Guillaume - Reims Scènes d`Europe
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Guillaume - Reims Scènes d`Europe
DESERTION (JOUR 0) : DIEU, SI C'EST UNE FEMME Imaginons... après un repas un peu trop copieux et franchement arrosé entre amis : petite insomnie dans ma chambre d'étudiant sinon "ravagée", quelque peu "délabrée". Internet, mon compagnon d'arme pour tuer chacune des minutes qui s'étirent sur au moins toute la longueur de la bande de Gaza. J'enchaîne notamment les vidéos mettant en scène des femmes blondes aux formes généreuse (ça fait hétéro) et consulte un comparateur de vols pour un Paris - Tel Aviv direct, ne-passez-pas-par-la-case-départ-ne-touchez-pas-20.000francs. Morphée (ou une quelconque autre héroïne) fini par l'emporter... Le spectacle - j'ai plutôt envie d'écrire le "show" - peut alors commencer. Me voici habité par les voix des prophètes du "plus-qu'ancien-Testament", génial préquel ante-Génésiens en trois partie (une trilogie quoi) que seul un Georges Lucas ou les géniaux Clément Bondu et Julien Allouf pouvaient pondre. La première partie semble un rêve éveillé où le comédien, dans toute sa sexytude, vêtu d'un unique caleçon, se mire dans le miroir et se demande non pas si il est le plus beau (on a quand même eu peur...) mais pourquoi Israël, pourquoi la guerre et que c'est bien dommage que le monde soit moche. Puis le rideau tombe, les basses retentissent, la batterie s'enflamme, et ça fume, et ça fume... Début du concert (oui parce qu'en fait, les 3 quarts et demi du spectacle sont un concert). On croit reconnaître les BBrunes mais c'est une autre idole des cours de lycée si on en croit les applaudissements fournis à la fin du spectacle, qui fait son apparition : Clément Bondu et son boys band. Lucky Luke et les Daltons qui auraient finalement été élevés ensemble par les Le Quesnoy à Neuilly délaissant la country pour un style plus rock puissamment (décibels) doux (mélodies) tout en revendiquant un air mi-hipster, mi-geek. Franchement, la musique se laisse volontiers écouter mais peut être l'apprécierait-on encore plus si, bien accoudé à son zinc préféré, une blonde bien savoureuse au bout du bras venait nous rafraîchir et nous faire oublier que côté paroles, on tourne un peu en rond. En parlant d'oublier, notre ami semi-naturiste de la première partie, bien que non musicien, sait se faire remarquer. Le voici qui se venge sur son oreiller et fait virevolter un milliard de plumes. Après tout, on ne suffoquait sûrement par encore assez. Une spectatrice au bord du malaise est évacuée. Heureusement, un peu moins de deux heures plus tard (qui m'ont paru 7 jours, voire 7 ans au Tibet), cette chose a une fin. Si vous avez trouvé certaines de mes remarques sexistes, rassurez-vous je serais le premier à bien vouloir valider la thèse des Bondu-Allouf : [Attention Spoiler] Dieu est une femme ! Enfin... non en fait Dieu, c'est Conchita Wurst... Enfin non, le texte dit que Dieu c'est une femme mais la proposition du comédien se rapproche plus d'une évocation de la femme à barbe grande gagnante de l'Eurovision. Avant-gardiste ? Libertaire ? Peut-être l'acteur aura-t-il trouvé du plaisir voire un engagement à se travestir en femme (la proposition est intéressante, vraiment) mais n'aura-t-il pas voulu sacrifier sa barbichette de jolis minois parisien (dommage pour l'art, la dramaturgie et plus simplement le sens...). Finalement un spectacle plus pop et toc que rock, où les artistes semblent plus intéressés à se regarder eux-mêmes qu'à partager quelque-chose avec le public. Il y a dans cette équipe ce zeste de suffisance et de posture que l'on reproche souvent aux acteurs fraîchement formés des plus grandes écoles de théâtre et conservatoire nationaux, trop beaux, trop lisses. Pourtant, dans cette même édition du Festival nous avons vu un parfait contre-exemple dans le travail de Rémy Barché avec les élèves de la prestigieuse école du TNS ; ils nous ont offert Stoning Mary, assurément l'un des plus beaux moments de Reims Scènes d'Europe 2016. C'est que le ver, ou bien le fruit, doit être ailleurs. Surtout qu'on n'était quand-même pas venu à un concert au départ ! Auteur : Guillaume. Crédit photo © L'Impossible