools fréquemment consommés au cours de ces cérémonies, leur prise étant liée avant tout à une conception religieuse et une quête mystique. Cette consommation religieuse impliquait bien évidemment la réunion du groupe, la consommation en communion, lors de grandes fêtes concernant la vie d’une communauté : union d’un couple, naissance, victoire à la guerre. Le toast actuel que l’on pratique à de nombreuses occasions vient de ces antiques libations, où l’officiant consacrait la corne contenant quelque trois litres de bières, la faisant passer dans l’assemblée. Ce geste indispensable de toute libation est devenu avec la christianisation un acte de politesse, la grande corne s’étant transformée en un plus petit récipient. Comme en témoignent des écrits, les premiers moines du début de la christianisation auraient d’ailleurs été choqués devant les beuveries des Germains et des Celtes durant lesquelles la bière et l’hydromel coulaient à flots en l’honneur de leurs dieux. Cette consommation en faisait une boisson sacrée qui permettait une communication transcendantale. Aussi le christianisme n’a-t-il pas perdu trop de temps à assimiler cette boisson païenne, afin de détourner la population en brassant la bière dans ses propres abbayes. Les sociétés d’étudiants, dont les origines remontent au XVIème siècle en Allemagne, ont toujours, pour certaines d’entre elles, l’habitude d’introniser un nouveau venu en le faisant passer un bizutage durant lequel le jeune homme se devra d’ingurgiter une quantité de bière impressionnante. Aujourd’hui, ces rites, toujours d’actualité dans ces sociétés dites germaniques, sont fortement critiqués. Ils ont pourtant leur origine dans cette idée de libération du corps et de l’esprit afin de permettre au jeune étudiant d’ouvrir sa réceptivité en découvrant un autre monde. Si nous avons parlé de consommation presque mystique, n’oublions pas les caractères aussi négatifs de cette consommation à outrance, et de l’ivrognerie qu’elle peut engendrer. “On devrait d’abord chercher quelqu’un avec qui boire et manger avant de chercher quelque chose à boire et à manger.” (Epicure) [ bière, boisson sociale ] 67 1. 2. 3. 4. 5. ci-dessus: la bière a été pendant longtemps un univers principalement masculin Aussi nous retrouvons dans certains contes les conseils de Belzébuth recommandant de boire de la bière pour oublier, pour se soigner. « Vergesse thuet mer Müei un Sorje Bim e Schöppel Bier ! Mer denkt nit an den andre Morje ‚isch e Weltpläsier“ (Oublions nos peines et nos soucis devant une bonne chope de bière) (selon Ch. Berdelle in Elsässische Lieder un Gedichter, Strasbourg, 1865, cité par Bertrand Hell, L’homme et la bière) la bière, un monde masculin ? Comme nous l’avons dit, la femme fut la première brasseuse, mais elle brassait avant tout pour son mari, en témoigne la prière de la jeune mariée retranscrite dans l’histoire de la bière. Du moyen âge aux années 60, la bière était une boisson virile par excellence. Nous avons bien sûr parlé du fait que les femmes allaitant buvaient une bière spécialement fabriquée pour elles. Toutefois, elles buvaient seules pour répondre au besoin de lait de leur enfant. Il n’en était pas de même dans le cas des hommes qui buvaient en groupe et par plaisir, se retrouvant en fin de journée, la chope à la main. Aujourd’hui, près de 35% des consommateurs de bière sont en fait des consommatrices. L’image de la femme ayant peu à peu changé, les publicistes de la bière s’adressent également à elle. Ce sont les aspects d’amertume et de force qui auraient fait de la bière une boisson d’homme, considérant que les femmes préféraient le sucré. De plus, les buveurs de bières avaient l’habitude de la consommer en grande quantité. En Allemagne on défiait les autres buveurs en descendant le plus rapidement sa chope de bière lors de birium encore pratiqués dans le monde des sociétés estudiantines germaniques. Les combattants pouvaient aligner le plus grand nombre de chopes possible sur la table, la serveuse sachant qu’il ne fallait pas ramasser les chopes vides signe de la force du buveur. « Que l’on examine avec quelque attention et quelque soin la valeur des diverses populations en rapport avec leur boisson usuelle, et l’on reconnaîtra invariablement des qualités viriles bien supérieures chez celles qui sont alimentées largement par la bière. (…) Ceux qui en boivent régulièrement sont des gens grands, forts, mais en partie aussi rudes.» (cité par F. Reiber, selon Dubrunfaut) La réputation de la bière à faire gonfler le ventre et le fait que certaines bières laissent sur le consommateur une certaine odeur déplaisante pour les autres, auraient passablement influencé le fait que les femmes boivent moins de bière. Si ce sont des éléments que j’ai retrouvés dans certains livres sur la bière datant entre 1950 et 1980 pour la plupart, cette mauvaise réputation de la bière vis-à-vis des femmes est un fait que j’ai moi-même connu, ma mère maugréant à chaque fois qu’elle entendait que j’avais bu ce qu’elle qualifiait d’urine de cheval. Fait humoristique, mais néanmoins passablement caractéristique d’une période qui fort heureusement est révolue étant donné que ces mêmes personnes commencent avec le temps à découvrir qu’il n’existe pas que des mauvaises bières, et que bues avec modération elles ne peuvent pas nous faire de mal, bien au contraire. La bière c’est de l’amitié liquide (Ronny Coutteure) [ bière, boisson sociale ] 69 1. 3. 2. 1. « Chez le Père Romeu », 1898, Pablo Picasso 2. illustration pour « L’Ami Fritz », éditions de « La vie en Alsace », Louis Philippe Kamm 3. étiquette de bière canadienne associant bière et tabac populaire, elle rassemble « Grâce à notre climat inconstant et au besoin de sociabilité de l’espèce humaine, la brasserie est devenue l’équivalent du forum ancien et du poêle du moyen-âge. Les citoyens s’y réunissent autant pour se distraire, que pour causer des choses publiques et ajoutons hardiment le mot pour cancaner » (Ferdinand Reiber) Comme nous venons de voir, les buveurs de bières ont l’habitude de se retrouver autour d’une table et de partager ce moment que l’on pourrait considérer comme privilégié. De nombreuses personnes, brasseurs compris, vous dirons qu’une bière se boit à plusieurs, qu’il s’agit d’un moment de détente et de sociabilité, et qu’ainsi, il ne leur viendrait pas l’idée de boire une bière tout seul. Cette sociabilité est marquée aujourd’hui par le retour chez les brasseurs du contenant de 75cl, montrant que la bière est un moment partagé, qu’il faut être au moins deux pour s’offrir une bière. On reconnaît à la bière le pouvoir de cohésion de groupe. Selon Bertrand Hell, les hommes deviennent des buveurs de bières pareils aux autres, et les différences entre les individus s’effacent le temps de quelques chopes. Il parle de cohésion spontanée, l’estaminet devenant un lieu de rencontre, où les gens viennent se reposer, se détendre la chope à la main. Les discours ne sont parfois pas les plus fins, mais ils donnent une certaine ambiance. Ainsi, Ferdinand Reiber écrit : « Strasbourg possède une sorte d’esprit spécial, que nous appellerons volontiers l’ « esprit de brasserie ». C’est un mélange de gros sel et de médisance peu malicieuse (…) La malice gambrinale s’épanche aussi dans les historiettes périodiques fortement saturées de scatologie et de pornographie. » ( F. Reiber) Citons encore une fois Bertrand Hell : « La beuverie à la bière ouvre une parenthèse dans l’espace social ; l’homo hierarchicus, marqué par son statut social s’efface, seul demeure l’homme. Une certaine parole devient alors admise, Le discours social, celui qui caractérise inévitablement une catégorie sociale disparaît.» Boisson sociale, la bière joue également un rôle libérateur au niveau de la langue. Dans l’assemblée des buveurs de bière, nul ne relève la parole légère ; un langage cru ne surprend pas, pas plus que la plaisanterie facile ne choque. Une même complicité relie les buveurs autour d’une parole d’homme. Le discours des buveurs s’articule autour d’une même virilité valorisée dont témoignent les plaisanteries, les allusions ou les chansons. » (Bertrand Hell, L’homme et la bière, p.216 ) « Six ou huit soucoupes de verre, empilées sur la table devant lui, indiquaient le nombre de bocks qu’il avait absorbés déjà. Je n’examinai pas mon voisin. D’un coup d’œil, j’avais reconnu un bockeur, un de ces habitués de brasserie qui arrivent le matin, quand on ouvre, et s’en vont le soir, quand on ferme. » (Guy de Maupassant, Garçon, un bock !...) “L’amitié créée par la bière ne dure, comme la bière, qu’une nuit.” (proverbe allemand) [ bière, boisson sociale ] 71 1. 2. 1. Le Joueur de violon, 1673, Adriaen van Ostade, huile sur panneau, 45 x 42 cm 2. Danse de paysans, 1568, Pieter Bruegel l’Ancien, huile sur bois, 114x164 cm 3. 4. 5. 1. Vie de camp, bois gravé de Schoeffer, Mayence, 1523 2. Bière et bonne humeur, Daniel Hopfer (1470-1536) 3. La Marseillaise, dessin de Louis Schützenberger (Strasbourg 1825-1903) [ bière, boisson sociale ] 73 1. 2. 3. 4. 6. 5. 7. 11. 8. 9. 10. ci-dessus: la diversité créative lorsqu’il s’agit de concevoir un recipient pour la bière [ dégustation ] qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse… Les différents récipients utilisés pour la bière marquent toute une histoire de la boisson, mais en premier lieu, soulignent par leur taille et leur volume, l’importance d’une consommation en grandes quantités. La corne à boire utilisée lors des libations des Celtes et des Germains contenait en général entre deux et trois litres et était passée de convives en convives. Les libations interdites par la nouvelle religion chrétienne, la corne fit place aux récipients individuels, bu selon l’Eglise, de manière plus civilisée. Au cours de leur évolution, ces différents contenants vont faire l’objet de l’imagination créative des hommes et des artistes. D’une contenance d’au moins un litre, les chopes utilisées au moyen âge correspondaient aux matériaux de l’époque aussi étaient-elles en étain, en bois ou en grès et étaient de formes simples. Le couvercle que l’on retrouve fréquemment sur la plupart des choppes servait à éviter que la bière ne s’évente trop rapidement. Les plus petites chopes ont perdu cette sorte de couvercle étant donné qu’une plus petite quantité de bière est bue plus rapidement et qu’elle court donc moins de risques de s’éventer. Le verre quant à lui, plus fragile et considéré comme plus précieux ne servit pour la bière qu’à partir du XIXème siècle. Il fut très vite fort apprécié, permettant de contempler la boisson de lumière. Notons aussi qu’avant que l’on utilise des bouteilles de verre pour contenir la bière, celle-ci était encore servie en fût, soit tirée dans la cave et amenée en pichet par la serveuse sur les tables, ou alors il existait de petits tonneaux que les grandes tablées ou grands buveurs commandaient pour eux-mêmes. Aujourd’hui, les contenants des bières sont de formes variées mais plus simples et leur matériaux dépendent des régions : métal, agent, étain, grès, faïence, porcelaine ou verre. Ils sont devenus objets de collection et de contemplation de la bière. Les formes des verres actuels dépendent en réalité du type de bière et souvent chaque brasserie a son verre personnel. La forme du verre participe entièrement au goût et à l’aspect de la bière : arômes, mousse, couleur, perlé, etc.. En effet, à l’instar du vin, ou le verre « bordelais » se distingue du verre réservé au Bourgogne par exemple, presque chaque bière possède son propre verre qui saura l’habiller et la mettre parfaitement en valeur. Par exemple, une trappiste ne révèlera jamais tous ses arômes si on la sert dans un verre droit à la place d’une coupe ou d’un calice. Bien évidement, nous ne possédons pas tous une quantité de verres différents dans nos armoires, donc pour une dégustation à domicile, il est préférable de prendre un simple « verre de dégustation ». « A son gobelet, on reconnaît le ribotteur. » [ dégustation ] 75 « Regardez un verre de bière, fraîchement tiré. Regardez-le bien. C’est de la bière à la pression, naturellement, et servie dans un verre assez fin pour que la condensation produise aussitôt une buée légère, presque mouvante, à travers laquelle le jaune d’or gentiane de la bière elle-même vous apparaît comme par delà une surface de givre. Au sommet du verre, le faux-col de mousse, honnête, large mais sans plus, y semble presque solide, à la fois épais, tassé, et éminemment fragile. C’est une éphémère barrière de neige, un peu mouillée, dans l’éclat du soleil qui vit si richement en dessous d’elle. Légèrement bombé en son centre, le verre de bière est déjà une invitation à des plaisirs simples, joyeux, j’allais dire sportifs. Mais qu’on ne le boive pas tout de suite, le verre. Ou bien qu’on y trempe seulement les lèvres pour y goûter cette première gorgée devenue presque littérature et, tandis que le liquide vous inonde déjà la bouche, la mousse affirme encore davantage cette texture vigoureuse en vous plaquant sous le nez la même moustache à tous, qu’on essuiera ensuite du revers de la main, un beau geste simple qui sent lui aussi le plein air, la halte au bord de l’eau, sous un arbre, après les foins. On laissera pourtant reposer encore quelques instants ce miracle tout entier, le verre et la bière, sons faux-col, notre soif. Et les premières gouttes de buée vont dessiner en courant à la surface bombée du verre sur lequel elles ruissellent les fabuleuses traînées dont les publicitaires avisés ont souvent su bien utiliser la photographie pour aviver encore notre désir de fraîcheur dans la touffeur des étés. La corolle de mousse décroît un peu, elle perd de sa plénitude, de sa solidité pour se fondre, on dirait, au contenu même du verre et, du fond de celui-ci, les bulles qui remontent à la surface se font plus généreuses : le verre de bière a bel et bien renoncé à sa pureté un peu hautaine pour se rapprocher en somme de nous, qui allons le boire. L’envie que nous en avons alors, verre de bière légèrement émoussée au flanc si généreusement humide du même désir qui palpite à nos papilles gustatives, n’est plus celle du consommateur idéal qui salive devant l’image non moins idéale d’un verre de bière parfait : on a assez attendu ! C’est seulement le désir soudain, violent parfois, d’avaler à grandes goulées ravageuses tout ce qu’il y a eu de beauté figée, impérieuse, dans le verre de bière tout juste tiré du début de ce paragraphe. Alors on ne regarde plus rien, ni le verre, ni la bière, ni la mousse qui achève de se dissiper à mesure que le liquide s’engouffre en nous. C’était bon… On repose le verre, il nous reste peut-être à observer, sous les parois que toute buée a abandonnées, le réseau de plus en plus lâche des ultimes traces de mousse, dont le destin va s’amollir jusqu’à disparaître dans ce qu’il reste de rien au fond du verre. J’ai bu un verre de bière. On me pardonnera la description attentive, sûrement trop minutieuse, de ce moment de vérité tant de fois répété tout au long de nos vies. C’est que, de la table aux lèvres du buveur, le miracle du verre de bière ne ressemble à rien d’autre. Et l’on ne me fera pas dire ce que je ne veux pas dire, moi qui ne saurais vraiment déjeuner ou dîner, je veux dire bien manger, sans un bon bordeaux pour accompagner un peu tout, jusqu’à ce qui pourrait exiger autre chose ; mais même le plus superbe des vins aux plus émouvantes rougeurs ne saurait procurer cette sensation-là, celle du verre de bière tout juste tiré qu’on flatte de la main comme la croupe d’un animal familier et dont les fraîcheurs traversent le miroir du verre avant de détruire, gorgée après gorgée mais avec quel bonheur, la fabuleuse harmonie d’une bière pression servie quand on a soif. Boire de la bière dans une chope, surtout de grès, est une autre affaire. Là, l’idée maîtresse de fraîcheur quasi printanière dans la moiteur de tous les étés s’évanouit presque pour laisser place à l’impression d’un liquide qui couverait au plus profond d’une grotte obscure. Ni couleur, ni limpidité, la bière dans la choppe parvient à nos lèvres à travers le plafond comme plus épais, on dirait presque âcre, de la mousse qui vous a, elle aussi, une texture tout autre. Elle est une barrière compacte entre le plaisir et vous dans l’atmosphère enfumée d’une taverne en hiver. La bière bue à même la choppe vous rafraîchit, bien sûr : comment pourrait-il en être autrement ? Mais elle réchauffe aussi, elle vous ragaillardit quand l’autre, celle du verre aux parois si légères vous donnerait presque des ailes. Le bock, le demi, la chope, le sérieux, le formidable, le litre, la pinte ou la demi-pinte, la canette, jusqu’au pack de boîtes de bières : chaque verre de bière est à l’image d’une culture, d’un plaisir différent, et c’est mon ethnocentrisme irrépressible qui m’a fait partir du verre de bière suintant de délicieuses buées aux dessins de gouttes neuves sur les flancs pour évoquer des images qui, toutes, appellent une manière de plaisir propre ici à celui-ci, là à celui-là. Ainsi le bock de nos jeunesses, voire le demi-panaché : tout a commencé là, la terrasse des cafés en plein été, Paris au mois d’août de nos enfances, tous étrangers hébétés de fatigue et couples d’amoureux confondus. C’était la Wepler de la place Clichy, boulevard des Batignolles, la brasserie de Champigneulles de mes dix-sept ans ou les petites amies d’alors aux terrasses du boulevard Saint Michel, quand on jouait déjà aux étudiants. On le faisait durer ce verre de bière-là, qui était celui de la halte, du moment de repos entre deux visites, deux rencontres. La mousse s’accrochait en glissant à la paroi intérieure du verre comme si elle aussi ne voulait pas l’abandonner. Dans le fond, ce qu’il restait de bière devenait un sirop amer dont on attendait toujours encore un peu avant d’avaler la dernière gorgée. Comme on buvait d’un coup, l’engloutissant d’une seule haleine, le demi-panaché du bord de route de nos vacances, sautant un instant de nos vélos bretons ou auvergnats : c’était chaque fois, sinon le Bon Dieu, du moins le bonheur qui vous descendait dans l’estomac, non plus chaussé des bottes de velours rouge de Pierre Brasseur en Frédérik Lemaître dans Les Enfants du paradis, mais un plaisir en jupon léger, friselis et dentelles. On y rêvait longtemps avant, comme d’un autre désir culbuté dans le pré. Elles étaient bien fraîches et lumineuses les premières blondes de notre adolescence ! Qu’on ait un peu vieilli, elles seront d’ailleurs toujours aussi fraîches, presque plus généreuses, les mêmes bières bues à belles rasades après l’effort ou simplement dans la grande lumière du farniente de l’été. La canette qui jonche après coup les marges des terrains de sport, la boîte de bière percée à son sommet qui peut, sur l’affiche américaine et à peine un peu plus glacée, suinter de la même buée délicieusement publicitaire : la blonde qu’on avale d’un trait, la sueur qui passe de la canette au front du buveur et qu’on essuie du revers de la même main qui a déjà balayé la moustache vous inondent des mêmes plaisirs – et différents pourtant. La chope de grès brune ou grise, c’est une autre histoire d’amour. On oubliera très vite les brasseries de Munich à une époque gueularde où l’on levait le coude armé du litre entier pour mieux lever le poing, brailler plus fort et défoncer qui ne vous ressemblait pas. On se souviendra plus aisément des fêtes de la bière, Oktoberfest et autres kermesses, quand même elles pataugent à gros sabots dans un aujourd’hui de joyeuses ripailles et de décolletés par trop grassement généreux. Mais on se souviendra plus aisément encore de ces brasseries-monastères au sommet d’une colline, au bord d’un lac, où trois ou quatre générations de buveurs se mêlent à l’ombre des tilleuls ou dans des salles toutes de bois. On se souviendra peut-être aussi d’un accordéon, d’un banc contre un mur blanc en Basse-Autriche et des champs de houblon à l’infini dans le soleil rouge : au pays des blondes de nos enfances, qui se souvient avoir jamais vu des champs de houblon ? Et puis il y a une autre culture encore de la bière dans tous ses états, celle de l’Angleterre et de ses pubs naturellement. On a dit la demi-pinte et surtout la pinte, tiède selon la légende sinon la tradition et qui ne moussera jamais, elle. Il faut être bien étranger à Londres, pour vouloir y boire des « lagers », qui sont naturellement des bières étrangères à cette civilisation-là. Ici, la bière se doit d’être délicieusement aigre, sans bulles non plus, mais un liquide uniforme dont l’or est teinté de roux, de fauve, de cuir, que sais-je ? (Pierre-Jean Rémy, extrait de la préface des Peintres et la Bière) [ dégustation ] 77 ci-dessus: les différents gestes pour servir une bière chez BFM servir une bière Si à l’époque la bière se trouvait en tonneau et était directement tirée par le tenancier du débit de boisson, on la trouve en général aujourd’hui à la pression ou en bouteille. Il est important de savoir servir une bière et d’utiliser les bons gestes. La bière doit impérativement être bien servie pour être dégustée avec plaisir et nous allons voir que ce rituel n’a rien à envier à celui du vin. En premier lieu, il faut veiller à ne pas secouer la bouteille et à la maintenir à la verticale afin d’éviter que les levures présentes dans les bières et qui fermentent à nouveau en bouteille ne se mélangent à la bière. En effet, celles-ci doivent rester au fond de la bouteille et constituer la lie de la bière. (Rappelons qu’il est important de toujours conserver les bouteilles non bouchonnées à la verticale) Le verre de dégustation est un verre à pied qui sera tenu d’une main, à l’endroit du pied afin de ne pas chauffer la base du verre. La propreté du verre est importante, ainsi, on évitera que le verre ne porte de traces de graisse ou de savon pouvant nuire à la mousse. Aussi, lorsque l’on veut pouvoir analyser la mousse, il est préférable de prendre un verre sec, afin que celle-ci ne glisse pas contre les parois. Cependant, la plupart du temps, on préfère tremper le verre avant dans de l’eau froide et, sans essuyer le verre, servir la bière. Comme pour le tirage de la bière, verser la bière de la bouteille au verre est un geste capital. Si ce geste est mal exécuté, on encourt le risque de voir son verre rempli ou alors dépourvu de mousse, d’avoir une bière plate ou bien trouble. Ces points de départs sont importants pour une dégustation. Non respectés, ils peuvent compromettre les aspects de la bière et mener à une mauvaise dégustation. Un brasseur qui élabore une bière, en contrôle autant les arômes, la saturation que l’aspect de la couleur et de la mousse ; mal servir une bière serait une sorte de non respect vis-à-vis des recherches et du travail d’un brasseur. “J’aimais le goût de la bière, sa mousse blanche, vivante, ses profondeurs cuivrées, le monde surgissait soudain à travers les parois brunes et humides du verre... l’écume dans les coins.” (Dylan Thomas) [ dégustation ] 79 « Le connaisseur, après avoir enlevé une partie de la buée qui recouvre son verre, l’examine par transparence. A l’œil, il saisit alors la couleur qu’il veut franche, la brillance qu’il exige très poussée et la qualité de la mousse dont l’abondance et le crémeux lui garantissent une tenue assez prolongée pour empêcher le liquide de s’éventer pendant le temps qu’il met à déguster. Puis, il hume le breuvage et, au nez, apprécie l’arôme où se superpose le bouquet de cave dû à la fermentation, à l’arôme du malt dans une bière brune, et au parfum du houblon, pour une bière blonde. En buvant, il attache une importance légitime à une moelleuse plénitude de bouche et à une certaine persistance de l’amertume qui happe à la gorge et dont l’intensité est recherchée plus ou moins accusée selon les goûts locaux, mais dont l’agréable finesse est exigée par tous. Ainsi, la bière pétillante et mousseuse, breuvage de calme et de sagesse, s’accomode remarquablement au caractère de ceux qui, dédaignant l’agitation et les discussions stériles, aiment se retrouver entre amis pour communier dans la joie ou échanger des idées avec sérieux et pondération. » (Edmond Urion, in La bière, art et tradition) la dégustation La dégustation en bonne et due forme d’une bière, comme celle d’un vin, nécessite du temps ainsi qu’une ambiance calme. C’est pourquoi, certains grands festivals de bière, même s’ils permettent d’approcher les brasseurs et de pouvoir discuter avec eux, ne sont contre toute attente pas les meilleurs endroits pour déguster. En effet, certains festivals sont plus devenu des moments de rencontres, accompagnés de musiques et dans lesquels les gens essaient de nombreuses bières et où, malheureusement, une bonne partie des convives s’enivre. Pour une dégustation professionnelle, il faut un endroit calme, éclairé et dépourvu d’odeurs étrangères. Afin de nettoyer son palais pour en ôter tout goût perturbateur, on mange en général un morceau de pain avant et entre les dégustations. Si l’on goûte une bière chez soi, il est important de savoir à quel type la bière appartient, afin de la servir dans le verre correspondant ainsi qu’à la température adéquate. « _Je brasse en enfer, oui, mais sachez que jamais sur terre je ne pourrai faire pareilles boissons. Quel feu sous les cuves, mes compères ! Le temps là-bas ne comptant pas, la bière en ses chaudières connaît éternelle ébullition, de quoi lui donner corps, substance et moelleux comme vous n’en avez jamais rêvé. Et quelle mirobolante couleur ! Cuivrée et mordorée, elle vous transporte et vous échauffe l’âme, Sachez que j’œuvre en ce moment à quelques recettes capiteuses, consignées dans un livre imposant, adorné d’enluminures suggestives et relié en peau de brasseur apostat. Ce sont là des bières que Messire Diable (le croirez-vous ?) entend livrer un jour aux hommes, au temps par lui fixé et par lui déjà baptisées. Il les nommera, si j’ai bien ouï, Lucifer, Satan, Belzébuth, Duvel, Old Nick et autre Capricant ! Sachez aussi qu’on a mi « Qui ne se soucierait pas de la bière qu’il boit, mangerait tout aussi bien n’importe quel pain » (Michael Jackson in Les bières, éd. 1985) à mon service, pour m’aider dans ces surhumains travaux, des démons succubes de rang supérieur et des créatures coupables sur terre de l’abominable péché de luxure, qui évoluent à mes côtés en tenue légère, tant est grande la chaleur des fourneaux. » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, le Brasseur d’Enfer) la vue Par la vue, il s’agit de faire une évaluation objective de l’aspect de la bière selon des critères bien définis : couleur, limpidité, brillance, éclat et mousse. La couleur est en général un aspect de la bière que l’on jugera seulement du point de vue esthétique. En effet, la couleur de la bière, peu importe le type, est le résultat de la couleur des malts utilisés (l’adjonction possibles de fruits, sirops ou colorants dans quelques cas). La limpidité, la clarté, la brillance et l’éclat sont des caractéristiques visuelles importantes pour l’industrie. La bière, à l’exception des bières blanches et des bières non filtrées, se doit d’être limpide. Une bière trouble vient parfois d’une mauvaise qualité ou alors du fait qu’elle est servie à une température trop froide. On juge de cette brillance en portant le verre à la lumière. Certaines personnes n’aiment pas devoir plonger les lèvres dans la mousse. Pourtant celle-ci est primordiale à la bière (à l’exception des bières naturellement plates). Elle préserve les arômes et les parfums en isolant le liquide de l’air ambiant. La mousse est le résultat d’une agglomération de bulles de gaz carbonique. En général, la mousse est de couleur unifiée, généralement blanche. Certaines bières rousses, ainsi que les bières brunes présentent une coloration de la mousse en fonction des malts utilisés. Une bière dont la mousse est blanche et brunit peu à peu est un signe de mauvaise qualité (signe d’un ajout de sulfate de fer pour améliorer la stabilité de la mousse), mais ce fait est plutôt rare. Lorsque l’on parle de la mousse, on parle du col de la bière qui doit avoir une hauteur allant de deux à quatre centimètres. La mousse doit présenter de petites bulles denses. Les grosses bulles (plus de 4mm) sont le résultat d’un verre sale, d’une bière mal servie, d’une infection ou encore d’un excès de saturation. La mousse peut sembler aérienne, ou alors crémeuse, ceci dépendant des bières. On considère aussi la persistance de la mousse, une bonne mousse se désagrégeant après 2 à 3 minutes. Lorsque l’on boit la bière, la mousse se décompose peu à peu et marque des traces sur les parois du verre. Ces « traces », appelées dentelles ou lacing, doivent être régulières et dépourvues de trous. En parlant d’effervescence et de pétillance d’une bière, on parle de son perlage et de sa saturation, termes considérés comme plus nobles à décrire la bière. Le perlage est le signe d’un dégagement du gaz carbonique présent dans la bière grâce à la saturation “C’est la fatigue et puis la fumée et la stout qui est assouplissante.” (Louis Ferdinand Céline) [ dégustation ] 81 développée au cours de la fermentation. Le perlage n’a pas une influence primordiale sur la dégustation. l’odorat Il permet de découvrir les substances odorantes volatiles de la bière. Il s’agit ici de faire la différence entre arômes et odeurs. Les arômes sont des éléments perçus que nous reconnaissons et qui nous font penser à, nous rappellent quelque chose. Un arôme de café ne signifie pas que des grains de café ont été utilisés à un quelconque moment de la production, en revanche, une odeur de grain torréfié marque en général le type de malt utilisé. Lorsque l’on détecte une odeur de moisi dans une bière, il s’agit généralement d’un problème dû à la mauvaise conservation de la bière ou au fait que la bière est trop vieille pour être bue. Les odeurs sont perçues uniquement par le nez dans les membranes olfactives de la partie supérieure. Les arômes, eux, sont perçus par les mêmes membranes, mais une fois que l’air chargé de substances odorantes est passé par l’arrière bouche (canal rétro-nasal). Lorsque la bière passera en bouche, son goût peut influencer par la suite nos perceptions olfactives. ci-dessus: quelques bières différentes. Il serait impossible de toutes les représenter. le goût Notre langue distingue quatre goûts fondamentaux: le sucré, le salé, l’acide et l’amer. Afin de pouvoir révéler leurs différents aspects, il s’agit de faire tourner la bière en bouche afin qu’elle vienne toucher chaque zone de notre langue, qui chacune nous donnera les informations recherchée pour la dégustation. Le sucré provient en général des sucres résiduels non transformés lors de la fermentation, et dans le cas de certaines bières, d’un ajout de sucre ou d’édulcorant. On retrouve rarement le salé dans les bières, sauf exceptions de brasseries se situant en bord de mer ou utilisant une eau riche en chlorure de sodium. L’acide de la bière est provoqué par la formation d’acides organiques (acétiques, lactiques, etc.) qui se forment lors de la fermentation. Pour des bières comme le lambic, une acidité spéciale est provoquée par la fermentation spontanée. L’acidité n’est en général pas recherchée pour les autres bières et il s’agit la plupart du temps d’une perturbation appelée off-flavour, souvent signe d’une infection. Enfin, l’amertume d’une bière provient du houblon. L’utilisation d’un malt torréfié peut aussi y participer. On peut trouver des bières dépourvues d’amertume ainsi que d’amertume exagérée. Si celleci perdure après l’avalement, on parle de post-amertume ; celle-ci peut être considérée comme désagréable, mais elle peut aussi être le signe d’une bière de caractère et appréciés par les connaisseurs. Les aspects en bouche de la bière vont nous permettre de parler de son corps, de sa dureté, ainsi que des autres sensations tactiles provoquées par la bière. Une fois en bouche, la bière peu nous donner une impression de corps puissant, sèche, riche, etc. Les éléments influents sont la saturation en CO2, l’astringence, la densité, la viscosité, la dilution, l’impression de chaleur donnée par l’alcool, etc. L’astringence donne l’impression d’un décapant sur la langue à cause des tanins venant du houblon. Lorsque l’on parle des autres sensations en bouches, on parle d’impression, qui sont différentes pour chacun selon notre vécut. Ainsi, là ou je pourrais goûter de la banane, quelqu’un d’autre pourrait avoir une impression de boire. Il s’agit simplement d’une manière différente de percevoir une molécule. toutes différentes Ce qui à la base différencie les bières n’est pas, comme on pourrait le supposer, leur couleur mais le type de fermentation utilisée pour les produire. Ainsi, il existe trois types de fermentations distincts, que l’on pourrait considérer comme différentes familles ou catégories, la fermentation haute, la fermentation basse et la fermentation spontanée. Cette différence est importante, car c’est elle qui influe sur la saveur, le goût, l’aspect et la mousse. Les types de bières sont en fait des sous-groupes des différentes fermentations. Une classification des bières se retrouve en fin de ce travail. « J’en connais des gaies et chantantes, de graves et cérémonieuses. Certaines sont calmes et sereines, d’autre impétueuses et fougueuses. Leur richesse est à jamais insoupçonnable au profane. » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, Le serment des Cats) [ dégustation ] 83 Libérer le goût, c’est goûter à la liberté (Article écrit par Yvan de Baets et publié dans la revue Le Soir, hors série Bière, amour &Fantaisie, 2007) « Les goûts et les couleurs ça ne se discute pas ! », dit-on. Les vrais amateurs de bière sont d’un avis différent, eux qui peuvent passer des heures à discuter des goûts de leur boisson favorite. La science également, puisque de nouvelles découvertes viennent étayer les arguments des défenseurs de la bière « de caractère ». Impossible de définir ce qu’est une bière de caractère sans parler de l’évolution du goût dans les sociétés humaines. Celle-ci permet de distinguer les goûts animaux des goûts humains, culturés. Parmi ces derniers, on retrouve l’amertume et l’acidité, qui sont, pour nous, les marques d’une vraie bière de caractère. Les mammifères sont en effet naturellement attirés par les goûts sucrés et gras, car ceux-ci leur indiquent deux choses essentielles à leur survie : ils vont leur apporter de l’énergie, et, ne contenant pas de poison, ils sont comestibles. Leur instinct les pousse donc vers le sucre (au sens large) et la graisse. Et ça marche très bien pour eux ! Le problème, c’est que nous avons toujours en nous le même instinct animal, qui nous pousse vers ces goûts régressifs. La différence majeure entre les animaux et nous, est précisément le passage à la Culture. C’est ainsi que, depuis la nuit des temps, nos ancêtres ont pu se rendre compte que ce n’est pas parce que quelque chose est un peu amer ou acide, que c’est forcément mauvais. Ils ont réalisé que certains de ces aliments pouvaient être non seulement très bons pour la santé, mais, et c’est là la clef, qu’ils pouvaient nous apporter énormément de plaisir. C’est ainsi qu’une culture humaine du goût s’est forgée. On acceptait toujours les goûts sucrés et gras, bien entendu, mais également les goûts amers, acides, piquants, etc. Les amateurs de bières de caractères ne sont donc pas des masochistes, loin de là ! On vient d’ailleurs de prouver, grâce à des techniques d’imagerie cérébrales, que les zones de notre cerveau liées au plaisir sont nettement plus activées chez un sujet capable d’apprécier l’amertume, quand cette personne consomme un aliment amer, que chez quelqu’un qui se cantonne aux goûts sucrés, lors de l’ingestion de ceux-ci. Par ailleurs, une étude française révèle que les enfants appréciant le goût amer sont statistiquement plus intelligents que ceux qui en sont incapables. Non pas que les aliments amers rendent intelligents, mais bien parce que ces enfants font montre d’un éveil cérébral et d’une ouverture d’esprit plus propice à l’acquisition de connaissances. ( selon Dr Jean-Marie Bourre, les aliments de l’intelligence et du plaisir) Logique, puisqu’il s’agit de goûts acquis (par opposition aux goûts innés – le sucré et le gras) que l’on apprend à aimer en grandissant – d’où l’importance fondamentale de l’éducation du goût. Tout ceci corrobore l’idée de certaines théories anthropologiques, qui considèrent que le développement de la cuisine au début du néolithique et avec elle, l’essor d’une culture humaine du goût acceptant les aliments amers, est un des facteurs clefs qui a permis un net développement du cerveau humain par rapport à celui des animaux les plus évolués… (Christian Boudan, Géopolitique du goût) Depuis les années 1950 cependant, l’industrie agroalimentaire s’est rendue compte qu’en ajoutant du sucre et/ou de la graisse dans nos aliments, elle allait parler à un de nos instincts les plus irrépressibles. C’est ainsi qu’une véritable entreprise de domestication de l’Homme par les multinationales de l’alimentation a démarré, et a pu ravager des pans entiers de la culture humaine du goût. Ces multinationales sont même occupées, à l’heure actuelle, à développer des molécules bloquant notre perception de l’amertume ! Pourtant, l’homme est la seule espèce de mammifères capable d’apprécier l’amertume, ce qui (entre autres) le distingue clairement des autres animaux. Malgré toute l’affection que j’ai pour ces derniers, on est donc en train d’essayer de nous transformer en « sous-hommes », à la totale merci de certaines entreprises dont le seul but est de faire du profit. La brasserie n’a bien entendu pas pu échapper à cette logique, et c’est ainsi que des bières de plus en plus sucrées et standardisées ont été mises sur le marché, et que le consommateur en est venu à oublier qu’autrefois, le goût de base d’une bière était soit l’amertume, soit l’acidité. L’augmentation du taux d’alcool a participé également à cette tendance, puisqu’une des sensations générées par celui-ci est la douceur. Il en va de même pour les bières aromatisées. L’apogée de cette régression, typique de la mondialisation marchande du goût, a sans doute été atteinte récemment avec des bières aromatisées avec du cola ou à la noix de coco ! Mon propos n’est pas de dire que toutes les bières doivent se résumer à un goût amer ou acide – il en existe d’excellentes dont le goût de base est principalement malté, ce qui leur apporte une certaine rondeur. L’important est en effet dans l’équilibre et la complexité. Par contre, quand une bière se met à ressembler à un soda alcoolisé, on est face à ce que, dans le monde du vin, on nommerait sans détour une piquette… Heureusement, la résistance s’organise, et l’on assiste ces derniers temps à un timide, mais déterminé, retour de bières à la personnalité bien affirmée. Et le consommateur soutient de plus en plus ces produits nobles. C’est heureux, car, en plus d’augmenter notre plaisir, ce sont des bières d’Hommes libres ! » [ dégustation ] 85 1. 2. 3. 1. Nature morte au poisson, 1656, Pieter Claesz, huile sur bois, 36x49 cm 2. Bière et raifort, 1898. Albert Anker, huile sur toile, 33x52 cm 3. Nature morte au crabe, 1644, Pieter Claesz, huile sur bois, 47x63 cm [ iconographie de la bière ] La Bible ne cite quasiment jamais la bière et l’on ne trouve que très peu de textes louant la bière et ses lieux ; il faut dire que la littérature s’est peu développée autour du sujet. Boisson populaire par excellence et visant d’abord le peuple, il est plus logique que ce soit dans l’iconographie que l’on trouve les plus belles louanges. Depuis les peintures des maîtres flamands, jusqu’aux publicités et étiquettes de bière, tout se prête à créer une imagerie contant la bière, son histoire et ses traditions. Nous verrons ensuite les affiches publicitaires, nées à la fin 18ème pour attirer le buveur, qui sont devenue une nouvelle forme d’art autour de la bière. Nous avons reproduit dans les différents chapitres de ce travail certains tableaux, affiches et étiquettes correspondant aux thématiques. l’art et la bière « L’œil du peintre ne pouvait être insensible aux couleurs de la bière. La bière est lumineuse. La lumière l’anime d’une multitude de scintillants reflets. Le peintre s’en est émerveillé. Mieux que quiconque il a vu la gamme si diverse et nuancée de ses couleurs et de ses transparences. Dans la transmutation que seul le talent opère, la bière est devenue le détail indispensable ou le sujet principal de multiples chefs-d’œuvre » (Bernard Marchand, les peintres et la bière) Les enluminures, les vitraux, les gravures, les tableaux… Les artistes nous donnent à voir la vie de ceux qui cultivent l’orge et le houblon, les hommes des brasseries artisanales, les moines avec leur air jovial, les buveurs de tavernes, les fêtes de village, les kermesses, les bourgeois dans leur maison, les chopes de bières, les verres, les assiettes, le fromage, le saucisson, la pipe… La bière est fortement liée à la culture de l’occident qui l’a très largement représentée ; en particulier par des natures mortes dans lesquelles figurent des verres, des bouteilles, des carafes et de tonneaux, et dans de nombreuses scènes de genre évoquant les moments où l’on boit la bière. Ces peintres représentent dans ces tableaux la réalité de la vie de tous les jours, aussi n’est-il pas étonnant d’y retrouver la bière sur toutes les tables alors qu’elle était la boisson quotidienne. La bière tient sa place dans ces différentes représentations ; dans les scènes de genre, elle est tout aussi importante que les personnages l’entourant, et dans les natures mortes, on ne saurait l’ôter de peur de rompre l’équilibre de la composition. Pourtant, elle est pourtant relativement peu présente dans la littérature comme le souligne l’extrait-ci-dessus. « En hiver, brasse qui veut, en été, brasse qui peut. » (proverbe français) [ iconograpgie de la bière ] 87 1. 2. 3. 1. Nature morte à la chope, 1921, Fernand Léger, huile sur toile, 92.1x60 cm 2. Bouteille de Bass, verre à pied, paquet de tabac et carte de visite, 1914, Pablo Picasso, papier collé et crayon sur papier, 24x30.5 cm 3. Le chasseur blessé, 1942, Kurt Schwitters, collage, 20.3x26 cm « Que la bière, dès lors, toutes les bières aient pourtant laissé finalement tellement peu de trace dans nos littératures alors que tous les vins du monde y sont si glorieusement célébrés a quelque chose d’injuste. En quête de bière à travers nos livres, nous retrouvons toujours chez nous les mêmes Verlaine et Verhaeren, et les autres d’anthologies de bien boire de la bière se creusent la tête pour nous citer ici Huysmans, là Jünger, Montesquieu ou Jean-Jacques Rousseau lui-même dans l’Emile, sinon le pauvre Baudelaire de la Pauvre Belgique. Mac Orlan, bien sûr, ou même Louise de Vilmorin mais, faute d’en être quitte pour la soif, on reste quand même sur sa faim. » (Pierre-Jean Rémy, extrait de la préface des Peintres et la Bière) On remarquera une certaine prédominance de la peinture flamande et hollandaise. Rappelons nous que ces régions ont connu un fort développement économique et qu’elles ont été depuis le Moyen Age des importants foyers artistiques. Spécialistes des scènes de genre et des natures mortes, les artistes ont naturellement représenté la bière et ses à-côtés, tant brassée dans le Nord. Il ne faut donc pas nous étonner si l’on y retrouve des Bruegel, Rubens, Rembrandt représenter ce qui était leur boisson quotidienne. Mais le reste de l’Europe se sera pas en reste : des représentants comme Pieter Claesz, Manet, Degas et Picasso donnent à voir avec plaisir leurs bières et cet environnement de bars avec leurs serveuses. La représentation de la bière va disparaître petit à petit avec la peinture moderne mais s’effacera totalement avec l’art abstrait. On la retrouve encore dans quelques œuvres cubistes et dans des collages de Schwitters. On discerne encore une bouteille, une chope ou un verre, parfois une étiquette… Cette absence de représentation dans le milieu artistique fait suite en quelque sorte à l’apparition de l’affiche publicitaire dont nous parlerons ci-dessous. Notons d’ailleurs que certains artistes peintres reconnus comme Mucha se sont essayé à l’affiche de bière, créant une imagerie art nouveau pour la Brasserie de la Meuse. La publicité est devenue aujourd’hui une manière populaire de représenter la bière en s’adressant à tout consommateur. « Il faut manger comme un homme en bonne santé et boire comme un malade. » (proverbe allemand) [ iconograpgie de la bière ] 89 1. 2. 3. 1. affiche pour la bière Barial, anonyme, imprimerie Coupard, Paris, sans date 2. affiche Bonne Bière de Mars, brasserie inconnue, marque générique, époque directoire, environ1797 3. affiche Bière de Mars, brasserie inconnue, marque générique, imprimerie Pellerin à Epinal, environ 1810 la bière s’affiche L’affiche pour la bière a été le premier moyen de représentation de la brasserie. Images populaires par excellence, de nombreux artistes connus s’y sont essayés. La première affiche de brasserie est née en 1797, quelques temps après la Révolution Française qui libéralisa le genre et supprima les corporations. Celles-ci n’existant plus, il n’y avait plus limitations à ouvrir une brasserie, ce qui favorisa passablement la concurrence. Les brasseurs ont donc tout simplement choisit l’affiche pour faire valoir leurs intérêts auprès des buveurs. A ce moment, l’affiche n’était pas encore illustrée, contenant simplement du texte mentionnant la bière et son auberge. Ensuite, les premières affiches illustrées s’inspirent des enseignes des brasseries qui étaient depuis le début de l’histoire l’unique manière pour le brasseur de se faire remarquer. Toutefois, ces réclames vantent avant tout un type de bière, comme l’affiche pour la Bière de Mars, mais pas encore une brasserie en particulier. Les images reproduites s’adressent clairement au consommateur et s’inspirent de l’imagerie d’Epinal. Si à l’origine on représentait des groupes de buveurs, ceux-ci vont être remplacés simplement par deux personnes partageant une bière. Le développement de l’imprimerie à la fin du XIXème siècle remplacera la gravure sur bois, en permettant une reproduction des affiches beaucoup plus grande. De plus, la lithographie permet une imagerie plus détaillée, plus précise. Développement de l’imprimerie et développement des brasseries, celles-ci produisent plus et s’exportent : on voit apparaître sur les affiches des vues des bâtiments de la brasserie devenus le fleuron de leur grandeur. De plus, la suppression en France en 1881 de la loi sur la liberté de la presse libère les possibilités de l’affiche. Elle prend alors de l’ampleur et devient le premier moyen de promotion. Il est amusant de voir que la possibilité de reproduction en série des affiches correspond aux débuts de la production en masse de la bière et de sa grande distribution. Comme nous l’avons vu peu avant, le monde de la bière est empreint de traditions et de mythes millénaires. Aussi n’est-il pas étonnant de retrouver dans les affiches, les signes de ce glorieux passé : Gambrinus, Saint Arnould, étoile du brasseur, cônes de houblon et épis d’orge. Ces affiches chantant la gloire et la richesse de la bière ont permis de transmettre certains signes qui sont aujourd’hui quelque peu oubliés, même par les brasseurs modernes. Ces réclames s’adressent directement au consommateur… et aux consommatrices vers lesquelles se tourneront les publicités du début 20ème siècle. Au même moment, la bière était encore considérée comme très populaire, afin de l’anoblir ou de la démocratiser, on voit apparaître sur les affiches, bourgeois, nobles, notamment en la célèbre personne de Gambrinus, divinités buvant de la bière, et parfois même, représentés avec les gens du « Notre Bière de Mars n’est-elle pas semblable à ce vent, elle qui apporte renouveau, fraîcheur et brin de folie, au seuil de la nouvelle année ? » (Pierre Guingamp, in Histoires de Bières, le Miracle de Mars) [ iconograpgie de la bière ] 91 1. 2. 3. 1. affiche des Bières de la Meuse, Alphonse Mucha 2. Bière Mapataud, affiche non datée, illustrateur : Misti – Fernand Mifliez 3. Bière Sud-Est, sans date, illustrateur Henri Aurrens, imprimerie La Méridionale, Nîmes [ iconograpgie de la bière ] 93 4. 5. 6. 4. Brasserie du Cardinal à Fribourg, non datée 5. Bière des Houillères, 1936, illustrateur : M. Santi, imprimerie : Joseph Charles, Paris 6. Brasserie des Vosges, sans date, illustrateur A. Quendray, imprimerie Lang, Paris petit peuple. La bière est bonne pour tous, signe de convivialité et de bonheur. A partir des années 20, les brasseries vont se lancer dans la célèbre chasse à l’hectolitre, elles préféreront alors montrer la force de leur grandeur. Les affiches vont donc représenter toute la panoplie : grandes installations industrielles, cheminées qui s’élèvent vers le ciel, présence du chemin de fer, camions de livraisons, etc. Les brasseries sont représentées comme hors d’échelle, soit dans un milieu rural, comme voulant s’attacher à un quelconque territoire ou terroir, soit alors en ville, proche du consommateur. Ces images de grandes usines vont de pair avec une prolétarisation de la bière, qui redevient un aliment accompagné du discours sur ses valeurs nutritives, bonnes aussi pour les femmes et les enfants. A partir de la moitié du XXème siècle, la bière devient de plus le plus le sujet des représentations, sans évoquer d’histoires. Dès 1960, l’affiche illustrée disparaît peu à peu pour laisser place à la photographie, plus réaliste et mettant en scène des personnes plus probables. 2. 1. ci-dessus: campagne de publicité Guinness 3. publicités et étiquettes actuelles Les publicités actuelles pour la bière font preuve d’une diversité étonnante. Pourtant on peut remarquer un genre assez nouveau de notre époque : la rétro-publicité, ou le fait d’inventer une histoire, de créer une sorte de mythe, d’imagerie autour d’un produit. En effet, face à une diversification croissante et une perte de qualité de certains produits, les gens se retournent vers des valeurs plus traditionnelles, vers les bons vieux produits d’autrefois ou les produits artisanaux, sûrs de leur qualité. Ainsi, on voit se développer toute une imagerie puisée dans les contes, les mythes nordiques peuplés d’elfes et de petites créatures, mais aussi dans l’univers monacal en tant que base de la bière. Si déjà à l’époque certaines brasseries rachetaient le nom d’abbayes ayant existé ou existant toujours, on s’est rendu compte que cet aspect monastique faisait vendre, d’où l’invention d’une série de nom fleurant bon l’aspect religieux. Il s’agit avant tout d’une question d’image, étant donné que ces bières, à l’exception d’un très petit nombre, sont produites en usine, très loin de tout moine. Il y a donc à un certain niveau, une rupture entre l’image qu’on veut bien nous vendre d’un produit et l’endroit, le lieu et la manière dont il est réellement fabriqué. Ceci est d’autant plus fâcheux que cette imagerie monacale développée trompe en quelque sorte le consommateur, ne sachant plus réellement qui a bien pu produire cette bière. A côté de cela, la publicité sur la bière essaie de jouer la carte sportive en sponsorisant certains événements, celle de l’humour en visant un public relativement jeune qui prend une part importante dans la consommation, celle de la masculinité, du farniente, des bons moments entre copains. On remarque cependant que ce sont essentiellement les grandes brasseries qui développent ce genre de publicité, sachant que les plus petites n’en n’ont pas les moyens. Certaines publicités se déclinent aussi en série, comme par petits épisodes que l’ont pourrait collectionner. Collector, voilà la nouvelle idée utilisée par les publicistes, développant des affiches spéciales selon les différents moments de l’année et les jubilés des brasseries rappelant d’une certaine manière leur longue tradition. Les étiquettes des bières suivent, quant à elles, le même chemin. Pour les petites brasseries, elles doivent être à l’image même de la bière, ou de ses influences. Les grandes brasseries quant à elles jouent sur les éditions spéciales, le design des bouteilles ou de la canette. La bière 1664 par exemple, avait fait appel à Philippe Starck pour le design d’une de ses bouteilles. Voilà quelques tendances actuelles, et il serait impossible de toutes les décrire. Cependant, toutes les brasseries ne suivent pas forcément dans leur image ce souci d’attraction du « Si là rien ne peut aider, alors la bière et le pain pourront aider. » (proverbe allemand) [ iconograpgie de la bière ] 95 1. 2. 3. 4. 5. 6. ci-dessus: série d’affiches datant des années 90, Tuborg, Kanterbräu et Kronenbourg consommateur et gardent l’image sobre qu’elles avaient toujours eue, comme les bières trappistes par exemple. Ce que nous voulons faire remarquer dans ce chapitre ainsi que par les illustrations des publicités est le fait qu’à l’heure actuelle, on voit une réelle rupture entre l’image que l’on vend et ce qui est réellement. Certaines personnes boivent de la bière sans même savoir ce qu’est le houblon, le malt etc, d’autres sont convaincus que la Leffe est produite dans une abbaye (on retrouve même cette erreur dans des guides touristiques belges), d’autres noyés au milieu de la prolifération des bières dans les supermarchés, sont convaincu que finalement, elles sont toutes pareilles… 1. 2. 3. 4. 5. 6. ci-dessus: série d’affiches pour Heineken, collection Halloween [ iconograpgie de la bière ] 97 1. 2. 3. 1 à 2. série de publicité pour la brasserie Bavaria 3. étiquette de bière de l’abbaye de Westmalle 4. étiquette de la Leffe Brune, brasseries InBev 4. [ iconograpgie de la bière ] 99 1. 3. 2. 1. publicités True Canadian Taste 2. étiquette de bière de la brasserie Caracole 3. étiquette Crianza, brasserie de la Senne [ les différents types de bières ] les bières de fermentation spontanée Pour ce type de bière, le moût n’est pas additionné de levures. Il est ensemencé naturellement au contact de l’air grâce aux ferments sauvages; elle ne peut donc être brassée que durant les mois d’hiver. On dénombre plus d’une centaine de ces ferments naturels. Il s’agit de la plus ancienne manière d’obtenir de la bière. Aujourd’hui, on trouve encore ces bières au sud et à l’ouest de Bruxelles. La région de Bruxelles comprenait encore au début du siècle une centaine de brasserie produisant des lambics, mais la pollution de l’air a fait disparaître une partie des micro-organismes que l’on ne retrouve aujourd’hui plus que dans certaines brasseries qui n’ont jamais cessé leur activité cultivant la fermentation spontanée. D’un goût très spécial, elles font partie d’un autre monde que seules des brasseries comme Cantillon à Bruxelles ont su perpétuer. le lambic Les ferments contenus dans l’air donnent un goût légèrement acide à cette bière, ainsi qu’un bouquet vineux caractéristique. Ils assimilent quasi tous les sucres, ce qui a pour résultat de donner une bière exempte de sucre. Il est composé de 65 % d’orge malté et 35 % de froment non malté. Le lambic est la base pour tout type de gueuze et krieks. Le lambic ne mousse pas, il s’agit d’une bière plate, de par sa fermentation en fût de chêne. le faro Le faro est un lambic jeune additionné de sucre candie. la Gueuze La gueuze est un assemblage de lambic d’âges et de qualités différents. Le mélange de lambic d’âges différents provoque une nouvelle fermentation grâce aux sucres encore non assimilés des jeunes lambics. En général, on utilise des lambics de 1 à 3 ans d’âge. Le renouveau pour les bières de caractère semble faire renaître ce type. la kriek Le mot kriek signifie cerise en bruxellois. La kriek est un lambic dans lequel on a fait macérer des cerises acidulées pendant quelques mois. La région de Schaerbeek était très connue pour ses cerises, qui furent traditionnellement employées pour l’élaboration de la kriek. On utilise en général 50 kg de fruits pour environ 250 litres de lambic. Il arrive aussi d’utiliser de la framboise ou d’autres fruits. Les vraies krieks ne sont fabriquées qu’à partir de lambics. les lambics, gueuzes et krieks industriels Il s’agit d’un nouveau type de bière arrivé sur le marché, qui vient compléter la gamme des alco-pops. Fortement édulcoré, aromatisé parfois avec de vrais fruits, mais généralement avec des essences naturelles ou des arômes de synthèses, ce type s’adresse à un consommateur cherchant la douceur, et non pas l’acidité si particulière. Le genre a tendance à s’agrandir en proposant des bières à la fraise, à l’ananas, aux pommes, à la pêche, et même… au chocolat. Malheureusement ces appellations n’étant pas protégées de manière assez stricte, n’importe quel producteur peut produire une bière fruitée en spoliant ces noms anciens. les bières de fermentation haute Les bières de fermentation haute, à laquelle appartiennent la plupart des bières dites « spéciales », sont fermentées à relativement haute température (vers les 20°C). Les levures hautes remontent à la surface de la bière en fermentation. Elles donnent en général des bières aux arômes plus fruités. trappiste Bière de type ale de fermentation haute, souvent assez forte et refermentée en bouteilles, produite exclusivement dans six abbayes belges et une septième située aux Pays Bas. A noter que plusieurs bières dites d’abbaye ou abdijbieren sont fabriquées sous licence par des brasseries commerciales en Belgique. Dans la gamme des bières Trappistes, il y a une remarquable variété, dont la Triple, de couleur dorée. En Allemagne et en Autriche, les bières klosterbräu et les stiftsbräu n’ont pas de type propre exclusif. On les sert à la température ambiante ou à la température de la cave. Leur teneur en alcool peut varier de 4 à 11,5 %. Kölsch (Cologne) Bière régionale de fermentation haute, caractéristique de la zone CologneBonn, où elle est fabriquée dans une douzaine de brasseries. Sa couleur or pâle est caractéristique. On la sert à la température de la cave et sa teneur en alcool en volume, est à peine inférieure à 4,5%. (Düsseldorfer) Alt Une bière de fermentation haute à teinte cuivrée caractéristique qui est la principale production brassicole de Düsseldorf, Münster, et de quelques autres villes du pays rhénan du Nord et de Westphalie. Une petite-cousine de l’ale britannique, mais d’une saveur moins vineuse. Elle est servie à la température de la cave. Sa teneur en alcool en volume dépasse les 4 %. les bières brunes La plus remarquable des bières brunes foncées est la bière de fermentation haute Provisie d’Oudenaarde, en Belgique, qui a une subtile saveur aigre douce. Le Brown Ale est un type de bière traditionnel en Grande Bretagne ; il en existe des équivalentes de fermentation basse dans plusieurs autres pays, notamment en Belgique et au Pays-Bas. Les bières brunes sont souvent très douces. Il faut les servir à la température ambiante. Ale Terme générique pour les bières de fermentation haute de type anglais. Sa coloration habituelle est cuivrée, quelquefois plus foncée. [ types de bières ] 101 Mild Ale Une bière à la pression caractéristique, répandue dans les Midlands et dans le nord-ouest de l’Angleterre, mais que l’on trouve en plusieurs régions du pays. Souvent brun foncé, avec une saveur de caramel, mais il en existe aussi une version « pale » de couleur cuivrée. Selon les normes britanniques, elle est à peine houblonnée. C’est habituellement la bière la moins chère. Elle se sert à la température ambiante ou à la température de cave. Sa teneur en alcool en volume: varie de 2,5 à 3,5 %. Bitter Ale La boisson nationale de l’Angleterre. Une bière à la pression bien caractérisée, de couleur cuivre, beaucoup plus houblonnée que la plupart des types fabriqués ailleurs. Quelquefois extrêmement amère ; souvent pleine de corps et maltée. Sa carbonatation est remarquablement basse., sa teneur en alcool en volume de 3,5 à 5 %. On la sert à la température ambiante ou à la température de cave. (Burton) Pale Ale Bien que l’on nomme parfois des bières pale ale des bières bitter à la pression, cette appellation est plus couramment utilisée pour l’équivalent en bouteille de cette boisson. Sous sa présentation d’origine, la pale ale de Burton est une classique d’exception. C’est une bière vivante, faiblement acidifiée, avec un mordant de houblon accentué. On la connaît quelquefois aussi sous l’appellation Indian Pale Ale, un nom qui évoque les grands jours du trafic colonial. On emploie le terme light ale pour décrire des bières analogues, mais généralement un peu plus faibles. Dans le cas présent, « light » se rapporte à la teneur en alcool plutôt qu’a la couleur. A Adélaïde, en Australie, on trouve un sparkling ale analogue. La France propose la « bière rousse irlandaise ». Toutes ces bières ont une coloration cuivrée. Au départ, le terme ale avait pour but de distinguer les bières de ce type de la « porter » noire de Londres. Elle se sert à la température ambiante , sa teneur en alcool en volume variable, atteint généralement 5 %. Porter A l’origine, c’est une bière locale de Londres, faite avec de l’orge torréfiée, non maltée, et très fortement houblonnée. Traditionnellement, c’était la bière de tous les jours, la bière ordinaire. Elle se sert à la température ambiante. Ses reproductions actuelles vont d’une teneur en alcool en volume de 5 à 7,5 %. Bitter Stout (Dublin) Le successeur de la porter. Plus forte que l’originale, et d’une densité comparable à celle des imitations récentes de celleci. Elle est de fermentation haute et extrêmement amère. L’exemple célèbre auquel on a identifié le type est la Guinness Extra Stout. Il y a des marques rivales, non seulement en Irlande, mais aussi aux caraïbes et en Afrique occidentale, mais la Guinness est si caractérisée qu’elle est devenue un type à elle seule. C’est à température ambiante que le bitter stout dégage au mieux sa saveur, mais, servi réfrigéré, il peut être remarquablement désaltérant en été. La teneur en alcool en volume varie entre 4.5 et 7 %. Milk Stout Connu aussi sous le nom de sweet stout, qui décrit mieux sa saveur. Un stout anglais légèrement lactique, d’une très faible teneur en alcool, et servi à température ambiante. Russian Stout Un stout extrêmement fort et d’un fruité très individualisé, vendu au départ à Saint-Petersbourg. Elle présente une teneur en alcool en volume de plus de 10,5 %. Scotch Ales Au cours de l’histoire, l’Ecosse a été réputée pour ses bières fortes. Aujourd’hui, le terme Scotch Ale est utilisé de manière plus courante en Belgique et en France que dans ses îles natales. Les Ecossais nomment a wee heavy une bière forte, vivante. Traditionnellement, heavy et light sont les équivalents écossais de bitter et mild. De nos jours, les bières scotch ales ont des teneurs en alcool très variables. Les plus fortes sont celles qui sont vendues en Belgique, elles vont jusqu’à 7 % et plus. Elles se servent à la température ambiante. Steam Beer A la fin du XIXème siècle, de nombreuses brasseries mécanisées ajoutèrent à leur nom le mot steam, mais dans la région de San Francisco cette expression est toujours en vigueur et a une importance particulière. Elle est attachée à un style spécial de fabrication, hybride, entre la fermentation haute et la fermentation basse. Ce procédé fournit une bière qui a une mousse vivante, et lorsqu’on perçait les tonneaux, la pression qui se dégageait était censée être « à la vapeur ». Une brasserie fabrique encore toujours à San Francisco la bière de ce type particulier connue sous le nom de steam beer, qui est bue à la température ambiante. Sa teneur en alcool en volume est de 5 %. Les bières basse de fermentation Les bières de fermentation basse fermentent autour de 5°C et, dans leur version traditionnelle, demandent une garde prolongée de deux à trois mois en donnant des bières aux arômes très fins. Münchener C’est le nom admis internationalement pour une bière de fermentation basse d’un brun foncé, aromatique sans être d’une douceur excessive. Le nom est apparu à la suite de l’expansion de ce type à Münich dans la seconde moitié du XIX ème siècle. Dans sa ville natale, cette bière se désigne sous le vocable de « dunkel » pour la distinguer de l’ « helles », plus courante, et d’une coloration or. Les deux Münchener ont toujours leur saveur maltée caractéristique. Les Münchener foncées se servent à la température de la cave. L’Helles doit être légèrement réfrigérée. La teneur en alcool en volume varie de 4 à 4,75 %. Vienna C’est une bière de fermentation basse de couleur ambrée, d’une densité supérieure à la moyenne. On ne trouve à présent l’appellation « Vienna » qu’occasionnellement, et notamment en Amérique Latine. En Allemagne, en Espagne et dans quelques autres pays (en [ types de bières ] 103 dehors de l’Autriche) on connaît sous le nom de Märzen une bière du type Vienna. Dans sa patrie, le type viennois traditionnel est rappelé par la Spezial. Elle est servie à la température de la cave et sa teneur en alcool en volume est de 5,5 %. Pilsner ou Pilsener Ceci est sans aucun doute le type de bière le plus répandu dans le monde. Au dehors de la Tchéquie et de la Slovaquie, on l’écrit généralement Pilsener, ou on l’abrège en Pils. L’orthographe Pilsner provient de la brasserie d’origine de Pilsen (en tchèque : Plzen), en Bohême. La bière créée là-bas en 1842 est connue en tchèque sous le nom de Plzensky Prazdroj ; en allemand et en anglais on l’appelle ; Pilsner Urquell. Ces appellations signifient « la véritable bière d’origine, la source de toutes les Pilsener ». C’est une bière très légèrement dorée de 12° Balling dont la saveur est caractéristiquement bien houblonnée. On emploie du houblon de Bohème. Les imitations donneront plus à propos, à leur marque de bière, le nom de son lieu d’origine ; la Bitburger Pils par exemple est une version allemande appréciée de ce type. Certaines Pilsener allemandes, et notamment celles qui proviennent du nord du pays ont même un goût plus sec que l’original. Dans d’autres pays, le terme Pilsener est souvent utilisé moins à propos. Elle est servie réfrigérée, mais pas en dessous de 8°C. Sa teneur en alcool en volume varie de 4,5 à 5 %. basse la plus classique fabriquée par une brasserie ; en grande Bretagne et aux Etats-Unis, la plupart des Lagers sont des interprétations locales très libres du type Pilsener. Bock Une bière forte de fermentation basse originaire de Basse Saxe, mais à présent associée plus solidement à Munich. La plupart des Bocks régionaux sont d’un brun sombre, mais l’Allemagne en a plusieurs sortes plus claires. Ce type de bière a des associations saisonnières, au mois de mai (Maibock) et en automne. Son étiquette représente souvent l’image d’une chèvre. Bock signifie bouc, dans plusieurs langues germaniques. La bière ne devrait pas avoir une densité inférieure à 16° Plato. Servie à la température ambiante, ou légèrement réfrigérée, selon le goût, sa teneur en alcool en volume à 6 % au moins. Doppelbock Bière de fermentation basse extrêmement forte, brassée d’abord par des moines italiens en Bavière. On en fabrique au moins deux cents espèces en Allemagne. Il a été convenu que les noms des marques se termineraient en –ator. La densité doit être comprise entre 18 et 28° Plato Elle est servie à la température ambiante, ou légèrement réfrigérée, selon le goût. Sa teneur en alcool en volume va de 7,5 à 13 %. Lager Toutes les bières de fermentation basse sont des lagers. Ceci est un terme générique, cependant on l’applique quelquefois à la bière de fermentation (classification des bières effectuée en regroupant les définitions de Michael Jackson dans Les Bières, Guide mondial ainsi que dans la brochure de présentation de la brasserie Cantillon.) [ les mots de la bière ] (définitions établies à partir des sites de l’abbaye d’Orval, touteslesbières.fr et einbecker. com) abbaye Ce sont des bières qui à l’origine étaient brassées au sein même d’une abbaye. De nos jours, un grand nombre de ces bières sont brassées en dehors de tout contexte religieux par des entreprises commerciales qui exploitent le nom de l’abbaye alcool La teneur en alcool s’exprime généralement en pourcentage (%) d’alcool par volume. À ne pas confondre avec le nombre de degré, ex.: 5°, une autre unité. Plus une bière est dense, plus elle a de chances d’être riche en alcool. C’est en effet la levure qui transforme les sucres fermentescibles en alcool (fermentescibles = qui peuvent fermenter), permettant à la bière d’atteindre son degré final d’alcool par volume. Ale Ce sont des bières de fermentation haute de type anglaises. On retrouve dans cette catégorie des bières de différentes couleurs plus ou moins foncées, les bitter, brown ale, light, mild, pale, old, scotch ale. Alt Terme allemand voulant dire ancien ou traditionnel. Les Altbier sont des bières amères produites selon un procédé de fermentation haute. On peut les comparer à une Ale aux arômes cuivrés, très amers. Elles sont principalement fabriquées à Düsseldorf. On retrouve les marques Schlosser, Diebels ou encore Uerige. Amérisation Opération pour rendre une bière amère Amertume Celle-ci provient du houblon, et en particulier de ses résines. Elle s’évalue en unités d’amertume. Amidon L’orge est composée de 60 à 65% d’amidon. On retrouve aussi dans la bière d’autres ajouts céréaliers comme le riz ou le maïs. L’amidon se transforme en sucres pendant la cuisson dans les cuvesmatières, grâce aux enzymes formées pendant le maltage. Arnould Saint Arnould est le patron des brasseurs. Cette fête est célébrée le 18 juillet. Il vécu entre 580 et 640 après Jésus Christ. Il était Evêque de Metz, précepteur de Dagobert I et finit sa vie comme hermite. Durant l’épidémie de choléra, il recommanda de boire de la bière à la place de l’eau, puis après l’avoir bénie, il brassa une cuve de bière. Aromatisation Il s’agit d’aromatiser le moût avec des houblons fins ou des épices vers la fin de la stérilisation, dans les minutes qui la [ les mots de la bière ] 105 suivent ou même pendant la fermentation ou la période de garde. encore le degré B pour indiquer la force des bières. Arôme C’est une perception olfactive. Les bières présentent souvent un arôme de houblon et de malt, mais aussi des notes fruitées et épicées. Bière de glace (ice beer) Méthode par laquelle on amène la bière à une température permettant à l’eau de geler en cristaux. En retirant ces cristaux, on augmente la densité de la bière, donc son pourcentage d’alcool. Atténuation Les sucres formés par l’amidon se transforment en alcool pendant la fermentation, la densité du moût diminue. Authentic Trappist Product Ce logo certifie que le produit qui le porte respecte les critères définis par l’Association Internationale Trappist : le produit doit être fabriqué au sein d’une abbaye trappiste, le produit doit être fabriqué par ou sous le contrôle des moines et l’essentiel des bénéfices doit être consacré à des oeuvres à caractère social. Bac refroidisseur C’est une grande cuve peu profonde, dans laquelle le moût est transféré après toutes les étapes de brassage. Le moût y séjourne toute la nuit afin d’être inoculé par les micro-organismes de l’air environnant. Au matin le moût est transféré dans des tonneaux de chêne pour la fermentation. Cette procédure est utilisée pour les lambics ainsi que pour plusieurs brunes de Flandres. Balling Scientifique tchèque dont les recherches ont permis d’établir un système pour mesurer la densité de la bière : le saccharimètre. Certains pays utilisent Bitter Bière de type anglo-saxonne qui désigne des bières rousses, descendantes des Pale Ales du XIXème siècle. Blanche La bière blanche est une bière blonde pale et trouble non filtrée, de fermentation haute. Le taux d’alcool est d’environ 5%. Elle est brassée à base d’un tiers de blé, de malt de froment. Elle est souvent aromatisée avec divers ingrédients comme de la coriandre ou un zest d’agrumes. Blonde Il s’agir d’une bière ordinaire, ce terme générique indique une bière de couleur blonde. Bouquet Ce terme écrit l’ensemble des odeurs qui émanent de la bière. Brassage Ce sont les opérations qui permettant de fabriquer le moût : empatter, laver les drèches, porter à ébullition, houblonner. Brasserie Ce terme désigne l’ensemble des activités liées à la fabrication de la bière : - lieu où l’on fabrique la bière - lieu où on en sert, accompagnée d’un service de restauration Brassin Ce terme désigne la cuve où l’on brasse la bière ainsi que son contenu. C’est le nom donné au mélange d’eau et de malt concassé pendant la saccharification dans la cuve-matière. Brune Les brunes sont des bières foncées avec des teintes allant du brun rouge au noir ébène. Cette couleur est due à l’utilisation de malts fortement travaillés (torréfiés). Canette En France, petite bouteille de bière. Au Canada, elle désigne les emballages aluminium. Carbonatation Cette opération consiste en l’ajout de gaz carbonique qui fait mousser la bière conventionnelle. Centrifugeuse La centrifugeuse permet de séparer les éléments solides du moût. Elle est aussi appelée whirlpool. Chaîne d’embouteillage mixte On parle d’une chaîne d’embouteillage mixte lorsque celle-ci permet la mise en bouteilles de deux contenances différentes. Chaudière à moût Aussi appelée chaudière à cuire, ou encore chaudière à houblonnage. Cette cuve sert principalement à stériliser le moût par ébullition. L’ajout de houblon s’effectue ensuite dans cette même cuve. Cistercien Moine appartenant à l’Ordre religieux de Cîteaux (Bourgogne), fondé au XIème siècle et réformé au XIIème par Saint Bernard de Clairvaux. L’Ordre Cistercien obéit à la règle et à la tradition de Saint Benoît de Nursie (VIème siècle). Clarification Action de rendre pur un liquide en éliminant les suspensions étrangères. Cette clarification se fait souvent par centrifugation, mais elle peut se faire aussi par filtration par exemple. Concassage Opération consistant à rendre accessible l’amidon des grains d’orge maltés tout en évitant de détruire leur enveloppe. Le plus souvent effectué dans un laminoir, le concassage précède l’empâtage. Corps Terme employé pour désigner son ampleur en bouche. Cette sensation est procurée par la teneur en sucres non fermentés et en complexes protéiques présents dans la bière. Coupe mousse Couteau servant à écumer la mousse excédentaire formée sur le dessus du verre, dans le service de la bière pression. Cuisson Il s’agit de faire bouillir le moût dans le but de le stériliser. Cuve à tremper Cuve dans laquelle l’orge est mise à tremper. [ les mots de la bière ] 107 Cuve de fermentation Cuve dans laquelle fermentent le moût et la levure. Cuve de garde Cuve de maturation, appelée aussi cuve de stockage. Cuve filtre Cuve à double fond percé de trous servant à séparer le moût et les drêches. Cuve matière Cuve servant à l’empâtage du mélange de malt et d’eau. Degré Voir Alcool. Ancienne mesure exprimant la force de la bière. De nos jours, on utilise plutôt le pourcentage d’alcool par volume. Densimètre Instrument de mesure de la quantité de matières dissoutes dans l’eau. Le densimètre le plus utilisé dans le brassage est le Plato. Nous retrouvons également d’autres modèles: Balling, Baumé, Sike. Le densimètre mesurant le sucre dissous est appelé le saccharimètre. Densité Elle se caractérise par la quantité de sucres non dissous dans la bière. Elle correspond à l’écart mesuré entre la densité du brassin avant fermentation et après celle-ci. On dit d’une bière dense qu’elle procure une sensation de rondeur et un goût généreux et moelleux. Ces bières sont généralement assez fortes en alcool et peu amères. Dessiccation Chauffage lent et léger permettant de stopper la germination durant le maltage. Dextrines Ce sont des résidus d’amidon qui ne peuvent être fermentés par les levures. Elles jouent un rôle important dans la rondeur de la bière. Diastases Ce sont des enzymes qui transforment l’amidon en sucre fermentescible par les levures à condition de maintenir le mélange d’extraits de malt et de céréales à des températures bien précises. Drêche Résidu de l’orge, après soutirage et filtration du moût. La drêche est utilisée pour l’alimentation du bétail. EBC Le degré EBC est une unité de torréfaction. Echangeur à plaques Appareil permettant de refroidir le moût après la cuisson. De l’eau froide circule dans les tuyaux en une direction, des tuyaux intercalés font circuler le moût bouillant. Ce système refroidit le moût et réchauffe l’eau. Aussi nommé échangeur de chaleur ou refroidisseur. Ecumage C’est le mélange d’eau chaude et de malt. Le produit de l’empâtage est appelé «maïsche». La saccharification peut commencer (transformation de l’amidon en sucres utilisables par les levures). Les maîtres brasseurs alsaciens préfèrent dire «maïsche» à empâtage. Effervescence Elle est provoquée par la libération du gaz carbonique renfermé dans la bière. On la mesure en gramme par litre. La quantité de CO2 dissous dans la bière varie de 1g/litre pour les Real ale à 7,5g/litre pour les bières à effervescence champagnisée. Egermer Opération qui consiste à retirer le grain d’orge de l’épi. Empâtage Opération consistant à agiter la mouture de malt additionnée d’eau chaude pour former la maische et au cours de laquelle l’amidon commence à subir l’action des enzymes du malt. Enfûtage Voir soutirage, action de mettre en fût la bière. Enzymes Les enzymes se développent lors du maltage et seront utilisées au brassage. Les enzymes produites sont l’alpha amylase, la bêta amylase et la protéinase. Les 2 amylases servent à scinder l’amidon, la protéinase à scinder les protéines. Epices Aromates naturels ajoutés à la bière pour en modifier le goût. Très courant dans les bières belges. Empâtage Il s’agit de la première étape de la fabrication de la bière qui consiste à mélanger, dans la cuve d’empâtage, les diverses matières premières à savoir l’eau, le malt (orge germée et séchée) et parfois le froment. Pour que l’amidon du grain se transforme en sucres fermentescibles, cette masse liquide est chauffée en respectant certains paliers de température. Escourgeon Orge d’hiver dont les grains sont disposés sur six rangs. Estaminet Café typique des Flandres, où l’on peut manger des planches tout en dégustant une bonne bière. On trouve souvent aussi des jeux typiques en bois. Esters Arômes très volatiles se formant au début de la fermentation lorsque la température est élevée. Les esters apportent à la bière son arôme épicé ou fruité Etoile des brasseurs L’étoile des brasseurs est apparue au XVIIIème siècle et est devenue peu à peu le symbole de la bière. Elle est généralement présente au-dessus de la cuve à brasser (cuve-matière). Son sens alchimique regroupe les quatre éléments qui sont également présents dans le brassage: la terre qui fournit les matières premières; l’eau pour le maltage et la saccharification; l’air pour la germination et la fermentation et, finalement le feu pour le touraillage, la saccharification et la cuisson. La réunion de tous ces éléments est symbolisée à la perfection par l’étoile. Le symbole est aussi nommé bouclier de David, double étoile, noeud gordien ou sceau de Salomon. [ les mots de la bière ] 109 Faro Le Faro est un lambic très légèrement édulcorée avec du sucre blanc et coupée avec de l’eau pour atténuer la teneur en alcool. Autrefois, le Faro désignait un mélange de Gueuze lambic avec de la bière de mars. Fermentation L’ensemencement du moût par la levure va permettre la transformation des sucres fermentescibles (sucres simples) en alcool et en gaz carbonique. C’est la transformation des sucres en alcool et en gaz carbonique, sous l’effet des levures et des bactéries. On parlera de fermentation basse pour une fermentation à basse température (de 6 à 14°C). A la fin de la fermentation, la levure se dépose au fond de la cuve de fermentation. Les pils sont des bières de basse fermentation. On parlera de fermentation haute pour une fermentation à une température entre 18 et 32°C. En cours de fermentation, la levure remonte à la surface de la bière fermentée. La plupart des bières spéciales sont du type fermentation haute. La fermentation principale correspond à la fermentation de la bière en cuve de fermentation. Celle-ci commence à l’introduction de la levure. La fermentation secondaire correspond à la fermentation qui se produit durant la phase de maturation de la bière en cuve de stockage, vers 0°C. Cette phase dure deux à huit semaines. La fermentation spontanée se dit d’une fermentation obtenue sans l’utilisation de levures de culture. La fermentation est obtenue par des micro-organismes présents naturellement dans l’atmosphère. Les Gueuzes sont des bières de fermentation spontanées. Fermentation basse On parle de fermentation basse quand celle-ci se déroule à basse température (de 6 à 14°C). Lorsque la fermentation est achevée, la levure se dépose aμu fond des cuves de fermentation. Les «pils» sont des bières de basse fermentation. Fermentation haute On parle de fermentation haute quand celle-ci se déroule à une température se situant entre 18 et 32°C. En cours de fermentation, la levure remonte à la surface de la bière fermentée. La plupart des bières spéciales sont du type «fermentation haute». Fermentescibilité On parle de la fermentescibilité du sucre, il s’agit d’une caractéristique du sucre pouvant être fermenté. Filtration Elle permet la séparation des matières solides du liquide. Elle peut intervenir à différents stades de la fabrication de la bière, pour séparer le moût de la drêche, les résidus de houblon du moût après la cuisson, mais aussi après la maturation en cuve de stockage. Filtre à kieselguhr Filtre qui utilise des micro-algues fossilisées. C’est un filtre efficace avant l’embouteillage de la bière de part sa très petite taille. Filtre presse C’est un filtre employé dans certaines brasseries pour séparer le moût et les drêches. Une alternative à la cuve à filtre. Floculation Certaines levures ont une caractéristique particulière, la floculation. Celles-ci se regroupent par amas et se déposent au fond de la cuve à la fin de la fermentation. La floculation correspond aux impuretés du moût. Foudre C’est un tonneau de grande capacité de 50 à 300 hl. Fût Le fût de bière est un baril en aluminium de 20 à 60 litres, le fût permet le service de bières pressions. Gambrinus Gambrinus est un personnage connu dans toute l’Europe, il apparaît à partir du XVIème siècle aux Pays Bas et en Belgique. L’origine de ce roi légendaire reste obscure : pour certains, il s’agirait de Jean Primus Prince Bourguignon du XIIIème siècle pour d’autres, ce serait Jean sans peur qui introduisit l’usage du houblon dans le brassage de la bière. Garde (bière de) Ce terme désigne une bière qui subit une fermentation secondaire prolongée, durant laquelle sucres et levures continuent de travailler. Les bières de Garde sont des bières de traditions que l’on retrouve dans le Nord de la France. Gay-Lussac Louis-Joseph Gay-Lussac est un scientifique français qui a mit au point un alcoomètre en 1824 qui permet la mesure de la teneur en alcool en °GL. Il a aussi établit une formule chimique de la fermentation. Gaz carbonique Le gaz carbonique est produit pendant la fermentation de la bière. Lorsque l’on sert une bière, la différence de pression entre la bière et l’air favorise la libération des gaz, celle-ci provoquant la mousse. Généreux On parle d’un goût généreux pour une bière qui donne une sensation durable (longue en bouche) après une gorgée. Germination Transformation de l’orge en malt. Goût tannique Bière donnant l’impression d’être sèche en bouche. Cette caractéristique se retrouve dans des bières très amères. Gourmet Verre-calice de dégustation de Chimay d’une contenance de 18 cl Gruyt Le gruyt était un mélange d’épices fréquemment utilisé au moyen âge pour aromatiser la bière. Il a aujourd’hui disparu avec l’avènement du houblon. Gueuze La véritable gueuze, spécifiquement belge, de la région de Bruxelles, résulte d’une fermentation spontanée (les levures proviennent de l’air ambiant et ne sont pas ajoutées par le brasseur, elles sont du type Brettanomyces brusselensis et Brettanomyces Lambicus, et ne se trouvent, à l’état sauvage, que dans la vallée de la Senne, autour de Bruxelles). Provenant d’un mélange de lambics (produit de base) d’âges différents (1, 2 et 3 ans pour les bonnes gueuzes), c’est [ les mots de la bière ] 111 une bière très difficile à faire, sensible aux conditions atmosphériques, longue à préparer, et qui s’accommode mal des exigences actuelles de rentabilité. C’est pourquoi, en Belgique même, certains brasseurs de gueuzes n’hésitent pas à couper leurs produits avec de la bière de fermentation haute, à y ajouter du sucre, les filtrer, les pasteuriser... pour répondre, disent-ils, aux exigences du public et aux contraintes économiques. Houblon Plante vivace grimpante à tige volubile dont les fleurs femelles servent à aromatiser la bière. Elles sont ajoutées au brassin en plusieurs étapes à partir du début de l’échauffement. Le houblon confère à la bière son amertume et a également un pouvoir antiseptique. Houblonnage Opération qui consiste à ajouter le houblon au moût pour obtenir l’amertume et les arômes spécifiques de la bière. On parle de houblonnage tardif quand le houblon est ajouté pendant la conservation en cuve de la bière ou sa maturation en fûts. Le but recherché est de renforcer l’arôme du brassin : son amertume reste inchangée par un houblonnage tardif. I.B.U. International Bitterness Units : système de mesure de l’amertume de la bière utilisé par tous les maîtres brasseurs du monde. Il quantifie en parties par million les acides alpha. Imperial Stout Stout au degré d’alcool élevé. Infection (de la bière) Apparition durant l’élaboration de la bière d’une fermentation anormale généralement due à la présence de bactéries. L’infection de la bière peut surgir à n’importe quel niveau de la chaîne de préparation à partir de la cuisson du moût. Elle altère le goût en dégageant une saveur acide. On parle aussi de bière sauvage ou de bière ayant tourné. Infusion Procédé de brassage qui consiste à élever de façon constante de la température du brassin pour transformer l’amidon en sucres. On distingue l’infusion à palier unique lors de l’empâtage de l’infusion à paliers multiples qui est pratiquée pendant la dégradation de l’amidon en sucres fermentescibles. Kriek Les Kriek sont des bières résultant d’un mélange de gueuze lambic et de cerises. Ces dernières ont macéré pendant plusieurs mois dans la gueuze, elle a lieu à la fin du mois de juillet et ce jusqu’à Noël. Aujourd’hui on trouve toute sortes de mélanges à base de cassis, framboise, pêche, fraise, raisin, banane, mirabelle... Kräusen Cette technique consiste à ajouter du moût dans une bière mature et conditionnée. Elle permet la saturation de la bière en gaz carbonique pour lui donner une pétillance bien prononcée. La bière subit une seconde fermentation. La Trappe Ville dans l’Orne (Normandie) où l’Abbé Armand de Rancé introduisit dans son monastère au XVIIème siècle une réforme célèbre fondant l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance. Lager Nom commun donné aux bières de fermentation basse. Ce sont les bières les plus répandues au monde et comprennent notamment les pils. Le terme Lager provient de l’allemand qui veut dire stocker. Lambic Bière belge de fermentation spontanée fabriquée à partir de moût sucré. Elle bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée. Elle doit être composé de 70 % de malt, 30 % de froment non malté et du houblon suranné, le malt pouvant être d’orge ou d’escourgeon. Le moût doit titrer au moins 5° avec une tolérance de 5 %. Les ferments nécessaires à sa maturation sont prélevés naturellement dans l’air ambiant dans la région de Bruxelles et de la vallée de la Senne. Levure Ce sont des champignons qui produisent la fermentation. Ils utilisent les sucres dérivés de l’amidon pour se développer. Elle permet l’obtention d’alcool et de gaz carbonique. Les levures appartiennent principalement aux espèces Saccharomyces cerevisiae et Saccharomyces Uvarum mais la plupart des brasseries possèdent leurs propres souches. Lie La lie est un dépôt qui se forme dans la bouteille de bière, il s’agit de levure servant à une refermentation en bouteille. Liqueur de malt Bière commune dont le degré d’alcool se situe entre 5 et 6%. Lupuline Graines qui contiennent les principes aromatiques du houblon. Maïsche Il s’agit du brassin, appelé aussi salade ou trempe. C’est un mélange de malt et d’eau de la cuve-matière lors du brassage Malt Orge partiellement germée de façon contrôlée, puis séchée. Dans la fabrication de la bière, le but étant de libérer les granules d’amidon (sucre complexe) du grain et les enzymes qui vont les transformer en sucres simples lors du brassage. Le malt en fin de la germination et appelé malt vert. Maltage C’est l’opération qui consiste à transformer l’orge en malt en la faisant germer. Manomètre Il est utilisé pour mesurer la pression à l’intérieur de la cuve. Mars (bière de) En Allemagne, la bière de mars est brassée en mars pour être servie l’été. En Belgique, il s’agit d’une bière intervenant dans la composition du faro. En France, la bière de mars désigne à la fois un brassin d’octobre servi en mars et la bière produite au cours du mois de mars, pour l’été. [ les mots de la bière ] 113 Mild La Mild est le type de bière le plus ancien. C’est une bière britannique de couleur marron. Elle est à l’origine des premières Porters. Colorée par la puissance d’un malt grillé au feu de bois, la Mild est peu houblonnée. Malterie Il s’agit du lieu où est produit et entreposé le malt. Millésimé Une bière (ou un vin) millésimée porte les chiffres qui indiquent la date, l’année de sa production. Moelleuse Se dit d’une bière généreuse, qui reste en bouche. On sent la texture de la bière qui ne coule pas tout de suite dans le gosier, dégageant ainsi la douceur de son arôme. Moût Liquide issu de la filtration du mélange malt/eau/céréales après chauffage. Le moût s’appelle bière seulement après fermentation. N.T.U. Nephelos Turbidity Units : unité de mesure donnant le niveau du trouble de la bière. Plus cet indice est élevé, moins la bière est limpide. Pour le déterminer, il faut utiliser un néphélinomètre. Une autre unité de mesure de la limpidité est la FTU pour Formazin Turbidity Units. Néphélinomètre Instrument de mesure du trouble dans les liquides. Nez de fleur L’utilisation de houblons aromatiques confère un bouquet vert, fleuri, à la bière. Orge Céréale de la famille des Graminées qui constitue la base du brassage. Les maîtres brasseurs utilisent par tradition des espèces à 2 ou à 6 rangs, Hordeum disticum et Hordeum hexasticum. Oude Bruin Bière de fermentation haute, de couleur bourgogne-brune, à l’arôme et au goût aigre-doux. Un des types de bières les plus surprenantes, pouvant se révéler très rafraîchissantes. Représentées typiquement par la Rodenbach, Vichtenaar, Oud Piro, Zulte, Petrus... Oude Bruin signifie vieille brune en Néerlandais. Oxygénation On oxygène le moût au moment du refroidissement pour favoriser l’action de la levure pendant la fermentation aérobique. Pale Ale Bière ambrée, bien houblonnée de la famille Ale. Parachute Instrument métallique utilisé en GrandeBretagne pour écumer la levure sur le dessus des fermenteurs. Pasteurisation On procède à la pasteurisation de la bière pour la stériliser. En la soumettant à une température de 140°C pendant 15 minutes. La pasteurisation est généralement effectuée juste avant le conditionnement. Pelletage Il apporte du dioxygène, élimine le dioxyde de carbone et refroidit les couches lors du maltage. Pils Les Pils, Pilsner, Pilsener sont des lager pales. Cette bière blonde trouve son origine dans la brasserie de Pilsen en République tchèque. L’eau pauvre en sels minéraux donne à la bière une douceur inégalée et permet de la houblonner très fortement avec du houblon de Saaz, considéré comme le plus fin au monde. Le terme pilsener est le seul autorisé pour toute bière brassée hors de Pilsen, mais suivant le mode de fabrication de la bière de Pilsen. Porter Bière brune noire peu houblonnée élaborée à partir de malt grillé. Principalement issue de la fermentation haute comme les Ales, la Porter peut aussi résulter d’une fermentation à froid. Premier bouillon Moût issu de la première filtration sur drêches, avant que le rinçage ne s’amorce. Pub Ce sont les bars de Grande Bretagne, une abréviation signifiant Public House (maison publique). L’origine du mot provient du fait qu’au moyen âge, le salon du brasseur accueillait les personnes souhaitant boire l’ale de l’endroit. Refermentation en bouteille Immédiatement avant le soutirage, une seconde dose de levure et de sucre est mélangée à la bière filtrée. C’est le début de la deuxième fermentation qui va s’opérer dans la bouteille pendant trois semaines. Refroidissement Après la cuisson du moût, celui-ci est refroidi pour que l’inoculation des levures s’effectue à une température où elles sont opérationnelles. Le but de l’opération est de commencer rapidement la phase de fermentation. Rinçage Séparation du liquide sucré des drêches après la cuisson du moût. De l’eau chauffée à 70°C rince les débris de malt : on parle également de lavage des drêches. Ronde Une bière ronde a un goût qui reste en bouche. Saccharose C’est un diholoside formé d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose. Salle de brassage C’est la salle principale pour les opérations de brassage (saccharification et cuisson). Sceau de Salomon On l’appelle aussi l’Etoile des brasseurs. Son origine se trouve au XVIIIème siècle. Son sens alchimique montre la fusion des 4 éléments qui se retrouvent lors du brassage de la bière : l’eau, l’orge et le houblon pour la terre, les levures pour [ les mots de la bière ] 115 l’air et la cuisson pour le feu. Serpentin de refroidissement Tuyauterie installée dans les cuves de fermentation, habituellement les cuves traditionnelles ouvertes, dans lesquelles de l’eau glacée circule afin de contrôler la température de fermentation. Sous-bock Carré en carton destiné à poser le verre de bière pour protéger la table de l’humidité ou des suintements du verre de bière. Il sert également de support publicitaire pour les différentes marques de bière et est devenu l’objet de passion de plusieurs collectionneurs. Soutirage Action de transvaser doucement la bière d’un récipient dans les bouteilles. Stout Bière de fermentation haute brassée avec de l’orge torréfiée (et non maltée), de couleur noire, à la saveur légèrement caramélisée et grillée, fortement houblonnée. Il existe 3 type de stouts : le Bitter Stout (sec, amer, environ 4.5% vol. d’alcool), le Milk Stout (plus sucré, contenant des lactoses), le Russian Stout (également appelé Barley Wine, très fort en alcool (10% vol.), sucré). L’exemple typique du bitter stout est la Guinness, qui existe dans des versions très différentes (version belge : 7%, caramélisée, version française : goût de fumé, piquante, version Irlandaise ‘Draught’ (pression, mais en bouteille, livré avec une seringue qui permet d’obtenir une vraie crème, en réinjectant de la bière dans le verre, vendu seulement en Irlande et peut-être GB), sa mousse (à la pression ou en version bouteille ‘draught’) est très stable et très crémeuse (aspect de fromage blanc 0%), son goût est d’une amertume puissante, sa saveur est sèche. Citons l’irlandaise Murphy’s, également remarquable à la pression. Sucres fermentescibles Sucres pouvant participer fermentation. à la Tanin Le houblon contient du tanin qui, lors de l’ébullition du moût, se combine aux protéines et aux matières azotées. La coagulation de ces substances est nécessaire à l’obtention d’une bière limpide. De plus, le tanin qui reste dans la bière contribue à lui donner une légère astringence. Tannique Voir goût tannique, sec en bouche. Tégestophile Collectionneur d’objets ayant un rapport avec le monde de la bière. capsules, étiquettes, sous-bocks, verres, bouteilles, anciennes plaques émaillées, coupemousses, affiches, objets insolites… Tonnellerie Lieu où l’on fabrique les tonneaux. Torréfaction Cette opération consiste à griller les grains de malt pour leur donner une saveur et une couleur particulière à la bière. Touraillage Consiste à faire chauffer le malt vert afin d’arrêter la germination et de l’assécher. Touraille Tour surmontée de cheminées d’aération servant au touraillage. Touraillon C’est le lieu où se déroule le touraillage ; il est relié à la malterie. Le bâtiment a la forme d’une tour. Trappiste Moine cistercien observant la règle réformée de La Trappe instituée en 1661 par l’abbé Rancé. Le logo Trappist présent sur certaines bières certifie que le produit qui le porte respecte les critères définis par l’association internationale Trappist : le produit doit être fabriqué au sein d’une Abbaye trappiste, le produit doit être fabriqué par ou sous le contrôle des moines, l’essentiel des bénéfices doit être consacré à des œuvres à caractère social. Il existe 7 bières Trappistes : Chimay, Orval, Rochefort, Westmalle, Westvleteren, Abbaye Saint Benoît d’Achel, Koninghoeven (La Trappe). Les 6 premières sont situées en Belgique, la 7ème en Hollande. A ne pas confondre avec les bières d’abbaye. Trempage Le trempage consiste à humecter le grain d’orge avec de l’eau pendant environ quarante heures afin de provoquer la germination. Triple Bière Belge renfermant en bouteille. Union de Burton Procédé de fermentation traditionnel composé de grands fûts de chêne reliés par des tuyaux. Obsolète aujourd’hui, une seule brasserie anglaise – Marston, située à Burton-upon-Trent - emploie encore cette méthode au titre du respect des traditions. Vaisseau de clarification Cuve où se déroule la filtration du moût pour le rendre plus limpide. Généralement, l’enveloppe du malt vient se déposer dans des fentes situées au fond de la cuve pour constituer un filtre naturel. Yorkshire Square Le carré du Yorkshire est un type de cuve pour la fermentation ouverte originaire du nord de l’Angleterre. Elle doit son nom à sa forme carrée même si les derniers modèles sont plutôt circulaires. Zythum, Zython Nom de l’illustre égyptienne. bière ancestrale [ les mots de la bière ] 117 [bibliographie ] ANDRIEUX Jean-Yves, Le patrimoine industriel, collection Que sais-je?, Presses Universitaires de France, Paris 1992 BAUMANN Walter, Brauen, Keltern und Brennen im alten Zürich, Verlag Neue Zürcher Zeitung, Zürich, 1996 BLARINGHEM Louis, La bière, orges et houblons, université de Paris, 1949 BOUIX M., LEVEAU J.Y., rôle des micro-organismes dans la flaveur des aliments: 1. les boissons fermentées (bière, vin, cidre), Chaire de micro-biologie appliquée et des industries microbiennes, Douai, 1977 BOULLANGER E., Brasserie, librairie J.-B. Baillière et Fils, Paris, 1907 BOULLAGER E., Malterie, brasserie, librairie J.-B. Baillière et Fils, Paris, 1884 BOURGEOIS Claude, La bière et la brasserie, collection Que sais-je?, PUF, Paris, 1998 BURDESE Jean-Claude, ENGRAND Gérard, L’analyse de l’architecture industrielle, Institut universitaire d’architecture et d’urbanisme, unité pédagogique d’architecture de Lille, Lille, 1977 BUREN Raymond, Gueuze, Faro et Kriek, éditions Glénat, Bruxelles, 1992 BUREN Raymond, Trappistes et bières d’abbayes, éditions Glénat, Bruxelles, 1990 COLIN J.-C., La bière racontée par la carte postale, Presses universitaires de Nancy, Nancy, 1993 DE CLERCK, Cours de brasserie (2 volumes), Louvain, Linthaut, 1948 D’EER Mario, Bière philosophale, éditions Trécarré, Québec, 2001 D’EER Mario, Le guide de la bière, éditions Trécarré, Québec, 2004 DELERM Philippe, La première gorgée de bière, et autres plaisirs minuscules, éditions Gallimard, 1997 DEULIN Charles, Contes d’un buveur de bière, éditions Blondel, Odomez, 1976 ESCHENBACH Rolf, Gasthausbrauereien, Getränke-Fachverlag, Nürnberg, 1993 FERRIER Jacques, Usines, tomes 1 & 2, éditions du Moniteur, Paris, 1987 FOURNIER Dominique, D’ONOFRIO Salvatore (sous la direction de), Le ferment divin, Editions de la Maison des sciences de l’Homme, Paris, 1991 FRÖHLICH Martin, das Feldschlösschen in Rheinfelden, schweizerischen Kunstführer, Basel, 1980 GIRARD Sylvie, Guide de la bière et de ses à-côtés, éditions Temps Actuels, Paris 1983 GUINGAMP Pierre, Histoires de bière, éditions l’Harmattan, Paris, 2002 GRAND-CARTERET John, Raphaël et Gambrinus, ou l’Art dans la brasserie, éditions Champion et Slatkine, Paris et Genève, 1984 HELL Bertrand, L’Homme et la Bière, éditions Jean-Pierre Gyss, Rosheim, 1982 HUERLIMANN Martin, 150 Jahre Hürlimann Bier 1836-1986, Brauerei Hürlimann. 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Decq., Bruxelles, 1851 Un Défi Permanent, brasserie du Cardinal 1788-1988, Fribourg, 1988 Revues «Usines et industries», revue bimestrielle n°71, juin 1985 Le Soir, Hors-Série, « Bière, Amour et Fantaisie », Bruxelles, 2007 [ bibliographie ] 121 Sites internet www.touteslesbieres.fr www.ocso.org www.orval.be www.einbecker.com [ sources iconographiques ] [ introduction ] p. 8 chanson autour de la bière illustrée par l’imagerie d’Epinal source: STÄUBLE TERCIER, Ferments en folie [ histoire ] p. 10 1. Monument Blau, Sumer, époque prédynastique, 3000 à 2800 avant J.-C. Offrande de bière source : URION Edmond, EYER, Frédéric, La Bière, art et Tradition 2. Monument Blau, Sumer, époque prédynastique, 3000 à 2800 avant J.-C. Offrande de bière à la déesse Nin-Harra, source : URION Edmond 3. Pierre levée de l’époque du roi Melishipak II de Mésopotamie, fin du 2ème millénaire avant J.-C. A la troisième section, tout à fait à gauche, on reconnaît le fer de houe triangulaire, emblême du dieu Mardouk, patron des brasseurs babyloniens. source : URION Edmond 4. Festin du roi syrien Sargon II (721-705 avant J.-C) dans son palais de Chorsabad. source : URION Edmond 5. Le roi Assurnasirpal II (883-853 avant J.-C) en tenue d’apparat pour les fêtes de Nouvel An, tenant en main une coupe de bière source : URION Edmond 6. Hanap en or trouvé à Ecbatane (Téhéran). Civilisation des Achéménides (Vème siècle avant J.-C.), source : URION Edmond, EYER, Frédéric, La Bière, art et Tradition 7. Cruche étrusque en argile polychrome, (5ème siècle avant J.-C) source : URION Edmond p. 12 1. Récolte des céréales et labours, Nouvel Empire, peinture sur limon, fragment de la décoration de la tombe du scribe comptable des grains source : LEMOINE Serge, MARCHAND Bernard, Les peintres et la bière 2. Reine versant de la bière au roi, bas-relief égyptien, 2ème millénaire avant J.-C. source : URION Edmond 3. Nefer-Her-Ptah, le préposé des brasseurs. Statuette en calcaire polychrome Sakkara, Egypte, 5ème dynastie (2563-2423 avant J.-C) source : URION Edmond 4. Brasseur égyptien brassant la maische, statuette en calcaire polychrome (environ 2400 avant J.-C) source : URION Edmond p. 16 1. la partie de cartes, K. Gebhardt (1860-1917), Munich source : URION Edmond 2. le goûter, Edouard Grützner (1846-1925) source : URION Edmond 3. détail d’un dessin schématisé du plan du Couvent de Saint Gall vers 820, d’après Hans Reinhardt, le Sankt-Galler Klosterplan. source : URION Edmond p. 20 1. la rue de la bière, 1751, William Hogarth, gravure sur cuivre source : LEMOINE Serge 2. une brasserie du XVIIIème siècle, gravure sur cuivre de E. Eichel, 1779 source : HELL Bertrand, L’homme et la bière p. 24 illustrations de différents appareils de brasserie du début du 20ème siècle source : E. BOULLANGER, Brasserie, industries de fermentation p. 26 la brasserie de Champigneulles en Lorraine au début du 20ème siècle, fierté de la région source : COLIN J.-C., La bière racontée par la carte postale [ ad cervisiam faciendam ] p. 28 les différentes phases de travail de brasserie, d’après l’imagerie d’Epinal source : HELL Bertrand p. 30 1.Speculum Virginium, récolte de céréales, vers 1190, enluminure sur parchemin, Rhénanie source : LEMOINE Serge 2-3. Granges Heures d’Anne de Bretagne : l’Orge (folio 184) et le Houblon (folio (94), Jean Bourdichon, 1508, détrempe sur parchemin source : LEMOINE Serge [ sources iconograpgiques ] 123 p. 34 1. récolte de houblon en Alsace source : HELL Bertrand 2. la cueillette du houblon, Tompkins H. Matteson, 1863, huile sur toile source : LEMOINE Serge 3. La Moisson, 1565, Pieter Bruegel l’Ancien, huile sur bois source : LEMOINE Serge p. 38 illustration tirée des Maîtres de l’Orge, tome 1, Charles 1854, de Van Hamme et Vallès p. 40 illustration des différentes étapes de la fabrication de la bière source : heineken.com p. 42 1. remplisseuse de fûts à la brasserie Hürlimann source : HUERLIMANN Martin, 150 Jahre Hürlimann Bier 1836-1986 2. salle de garde chez Hürlimann source : HUERLIMANN Martin 3. filtres à la brasserie Het Anker sources personnelles 4. mise en place des cuves cilyndro-coniques à la brasserie Hürlimann source : HUERLIMANN Martin 5. salle de brassage chez Het Anker à Mechelen, sources personnelles 6. brasserie Val Dieu, sources personnelles [ croyances et traditions ] p. 44 1. moine brasseur, 1388, Chronique de Konrad Mendel, enluminure sur parchemin source : LEMOINE Serge 2. un brasseur, Martin Engelbrecht (Augsbourg 1684-1756), gravure sur cuivre source : LEMOINE Serge 3. étiquette de bière utilisant l’étoile du brasseur, allié au bock, autre image importante de la bière source : HELL Bertrand p. 46 le brasseur en tant qu’alchimiste vu par Heineken source : COLIN J.C., La bière racontée par la carte postale p. 50 illustration tirée des Maîtres de l’Orge, tome 1, Charles 1854, de Van Hamme et Vallès p. 52 1. quantités comparées d’alcool, Anonyme, imprimerie L. Weill-Lang, Paris, sans date source : VOLUER Philippe, deux siècles d’affiches de la bière 2. teneur en alcool, Anonyme, imprimerie L. Weill-Lang, Paris, sans date source : VOLUER Philippe 3. carte postale, collection D. Menessier source : COLIN J.C. 4. illustration de la brasserie de Bâle, Suisse source : COLIN J.C. p. 55 1. publicité allemande pour les qualités digestives, nutritives et curatives de la bière source : COLIN J.C. 2. affiche La Bière est Nourrissante, illustrateur : Tamagno, imprimeur : Isidore Lang et Cie, Paris, non datée source : VOLUER Philippe p. 58 étiquette de la bière Calvinus, brassée par les Frères Papinot à Genève, sources personnelles [ métier, corporations et protecteurs] p. 61 Officiers et sous-officiers de la confrérie des brasseurs de Haarlem, 1639, Frans Als, huile sur toile source : LEMOINE Serge p. 62 1. Saint Arnould, patron des brasseurs, vers 1840-1851, gravure sur bois coloriée au pochoir, Dembourg et Gangel source : LEMOINE Serge 2. affiche pour la Bière de Saint-Nicolas, illustrateur : Alban Gaillard, imprimeur : Arts graphiques, Nancy, non datée source : VOLUER Philippe p. 64 1. statue en bois polychrome du 17ème siècle, Allemagne source : HELL Bertrand 2.affiche de la Grande Brasserie et malterie Gouverneur et Veith (Reims), anonyme, sans imprimeur, date antérieure à 1890 source : VOLUER Philippe 3.affiche des Bières du Fort-Carré représentant Gambrinus, illustrateur : Leonetto capiello, imprimerie : Vercasson et Cie, Paris, environ 1912 source : VOLUER Philippe [ sources iconograpgiques ] 125 [ bière, boisson sociale ] p. 66 1. ancienne photo représentant les jeunes Zophingiens de Vaud, environ début 20ème siècle source : www.zophingue.ch 2. soirée bière / jacuzzi, source : internet p. 68 1-2. anciennes photos, source : HELL Bertrand 3-5. photos, source internet 4. « après l’enterrement », employés des pompes funèbres dégustant la bière blanche de Berlin, tableau de Philippe Franck (1860-1944) source : URION Edmond p. 70 1. « Chez le Père Romeu », 1898, Pablo Picasso, source : URION Edmond 2. illustration pour « L’Ami Fritz », éditions de « La vie en Alsace », Louis Philippe Kamm source : URION Edmond 3. étiquette de bière canadienne associant bière et tabac, source : URION Edmond p. 72 1. Le Joueur de violon, 1673, Adriaen van Ostade, huile sur panneau, 45 x 42 cm source : LEMOINE Serge 2. Danse de paysans, 1568, Pieter Bruegel l’Ancien, huile sur bois, 114x164 cm source : LEMOINE Serge p. 73 1. Vie de camp, bois gravé de Schoeffer, Mayence, 1523 source : URION Edmond 2. Bière et bonne humeur, Daniel Hopfer (1470-1536) source : URION Edmond 3. La Marseillaire, dessin de Louis Schützenberger (Strasbourg 1825-1903) source : URION Edmond [ dégustation ] p. 74 1. chopes de mariage, bavière 19ème siècle 2. tonnelet en porcelaine de Meissen, 1730 3. figurines anglaises de la première moitié du 19ème siècle 4. chopes en argent plaqué or, à gauche : Hambourg 1670, à droite : Lübeck 1640 5. chope en grès représentant un ours, ornement en étain, 17ème siècle, Allemagne 6. chope en verre de la brasserie Forst, environ 1940 7. corne à boire sertie d’argent, Flensburg, 15ème-16ème siècles 8. grès de Siegburg, de gauche à droite : avec couvercle en étain 1559, couvercle en argent 1597, couvercle et ornements laiton plaqué or, 1742 9. chopes en étain, de gauche à droite : Augbourg 1641, Schleswig 1648, Bergedorf 1674 10. différents verres décorés source : URION Edmond 11. Affiche de la brasserie Guiness, source : COLIN J.C. p. 78 les différents gestes pour servir une bière chez BFM, sources personnelles p. 85 verre de dégustation Bruxellensis 07, sources personnelles [ iconographie de la bière ] p. 86 1. Nature morte au poisson, 1656, Pieter Claesz, huile sur bois, 36x49 cm 2. Bière et raifort, 1898. Albert Anker, huile sur toile, 33x52 cm 3. Nature morte au crabe, 1644, Pieter Claesz, huile sur bois, 47x63 cm source : LEMOINE Serge p. 88 1. Nature morte à la chope, 1921, Fernand Léger, huile sur toile, 92.1x60 cm 2. Bouteille de Bass, verre à pied, paquet de tabac et carte de visite, 1914, Pablo Picasso, papier collé et crayon sur papier, 24x30.5 cm 3. Le chasseur blessé, 1942, Kurt Schwitters, collage, 20.3x26 cm source : LEMOINE Serge p. 90 1. affiche pour la bière Barial, anonyme, imprimerie Coupard, Paris, sans date 2. affiche Bonne Bière de Mars, brasserie inconnue, marque générique, époque directoire, date estimée à 1797, imprimerie J. Chéreau, Paris 3. affiche Bière de Mars, brasserie inconnue, marque générique, imprimerie Pellerin à Epinal, environ 1810 source : VOLUER Philippe p. 92 1. affiche des Bières de la Meuse, Alphonse Mucha, sources personnelles 2. Bière Mapataud, affiche non datée, illustrateur : Misti – Fernand Mifliez, La Lithographie Nouvelle 3. Bière Sud-Est, sans date, illustrateur Henri Aurrens, imprimerie La Méridionale, Nîmes 4. Brasserie du Cardinal à Fribourg, non datée, source : Un Défi Permanent, brasserie du Cardinal 5. Bière des Houillères, 1936, illustrateur : M. Santi, imprimerie : Joseph Charles, Paris 6. Brasserie des Vosges, sans date, illustrateur A. Quendray, imprimerie Lang, Paris [ sources iconograpgiques ] 127 source : VOLUER Philippe p. 94 1-2-3. campagne de publicité Guiness, source : www.saveur-biere.com p. 96 1-2. publicités pour la brasserie Tuborg, Danemark, source : COLIN J.C. 3-4. publicités pour Kanterbräu, source : COLIN J.C. 5-6. publicités pour la brasserie Kronenbourg, source : COLIN J.C. p. 97 1 à 6. série d’affiches pour Heineken, collection Halloween, source : www.saveurbiere.com p. 98 1 à 2. série de publicité pour la brasserie Bavaria, source : www.saveur-biere.com 3. étiquette de bière de l’abbaye de Westmalle, sources personnelles 4. étiquette de la Leffe Brune, brasseries InBev, sources personnelles p. 99 1. publicités True Canadian Taste, source : www.saveur-biere.com 2. étiquette de bière de la brasserie Caracole, sources personnelles 3. étiquette Crianza, brasserie de la Senne, sources personnelles