8bis 5. Exploration de l`allergie oculaire
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8bis 5. Exploration de l`allergie oculaire
Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 47 (2007) 224–227 http://france.elsevier.com/direct/REVCLI/ Exploration des conjonctivites allergiques : comment explorer ? How should allergic conjunctivitis be investigated? J.-L. Fauquert a,*, L. Jouaville a, F. Chiambaretta b a b Unité d’allergologie de l’enfant, Hôtel-Dieu 63058, CHU de Clermont-Ferrand cedex 1, France Service d’ophtalmologie, hôpital G.-Montpied 63003, CHU de Clermont-Ferrand cedex 1, France Résumé La prise en charge des conjonctivites allergiques nécessite un bilan spécifique, qui peut se décliner en trois schémas particuliers : (1) devant une conjonctivite bénigne, aiguë et saisonnière ou chronique, le bilan doit comporter des prick-tests et des dosages d’IgE spécifiques. La nature des allergènes à tester, les critères de sensibilisation doivent être adaptés à la pathologie de la surface oculaire. Lorsqu’elle n’est pas cliniquement évidente, la pertinence des tests doit être analysée à la lumière d’un test de provocation conjonctivale, qui peut être pratiqué en ambulatoire ; (2) l’allergie de contact est suspectée dans un tout autre contexte, chez un sujet souvent plus âgé, affecté de blépharite plus que de conjonctivite. Les patch-tests ou les tests ouverts peuvent mettre en évidence de nombreux allergènes : additifs de collyres, cosmétiques divers, allergènes professionnels ; (3) devant une kérato-conjonctivite, vernale ou atopique, des arguments en faveur d’une allergie de la surface oculaire méritent d’être approchés par des dosages comparatifs lacrymaux et sanguins (éosinophiles, ECP, IgE totales). La mise en évidence d’une sensibilisation allergénique doit conduire à pratiquer en milieu spécialisé un test de provocation à l’allergène suspecté, avant de proposer toute thérapeutique à visée allergénique. # 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. Abstract The management of allergic conjunctivitis requires a specific approach, which can be divided into three particular schemes: (1) faced with a benign acute seasonal or chronic conjunctivitis, the workup should include skin prick-tests and assays for specific IgE antibodies. The allergens to use and the criteria for a positive reaction should be adapted to the condition of the ocular surface. When not clinically evident, the pertinence of the tests to be used will depend on the results of conjunctival provocation tests; they can be done on an ambulatory basis ; (2) contact allergy should be suspected in another context, that is, when the patient is older and the lesion looks more like blepharitis than conjunctivitis. Patch tests or open testing can detect many allergies, such as eye drop additives, various cosmetics and occupational allergens ; (3) when confronted with vernal or atopic kerato-conjunctivitis, arguments in favour of an allergy of the ocular surface may be obtained by comparing results of lachrymal and blood assays (eosinophils, ECP, total IgE). When sensitization is obvious, conjunctival allergen challenge is indicated with the suspected allergen in a specialized clinic. Then specific allergic treatment can be evaluated. # 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. Mots clés : Conjonctivite allergique ; Bilan ; Kérato-conjonctivite vernale ; Test de provocation conjonctivale Keywords: Allergic conjunctivitis; Vernal keratoconjunctivitis; Diagnosis; Conjunctival allergen challenge Lorsqu’il est sollicité pour l’exploration d’une conjonctivite allergique, l’allergologue doit suivre une démarche pragmatique. Que son interlocuteur soit l’ophtalmologiste, le médecin généraliste, un autre allergologue ou le patient lui-même, il lui faudra tenir compte de mesures préalables, solliciter un * Auteur correspondant. Consultation d’ophtalmologie et allergologie de l’enfant, Hôtel-Dieu, CHU de Clermont-Ferrand, 63058, France. Adresse e-mail : [email protected] (J.-L. Fauquert). biologiste attentif à la technique de prélèvement des larmes, puis interpréter ses découvertes à l’aide de critères de positivité spécifiques à l’ophtalmo-allergologie. Dans certains cas, il devra envisager un test de provocation conjonctivale allergénique (TPC), et dans les cas les plus complexes, confronter ses résultats à ceux obtenus par les équipes habituées à cette pathologie très particulière. La conjonctive est une porte d’entrée directe pour l’allergène. Riche en mastocytes et en cellules impliquées dans l’allergie, la conjonctive est un tissu effecteur potentiel de 0335-7457/$ – see front matter # 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés. doi:10.1016/j.allerg.2007.01.025 J.-L. Fauquert et al. / Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 47 (2007) 224–227 225 l’allergie ; elle est susceptible d’inflammation à la moindre agression [1]. Son ouverture sur l’extérieur et la sécrétion des larmes sont propices à l’exploration de l’allergie oculaire. Mais l’analyse de résultats est encore très discutée, d’autant qu’elle n’est pas de pratique quotidienne pour tous les praticiens. 1. Les préalables au bilan complémentaire d’une conjonctivite allergique Lorsqu’il porte le diagnostic de conjonctivite allergique sur des critères cliniques, l’allergologue doit aller au devant de signes de gravité (photophobie, troubles de la vue. . .) et retourner la paupière pour déceler un aspect irrégulier témoignant de la présence de follicules ou de papilles sur la conjonctivite tarsale (Fig. 1), vérifier l’absence d’anomalies au limbe en regard desquelles un appel vasculaire est parfois visible (Fig. 2). Dans ces cas, le recours à l’ophtalmologiste est impératif. Il est en de même lorsque des signes orientent vers un diagnostic différentiel. Lorsqu’il est sollicité par l’ophtalmologiste pour le diagnostic étiologique d’une allergie oculaire, l’allergologue doit connaı̂tre avec précision le diagnostic posé par l’examen à la lampe à fente (voir chapitre « Conjonctivites allergiques : quels patients explorer ou ne pas explorer ? »). Schématiquement il peut se trouver face à trois types de situations : 1. une conjonctivite bénigne, qu’elle soit d’évolution aiguë et saisonnière, ou perannuelle, survenant dans un contexte d’atopie : ce tableau oriente vers un mécanisme d’hypersensibilité immédiate, médiée par les IgE [2] ; 2. une atteinte palpébrale et/ou conjonctivale chronique survenant dans un contexte d’utilisation de topiques médicamenteux, cosmétiques, ou dans le cadre professionnel, parfois de sécheresse oculaire : ce tableau oriente vers une allergie de contact ; 3. un tableau de kérato-conjonctivite majeure qui nécessite une exploration poussée à la recherche d’une allergie, IgE médiée ou non. Fig. 2. Grains de Trantas au niveau du limbe (Kérato-conjonctivite vernale). L’ophtalmologiste doit renseigner l’allergologue sur le type de conjonctivite en cause : la classification reconnue des conjonctivites dites allergiques regroupe cinq entités : la conjonctivite aiguë et saisonnière, la conjonctivite allergique chronique, la kérato-conjonctivite vernale, la kérato-conjonctivite atopique et la conjonctivite giganto-papillaire. Cette dernière entité ne justifie pas d’enquête allergologique puisqu’elle est consécutive à l’irritation conjonctivale par une lentille souple, un fil de suture ou autre corps étranger. L’examen ophtalmologique peut en outre orienter vers une allergie de contact devant une blépharite, une conjonctivite à prédominance inférieure. Il apporte enfin des renseignements susceptibles d’expliquer en partie les symptômes allégués par le patient : des troubles de la réfraction éventuellement mal corrigés en particulier chez l’enfant peuvent être décelés par l’examen sous Skiacol1, des troubles de la convergence oculaire. Chez le sujet plus âgé, la sécrétion lacrymale doit être appréciée dans sa quantité par le calcul du « break up time » (BUT) et sa qualité par celle du film lacrymal ou la présence d’une meibomiite. Dans tous les cas l’allergologue doit rechercher un terrain atopique par des arguments anamnestiques (antécédents personnels et familiaux proches) et cliniques d’eczéma atopique, de rhinite ou d’asthme allergiques, d’allergie alimentaire ou de manifestations anaphylactiques plus ou moins intenses. Il ne lui est habituellement pas nécessaire de constater une hyperéosinophilie sanguine ou une augmentation du taux sérique d’IgE totales pour confirmer ce terrain atopique. 2. Au terme de ce préalable, l’allergologue peut se trouver devant trois situations 2.1. Conjonctivite bénigne Fig. 1. Papilles visibles sur la conjonctive tarsale retournée (Kérato-conjonctivite vernale). Une conjonctivite bénigne, d’évolution intermittente ou persistante, peut être explorée en ambulatoire. Cependant plusieurs points méritent une attention particulière : il importe de tester un nombre élevé d’allergènes car l’œil est en contact direct avec de nombreux candidats à la sensibilisation ; dans 226 J.-L. Fauquert et al. / Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 47 (2007) 224–227 tous les cas il faut adapter les critères de positivité des tests in vivo et in vitro à l’allergie oculaire ; dans certains cas on devra avoir recours à un TPC pour affirmer la pertinence d’une sensibilisation. Notre expérience du TPC nous a conduit à plusieurs observations qui confirment la spécificité de la conjonctive en tant qu’effecteur de l’allergie : ainsi l’intensité de la réaction spécifique à un allergène lors d’un test de provocation conjonctivale n’est pas corrélée à l’intensité de la sensibilisation pour l’allergène testé. Nous avons même observé à plusieurs reprises un test de provocation positif à un allergène dont le niveau de sensibilisation apprécié par le prick-test et le dosage sérique d’IgE spécifiques était très faible. Cette constatation nous a amené à considérer comme critère de sensibilisation à un allergène, dans le cas particulier de l’allergie oculaire, tout prick-test de taille supérieure à la moitié du témoin positif, ou tout dosage d’IgE spécifiques supérieur à 0,35 UI/mL (CAP system Pharmacia1). En pratique les prick-tests seront systématiques devant toute conjonctivite bénigne persistante, pour les acariens (Dermatophagoı̈des pteronyssinus et Dermatophagoı̈des farinae), des phanères animaux (chat et chien), Alternaria alternata. Les pollens sont détaillés en particulier pour les formes saisonnières en fonction de la périodicité des symptômes : graminées dont le dactyle et la fléole, herbacées dont l’armoise et l’ambroisie ainsi que les mélanges d’arbres dont les bétulacées, les fagacées, les oléacées, les salicacées, les cupressacées. D’autres tests sont pratiqués en fonction du contexte : blatte, autres phanères et moisissures. Des prick-tests alimentaires sont effectués en particulier chez l’enfant : par principe pour arachide, œuf, noisette, ainsi qu’à la demande en fonction du contexte. Les dosages sériques d’IgE sont pratiqués quel que soit le résultat des prick-tests pour Dermatophagoı̈des pteronyssinus, chat, alternaria et dactyle, ainsi que pour les mélanges alimentaires. D’autres dosages sont effectués en fonction de la positivité de tests cutanés et du contexte environnemental. Une fois la sensibilisation étayée suivant les critères énoncés ci-dessus, la pertinence de l’allergie nécessite parfois la pratique d’un test de provocation conjonctivale. La positivité de ce dernier confirme l’allergie au pneumallergène testé. Ce test peut être pratiqué selon la technique ambulatoire [3], au cabinet de l’allergologue. Il est pratiqué en dehors de la période d’exposition allergénique, nécessite un examen ophtalmologique préalable, car le patient doit être indemne de lésion oculaire, un suivi de quelques heures au cabinet, des mesures de précaution et l’accord du patient. Cet acte est référencé FGRP009. Sa positivité, attestée par l’apparition d’un prurit oculaire patent, permet d’impliquer l’allergène dans la conjonctivite [4]. Nous avons constaté la particularité de l’œil en matière de réaction allergique : ainsi nous avons observé des TPC positifs en l’absence de rhinite associée à la conjonctivite, ou chez des sujets dont seuls les dosages sanguins étaient positifs. En définitive, si la majorité des cas n’oriente pas vers la pratique du TPC tant la pertinence de l’allergène est évidente, l’indication doit en être large. Sous réserve des précautions suscitées, l’exploration des conjonctivites allergi- ques bénignes ne justifie pas d’examen complémentaire spécialisé : ainsi en est-il du dosage des IgE totales dans les larmes. 2.2. Recherche d’une allergie de contact La recherche d’une allergie de contact est une situation beaucoup moins fréquente que celle de l’allergie immédiate en ophtalmologie : il s’agit d’eczéma à expression oculaire prédominante et surtout de blépharites ou conjonctivites qui évoluent sur un mode aigu ou chronique. C’est le contexte d’apparition des symptômes qui est évocateur même si le délai d’apparition est retardé par rapport à l’exposition : l’utilisation de cosmétiques dermatologiques ou oculaires doit faire penser à cette possibilité, de même que celle de topiques oculaires, parfois une exposition professionnelle. Les patch-tests sont utilisés comme pour toute exploration en dermato-allergologie : en règle générale on utilise la batterie européenne à laquelle on ajoute les cosmétiques et topiques incriminés [5]. Des batteries complémentaires sont utilisées en fonction de l’anamnèse. Les critères d’interprétation des patchtests ne sont pas particuliers. Si les tests épicutanés sont mis en défaut, des tests d’application ouverts répétés (ROAT) en peau saine peuvent être pratiqués. Parmi les allergènes incriminés on relève les métaux (nickel, cobalt), les fragances, les antibiotiques (néomycine, kanamycine), les additifs, antiseptiques et conservateurs (thiomersal, lanoline, benzalkonium, formaldéhyde, propylène glycol, colophane, cocamidopropyl bétaı̈ne) [6]. 2.3. Kérato-conjonctivite Devant une kérato-conjonctivite, l’exploration est bien plus complexe : elle mérite d’être confiée à une équipe entrainée à cette pathologie. Il s’agit plus souvent d’une kérato-conjonctivite vernale (KCV) que d’une kérato-conjonctivite atopique (KCA). Aucune hypothèse ne doit être exclue : allergie IgE médiée, allergie de contact, absence d’allergie. Dans tous les cas d’autres facteurs de déclenchement se rajoutent à ces éventuels facteurs allergiques : génétiques, ethniques, climatiques (la conjonctivite vernale s’exprime surtout au printemps mais en réalité dans les périodes où l’ensoleillement est intense), hormonaux, d’âge. . .[7]. La mise en évidence d’un terrain atopique est utile dans la KCV, car c’est dans cette population que se recrutent la plupart des formes avec allergie. Dans la KCA, exceptionnelle, le terrain atopique fait partie de la définition chez ces adultes atteints d’eczéma grave. La recherche d’une sensibilisation IgE dépendante obéit aux mêmes critères que ceux décrits pour les formes bénignes. Ces formes graves peuvent justifier d’une exploration plus poussée de la surface oculaire : ainsi avons-nous inclus dans le protocole d’exploration systématique de la KCV [8] : la recherche d’éosinophiles dans les larmes : absents des larmes à l’état normal, les éosinophiles sont éliminés lorsqu’un processus à éosinophiles est exprimé au niveau de la surface oculaire [9] ; J.-L. Fauquert et al. / Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 47 (2007) 224–227 le dosage d’ECP dans les larmes dont l’augmentation va dans le même sens. Toutefois cette sécrétion n’est pas exclusivement le fait des éosinophiles [10] ; le dosage quantitatif des IgE totales dans les larmes. Pour pallier le passage de la barrière hémato-lacrymale qui est exacerbé lors de toute l’inflammation conjonctivale, nous calculons le taux d’IgE filtrées dans les larmes à partir du compartiment sanguin. Ce taux a été évalué par Liotet et al. [11] à partir du rapport de l’albumine des larmes et du sang. L’albumine a été choisie comme marqueur de ce passage car son poids moléculaire est voisin de celui des IgE. Ces auteurs considèrent qu’il y a sécrétion d’IgE totales dans les larmes lorsque le rapport IgE dosée/IgE filtrées est supérieur à deux. Ce rapport est effectivement bien corrélé aux autres paramètres d’allergie conjonctivale [8]. En revanche, nous avons constaté l’absence de corrélation entre le dosage lacrymal quantitatif des IgE totales et celui semi-quantitatif des IgE estimé sur bandelette. La présence d’un conflit à éosinophiles appréciée par ces différents critères nous a paru utile à la prise en charge de ces KCV dont on connait la sévérité du pronostic. Les conditions de prélèvement doivent cependant être très précises et reproductibles. La mise en évidence d’une allergie conjonctivale, dont l’expression la plus convaincante est la positivité du TPC allergénique (protocole hospitalier), est importante dans ce cas. La prise en charge thérapeutique sera orientée en fonction de la présence ou non d’allergie : la désensibilisation ne peut être entreprise sans l’aval d’un TPC positif. Cette prise en charge au long cours doit surtout veiller à l’absence d’effet délétère des traitements, parmi lesquels il faut surtout insister sur la corticodépendance vis-à-vis de collyres, pourvoyeuse des complications les plus graves [9]. On sait que le pronostic visuel peut être engagé. Aussi doit-on aussi tenir compte d’une éventuelle allergie de contact chez ces patients polymédicamentés. Enfin, il faut connaı̂tre les facteurs non allergiques d’évolution de ces kérato-conjonctivites graves qu’il conviendrait plus de considérer comme les conséquences de processus immunologiques plus qu’allergiques [12]. 3. Conclusion L’exploration de conjonctivites allergiques bénéficie donc un regain d’intérêt du fait des modifications observées dans la 227 KCV. Si l’exploration allergénique de ces formes graves mérite d’être poussée pour approcher au mieux un traitement complexe et prolongé, le bilan à effectuer dans les formes bénignes, de loin les plus fréquentes, est relativement simple. Il peut être pratiqué en ambulatoire. Il doit être interprété en tenant compte de critères spécifiques à l’allergie oculaire. Quoi qu’il en soit, la collaboration entre l’allergologue et l’ophtalmologiste est nécessaire pour optimiser la prise en charge de l’allergie oculaire. 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