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SUNDAY’S SCREENING # 7
DU DIMANCHE 10 AU MERCREDI 13 JUIN 2012 / 12H - 19H
LAURENT FIÉVET
THEY SHOOT HORSES, DON’T THEY?
À l’occasion de la septième édition de Sunday’s screening, la galerie Jeanrochdard
est heureuse d’accueillir à nouveau Laurent Fiévet qui a conçu tout spécialement
pour l’espace de la galerie Flying Stallions Circus: une installation rassemblant les
cinq montages de sa série They Shoot Horses, Don’t They? Elaborés à partir d’extraits de Singin’ in the Rain, The Sound of music, Les Demoiselles de Rochefort,
Saturday Night fever et Silk Stockings, les cinq montages de l’installation abordent
le genre de la comédie musicale et plus largement les codes de représentation de
la danse au cinéma. Relégué comme élément dynamique au cœur de l’image, le corps de l’acteur engage
par sa frontalité un rapport direct de confrontation avec le spectateur pour mieux
l’inviter à participer à sa performance et lui faire partager le plaisir qui en émane.
Le jeu de miroir que l’œuvre instaure avec son public rappelle les pratiques des
consoles de jeu ou du karaoke. Mais on pourra également voir, derrière la légèreté
apparente de la proposition qui invite chacun des acteurs à danser séparément ou
en groupe, une réflexion plus vaste sur certains enjeux du marché de l’art contemporain, voire plus simplement un memento mori invitant chacun des spectateurs à
profiter de la vie.
Malgré l’apparente convivialité qui se dégage de la mise en réseau des danseurs, les
corps se refusent à tout mélange. Si d’un mur à l’autre les regards semblent se croiser et les gestes se répondre, le caractère immuable des chorégraphies trahit le caractère artificiel de la rencontre et engage un constat de solitude et d’enfermement.
Plus gravement, l’intervention de l’autre finit par provoquer un effet d’éclipse qui
travaille à l’idée d’une certaine rivalité entre les figures en présence et de la nécessité
de prendre le pas sur l’autre pour continuer d’exister sur la piste. Plusieurs subterfuges sont alors mis en place pour résister à ce manège, comme celui de migrer d’un
mur à l’autre des deux salles.
Assimilé à une sorte de concours de danse ou de performance chorégraphique, l’installation souligne surtout la nécessité d’attirer l’attention du spectateur. Incité à faire
évoluer son regard d’un point à l’autre des deux espaces d’exposition, celui-ci est
mis en position de faire constamment des choix, en suivant un montage de bout en
bout où en partageant son attention entre plusieurs. La question de la nécessité de
l’œuvre à capter l’attention pour exister, à jouer sur des ressorts de séduction pour
attirer l’adhésion, s’en trouve dès lors clairement posée.
Si, de façon plus indépendante, les œuvres de la série semblent proposer des recherches d’ordre rythmique et revisiter visuellement la technique du sampling, elles
se lestent d’une forte charge critique qui pointe d’autres dysfonctionnements de
nos sociétés contemporaines. C’est en ce sens que tout en communiquant un climat
d’insouciance et de bonne humeur, chacun des montages apparaît à la fois engagé
et foncièrement ambivalent.
JEANROCHDARD
13 RUE DES ARQUEBUSIERS I 75003 PARIS I +33 1 42 71 27 35 I [email protected]
OPENING HOURS: TUESDAY-SATURDAY 12H-19H I WWW.JEANROCHDARD.COM
WOOL STOCKING I 2011
montage vidéo 04 mn 23
KEEP DANCIN’ I 2010
montage vidéo 10 mn 52
SUNDAY NIGHT I 2010
montage vidéo 15 mn 15
Basé sur le ballet-titre du film de Silk Stockings (La Belle de Moscou), le montage procède d’une intervention minimale sur le fragment filmique d’origine. Tout en respectant le déroulement de la
musique envoûtante créée par Cole Porter pour ce moment charnière du récit où le personnage de Ninotchka (Cyd Charisse) essaie
pour la première fois la sensation que procurent les bas de soie, il
se contente d’inverser le flux de sa danse en déroulant les plans
de la séquence à rebours. C’est ainsi que contrairement au film de
Mamoulian qui la faisait progressivement glisser sur la pente sulfureuse de la tentation capitaliste, le montage entraîne irrésistiblement Ninotchka vers une apparence aux résonances soviétiques.
La fameuse paire de bas qui la faisait céder se voit écartée sous le
regard approbateur d’un Lénine faisant une apparition à la toute
fin du montage. Dans les figures de cette chorégraphie, ce n’est
plus simplement Ninotchka qui semble rattrapée par son passé ou
les craintes que semble susciter chez elle l’ébranlement de ses repères idéologiques mais bien l’image de la femme d’aujourd’hui,
trop souvent encore affectée par les répercussions de siècles de
domination masculine.
Le montage Keep dancin’ construit une boucle à partir de trois
plans de la séquence-titre de Singin’ in the Rain (Chantons sous la
pluie). Excluant la présence de tout autre personnage, elle ne retient de la scène qu’un fragment du numéro de claquettes interprété par Gene Kelly. Le contraste que le montage met en place entre
l’optimisme à toute épreuve du personnage et la pluie qui tombe au
dehors de façon ininterrompue acquiert, dans l’effet de continuité
de la boucle, une dimension suspecte. Critique du jeunisme, de l’importance accordée à l’apparence ou d’une indifférence exprimée
face aux dysfonctionnements d’une société qui donne de plus en
plus de place à l’individualisme, l’œuvre offre plusieurs cadres de
lecture qui troublent la légèreté de sa perception première. La disparition de la figure d’autorité qui venait dans le film interrompre le
numéro dansé participe de ce spectre d’interprétations au même
titre que celle du contexte narratif d’origine. A moins que, pris par
la bonne humeur et l’insouciance communicatives du personnage,
le spectateur préfère y relever un défi lancé contre l’adversité ou
une ode à la liberté.
Structuré à partir de deux plans de Saturday Night fever (La Fièvre
du samedi soir), Sunday Night montre Tony Manero (John Travolta)
se déhancher sur la piste d’un night-club, encerclé par la foule. Bien
que dansant à un rythme soutenu, le personnage n’en demeure pas
moins isolé sur la piste, comme incapable d’attirer vers lui un partenaire. Malgré l’affichage d’une sexualité débordante accentuée par
les effets d’accélération du montage, personne ne viendra prendre
place à ses côtés. Répercutés par la bande sonore, quelques commentaires, eux-mêmes accélérés pour la circonstance, contribuent
à pointer cette fatalité en se détachant clairement du spectacle
que Tony contribue à proposer. Pointant certaines ambivalences
de nos sociétés de consommation, ils dénoncent les travers d’un
monde en constante accélération qui prise la performance dans
un contexte où l’exploit est dépassé aussi vite qu’il est atteint et
retient de moins en moins longtemps l’attention. S’expriment parallèlement les dérives d’une société toujours plus avide de loisirs
et de divertissements et, à travers la forte expressivité de la danse,
les conséquences d’un papillonnage sexuel et affectif toujours à la
recherche de nouveauté.
RIDEAU ! I 2010
montage vidéo 02 mn 36
ON THE BRINK I 2010
diptyque vidéo, deux montages
de 16 mn 20
Rideau ! fait disparaître figurativement d’un duo des Demoiselles
de Rochefort de Jacques Demy le personnage de Solange Garnier que Françoise Dorléac interprète dans le film. Principalement
éliminé par des effets de miroir agencés au sein de la composition des plans, il a été subtilisé à un clone de Catherine Deneuve
qui évolue et chante à ses côtés. L’œuvre se réfère clairement à
la mort prématurée de Françoise Dorléac quelques mois après la
sortie du film. De cet été funeste, les paroles entonnées dans la
séquence se font étrangement l’écho et l’usage des caches mobiles l’une des principales expressions métaphoriques. Malgré la
duplication artificiellement créée par le montage, accentuant ironiquement le lien de gémellité des sœurs Garnier, l’œuvre brouille
toutefois le rapport de symétrie. Loin de se contenter de mettre
en place de simples jeux de miroirs, Rideau ! s’ingénie à opérer des
effets de désynchronisation dans le numéro chorégraphique qui,
en marquant une série de légers décalages entre les interventions
de Catherine Deneuve, restituent leur identité propre à chacune
des jumelles. On the Brink se structure autour du célèbre duo Sixteen going on
Seventeen de The Sound of music (La Mélodie du bonheur). Etendu à une durée de plus de 16 minutes conformément au titre de
la chanson, il se conclut par un baiser échangé après un très long
numéro de danse exécuté à un rythme effréné et qui apparente
les personnages aux automates d’une boîte à musique. Les ruptures régulières de rythme renforcent le côté artificiel de la scène
déjà servi par des codes esthétiques aux accents caricaturaux. Répondant structurellement à un tête-à-tête qui semblait, 16 minutes
plus tôt, déjà en favoriser l’intervention, le baiser met l’ensemble
du ballet en perspective. Aux effets de forte accélération qui caractérisent la partie dansée, le montage oppose en effet la difficulté d’exécution du rituel amoureux soulignée dans le préambule
par l’usage du ralenti et la longueur du temps écoulé pour le faire
aboutir. Proposant notamment une réflexion sur les errances sentimentales propres à l’adolescence, le montage engage une double
logique de distension (extension artificielle de l’extrait filmique) et
de contraction du Temps (accélération des plans) - logiques que
tendent à transposer les figures de la chorégraphie.
L’installation Flying Stallions Circus envisagée pour la galerie repose sur quatre boucles
vidéo d’une durée d’une heure où les cinq montages alternent sur quatre supports de
projection.