L`image des Principautés Roumaines au début du XIX - DOCT-US
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L`image des Principautés Roumaines au début du XIX - DOCT-US
Ştiinţe socio-umane 107 L’image des Principautés Roumaines au début du XIX-ème siècle dans la correspondance privée de Christine Reinhard Violeta-Anca EPURE Université « Ştefan cel Mare » Suceava, Roumanie [email protected] Abstract: This study presents the Romanian Principalities at the beginning of the XIX century from the point of view of Christine Reinhard, the wife of French consul, Charles Frédéric Reinhard. The period of four months (July – November 1806) allowed the wife of French diplomat to discover different aspects of Romanian society: economy, society, politics, etc. The private correspondence she sends to her mother, Sofia Reimarus from Hamburg, is very important for the reconstruction of the South-Eastern European, in general, and Romanian realities, in particular. Keywords: Christine Reinhard, private correspondence, vision, the Romanian Principalities. Les relations des étrangers qui sont entrés en contact avec les réalités roumaines au début du XIX-ème siècle, soient elles des rapports consulaires, de la correspondance diplomatique des représentants des grandes puissances ou des histoires de voyage, représentent des sources historiques d’importance majeure et offrent une image extrêmement intéressante et nuancée des événements et des faits au milieu desquels ou sur lesquels les expéditeurs communiquaient leurs impressions «à chaud». Les témoignages documentaires des voyageurs français1, qui soit ont traversé le territoire des Principautés, soit ont résidé pour une certaine période de temps dans ces parages, présentent un réel intérêt et ont une valeur historique certaine, même si leurs récits sont parfois superficiels, autrefois sporadiques et le 1 « Les relations que les étrangers qui sont passés le long du temps par nos pays et qu’on nomme d’habitude des voyageurs, quoique la condition et les intérêts qui les ont apporté chez nous sont extrêmement variés, comprennent une grande richesse de nouvelles concernant les divers aspects de l’existence de jadis du peuple roumain. Elles s’arrêtent souvent sur les richesses du pays et sur la manière dans laquelle celles-ci sont mises en valeur, sur l’aspect des villes et de la population, sur la manière de vivre des différentes classes sociales et sur les relations entre celles-ci, sur l’organisation d’Etat et les obligations imposées par l’Empire Ottoman, sur les phénomènes de culture et d’art. » M. Berza, Cuvânt înainte à Călători străini despre ţările române, le I-er volume, Bucureşti, 1968, p. VI; Paul Cernovodeanu, „Importanţa corpusului de călători străini pentru istoria Ţărilor Române în prima jumătate a secolului al XIX-lea”, in Revista Istorică, tome III, no. 11-12, 1992, pp. 1091-1092. plus souvent, peuvent paraître subjectifs et même malveillants. Parmi les étrangers qui ont traversé et même sont restés pour quelque temps dans les Principautés Roumaines au début du XIX-ème siècle se trouve Christine Reinhard (1773-1815), la femme du consul français, Charles Frédéric Reinhard (1761-1837). Celui-ci avait épousé Christine, la fille du philosophe Hermann Samuel Reimarus le 12 octobre 1796, à l’époque où il avait occupé la fonction de ministre plénipotentiaire auprès des villes hanséatiques (septembre 1795 – octobre 1797). Sa jeune femme était originaire de Hambourg et sa famille appartenait à l’intellectualité de la ville2. Le 18 mars 1806, Charles Frédéric Reinhard a été nommé par décret impérial résident et commissaire général pour les relations commerciales avec les Principautés Roumaines, où il arrivera avec sa famille, après un voyage de trois mois3. Comme la Porte Ottomane a vu dans la mission qu’on lui avait confiée une possible indépendance des deux Principautés et lui avait refusé sa reconnaissance, le diplomate français a du se contenter avec la dignité de consul général de la France dans les deux Principautés et avec Charles Frédéric Reinhard, en http://en.wikipedia.org/wiki/Karl_Reinhard; Marian Stroia, „Aspecte ale societăţii româneşti în viziunea călătorilor străini”, in Revista de Istorie, tome 38, no. 5, 1985, pp. 449450. 2 3 Une femme de diplomate. Lettres de Madame Reinhard à sa mère (1798-1815), Paris, 1900, apud N. Iorga, Istoria românilor prin călători, édition soignée par Adrian Anghelescu, Bucureşti, Editura Eminescu, 1981, p. 445. la garde du titre de ministre. Le 30 novembre 1806, sur le fond du déclanchement du conflit armé russo-turque, il a été arrêté par le prince Dolgoruki ; le 4 décembre, il a été porté avec sa famille en Russie, à Kremenciug, par Dubăsari. Toute la famille Reinhard sera délivrée à l’ordre du tsar Alexandre I, qui avait reçu le proteste de l’ancien consul français dans les Principautés Danubiennes le 12 janvier18074. Madame Reinhard a écrit à sa mère, Sofia Reimarus, à Hambourg, en lui racontant le voyage jusqu’à Iaşi, la description des endroits qu’elle a vu, les conditions de vie des deux Principautés Danubiennes observées durant la courte période de temps qu’elle a habité dans ces parages5. Pas peu de temps, Christine Reinhard a été manquée de compréhension pour les réalités roumaines. Languissant après son salon confortable de Hambourg, elle a relaté dans sa correspondance « des aspects contrastants, des bizarreries, des incidents inhabituels, peut-être du désir d’épater son auditoire auquel sa mère aurait lu, sans doute, les lettres »6. Dans une lettre de 3 juillet 1806, Christine Reinhard racontait le voyage de Vienne, par Pesta et Timişoara, décrite par l’émitente comme une forteresse bien entretenue, où régnait un silence complet. Le 9 juillet, Madame Reinhard écrivait à sa mère sur la continuation du voyage par Lugoj, Orăştie, Sebeş, Sibiu7. Le 11 juillet 1806, la famille Reinhard entrait en Valachie: dès Turnu, les représentants du prince régnant Constantin Ipsilanti les ont accueilli et les ont accompagné pour le reste du chemin jusqu’à Bucureşti. Christine Reinhard a mentionné, aussi, la route difficile de montagne, les dangers d’un voyage dans une région semblable, ainsi que la nuit passée dans un petit village de la montagne. Elle a remarqué 4 Călători străini despre Ţările Române în secolul al XIX-lea, Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), (volume soignée par Georgeta Filitti, Beatrice Marinescu, Şerban RădulescuZoner, Marian Stroia), Editura Academiei Române, Bucureşti, Charles Frédéric Reinhard, en 2004, p. 239; http://en.wikipedia.org/wiki/Karl_Reinhard; Leonid Boicu, Principatele Române în raporturile politice internaţionale (1792-1821), Institutul European, Iaşi, 2001, p. 85; Statutul reprezentanţelor Lăcrămioara Iordăchescu, diplomatice franceze în Principate (1798-1859), dans le volume Franţa. Model cultural şi politic, Junimea, Iaşi, 2003, p. 202; N. Iorga, Istoria românilor prin călători, édition soignée par Adrian Anghelescu , Bucureşti, Editura Eminescu, 1981, p. 445. Le 17 juillet 1806, la famille Reinhard arrivait à Bucureşti, et à la fin du mois de novembre ils ont été portés en Russie. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 240. 6 Ibidem, pp. 240-241. 7 Ibidem, p. 280-283; N. Iorga, op. cit., pp. 445-446. 5 l’hospitalité de l’hôtesse, qui « a eu la bienveillance de passer la nuit dans l’écurie, pour nous laisser l’unique chambre de l’habitation », le mobilier pauvre constitué d’un lit massif couvert d’un tapis, mais aussi la saleté qui régnait partout8. Dans une lettre datée 17 juillet 1806, Christine Reinhard racontait à sa mère le reste du voyage vers Bucureşti, accompagnés par l’escorte envoyée par le prince Ipsilanti ; elle y décrivait, aussi, l’état terrible des chemins, « la beauté sauvage et effrayante des parages que je traversais »9, le fait qu’ils ont été obligés à utiliser 60 chevaux pour le chemin fatigant. Ils ont passé une nuit au manoir (« château ») d’un boyard du village Şuici10, une maison pauvre, formée d’un vestibule et quelques chambres sombres, le mobilier desquelles était constitué d’un canapé et d’un grand poêle. Dans cet endroit-là, le préfet de la contrée les a accueillis, à cheval, avec sa suite. Vers la surprise de la voyageuse française, après le discours de bien venue, celui-ci a pris la main de Reinhard et l’a baissée, selon la coutume locale. Madame Reinhard a été dérangée par l’indiscrétion de ses hôtes, qui les ont suivis lorsqu’ils ont servi le déjeuner préparé « selon la mode européenne »11, dans une remise en roseaux et feuilles tressées, spectacle interrompu par une tempête violente, mais aussi dans la maison. La curiosité des hôtes est allée même au-delà cela: ils voulaient atteindre tout ce que les Français faisaient sortir de leurs coffres. Christine Reinhard a relaté, aussi, un épisode amusant : la famille du boyard et ses gens ont été surpris « surtout de la dimension de certains vases intimes qu’ils ont pris comme des tasses de café »12 et dans la possession desquels leur ancienne domestique a pu entrer de nouveau seulement à l’aide des hommes de l’escorte. Le lendemain, ils ont continué la descente des Carpates, que Madame Reinhard comparait avec les Alpes, sur des chemins si accidentés et dangereux « qu’on doit appeler à son aide le fanatisme oriental pour risquer d’y aller »13. La nuit, ils sont restés au monastère d’Argeş, où la voyageuse française a remarqué les vignes et les champs bien travaillés qui l’entouraient, mais 8 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume, pp. 282283; N. Iorga, op. cit., p. 445. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 284. 10 Şuici / Schwitz, commune du département Argeş. Ibidem, p. 284. N. Iorga, op. cit., pp. 445-446. 11 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 285; N. Iorga, op. cit., p. 446. 12 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 285. 9 13 Ibidem. Ştiinţe socio-umane aussi l’ignorance des moines grecs, qui ont refusé à déchiffrer une inscription pour les invités. Elle a mentionné, aussi, une légende locale liée de la construction de cet édifice religieux. Après avoir traversé pour presque sept heures une terre déserte, les voyageurs sont arrivés à Piteşti, la seconde ville comme dimension de la Valachie, selon les dires de Christine Reinhard, et que la voyageuse française appréciait comme étant des dimensions d’un petit village. Elle est restée étonnée par l’étroitesse des ruelles, couvertes de véritables coupoles de verdure. A Piteşti, ils ont été en pension dans la maison d’un boyard riche, où plusieurs choses personnelles les ont disparues des coffres et où ils n’ont pas pu dormir à cause de « la cohorte de punaises et puces indigènes »14. Désespéré, Monsieur Reinhard a décidé qu’ils continuent le chemin vers Bucureşti justement cette nuit-là, essayant à éviter de cette manière les honneurs et l’accueil solennel que leur avait préparé le prince régnant Constantin Ipsilanti. Quoique Christine Reinhard savait que la ville de Bucureşti n’était pas pavée, elle a été surprise d’une manière désagréable par le fait que ses ruelles étaient couvertes avec des solives si adroitement unies de manière que leur chemin sur la rue principale a soumis leur voiture à des essais dures et ils ont du supporter des cahots violents. Madame Reinhard assurait sa mère qu’ils n’ont pas raté aucune fondrière de la rue principale. Ils ont été casés dans la plus belle maison de la capitale, avec poêle au milieu et plusieurs divans sur lesquels les servants se prélassaient, logement qui n’a pas été sur le goût de la femme du consul français. Elle a été dérangée le plus par le manque des lits ; dans ces parages, remarquait-elle, ces pièces de mobilier étaient remplacées avec les divans, desquels on buvait et on mangeait. Vers son étonnement, dans toute la maison, il n’y avait ni un miroir et son mari était mécontent à cause du manque d’une indispensable table d’écriture. Monsieur de Sainte Luce15, semble-t-il, avec une expérience roumaine plus longue, a assuré Charles Reinhard qu’il s’habituera très facilement à écrire sur les genoux. Christine Reinhard mentionnait dans la lettre de 17 juillet adressée à sa mère une habitude locale de la société de Bucureşti : au coucher du 109 soleil, elle est allée à « Izvoare »16, l’endroit de promenade et de rencontre de la haute société de la capitale. Cette fois-ci, Christine Reinhard a remarqué le manque des bancs, les dames s’asseyaient directement sur la terre après leur descente des voitures, mais aussi la grande variété de costumes des femmes, qui lui ont semblé « de mode grecque, chaudement fourrés même l’été et ayant à la poitrine un fin fichu »17. Madame Reinhard a raconté, aussi, leur accueil au palais du prince régnant. Comme son époux était parti auparavant à la Cour, elle a été accompagnée par Sainte Luce. Après avoir traversé une cour pleine de bêtes et d’écuries, la voyageuse française a été accueillie dans le « harem ». Les salles du palais étaient sombres, mal planchés, pleins de servants ; elle a remarqué les murs blanchis à chaux qui étaient ornés avec quelque miroir ça et là, les fenêtres avec des rideaux rouges de mauvaise qualité. La femme du prince Ipsilanti, qui dans sa jeunesse devait avoir été très belle, était vêtue selon la mode française à l’honneur de son invitée. Madame Reinhard a découvert avec plaisir que les dames de la Valachie connaissaient quelques notions de langue française et qu’elle a pu converser avec celles-ci sans l’aide de l’interprète. Malgré cela, elle s’est sentie ridicule avec sa robe de gale au milieu de cette cour extrêmement simple, qui avait pris les coutumes de l’Orient. Madame Reinhard a laissé, aussi, une description de Constantin Ipsilanti, qui parlait de manière fluente le français ; celui-ci était un homme attrayant, son regard disait beaucoup, mais cachait encore de plus. Il semblait un homme intelligent, ambitieux, bon connaisseur de la politique européenne, conduit par son propre intérêt. Il a donné des assurances à Monsieur Reinhard de son dévouement pour Napoléon. Madame Reinhard lui a témoigné combien peu elle a été attirée par les coutumes des Roumains, mais Ipsilanti l’a assuré qu’elle se sentira mieux à Iaşi, où tout était plus proche de l’Europe civilisée. On n’a pas omis, de manière épistolaire, les cadeaux que la famille a reçu de la part de ses hôtes: l’époux – une tabatière ornée avec des diamants, qu’il retournera plus tard, à l’intermédiaire du Monsieur Parant18, motivant 16 14 15 Ibidem, p. 286; N. Iorga, op. cit., p. 446. Commissaire provisoire de la France à Bucureşti dans la période 1803-1806. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 242; George F. Jewsburry, Anexarea Basarabiei la Rusia: 1774-1828. Studiu asupra expansiunii imperiale, Polirom, Iaşi, 2003, p. 24. Le bassin fait par Nicolae Mavrogheni auprès de l’église Izvorul Tămăduirii, sa fondation de la rue qui se nommera plus tard Kiseleff. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 287. 17 N. Iorga, op. cit., p. 446. 18 Joseph Parant (1776-1806), vice consul français à Iaşi entre 1797-1798 et 1805-1806, ensuite commissaire à Bucureşti en 1806. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 241; Constantin Gane, Trecute vieţi qu’il était interdit aux agents de la France de recevoir des cadeaux de valeur si grande sans la permission de leur gouvernement, et elle – deux châles extraordinaires en cachemire. La femme du consul français remarquait, à la fin de sa lettre, que dans les Principautés « les pourboires et les cadeaux étaient à l’ordre du jour »19. Le 24 juillet 1806, Christine Reinhard écrivait de nouveau à sa mère, cette fois-ci de Iaşi, où ils sont arrivés « à la fin de leurs pérégrinations »20, après le départ de Bucureşti, souffrants et affaiblis par la chaleur puissante de l’été avec laquelle ils n’étaient pas habitués, le passage par Râmnic et Focşani. Elle a remarqué de nouveau l’hospitalité des Roumains, qui, à chaque arrêt, les accueillaient avec du café, des gâteaux et des volailles. Quoiqu’ils ont essayé à éviter un accueil solennel à Iaşi, le consul français et sa femme ont du se soumettre à cette corvée, aussi. A la première vue, la ville n’a pas laissé une impression trop plaisante à Madame Reinhard: sous la pluie torrentielle, les ruelles sont devenus des véritables ruisseaux et quoique assise sur des coussins en brocart brodés avec de l’or, celle-ci a du supporter de nouveau les cahots du chemin. Ni la maison, qui aurait du leur servir de foyer dorénavant, ne l’a enchanté trop: arrivés à leur poste, après trois mois de voyage fatigant, au lieu de « la maison dont on nous a dit des merveilles », ils ont trouvé un bâtiment sombre21. Le 30 juillet, Madame Reinhard revenait avec des informations sur leur nouvelle habitation ; la tristesse transgresse des lignes de la dépêche adressée à sa mère : ils sont obligés à vivre dans une véritable baraque, dans laquelle les meubles commandées à Vienne ne trouveront pas leur place, dans un pays à demi sauvage, avec des serfs incapables et dont seulement un connaissait le français. La famille Reinhard a essayé s’adapter aux coutumes du pays : après avoir servi le plat de 12 heures, les femmes allaient en dehors de la ville, l’endroit de rencontre de la haute société de la capitale de la Moldavie. Elle remarquait, entre autres, que les femmes de boyards, des femmes belles, qui rassemblaient aux Italiennes, ne s’habillaient plus selon la mode du pays, mais essayaient imiter celle française. de doamne şi domniţe, Editura Orizonturi, Bucureşti, le IIème volume, la 7-ème édition, f.a, pp. 104-107. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 288-289; N. Iorga, op. cit., pp. 446-447. 20 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 289. 21 Ibidem, pp. 290-291; N. Iorga, op. cit., p. 447; George F. Jewsburry, op. cit., p. 24. 19 Le palais princier frappait par sa simplicité, ses chambres étaient modestes et à peine meublées, manquées de tapis, papier peint ou toute autre trace du luxe oriental qu’elle se serait attendu y trouver. Sur Alexandru Moruzi, le prince régnant de la Moldavie, qui avait gagné sa sympathie dès le début, la femme du diplomate français écrivait à sa mère qu’il était complètement dédié aux intérêts de la Turquie et qu’il se trouvait parmi les favoris du sultan Selim. A son tour, elle sentait une sympathie pas dissimulée pour la femme du prince régnant : quoique grand-mère, celle-ci était encore belle, gracieuse et maniérée. Elle connaissait bien la langue et la littérature française. La cour de Iaşi s’approchait, dans la vision de Madame Reinhard, des autres cours européennes, la seule chose qui la dérangeait était l’indiscrétion des dames d’honneur, qui avaient tâtés tous ses vêtements. La princesse s’est abattue même des coutumes du pays, elle a invité la femme du consul français à s’asseoir auprès d’elle sur le divan22. A la fin de la lettre, elle essayait à rassurer sa mère, considérant peu probable l’invasion des troupes russes, massées sur le Dniestr, en Moldavie23. Dans une nouvelle correspondance, de 15 août la même année, Madame Reinhard remarquait l’état d’apathie des gens du peuple, accablés par les difficultés de la vie, l’absence de la classe moyenne24, le monopole que les marchands grecs, juifs et allemands détenait sur le commerce et sur l’industrie. Les boyards étaient compartimentés en trois classes, portaient des barbes longues selon leur rang et occupaient les dignités pour une année seulement. Elle écrivait à sa mère qu’elle avait assistée à une noce de boyards à la Cour; elle lui décrivait la cérémonie, les coutumes locales, les danses manquées de grâce et pas dernièrement, la durée exagérée (trois jours) de l’événement matrimonial. A cette fête-là, elle avait remarqué une dame qui dansait passionnément « malgré sa rondeur, qui prouvait qu’elle était enceinte »25. En lui faisant une visite quelques jours après la naissance, Christine Reinhard l’a trouvé coiffée, vêtue avec une robe « en satin 22 Il y avait la coutume que les dames s’assayent les pieds dessous sur le divan à Iaşi, mais aussi à Bucureşti. Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 288, 292; N. Iorga, op. cit., p. 447-448; Constantin Gane, op. cit., p. 102. 23 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 291-292. 24 «Dans ces parages, il n’y a pas une couche intermédiaire entre l’aristocratie et les mendiants ». Ibidem, p. 293; N. Iorga, op. cit., p. 448. 25 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 292. Ştiinţe socio-umane blanc brodé avec de l’or », entourée par beaucoup de monde, qui riait et parlait. La visiteuse conclusionait que « tout en sortant de celle-ci, j’ai pensé qu’aucun part un tel événement ne se passe pas avec tant de gaieté comme en Moldavie »26. Dans une autre épître de 28 août, Christine Reinhard mentionnait l’état d’isolation dans laquelle se trouvait sa propre famille, mais aussi des vagues informations sur les collègues de son mari: Hammer, le consul autrichien, qui avait commandé ses meubles à Constantinople ou Bolkunov, le consul russe, apprécié comme un fanfaron qui n’inspirait pas de confiance. Elle se lamentait de plus que dans les yeux des gens ordinaires, comparés avec les bétails de travail, rarement on pouvait apercevoir un étincellement d’intelligence; elle remarquait surtout l’état déplorable des esclaves tsiganes, des véritables bêtes de somme selon l’avis de leurs maîtres, les boyards27. Dans une lettre de 9 septembre 1806, Madame Reinhard racontait à sa mère la révocation du prince régnant Moruzi, le 30 août, quoique rien n’ait pas préfiguré une fin semblable28. Christine Reinhard témoignait à sa mère que, derrière la déposition du prince régnant moldave et de celui valaque, se trouvait le général Sébastiani et qu’ »on doit voir ici la preuve de l’influence prépondérante de la France à Constantinople »29. Les deux princes régnants étaient accusés d’être secrètement des partisans de la Russie, vérité confirmée partiellement par Moruzi, qui avait assuré son mari du dévouement Ibidem, pp. 292-294; N. Iorga, op. cit., p. 448; Contantin Gane, op. cit., pp. 103-104. 27 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 293-294; N. Iorga, op. cit., p. 448. 28 « Le 30 août, le matin, mon époux est entré dans la chambre avec une figure qui ne prévoyait rien de bien. « Qu’est ce que c’est ? » demandai-je. « Moruzi est révoqué!» Rien ne nous a fait prévoir cela. Manu, le favori du prince régnant, est venu communiquer cette nouvelle à Monsieur Reinhard, nouvelle qu’un courrier a apporté de Constantinople [...].Manu n’a pas caché à mon mari le fait que la déposition des deux princes régnants a été la conséquence de la demande du général Sébastiani et qu’on doit voir en cela la preuve de l’influence prépondérante de la France à Constantinople. Notre ambassadeur accusait les deux princes régnants disgraciés d’être en secret les partisans de la Russie et d’avoir essayé par des déclarations mensongères de dévouement de cacher leurs véritables sentiments ». Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 296; N. Iorga, op.cit., p.448. 29 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296; Veniamin Ciobanu, Statutul juridic al 26 Principatelor Române în viziunea diplomaţiilor franceză şi rusă (1802-1812), dans le volume Franţa. Model cultural şi politic, Junimea, Iaşi, 2003, p. 220; N. Iorga, op. cit., p. 448; Sergiu Columbeanu, Contribuţii la situaţia internaţională a Ţărilor Române între anii 1806-1812, en „Revista de Istorie”, tome 29, no. 5, 1976, p. 662. 111 qu’il portait à la France et à l’empereur Napoléon. La sympathie de Madame Reinhard pour Moruzi parvient toujours des lignes de cette dépêche, qui illustre le fait qu’elle regrettait le départ de la princesse, « ma unique compagnie féminine qui m’a été sympathique ici »30. Conformément à son information, au départ de Moruzi de Iaşi, le peuple, d’habitude, indifférent au changement des princes régnants, « a laissé de côté l’indolence habituelle, l’accompagnant avec des bénédictions et jetant du pain et des petits sous dans son chemin, pour montrer de cette manière combien le prince régnant a facilité la pauvreté du pays »31. De plus, Madame Reinhard se plaignait à sa mère de l’interruption des relations de société avec le consul russe à Iaşi, Bolkunov. En ce qui concerne Ipsilanti, Madame Reinhard écrivait qu’il n’a pas été surpris par sa déposition, de plus, il s’en attendait et qu’intuitivement, il avait fait envoyer des coffres avec des choses coûteux en Russie, comme une mesure de prévoyance32. En ce qui concerne, l’atmosphère de Iaşi, elle mentionnait les boyards partisans de la Russie, qui ne cachaient pas leurs véritables sympathies ou options. La famille du consul français se trouvait isolée par la société des indigènes, si soumis jadis, devenus si téméraires à l’improviste, isolation que Madame Reinhard considérait hostile et pleine de soucis33. Dans une lettre ultérieure, datée 18 septembre, Christine Reinhard se plaignait de la position difficile de son époux en Moldavie et exprimait son inquiétude en ce qui concernait une possible invasion russe34. Le 1 octobre, Christine Reinhard transmettait à sa mère que le silence qui régnait dans les deux capitales des Principautés était seulement apparent, que la Moldavie était devenue le théâtre de toutes les choses épouvantables, que la position filorusse était de plus en plus évidente dans les rangées des grands boyards, et que les nouveaux princes régnants, qui venaient de s’embarquer à Varna, étaient attendus avec impatience par les gens du peuple. Le consul français, comme, d’ailleurs, celui autrichien, se 30 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296; N. Iorga, op. cit., p. 448; Constantin Gane, op. cit., pp. 103, 106. 31 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 297; N. Iorga, op. cit., p. 448. 32 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296-297; N. Iorga, op. cit., pp.448-449; Anton Caragea, Epoca Renaşterii Naţionale (1750-1878), Editura Universităţii din Bucureşti, 2003, pp. 66-67. 33 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 296-298; N. Iorga, op. cit., p. 448. 34 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 298; N. Iorga, op. cit., pp. 448-449. trouvait isolée, Rodofinikin, l’agent russe dans les Principautés avait interdit aux boyards d’entretenir des relations avec ceux-ci. Madame Reinhard espérait que, ensemble à sa famille, elle pourra se retirer en Autriche immédiatement que la présence de son époux dans le poste des Principautés ne sera plus nécessaire au gouvernement français35. Le 27 octobre, Christine Reinhard informait sa mère sur l’arrivée du prince régnant Scarlat Callimachi dans la capitale de la Moldavie, où il a régné deux jours seulement, après un voyage fatigant et après avoir dépensé des sommes énormes d’argent pour des cadeaux et des pourboires pour arriver au trône. Madame Reinhard considérait que la victoire de la Russie était complète. La femme du consul invoquait un état de « quarantaine sévère », sa famille étant complètement exclue de la vie mondaine, hypostase qui ne l’attristait pas, comme rien ne l’attirait plus envers la société moldave de la fin de l’année180636. Dans une autre dépêche de 6 novembre, Madame Reinhard consignait qu’après la victoire de Napoléon à Jena (14 octobre 1806), les boyards moldaves essayaient s’approcher de nouveau du consul français: « ils comblaient les enfants avec d’attentions sous forme de pots de confiture et autres sucreries, sans doute dans l’espoir d’adoucir l’amertume des relations avec mon mari »37. Elle rappelait, aussi, la revenue de Moruzi à Iaşi, où « on faisait mentionner le nom du tsar dans les églises »38, sans suite et famille. Elle remarquait même un rapprochement de celui-ci du consul russe, auquel il avait envoyé une lettre très courtoise, ainsi que le refroidissement des relations avec son mari39. Le 19 novembre, Christine Reinhard annonçait sa mère qu’une partie des bagages venait d’arriver: Charles Reinhard avait reçu son Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 298 -299; N. Iorga, op. cit., p. 449; Alexei Agachi, 35 Ţara Moldovei şi Ţara Românească sub ocupaţia militară rusă (1806-1812), Casa Editorială Demiurg, Iaşi, 2008, p. 39; România în relaţiile internaţionale. 1699-1939, (coordonnateurs : L. Boicu, V. Cristian, Gh. Platon), Editura Junimea, Iaşi, 1980, pp. 59-60. 36 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 301-302; N. Iorga, op. cit., p. 449. 37 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 302-303; Constantin Şerban, „Aspecte privind ecoul războaielor napoleoniene în Ţările Române”, in Studii şi Articole de Istorie, 1967, 9, pp. 304-305; « Les voitures des boyards affluent devant le consulat de la Russie; mais une fois arrivée la nouvelle de la victoire de Napoléon à Jena, les pots de confiture affluent dans les armoires du consulat français ». (N. Iorga, op. cit., p. 449). 38 N. Iorga, op. cit., p. 449. 39 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 303. bureau et une caisse de livres, les cheminées et les poêles ont été montés. Elle personnellement attendait avec impatience ses meubles, quoique l’intuition féminine lui dise qu’ils ne réussiront pas à jouir pour longtemps de leur nouveau foyer. Elle consignait, aussi, avec tristesse la mort du consul français de Bucureşti, le jeune Parant, âgé de seulement 30 ans, mort survenue à la moitié du mois à cause d’une dysenterie40. Si à la fin de la lettre, Christine Reinhard assurait sa mère qu’il n’y avait aucun péril pour eux, même dans le cas de l’éclat d’un conflit armé, le 25 novembre 1806, elle écrivait que les Russes étaient en train d’envahir la ville de Iaşi. Le moment où sur les ruelles le monde paniqué criait que les Russes y arrivaient, six chariots grands avec les meubles si attendus de Vienne tiraient dans la cour du consulat français. Le Divan et le consul russe les ont garanti la sécurité personnelle. Charles Reinhard, écrivait sa femme, était à l’attente des ordres de l’empereur, ne voulant pas à quitter son poste ni même dans les conditions de l’occupation de la ville par les troupes russes41. Le 29 novembre, Madame Reinhard notait qu’une avant-garde russe, composée d’environ 1800-2000 soldats, était entrée en Iaşi; quoique attendue, l’arrivée des troupes russes a impressionné Madame Reinhard de manière négative. Celles-ci étaient commandées par le prince Dolgoruki, « dont on disait qu’il était jeune, beau et très aimé par les femmes » et que « toutes les élégantes de Iaşi désiraient »42. On affirmait que cette avant-garde sera suivie par une armée puissante et que les opérations s’étendront au-delà des frontières des Principautés. Christine Reinhard était étonnée par l’ordre qui régnait parmi ces soldats affamés et glacés par le froid, dans un pays à demi sauvage et où il n’y avait plus aucune direction. C’était justement le moment dans lequel Madame Reinhard commençait à avoir des doutes concernant sa sécurité personnelle et celle de sa famille, comme Rodofinikin ne les avait rien confirmé. De plus, le pouvoir du consul russe devenait plus grand chaque jour43. Elle appréciait, aussi, que la victoire de la Russie parmi les boyards était totale; pendant que les 40 Ibidem, pp. 303-304. Ibidem, p. 304. 42 Ibidem, p. 305; N. Iorga, op. cit., p. 449. 43 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 305; Neagu Djuvara, O scurtă istorie a românilor povestită celor tineri, la V-ème édition revue, Humanitas, Bucureşti, 1999, p. 163; A. D. Xenopol, Războaiele dintre ruşi şi turci şi înrâurirea lor asupra Ţărilor Române, édition 41 soignée par Elisabeta Simion, Editura Albatros, Bucureşti, 1997, p. 123; George F. Jewsburry, op. cit., p. 37. Ştiinţe socio-umane voitures des boyards affluaient devant la résidence du consulat russe, « nous sommes exclus de la vie de tous les jours »44. L’inquiétude de Madame Reinhard était fondée: le 30 novembre, elle écrivait à sa mère que Rodofinikin était venu à son mari à six heures du matin pour séquestrer les papiers du consulat. Il a motivé sa visite si matinale comme étant de l’ordre du prince Dolgoruki, hostile au consul français, semble-t-il, à cause de quelques articles apparus dans des gazettes françaises. On interdisait à Reinhard toute communication avec les boyards moldaves, effrayés par les victoires de Napoléon, d’hausser le pavillon et on lui demandait de faire sortir l’emblème avec les rames impériales. On lui permettait de rester en Iaşi avec la condition de ne plus s’occuper de la politique, que ses attributions ne dépassaient celles d’un agent commercial. Avec tristesse, Madame Reinhard se demandait, à la fin de la lettre ce que arrivera de leurs meubles si chèrs. Lorsqu’ils se trouvaient finalement entourés du confort avec lequel ils étaient accoutumés, ils étaient obligés à partir de nouveau45. Le 7 décembre 1806, la famille Reinhard se dirigeait vers la Russie, annonçant le lendemain qu’ils avaient déjà passé le Dniestr. Dans la même situation se trouvaient le consul français de Bucureşti, Fornetty, et Monsieur Pagès, à peine venu à Iaşi pour liquider la succession de son demi-frère, Parant. Le long du chemin, ils ont été escortés par un détachement de 12 soldats, on ne leur a pas permis de descendre des voitures. A Dubăsari, la famille Reinhard a reçu une maison isolée et quelques sentinelles pour garder les voitures et leurs biens46. La correspondance de Christine Reinhard avec sa mère, Sofia Reimarus, offre une image très intéressante, complexe et vive de la vie des Principautés Roumaines à l’aube du XIX-ème 44 Eudoxiu Hurmuzaki, Documente privitoare la istoria românilor, le XVI-ème volume, 1603-1824, Corespondenţă diplomatică şi rapoarte consulare franceze, publicate după copiile Academiei Române de Nerva Hodoş, Bucureşti, Institutul de Arte Grafice Carol Göbl, S-sor I. St. Rasidescu, 1912, pp. 771-772; Cristian Ploscaru, Politica Franţei îm Principatele Române la începutul secolului al XIX-lea din perspectiva elitei locale, dans le volume Relaţii internaţionale. Lumea diplomaţiei. Lumea conflictului, (coordonnateurs Ionuţ Nistor, Paul Nistor), Editura Pim, Iaşi, 2009, pp. 45-47; Lidia E. Semenova, Principatele Române în relaţiile internaţionale (1800-1806), in „Studii şi materiale de istorie modernă”, le Xème volume, 1996, p. 18. 45 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 306-307; Leonid Boicu, op. cit., p. 86. 46 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), pp. 308-310. Lăcrămioara Iordăchescu, op. cit., p. 202; Pompiliu Eliade, Influenţa franceză asupra spiritului public în România. Originile. Studiu asupra stării societăţii româneşti în vremea domniilor fanariote, Bucureşti, Editura Univers, 1982, p. 202; N. Iorga, op. cit., p. 449. 113 siècle. Si les rapports de son mari excellent par conscience et surprennent surtout des questions de nature politique, sa correspondance particulaire illustre des aspects des plus divers de la vie quotidienne: toponymie, vie mondaine, vie de famille, coutumes, danses, vêtements, alimentation, vie urbaine, architecture, légendes, événements sortis du commun. La voyageuse française se rapporte souvent aux réalités de l’Europe d’ouest: elle remarque, par exemple, le manque des lits et leur remplacement avec les divans aux cours des princes régnants de Bucureşti et Iaşi, mais aussi dans les maisons des boyards, ou le manque des bancs dans les endroits de rencontre des dames de la haute société de Bucureşti ou Iaşi. Lorsqu’elle a décrit la noce à laquelle elle a participé à la cour, elle s’est montrée surprise par le fait que « les jeunes mariés n’ont pas prononcé l’irrévocable « Oui », qui signifiait en France (aussi) la liaison entre les époux »47. Autrefois, tout en visitant une foire, elle exprimait son mécontentement parce qu’elle n’y avait pas trouvé des jouets pour ses enfants. L’aspect rural des villes, le manque du pavage et la difficulté avec laquelle on voyageait dans cette zone-ci représentent des autres aspects surpris en détail par la femme du consul français dans sa correspondance. La manière de meubler les chambres des maisons, même à la cour ou dans les fermes des boyards mécontente Christine Reinhard. Obligé à renoncer au confort avec lequel elle était habituée, elle regarde d’un œil critique l’aménagement des habitations dans ces contrées, et à un moment donné, elle réalise que les meubles élégants commandées à Vienne étaient incompatibles avec le paysage architectonique ou urbain de Iaşi, où ils avaient étaient logés. L’œil critique de la voyageuse française remarque la manière de s’habiller des dames des capitales des deux Principautés, ainsi que l’état lamentable des gens ordinaires, réduits presque au stade d’animaux. Autrefois, elle relate des événements qui devaient faire le délice des gens de société de Hambourg auxquels sa mère aurait lu, sans doute, de la correspondance portée avec sa fille. Tout en passant par Lugoj, elle mentionnait, par exemple, une vieille comtesse hongroise, « dont l’aristocratique occupation était d’élever des porcs »48. Le degré d’inculture des hommes de ces parages est surpris par l’épisode dans lequel les serfs du boyard de Şuici Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (18011821), p. 293. 48 N. Iorga, op. cit., p. 445. 47 ont confondu les vaisseaux de nuit des visiteurs avec d’immenses tasses de café. Mais parfois Christine Reinhard a essayé à surprendre les germes du progrès qui pénétraient dans la société roumaine du début du siècle. Par exemple, elle mentionnait dans une lettre de 28 août, la fondation de la fabrique de drap de Ruginoasa par le boyard Scarlat Sturdza. Celui-ci avait engagé, auprès des maîtres apportés d’Allemagne, des enfants de Tsiganes. Mais l’essai « d’apprendre à travailler » « ces enfants à demi nus »49 a été un échec, ils n’ont pas pu s’adapter, quoiqu’ils fusses vêtus, bien alimentés et appris dans les ateliers: « malgré cela, les petits voyous mouraient de mal et criaient tout le temps, en demandant la permission de retourner à leurs tentes mouillées de pluie et battues par le vent »50. Le père de l’un de ces enfants a ramassé 60 piastres qu’il voulait offrir au boyard à l’échange de la libération de son fils. Evidemment, la voyageuse française n’a pas pu éviter les fautes interprétatives ou de perception ; de cette manière, elle arrive à attribuer aux Roumains de Banat une origine slave51. Elle a été toujours attentive aux détails, « le sel et le poivre » de toute note de voyage: de cette manière, tout en passant par Argeş, elle n’a pas oublié à raconter à sa mère la légende locale liée par la construction du célèbre édifice. Lorsqu’elle a passé par Râmnic, elle n’a pas oublié à mentionner que dans ces endroits-là, il y a eu des luttes avec les Turcs et que les fosses qui avaient marqués la position des deux armées étaient encore visibles et « faisaient s’entrevoir le terrible carnage dont le théâtre ont été ces plaines »52. Le fait que Madame Reinhard a manifesté de la compassion, de la sympathie et de la compréhension pour les Roumains, l’hospitalité desquels elle a beaucoup apprécié, est digne à remarquer53. Elle a observé, aussi, que le territoire des Principautés a été souvent théâtre de développement pour les opérations militaires des guerres russo-turques et que les 49 Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801- 1821), p. 295. 50 51 52 Ibidem. Ibidem, p. 280. Il s’agit de la lutte de Martineşti de 11/22 septembre 1789, dans laquelle les troupes russo-autrichiennes qui se trouvaient sous la commande du général Suvurov ont vaincu les armées du grand vizir. Ibidem, pp. 289-290. N. Iorga, op. cit., p. 447. 53 «Cela me fait plaisir de souligner que les Roumains nous ont montré toujours le plus grand soin et qu’ils étaient reconnaissants pour nos moindres attentions». Călători străini..., Nouvelle série, le I-er volume (1801-1821), p. 289. conséquences de ces catastrophes étaient visibles encore. Les témoignages fournis par la correspondance particulaire de Christine Reinhard, avec suffisante tente mémorialistique, sont importants et assez suggestifs pour la reconstitution du tableau de la société roumaine du début du XIX-ème siècle, respectivement du commencement de la guerre russo-turque des années 1806-1812, malgré les inhérentes inexactitudes ou approximations, des rapportages en quelque sorte forcées aux réalités connues de l’Europe d’ouest, ou des sentiments normaux (sympathie, antipathie) manifestés pendant son voyage et son séjour dans l’espace roumain, pour un personnage ou un autre. 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România în relaţiile internaţionale. 1699-1939, (coordonnateurs: L. Boicu, V. Cristian, Gh. Platon), Editura Junimea, Iaşi, 1980. Violeta-Anca EPURE Doctorante à l’Université « Ştefan cel Mare », Suceava, Titre de la thèse de doctorat: Societatea românească prepaşoptistă în viziunea străinilor: consuli şi călători francezi, Coordinateur scientifique : prof. univ. dr. Dumitru VITCU.
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