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CORPS ÉTRANGERS
DE NAEL MARANDIN
PRÉSENTATION AU COLLÈGE DE LECTURE B DU GREC, 2006
1
1.
INT/NUIT
CAMION
L’image est noire pendant le générique. Pourtant, on entend et on ressent des présences : des
respirations, des léger gémissements, un bruit de moteur. On comprend que nous sommes
dans la remorque d’un camion. A chaque secousse, ou virage trop serré, on entend les
réactions des passagers. A la fin du générique – l’image est toujours noire – le camion
s’immobilise, un silence d’attente et de crainte envahit le camion. Soudain la porte coulissante
de la remorque remonte bruyamment. Il fait nuit. Des lumières artificielles pénètrent dans le
camion.
2.
EXT/NUIT
ZONE INDUSTRIELLE
Toute la scène est filmée de l’intérieur du groupe, comme si la caméra était l’un des
passagers. Trois jeunes chinois avec des lampes de poche sont au pied du camion. A peine la
porte ouverte, qu’ils se mettent à crier « Kuai yidianr ! Xiache ! » et à pousser les gens hors
du camion. La panique prend les passagers (tous chinois) qui se précipitent dehors. Un des
crieurs montent dans le camion, il presse les gens à descendre. Il est précipité mais pas
violent : s’il jette sans ménagement des balluchons à l’extérieur, il aide les gens à descendre.
Une fois tout le monde descendu, il balaye le fond du conteneur avec sa lampe torche : il n’y a
plus personne. Il saute du camion, ferme la porte arrière et crie au chauffeur en donnant deux
coups sur la paroi de la remorque. Le camion démarre et disparaît dans la nuit. La panique
tient toujours les voyageurs, ils sont à la recherche de leurs proches, de leurs affaires. Malgré
l’agitation de la caméra, on remarque une jeune fille paniquée. Elle cherche quelque chose, le
trouve – c’est son sac –, l’attrape et court se cacher derrière une benne. Elle ferme les yeux et
reprend son souffle.
On découvre LIN AIYU, jeune fille chinoise d’une vingtaine d’années.
Soudain, on entend un moteur s’allumer et un véhicule s’éloigner. Lin Aiyu se lève pour
regarder : deux phares disparaissent au loin. Elle est désormais seule dans la nuit qui recouvre
la zone industrielle.
La scène n’a duré que quelques secondes.
FONDU AU NOIR
3.
EXT/MATIN
ZONE INDUSTRIELLE DE L’AÉROPORT CHARLES-DE-GAULE
Lin Aiyu marche le long d’un échangeur. A côté d’elle, la frôlant, parfois, des voitures
passent à toutes vitesses. Certaines klaxonnent au passage. Elle n’a pas l’air apeurée mais
déterminée. Au loin, on voit l’aéroport Charles-de-Gaulle et le ballet des avions.
4.
EXT/JOUR
ZONE INDUSTRIELLE
Lin Aiyu marche dans la zone industrielle. Elle est déterminée. Parfois un gros camions passe
bruyamment à côté d’elle. Le premier la fait sursauter, puis elle reste impassible au passage
des suivants.
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5.
EXT/JOUR
GARONOR
Lin Aiyu marche entre les entrepôts de Garonor. Les rues sont vides. Au loin, derrière des
grillages des hommes travaillent, chargeant et déchargeant des camions.
6.
EXT/SOIR
GARONOR
Lin Aiyu est fatiguée. Elle regarde autour d’elle. Elle cherche on ne sait quoi. Elle aperçoit
une benne à ordures accolée à un grillage, laissant un espace hors de la vue de la rue. Elle s’y
dirige, prend des cartons qui dépassent de la benne et s’aménage un petit abri. Un carton sous
elle pour se protéger du sol et un carton sur elle pour se cacher et se protéger du froid. Elle
s’installe. On la voit inquiète, ses yeux ne sont pas tranquilles, mais très vite, abattue, elle
s’endort.
7.
EXT/NUIT
GARONOR
Un aboiement dans le noir. Un museau de chien hargneux est tout proche du visage de
Lin Aiyu. Elle est tout juste protégée par le grillage qui tremble bruyamment sous la pression
du chien. Elle se réveille en sursaut, crie et se lève précipitamment. LE VIGILE derrière la
grille aperçoit la jeune fille et tente de retenir son chien tout en essayant de la rassurer.
LE VIGILE
Tout doux, tout doux… Ne vous inquiétez pas, je le tiens !
(comme elle s’éloigne, il est obligé de le dire avec force, ce qui
ne donne pas à sa phrase un ton particulièrement rassurant.) Il ne
vous fera rien !
Lin Aiyu effrayée se retourne et disparaît dans la nuit en courant.
8.
EXT/NUIT
GARONOR
Lin Aiyu se presse, épouvantée. On découvre la zone industrielle et ses lumières surnaturelles.
MUSIQUE
9.
EXT/JOUR
AULNAY-SOUS-BOIS
Lin Aiyu marche dans la rue. Un groupe de jeunes la suit écoutant de la musique depuis
l’autoradio d’une voiture la suit du regard. Elle presse le pas.
10.
EXT/JOUR
ZONE INDUSTRIELLE DU BOURGET
Lin Aiyu marche dans un quartier industriel désaffectée. Elle n’est plus très fraîche, ses habits
sont sales. Une voiture – une vieille R5 dans un état moyen – la dépasse, s’arrête puis fait
marche arrière. Elle regarde la voiture avec appréhension. Quand elle arrive à son niveau,
l’homme au volant baisse la vitre et s’adresse à elle avec un ton chaleureux. Il a la trentaine,
les cheveux et le regard sombre. Il est sale et fatigué comme un homme qui a travaillé de
longues heures. On reconnaît le vigile de la veille.
3
FELIPE
Je suis désolé pour hier soir. Il ne vous voulait pas de mal, vous
savez. Vous cherchez quelque chose ? Il n’y a rien ici.
Elle reste interdite pas rassurée.
FELIPE
Je peux vous emmenez quelque part ? N’ayez pas peur !
Il ouvre la portière et indique le siège de sa main droite.
FELIPE
Dîtes-moi juste où vous voulez aller, je vous emmène. J’ai tout
mon temps, j’ai finis ma journée.
Il l’invite à nouveau d’un geste. Elle hésite un instant, mais fataliste par fatigue, elle monte
dans la voiture.
11.
EXT/JOUR
ENTRE LE BOURGET ET AUBERVILLIERS
La voiture roule dans la banlieue nord. Elle passe devant des vieilles bâtisses, vestiges des
villages de la Plaine de France, devant des barres modernes ou des usines en fin de vie. Elle
monte sur l’autoroute suspendue. Au loin apparaît le Stade de France.
12.
INT/JOUR
VOITURE DANS LES ENVIRONS DU STADE DE FRANCE
Felipe conduit. Lin Aiyu à sa droite l’écoute en regardant autour d’elle.
FELIPE
Vous ne m’avez pas dit où vous voulez que je vous emmène ?
(Temps puis montrant du doigt.) C’est là que j’ai passé mon
enfance. Pas dans ces bâtiments modernes. Derrière. Avant là, il
y avait un vieux quartier. La petite Espagne ! C’était pas aussi
moderne que ça, c’était pas aussi joli, mais ça avait de la
gueule ! Ça avait de la vie ! Ça c’est le grand stade ! Le Stade de
France comme on dit maintenant. J’y bosse parfois. Enfin, la
société pour laquelle je bosse m’y envoie des fois qui y’a des
matchs ou des événements. Ce qui chiant, c’est quand y’a un
match, on peut pas le regarder. Au moins quand il y a un
concert, on peut l’écouter… Remarque, on l’entend jusqu’à la
Porte de la Chapelle.
Felipe parle avec une voix calme et posée. Bien qu’elle ne comprenne rien, Lin Aiyu est
rassurée et portée par sa voix chaude.
FELIPE
Tu comprends rien à ce que je dis hein ? Tu sais je comprends ta
situation. Quand j’étais ado, je suis allé en Espagne et tu sais pas
quoi ? Quand je me suis mis à parler, personne ne me
comprenait. Ouais, la langue que m’avait appris mes parents
n’était pas l’espagnol qu’était parlé en Espagne. T’imagines ! Et
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quand j’ai dit ça à mon vieux, il m’a engueulé en demandant si
je croyais qu’un petit morveux comme moi avait l’intention de
lui apprendre la langue de son pays ! J’aimerais bien aller dans
les tribunes un jour.
Temps
FELIPE
Son pays... Quel narvalo, c’était la porte à côté. Il en parlait tout
le temps mais n’a jamais eu les couilles d’y retourner….
(s’adressant soudain à Lin Aiyu) C’est moi qui l‘est ramené.
Mille bornes avec le cercueil de son père, je le souhaite à
personne. (avec un sourire triste) Surtout dans une R5 pourrie !
Paraît que les Chinois (il marque un temps, hésite, puis reprend)
qu’en Chine vous mangez du chat, c’est vrai ? Pas moyen de
savoir où tu veux aller alors.
La nuit tombe sur la banlieue nord alors que la voix de Felipe continue de se faire entendre.
13.
EXT/SOIR
SAINT-DENIS
La voiture roule dans le crépuscule.
14.
EXT/SOIR
UNE MAISON PRÈS DES VOIES FERRÉES / SAINT-DENIS
La voiture se gare devant une minuscule maison sans étage.
15.
INT/SOIR
MAISON FELIPE
Lin Aiyu et Felipe sont tous les deux gênés, pour des raisons différentes. Elle est embarrassée
de rentrer dans une maison qu’elle ne connaît pas, qui plus est, celle d’un homme. Quant à lui,
il n’a pas trop réfléchi à ce qu’il faisait et doit maintenant faire face à une fille chez lui. Il est
bien conscient de ce que pourrait laisser croire une telle situation et a peur que la jeune fille se
fasse des illusions sur ses intentions. Simultanément, il n’est pas insensible au charme
farouche et exotique de la jeune fille.
La maison est celle d’un célibataire, des habits et des assiettes et une canette de bière traînent
ça et là. De la vaisselle s’entasse dans l’évier. Le lit n’est pas fait. La décoration est sommaire
parmi laquelle on aperçoit de nombreux éléments espagnols : une affiche d’une feria, une
affiche pour la soirée du Hogar de Saint-Denis, une photo du service militaire, une peinture…
Le tout donne une impression de propreté sommaire.
Felipe embarrassé par l’état de sa maison, commence à ranger fébrilement le plus voyant.
Lin Aiyu, touchée par ce spectacle, sourit et passe le pas de la porte qu’elle n’avait pas quitté
depuis de début de la scène.
FONDU AU NOIR
5
16.
INT/NUIT
MAISON FELIPE
Lin Aiyu enjouée sort de la douche, se sèche les cheveux. Elle est vêtue d’un caleçon et d’un
T-shirt d’homme appartenant sans aucun doute à Felipe. Ce dernier vient de refaire le lit avec
des draps propres. On voit qu’il se prépare à aller se coucher aussi mais on voit à l’oreiller et
au duvet qu’il tient dans ses bras et à sa gêne qu’il ne sait pas encore trop où.
Elle parle avec plaisir (Elle lui raconte les soirées chez elle en Chine, les cérémonials de
bonne nuit avec sa famille). Il lui indique le lit. Elle remercie et s’y installe. Avec naturel, elle
lui prend l’oreiller des mains et l’installe à côté d’elle. Felipe gêné mais heureux regarde la
place qu’elle lui a préparé dans le lit.
17.
INT/NUIT
MAISON FELIPE
Ils sont tous les deux au lit. La lumière est éteinte. De temps à autre, on entend un train passer
et une lumière balaye l’obscurité. Lin Aiyu dort sur le côté tournant ainsi le dos à Felipe qui
est étendu, les bras sous la tête.
Il n’arrive pas à dormir, gêné par cette présence inhabituelle dans son lit.
Soudain, il entend un sanglot. Il se tourne vers elle. Embarrassé, il pose sa main sur l’épaule
de la jeune fille, tiraillé entre l’envie de la réconforter et la peur de s’immiscer dans son
intimité. Alors que les pleurs se font de plus en plus lourds, il se rapproche d’elle et la prend
dans ses bras. Elle s’y blottit.
LIN AIYU
Wo xiang wode fumu. Wo xiang jia. Wo xiang wode mama.
Weishenme laile zheli?
FELIPE (en essayent de la réconforter comme il peut)
Ça va aller. Dors contre moi, ça ira mieux demain.
Il veut la consoler. Et le désir monte en lui. Il aimerait lui montrer qu’il respecte sa peine,
qu’il la respecte mais comment contrôler son élan. Il l’embrasse délicatement sur le front. Elle
se laisse faire. Après un temps, indécis, il l’embrasse à nouveau. Cette fois à plusieurs
reprises. Il l’embrasse sur la bouche, elle le lui rend. Les baisers sont de plus en plus vifs.
Rapidement mais sans précipitation. Il se et la déshabille. Ils commencent à faire l’amour.
Elle gémit doucement. Derrière le plaisir, elle pleure.
18.
INT/PETIT MATIN
MAISON FELIPE
Felipe se lève sans bruit et s’habille. Avant de partir, il embrasse Lin Aiyu qui se réveille.
FELIPE
Je rentre ce soir vers 19 heures. Tu peux rester là si tu veux.
Face à son incompréhension, Felipe fait des gestes pour lui indiquer qu’il n’y a aucun
problème si elle reste ici.
FELIPE (posant une clé à côté du lit)
Tiens si tu veux aller te balader.
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Elle sourit et se tourne pour se rendormir. Felipe sort.
19.
EXT/PETIT MATIN
MAISON FELIPE
Felipe monte dans sa voiture et s’éloigne.
20.
EXT/CRÉPUSCULE
MAISON FELIPE
Même cadre. Le soir tombe. La voiture de Felipe arrive et se gare. Il sort fatigué de sa journée
de travail. Il se demande si elle sera à la maison et s’approche dans l’expectative.
21.
INT/SOIR
MAISON FELIPE
Felipe entre. La maison est rangée et nettoyée. Lin Aiyu lui fait la fête. Il n’en revient pas, miamusé, mi-dérangé mais surtout attiré par cette demoiselle en T-shirt et en caleçon. Ils
s’embrassent, se déshabillent et font l’amour debout. Felipe est surpris puis enivré de la
disponibilité de la jeune fille.
22.
EXT/SOIR
QUARTIER DE LA PETITE ESPAGNE
Felipe enjoué marche dans la rue Cristino Garcia. Il tire Lin Aiyu par la main. En arrière-plan,
on voit le Stade de France.
23.
EXT/SOIR
HOGAR DES ESPAGNOLS DE LA PLAINE.
Lin Aiyu et Felipe entrent.
24.
INT/SOIR
HOGAR DES ESPAGNOLS DE LA PLAINE.
La salle est pleine de personnes âgées. Lin Aiyu et Felipe entrent. Il salue chaleureusement et
en espagnol les quelques personnes dans la salle. Des regards curieux et pas spécialement
chaleureux se posent sur ce couple « mal assorti ».
Felipe parle à tous les gens qu’il voit, il semble les connaître tous. A chacun, il présente
Lin Aiyu, plus comme un trophée qu’une personne. Aux plus jeunes, il la présente comme
« une amie » avec un sourire très explicite.
Il commande une bière au comptoir, commence à parler avec son voisin, beaucoup plus âgé
que lui. Felipe lui offre à boire. Il est clairement en représentation. Il semble oublier que
Lin Aiyu ne comprend pas ce qu’il dit. Elle a l’air de bien s’amuser, et cette réaction de sa
part, l’encourage encore d’avantage.
FELIPE (prenant l’homme à sa droite par l’épaule)
Lui, c’est Sisto ! Il m’a vu grandir. Tous ici m’ont vu grandir !
Je suis né à deux rues d’ici !
SISTO a la gouaille du vieil ouvrier, mais semble également perdu dans un brouillard
attribuable soit à sa vieillesse soit au rouge qu’il sirote, à moins que ce soit aux deux.
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SISTO
Il m’a pissé sur le genou este maricon !
La phrase sort mécaniquement, comme s’il la disait à chaque fois qu’il voit un plus jeune que
lui. Il a l’air un peu dépassé par les événements. Felipe voit quelqu’un passer. Il abandonne le
comptoir, pour aller le saluer.
FELIPE
Je te présente une amie, Linaillu, mon amie ! Lin, je te présente
Carlos. (en insistant sur chaque syllabe pour qu’elle comprenne)
CAR-LOS !
CARLOS
Felipe, tu fais chier. On est pas là pour rigoler. Il faut vraiment
qu’on s’organise.
Ils s’assoient tous à une table où étaient déjà assis 3 hommes de l’âge de Felipe et Carlos. Ils
se saluent. L’attitude de Felipe dénote avec celles des autres concentrés, l’attention tendue
vers Carlos. Lin Aiyu s’est assise également. Personne ne fait attention à elle. Désœuvrée, elle
remarque la boîte de cure-dent devant elle. C’est une boîte chinoise ! Elle s’en empare et
commence à lire ce qui est écrit dessus. La caméra reste sur la boite de cure-dent.
CARLOS
Si on veut pas sa faire avoir, il faut que nous les Espagnols, on
se serre les coudes !
25.
INT/NUIT
MAISON FELIPE
Felipe et Lin Aiyu passent la porte. Il fait le mariolle, joue et l’embrasse. Il est joyeux sans
être saoul. Elle s’amuse aussi. Elle a l’air heureuse.
Ils continuent de s’embrasser en se déshabillant.
26.
INT/JOUR
MAISON FELIPE
Felipe se lève avec difficulté pour aller au travail. Il est apparemment très tôt. Lin Aiyu se
lève aussi. Elle va au frigidaire, sort une petite brique de jus de fruit et attrape des gâteaux,
qu’elle lui tend. Il est mi-amusé, mi agacé.
FELIPE
Ah non, on les a acheté pour toi, pas pour moi ces trucs là ? Tu
sais que c’est dégueulasse !
Elle lui tend à la bouche, il rigole.
FELIPE
Ça va, je peux me nourrir tout seul !
Son ton amusé l’incite à continuer, elle veut presque lui mettre la paille dans la bouche.
Soudain il s’énerve.
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FELIPE
Oh c’est bon !
Comme un enfant ou un animal pris en faute, elle se rétracte, se recroqueville et recule. Il s’en
aperçoit, essaye, à contrecœur de la consoler.
FELIPE (en lui passant la main sur la joue)
C’est bon, c’est pas grave ! Tiens regarde, je les prends. Bon
aller, je dois partir au boulot ! Ce soir je rentre tard, j’ai une
soirée avec des amis. C’était prévu de… Oh et puis merde, tu
comprends rien de toutes façons.
Elle le regarde s’en aller. Elle a l’air coupable.
27.
INT/JOUR
MAISON FELIPE
Lin Aiyu récure la maison, nettoie le linge tout en jouant avec les objets.
28.
INT/SOIR
MAISON FELIPE
Dans la maison, pratiquement rangée, nettoyée et réorganisée (des meubles ont été changé de
place), Lin Aiyu guette le retour de Felipe. Il ne rentre pas
29.
INT/NUIT
MAISON FELIPE
Lin Aiyu guette à la fenêtre. A la vue des phares striant la nuit, elle se précipite dans le lit et
fait semblant de dormir. Felipe entre. Il voit qu’elle dort et fait attention à ne pas faire de
bruit. Quand il voit, l’état de l’appartement, il ne peut retenir un geste d’agacement. Il se
glisse dans le lit à côté d’elle.
FELIPE (en murmurant et commençant à la caresser)
Mais tu te prends pour qui putain !
Elle fait semblant de se réveiller et se retourne en boudant.
LIN AIYU
Wo bu xihuan ni le ! Bie zhao wo !
FELIPE
Allez, tu vas pas faire ta difficile ! Mmmmh !
LIN AIYU
Ni zhen xihuan wo ma ?
Elle commence à pleurer. Il la prend dans ses bras et tente de la consoler. Désamorcé, il la
serre contre lui et tente de donner à sa voix le ton le plus rassurant et le plus chaleureux. Il
l’embrasse entre chaque phrase.
FELIPE
Ca va aller. Schhhhh… Je vais prendre soin de toi. J’ai jamais
cru que j’aurais le droit à une femme aussi belle que toi. Je te
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trouve sur le bord de la route alors que je croyais que ma vie, ça
serait toujours la même merde quotidienne. Tu m’as été donnée,
j’vais pas te laisser partir. Mais putain, t’as pas à tout ranger
comme ça. Allez…
Ils s’installent pour dormir.
30.
INT/MATIN
MAISON FELIPE
Felipe est affalé dans un fauteuil. Lin Aiyu, assise par terre, a la tête posée sur ses cuisses.
FELIPE
Au boulot, c’est que des barres de fer et des pinces-étau. Ils
augmentent les heures de boulot et ils nous payent moins. C’est
le seul moyen pour sauver la boite. Le seul moyen pour qu’ils
s’en foutent plain les poches oui ! Carlos a ouvert sa grande
gueule et ils l’ont jeté. Ils ont pas le droit mais personne n’a
ouvert sa gueule. Je lui avais bien dit que ça lui apporterait que
des problèmes ses conneries. Mais putain, c’est contre la loi. Tu
sais Carlos, on l’a vu l’autre soir. En même temps, on sait tous
que si on l’ouvre et qu’on se fait virer, y’aura plus une boite du
93 qui nous engagera. Mais putain ! C’est pire que quand mes
parents ils étaient ici ! J’imagine que c’est toujours mieux que
chez toi.
LIN AIYU
Wo bu zhidao you shenme shi, haoxiang, ni bu gaoxing ya.
FELIPE
T’as compris ?
Elle rigole pour essayer de lui remonter le moral.
FELIPE
Putain... t’as rien compris c’que j’te raconte. Je suis là à
m’occuper de toi alors que je devrais être avec les gars du
boulot… Putain mais qu’est-ce que tu fous là ? hein ! Je t’ai
jamais demandé de venir chez moi et je t’ai jamais dit qu’tu
pouvais rester. Tu te crois où ? Et j’en ai marre que tu restes là à
sourire comme une conne ! Putain de merde ! Tu me fais chier !
Tu comprends ? Mais non tu comprends pas ! Et j’en ai marre
que tu comprends rien !
Elle se renfrogne, ne sait trop comment réagir. Elle va vers l’évier ;
FELIPE
C’est ça va faire la vaisselle ! J’en ai marre que tu fais tout
comme ça. Mais putain c’est plus chez moi là. Je retrouve rien.
Même moi je me retrouve pas. Putain mais je fais quoi là ?
Regarde moi. T’es bien gentille de tout faire comme ça et de me
sucer tout le temps. J’étais déjà assez gentil de t’accueillir.
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Qu’est-ce que tu veux de plus ? Pourquoi tu fais tout ça comme
ça ? Qu’est-ce que ça veut dire hein ? Qu’est-ce que je peux
faire de plus ? Putain mais réagis merde !
Il crie sur Lin Aiyu, crie sur lui-même aussi, on ne sait au quel des deux cette explosion fait le
plus mal. Muette, les yeux baissés sur l’évier, elle continue. Il s’emporte, l’attrape par le bras
et l’emporte dans le salon, il lui désigne ses affaires posées et bien rangées dans un coin. Il n’a
aucun mal à déplacer son corps frêle. Ses gestes n’ont même pas à être violents.
FELIPE
Allez, casse-toi ! Prends tes affaires et tire-toi !
Il fourre ses affaires dans le sac et les fait passer le seuil de la maison.
31.
EXT/MATIN
DEVANT LA MAISON FELIPE
Lin Aiyu arrange son sac et s’assoie dessus. Son visage est impassible. On ne sait ce qu’elle
pense. Elle regarde vers la maison impassible. Un seul plan filmé depuis l’intérieur de la
maison.
32.
EXT/MATIN
DEVANT LA MAISON FELIPE
Felipe sort de chez et monte dans sa voiture. Il ne jette aucun regard à Lin Aiyu.
33.
INT/MATIN
VOITURE DE FELIPE
Felipe au volant de sa voiture s’éloigne. A travers la vitre arrière, on voit Lin Aiyu toujours
impassible.
34.
EXT/JOUR
RUE
Lin Aiyu marche. Sa démarche traînante contraste avec le pas décidé des premières
séquences.
Elle tourne à un angle et s’ouvre devant elle une ruelle bordée de part et d’autre part
d’innombrable magasins chinois de vente de textile en gros.
35.
EXT/JOUR
RUE
Lin Aiyu sort du magasin. La lumière est différente, on sent que du temps a passé. Elle est
accompagnée du commis qui lui indique quelque chose du doigt. Lin Aiyu tourne au loin.
36.
EXT/MATIN
GARE DES GRÉSILLONS
Lin Aiyu entre dans la gare de RER.
37.
EXT/MATIN
GARE DES GRÉSILLONS
Lin Aiyu passe le portillon du RER.
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38.
INT/MATIN
RER
Lin Aiyu passe la porte. On la suit jusqu’à sa place.
39.
INT/MATIN
RER
Gros plans successifs du visage de Lin Aiyu. On voit le paysage défiler sur son visage par le
jeu des ombres et des lumières changeantes. Puis le train rentre dans les couloirs souterrains.
On voit son reflet dans la vitre. Puis le train remonte à la surface.
Soudain son visage s’éclaire, la caméra « pannote », le train traverse la Seine et on aperçoit la
tour Eiffel.
40.
INT/MATIN
GARE RER CHAMPS DE MARS – TOUR EIFFEL
La porte s’ouvre. Lin Aiyu, prise dans la foule, descend. A peine a-t-elle passé la porte qu’elle
disparaît : quelqu’un s’est interposé entre elle et la caméra. La caméra suit des voyageurs, la
foule est différente, on la voit plus riche, plus diversifiée. On avance dans la station suivant
des corps en mouvement, on sort de la gare jusque dans la rue, là encore on suit quelques
passants, jusqu’à tomber sur Lin Aiyu de l’autre côté de la rue, les yeux levés vers la Tour
Eiffel, fascinée. Le plan se gèle.
GENERIQUE
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