ethnographiques - Vers l`accueil

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ethnographiques - Vers l`accueil
NOGUÈS Sébastien
9603035
Soc 207a
Observation ethnographique
autour de Noël
Janvier 1998
Etude de terrain :Noël
Noël à la campagne.
C
ette année,Noël se passe à la campagne,dans la maison de ma tante,
située à deux kilomètres d’un tout petit village,dans le Lauragais.
Ma tante, Joëlle a 45 ans.Ella a eu une vie un peu hors normes au départ,
puisqu’elle a quitté très jeune le village de ses parents pour suivre ses
études à Paris, à la Faculté section Arts plastiques (comme mon père
l’avait fait avant elle,il a six ans de plus qu’elle et elle est très admirative
de tout ce qu’il fait, et sans doute a t’elle voulu suivre son exemple en
suivant la même voie que lui...) Ensuite, elle a vécu quelque temps en
communauté à Paris,elle faisait partie de toute une troupe de musiciens,
et ils vivaient tous plus ou moins ensemble.Elle a quitté cette vie au bout
de quelques années pour vivre à Barcelone.Là,elle a vécu cinq ans avec
la troupe de marionnettistes où elle s’était intégrée; et à nouveau, la lassitude, et cap sur l’Italie. Elle y a retrouvé Giorgio, qu’elle avait rencontré une fois à un festival de marionnettes. Ils ne se sont plus quittés. A
eux deux,ils ont fondé une troupe de marionnettistes,mais l’Italie étant
peu propice au développement artistique, ils l’ont quittée au bout de
cinq ans pour s’installer en France,ne sachant trop où s’installer, Joëlle a
eu envie de se rapprocher de son frère,mon père,et ils se sont installés
en attendant d’être sûrs de leur choix dans la maison secondaire de mes
parents.Au bout de quelque temps, ils ont loué une maison sur la place
du village le plus proche,puis Giorgio ayant fait un petit héritage,ils ont
acheté cette maison, à quelques kilomètres de là. Il y a un an, ils se sont
mariés, ils ont une ravissante petite fille, Iris, âgée de cinq ans. Joëlle et
Giorgio parlent quatre langues!
Leur maison, où nous allons réveillonner, est une maison typique du
Lauragais. Elle a été retapée par le précédent propriétaire, heureusement,car ils ne sont pas du tout bricoleurs! Le seul vestige de son ancien
passé de ferme est le hangar à foin,situé un peu plus loin,et fort près de
s’écrouler!
On entre dans la maison par le côté,les pièces sont alignées en enfilade:
un couloir, la chaufferie-buanderie à gauche,à droite une pièce non aménagée, le sol est en ciment brut, les murs sont chaulés, très écaillés, elle
sert de débarras... et de chambre d’appoint puisqu’un lit y est installé.
Puis on entre dans le salon,une grande pièce où un feu de cheminée crépite.Tiens, ils ont installé une grande table dans le salon et ont délaissé
pour ce soir la salle-à-manger, plus pratique parce que contigüe à la cuisine, mais assez froide.Après le salon, on pénètre dans une pièce “inutile”puique seules quelques plantes y sont installées;à sa droite,la salle de
bains, ensuite,la salle-à-manger, jouxtant la cuisine et le cellier.A l’étage,
il y a deux chambres,une pour Iris et une pour ses parents. Une mezzanine, où est insallé le bureau avec un petit ordinateur, utile au couple
pour facturer leurs spectacles, et engranger leur liste d’adresses professionnelles...A côté,un immense grenier qui courre sur presque toute la
longueur de la maison,non encore aménagé.
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Etude de terrain :Noël
Mais revenons au salon où vont se dérouler les festivités. Joëlle et
Giorgio ont fait de gros efforts! La maison, habituellement est un vrai
capharnaüm: papiers partout, vaisselle sale, jouets en pagaille qui traînent dans tous les coins...Aujourd’hui,c’est propre, rangé,accueillant.Ils
ont dressé une immense table,nous serons treize à table,enfin douze et
demi, car Iris a déjà dîné. Joëlle a confectionné elle même la nappe, un
tissu bleu orné d’étoiles or. Elle a disposé des bougies dorées, des
branches de sapin bombées d’or au milieu de la table,et de larges rubans
or sont fixés tout le long de la nappe...Très joli!
Iris,super-excitée,nous entraîne admirer le sapin de Noël qui trône près
de la cheminée! Haut de 2mètres 50 environ, il est surchargé de boules
de Noël or et argent, de bonbons muticolores en papillote et de petits
personnages (Pères Noël, lutins petits oursons etc...). Une guirlande
électrique le fait scintiller. Devant la cheminée,Iris a installé une paire de
chaussures pour chacun de ses parents... et toutes ses chaussures et
chaussons à elle! Comme je lui fais remarquer qu’une seule paire suffisait,elle éclate de rire et me dit que non,car ainsi le Père Noël aura plus
de place pour ranger les très nombreux jouets qu’elle lui a commandé!
Sur les carreaux des fenêtres, en décalcomanie, de grands anges blancs
se découpent sur le fond sombre du jardin.C’est féerique. Sur la poutre
qui surplombe la cheminée se déploie une grande guirlande or, retenue
en son milieu par un énorme noeud écossais vert et rouge.Accrochées
un peu partout,sur les poutres,aux fenêtres, des branches de houx. Iris
saute sur place en tapant des mains, en disant qu’elle a beaucoup aidé
son père et sa mère dans la décoration de la maison.
La pièce,comme le reste de la maison,est meublée simplement. Peu de
meubles, deux canapés, l’un bleu uni, l’autre ecossais bleu et blanc, le
tout acheté à Ikea, et des double rideaux verts. Une bibliothèque surchargée de livres, essentiellement sur le théâtre, tient tout un pan de
mur, et de très nombreux CD (Giorgio est passionné par la musique,ou
plutôt les musiques, car il est très écléctique dans ses goûts: jazz,
musiques populaires, et étrangères, aussi bien asiatiques, qu’arabes ou
folkloriques. Sous l’escalier, une table qui fait office de bureau, encombrée de papiers empilés hâtivement,et épinglés sur le mur, juste au-dessus,de nombreux dessins d’Iris.Au mur sont accrochées de nombreuses
marionnettes, de toutes tailles, et aussi des effigies de théâtre d’ombres
balinaises ou cambodgiennes.
Mais voyons les convives. Ma grand-mère, arrivée hier, c’est la mère de
Joëlle et de mon père. Veuve depuis vingt ans, elle vit seule en
Normandie dans une maison située dans un petit village. Elle est toute
petite, avec une petite voix très haut perchée, et a un fort embonpoint!
Habituellement,Noël se passe chez elle,c’est une fête qui compte beaucoup pour elle,car c’est la seule fois où toute la famille est réunie, mais
cette année, elle est un peu triste, car ses trois fils et sa fille (mais celleci vit avec son mari et son fils à Los Angelès) ont dérogé à l’habitude et
ne seront pas là. Claude, l’aîné, est parti en vacances aux Antilles, son
deuxième fils, lui, est aux sports d’hiver, et le plus jeune, cette année,
passe Noël dans la famille de sa femme. Tous ses petits-enfants sont
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Etude de terrain :Noël
adultes à présent,sauf Pierre, qui vit aux Etats-Unis,et Iris,la petite dernière.A notre arrivée, elle fait quelques petites remarques assez tristes
sur l’absence des autres.
Depuis son veuvage,elle vit pour et par ses enfants et petits-enfants.Son
fils aîné et celui qui vient tout de suite après sont devenus pour elle les
chefs de famille, ils ont pris la place de son mari, bien que vivants tous
deux à Paris, à 200 kilomètres de chez elle; elle ne prend aucune
décision sans les consulter, c’est à eux qu’elles se réfèrent pour toute
décision. Mariée, elle a été très inféodée à son mari. Lui ayant été très
gravement blessé à la dernière guerre,ils n’avaient pour vivre avec leurs
six enfants qu’une petite pension de guerre,mon grand-père a du après
la guerre abandonner son métier de peintre-décorateur et n’a jamais pu
retravailler. Elle a fait des ménages toute sa vie, elle s’en remettait à son
mari pour tout. Elle a appris à faire un chèque après son veuvage, à 48
ans! Elle ne conduit pas et est tributaire de son plus jeune fils qui habite à quinze kilomètres de chez elle, pour faire ses courses, aller chez le
médecin etc...Elle habite à dix kilomètres d’une toute petite ville.Elle vit
grâce à la petite pension de son mari,elle n’a pas de gros besoins,elle vit
seule avec ses chats et est propriétaire de sa maison. Sa voisine les lui
garde lorsqu’elle part,et elle voyage! Elle va seule aux Etats-Unis une fois par
an, rien ne l’étonne vraiment.Ses enfants,socialement parlant ont tous de
bonnes situations, particulièrement son deuxième fils qui a amassé une
petite fortune grâce à la promotion publicitaire. Celle qui lui cause le
plus de soucis, c’est Joëlle, elle ne comprend pas sa vie d’artiste. Elle a
un rapport difficile avec Giorgio.Lui la respecte et est aimable avec elle,
mais elle ne le supporte guère! Le fait qu’il soit Italien,donc étranger, lui
est difficile à admettre. Elle prétend, alors qu’il parle parfaitement
français, qu’elle ne comprend rien de ce qu’il dit à cause de son accent
et ne manque pas une occasion de lui faire des remarques désobligeantes. Lui reste patient et un peu indifférent. Le couple qu’il forme
avec sa fille ne lui plaît pas, bien qu’ils s’entendent très bien. Elle les
trouve bohèmes,pas ordonnés,trop laxistes avec leur fille,bref, ça la dérange.
Mais voici qu’arrivent les autres invités. Sont invités les deux soeurs de
ma mère, avec leurs maris et leurs enfants. Ils habitent une grande ville
proche.
Claude, le mari de ma tante Claire, est le plus âgé de tous (hormi ma
grand-mère).Il a 55 ans.Lui et sa femme ont une agence immobilière.Ils
sont assez bourgeois, très conventionnels. Vie bien rangée, affaire prospère en plein centre-ville (bien que Claire se plaigne en permanence,-le
stress, les mauvais clients, leurs employés- ils sont sept!). Claude est en
costume bleu foncé, noeud papillon marine, chemise blanche et petite
pochette blanche dépassant de la poche du veston,et ma tante s’est mise
sur son trente-et-un... bien qu’ils connaissent les habitudes vestimentaires plus que simples de leurs hôtes,mais Noël,c’est la fête! Ils se sont
fait plaisir, ma tante a un maquillage très poussé, assez outré, de nombreux bijoux,du parfum,une robe rouge avec un chemisier en soie noire
ouvert par-dessus,elle porte des collants noirs et des escarpins de satin
rouge... Ils dénotent un peu. Ma grand-mère, elle porte une robe toute
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simple, bien que chamarrée dans des tons de mauve, rose et bleu,et un
cardigan bleu pâle. Joëlle une jupe courte marron et un long chemisier
en jersey beige assez informe, le visage non maquillé, si, un soupçon de
rouge à lèvres. Une seule boucle d’oreille, et une petite bague au doigt.
Giorgio est en jean avec une chemise à carreaux marron et rouge. Ma
mère elle,est en tailleur-pantalon marine,sobre et chic,et des escarpins
noirs mais elle aussi est très maquillée,parfumée et parée de bijoux.Mon
père porte un pantalon en flanelle gris foncé,une chemise col ouvert en
soie violette et un pull gris jeté sur les épaules.
Claude et claire sont accompagnés de leurs deux enfants Matthieu, 20
ans, étudiant en fac de droit, très bon chic, bon genre, pantalon gris et
sweat-shirt assorti, les cheveux bien coiffés, aplatis avec un peu de gel,
et Stéphanie, 25 ans; elle est plus que rondelette et arrive sanglée dans
une mini-robe ultra-courte couleur ocre qui la moule, elle aussi a sorti
parfum, bijoux, maquillage. Elle est accompagnée de Aymeric, son petit
ami.Il est heureux,car il vient juste d’obtenir un poste après neuf mois
de chômage, Stéphanie boude, car il va partir en Haute-Saône, et elle va
devoir quitter sa ville du Sud Ouest pour aller vivre là-bas avec lui dans
une petite bourgade. Elle travaille dans l’agence immobilière de ses
parents (elle n’a aucun diplôme) et elle pense qu’elle aura de grosses difficultés à retrouver du travail là-bas.Aymeric a été contraint,lui qui avait
une formation dans la maintenance dans le nucléaire a accepter un
poste de maintenance... dans une grosse fabrique de briquetterie; mais
le challenge de devoir tout ré-apprendre ne lui déplaît pas,et il essaie de
rassurer sa fiancée. Le chômage,lui, il connaît puisque ses deux parents
sont tous les deux chômeurs longue durée en fin de droits.
Les derniers convives arrivent.La petite soeur de ma mère,elle a quinze
de moins que la plus jeune des soeurs aînées,Véronique, elle est aussi
très sophistiquée: mini-jupe noire, collants noirs avec un motif le long
de la couture, spencer bleu canard ,p a rfum,bijoux...C’est de règle dans
cette famille. Les trois soeurs peuvent sembler trop élégantes pour le
cadre,mais c’est Noël,et pour elle,cela signifie fête,et l’on se doit d’être
élégant pour cette occasion. C’était une tradition dans la famille, tous
portaient leur plus belle robe ou leur plus beau costume pour se faire
honneur les uns les autres.
Le mari de Véronique,Didier, est en jean et gros pull;lui ne se casse pas
la tête avec l’élégance! Il est aussi peu sophistiqué que sa femme peut
l’être! Il est arpenteur-géomètre, ce qui lui laisse beaucoup de temps
libre. Il n’affiche aucune ambition,il est très introverti,parle très peu,et
se tient toujours en retrait par rapport aux autres. Ses deux passions, la
moto et les voitures américaines anciennes.C’est un génie du bricolage.
Il achète motos et voitures anciennes, les refait entièrement, moteur,
sièges en cuir...il les garde très peu de temps,puis les revend pour refaire la même opération avec d’autres. Ils habitent une maison de style
basque, et il y a travaillé pendant des mois, mieux qu’un professionnel!
Il a aménagé un superbe jardin autour de la maison et y a installé une
piscine qu’il a construit lui-même.Véronique et Didier sont accompagnés de leurs deux garçons, Kevin, 11 ans, pré-adolescent un peu
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Etude de terrain :Noël
rondouillard gauche et timide, il est très chahuté par ses copains d’école; Florian, lui, est tout le contraire, il a neuf ans et est hyper tonique et
malin.
Ils ont la réputation d’être insupportables,mais là,dûment chapitrés par
leur mère,ils se tiennent cois.
Nous nous asseyons sur les canapés devant la cheminée pour prendre
l’apéritif. Joëlle,aidée de sa mère,a préparé toutes sortes de petits canapés, et Giorgio sert des “Kir-Royal” (champagne et crème de cassis). La
conversation roule sur l’abscence de la mère de Giorgio, qui habite en
Italie, à Gênes, où elle est professeur de lettres. Elle devait venir, mais elle
a un gros problème de vue, et elle doit se faire opérer de la cataracte juste
après les fêtes. Dommagequ’elle ne puisse pas se déplacer, elle aussi est
veuve depuis longtemps;elle est étonnante,car elle ne parle pas français,
même si elle comprend quelques mots, mais cela ne l’empêche pas
d’être très vo l ubile. Très bavarde, elle parle avec un débit très rapide
comme si tous la comprenaient, avec plein de grands gestes et de
mimiques et Giorgio, un peu agacé, ne traduit qu’une phrase sur dix!
Lui est d’un naturel très réservé, et semble toujours rêveur, perdu
dans ses pensées. La conversation roule sur l’Italie, et la Riviera d’Italie,
où Giorgio possède un petit appartement près de la mer. Il l’a déjà prêté
à mes parents, et à moi-même et propose d’en faire profiter ceux que
cela tente. L’ambiance est joviale.Tout le monde est enjoué et de bonne
humeur.
Nous allons passer à table. Je m’enquiers du menu. Mes parents ont
apporté huîtres, foie gras et champagne, les soeurs de ma mère les fromages, les bûches, et les vins. Joëlle, elle, avait à charge de préparer le
plat principal.Elle est végétarienne, ça sera donc du poisson,de la lotte
à l’armoricaine. Cela n’est pas dans la lignée d’un Noël traditionnel,
(dinde aux marrons) mais tant pis. Contrairement à ma mère et à ses
soeurs,elle déteste faire la cuisine,et ce qu’elle prépare n’est en général
pas terrible! C’est souvent Giorgio qui s’en occupe, mais lui ne prépare
que des plats italens, essentiellement des pâtes et des pizzas.
Nous prenons place autour de la table.Ma grand-mère est placé en bout
de table, son fils, mon père, à sa droite, et sa fille Joëlle à sa gauche.
Ensuite, on s’intercale, un homme, une femme et les trois enfants prennent place à l’autre bout de la table.
Les adultes chuchotent entre eux pour décider à quel moment les
cadeaux seront échangés. Seule, Iris croit encore au Père Noël. Elle a
bien entendu quelques enfants plus grands chuchoter à l’école que le
père Noël n’existait pas, mais elle a déclaré à sa mère que c’était une si
jolie histoire qu’elle avait envie d’y croire très fort. Il y a peu de temps,
elle regardait la télévision avec ma mère qui la gardait en l’absence de
ses parents,et voyant un spot publicitaire vantant un poupon qui riait et
pleurait en se déformant le visage, elle a demandé à ma mère de le lui
commander auprès du père Noël (c’est ce que ma mère a fait). On attendra donc qu’elle soit endormie pour sortir les cadeaux de la voiture.Elle
trouvera les siens demain matin dans ses chaussures,devant la cheminée.
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Etude de terrain : Noël
Kevin et Florian savent que eux aussi devront attendre demain matin
pour trouver leurs cadeaux au pied du sapin de Noël, mais eux c’est
pour des raisons pratiques,il y aurait eu trop de jouets à transporter, et
puis la tradition veut que les enfants trouvent leurs cadeaux au matin
seulement. Les adultes feront l’échange des cadeaux après la bûche, en
portant des toasts avec le champagne.
La conversation glisse sur le nouveau spectacle que préparent Joëlle et
Giorgio. Mon père y a beaucoup participé, il donne son avis, émet
quelques petites critiques que Joëlle et Giorgio acceptent et commentent.Ma tante Claire,préoccupée par l’argent,leur demande comment ils
font face lorsqu’ils ne se produisent pas. Ils répondent qu’ils ont le statut d’intermittents du spectacle,en tant que comédiens.Ils doivent expliquer en quoi ça consiste.Ils précisent que lorqu’ils ne travaillent pas, la
caisse où ils cotisent les prend en charge,et leur alloue 7 000 francs chacun par mois. Tout le monde s’étonne... Tant que ça! Et Giorgio, il y a
droit, bien qu’il soit étranger? Aïe, sujet épineux. Joëlle déteste que l’on
puisse les prendre pour des assistés.Enervée,elle précise que c’est avec
leur argent de cotisations qu’ils peuvent bénéficier de cela, et que
Giorgio paie lui aussi,alors pourquoi n’y aurait-il pas droit? Embarassés,
les autres font marche arrière et affirment qu’ils trouvent ça très bien.
Mon père souligne que c’est indispensable d’aider à la création artistique... L’orage est passé.Ma grand-mère semble très soulagée! En effet,
il existe entre ses quatre fils et ses deux filles de forts désaccords au sujet
de la politique,et elle doit se souvenir de Noël très agités qui avaient failli
tourner très mal, c’est un sujet tabou à présent dans la famille, tout le
monde évite de l’aborder!
Ma mère ré-oriente la conversation pour savoir comment les italiens
fêtent Noël.Le sujet passionne toute la tablée...Sauf les trois enfants qui,
placés en bout de table, commencent à s’exciter et à faire les pitres.
Giorgio nous explique très longuement toutes les coutumes:la religion,
beaucoup plus vivace là-bas que chez nous où Noël a de plus en plus tendance à perdre tout caractère religieux, c’est vrai dans ma famille en tout
cas. Personne n’assiste plus à la messe de Noël, et la plupart des
membres de la famille de mon père et de ma mère sont athés. Noël est
devenu une fête laïque, la fête de la célébration de la famille. Giorgio
nous parle du menu de réveillon, des cadeaux... Mes tantes lui demandent s’il ne s’ennuie pas de son pays,dans quelle langue il rêve...Lui qui
n’est habituellement pas très bavard, il répond volontiers et fournit de
nombreux détails.
Nous posons des questions à ma grand-mère pour savoir comment se
passaient ses Noël. Petite fille, elle habitait en Bretagne, à la campagne;
étant très pauvres,elle et ses trois frères n’avaient pas de cadeaux, et le
réveillon consistait en un repas de crèpes au lieu de la traditionnelle
soupe aux choux! Mon père et ma tante disent que eux aussi étaient
pauvres, et ils avaient comme cadeaux une orange. Ma grand-mère, se
sentant peut-être mise en cause, précise qu’ils faisaient le maximum,
mais qu’avec six enfants à nourrir, ils avaient le plus grand mal à boucler
le budget.
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Etude de terrain :Noël
Ma mère et ses soeurs,qui sont issues d’une famille aisée évoquent leurs
Noël.Ma mère et Claire évoquent leurs cadeaux:une année,une poupée
gigantesque pour chacune, avec les poignets,les genoux,la taille articulés. Une autre année, des bicyclettes... Elles rient, car ma mère enviait
toujours ce que sa soeur avait reçu,et elle harcelait Claire jusqu’à ce que
celle-ci finisse par faire l’échange.A minuit, elles allaient à la messe de
minuit,et évoquent les chants,et les crèches vivantes, avec de vrais personnages pour figurer la naissance du Christ, et une année même, la
présence d’un veau et d’un petit âne,lequel n’avait pas arrêté de bramer
pendant toute la durée de la messe,surmontant les chants de ses braiements! Tout le monde s’esclaffe! On s’étonne qu’ils assistaient à la messe
de minuit, n’étant pas croyants. Ma mère et ses soeurs précisent qu’en
fait, leurs parents croyaient en Dieu, mais n’étaient pas pratiquants, la
seule messe à laquelle ils assistaient était celle de minuit,à Noël.
Le repas avance, bien sûr seront évoquées également mes études et
celles de Matthieu. Quelles sont nos vocations, le chômage nous
effraient-ils? Les parents exposent assez longtemps leurs angoisses à ce
sujet. Puis Véronique parle de l’école de ses deux fils, de leurs loisirs
(l’équitation) Kevin,l’aîné n’aime pas trop ça,mais comme Véronique et
Florian montent,il est obligé de se plier à ce qui est pour lui une corvée!
Mais les bûches de Noël sont terminées. Il est temps de sortir les
cadeaux.tous se précipitent, avec de grands éclats de rire et reviennent
les bras chargés de paquets multicolores et enrubannés.Entre-temps,Iris
s’est écroulée de sommeil sur le canapé,et sa mère la porte au lit en faisant attention de ne pas la réveiller. Chacun déballe ses cadeaux et tout
le monde s’extasie. Des rires, des embrassades, c’est la grosse effervescence! On se saute au cou, on s’extasie, c’est un beau chahut! Des
papiers d’emballage-cadeaux,du bolduc jonchent le sol. Mais ma grandmère dodeline de la tête, elle dit qu’elle n’en peut plus et elle embrasse
tout le monde avec forts remerciements pour tous ses cadeaux, et elle
monte se coucher.
La soirée va se poursuivre encore un petit moment,mais à voix feutrée
pour ne pas réveiller Iris et ma grand-mère. Des petits groupes de
conversation se sont formés.ma mère plaisante avec ses soeurs, Claude
et Didier parlent voitures, Joëlle et Giorgio rient avec mon père, et moi
je parle avec mes cousins et Aymeric. Les deux garçons, Kevin et Florian
ont à leur tour sombré dans le sommeil et se sont endormis allongés chacun sur un canapé.
Le signal d’adieu est donné. Rapidement, tout le monde aide à débarasser
la table et à ranger. On brûle tous les papiers-cadeaux dans la cheminée.
Noël est fini.A l’année prochaine!
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NOGUES Sébastien
Janvier 1997
SOC 204
Noël en Normandie.
C
ette année,Noël en Normandie, chez ma grand-mère paternelle.Elle
est veuve depuis maintenant 23 ans. Elle vit en Haute Normandie,
dans un tout petit village,situé à 10 km d’Alençon, et à 50 km du Mans.
elle s’est installée à Gesnes-le Gandelin, c’est le nom de ce village, en
1944, après que mon grand-père ait été gravement bléssé à la guerre. Il
était peintre restaurateur au château de Versailles. Ma grand- mère, elle,
faisait partie de ce lot de jeunes bretonnes,contraintes de venir se louer
comme bonne à tout faire à la capitale. C’est là qu’elle avait rencontré
mon grand-père.
La maison de ma famille paternelle est une grande maison typiquement
normande. Elle est longue et basse, avec un toit très pentu. Elle est en
grosses pierres. Elle est enchâssé dans des buissons d’hortensias. Une
petite cour gazonnée devant,une petite barrière,et un immense verger
planté de pommiers à cidre. Derrière, un grand jardin, potager celui-ci,
un peu délaissé depuis que ma grand- mère prend de l’âge. Derrière la
porte d’entrée,un petit couloir, à gauche,la chambre de ma grand-mère,
à droite,la cuisine.En face,tout en longueur, le salon salle à manger, plutôt salle à manger d’ailleurs puisque celle-ci est encombrée par une
immense table année 1930, et entourée de huit chaises de même style.
Elle est placée perpendiculairement à la pièce, et occupe quasiment
toute la pièce en largeur. Sur la table un napperon brodé, et une plante
en pot posée dessus. Ce qui frappe, c’est que la cheminée n’est pas du
côté salon,mais à droite,côté salle à manger. Ce qui fait qu’étant le principal élément de chauffage, les convives proches d’elle grillent littéralement! Sur la cheminée,deux lampes début du siècle en cuivre,des photos,et une lampe, contemporaine celle-ci. Parallèle à la table,à droite un
buffet 1930, et encore un autre placé perpendiculairement beaucoup
plus grand. Face à ce grand buffet, le coin salon: un canapé assez défraîchi, recouvert d’un plaid marron pour les chats, une petite table en fer
forgé avec un plateau en verre, sur celle-ci aussi, un napperon en dentelle et un vase de fleurs.Et deux fauteuils un peu avachis.Et la télé bien
sûr, qui trône sur le grand buffet. Beaucoup de photos sont posées sur
les buffets dans toutes sortes de cadres, des photos des enfants, et surtout des petits enfants à tout âge,et du grand-père disparu.
Au bout de la table, une fenêtre basse qui dispense une lumière assez
chiche, et qui ouvre sur le potager. A droite de la salle à manger, une
chambre, glaciale en hiver et très sombre. Elle a pour ameublement un
gros lit de campagne,recouvert d’un édredon épais,une armoire à glace,
toujours 1930, une table branlante, et une penderie en plastique. A
gauche du salon,une porte qui donne sur un petit couloir carré qui fait
office de bureau,le téléphone se trouve là,une porte,et derrière,la salle
de bains, et de l’autre côté, un escalier qui mène à une minuscule
chambre sous les toits, meublée seulement de deux gros lits de campagne avec édredons, là aussi. Et puis, contigüe, un immense grenier
encombrée de vielleries. L’ensemble dégage une atmosphère assez triste,sombre et humide.Et l’on sent que c’est une femme seule et âgée qui
vit là,car tout a un petit air d’abandon.
Noël en Normandie,donc.Toute la famille de mon père sera là.Ma mère
se fait prier, elle apprécie peu,et sa belle-mère,et la fratrie de mon père.
Et puis, elle ne se plaît pas dans la maison normande: trop froide, trop
humide. Et puis les fêtes de fin d’année, mes parents n’aiment pas. Ils
n’apprécient pas le côté festif obligatoire de cette période de l’année.
Mon père râle,lui aussi,mais sa mère lui a fait un peu le chantage de “ tu
comprends,j’ai 75 ans, je n’ai peut-être plus tellement de Noël à passer,
ce serait pour moi un tel bonheur de réunir encore une fois toute la
famille”. Mon père fait semblant de subir une corvée, mais tout compte
fait, il n’est pas si mécontent de revoir tous ses frères et soeurs; ça a été
une famille très unie.
Le père, vrai patriarche, et les 6 enfants; 4 garçons, les aînés qui se suivent au rythme de un tous les deux ans, et puis un petit temps d’arrêt,
et les deux petites dernières, les deux filles. Les deux frères aînés, à la
mort du père, se sont sentis investis du rôle de patriarches, et sont très
attentifs à leur mère. Socialement, (financièrement) parlant, en plus, ce
sont eux qui ont le mieux “réussi”.Mon père lui,est le troisième garçon.
La famille était très unie,donc,et à la mort du père,elle s’est un peu resserrée autour de la détresse de la mère (elle avait 50 ans quand son mari
est mort).Ensuite,les liens se sont distendus petit-à-petit en grande partie à cause des conjoints venus agrandir la famille,mais aussi à cause des
disparités sociales,la réussite,et les centres d’intérêts des individus- jusqu’à devenir presque inexistants dans la globalité, encore que curieusement, des “couples” se soient formés: les deux frères aînés se sont trouvés des affinités (même réussite sociale, mêmes options de vie, et sympathie entre leurs deux femmes, mêmes loisirs, golf...) Mon père lui, se
sent très proche de la plus âgée des 2 filles ( ils ont 7 ans d’écart). Il l’a
peu connu dans l’enfance, puisque lui a quitté le cocon familial pour
suivre des études au Mans à 16 ans; il ne rentrait chez lui qu’un weekend sur deux,mais ils se sont trouvé des points d’intérêt commun.Lui a
fait les Beaux-Arts au Mans,puis Arts Plastiques en fac à Paris,et sa soeur,
quelques années plus tard, a suivi la même filière: Arts Plastiques à
Vincennes.La vie les avait éloignés l’un de l’autre,puisque elle est partie
ensuite vivre à Barcelone d’abord, puis ensuite en Italie, où elle a rencontré son mari, Giorgio. Il y a environ 10 ans, ils ont décidé de venir
s’installer en France, tout près de Toulouse. Ils sont tous deux marionnettistes; mon père,lui,est enseignant à l’Ecole des Beaux- Arts,et aussi,
réalisateur de films. Le domaine artistique a donc beaucoup joué dans
leur rapprochement.
C’est donc avec Joëlle, la soeur de mon père, et Giorgio, accompagnés
de leur fillette de 4 ans, que nous rejoignons la Normandie, en voiture,
depuis Toulouse. Pour Giorgio,c’est carrément la corvée.Il est mal perçu
dans la famille; d’abord, c’est un “intello”, un rêveur, et puis lui et Joëlle
sont dans une situation financière assez précaire,des artistes,quoi! Et en
plus,il est étranger! Chose pour certains membres de ma famille semble
réducteur.
Nous arrivons dans la maison en Normandie en fin d’après-midi avant le
réveillon.Accueillis par ma grand-mère, ravie et épanouie.Elle est là avec
son fils Jacky, le seul qui géographiquement soit resté dans la région.Ils
sont en train d’installer des tables avec des tréteaux pour accueillir tous
les convives (21 personnes au total). Jacky, c’est le plus jeune des garçons, celui qui est resté le plus proche de son milieu familial: pas
d’études supérieures, mais techniques, puis contremaître à l’usine
Moulinex d’Alençon; ensuite VRP. D’abord, l’âge d’or, il y gagne largement sa vie, tout va bien, il investit, grosse voiture, belle maison, et puis
patatras,la crise, licenciement et depuis 5 ans,la galère! Des petits boulots à droite et à gauche, avec de longues périodes de chômage. Il garde
le moral, il s’amuse de tout, et pourtant! Cette situation, sa femme la vit
plus que mal, le couple déjà n’a jamais été bien solide, mais là, c’est la
catastrophe; sa femme de plus a toujours été assez déséquilibrée, elle a
de longues périodes de dépression.Ce n’est pas la vie qu’elle souhaitait.
Elle travaille dans une agence de voyages à Alençon.Elle ne rit jamais,et
accueille avec ennui les manifestations de bonne humeur de son mari.
Ils ont une fille,Delphine qui a fini par arracher à sa mère l’autorisation
de faire des études aux Beaux-arts de Rennes; elle a 20 ans, et elle non
plus n’engendre pas la bonne humeur! Elle déteste sa mère et ne s’en
cache pas,par contre, elle a une réelle adoration pour son père,et tous
les deux font front contre elle! Jacky ira chercher sa femme et sa fille
plus tard dans la soirée.On peut supposer que pour sa femme, c’est un
supplice de devoir venir, car dans toutes ces réunions de famille, elle
s’ennuie ferme et ne s’en cache pas...et les autres membres de la famille ne manque pas de la critiquer, de la considèré comme folle.Elle ne dit
jamais plus de 2 ou 3 phrases de toute la soirée, et ne sourit jamais,
même au milieu de l’hilarité générale.
Mais voici qu’arrive Claude, le fils aîné. Après des études scientifiques, il
travaille à Paris pour une grosse société américaine, et dirige la filiale
française. Il place dans les hôpitaux des appareils de soins très sophistiqués:scanners,IRM etc...Sa femme,Sylvie est femme au foyer. Leurs deux
enfants ont 25 et 23 ans. Le garçon finit des études de marketing, axée
sur les Etats-Unis (avec l’aide de son père), ma cousine elle,termine des
études pour travailler dans le tourisme Un gros inconvénient pour elle,
elle est bègue,elle est pourtant plus que ravissante,ça risque de lui poser
des problèmes.
Embrassades, effusions, pourtant on sent qu’entre le couple de marionnettistes et eux,il y a quelques tensions.
Dans la foulée arrivée du second frère de mon père, Daniel avec sa
femme.Alors là,pour lui, grosse réussite sociale. Pas d’études,il n’est pas
allé jusqu’au bac, il a fait fortune dans la promotion en publicité. Une
opportuinité alors qu’il avait commencé sa carrière comme VRP lui
aussi, avec l’argent de sa femme (fille d’agriculteur, celui-ci est mort très
jeune,sa mère a vendu l’exploitation et a partagé le revenu de la vente
entre ses enfants) mon oncle a donc investit avec son ex- patron dans
une agence de promotion publicitaire; un succès foudroyant... il subit
l’impôt sur la grande fortune!Fort de ce succès,il est paternaliste et protecteur avec la famille,parle d’un ton docte et mesuré, il détient la vérité. Sa femme Martine, couverte de bijoux, des vrais!... s’entend- est la
bourgeoise parisienne type. Cours de peinture, tournois de tennis...elle
n’a pas une minute à elle bien que femme au foyer. Eux aussi vivent à
Paris.
J’ai l’idée de jeter un coup d’oeil sur les vêtements des uns et des autres.
Martine,outre ses bijoux (j’ai compté 6 bagues,trois bracelets,2 colliers,
et des boucles d’oreille) porte une robe “chic”,son mari un complet veston.Le frère aîné,lui est carrément en costume noir, avec noeud papillon
s’il vous plaît, sa femme, comme Martine a beaucoup de bijoux,mais or
et fantaisie mélangés, plus clinquants, sa robe est un peu voyante. Ma
mère, porte une robe en laine noire à manches longues, et pas mal de
bijoux elle aussi. La femme de mon oncle chômeur, contrairement aux
précédentes,n’a pas une once de maquillage,mais par contre a une robe
assez extravagante,et très peu de bijoux.Ma tante marionnetiste n’est ni
maquillées,ni habillée fête,vêtements de tous les jours et pas de bijoux.
Giorgio comme mon père d’ailleurs, n’a pas de cravate et même est
habillé plutôt négligé, gros pull.... Ma cousine, Delphine, la fille de mon
oncle sans travail, est en pantalon et chemisier blanc, sans bijoux. Par
contre,Aurélie,la fille du frère aîné,porte une robe longue moulante,des
bijoux,et un maquillage accentué.
Daniel complimente mon père sur la chemise en soie que ma mère vient
de lui offrir, en disant que sa femme vient de lui acheter la même... Sa
femme se penche,tire le col pour regarder la marque,et s’exclame:“pas
vraiment, moi, je t’ai acheté une Cerruti!”Ma mère est furieuse, ambiance,ambiance!
L’ambiance ne se réchauffe pas! Tous de s’extasier sur la beauté d’Iris,la
fille des marionnettistes:elle est très méditerranéenne: yeux de braise et
cheveux noirs jais.Martine laisse tomber, méprisante,une vraie italienne!
Les parents d’Iris sont furieux!
Diversion, la plus jeune soeur de mon père arrive, flanquée de son mar i
et de leur fils,8 ans. Ils arrivent de Paris, après un long voyage, puiqu’ils
arrivent de Los Angelès où ils se sont installés il y a 4 ans.Didier travaille
pour les télécommunications spatiales. Michelle, sa femme après beaucoup de difficultés,s’est acclimatée aux Etats-Unis;elle enseigne le français au lycée français à Los Angelès.
Leur fils est totalement bilingue,et jongle sans difficulté entre le français
et l’anglais.Il est extraverti et d’emblée se sent à l’aise avec tous.
Apéritfs,petits fours,mes parents discutent de la vie aux Etats-Unis avec
les intéréssés.En fait,ils apprécient peu les américains et vivent avec un
petit cercle restreint d’amis français installés là-bas.Ma tante a enfin réussi à apprendre la langue, après 3 ans d’effort. Son mari, Didier est toujours entre deux avions, il travaille beaucoup avec l’Orient, particulièrement avec la Corée.Les américains voudraient qu’il s’y installe,mais veto
absolu de sa femme. En fait, ils aimeraient revenir en France, mais il n’y
a pas de poste équivalent pour lui ici. Didier s’echauffe un peu et se
plaint des américains qui lui compliquent la vie avec les barrières administratives qu’ils établissent par rapport aux travailleurs émigrés.Claude,
très pro-américain, s’insurge en reprochant à Didier son manque d’ouverture; lui a ses entrées partout, et déclare à Didier qu’il ne sait pas se
débrouiller, l’autre voit rouge,le ton monte.Heureusement,entre-temps,
les derniers invités sont arrivés. Il s’agit de personnes du troisième âge,
la mère de la femme de Claude,veuve depuis des années,et de son frère
malade et très âgé, veuf lui aussi depuis quelques mois. Lui habite dans
le village,très près de chez ma grand-mère.Ils ne se fréquentent pas habituellement,ils n’appartiennent pas à la même classe sociale.Malgré son
âge et son état de santé, il voyage énormément. Jacky, lui, est allé chercher sa femme et sa fille.
Je finis mon inspection vestimentaire, et constate que les personnes
âgées se sont mises sur leur trente-et-un! Costume et noeud papillon
pour l’homme, robe de fête pour la femme, comme ma grand-mère, des
robes assez chamarrées comme aiment en porter les femmes âgées!
Les frères se sont activés à la cuisine pour ouvrir les bourriches
d’huîtres. Les femmes ont aidé ma grand- mère pour les derniers préparatifs. Désoeuvré, je glisse un oeil dans la cuisine. Menu tout-à-fait traditionnel: boudins blancs, huîtres, saumon fumé, dinde aux marrons, salade, fromages divers, et deux grosses bûches. Bien sûr, nous sommes en
Normandie,et le repas sera coupé par le trou normand,un petit verre de
calvados vidé cul- sec après la dinde. (Ma grand-mère a le droit, chaque
année de faire venir le bouilleur de cru pour distiller le calvados, à partir de son cidre...Hélas, à sa mort, les droits s’arrêteront).
Brève discussion pour savoir à quel moment seront offerts les cadeaux.
A l’unanimité, il est décidé de les offrir avant de passer à table, car les
deux derniers petits- enfants sont trop jeunes pour veiller tard, et trop
excités pour attendre.(En fait,ils finiront par se coucher comme tout le
monde, à trois heures du matin!)
Affolement... Mes tantes de Paris étaient chargées d’acheter une bague
pour ma grand-mère au nom de la communauté. En fait, elles ont pensé
qu’une bague plus simple serait plus appropriée, pas question donc de
partager le montant de l’achat en six,ça serait dérisoire.Tension,protestations à voix basse (il ne faut pas que ma grand-mère entende):“vous
auriez pu nous prévenir, c’est malin, on va avoir l’air de quoi, etc...
Finalement, idée géniale, les quatre enfants restants, mon père, mon
oncle Jacky, et mes deux tantes, vont se regrouper pour offrir un voyage
aller-retour pour Los Angelès à ma grand-mère,ainsi elle pourra aller passer quinze jours chez sa fille à Pâques... “Merci du cadeau”, glisse
Michèle! Bon,finalement,c’est d’accord,on se décide sur le montant que
chacun aura à payer, et mon père fait un chèque au nom de tous.
Ma mère, qui est graphiste, trouve un peu sec de donner un simple
chèque, et propose de faire rapidement, une maquette d’un énorme
billet d’avion, fermé comme une enveloppe, pour glisser le chèque
dedans. Mais il faut trouver de quoi travailler! Mon jeune cousin, l”américain” refuse de prêter ses crayons de couleur. Au bout d’un bon
moment, il cède. Ma mère se met au travail dans la pièce à côté; ma
grand-mère est intriguée et se demande ce qui se passe.
Mais nous allons passer à table, la dinde est prête! Ma mère aussi avec
son fac-similé de billet d’avion. Bousculade, tout le monde va chercher
ses cadeaux. Les parents avaient décidé entre eux de n’offrir des
cadeaux qu’aux enfants (petits et grands) et à leur mère, évidemment.
Ado et enfants ouvrent leurs cadeaux sous l’oeil,curieux ou inquisiteurs
des parents.Mes parents ont offert:à une de mes cousines,la parisienne
des boucles d’oreille en argent,à l’autre,un chemisier brodé,à mes cousins, un canif laguiole, des gants en cuir, un jeu de solitaire, et bien sûr,
des jouets pour les plus petits.Moi,je reçois,CD, caleçon en soie,eau de
toilette... et une paire de chaussettes! Je m’aperçois en fait que mon
oncle Jacky, celui qui a perdu son travail,a offert à chacun de nous une
paire de chaussettes. Jacky sourit mais sa femme accuse la coup, et
semble gênée du peu de prix de ses cadeaux à côté de ceux des autres.
Elle me fait de la peine;pourtant, ma tante marionnettiste,elle, a décidé
de ne rien offrir à personne, car elle trouve que ce sont des pratiques
caduques. Tout le monde est enchanté de ses cadeaux, ma grand-mère
particulièrement est ravie, la bague, bien que trop juste, lui plaît beaucoup et elle est particulièrement heureuse de son billet d’avion pour les
Etats-Unis.
L’heure est à la jovialité, dans un vrai brouhaba, on se met à table, les
deux plus jeunes, eux, surexcités, courent comme des fous autour de la
table, en essayant leurs jouets.A un bout de la table sont placés les plus
âgés,puis au milieu,les enfants, gendres,belles-filles,etc,et à l’autre bout
de la table,les cousins sont regroupés.
La conversation roule sur toutes sortes de sujets.Le temps: va t’il neiger
ou non, le climat plus doux à Toulouse qu’à Alençon, mais tellement
moins agréable qu’en Californie. Les dernières vacances des uns et des
autres, quels pays ils ont préféré. Puis les problèmes de boulot, la crise,
ce qu’elle a changé. Les deux frères aînés sont très condescendants à
l’égard de ceux qui ne réussissent pas, car ils partent du postulat que si
on le veut vraiment, on ne peut que réussir. Evidemment le ton monte
quelque peu;Joëlle et Giorgio sont outrés par de tels propos,ils s’échauffent, soutenus par mon père. Jacky fait diversion en racontant des histoires grivoises, l’atmosphère se détend, gros rires, la bonne humeur est
générale. Les frères et soeurs évoquent des souvenirs d’enfance, les
copains d’enfance,que sont-ils devenus? Leur mère donne des nouvelles
des uns et des autres.Ils parlent du père disparu il y a 21 ans maintenant.
Puis chacun évoque leurs projets pour le réveillon du jour de l’an.
En tous cas, je sais qu’il y a un sujet qui sera soigneusement évité, c’est
la politique. Je sais par mes parents que mes oncles parisiens ont peu à
peu glissé vers la droite, et le racisme, et il y a eu quelques réunions de
famille explosives lorsque ces sujets ont été abordé. Donc, dès que la
conversation s’engage dans ces directions, tous s’efforcent très rapidement de changer de thème!
Mais ma grand- mère, elle, est aux anges. Elle contemple toute sa tablée
de l’air d’une poule couveuse.A voir son bonheur, le feu aux joues et les
yeux brillants, c’est vrai que ça vaut la peine de fêter Noël en famille.
Mais, comme le pensent mes parents, je suis sûr, que lorsqu’elle disparaîtra, il n’y aura plus de réunion de famille,celle-ci éclatera totalement,
et nous n’aurons plus aucune nouvelle des uns et des autres.
Mais la soirée tire à sa fin, il est trois heures, les gens âgés s’en vont,ma
grand-mère, elle, est recrue de fatigue. Rapidement, les filles et bellesfilles débarrassent la table, font la vaisselle, remettent tout en place.
Certains dorment sur place, mais il n’y a pas assez de place pour tous.
Les parisiens vont dormir, qui chez leur oncle,qui chez les beaux-parents
qui habitent à côté.Les deux filles, Joëlle,Michèle, et leurs maris restent
dormir ici, avec leurs jeunes enfants. Mes parents et moi allons dormir
chez mon oncle d’Alençon, Jacky. Demain nous reprendrons la route
pour Toulouse. Nous repasserons chercher Joëlle, Giorgio et Iris, pour
faire nos adieux à ma grand- mère.
A l’année prochaine pour un nouveau réveillon!