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L’Encéphale (2010) 36S, D7—D13 Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com journal homepage: www.em-consulte.com/produit/ENCEP MÉMOIRE ORIGINAL Vécu subjectif du recontact téléphonique après tentative de suicide Patient satisfaction regarding further telephone contact following attempted suicide G. Gruat a, O. Cottencin b,∗, F. Ducrocq a, S. Duhem c, G. Vaiva a a Service de psychiatrie adulte, CHRU de Lille, Lille, France Service d’addictologie, université Lille-2, CHRU de Lille, 57, boulevard de Metz, 59037 Lille cedex, France c CIC, CHRU de Lille, Lille, France b Received 31 December 2008; accepted 7 September 2009 Available online 1 décembre 2009 MOTS CLÉS Tentative de suicide ; Récidive suicidaire ; Recontact téléphonique ; Satisfaction ∗ Résumé La satisfaction des usagers des systèmes de soins est assez peu étudiée dans le domaine du suicide. Pourtant, dès 1976, certains auteurs retrouvaient un lien entre le risque suicidaire et un faible niveau de satisfaction envers les soins. À ce jour, seules deux études consacrées à la prise en charge des patients suicidants comportaient une évaluation de la satisfaction des patients (retrouvant d’ailleurs un lien fort entre insatisfaction et risque suicidaire). Au cours de l’étude SYSCALL mesurant l’impact d’un recontact téléphonique systématique sur la récidive dans les semaines suivant une tentative de suicide, nous avons voulu savoir si cette procédure ainsi que ses modalités avait été bien acceptée par les patients. Lors du dernier recontact programmé 13 mois après la tentative de suicide index, nous avons évalué le vécu des patients face à cette intervention et son impact sur leur devenir au moyen d’un questionnaire : 54 % des patients interrogés ont répondu, 78,9 % d’entre eux considéraient que le recontact leur avait été bénéfique et 40,4 % estimaient qu’il avait eu une influence sur leur vie voire pour 29,4 % qu’il leur avait évité une récidive suicidaire ; 94,5 % étaient satisfaits de son déroulement, mais 20,2 % auraient aimé être recontactés par un médecin connu. Enfin, la majorité des patients recontactés étaient satisfaits du moment choisi. Le recontact téléphonique, malgré sa nature intrusive et inhabituelle, a été bien accepté par les patients, ainsi que ses modalités. Nous pensons que le recueil de l’opinion des patients est aussi à développer en tant qu’outil thérapeutique dans la prise en charge des suicidants. © L’Encéphale, Paris, 2009. Auteur correspondant. E-mail address: [email protected] (O. Cottencin). 0013-7006/$ — see front matter © L’Encéphale, Paris, 2009. doi:10.1016/j.encep.2009.10.009 D8 KEYWORDS Telephone contact; Suicide attempt; Recurrence of suicide attempt; Client satisfaction G. Gruat et al. Summary At a time when increasing importance is given to providing satisfaction to the users of health services, it is surprising that this concept has hardly ever been examined in the field of suicide. Although suicide (prevention and management) is an important part of public health, there seems to be little interest in finding out patients’ opinions about the healthcare services which are offered to them. Back in 1976, some authors found a link between the risk of suicide and a low level of satisfaction of healthcare. To date, only two studies looking at management of suicidal patients have included an assessment of patient satisfaction (a strong link between dissatisfaction and suicidal risk was found). During the SYSCALL study, which measured the impact of systematic recontacting by telephone on recurrence of suicide, in the weeks following a suicide attempt, we aimed to find out if this procedure and its methods were well-accepted by the patients. When the patients were first recontacted, 13 months after the suicide attempt, and included in our study, we assessed by means of a questionnaire, their experience of being faced with this intervention, and its impact on their future. Of the 605 patients included, 312 were put into the control group, 147 were recontacted at the end of the first month, and 146 at the end of the third month. The rate of repeat suicide attempts in the year following the initial attempt, was significantly lower in the group that was recontacted after one month, than in the control group [12% against 22%; P = 0.03]. It would therefore seem that systematic recontacting by telephone one month after attempted suicide may have contributed in reducing the risk of an early repeat suicide attempt. Of the 482 patients whom we managed to contact by 13 months, 254 had filled out the questionnaire about their subjective experience, in writing or by telephone, this making a response rate of 52.7%. Amongst the patients who replied, female patients are over-represented with more of them being recontacted than males, but no difference was found in the psychiatric symptomatology observed when they were assessed and included in the study. On the other hand, we found a higher incidence of mood disorders and suicidal risk in those who were examined at the final assessment at 13 months. A large majority (78.9%) of the patients who were recontacted, considered recontacting as beneficial, 40.4% considered that it had influenced their lives, and 29.4% thought that recontacting had contributed to avoiding them making a further suicide attempt. Out of the patients recontacted, 94.5% had appreciated the person that had recontacted them, and only 8.3% had been disturbed at being recontacted by a different doctor than the one whom they had met in the Emergency department. A majority of them (54.1%) considered that telephoning was the most appropriate method for recontacting, but of those who were not convinced of being recontacted by telephone, 89.5% of them thought that consultation was the best alternative. Finally, around a third of patients would have preferred being recontacted earlier. On closer examination of the 10 recontacted patients who were dissatisfied by being recontacted, we did not find any elements to characterize them, except for a previous history of more suicide attempts in their family. Finally, a majority of the dissatisfied patients would have preferred being notified in advance of the time of recontacting, and half of them thought that recontacting was too late, but they were not disturbed by being contacted by a different doctor. Telephone recontacting and its methods were surprisingly well-accepted by the patients, even though it is intrusive in nature and unusual in France. We think that despite the inevitable bias that is linked to it, the opinion of patients should be sought and developed in the management of patients who have attempted suicide and in the treatment of the suicidal crisis in general. Even though patients’ satisfaction rates may improve the quality of treatment, we should bear in mind that listening to, noting down and examining patients’ opinions and words, is in itself a useful factor for patients in their quest for improving their health. © L’Encéphale, Paris, 2009. Introduction À l’heure où une importance grandissante est accordée à la satisfaction des usagers des systèmes de soins, il est assez surprenant que dans le domaine du suicide, cette notion soit si peu explorée. Pourtant, le suicide fait partie des enjeux importants de santé publique et, dans le domaine de sa prévention, la prise en charge des patients après une tentative de suicide est un sujet de recherche prioritaire. Pourtant, dès 1976, Richman et Charles retrouvaient un lien entre le risque suicidaire et un faible niveau de satisfaction envers les soins [15], ce que confirmera Lebow dans sa revue de littérature sur la satisfaction en psychiatrie [10]. Parmi les nombreuses études consacrées à la prise en charge des patients après tentative de suicide, seules quelquesunes ont étudié le recueil du point de vue des patients dont deux portaient sur les systèmes d’intervention au décours d’un geste suicidaire [2,6]. La première retrouvait un indice moyen de satisfaction plus élevé chez les patients ayant bénéficié de séances de psychothérapie à leur domicile que chez ceux ayant eu la prise en charge usuelle [6]. La seconde évaluait une prise en charge psychosociale réalisée par un intervenant spécialisé dans le suicide et retrouvait parmi les répondeurs 76 % de satisfaction avec un lien net Vécu subjectif du recontact téléphonique après tentative de suicide entre insatisfaction et risque suicidaire [2]. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce manque de données : la réticence des soignants à se sentir jugés, les biais inhérents au recueil de l’opinion des patients, le manque de concertation sur le terme « satisfaction ». Pourtant, pour Sitzia et Wood, trois dimensions au moins sont à prendre en compte : la capacité des soignants à créer une relation de soins confortable, les changements ressentis par les patients et leurs attentes et enfin, la pertinence des soins par rapport à celles-ci [17]. Or les patients suicidaires se reconnaissent plus de besoins que les autres patients [14] et sont plus nombreux à considérer que leurs attentes n’ont pas été remplies par la prise en charge [4,14], d’où l’importance et la nécessité de s’intéresser à leur point de vue sur les soins. Dans le Nord—Pas-de-Calais, l’impact sur les récidives d’un recontact téléphonique systématique, dans les semaines suivant une tentative de suicide, a été évalué dans le cadre de l’étude SYSCALL. Nous ne reprendrons pas en détail les résultats de cette étude [18], mais nous intéresserons au vécu des patients face à cette intervention inhabituelle et à leur évaluation de l’impact d’une telle méthode. L’étude SYSCALL SYSCALL [18] est une étude multicentrique randomisée réalisée dans 13 centres d’urgences du Nord—Pas-de-Calais : 605 patients, se présentant aux urgences après une tentative de suicide par intoxication médicamenteuse volontaire et pour qui un psychiatre jugeait qu’une hospitalisation n’était pas nécessaire, ont été inclus dans l’étude et randomisés en deux groupes. Les patients du groupe témoin bénéficiaient de la prise en charge usuelle et n’étaient joints qu’après 13 mois. Les patients du groupe intervention D9 étaient recontactés par téléphone soit à un mois soit à trois mois de leur sortie des urgences. La randomisation était stratifiée sur le sexe et le pourcentage de multirécidivistes (plus de quatre tentatives de suicide dans les trois ans passés). L’objectif principal de l’étude était de mesurer l’influence d’un recontact téléphonique systématique après une tentative de suicide sur la récidive précoce. Au cours de cet entretien téléphonique les investigateurs s’assuraient de la pertinence des modalités de suivi prévues aux urgences, de les réajuster si nécessaire, rappelaient les numéros de téléphone « ressources » et évaluaient l’état psychique du patient avec la possibilité d’une prise en charge rapide en cas de souffrance psychique ou de risque suicidaire. Au 13e mois de l’étude, une évaluation finale était réalisée pour l’ensemble de la cohorte au cours de laquelle étaient évalués l’existence de troubles psychiatriques, les données sur le devenir, les récidives éventuelles et le parcours de soins. Sur les 605 patients inclus, 312 ont formé le groupe témoin, 147 ont été recontactés à la fin du premier mois et 146 à la fin du troisième. Le taux de récidives suicidaires dans l’année suivant le geste suicidaire dans le groupe recontacté à un mois était significativement plus faible que dans le groupe témoin (12 % vs 22 % ; p = 0,03), mais non significatif dans le groupe à trois mois (17 % vs 22 % ; p = 0,27). Ainsi, il semblait donc qu’un recontact téléphonique systématique, un mois après une tentative de suicide, ait contribué à diminuer le risque de récidive suicidaire précoce (Fig. 1). Objectif Parce que cette mesure inhabituelle en France, nous paraissait intrusive, nous avons voulu connaître le vécu des patients dans le déroulement de la procédure et l’impact qu’ils avaient attribué à ce recontact. Dans l’objectif Figure 1 Description de l’étude SYSCALL avec les résultats significatifs montrant que le recontact téléphonique précoce (à un mois) diminue significativement le risque de récidive suicidaire à un an en comparaison des autres groupes. D10 Tableau 1 G. Gruat et al. Comparaison des patients ayant répondu au questionnaire de vécu subjectif et des patients n’ayant pas répondu. Questionnaires remplis Oui n = 254 (%) Non n = 345 (%) p Multirécidivistes Recontactés Femmes 11,8 42,9 78,7 7,2 26,7 67,2 0,056 < 0,0001 0,002 Présence à visite finale de... n = 254 (%) n = 228 (%) Trouble de l’humeur Trouble anxieux Risque suicidaire 35,3 56,4 20,7 23,2 51,2 11 d’évaluer l’acceptation du recontact et de ses modalités, nous avons proposé aux patients de répondre à un questionnaire de satisfaction. 0,009 0,301 0,01 féminine, une plus grande proportion de patients recontactés et une plus grande fréquence de troubles de l’humeur et de risque suicidaire chez les répondeurs à l’évaluation finale du 13e mois. Patients et méthode Vécu subjectif du recontact Deux questionnaires distincts ont été élaborés : l’un pour le groupe témoin, l’autre pour les patients recontactés. Le questionnaire était joint au courrier annonçant le rendez-vous téléphonique pour l’évaluation finale. Si le questionnaire n’avait pas été retourné, les patients pouvaient y répondre lors de l’évaluation téléphonique finale. Les deux questionnaires abordaient des questions sur la prise en charge après leur tentative de suicide, les attentes et les a priori quant au recontact. Pour les patients recontactés, nous avons ajouté des questions sur l’impact du recontact sur leur vie et demandé leur appréciation des modalités du recontact. Résultats Parmi les 482 patients ayant pu être joints à 13 mois, 254 ont rempli le questionnaire de vécu subjectif (taux de réponses de 52,7 % sans différence entre les trois groupes) (Tableau 1). Nous retrouvions chez les répondeurs une surreprésentation Tableau 2 Cent neuf patients recontactés (57 à un mois et 52 à trois mois) ont donc répondu au questionnaire de vécu subjectif (soit un taux de réponse de 37,2 %). La grande majorité (78,9 %) d’entre eux considérait le recontact bénéfique. Ils étaient 40,4 % à considérer qu’il avait eu une influence sur leur vie et 29,4 % des patients estimaient que le recontact avait contribué à leur éviter une nouvelle tentative de suicide. Nous ne notions aucune différence significative entre les deux groupes (Tableau 2). Modalités du recontact Parmi les patients recontactés, 94,5 % déclaraient avoir été bien reçus par la personne chargée du recontact et le fait qu’il ait été effectué par un médecin différent de celui rencontré aux urgences n’avait gêné que 8,3 % des patients même si 20,2 % auraient préféré être recontactés par un médecin connu. La majorité d’entre eux (54,1 %) consid- Vécu subjectif des patients recontactés. Groupe recontactés M1 M3 (n = 109) Oui (%) Non (%) NSP (%) Le recontact a-t-il été bénéfique ? Avez-vous été bien reçu(e) par le recontacteur ? Était-ce une gêne que ce ne soit pas le médecin des Urgences ? Auriez-vous préféré un contact avec un médecin connu ? Le téléphone est-il une procédure appropriée ? 78,9 94,5 8,3 20,2 54,1 9,2 1,8 89,9 74,3 29,4 11,9 3,7 1,8 5,5 16,5 Avec 89,5 % proposant comme alternative un contact direct Le recontact a-t-il eu une influence sur votre vie ? Le recontact a-t-il permis d’éviter récidive suicidaire ? Souhaitiez-vous un recontact plus tôt ? Souhaitiez-vous un recontact plus tard ? À l’annonce du recontact, étiez-vous ennuyé(e) ? À l’annonce du recontact, étiez-vous satisfait(e) ? 40,4 29,4 29,4 4,6 14,7 76,1 Groupe M1 : recontactés à un mois ; groupe M3 : recontactés à trois mois ; NSP : ne se prononce pas. 49,5 56 45,0 52,3 62,4 9,2 10,1 14,7 25,7 43,1 22,9 14,7 Vécu subjectif du recontact téléphonique après tentative de suicide Tableau 3 D11 Description des patients en fonction de leur satisfaction par rapport au recontact téléphonique. Dans votre cas, pensez-vous que le recontact a été bénéfique ? Non(n = 10) (%) Oui(n = 86) (%) p Recontactés à un mois ou à trois mois ATCD familiaux de TS Trouble de l’humeur à la visite finale Le recontact devrait concerner tout le monde Importance d’un recours téléphonique d’urgence Gêne d’un recontact par un médecin inconnu 71,4 55,6 60 60 30 26,3 23,8 93 90,7 3,5 0,024 0,055 0,002 0,007 0,01 Primosuicidants Récidivistes p Total des répondeurs au 13 mois Jugent positif que les urgences contactent leur médecin n = 129 55,8 % n = 125 68 % 0,012 Groupe recontact à 1 mois et à 3 mois Ressentent un bénéfice du recontact Ressentent un impact positif du recontact Auraient voulu un recontact plus précoce n = 54 (%) 79,6 38,9 16,7 n = 55 (%) 78,2 41,8 41,8 ns ns 0,013 Groupe témoin (non recontacté) Pensent que recontact aurait été bénéfique Pensent que recontact aurait entraîné un changement n = 75 (%) 48 26,7 n = 70 (%) 71,4 41,4 0,010 0,015 Tableau 4 Comparaison du vécu subjectif des primosuicidants et des récidivistes. e éraient le téléphone comme la méthode la plus appropriée, mais l’alternative choisie par 89,5 % des patients non convaincus était la consultation. Enfin, la majorité d’entre eux (quel que soit le groupe) considéraient le moment du recontact adapté (groupe M1 [61,4 %] vs groupe M3 [80,8 %] ; p = 0,079) (Tableau 2). Quelle insatisfaction ? Dix patients recontactés (cinq du groupe M1 et cinq du groupe M3) ont déclaré que le recontact ne leur avait été d’aucun bénéfice. Sur le plan sociodémographique ou psychopathologique à l’évaluation initiale, aucun élément n’était caractéristique de cette population, sinon une fréquence plus importante d’antécédents familiaux de tentatives de suicide. En revanche, ils présentaient une plus grande fréquence de troubles de l’humeur et de troubles anxieux, sans qu’il n’y ait de différence statistiquement significative. Enfin, leur appréciation sur les modalités du recontact différait selon la satisfaction. Ainsi, la majorité des patients insatisfaits auraient souhaités être prévenus du moment du recontact et la moitié d’entre eux ont considéré que le recontact avait été trop tardif, sans pour autant avoir été gênés par le fait d’être contactés par un nouvel interlocuteur (Tableau 3). Le cas des primosuicidants Cent vingt-neuf patients ont été inclus après un premier geste suicidaire et 54 d’entre eux ont été recontactés. Ces patients semblaient avoir moins d’attente par rapport aux soins puisqu’ils étaient moins nombreux à considérer comme positif le fait de maintenir un lien entre les urgences et leur médecin traitant, et étaient moins nombreux à considérer que le recontact téléphonique aurait dû concerner tous les patients suicidants. Les primosuicidants du groupe témoin (n = 75) semblaient plus sceptiques sur le recontact que les récidivistes étant moins nombreux à considérer qu’il aurait pu induire un changement ou leur être bénéfique. À l’inverse, s’ils avaient bénéficié du recontact, ils lui accordaient autant de bénéfice et lui imputaient autant d’influence que les autres patients (Tableau 4). Discussion L’objectif principal de notre étude était d’évaluer le vécu des patients face à une procédure thérapeutique inhabituelle en France : le recontact téléphonique systématique après une tentative de suicide. Notre premier constat était qu’une très grande majorité des patients considérait ce recontact bénéfique et la procédure téléphonique adaptée. Un résultat cohérent avec la littérature qui nous place dans la moyenne de satisfaction des soins psychiatriques ambulatoires classiques [1,10]. Ainsi, malgré notre culture « latine », nous pouvons constater que cette procédure n’a pas déstabilisé les patients. Par ailleurs, nous ne sommes pas étonnés de constater que les patients considéraient le contact direct (consultation) comme une bonne alternative au contact téléphonique. Soulignons cependant que c’est justement l’échec des procédures classiques de suivi des patients qui nous a conduits à élaborer le recontact téléphonique en raison de la faible adhésion aux soins post-urgence (puisque seuls 40 % des patients se rendent au rendez-vous de suivi [3]). Ainsi, le recontact téléphonique ne doit pas être confondu D12 avec un entretien de suivi et nous préférons le considérer comme une procédure d’incitation aux soins chez les patients en souffrance et de réassurance chez les autres qui sont dans une phase de réaménagement psychosocial après leur geste. Parmi les patients recontactés, une très faible proportion ne le jugeait pas bénéfique. Ces patients ne se distinguaient des autres ni par leurs caractéristiques sociodémographiques, ni par leur devenir durant l’année du suivi. Cette absence de lien entre insatisfaction et risque suicidaire est en contradiction avec les résultats retrouvés par Aoun et Johnson qui avaient mis en évidence un lien entre la présence d’un risque suicidaire important et l’insatisfaction des soins par les patients [2]. Nous pourrions expliquer cette différence par le fait que le recontact téléphonique, tel que nous l’avons conceptualisé n’avait pas de prétention thérapeutique en soi, mais constituait une démarche d’incitation et d’activation du réseau de soins. Toutefois, il est probable que le faible nombre de patients insatisfaits ne nous permette pas de comparaison valide. Parmi les patients satisfaits se trouvaient les plus sceptiques et les plus réticents envers les soins : les primosuicidants. Ceux-ci semblaient juger moins importants certains éléments de la prise en charge, comme le contact avec le médecin traitant ou la possibilité d’un recours à un numéro d’urgence, émettant même des doutes quant au bénéfice escompté d’un recontact téléphonique ou de son influence. Mais les primosuicidants recontactés comme l’ensemble des primosuicidants étaient tout aussi nombreux à le juger satisfaisant, estimant même qu’il avait eu une influence sur leur vie. Ce dernier élément confirme que ce moyen permet de toucher une population qui n’aurait probablement jamais eu de contact avec les soins de post-crise en raison de leur réticence. Car cette population de primosuicidants est loin d’être négligeable. En effet, il est connu que le premier contact avec la psychiatrie se fait dans plus de 70 % des cas au décours de la première tentative de suicide et que le risque de récidive suicidaire chez ces patients est estimé à 15 % la première année [5,11] et que nous avons nous-mêmes estimé dans notre étude à 15 % chez les témoins et 13 % chez les recontactés [8]. Les modalités du recontact téléphonique semblaient globalement convenir aux patients recontactés. Cependant, ceux n’ayant pas trouvé bénéfique le recontact se déclaraient gênés par l’intervention d’un nouvel interlocuteur, regrettant que ce ne fût pas le médecin qu’ils avaient rencontré aux urgences (même s’ils reconnaissaient par ailleurs la qualité de l’accueil lors de ce recontact). Certes, cette multiplication des intervenants est contraire aux recommandations habituelles et classiques de bonne pratique [12] et le recontact ne doit pas constituer un suivi. Cependant, cette intervention isolée avait pour particularité d’être effectuée au nom du service des urgences. C’est peut-être cette inscription dans une continuité de soins qui a conforté les patients dans leur opinion favorable (en plus du fait qu’il s’agit d’une procédure ajoutée au suivi habituel, donc mieux vécue qu’une absence de contact). Quant à la question du moment du recontact, les patients insatisfaits le considéraient trop tardif. La question du moment idéal pour réaliser le recontact n’est pas vraiment tranchée par les patients (satisfaits comme insatisfaits), puisqu’une proportion plus importante des G. Gruat et al. patients contactés à un mois aurait souhaité un contact plus proche. Rappelons que seul le recontact à un mois avait montré une efficacité et que la question d’une intervention encore plus précoce avait été soulevée par les auteurs pour éviter les récidives ultra précoces [18]. La principale limite de notre étude tient au faible taux de réponse (54,1 %) et au fait que certains patients « ne se prononcent pas » (16,5 %). Près de la moitié des patients ayant participé à l’étude SYSCALL n’ont pas répondu au questionnaire, un taux non négligeable, mais qui reste inférieur à ceux observés dans d’autres études de satisfaction [10]. Malgré tout, la question de la place à accorder à ces non-répondants se pose. D’après l’étude de Ito et al., la satisfaction globale est moins élevée chez les nonrépondeurs comme chez les patients « ne se prononçant pas » ce qui doit nuancer la satisfaction globale retrouvée [9]. Car même si l’échantillon de patients ayant répondu au questionnaire semble représentatif de l’ensemble de la population, il est caractérisé par une surreprésentation féminine. Ce déséquilibre des réponses en fonction du sexe n’est pas une donnée retrouvée dans la littérature portant sur la satisfaction dans le domaine de la santé mentale. Par ailleurs, nous n’avons pas recherché la présence de troubles de la personnalité chez les patients répondeurs alors que ces troubles seraient présents dans près de la moitié des suicides [7] et qu’il est envisageable que certaines personnalités s’expriment plus que d’autres, notamment dans le sens d’une plus grande insatisfaction [16]. Enfin, la symptomatologie semblait plus sévère chez les patients répondants, au moment de l’évaluation finale. Cette différence entre patients répondants et nonrépondants constitue un biais qui accentue sans doute la satisfaction retrouvée (en imaginant que l’insatisfaction aurait été plus forte chez ces patients au risque suicidaire persistant, pour lesquels les soins n’ont a priori pas été efficaces). Conclusion Le recontact téléphonique, malgré sa nature intrusive et inhabituelle, a donc été remarquablement bien accepté par les patients, ainsi que les modalités utilisées. En effet, ce dispositif d’intervention propose plutôt un « rester en contact » (un dispositif de veille), qui n’envahit pas le quotidien du suicidant, qui s’inscrit en parallèle d’une éventuelle prise en charge quand elle est indiquée, et qui peut proposer des outils ou des recours fiables et efficaces en cas de crise suicidaire. Ce type d’approche a suggéré au pionnier du sujet Jérôme Motto, le néologisme de « connectedness », que l’on pourrait traduire par « le sentiment de rester en lien » [13]. Un tel dispositif de veille semble présenter un intérêt plus net sur certaines catégories de suicidants, en ne considérant par exemple que des critères comme le sexe et le nombre de tentatives antérieures. Ainsi, le recueil de l’opinion des patients, malgré les biais inévitables qui y sont liés, nous semble devoir être une habitude à développer, ce d’autant que, comme le soulignait Lebow, le recueil de la satisfaction augmente celle-ci [10]. Recueillir, rechercher, écouter la parole des patients peut constituer en soi un levier thérapeutique non négligeable. Vécu subjectif du recontact téléphonique après tentative de suicide References [1] Ampélas JF. Les enquêtes de satisfaction des patients et de leurs proches vis-à-vis des soins psychiatriques : revue de la littérature. Inf Psychiatr 2004;80:141—6. [2] Aoun S, Johnson L. A consumer’s perspective of a suicide intervention programme. Austr N Z J Ment Health Nurs 2001;10:97—104. [3] Cedereke M, Monti K, Öjehagen A. Telephone contact with patients in the year after a suicide attempt: does it affect treatment attendance and outcome? A randomised controlled study. Eur Psychiatry 2002;17:82—91. [4] Cedereke M. Öjehagen. Patients’ needs during the year after a suicide attempt. A secondary analysis of a randomised controlled intervention study. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 2002;37:357—63. [5] Evans MO, Morgan HG, Hayward A, et al. 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