Les avantages d`un suivi en éducation pour les chiens de refuge

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Les avantages d`un suivi en éducation pour les chiens de refuge
Les avantages d’un suivi en éducation
pour les chiens de refuge
Par Charlotte Duranton, éthologiste à l’Association AVA et doctorante Université Aix-Marseille.
L’association AVA travaille avec des éducateurs canins : nous avons notre éducateur canin présente
au quotidien, qui forme les membres de l’équipe sur le terrain. L'ensemble de l'équipe participe à la
rééducation comportementale des chiens du refuge. Il y a également des stagiaires et leur formatrice
qui viennent tous les ans et qui réalisent du travail d’obéissance et de la rééducation avec plusieurs
chiens. Tout ce travail se fait en utilisant uniquement des méthodes positives, c’est à dire sans
violence et en récompensant les chiens pour leurs bons comportements (avec des friandises,
caresses, jeux…). Nous privilégions les méthodes respectueuses car il a été montré que leur
utilisation augmente l’attention que portent les chiens aux humains (Deldalle & Gaunet, 2014) ainsi
que leur performance en obéissance (Hiby et al. 2004) ; et induit une diminution des problèmes de
comportements (Herron et al. 2009), des comportements de peur dans des nouvelles situations
(Rooney & Cowan, 2011) et vis-vis des humains (Haverbeke et al. 2010).
Au refuge AVA nous recherchons avant tout à offrir aux chiens que nous hébergeons des conditions
de vie aussi bonnes que possible. Or, on sait que les chiens de refuge souffrent d’un manque de
contacts avec les humains (Kiddie & Collins, 2015 ; Taylor & Mills, 2007). Avoir des éducateurs canins
en plus du personnel de soigneurs permet d’augmenter les interactions avec des humains, et
améliore ainsi le bien-être et la qualité de vie des chiens (Kiddie & Collins, 2015). Le travail de
l’éducateur permet aussi aux chiens de s’adapter à l’environnement de vie du refuge (Kiddie &
Collins, 2015 ; Tuber et al. 1999). En effet, être éduqués implique pour les chiens des sorties, des
interactions, des stimulations physiques et mentales, et favorise la lutte contre l’ennui, l’excitation
ou le stress (Kiddie & Collins, 2015). L’éducateur canin apprend aux chiens des ordres d’obéissances
simples mais très utiles, comme le « assis » sur commande (Luescher & Medlock 2009 ; Tuber et al.
1999).
Si les chiens sont entrainés à s’asseoir sur commande, cela peut faciliter leur quotidien avec les
soigneurs et promeneurs. Par exemple, ils peuvent demander au chien de s’asseoir avant de rentrer
dans son enclos, avant de lui poser sa gamelle au sol, ou encore lui demander de s’asseoir pour
attendre calmement qu’on lui mette une laisse avant la promenade.
Dans un programme d’éducation pour les refuges, Tuber et ses collègues (1999) ont mis en évidence
qu’avoir des séances d’éducation régulières permet aux chiens craintifs et réservés d’associer les
humains à des interactions positives. Pour les chiens trop exubérants qui ont du mal à être contrôlés,
les auteurs proposent que cela va non seulement leur fournir une activité mentale mais aussi leur
apprendre à se canaliser (Tuber et al. 1999). Les éducateurs canins peuvent aussi apprendre (ou
réapprendre) aux chiens à se laisser soigner. Apprendre à un chien à se laisser toucher les oreilles
pour qu’on puisse lui mettre des gouttes, à se laisser tondre pour qu’on lui enlève des nœuds, ou à
se laisser mettre une muselière pour se faire examiner par le vétérinaire, etc. Cela est essentiel pour
que le personnel puisse travailler en toute sécurité, et pour réduire au maximum le stress des chiens.
De plus, tous ces aménagements ont un impact direct sur les futures adoptions des chiens hébergés
au refuge AVA. Tout d’abord, il a été montré qu’avoir des éducateurs canins qui travaillent en positif
augmente l’intérêt que les chiens de refuge portent aux humains inconnus, et donc aux potentiels
adoptants (Arhant & Troxler, 2014). Il a également été montré que les adoptants choisissent leur
chien en se basant sur son comportement dans l’enclos, et ne demandent à le voir à l’extérieur que
pour confirmer leur choix potentiel (Protopopova & Wynne, 2014). Le critère principal que les gens
retiennent pour adopter un chien, c’est son tempérament, son attitude, avant son physique, son
sexe ou son âge (Protopopova & Wynne, 2014 ; Protopopova et al. 2012). Ainsi, il est important
d’éduquer le chien pour que son comportement l’aide à être remarqué par les potentiels adoptants
(Luescher & Medlock, 2009). Peu de gens vont avoir envie d’adopter un chien qui présente des
comportements d’excitation, d’aboiements ou de crainte (Protopopova & Wynne, 2024 ; Tuber et al.
1999).
C’est pour cela qu’entrainer un chien à venir à l’avant de son enclos au lieu de rester au fond, à ne
pas aboyer ni sauter lorsque des personnes s’approchent, ou encore à s’asseoir devant le grillage
lorsqu’il y a des visiteurs, est fortement conseillé et a un impact positif sur les chances d’adoptions
(Kiddie & Collins, 2015 ; Luescher & Medlock, 2009 ; Protopopova et al. 2012 ; Tuber et al. 1999).
D’ailleurs, lorsqu’on lui présente un chien, on sait qu’une personne décide de l’adopter ou non de
façon très rapide : en moyenne en 20 à 70 secondes devant l’enclos (Wells & Hepper, 2001), et si les
gens souhaitent ensuite voir le chien à l’extérieur pour interagir avec lui, la durée moyenne
d’interaction est assez courte, environ 8 minutes (Protopopova & Wynne, 2014). Les comportements
du chien hors de l’enclos sont alors vraiment très importants, car c’est là que les adoptions peuvent
être finalisées. Il est donc essentiel que l’éducateur ait pu apprendre aux chiens à ne pas avoir peur
des inconnus par exemple, car les chiens qui répondent peu aux invitations au jeu ont un plus faible
succès d’adoption (Protopopova & Wynne, 2014). Et inversement, les chiens qui s’approchent des
gens, essaient de les lécher, et passent beaucoup de temps allongés près d’eux ont plus de chances
d’être adoptés (Protopopova & Wynne, 2014 ; Weiss et al. 2012). C’est d’ailleurs le travail privilégié
au refuge AVA : travailler le relationnel des chiens avec les humains, le fait qu’ils soient à l’aise en
présence d’humains et qu’ils les associent à du positif. Enfin, pour les chiens qui sont moins à même
de se faire adopter (chiens âgés, de certaines races, ou handicapés), l’éducateur canin peut leur
apprendre des petits tours et les prendre en photo, augmentant ainsi le capital sympathie des gens
pour ces chiens, et augmentant ainsi leur probabilité d’adoption (Tuber et al. 1999).
Enfin, éduquer les chiens durant leur séjour au refuge AVA est important pour améliorer la transition
dans leur nouvelle famille. Dans leur étude, Tuber et al. (1999) ont instauré la mise en place d’une
pièce semblable au salon d’une maison, et ont fait venir les chiens régulièrement dedans. Là, ils
pouvaient apprendre à ne pas sauter sur les gens pendant qu’ils étaient assis sur le canapé, ou ils
pouvaient apprendre à aller dans leur panier, à rester seul en étant calme. Dans une autre étude,
Luescher et Medlock (2009) ont également mis en place un programme d’éducation pour que les
chiens apprennent à porter un harnais et à marcher en laisse sans tirer, facilitant ainsi les
promenades avec les futurs adoptants. Ainsi, à AVA, selon les problématiques et selon les chiens,
nous mettons autant que possible le savoir faire des éducateurs canin afin de favoriser l’adaptation
du chien au nouvel environnement que sera sa future famille. De plus, les chiens éduqués en positifs
auront plaisir à être entrainés, et auront ensuite plaisir à apprendre de nouvelles choses avec leur
nouveau maitre (Luescher & Medlock 2009), favorisant ainsi la création d’un lien entre eux. Enfin, la
présence d’un éducateur canin va permettre aux adoptants de recevoir des conseils d’éducation
lorsqu’ils adoptent un chien, pour continuer un travail mis en place ou simplement pour que l’arrivée
dans la nouvelle famille se passe bien (Luescher & Medlock 2009).
C’est pour toutes ces raisons qu’à AVA, nous estimons qu’il est essentiel que nos chiens soient suivis
par des éducateurs canins tout au long de leur séjour chez nous.
Références scientifiques utilisées pour rédiger cet article :
Arhant, C., Troxler, J. 2014. Approach behavior of shelter dogs and its relationship with the attitude
of shelter staff to dogs. Applied Animal Behaviour Science, 160, pp. 116-126.
Deldalle, S., Gaunet, F. (2014). Effects of 2 training methods on stress-related behaviors of the dog
(Canis familiaris) and on the dog-owner relationship. Journal of Veterinary Behavior, 9, pp. 58-65.
Haverbeke, A., Messaoudi, F., Depiereux, E., Stevens, M., Giffroy, J.M. & Diederich, C. 2010. Efficiency
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Herron, M.E., Shofer, F.S. & Reisner, I.R. 2009. Survey of the use and outcome of confrontational and
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Hiby, E.F., Rooney, N.J. & Bradshaw, J.W.S. 2004. Dog training methods: their use, effectiveness, and
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Kiddie, J., Collins, L. 2015. Identifying environmental and management factors that may be associated
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Luescher, A. U., Medlock, R. T. (2009). The effects of training and environmental alterations on
adoption success of shelter dogs. Applied Animal Behaviour Science, 117, pp. 63-68.
Protopopova, A., Gilmour, A. J., Weiss, R. H., Shen, J. Y., Wynne, C. D. L. 2012. The effects of social
training and other factors on adoption success of shelter dogs. Applied Animal Behaviour Science,
142, pp. 61-68.
Protopopova, A, Wynne, C. D., L. (2014). Adopter-dog interactions at the shelter: behavioural and
contextual predictor of adoption. Applied Animal Behaviour Science, 157, pp. 109-116.
Rooney, N.J. & Cowan, S. 2011. Training methods and owner-dog interactions: links with dog fff
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Tuber, D. S., Miller, D. D., Caris, K. A., Halter, R., Linden, F., Henessy, M. B. (1999). Dogs in abimal
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Weiss, E., Miller, K., Mohan-Gibbons, H., Vela, C., 2012. Why did you choose this pet? Adopters and
pet selection preferences in five animal sheltersin the United States. Animals, 2, pp. 1–17.