Léonard de Vinci, homme de guerre, Pascal Brioist

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Léonard de Vinci, homme de guerre, Pascal Brioist
EXTRAITS DE PRESSE
Léonard de Vinci, homme de guerre, Pascal Brioist
Presse écrite
Sciences et avenir, octobre 2013
Léonard de Vinci qualifiait la guerre de « pazzia bestiallissima », de folie bestiale. Pour
autant, l'auteur de la Cène et de la Joconde « a consacré des milliers de pages à décrire
complaisamment des armes, des fortifications et des scènes de bataille », rappelle dans ce
livre Pascal Brioist, à qui l'on doit la conception scientifique du parc du Clos-Lucé à
Amboise. C'est dire s'il connaît bien le génie des arts, qui fut tout autant ingénieur que
militaire. Si Léonard dénonce l'atrocité des combats, le Toscan montre aussi sa fascination
pour la « mécanique guerrière » : char à faux, orgues d'artillerie, rien n'est trop cruel pour
détruire, dès lors qu'il s'agit pour lui d'écraser un tyran (avec ce paradoxe de parfois
s'engager auprès d'un de ces seigneurs). À travers ce portrait réalisé à partir de sources peu
étudiées, transparaît un Léonard différent de l'artiste légendaire. Un personnage qui aura en
fait consacré la plupart de son temps à la guerre plutôt qu'à la peinture.
Bernadette Arnaud
L’Histoire, 27 septembre 2013
Léonard à la guerre
Le peintre de La Joconde a vécu dans le fracas de ce qu'il appelle la « pazzia bestiallissima »,
la « folie bestialissime », alors qu'à partir de 1494 les guerres d'Italie bouleversent les
sociétés et les États. Il a consacré des milliers de pages à décrire des armes, des fortifications
et des scènes de batailles, au point que tout ce que nous savons de précis sur la fabrication
de l'artillerie à la fin du XVe siècle provient de l'écriture et des dessins savants des codices
(recueils de notes et de schémas) laissés par Léonard, notamment le Codex Atlanticus.
Aucun ouvrage n'avait été centré sur ce Léonard de Vinci en homme de guerre, sans doute
en raison de la rareté des documents directs. Pascal Brioist tente ici un travail précis de
contextualisation des traces laissées en notre possession pour nous proposer une forme
d'histoire totale, économique, culturelle et politique à partir des étapes de la longue vie de
Léonard (1452-1519). Le cœur de l'étude est consacré aux vingt ans passés par Léonard à
Milan à partir de 1482 au service de César Borgia : on y découvrira un ingénieur militaire
multipliant les expériences pour imaginer des armes nouvelles qui, dans les décennies qui
suivirent, se retrouveront sur les champs de bataille, comme le pistolet d'arçon à rouet ou la
mine explosive (on rêve d'un cahier photo plus abondant). Ses talents de constructeur de
ponts furent aussi sollicités dans le contexte d'une guerre menée dans le delta du Po. Et puis
il y a ces fameuses machines de guerre, comme le char à faux ou le char-tortue.
Un joli livre sur un sujet inépuisable.
Vox Patrimonia, septembre-octobre 2013
Les livres du mois
Léonard De Vinci : le vieil homme et la guerre
Loin des clichés du vieux sage universel caressant sa barbe blanche en imaginant quelque
mécanique futuriste à mettre au service de l’humanité, Léonard de Vinci consacra l’essentiel
de sa vie à la guerre. L’historien Pascal Brioist, en exploitant des sources inédites ou
négligées, montre que l’auteur du célèbre Homme de Vitruve a rédigé des milliers de pages
décrivant complaisamment armes, fortifications et scènes de batailles pleines de soldats
démembrés par ses hypothétiques créations…
Lorsqu’en 1482, il propose ses services à Ludovic Sforza, duc de Milan, il vante ses capacités
d’ingénieur militaire, capable de construire bombardes, catapultes, chars de combat et
machines de siège. Dans son courrier en forme de lettre de motivation, l’art n’arrive qu’en
dernier, pour le « temps de paix ». S’il qualifie la guerre de « folie bestiale », il se passionne
pour les techniques meurtrières, concevant des orgues d’artillerie capables de tirer plusieurs
salves consécutives et des armes blanches faites pour trancher ou perforer le corps humain
avec un maximum d’efficacité. Il dénonce l’atrocité des combats, mais conseille à son
maître… d’empoisonner les fruits des arbres, au long du chemin emprunté par une armée
ennemie ! En le situant dans son contexte – et tout en valorisant l’étendue de sa palette
militaire – Brioist ramène le génie de Léonard à ses justes proportions. Ainsi, « il n’est
nullement l’inventeur des armes du XIXe siècle dont on voulut très tôt lui donner la
paternité. » Lisant et échangeant avec les savants de son temps, « il s’inspire très clairement
des ingénieurs siennois auxquels il a eu accès ».
Une soigneuse analyse de correspondances met également en évidence l’amitié de Léonard
de Vinci avec un autre génie de son temps, Nicolas Machiavel. Évitant l’anachronisme,
Brioist se distancie de ses impressionnants sujets pour dépeindre le Toscan et le Florentin à
hauteur d’homme : deux êtres complets, penseurs et combattants, occupés à survivre dans
l’âge de feu de la Renaissance, sans se soucier un seul instant de leur postérité.
Le Point Références, septembre-octobre 2013
Mythe
La vraie nature de Léonard
La Renaissance italienne fut une époque sanglante, et les peintres ne se tenaient pas éloignés
des massacres. C’est ainsi qu'à travers la vie de Léonard de Vinci l'historien Pascal Brioist
nous plonge dans cette période guerrière. Son livre invalide l'image d'artiste de l'idéal et de
vieux sage que certains se font encore de Léonard, pour nous offrir le portrait beaucoup
plus cru d'un pragmatique qui passa plus longtemps à concevoir des engins de mort et des
plans de bataille machiavéliques qu'à peindre des vierges évanescentes. Vinci connaissait
d'ailleurs bien Nicolas Machiavel, l'immortel auteur du Prince, florentin comme lui, et c'est
vraisemblablement à sa demande qu'il conçut un projet pharaonique de détournement de
l'Arno pour noyer le pays pisan. Coïncidence ? César Borgia, fils du pape Alexandre Vl et
modèle du Prince, fit de Vinci son « ingénieur général ». Vingt ans auparavant, en 1482,
Léonard offrait ses services au duc de Milan, Ludovic Sforza, en mettant en avant ses
compétences d'ingénieur militaire. Ce n'est qu'en postscriptum qu'il précisait : « Item, je
puis exécuter de la sculpture en marbre, en bronze ou en terre cuite ; de même, en peinture, mon
œuvre peut égaler celle de n'importe qui. » N'importe qui, Vinci ?
D.V.
Histoire National Geographic, août 2013
Génie de la Renaissance Léonard maître d’arts
LÉONARD DE VINCI aurait consacré plus de temps à la guerre qu'à la peinture ?
C'est ce que démontre Pascal Brioist en recourant à des sources inédites. Le génial
autodidacte y apparaît plein des contradictions d'une vie remplie par le fracas des armes.
Pour en savoir plus : Léonard de Vinci, homme de guerre, Pascal Brioist
Mémoire des Arts, juillet-août 2013
Léonard de Vinci, homme de guerre
Pascal Brioist, Maître de conférences à l’université François Rabelais de Tours, connaît bien
le destin de l'auteur de la Joconde. Il a élaboré la conception scientifique du Parc Léonard
de Vinci, au Clos Lucé, à Amboise. Chacun sait désormais que Léonard de Vinci n'était pas
seulement un artiste peintre, mais aussi, un inventeur, auquel on attribue l’origine de
nombreuses avancées mécaniques et techniques. Pascal Brioist va plus loin. Il affirme que
Léonard de Vinci était surtout l'ingénieur de redoutables machines à tuer. Il avait acquis un
véritable savoir-faire, révélé par certains dessins, présentés dans cet ouvrage. Pour
monnayer ses connaissances, il fréquentait assidûment les plus puissants monarques de son
époque. Une fois encore certains voulurent édulcorer l'histoire, en présentant Léonard de
Vinci, comme un doux poète. Heureusement, Pascal Brioist rétablit des vérités essentielles.
Avec un index et un glossaire.
Le Nouvel Observateur, 23 juillet 2013
Léonard de Vinci, homme de guerre
À côté des beaux-arts, Léonard consacra une grande partie de son temps à ceux de la guerre.
Ingénieur militaire au service de César Borgia, le brillant esprit travailla pendant près de
trente ans à améliorer les techniques meurtrières (ci-dessus des orgues d'artillerie). C'est ce
que nous raconte l'historien Pascal Brioist à partir de quelques documents finement
exploités et analyses. Une manière aussi de relire la Renaissance italienne comme un
combat pas seulement esthétique.
Laurent Lemire
Le magasine de la Touraine, été 2013
Pascal Brioist, chercheur
Agrégé d'histoire, Pascal Brioist est Professeur des universités au Centre d'études
supérieures de la Renaissance de Tours (CESR), spécialiste de l'Angleterre élisabéthaine
mais aussi de Léonard de Vinci. On lui doit la conception du parc du Clos- Lucé à Amboise
C'est une autre spécialisation, en histoire des sciences et techniques, ainsi que sa
connaissance de l'italien, acquise pendant une thèse à Florence, qui l'incitent à répondre à la
demande du Clos-Lucé, au milieu des années 1990. « Nous avons conçu un parcours
didactique mais je les ai également conseillés pour leurs orientations, explique Pascal Brioist.
Au fil du temps, j'ai rencontré les plus grands experts internationaux » Et il en faut, des
experts : ingénieurs, peintres, hydrauliciens…
Car l'œuvre et les recherches du maître sont multiples. « C'est une enquête policière
permanente et collective, et qui va au-delà de la vie de Léonard ; certains de ses projets et de ses
techniques ont resurgi ensuite sous Louis XIV. Le canal du Midi, par exemple, doit quelque chose
au travail de Léonard sur le projet de relier la Sauldre et le Cher, à Romorantin. » Pascal
Brioist organise et conçoit nombre d'expositions, comme à Romorantin (« Le projet
oublié ») ou à Nancy (« Une idée, mille machines »), et travaille Régulièrement avec le
musée de la ville de Vinci. Mais il pense déjà à 2019, l'anniversaire de la mort de Léonard, et
commence à préparer une expo qu'il prévoit d'ampleur internationale, avec toujours le
même leitmotiv : « Parvenir à toucher le grand public en expliquant pourtant des choses très
compliquées ».
La Gazette de l’hôtel Drouot, 26 juin 2013
LÉONARD DE VINCI HOMME DE GUERRE
Pascal Brioist professeur a l’université de Tours et spécialiste de la Renaissance s’interroge
qualifiant la guerre de « folie des plus bestiales » de Vinci se passionne toutefois pour les
techniques meurtrières inspectant les fortifications et les citadelles au service de César
Borgia.
Il dessine les plans du char d’assaut imagine une mitrailleuse redoutable conçoit des obus
emplis de gaz élabore des projectiles explosifs. Le peintre de la Joconde invente aussi le pont
tournant le bateau à aubes le canon à tir en éventail. Recourant à des archives inédites,
l’auteur étudie l’influence de Machiavel sur les travaux léonardiens. On est loin de la guerre
en dentelles.
Ouest France, 20 juin 2013
Léonard de Vinci en ingénieur militaire
Spécialiste d'histoire culturelle, Pascal Brioist enseigne à l'université François-Rabelais
(Tours). On lui doit la conception scientifique du parc Léonard de Vinci au Clos-Lucé à
Amboise. Dans ce livre, il raconte la carrière de l'ambitieux Léonard de Vinci qui propose
ses services à Ludovic le More, duc de Milan. Il vante alors en dix points ses talents
d'ingénieur : construction de ponts, machines de siège, fortifications, bombardes, chars de
combat, catapultes etc. La peinture n'apparaît qu'en fin de liste ! Qu'il s'agisse de proposer
aux fantassins des armes contre la cavalerie ou de perfectionner la poudre à canon, rien ne
semble impossible à l'infatigable ingénieur militaire. Fasciné par César Borgia, il devient
l'un de ses indispensables collaborateurs. Autour de Léonard, Pascal Brioist fait revivre la
prodigieuse vitalité, la brutalité et les raffinements de la Renaissance italienne. Il montre
aussi le traumatisme provoqué chez Léonard par son expérience de la guerre avec ses
massacres et ses destructions.
Le Figaro littéraire, 13 juin 2013
Léonard de Vinci dans le bruit et la fureur
ESSAI L'artiste génial s'est passionné aussi pour les techniques militaires.
Que manquait-il à la patte de Léonard de Vinci pour être définitivement l'homme de son
siècle ?
Son talent protéiforme est connu : peintre, écrivain, inventeur, curieux de tout et prompt à
défricher de nouveaux domaines. En revanche, on sait moins que l'art de la guerre figurait
aussi au rang de ses préoccupations. Grâce à Pascal Brioist, maître de conférences à
l'université Francois-Rabelais de Tours, un autre Léonard se dessine, qui « adore les batailles,
les tempêtes, le déluge », note l’auteur citant Paul Valéry.
Léonard de Vinci guerrier, l’image renvoie spontanément à ses machines de guerre, fruits
d'une parfaite maîtrise des matériaux via « les torsions de fils », « l'élasticité du bois » ou
encore le jeu des contrepoids et des leviers. Mais avant de savoir si l’intéressé a imaginé ou
non le char d'assaut, Pascal Brioist raconte les sources qui l'ont inspiré : aux livres et aux
travaux mathématiques se superposent quelques figures tutélaires comme Valturio,
secrétaire de la curie romaine sous Eugène IV en même temps que passionné de technique
militaire. Déjà le mélange – fructueux - des genres.
Ces esprits inventifs n’ont pas seulement la tête penchée sur les planches et les gravures, ils
vivent souvent au plus près des réalités belliqueuses de la Renaissance italienne, a une
époque ou le pape se mue parfois en chef de guerre. En cela, le travail de Pascal Brioist
montre bien comment la fécondité artistique épouse les méandres de la politique.
Condottiere
Un paradoxe ? Léonard de Vinci lui-même est un paradoxe, dénonçant l’horreur des
combats tout en listant « les noms des armes blanches de l'Antiquité latine » et dessinant « des
engins plus abominables encore ». Léonard homme de guerre a construit sa carrière dans le
sillage de César Borgia, l'autre personnage central de cet ouvrage. Comment « ce condottiere
capable de dévier le cours de l'Histoire » fils bâtard du pape Alexandre VI et ronge
d'ambition, a-t-il pu choisir un artiste pour guider ses ingénieurs. II faut plusieurs chapitres
à Pascal Brioist pour démêler l'écheveau : ce voyage au gré des sièges ct des forteresses nous
emmène à travers toute l’Italie.
La guerre est-elle belle sous Léonard de Vinci ? Cette autre question que se pose l'auteur se
nourrit de quelques épisodes phares : en mai 1518, l'inventeur organise un simulacre de
bataille afin de célébrer la victoire de Marignan. On canonne joyeusement sous l’œil de la
cour. Couleurs et férocité encore une fois.
Frédéric de Monicault
Luxemburger Wort, 8 juin 2013
Les hommes et la guerre
En lisant l’ouvrage de Pascal Brioist, Léonard de Vinci, homme de guerre, on réalise à quel
point les conflits armés se nourrissent de la technique. C’est une dimension originale du
grand peintre et découvreur italien qu’explore ce professeur des Universités à Tours : celle
d’un ingénieur militaire aux talents et aux employeurs multiples (Ludovic Le More aussi
bien que César Borgia). Car si vous savez dessiner, vous pouvez inventer des machines
guerrières.
Lire, juin 2013
Da Vinci décodé
Pascal Brioist
Léonard est bien connu comme artiste et comme humaniste. Mais il fut aussi au service des
très guerriers Borgia, comme ingénieur de l'armement.
On n'associe pas spontanément Léonard de Vinci à la guerre. Il aimait, comme saint
François d'Assise, les petits oiseaux. On rapporte qu'il en achetait pour mieux ouvrir leur
cage. Les chefs-d’œuvre picturaux que nous associons à son nom - la Cène, la Vierge au
rocher, la Joconde, la Sainte Anne - sont plutôt d'inspiration séraphique et le fameux
sfumato, cette « fumée » qui ombre savamment leurs motifs, n'a pas l'air de sortir d'une
bouche à feu !
Il faut pourtant bien inscrire Vinci dans son siècle et le situer sans réserve dans cette période
troublée où la renaissance des arts fait bon ménage avec les guerres d'Italie les plus sauvages.
Il faut aussi le reconnaître comme contemporain de Machiavel. Depuis les travaux de
Patrick Boucheron, on peut d'ailleurs supposer que, tous deux au service des Borgia, ils
avaient des choses à se dire et qu'à tout le moins ils se croisèrent. Il ne faut enfin pas
oublier, évidemment, sa passion pour les techniques de son temps et sa virtuosité à dessiner
de fantastiques machines semblant inventer l'avion, le sous-marin, l'hélicoptère, mais aussi
à concevoir des arbalètes-mitrailleuses et puis, encore, à poser les plans de bien réelles
fortifications, et autres systèmes d'explosifs divers pour faire tomber les murailles des villes
assiégées. Bref, Léonard de Vinci est l'artiste et l'humaniste qui qualifie la guerre de « folie
des plus bestiales » mais il est aussi l'ingénieur militaire qui aura « consacré des milliers de
pages à décrire complaisamment des armes, des fortifications et des scènes de batailles ».
« Tout ce que nous savons de précis aujourd'hui sur la fabrication de l'artillerie à la fin du
XVe siècle nous vient d'ailleurs des pages savantes de Léonard », ajoute Pascal Brioist qui
nous donne cet ouvrage passionnant sur un Vinci moins méconnu qu'insolite.
Ce Vinci, homme de guerre nous conte les pérégrinations de l'artiste en ingénieur de
l'armement et des ponts et chaussées au service des potentats de l'époque. Nous passons
avec lui dans tous les camps en présence - Sforza, Médicis, Borgia et roi de France - et
comme lui sans choisir. On comprend ainsi qu'il préférait la science à l'art et qu'il ne fut un
peintre immense que dans l'entredeux de ses passions techniques et politiques.
M.R.
Livres Hebdo, « avant-critiques », 11 mai 2013
Léonard, marchand d'armes
Un aspect moins connu, et politiquement incorrect, du génie protéiforme de Léonard de
Vinci.
Si l'on en croit une image d'Épinal née en grande partie des écrits de Vasari, Léonard de
Vinci (1452-1519) aurait été un doux rêveur, peintre de femmes : mystérieuses et de saintes
éthérées dans leur sfumato, un écologiste avant la lettre, et même végétarien. Tout ceci n'est
pas faux, mais pour le moins partiel. C'est gommer le côté protéiforme, polymorphe, du
génie toscan, son esprit en mouvement perpétuel, son côté inventeur et bricoleur. On sait
par exemple qu'a force de recherches formelles sur les couleurs de sa palette, ou la
technique de la fresque, il a provoqué des dégâts irréparables sur certains de ses chefsd’œuvre, voire leur autodestruction. Mais il est un autre domaine ou Léonard exerça ses
talents, et ce durant toute sa vie, au service de ses différents maîtres : l'art de la guerre dans
toutes ses techniques, notamment la poliorcétique. Non seulement il ne s'en cachait pas - la
Renaissance, époque « sadique » s'il en fut, perpétuellement en guerre, n’avait pas encore
inventé le politiquement correct -, mais il en était même très fier. Bâtard sans fortune, il lui
fallait bien gagner sa vie : il est mort très riche.
Dans son ouvrage minutieux et passionnant, l'historien Pascal Brioist reproduit un
document extraordinaire, qui date de 1482 et se trouve dans l’Atlanticus, l'un des codices
majeurs ou sont conservés les manuscrits de Léonard de Vinci. Depuis Florence, le jeune
homme avait eu l'occasion de voyager à Milan, la capitale des Sforza, admirant leur
puissance et leur opulence. Aussi envoie-t-il au duc Ludovic, dit le More, son CV, une
véritable lettre de candidature et de motivation aux fins de devenir son ingénieur. Il y vante
ses talents en dix points très concrets « construire des ponts très légers », investir une place
forte, la bombarder, « détruire toute citadelle », fabriquer des chars, « des catapultes,
mangonneaux [ ] et autres machines d'une admirable efficacité » Et ce n'est qu'en dernier
qu'il envisage, « en temps de paix », de « donner aussi entière satisfaction que quiconque »
au prince, en tant qu'architecte, hydraulicien, voire sculpteur, et éventuellement peintre !
« Mon œuvre peut égaler celle de n'importe qui », conclut Léonard, qui, à 30 ans, n'avait
pas encore la grosse tête. Naturellement, l'« Illustrissime Seigneur » Sforza l’a embauché,
comme après lui César Borgia, rien que des tyrans belliqueux (pléonasme), ou encore
François Ier.
Léonard a toujours aimé la France, il aurait même été en 1499 l'espion de Louis XII. Et il y
est mort en 1519, au Clos Lucé. Comme nombre d'artistes, notre homme était mégalomane
et attire par le pouvoir : n'écrivit-il pas, en 1503, au sultan ottoman Bajazet, afin de lui
proposer de jeter un pont sur la Corne d'Or, à Constantinople ? Léonard était un esprit
très moderne, visionnaire et complexe, ainsi que l'a bien montré, dans son Introduction à la
méthode de Léonard de Vinci - l'un de ses textes majeurs -, le subtil Paul Valery qui aurait
sans doute apprécié le livre de Pascal Brioist.
Jean-Claude Perrier
Internet
Les Clionautes.org
http://www.clio-cr.clionautes.org/leonard-de-vinci-homme-de-guerre-4860.html
Télévision
France TV info, « Culture Box », 19 juillet 2013
http://m.culturebox.francetvinfo.fr/da-vinci-code-le-genial-inventeur-etait-un-homme-deguerre-139619
Da Vinci code : le génial inventeur était un "homme de guerre"
Professeur d'histoire à l'université François Rabelais de Tours, Pascal Brioist, spécialiste de
la Renaissance, vient de publier un livre dévoilant une nouvelle facette du génial Léonard
de Vinci. On connaissait l'homme de goût, l'artiste, l'ingénieur, urbaniste et hydrologiste,
voici venu le temps de découvrir "l'homme de guerre"...
Alors que l'on pensait tout savoir de l'illustre personnage grâce à une bibliographie des plus
abondantes, Pascal Brioist porte un regard neuf sur le créateur de "La Joconde", dont plus
des deux tiers des croquis portaient en réalité sur des machines de guerre. De quoi laisser
pantois. Loin du raffinement des artistes, l'Italie de la Renaissance a aussi été sujette aux
charniers, ravagée par les guerres entre seigneurs. Fort de ses capacités d'ingénieur militaire,
De Vinci redouble d'ingéniosité pour imaginer des machines de mort et offre ses services
aux grands de ce monde, du duc de Milan Ludovic Sforza au "prince" Cesare Borgia, en
passant par François Ier. En bon homme de la Renaissance, l'insatiable et ambitieux
Léonard de Vinci revisite le travail des Antiques pour donner vie à ses inventions. Parmi ses
plus grandes "réussites" en matière d'armement, on trouve ce canon à vapeur repris
d'Archimède et d'Héron d'Alexandrie.
Chars renforcés, arbalètes géantes, batteries de canon ou béliers dont la puissance, décuplée
par d'ingénieux systèmes, eut permis d'enfoncer n'importe quelle porte blindée, la plupart
de ses inventions, irréalisables à l'époque, ne virent jamais le jour. Elles ont cependant
influencé la création de nombreux engins utilisés dans les siècles suivants. Entre utopie et
réalisme, vous pouvez découvrir une quarantaine des machines de Léonard à la Cité des
Sciences jusqu'au 13 août.
Nous ne saurons jamais si le plus grand génie du XVe siècle avait un réel goût pour la
violence ou si celle-ci lui servait seulement de faire-valoir pour montrer ses capacités.
Toujours est-il qu'il réside en chaque être une part d'ombre.
Reportage de F-X. Mauffrey, L. Perrot, G. Engels
Internet
Toute la culture.com, 19 août 2013
LA GUERRE, UNE « FOLIE BESTIALISSIME »
(PAZZIA BESTIALLISSIMA)
Il est extrêmement difficile de savoir, si Léonard de Vinci était contre la guerre, ou s’il était
fasciné par cette dernière. Selon Paul Valéry, toutefois, « il était fasciné par le chaos ».
Léonard de Vinci était choqué par la guerre, mais il se passionnait pour les techniques
meurtrières et dessinait des armes absolument abominables.
LÉONARD DE VINCI PORTA LA COTE DE MAILLES
Léonard de Vinci porta la cote de mailles et l’épée. Il combattit en effet avec César Borgia et
commanda ses ingénieurs. Lors de son séjour à Milan, il rencontra beaucoup de personnes
férues de technique guerrière. L’un de ses atouts fut d’être capable de faire la synthèse entre
l’opératif et le spéculatif. Il fit notamment des recherches sur le mouvement et la
percussion.
Pascal Brioist dresse un portrait très réaliste de la Renaissance. Cette période fastueuse pour
les arts et les raffinements fut également une période très guerrière. La présente enquête
permet de présenter le vrai Léonard de Vinci, lequel fut un guerrier et fut d’ailleurs fort
bien rémunéré pour cela. Il connaissait tout l’arsenal de guerre de son époque, il y
contribua et le fit muter afin qu’il soit plus meurtrier. Il construisit nombre de ponts, de
machines de siège, de fortifications, de bombardes, de chars de combat et de catapultes.
Jean-Paul Fourmont
Guerres-et-conflits.over-blog.com, 11 juin 2013
Plus important que la Joconde ?
Léonard de Vinci, homme de guerre
Pascal Brioist
Le nom de Léonard de Vinci est immédiatement associé au mouvement artistique de la
Renaissance et chacun sait plus ou moins qu'au-delà de ses talents de peintre, il a dessiné de
très nombreux objets et matériels "futuristes". Pascal Brioist, dans cet ouvrage, nous
présente le parcours et les travaux de l'ingénieur militaire.
Il étudie d'abord la formation de Léonard de Vinci et explique comment celui-ci a pu être
formé à l'art de la guerre et à celui des fortifications, puis s'attarde en détail sur son action,
son rôle, sa place mais aussi ses influences lorsqu'il est successivement au service de
Florence, de Venise et de Milan. C'est dire l'atmosphère qui l'entoure : l'époque glorieuse
de la Sérénissime, la puissance des Sforza, le faste des Médicis, l'Italie des Condottieri...
C'est le temps de Machiavel et du pape Alexandre VI, mort empoisonné. Tout en racontant
les campagnes militaires de l'époque en Italie centrale et du nord, Pascal Brioist n'oublie
jamais son héros, qui y participe activement et à l'occasion desquelles, comme ingénieur
militaire, il est particulièrement bien rémunéré (p. 217). Léonard de Vinci y apparaît
presque comme un "chef d'entreprise", qui discute les projets, propose ses plans, sous-traite
la réalisation à des artisans qu'il contrôle. Constructions et aménagements de places fortes,
balistique, hydrologie (il pense pouvoir détourner le cours de l'Arno pour Florence en
guerre contre Pise), combinaisons et appareils de plongée, principe du sous-marin, miroirs
paraboliques incendiaires (en souvenir du siège de Syracuse), etc. : aucun domaine des
techniques militaires ne lui semble étranger et l'auteur nous précise au fur et à mesure ses
différentes contributions (avérées ou supposées) aux différentes campagnes. On apprécie ici
les nombreux extraits de documents d'époque et la diversité des références d'archives
utilisées.
Au total, outre la (re) découverte précise d'un homme et de son œuvre, Pascal Brioist nous
offre aussi un vaste tableau des conflits qui opposent les flamboyantes seigneuries italiennes
de la Renaissance, de la vitalité et de la puissance de ces cités, de la "révolution" militaire en
marche, des théoriciens du temps et des grands capitaines, de la violence des affrontements
aussi, qui tranche (sans jeu de mots) avec le raffinement d'une culture en plein essor (voir le
récit de la campagne française contre Gênes et l'entrée triomphale et incroyablement
fastueuse de Louis XII dans Milan). Un livre qui passionnera tous les amateurs de cette
extraordinaire période d'ébullition intellectuelle.
Rémy Porte