2013-Husson Bérengère-Impact des conditions environnementales
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2013-Husson Bérengère-Impact des conditions environnementales
AGROCAMPUS OUEST Ifremer Centre de Bretagne B.P.70 29280 Plouzané CFR Rennes 65, rue de Saint-Brieuc 35000 Rennes Mémoire de Fin d'Etudes Diplôme d’Ingénieur de l’Institut Supérieur des Sciences Agronomiques, Agroalimentaires, Horticoles et du Paysage Année universitaire : 2012-2013 Spécialité : Halieutique Spécialisation ou option: Ressources et Ecosystèmes Aquatiques Impact des conditions environnementales sur les efflorescences de Pseudo-nitzschia spp, la production de toxine amnésiante et la contamination de coquilles Saint Jacques Par : Bérengère HUSSON Volet à renseigner par l’enseignant responsable de la spécialisation/option ou son représentant Bon pour dépôt (version définitive)☐ Date: …./…/… Signature Autorisation de diffusion : Oui☐ Non☐ Devant le jury : Soutenu à Rennes le: 12/09/2013 Sous la présidence de : Olivier Le Pape, Agrocampus Ouest, Rennes Maître de stage : Annie Chapelle, Ifremer Brest Enseignant référent : Hervé Le Bris, Agrocampus Ouest, Rennes Autres membres du jury: Martin Huret, Ifremer, Brest "Les analyses et les conclusions de ce travail d'étudiant n'engagent que la responsabilité de son auteur et non celle d’AGROCAMPUS OUEST". Document validé par le CE plénier(séances des 03/11/2011 et 07/02/2013) et le CEVE plénier (séances des 24/11/2011 et 31/01/2013) Photo de couverture par E.Nézan i Fiche de confidentialité et de diffusion du mémoire Cadre lié à la confidentialité : Aucune confidentialité ne sera prise en compte si la durée n’en est pas précisée. (2) Préciser les limites de la confidentialité : Confidentialité absolue : ☐oui ☐non ☐5 ans ☐10 ans (ni consultation, ni prêt) ☐1 an Si oui (4) Le maître de stage , Cadre lié à la diffusion du mémoire : A l’issue de la période de confidentialité et/ou si le mémoire est validé diffusable sur la page de couverture, il sera diffusé sur les bases de données documentaires nationales et internationales selon les règles définies ci-dessous : ☐oui ☐non ☐oui ☐non Résumé diffusable : ☐oui ☐non Mémoire papier consultable sur place : ☐oui ☐non Reproduction autorisée du mémoire : ☐oui ☐non Prêt autorisé du mémoire papier : ☐oui ☐non Diffusion de la version numérique du mémoire : (3) Référence bibliographique diffusable : ……………………………………………. Diffusion de la version numérique du résumé: ☐oui ☐non (1) Si oui, l’auteur complète l’autorisation suivante : Je soussigné(e) , propriétaire des droits de reproduction dudit résumé, autorise toutes les sources bibliographiques à le signaler et le publier. Date : Signature : Rennes/Angers, le (1) L’auteur , L’enseignant référent, (1) auteur = étudiant qui réalise son mémoire de nfi d’études (2) L’administration, les enseignants et les différents services de documentation d’AGROCAMPUS OUEST s’engagent à respecter cette confidentialité. (3) La référence bibliographique (= Nom de l’auteur, titre du mémoire, année de soutenance, diplôme, spécialité et spécialisation/Option)) sera signalée dans les bases de données documentaires sans le résumé. (4) Signature et cachet de l’organisme. ii iii Remerciements Je voudrais avant tout remercier Annie Chapelle pour m’avoir encadré tout au long de ces six mois de stage. Merci pour ses conseils, son soutien et sa patience pendant ces longues journées de lecture et de correction du rapport. Merci à Mathilde Shapira, Romain Legendre et Tania Hernandez-Fariñas pour avoir participé à cet encadrement malgré la distance. Merci à tous les quatre pour m’avoir assistée dans la réflexion et le choix des méthodes, et pour votre enthousiasme. Nos réunions ont toujours été très agréables et motivantes. Merci à Sébastien Rochette et Isabelle Gaillard pour avoir largement pris sur leur temps et pour m’avoir guidée dans les analyses et les modèles statistiques. Merci à Marie-Madeleine Danielou, Anne Daniel, Francis Gohin et Alain Ménesguen pour m’avoir aidée à rassembler toutes les données sur lesquelles j’ai travaillé, et pour leur disponibilité. Merci à Raffaele Siano pour ses conseils et son expertise infaillible. Merci à Michel Lunven, Agnès Youneou, Mickael Le Gac, Erwan Le Gall et Julien Queré pour m’avoir permis de découvrir la recherche embarquée. Ces expériences ont à chaque fois été un plaisir et un enrichissement. Merci à Pierre Bodenes pour avoir mis en forme les cartes présentées ici. Je remercie sincèrement l’ensemble du laboratoire DYNECO/PELAGOS pour leur bonne humeur et leur soutien. Enfin, parce que les occasions de remercier les proches de façon aussi peu spontanée sont rares, je voudrais remercier ma famille et mes amis pour leur soutien, en particulier Julie et Victor. Choses promises, choses dues : une pensée spéciale pour Guillaume, qui, le premier, a vu dans mon sujet de stage l’opportunité de dénoncer l’oppression silencieuse des coquilles Saint Jacques sur la gastronomie d’usage des premiers rendez-vous. Merci surtout à Maxime, pour m’avoir sauvé de l’ennui, des dîners peu élaborés voire inexistants, et d’avoir patiemment subi toutes mes maladresses. iv Glossaire et acronymes: AIC: Critère d’Akaike ASP: Amnesic Shellfish Poisoning. AD: Acide domoïque CLHP /UV: Chromatographie liquide haute performance DSP : Diarrhetic Shellfish Poisoning DCE: Directive cadre sur l’eau. Episode toxique : un épisode toxique pour une famille de toxines donnée, correspond à la présence avérée de toxines dans les coquillages, à des concentrations supérieures au seuil de sécurité sanitaire (i.e. pour l’acide domoïque, 20µg. g-1 de chair totale égouttée). On considère qu’un épisode toxique est terminé quand les résultats en toxines redeviennent inférieurs aux seuils sanitaires pendant deux semaines consécutives, et à condition que les concentrations en phytoplancton toxiques soient inférieures aux seuils d’alerte (Belin et Neaud-Masson, 2012) HAB : Harmful Algal Bloom LER : Laboratoire Environnement Ressource PSP : Paralytic Shellfish Poisoning REPHY : Réseau national de surveillance du Phytoplancton RNO : Réseau National d’Observation du milieu marin OSPAR : Convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique Nord-Est WORMS: World Register for Marine Species http://www.marinespecies.org/ v Table des Matières 1 INTRODUCTION ............................................................................................................................... 1 1.1 L’ASP, un problème de santé publique .................................................................................. 1 1.2 Les espèces de Pseudo-nitzschia ............................................................................................. 2 1.3 Le genre Pseudo-nitzschia et la production d’acide domoïque .............................................. 2 1.4 De la micro-algue à la Coquille St Jacques .............................................................................. 3 1.5 Surveillance et gestion de la pêcherie de Coquilles Saint Jacques en France ......................... 4 2 MATERIEL ET METHODES ................................................................................................................ 6 2.1 Sites d’étude ............................................................................................................................ 6 2.2 Origine et traitements des jeux de données. .......................................................................... 8 2.2.1 Les données de toxicité : ............................................................................................... 10 2.2.2 Les données de phytoplancton : ................................................................................... 11 2.2.3 Les données des paramètres environnementaux : ....................................................... 13 2.3 Analyses conduites ................................................................................................................ 13 2.3.1 La comparaison des sites ............................................................................................... 14 2.3.2 Modélisation du caractère toxique d’une efflorescence .............................................. 14 3 Résultats ........................................................................................................................................ 17 3.1 Dynamique de Pseudo-nitzschia............................................................................................ 17 3.1.1 Variabilités inter-annuelles et inter-sites ...................................................................... 17 3.1.2 Variabilité saisonnière ................................................................................................... 18 3.1.3 Description des efflorescences ...................................................................................... 20 3.1.4 Données de diversité ..................................................................................................... 22 3.2 Comparaison des conditions hydrologiques entre les baies ................................................. 25 3.3 Description et comparaison des épisodes toxiques. Lien avec les efflorescences de Pseudonitzschia et les paramètres environnementaux ................................................................................ 26 3.4 Résultats du modèle .............................................................................................................. 30 4 Discussion ...................................................................................................................................... 31 4.1 Comparaison des sites ........................................................................................................... 31 4.2 Efflorescences de Pseudo-nitzschia et épisodes toxiques .................................................... 33 5 Conclusions et perspectives .......................................................................................................... 34 vi Liste des figures FIGURE 1: Trois espèces de Pseudo-nitzschia: ............................................................................. 2 FIGURE 2: Ensemble des facteurs abiotiques pouvant influencer la production d'acide domoïque par Pseudo-nitzschia (Lelong et. al 2012) .................................................................... 3 FIGURE 3: Cascade de réactions lors de la détection de fortes efflorescences de Pseudo-nitzschia ..... 5 FIGURE 4: Cartographie des baies et des trois types de points de prélèvement: ..................... 7 FIGURE 5: Schéma représentant les différentes tables extraites de la base Quadrige² et leur utilisation dans les differentes etapes de l'analyse: ........................................................................ 9 FIGURE 6: Méthode de détermination du proxy de toxicité: ....................................................... 10 FIGURE 7: Exemple de la définition d'une efflorescence. ........................................................... 12 FIGURE 8: Série temporelle des abondances de Pseudo-nitzschia. ......................................... 17 FIGURE 9: Evolution interannuelle des abondances de Pseudo-nitzschia: tendances et variabilite : ............................................................................................................................................ 18 FIGURE 10 : ........................................................................................................................................ 19 FIGURE 11: Variabilité saisonnière inter-sites des abondances de Pseudo-nitzschia : ......... 20 FIGURES12A ET 11B: Résultats de l’ACP réalisée sur les paramètres de description des efflorescences : ................................................................................................................................... 21 FIGURE 13A ET 13B: Comparaison des conditions biotiques des baies : ............................... 23 FIGURE 14A ET 14B: Résultats de l’ACP réalisée sur les indices de diversité : ..................... 24 FIGURE 15 Comparaison des conditions hydrologiques des baies : ....................................... 25 FIGURES16A et 16B:Résultats de l’ACP réalisée sur les paramètres environnementaux : .. 26 FIGURE 17: Proxy de contamination et valeurs réelles de toxicité: ........................................... 27 FIGURE 18A ET 18B: Représentation de la dynamique saisonnière des paramètres environnementaux en baie de Quiberon. :...................................................................................... 28 FIGURE 19: Conditions environnementales pendant les périodes de contamination probables pour les 9 années toxiques de Quiberon : ................................................................... 29 FIGURE 20: Graphique de comparaison entre valeurs prédites (en abscisses) et données réelles (en ordonnées) ....................................................................................................................... 31 Figure 21: Coïncidence des efflorescences de P.australis et des maximas d'acide domoïque dans l'eau (Siano, R. et al. Poster 2013) ................................................................................................................. 35 Liste des tables TABLEAU 1: Groupes de Pseudo-nitzschia et seuils d’alerte : ..................................................... 2 TABLEAU 2 Résumé des caractéristiques des efflorescences de Pseudo-nitzschia de chaque baie : ....................................................................................................................................... 19 TABLEAU 3: Résultats de la sélection de modèle logistique ...................................................... 30 vii Liste des annexes ANNEXE I : Comparaison des données de modèle ECOMARS3D aux données brutes B ANNEXE II : Calcul du Proxy C ANNEXE III : Descripteurs annuels d’efflorescences G ANNEXE IV : Résultats de l’ACP en baie de Seine F ANNEXE V : Corrélogramme pour le choix des variables du modèle H ANNEXE VI: extrait du jeu de données pour le modèle: les points leviers. I ANNEXE VII : Performances du modèle J viii 1 INTRODUCTION Le terme phytoplancton désigne l’ensemble des organismes autotrophes vis-à-vis du carbone et présents en suspension dans l’eau. Ces organismes sont à la base du réseau trophique marin, constituant la principale nourriture du zooplancton, des mollusques filtreurs, mais aussi de certains poissons et de leurs larves (Bates et al., 1998). Leur croissance est liée aux conditions environnementales, en particulier aux apports en nutriments (Beman et al., 2005), et est en général bénéfique au maintien de la chaine alimentaire. Cependant, dans certains cas, les efflorescences algales peuvent avoir des impacts néfastes, provoqués soit indirectement, lors de fortes efflorescences responsables de l’anoxie du milieu, soit directement, par la production de toxines. Ces épisodes sont connus sous le sigle HAB, pour Harmful Algal Bloom (littéralement : efflorescences algales nuisibles). Leurs impacts sur les stocks d’espèces d’intérêt commercial et sur la santé humaine ont poussé les scientifiques à s’intéresser de plus près à ces phénomènes, répandus mondialement et dont l’apparition est devenue plus fréquente ces dernières décennies (e.g. Hallegraeff, 1993, Glibert et al., 2005). L’investigation et le contrôle accrus des efflorescences toxiques ont mené à l’identification de 80 espèces marines de phytoplancton capables de produire des toxines (sur les 5000, environ, connues jusqu’à présent, Sournia et al., 1991) (Zingone & Enevolsden 2000). Les toxines sont libérées directement dans le milieu ou passent dans la chaîne trophique, et peuvent alors être à l’origine d’épisodes de forte mortalité des espèces prédatrices, ou d’intoxication alimentaire chez les humains, en particulier suite à la consommation de coquillages filtreurs comme les moules, les huîtres ou les coquilles Saint Jacques. Les symptômes dépendent de la toxine et de la quantité accumulée par le bivalve. En France, trois diagnostics sont régulièrement retrouvés : PSP, pour Paralytic Shellfish Poisoning, dont les symptômes sont la paralysie et la détresse respiratoire, et causé par une famille de toxines appelées les saxitoxines, produites par certains dinoflagellés comme Alexandrium et Gymnodinium, DSP pour Diarrhetic Shellfish Poisoning , causé entre autre par l’acide okadaique, qui provoque des troubles gastroentéritiques, et qui est produit par les genres Dinophysis et Prorocentrum, des dinoflagellés, ASP pour Amnesic Shellfish Poisoning, dont les symptômes sont des troubles neurologiques, et qui est causé par l’acide domoïque, produit par les bacillariophycées du genre Pseudo-nitzschia. 1.1 L’ASP, un problème de santé publique Ce symptôme a été diagnostiqué pour la première fois en 1987, au Canada, où la mort de 4 personnes et l’intoxication d’une centaine d’autres ont été reliées à l’ingestion de moules concentrant une forte quantité d’une neurotoxine, l’acide domoïque (AD) (Bates et al.,1989). Les symptômes sont caractérisés par des troubles gastroentériques (vomissements, diarrhée, douleurs spasmodiques abdominales) suivis de symptômes neurologiques dont certains peuvent être permanents (amnésie) et conduire au coma, voire au décès. La microalgue responsable de la production de la toxine appartient au genre Pseudo-nitzschia, une diatomée pennée relativement répandue et présente près des côtes. D’autres épisodes toxiques sont ensuite apparus à travers le monde, d’abord sur les côtes américaines. En 1991, la mort de plusieurs pélicans en baie de Monterey se révéla être due à l’ingestion d’anchois contaminés par P.australis. L’Europe est touchée plus tardivement, en Espagne en 1996 (Miguez et al., 1996), en Ecosse (Fehling 2004b), en Irlande (Cusack et al., 2002) et en France dès 2000. 1 1.2 Les espèces de Pseudo-nitzschia Une trentaine d’espèces font partie du genre Pseudo-nitzschia (Trainer et al., 2012), et, à ce jour, une douzaine d’entre elles ont été reconnues capables de produire la toxine : P. australis, P. calliantha, P. cuspidata, P. delicatissima (Figure1), P. fraudulenta, P. galaxiae, P. multiseries, P. multistriata, P. pseudodelicatissima, P. pungens, P. seriata et P. turgidula (Bates & Trainer, 2006). L’identification à l’échelle de l’espèce est difficile à partir de la seule observation au microscope optique. Celle-ci nécessite une analyse par un expert et est très chronophage. Il faut pousser l’analyse aux méthodes de détection permettant une précision plus grande. Parmi elles, l’immunofluorescence, qui est employée pour différencier P.multiseries et P.pungens (Bates et al., 1998) et l’analyse d’ADN. FIGURE 1: Trois espèces de Pseudo-nitzschia: P.delicatissima (à gauche) et P.fraudulenta et P.pungens (à droite) vus au microscope optique Une échelle intermédiaire a donc été créée afin de regrouper les espèces sur la base de leur morphologie, et en particulier, de la largeur valvaire. Le groupe des larges (complexe seriata), est ainsi nommé car il regroupe les espèces dont la largeur valvaire dépasse 3µm : P. australis, P. seriata, P. fraudulenta, P. multiseries et P. pungens, pour ne citer que les toxiques. Le groupe des fines (complexe delicatissima), pour lesquelles la largeur valvaire ne dépasse pas 3µm, inclut les espèces toxiques P. delicatissima, P. calliantha, et P. pseudodelicatissima. Ces espèces ne sont pas toutes aussi toxiques les unes que les autres : les fines, ainsi que P. fraudulenta et P. pungens sont moins toxiques que les larges (Tableau 1). Il est donc difficile de lier la toxicité d’une efflorescence à son abondance seule. TABLEAU 1: Groupes de Pseudo-nitzschia et seuils d’alerte : – non toxique, * toxique, ** très toxique. (Belin et al. 2013) Asymetriques P. australis P. seriata ** Complexe delicatissima ou groupe des fines Complexe americana Groupe des sigmoïdes 105 cell 1-l 3 105 cell l-1 105 cell 1-l 105 cell 1-l Symétriques P. fraudulenta ** P. Subpacifica Complexe seriata ou groupe des larges Effilées * P. multiseries P. pungens - * ** P. delicatissima P. callianta * P. americana- * P. bresiliana* P. pseudodelicatissima P. subcurvata P. multistriata* * - 1.3 Le genre Pseudo-nitzschia et la production d’acide domoïque En tant que diatomée, la microalgue Pseudo-nitzschia est enveloppée par deux valves qui constituent un test siliceux, sa survie dépend donc largement des apports en silice par les fleuves. Elle bénéficie de plusieurs atouts, comme la présence d’un pigment particulier, la fucoxanthine, qui permet aux espèces de Pseudo-nitzschia de pousser sous de faibles lumières, en début ou fin de saison. Leur compétitivité tient également de la large gamme de salinité qu’elles peuvent supporter (Thessen et al. 2005), ainsi que de leur 2 tolérance aux eaux légèrement turbides qui leur permettent de rester en suspension dans la partie haute de la colonne d’eau (Bates et Trainer 2006). Les upwellings, par exemple, fournissent les conditions idéales du développement de ces micro-algues (e.g. Schnetzer et al., 2007). Les études menées sur la toxine (recensées dans Mos en 2001, Domoic acid, a fascinating marin toxin) ont montré que des conditions limitant la disponibilité des silicates (Bates et al., 1998, Marchetti et al., 2004) et des phosphates (Pan et al, 1998, Fehling, 2004) favorisent la production de d’acide domoïque par Pseudo-nitzschia. Cette production se ferait principalement en phase stationnaire, pour dissiper l’énergie photosynthétique qui ne peut plus être canalisée de façon optimale par les mécanismes de croissance cellulaire à cause du manque de silicates ou de phosphates (Bates et al. 1991). Ces conditions peuvent être remplies à la suite d’apports massifs et soudains en nutriments en provenance des fleuves lors de pluies intenses. En effet, les ratios en sels nutritifs dans l’eau dans une situation à l’équilibre, c’est-à-dire sans déficit, sont N : Si : P= 16 :16 :1 (Brzezinski 1985, Redfield 1934).Les apports en nutriments depuis la terre changent les teneurs et ratios en sels nutritifs et provoqueraient ainsi un stress sur un ou plusieurs éléments. Des recherches plus récentes attribuent à la toxine un rôle de ligand de métaux traces permettant de rendre le fer plus disponible pour le plancton (Hutchins et al., 1998). Il serait donc produit en cas de stress en fer ou en cuivre. De nombreux autres facteurs biotiques et abiotiques ont été ainsi reliés à la production d’AD, comme le montre le schéma de Lelong et al., 2012 (Figure2). FIGURE 2: Ensemble des facteurs abiotiques pouvant influencer la production d'acide domoïque par Pseudo-nitzschia (Lelong et. al 2012) Les tempêtes et phénomènes d’upwelling pourraient également favoriser la remise en suspension de cellules qui recolonisent le milieu et produisent la toxine (Trainer et al., 2000). La multitude de ces facteurs et la forte variabilité spatiale intra spécifique de Pseudonitzschia font de la toxicité d’une efflorescence une caractéristique difficile à prédire. 1.4 De la micro-algue à la Coquille St Jacques Des études ont montré que les mesures de Pseudo-nitzschia et d’AD en surface étaient corrélées dans le temps aux mesures faites sur les particules en profondeur (jusqu’à 800m, Sekula-Wood et al., 2009), Une fois produite, l‘AD a donc plusieurs chemins possibles vers la faune benthique: - La sédimentation des cellules de Pseudo-nitzschia - Le dépôt des fèces des consommateurs primaires ou du zooplancton consommateur de Pseudo-nitzschia - L’adsorption par les particules ou la dissolution dans l’eau 3 L’AD est assez stable dans le milieu, pouvant persister plusieurs dizaines de jours (Delmas, D, pers.comm) et thermostable, de telle façon que même la cuisson ou la congélation des coquillages n’élimine pas le risque de contamination. La faune benthique concentre l’AD soit par filtration des particules (Pseudo-nitzschia ou neige marine), soit depuis l’eau environnante (bien que cela n’ait jamais été vraiment mis en évidence), puisque l’AD est hydrosoluble. Cette caractéristique explique également pourquoi l’AD n’est pas bioaccumulé : il n’est pas stocké dans les lipides, et se concentre dans le système digestif. Il est donc éliminé par l’organisme, mais avec une vitesse qui varie avec l’espèce touchée : elle est rapide chez la moule (Mytilus edulis), de l’ordre de l’heure, et chez la coque (Cerastoderma edule), de l’ordre de la journée. En revanche, elle peut être très lente, comme chez les pectinnidés. La coquille Saint Jacques (Pecten maximus) a un très long temps de décontamination, 0.00664 jours-1 d’après Blanco et al., (2002). Dans leur étude, cela équivalait à la division par 9 de la mesure d’AD initiale en 300 jours. Une contamination peut donc se prolonger sur l’année suivante. Dans le Pertuis Breton, en 2010, les coquilles Saint Jacques ont été contaminées jusqu’à des valeurs de 400µg d’AD par gramme de chaire totale égouttée, et la contamination a duré plus de 2 ans. L’AD s’accumule principalement dans l’hépatopancréas (qui contient 96% de la toxine), les gonades (1 à 2%) et enfin dans le muscle adducteur (Bogan et al., 2007a) La dépuration se fait par la voie digestive (Doucette et al., 2006). La quantité de toxine accumulée dépend principalement de l’amplitude et de la durée de l’exposition aux cellules de phytoplancton toxique, mais aussi de la profondeur et la température de l’eau, et de la nature du fond, ce qui implique une grande variabilité spatiale des niveaux d’AD dans les coquilles issues de zones de pêches différentes (Bogan et al 2007b). De grandes variations inter-individus ont également été documentées (Campbell et al., 2001), dépendant notamment de la taille et du taux de filtration de la coquille. Cette forte variabilité dans la réponse de la coquille à une exposition à une efflorescence toxique rend le contrôle et la gestion des phénomènes de contamination difficile. 1.5 Surveillance et gestion de la pêcherie de Coquilles Saint Jacques en France Le REPHY, Réseau national de surveillance du PHYtoplancton et des PHYcotoxines a été créé en 1984 suite à plusieurs cas d’intoxication alimentaire par des coquillages survenus en Bretagne en 1983. Le réseau a pour objectifs l’observation des espèces phytoplanctoniques, leurs efflorescences, les phénomènes d’eaux colorées, et la surveillance des espèces produisant des toxines potentiellement dangereuses pour l’homme et contaminant les coquillages, ou dangereuses pour la faune marine. La surveillance du phytoplancton, d’un point de vue environnemental, fait partie des obligations posées par la DCE et la convention OSPAR, et s’accompagne donc, depuis 2007 au moins, d’un suivi des conditions hydrologiques. Les données nationales sont bancarisées dans la base de données Quadrige². La surveillance de l’acide domoïque et de Pseudo-nitzschia, n’a été mise en place par le REPHY qu’à partir de 1999, après que quelques cas se soient déclarés en Europe. En France, les cas d’ASP ne sont apparus que très récemment, en 2000 en Bretagne ouest, dans des moules et des donaces, puis en Méditerranée, en 2002. Douze Laboratoires Environnement Ressources (LER) répartis autour du littoral français, sont responsables de cette surveillance. Les lieux de prélèvements sont en général des points de référence répartis sur le littoral et regroupés dans des zones marines. Pour les gisements à proximité des côtes, l’influence du phytoplancton est prise en compte, et la surveillance de l’acide domoïque dans les coquillages se déclenche sur dépassement d’un seuil d’abondance de Pseudo-nitzschia (Figure3). Ce seuil d’alerte est de 300 000 cellules pour le groupe des fines de Pseudo-nitzschia, et de 100 000 pour les autres groupes. Les analyses se font sur les coquillages en mesurant la présence d’acide domoïque dans la chair 4 par Chromatographie Liquide Haute Performance (CLHP/UV). Le seuil sanitaire est à 20mg d’équivalent d’AD par kg de chair totale égouttée. Une mesure d’AD dans les coquilles est aussi pratiquée indépendamment de la surveillance de la flore avant l’ouverture des zones de pêche. Surveillance du phytoplancton Surveillance de la toxine ASP déclenchée Si Alors Si Fermeture de la pêche Alors Dépassement du seuil de 100 000 Dépassement du seuil de 20µg d’acide cellules de Pseudo-nitzschia par domoïque par gramme de chair totale égouttée litre FIGURE 3: Cascade de réactions lors de la détection de fortes efflorescences de Pseudo-nitzschia La production de la coquille en France varie en moyenne entre 5000 et 15000 tonnes par an. La baie de Saint Brieuc et la Normandie se partagent la quasi-totalité de la production (Foucher, 2010). La production est majoritairement en provenance de la pêche, la seule écloserie de coquilles se trouvant en rade de Brest. La production bretonne seule, en baie de Saint Brieuc, de Morlaix, en rade de Brest, en baie de Concarneau et Quiberon, est estimée à 16 à 18M€ (Belin et al., 2013). La pêche est ouverte selon les zones, entre le premier octobre et le 15 mai par arrêté ministériel pour les navires français. Les pertes économiques causées par les évènements ASP sont évaluées à environ 4M€ pour Quiberon, et 2M€ pour Concarneau. La rade de Brest, dont la flottille compte des petits bateaux dépendants de la ressource, est particulièrement touchée. Il apparait donc nécessaire de comprendre mieux ces phénomènes de contamination afin d’en limiter les impacts sur la santé publique et l’économie de certaines pêcheries. Le littoral français n’est pas affecté de façon homogène par les épisodes toxiques. L’objectif de cette étude est de comparer différents sites répartis le long du littoral Manche-Atlantique en se basant sur les données du réseau REPHY disponibles et de trouver les éventuelles conditions environnementales favorables à la fois à la prolifération de Pseudo-nitzschia, à sa production d’acide domoïque, et à la contamination des coquilles Saint Jacques. Pour cela, six sites ont été choisis: la baie de Seine, la baie de Saint Brieuc, la rade de Brest, la baie de Concarneau, la baie de Quiberon et le Pertuis Breton (Figure 4). Ces sites bénéficient tous d’une surveillance de longue date par le REPHY dans l’eau et dans les Coquilles Saint Jacques et d’une régularité d’échantillonnage satisfaisante. Cinq de ces baies ont été touchées par des épisodes toxiques pendant ces dix dernières années. La sixième, la baie de Saint Brieuc, n’a jamais présenté de contamination, malgré la présence régulière d’efflorescence de Pseudo-nitzschia, ce qui en fait un témoin négatif intéressant. Une synthèse et une analyse des données disponibles sur ces baies a été menée avec pour objectifs : - - La description d’une dynamique annuelle et saisonnière moyenne de Pseudonitzschia, pour chaque baie, et leur comparaison. La comparaison des conditions hydroclimatiques des différentes baies La création d’un proxy décrivant la contamination mesurée dans les coquilles et les liens possibles avec les évènements biotiques et abiotiques de l’année, et l’estimation des périodes probables de contamination La création d’un modèle expliquant la toxicité des efflorescences. Les différents paramètres hydroclimatiques et biologiques susceptibles d’influencer la contamination des coquilles sont étudiés dans des Analyses en Composantes Principales. 5 Enfin, le caractère toxique ou non d’une efflorescence a été modélisé grâce à un modèle logistique. 2 MATERIEL ET METHODES 2.1 Sites d’étude Deux sites s’ouvrent sur la Manche : la baie de Seine, d’une part, en Manche orientale, et la baie de Saint Brieuc, d’autre part, en Manche occidentale, où aucune toxicité n’a jamais été décelée dans les coquilles Saint Jacques. Au contraire, la baie de Seine a été plusieurs fois frappée de fortes contaminations. Ces deux sites, sous l’influence de la Manche, sont dominés par des courants de marées forts, générant des marnages importants : 3 à 7,5m en baie de Seine (Avoine, J. 1985), et jusqu’à 10m en baie de Saint Brieuc, ce qui fait en fait la cinquième baie au monde pour l’amplitude de ses marées (Augris, 1996). Ces eaux, plus brassées que celles de la façade Atlantique, favorisent la prolifération des diatomées (Guillaud 2000, Dussauze et Ménesguen, 2008), qui ont tendance à sédimenter dans les eaux plus stratifiées à cause de leur test siliceux. La baie de Seine s’étend de l’embouchure de la Seine, à l’est, jusqu’au Cotentin, à l’ouest, et s’ouvre au nord sur la Manche, ce qui lui confère une surface d’environ 4000km². L’Est du bassin est sous influence de la Seine, qui génère des apports en eau douce à un débit moyen de 400m 3 /s depuis un bassin versant très urbanisé de plus de 80000km². Le fond est peu accidenté, dépassant rarement trente mètres, ce qui favorise les remises en suspension des sédiments (OSPAR, 2012). La production de coquilles Saint Jacques y représente 50 à 70% de la production française avec 7 000 à 10 000 tonnes par an. Le point REPHY de surveillance des paramètres hydrologiques et du plancton sélectionné est celui de Cabourg (Figure 4). Le panache de la Seine transporte le phytoplancton présent sur les côtes vers le large, où se trouvent les gisements de coquilles Saint Jacques. Une quarantaine de points REPHY font l’objet d’une surveillance des coquillages. La baie de Saint Brieuc s’ouvre de Bréhat, à l’ouest au cap Fréhel, à l’est. C’est une zone de 800km² dont les eaux proviennent à la fois de la Manche occidentale et de la baie du Mont Saint Michel. Les influences fluviales sont faibles, avec moins de 10m 3 /s de débit moyen annuel, mais drainent néanmoins un bassin versant de 1212km² où l’agriculture est intensive (OSPAR, 2012). La pêche de Coquille Saint Jacques constitue l’une des principales activités de la baie. Le point REPHY utilisé pour les données de phytoplancton et hydrologiques est celui de Bréhat, jusqu’en 2007, qui a ensuite été déplacé à Loguivy, un peu plus au large. Les gisements étudiés se situent plus à l’intérieur de la baie. Les quatre autres sites s’ouvrent sur l’Atlantique. La rade de Brest, à la pointe du Finistère, reçoit les apports de l’Aulne et de l’Elorn, principalement. La baie de Concarneau, et la baie de Quiberon, en Bretagne sud, bénéficient des apports de la Loire et de la Vilaine (Dussauze et Ménesguen, 2008). Le dernier site, le Pertuis Breton, est abrité du large par l’île de Ré et est sous l’influence des apports de la Charente et de la Gironde. La rade de Brest s’étend sur 180km², et est reliée à la Mer d’Iroise par le Goulet, passage de 1,8km à la pointe de Roscanvel. Les courants y sont forts (jusqu’à 4 nœuds) et permettent un renouvellement rapide de l’eau de la rade (entre 1/35 à 1/25 du volume renouvelé à chaque marée (Delmas et Tréguer 1983)). Le bassin est également alimenté par six rivières, l’Aulne, principale source d’eau douce avec 20m3/s de débit moyen annuel, l’Elorn, la Penfeld, le Camfrout, la rivière de Daoulas, et la rivière du Faou, qui drainent un bassin versant de 2631km². Les bathymétries y sont faibles : plus de 50% des fonds se 6 situent à une profondeur inférieure à 5m, et 13% se situent à plus de 20m. Les forts courants de marée et les vents favorisent un mixage vertical rapide qui limite la stratification estivale (Del Amo et al., 1997). FIGURE 4: Cartographie des baies et des trois types de points de prélèvement: Points REPHY phytoplancton (ronds bleus foncé), point REPHY et RNO relevés hydrologiques (ronds bleus clair), points de prélèvement pour la surveillance des Coquilles Saint Jacques (ronds rouges) Le point REPHY de phytoplancton est celui de Lanvéoc, devenu « Lanvéoc large » en 2007. Le mixage important autorise à considérer la masse d’eau comme assez homogène en termes de paramètres hydrologiques. Cinq autres points en rade de Brest ont donc permis de compléter les séries temporelles des données hydrologiques. Les gisements étudiés sont au nombre de 5 répartis dans l’enceinte de la rade, à l’exception d’un point situé derrière la pointe de Roscanvel. 7 Limitée au large par l’isobathe de 50m, la Baie de Concarneau est peu profonde, protégée par des îlots à l’ouest. Les courants de marées y sont faibles, avec un marnage de 5,5m. Les apports fluviaux sont également limités, puisque le bassin versant, de 1113km², fonctionne principalement par ruissèlement et ne présente donc pas de rivières majeures (Godin et Olié, 1961). En revanche, la baie peut recevoir les apports dilués de la Loire en période de crue (Dussauze et Ménesguen, 2008). Le point REPHY pour le phytoplancton et les paramètres hydrologiques se trouve au point Concarneau large, qui a été déplacé de Men Du en 2007, beaucoup plus au large. Trois gisements à proximité du point Men Du sont étudiés pour les toxines dans les coquillages. La baie de Quiberon, de 400km² environ, est elle aussi abritée par une ligne de hauts fonds, rejoignant la pointe sud de la presqu’île de Quiberon et l’île Hoëdic. Ce seuil protège la baie des vents et de la houle, mais elle reste sous l’influence de la Loire et de la Vilaine. En particulier, la présence du golfe du Morbihan au nord crée une aspiration des eaux vers cette partie de la baie. Les vitesses de courants étant globalement faibles au cœur de la baie, et celle-ci étant peu profonde (15m en moyenne), les vagues jouent un rôle important dans la remise en suspension des sédiments fins déposés par temps calme (Envlit, http://envlit.ifremer.fr/region/bretagne/milieu). Les apports terrigènes directes sont très limités (1m 3/s sur toutes les rivières) et drainent un petit bassin versant (156km²). Le point REPHY se situe à Men er Roue. Deux gisements sont étudiés à proximité. Ce site est analysé par la même personne depuis le début de la série qui nous intéresse. Situé entre la côte nord de l’île de Ré et le continent, le Pertuis Breton est ouvert au nord-ouest sur le golfe de Gascogne et communique au sud avec le pertuis d’Antioche. Il reçoit les apports en eau douce de deux rivières, le Lay et la rivière Sèvre-niortaise, pour 20 et 25m3 /s respectivement, qui n’interviennent que peu dans l’apport en sédiment (surtout d’origine marine et de la Gironde). Le temps de résidence pour le Pertuis est de 30 jours (David et al., 2012). Les courants sont faibles (2 nœud au niveau des passages entre l’île et le continent) (Envlit, http://envlit.ifremer.fr/region/pays_de_la_loire), ainsi que la bathymétrie (inférieure à 20m, sauf localement). Le point REPHY phytoplancton se trouve à l’Eperon (terre). Le point hydrologique a été complété par deux autres points du Pertuis, car aucun relevé DCE n’est fait à l’Eperon. Un seul gisement de coquilles saint Jacques est étudié ici. 2.2 Origine et traitements des jeux de données. Trois principaux jeux de données ont été utilisés dans cette étude, issus de la base de données Quadrige² : les données de surveillance du phytoplancton, les données de surveillance des paramètres hydrologiques, et enfin les données de surveillance des coquillages. Tous trois sont issus des programmes du REPHY. Deux jeux de données supplémentaires ont été utilisés : les données du modèle ARPEGE (Météo France) pour l’irradiance solaire, afin de compléter les paramètres étudiés, ainsi que les données de modèle ECOMARS3D (MANGA) (Ménesguen et al., 2007), afin de tester la possibilité d’utiliser les données de modèle. Après traitement, quatre jeux de données ont été obtenus et utilisés dans le modèle (Figure 5, étape 2): des paramètres descriptifs des différentes efflorescences et des indices de biodiversité ont été extrait du jeu de données de surveillance du phytoplancton, une table des anomalies mensuelles des paramètres hydrologiques a été extraite du jeu de données REPHY correspondant, et enfin, un descriptif des évènements annuels de toxicité ASP a été extrait des données ASP. 8 Ces jeux de données ont été adaptés pour la réalisation du modèle, qui porte sur la période 2003 à 2012 (Figure 5, étape 3). FIGURE 5: Schéma représentant les différentes tables extraites de la base Quadrige² et leur utilisation dans les differentes etapes de l'analyse: (1): Exploration des données, (2) ACP et analyses de variance linéaire et non linéaire; (3) modèle logistique. Les noms utilisés pour les représentations graphiques de paramètres sont indiqués entre parenthèses. 9 2.2.1 Les données de toxicité : Les données REPHY de mesure d’AD dans les coquillages ont été étudiées à partir de 2003, début des surveillances des épisodes toxiques en France, et s’arrêtent en 2012. Le jeu de données initial s’étend donc sur 10 années. L’échantillonnage dépend de la position des gisements dans la baie, mais en règle générale, il s’effectue avant et pendant la période de pêche, de novembre à mars environ, et tous les quinze jours tant que le seuil sanitaire de 20µg d’AD par gramme de chair totale n’est pas dépassé. Il peut devenir plus fréquent en cas de dépassement du seuil, mais jamais plus d’une fois par semaine. La cinétique de décontamination étant longue, la fréquence d’échantillonnage peut être ramenée à un mois si la contamination est telle que les mesures ne seront pas inférieures au seuil sanitaire avant quelque temps, ou si la toxicité présente est due à un épisode passé, si aucune présence phytoplanctonique n’indique une potentielle recontamination, et si le seuil n’est pas dépassé. Deux informations ont été extraites de la série temporelle : un proxy de la contamination effective de l’année, et les dates entre lesquelles la contamination a probablement eu lieu. La décontamination de la Coquille Saint Jaques étant très lente, la mesure d’acide domoïque une année n peut être due soit en partie, soit totalement, à une contamination ayant eu lieu l’année n-1. Or, pour étudier le lien entre les paramètres environnementaux et les efflorescences d’une part, et la toxicité qui en résulte d’autre part, il faut distinguer, dans la mesure d’acide domoïque, la part due à une nouvelle contamination de celle due à la une contamination antérieure. Un proxy annuel a donc été créé en calculant la différence entre le maximum et le minimum d’acide domoïque enregistré dans l’année (Annexe II). Ce calcul se base sur le repérage d’un saut dans la série annuelle des mesures. La date avant ce saut, ainsi que celle où a été mesuré le maximum de toxicité, ont été enregistrées pour chaque année, à chaque fois que cela était possible. Elles marquent la période probable de contamination (Figure 6). Mesure d’AD dans les coquillages Saut dans la mesure de toxicité Proxy Période de contamination Année FIGURE 6: Méthode de détermination du proxy de toxicité: Un saut inhabituel dans la série des mesures de toxicité est repéré. Le temps entre le début de ce saut et le maximum atteint après ce saut est appelé "période de contamination probable". Le proxy mesure la différence entre le maximum atteint de toxicité et le minimum de l’année. Ce proxy a été calculé sur chaque gisement de chaque baie, pour chaque année de la série temporelle. En raison du nombre inégal de gisements entre les baies, les proxys obtenus ont été résumés à un proxy par baie et par an. Le choix de la valeur de ce proxy par baie s’est porté sur le proxy maximum calculé, et ce, à cause forte variabilité des résultats entre les différents gisements au sein d’une même baie, une même année Soixante valeurs, pour six baies sur dix années, ont donc été obtenues pour ce proxy. Pour chacune de ces valeurs, deux dates encadrent une période dite de contamination probable. 10 2.2.2 Les données de phytoplancton : Différentes stratégies d’échantillonnage sont mises en place pour l’observation du phytoplancton : - - La stratégie FLORTOT, pour « flore totale », consiste en la surveillance de la totalité des espèces micro-phytoplanctoniques (supérieur à 20µm). Elle permet la création de séries temporelles et d’indices de biodiversité, ainsi que la détection des espèces toxiques. La stratégie FLORIND, pour « flore indicatrice », suit les espèces présentes à une densité supérieure à 100 000 cellules par litre, et les espèces toxiques. La stratégie FLORPAR, pour « flore partielle », permet l’activation de nouveaux points lors d’évènements toxiques ou des efflorescences exceptionnelles. A l’exception de la dernière, les différentes stratégies sont échantillonnées tout au long de l’année, une fois tous les quinze jours en moyenne. La stratégie FLORPAR, quand déclenchée, est échantillonnée toutes les semaines. Les prélèvements sont fixés au lugol, comptés au microscope optique, et ramené au nombre de cellules par litre (Belin et Neaud-Masson, 2012) La base Quadrige² renseigne les observations de phytoplancton par les noms d’espèce, quand cela est possible. Cependant, cette échelle d’observation n’est pas toujours fiable, en plus de n’être effectuée qu’occasionnellement. Les analyses statistiques présentées ici n’ont donc pas porté sur les espèces de Pseudo-nitzschia et des autres phytoplanctons observés, mais sur les genres, classes et embranchements. Les séries temporelles des différentes espèces de Pseudo-nitzschia ont été consultées à titre informatif uniquement. Les taxons indiqués par la base Quadrige² ont donc été convertis en genres, classes et embranchements correspondants par l’intermédiaire du site WoRMS (World Register for Marine Species) le 19/04/2013. Ce site est la référence taxonomique de la base Quadrige², qui suit au mieux les mises à jour du site. Enfin, les données de Quadrige² faisant état de la présence d’une espèce, et non de son absence, des zéros ont été ajoutés quand le genre n’a pas été observé, pour chaque point REPHY sélectionné, et pour chaque date de sortie en mer réalisée sur ce point. Les données de Pseudo-nitzschia sont étudiées depuis 1995 pour les comparaisons intersites, les données antérieures étant considérées comme peu fiables (Belin, C. pers.com). Deux jeux de données ont été créés sur la période 2003-2012, afin d’être mis en relation avec les données ASP. Le premier décrit chacune des efflorescences de Pseudo-nitzschia ayant eu lieu pendant cette période, et le second décrit quelques indicateurs de diversité. Dans les deux cas, une partie du traitement consiste à regrouper les données sur des périodes de quatorze jours afin d’avoir une série régulière et de pouvoir diviser chaque année en 26 parties égales. Pour une question de commodité de lecture, la période de deux semaines qui constitue l’échelle de temps de base de cette étude sera appelée « quatorzaine ». 2.2.2.1 Description des efflorescences Ce jeu de données ne concerne que les mesures faites sur Pseudo-nitzschia, quelle que soit la stratégie de mesure REPHY associée. Une efflorescence se décrit ici selon une définition proposée par Freund en 2012 comme un épisode de croissance puis de décroissance du phytoplancton pendant lequel l’abondance vaut au moins 10% de la valeur maximum de l’année. Si l’abondance passe sous ces 10%, 11 l’efflorescence est terminée. Si elle remonte au-delà des 10% par la suite, il s’agit d’une deuxième efflorescence (Figure 7). Les données ont été moyennées par quatorzaine. Les quatorzaines sans données ont été interpolées grâce à la fonction regspline du package pastecs (Ibañez et Grosjean, 2009). Une fois les années complétées, la création des descripteurs se poursuit comme suit : - - - Le maximum annuel est repéré et le seuil de 10% est calculé. Si celui-ci est supérieur à 100 000 cellules, alors le seuil est abaissé à 100 000. Ce seuil correspond au seuil d’alerte au-delà duquel se déclenche la surveillance de l’acide domoïque dans les coquilles. Toutes les quatorzaines pour lesquelles les mesures ou les valeurs interpolées sont supérieures ou égales à ce seuil sont repérées. Les quatorzaines qui se suivent sont considérées comme une même efflorescence. Un système de compteur permet d’enregistrer la durée de l’efflorescence et son numéro dans l’année. Les valeurs mesurées et les pentes sont enregistrées pour chaque quatorzaine au-dessus du seuil et reliées au numéro de l’efflorescence (Annexe III). A partir de ce tableau, on en extrait un nouveau, contenant, pour une baie, une année, et un numéro d’efflorescence donné, le maximum atteint, la quatorzaine de début, la quatorzaine de fin, la pente à cette date, ainsi que la durée de l’efflorescence (en nombre de quatorzaines) et l’abondance cumulée. FIGURE 7: Exemple de la définition d'une efflorescence. Les points noirs représentent les mesures de Pseudo-nitzschia par le REPHY, moyennées sur 14 jours. Les cercles vides gris sont les données manquantes interpolées par la fonction regspline du package pastecs de R. Le maximum observé dans l’année est 575 650 cellules/L, donc le seuil de définition du bloom, matérialisé par la ligne en pointillés, est à 57565 cellules/L. Les cercles verts entourent les mesures faites au-delà du seuil. Après le premier dépassement du seuil commence la première efflorescence. Deux points se situent ensuite en dessous du seuil et définissent ainsi deux autres efflorescences. On compte donc trois efflorescences. 12 2.2.2.2 Description de la diversité : Les paramètres de diversité du phytoplancton ont été étudiés à l’échelle du genre. Ils sont calculés à partir des genres présents uniquement (c’est-à-dire à partir du jeu de données sans les zéros), et sur les mesures enregistrées dans le cadre de la stratégie FLORTOT, afin de comparer Pseudo-nitzschia à l’ensemble de la flore phytoplanctonique. Les explorations graphiques ont porté sur l’étude des paramètres de diversité : - de la classe des bacillariophycés (diatomées) en fonction des autres classes du genre Pseudo-nitzschia en fonction des autres genres de la classe des bacillariophycés. Les analyses ont été menées sur les descripteurs de diversité de Pseudo-nitzschia parmi tous les autres genres, toutes classes confondues. Les valeurs mesurées ont été moyennées par quatorzaine et par genre. Pour chaque quatorzaine, l’abondance totale de phytoplancton, la richesse spécifique (c’està-dire le nombre de genre différents présents pendant la quatorzaine), et l’équitabilité de Berger Parker ont été calculées. Celle-ci se définit comme la proportion de l’espèce majoritaire. Pour chaque genre, à chaque quatorzaine, la proportion du genre dans l’abondance totale et son rang ont été calculés. 2.2.3 Les données des paramètres environnementaux : Les échantillonnages des données environnementales telles que température, salinité, turbidité, chlorophylle a et oxygène dissous sont effectués en surface. Les trois premiers sont toujours échantillonnés lors d’un prélèvement de phytoplancton. La chlorophylle a est échantillonnée toute l’année ou seulement de mars à octobre, tous les quinze jours en moyenne. L’oxygène est prélevé de juin à septembre, tous les quinze jours également. Les nutriments (ammonium, nitrites et nitrates, silicates et phosphates) sont échantillonnés en hiver (novembre à février) aux points DCE de Manche-Atlantique, une fois par mois. Dans certaines baies comme la Baie de Seine, les échantillonnages pour les sels nutritifs ont commencé plus tôt, en l’occurrence, à partir de 2002, et ont été maintenus sur les autres saisons. Les paramètres environnementaux choisis pour cette étude sont les sels nutritifs, la température, la salinité, la turbidité, et l’irradiance. Une expertise sur les données a été menée afin de supprimer les données aberrantes comme les températures supérieures à 40°C.La méthode de mesure de la turbidité ayant changé au milieu des années 2000, les turbidités NTU ont été converties en turbidité FNU en les multipliant par un facteur 1.3 (Daniel, A. pers com). Les ratio N : P, Si : N et Si :P ont été calculés. Toutes les données ont été moyennées par quatorzaine. L’irradiance a été cumulée sur cinq jours tous les jours, puis moyennée par quatorzaine. 2.3 Analyses conduites L’analyse de ces jeux de données consiste en une exploration et une comparaison des sites, puis une modélisation statistique du caractère toxique d’une efflorescence en fonction des paramètres du milieu. 13 2.3.1 La comparaison des sites Les éventuelles différences entre les baies ont été détectées pour chaque jeu de données entre 2003 et 2012, grâce à une Analyse en Composantes Principales (ACP) menée avec le package FactoMineR. Les données manquantes ont été préalablement imputées par la fonction imputePCA du package missMDA. Par défaut, FactoMineR complète les données manquantes en les remplaçant par la moyenne de chaque variable. La méthode d’imputation employée par le package missMDA permet de prendre en compte les liaisons entre les variables et les ressemblances entre individus. Une étude des corrélations entre les différents paramètres d’efflorescence permet dans un premier temps de sélectionner les variables pour l’ACP. Le facteur « Baie » est utilisé comme variable qualitative supplémentaire. La représentation des ellipses de confiance autour des barycentres de chaque baie permet de distinguer les baies les unes des autres vis-à-vis de ces paramètres. La même méthode a été employée sur les descripteurs de biodiversité et les paramètres du milieu en hiver. En revanche, les données hydrologiques sont trop peu nombreuses sur plusieurs baies, ce qui implique d’imputer beaucoup de données. De plus, les données imputées seraient estimées par rapport à l’ensemble des baies, supprimant l’éventuel effet de la baie. Les deux baies présentant le plus de données disponibles ont donc été étudiées dans deux ACP différentes. Il s’agit de la baie de Seine et de la baie de Quiberon. La construction des ellipses de confiance de chaque baie n’a donc pas été possible ici. Les facteurs utilisés pour construire les axes sont les mêmes dans les deux cas et ont été sélectionnés en fonction de leur pertinence et des corrélations avec les autres facteurs. Les individus de l’ACP sont les quatorzaines de chaque baie. Il a donc été possible de retracer les variations en paramètre sur chaque année, et de repérer les conditions hydrologiques observées pendant les périodes de contamination de chaque année toxique. Les résultats sont confirmés par des analyses de covariance des différents paramètres en fonction de la baie. La validité des analyses linéaires sur trois distributions (normal, poisson, gamma) est testée (en utilisant notamment le test de Shapiro), ainsi que des analyses non paramétriques de comparaison par paire qui permettent d’échapper à la lourde hypothèse de normalité et d’homoscédasticité des résidus. Il s’agit des tests de Kruskal-Wallis suivit de Steel-Dwass, Siegel-Castellan et Conover Inman. Le premier test vérifie l’hypothèse nulle qui stipule que les données dans chaque baie sont issues du même échantillon d’origine. Il se base pour cela sur une comparaison de rang. Il n’y a pas à vérifier la normalité des résidus. Les trois autres tests sont des tests post hoc qui comparent deux à deux chaque baie et compare si leurs rangs sont différents l’un de l’autre. Ils sont également non paramétriques. A l’inverse des ACP, ces tests ont été réalisés sur l’ensemble des données non complétées par interpolation. En revanche, les tests post hoc ne prennent en compte que les cas où toutes les données sont présentes. 2.3.2 Modélisation du caractère toxique d’une efflorescence Plusieurs modèles ont été envisagés afin de relier un épisode toxique aux paramètres environnementaux. Tous prévoyaient différentes variables à expliquer et différentes échelles d’étude. 2.3.2.1 Choix du modèle Comme expliqué précédemment, le long temps de décontamination de la coquille Saint Jacques et l’influence de paramètres non mesurés dans cette étude comme le taux de filtration ou la taille de la coquille empêche de relier la valeur brute mesurée, ou la valeur calculée du proxy, aux paramètres environnementaux récents. 14 Il est en revanche possible d’essayer d’expliquer le caractère toxique ou non d’une année, mais il faut alors définir une période précédant le maximum de toxicité sur laquelle les paramètres vont être étudiés. Puisqu’il n’y a qu’une valeur à expliquer par année, à savoir 0 pour les années non toxiques et 1 pour les années toxiques, il faut résumer à une seule valeur les différentes valeurs prises par les paramètres pendant cette période. Il faut donc que cette période soit relativement courte pour que la valeur «résumée » choisie soit représentative de la période, et pour limiter les biais dus au changement de saison, qui seraient particulièrement problématiques pour les paramètres hydrologiques. D’autre part, les variables considérées dans cette étude sont adaptées à l’étude des conditions d’apparition, de développement et de stress de Pseudo-nitzschia, et moins pertinentes pour l’étude des conditions lors du transport ou de la contamination. Plutôt que d’étudier la valeur toxicité de l’année en tant que telle, le caractère toxique ou non d’une année a été attribuée à une efflorescence, sélectionnée comme suit : - Si l’année n’a pas présenté d’épisode toxique, toutes les efflorescences sont indiquées comme non toxiques. Les années toxiques, seule la dernière efflorescence avant le maximum de toxicité (date de fin de la période de risque de contamination) est considérée comme toxique. Les éventuelles efflorescences précédant ou suivant cette efflorescence ne sont pas étudiées. En effet, pour une année non toxique, on sait qu’aucune des efflorescences n’a été toxique. En revanche, dans le cas d’une année toxique, on ne sait pas quelle(s) efflorescence(s) est à l’origine de la contamination. On choisit donc une seule efflorescence avant le maximum de toxicité, et on se garde de faire une hypothèse sur les efflorescences non sélectionnées. Les efflorescences suivant le maximum pourraient être considérées comme non toxiques du point de vue de la définition de notre proxy (qui est lié à un seul épisode toxique par an), mais en réalité, il est tout à fait possible que les efflorescences ajoutent de la toxicité aux coquilles sans que cela ne soit pris en compte par le proxy. Encore une fois, on choisit d’ignorer ces efflorescences. La période d’étude des variables est fixée pour chaque efflorescence. Elle débute 14 jours avant l’efflorescence elle-même, et finit soit à la fin de l’efflorescence, soit à la fin de la période de contamination définie lors du calcul du proxy, si celle–ci se termine avant la fin de l’efflorescence. Cette période est appelée « période à risque » par la suite. Elle ne doit pas être confondue avec la « période de contamination » calculée avec le proxy. 2.3.2.2 Choix des données Trois jeux de données ont été envisagés pour ce modèle : les données brutes, les données imputées par le package missMDA, qui avait déjà été utilisé pour les ACP, et les données issues des simulations MANGA. Les données brutes présentent trop de données manquantes. Une comparaison des séries temporelles des deux autres jeux de données a été menée (Annexe I). Les données de modèle disponibles pour notre période se limitent aux années 2010 et 2011. Le choix s’est finalement porté sur les données complétées par missMDA. 2.3.2.3 Choix des paramètres Pour chaque efflorescence, les paramètres étudiés proviennent : - 15 De la table des descripteurs d’efflorescence : ces données ont été légèrement modifiées pour être intégrées au modèle. Elles décrivent en effet un certain nombre de paramètres valables pour la totalité de la période de l’efflorescence. Si un épisode toxique survient pendant ce laps de temps, la période à risque est alors plus restreinte que la période de l’efflorescence. Pour expliquer la toxicité de la microalgue, il faut donc redéfinir les paramètres sur la période de risque : o maximum d’abondance atteint, o o o - - durée de la période de risque, abondance cumulée pendant la période de risque, pente entre les deux dernières valeurs de la période de risque, qui représente l’état de l’efflorescence avant le maximum de toxicité : phase exponentielle (pente fortement positive), phase stationnaire de limitation en nutriments (faible pente positive), senescence et fin de l’efflorescence (pente négative) De la table des descripteurs de diversité : o rang de Pseudo-nitzschia, o richesse o proportion de Pseudo-nitzschia dans la flore totale de la table des paramètres hydrologiques : données centrées réduites par mois et par baie o la température, o l’irradiance, o la salinité, o la turbidité, o les sels nutritifs : nitrates, nitrites et ammonium, phosphates, silicates et leurs ratios. Pour ce calcul, la moyenne mensuelle de chaque paramètre a été calculée pour chaque baie. Puis cette moyenne a été soustraite aux valeurs par quatorzaine, afin d’obtenir une valeur qui représente l’anomalie par quatorzaine. Puis la moyenne de ces anomalies a été calculée sur la période à risque. Le tableau de données utilisé pour le modèle présente une ligne par efflorescence et une colonne par variable. 2.3.2.4 Construction du modèle Une première sélection des paramètres est effectuée après étude des corrélations de rang de Spearman (Annexe V). Une deuxième sélection passe par le test de toutes les combinaisons possibles des paramètres non corrélés dans un modèle linéaire généralisé (GLM) logistique qui explique la toxicité ou non de chaque efflorescence. La limite est fixée à trois paramètres, puisqu’il y a peu de valeurs à expliquer. Les interactions sont prises en compte, dans la mesure où les paramètres sont indépendants l’un de l’autre. Une liste de 100 modèles est classée du meilleur au moins bon sur la base de leur critère d’Akaike (AIC) puis de la déviance expliquée. Une validation croisée des données permet de comparer les capacités prédictives de chaque modèle en faisant varier le seuil. Le jeu de données est séparé 50 fois aléatoirement selon la proportion 90% pour le jeu d’apprentissage et 10% pour le jeu de validation. Les 10 meilleurs modèles sont ceux qui présentent moins d’erreur de prédiction puis ceux qui s’ajustent mieux aux données réelles. Les différentes combinaisons possibles des paramètres les plus redondants sont incorporées dans une dernière série de modèles afin de trouver le meilleur. La procédure est appliquée sur toutes les données, en supprimant les variables sur les sels nutritifs. 2.3.2.5 Validation du modèle Le modèle a été vérifié par le test de Hosmer Lemeshow, test statistique adapté à la validation des modèles logistiques dont la variable à expliquer est binaire, comme c’est le cas ici. Ce test est néanmoins très empirique et consiste plus en un indicateur qu’un 16 véritable outil d’aide à la décision. La validation a également nécessité l’analyse des résidus et l’étude des points leviers et des points influents. 3 RESULTATS 3.1 Dynamique de Pseudo-nitzschia Cette exploration graphique porte sur les données Pseudo-nitzschia issues de la base REPHY sur les trois stratégies d’échantillonnage entre 1995 et 2012. Le jeu de données complet contient, après traitement 85,6% de zéros. Le jeu de données réduit au genre Pseudo-nitzschia n’en contient que 35%. 3.1.1 Variabilités inter-annuelles et inter-sites Les séries temporelles sont d’abord moyennées par mois (Figure 8), puis par année et log transformées (Figure 9). Elles montrent une forte variabilité interannuelle et inter sites. Les années où les abondances dépassent les 100 000 cellules sont : - 2007 et 2008 en baie de Saint Brieuc 2003, 2004, 2005 ,2009 et 2012 en baie de Seine 2002, 2004, 2007, 2008 en rade de Brest Tous les ans depuis 1995 à Concarneau et Quiberon 2001,2006 et 2010 dans le Pertuis Deux efflorescences paraissent exceptionnelles à Concarneau, celle de 2006 et 2008 avec plus de 9 000 000 et 14 000 000 de cellules par litre respectivement. Les fortes années dans certains sites ne le sont pas forcément dans les autres. Par exemple, 2005 est une année forte dans la baie de Seine, la baie de Concarneau et la baie de Quiberon, mais pas dans les autres (Figure 8). La moyenne est toujours supérieure à 10 000 cellules par litre en baies de Quiberon et de Concarneau (Figure 8). Elle est toujours inférieure à ce seuil en baie de Saint Brieuc et dans le Pertuis Breton, excepté en 2006 et 2010 dans le Pertuis. Les premières valeurs basses de la série de la baie de Seine sont dues à l’échantillonnage, uniquement estival avant les années 2000. La variance suit la moyenne : plus forte pour les baies présentant de fortes abondances. Il n’y a pas de tendance marquée (Figure 9). FIGURE 8: Série temporelle des abondances de Pseudo-nitzschia. Les données brutes de la base Quadrige² sont simplement moyennées sur 14 jours. Le seuil de 100 000 cellules est représenté par des tirets. 17 FIGURE 9: Evolution interannuelle des abondances de Pseudo-nitzschia: tendances et variabilite : Les mesures sont moyennées et la variance est calculée par an. Le log de chacune des deux valeurs est représenté ici. 3.1.2 Variabilité saisonnière La variabilité inter-sites des efflorescences est également visible à l’échelle de la saison, comme le montrent les Figures 10 et 11. La baie de Saint Brieuc et le Pertuis Breton présentent des efflorescences de faible amplitude, n’atteignant jamais le million de cellules par litres, en termes de maximum mensuel (Figure 10) et rarement la centaine de milliers. La baie de Seine et la rade de Brest ont des efflorescences plutôt ponctuelles et légèrement plus importantes, atteignant un maximum de l’ordre du million de cellules pendant quelques années exceptionnelles : 2008 en rade de Brest, et 2003, 2005 et 2009 en baie de Seine. Enfin, les baies de Concarneau et de Quiberon sont touchées par de fortes efflorescences, souvent supérieures à un million, et longtemps supérieures à cent mille cellules. Ces données sont résumées dans la Figure 11. On y retrouve le regroupement par l’amplitude des efflorescences des baies étudiées : la baie de Saint Brieuc et le Pertuis présente des abondances faibles, Quiberon et Concarneau, des abondances fortes, et la rade de Brest et la baie de Seine ont des abondances intermédiaires. Les abondances sont souvent plus importantes au printemps. L’automne et l’hiver sont en général des périodes sans efflorescence de Pseudo-nitzschia quels que soient les sites. Les efflorescences démarrent dès mars pour Quiberon et Concarneau, et avril dans les autres baies. Elles se finissent avant juillet en baie de Quiberon, dans 75% des cas, mais se prolongent jusqu’en août pour les autres baies, voire jusqu’en octobre pour Concarneau. Quiberon ne présente en général qu’un pic de Pseudo-nitzschia (de mars à juillet), contre trois pour Concarneau (avril, juin et septembre), et deux dans les autres baies (en mai et juillet). Les intervalles des premiers et troisièmes quartiles représentent la dispersion des mesures. De fortes variations dans les mesures sont observées à Concarneau, Quiberon et pour la baie de Seine. Au contraire, les mesures de Pseudo-nitzschia dans les autres sites varient peu. 18 TABLEAU 2 Résumé des caractéristiques des efflorescences de Pseudo-nitzschia de chaque baie : obtenu en appliquant la méthode décrite en 2.2.2.1 (méthode de description des efflorescences) aux valeurs des médianes des moyennes mensuelles représentées en Figure 11. Baie Médiane des maxima de bloom (cellules/L) Période de début des blooms Période de fin des blooms Nombre de bloom 2 1 Période d’occurrence des blooms (nombre de mois) 6 8 Variabilité dans l’amplitude des blooms (cellules/L) 22 463 1 761 Baie de Seine Baie de Saint Brieuc Rade de Brest Baie de Concarneau Baie de Quiberon Pertuis Breton 16 467 3 087 Février Mars Août Octobre 18 350 72 742 Avril Avril Septembre Septembre 1 1 6 6 8 505 61 548 101 158 4 535 Avril Mars Juin Octobre 1 1 3 8 34 246 3 420 FIGURE 10 : La taille du point indique l’ordre de grandeur du maximum mensuel d’abondance de Pseudo-nitzschia (Inférieur à 1000 cellules/L, entre 1000 et 100 000 cellules, entre 100 000 et 1 000 000 de cellules). Les seuils de 100 000 et de 1 000 000 de cellules correspondent au seuil de déclenchement de la surveillance des Coquilles Saint Jacques et au seuil de définition d’une efflorescence exceptionnelle, respectivement. 19 FIGURE 11: Variabilité saisonnière inter-sites des abondances de Pseudo-nitzschia : Les mesures sont moyennées par baie, par année et par mois. Les médianes, et quartiles à 25 et 75% des valeurs obtenues sont ensuite calculées par mois et par baie Résultats intermédiaires: Pseudo-nitzschia se développe principalement entre mars et septembre dans toutes les baies. Il n’y pas de forte tendance sur ces 17 dernières années. Les sites peuvent être regroupés en fonction de la dynamique de Pseudo-nitzschia : La baie de Saint Brieuc et le Pertuis présentent des efflorescences de faible abondance, rarement variables d’une année sur l’autre. La baie de Concarneau et la baie de Quiberon peuvent au contraire subir de fortes efflorescences, et les années sont plus variables. Enfin, la rade de Brest et la baie de Seine ont une dynamique intermédiaire. 3.1.3 Description des efflorescences Afin de relier les épisodes toxiques ayant eu lieu entre 2003 et 2012 aux efflorescences de Pseudo-nitzschia, le jeu de données des mesures des abondances a été réduit à cette période, et les paramètres caractérisant chacune des efflorescences sur cette période ont été calculés selon la méthode décrite en 2.2.1. Le jeu de données ainsi obtenu contient 152 lignes, soit 152 efflorescences au sens défini dans cette étude, sur la période 2003-2012, dans les six baies. Un jeu de données supplémentaire a été créé, à titre informatif. Il emploie la même méthode pour résumer les mesures sur de plus longues périodes. Ainsi, les mesures ont été résumées sur l’année entière, si celle-ci n’a pas été toxique, et sur la période entre le 1er janvier et la date de maximum de toxicité, si l’année a été toxique. Les paramètres décrits sont le maximum d’abondance de Pseudo-nitzschia de l’année, sa date, l’abondance cumulée sur toute l’année, et la pente de début d’efflorescence. Ce tableau (Annexe III) montre quatre lignes suspectes, pour lesquelles les maxima atteints sont très faibles. Il s’agit de l’année 2005 en rade de Brest et en baie de Seine, de l’année 2008 en rade de Brest, et de l’année 2012 dans le Pertuis Breton. Ces quatre années ont été interprétées comme des possibles recontaminations dues à la remise en suspension de cellules dans la colonne 20 d’eau ou la production d’acide domoïque par une autre espèce (plus rare), et ne sont pas prise en compte dans le reste de l’étude. A B FIGURES12A ET 11B: Résultats de l’ACP réalisée sur les paramètres de description des efflorescences : (A) Carte des variables qui ont servi à la construction des axes (B) Carte des variables qualitatives qui n’ont pas été utilisées dans la construction des axes et ellipses de confiance des positions occupées par les mesures des différentes baies. L’ACP menée sur les paramètres de chaque efflorescence montre une très forte corrélation entre l’abondance cumulée et le maximum de l’efflorescence (98,8%) (Figure 12A), et une anti-corrélation modérée entre la pente à la fin de l’efflorescence et sa durée (-61.55%). Les variables supplémentaires, les baies, se répartissent le long du premier axe, qui explique 41,23% des données et qui est fortement corrélé au maximum et à l’abondance cumulée. La deuxième dimension est portée par les variables pente et durée de l’efflorescence et explique 23.16% des données. Les ellipses de confiance ne distinguent pas de baie en particulier (Figure 12B), mais montrent néanmoins une progression sur l’axe des baies présentant de faibles abondances (Pertuis et Saint Brieuc) vers les baies qui ont de fortes abondances (Concarneau et Quiberon). La surface importante des ellipses, à Concarneau notamment, implique une forte dispersion des données pour ce site. Les logs décimaux de l’abondance cumulée et du maximum sont assez bien expliqués par une relation linéaire prenant en prédicteur les différentes baies (F=1401 et F=1482 respectivement, p-value<2.2 e-16). Dans le cas d’une analyse de variance, il faut vérifier la normalité et l’homoscédasticité des résidus, et les éventuelles différences entre les baies sont considérées comme significatives si les intervalles de confiance autour des moyennes estimées ne se chevauchent pas. Pour l’abondance cumulée, la normalité des résidus est validée par le test de Shapiro (W=0.994, p-value=0.7871). Les intervalles de confiance autour des moyennes estimées de Saint Brieuc et du Pertuis (limite supérieure à 4.25 pour le Pertuis) sont distincts des autres (minimum de la limite inférieure à 4.60 en Rade de Brest). La rade de Brest est significativement différente de Concarneau et Quiberon. La baie de Seine est significativement différente de Concarneau mais pas de Quiberon. Les résultats sont similaires en termes de validation et de groupement des facteurs dans l’ANOVA du maximum d’efflorescence. On retrouve les groupements de baies obtenus dans l’étude des dynamiques de Pseudo-nitzschia. Les modèles linéaires expliquant la durée de l’efflorescence ou la pente en fonction de la baie ne sont pas validés (p-value du test de Shapiro inférieure à 0.05), et le test de Kruskal-Wallis ne rejette pas l’hypothèse d’égalité des médianes. Il n’y a donc pas de grandes différences entre les baies en ce qui concerne ces paramètres. 21 Résultats intermédiaires: L’ACP et l’analyse de variance montrent une hiérarchie dans les abondances de Pseudonitzschia entre les baies. Quiberon et Concarneau dominent. La baie de Seine a des abondances intermédiaires entre ces deux baies et la rade de Brest. Les deux autres baies sont significativement plus pauvres en Pseudo-nitzschia. Les baies ne sont pas différentes pour les autres paramètres (pente de fin d’efflorescence et durée de l’efflorescence). 3.1.4 Données de diversité Ces données sont obtenues à partir des données de la stratégie FLORTOT sur les données de présence (sans les zéros). La classe des bacillariophycées est majoritaire la plupart du temps, quelle que soit la baie (Figure 13A). Les abondances de bacillariophycées et de la flore totale varient peu entre les sites, avec une flore plus abondante en baie de Seine et moins abondante à Saint Brieuc. En revanche, les proportions de la classe varient : la baie de Saint Brieuc et le Pertuis Breton ont de fortes proportions de bacillariophycées dans la flore totale. En revanche, Pseudonitzschia ne représente qu’un faible pourcentage des bacillariophycées dans ces deux baies. Par exemple, le genre n’est jamais plus que quatrième en abondance dans 75% des cas en baie de Saint Brieuc (Figure 13B). Les genres majoritaires dépassent rarement 75% de la totalité de la flore des bacillariophycées, comme le montre l’équitabilité de Berger-Parker (Figure 13B, en bas à droite). Les baies de Quiberon et de Concarneau présentent de plus fortes variations des proportions en Pseudo-nitzschia au sein des bacillariophycés. L’ACP réalisée sur le jeu de données des paramètres de diversité de Pseudo-nitzschia dans la flore totale explique 54.14% des données sur ses deux premières dimensions (Figure 14A). La proportion et le rang sont anti-corrélés, et aucun des deux paramètres n’est corrélé à l’abondance totale. Les ellipses de confiance de la baie de Saint Brieuc et du Pertuis ne se chevauchent pas, ni entre elles, ni avec les autres baies (Figure13B). Elles tendent à montrer de faibles abondances de phytoplancton en général, et des rangs plus élevés de Pseudo-nitzschia que dans les autres baies, ce qui laisse entendre que le genre ne domine pas la flore dans ces sites. La baie de Concarneau et la baie de Quiberon se situent dans la partie du graphique des fortes proportions de Pseudo-nitzschia. La taille des ellipses autour de ces sites montre une plus grande dispersion des données (Figure 14B). 22 A B FIGURE 13A ET 13B: Comparaison des conditions biotiques des baies : (A) Situation de la classe des bacillariophycés parmi les autres classes de la flore totale (B) Situation du genre Pseudo-nitzschia parmi les autres genres de la classe des bacillariophycés. 23 A B FIGURE 14A ET 14B: Résultats de l’ACP réalisée sur les indices de diversité : (A) Carte des variables qui ont servi à la construction des axes (B) Carte des variables qualitatives qui n’ont pas été utilisées dans la construction des axes et ellipses de confiance Les tests sur la linéarité des relations de ces différents paramètres avec la baie ont tous été rejetés. Les tests de Kruskal-Wallis, en revanche, ont tous rejeté l’hypothèse nulle d’identité d’origine des données. Le log décimal de l’abondance de la flore totale en baie de Saint Brieuc est significativement différent de celle de toutes les autres baies, d’après les tests post-hoc de Siegel-Castellan et Conover-Inman. Il en est de même pour le rang de Pseudonitzschia, à l’exception de la baie de Seine, qui n’est pas différente de Saint Brieuc. Les proportions en Pseudo-nitzschia à Concarneau et Quiberon sont significativement différentes des autres baies. Seules deux combinaisons de baies ne sont pas significativement différentes du point de vue de la richesse en genres phytoplanctoniques d’après les trois tests : le Pertuis n’est pas significativement différent de la baie de Seine ni de Quiberon. En revanche, il a un effet significativement différent des autres baies sur l’équitabilité de BergerParker, à l’exception de la baie de Saint Brieuc Résultats intermédiaires: Les Pseudo-nitzschia en baie de Saint Brieuc occupent un rang plus fort que dans les autres baies. La baie a par ailleurs une flore phytoplanctonique beaucoup moins importante que les autres baies. Les baies de Concarneau et de Quiberon présentent de fortes proportions de Pseudonitzschia. Le Pertuis a une faible équitabilité de Berger-Parker. 24 3.2 Comparaison des conditions hydrologiques entre les baies FIGURE 15 Comparaison des conditions hydrologiques des baies : les données de chlorophylle a, de salinité, température et de turbidité sont issues de la base Quadrige² pour les programmes de surveillance REPHY et RNO sur la période 2003-2012. Les données d’irradiance sont issues du modèle de Météo France sur la même période. Les données de nutriments, en revanche, ne proviennent que des observations faites en hiver (de novembre à février). La baie de Seine montre des résultats plus variables que les autres baies sur l’ensemble des paramètres, à l’exception de la salinité (Figure 15). Celle-ci est d’ailleurs plus faible dans cette baie que dans les autres, ce qui témoigne d’une plus grande influence des apports fluviaux. Le Pertuis montre lui aussi une grande variabilité et une plus forte concentration en nutriments que les autres baies, mais dans une moindre mesure que la baie de Seine. En revanche, il présente une turbidité plus élevée que les autres baies. La baie de Saint Brieuc et de Concarneau sont moins riches en nutriments que les autres baies, et les ratios en nutriment sont moins variables. Les deux dernières baies ont des concentrations intermédiaires, plus fortes à Quiberon qu’en rade de Best. Les ratios N : P sont tous au-dessus du rapport de Redfield, à l’exception de celui de la baie de Saint Brieuc, ce qui marque un enrichissement en azote pour ces baies. De même, le ratio Si : P est supérieur à 16, laissant penser qu’il y a également un déficit en phosphore dans toutes ces baies, à l’exception de Saint Brieuc L’ACP (Figures 16A et 16B) a été réalisée sur les mois de novembre à février à partir de 2008, et permet donc la comparaison des apports hivernaux entre les baies. Le jeu de données avant imputation des données manquantes contient 37% de données manquantes. L’axe 1 explique 42.54% des données et est porté principalement par les sels nutritifs, d’un côté, et les variables température (TEMP) et salinité (SALI), de l’autre côté. Ces deux groupes de variables sont anti corrélés l’un à l’autre (entre -48% et -62% entre la salinité et les variables azote (N), phosphates (PO4) et silicates (SIOH)), et non corrélés à l’irradiance, sur l’axe 2 (de -18% avec la salinité, à 10% pour l’azote). Les variables SIOH et N sont corrélées à 83%. Les variables supplémentaires sont mal représentées par l’ACP. Seuls le rang, et l’équitabilité de Berger-Parker sont bien représentés (14% sur l’axe 1, et -27% sur l’axe 2 respectivement). La baie de Seine et la baie de Quiberon sont bien représentées sur les deux axes. La baie de Seine se situe dans le quart supérieur droit, montrant de valeurs 25 plus fortes en sels nutritifs, et plus faibles en température, salinité et irradiance. Les valeurs en irradiance sont plus fortes en baie de Quiberon, mais les sels nutritifs sont en concentrations plus faibles. Les autres baies ne sont représentées que selon l’axe 1, à l’exception du Pertuis, qui n’a pas contribué à la construction des axes. A B FIGURES16A et 16B:Résultats de l’ACP réalisée sur les paramètres environnementaux : (A) Carte des variables qui ont servi à la construction des axes (B) Répartition des valeurs des sites selon ces axes Les modèles linéaires généralisés ont testé l’influence du facteur baie sur les différents paramètres. Ils ne sont validés que pour quelques paramètres du milieu. En revanche, le test de Kruskal-Wallis indique toujours qu’au moins une baie est différente. La salinité est significativement différente d’une baie à une autre (d’après le test de Kruskal Wallis,Chi²=483.10 et p-value<2.2e-16) exceptée entre la baie de Quiberon et le Pertuis. Les deux baies ne sont pas non plus différentes en température. Les trois tests ne concordent pas sur la turbidité. Les mesures d’azote sont expliquées par les différentes baies par un GLM avec une distribution de Poisson (F=76.49 et p-value<2.2 e-16), et sont plus faibles en baie de Saint Brieuc et de Concarneau, et plus forts en baie de Seine. En ce qui concerne les concentrations en phosphate, la baie de Seine et la baie de Concarneau se distinguent des autres baies, et Saint Brieuc et le Pertuis se distinguent l’un de l’autre. Les résultats de l’étude des ratios N : P et Si : P sont similaires et montrent que la baie de Saint Brieuc est significativement différente de toutes les autres baies. Résultats intermédiaires: La baie de Seine diffère des autres baies par sa richesse en sels nutritifs. Saint Brieuc et Concarneau reçoivent moins d’azote que les autres baies. Concarneau distingue de toutes les autres baies, y compris Saint Brieuc, par ses mesures phosphates, plus faibles. Saint Brieuc se distingue par des ratios montrant enrichissement moins fort en azote et un déficit moins important en phosphates. La rade de Brest, le Pertuis et Quiberon présentent des concentrations intermédiaires nutriments. Les eaux du Pertuis sont plus turbides que celles des autres baies. se en un en 3.3 Description et comparaison des épisodes toxiques. Lien avec les efflorescences de Pseudo-nitzschia et les paramètres environnementaux Les données ASP sont disponibles en France depuis le début des années 2000. Les premiers épisodes toxiques sont recensés dans ces données à partir de 2004 en baie de 26 Seine et rade de Brest. La toxicité se manifeste ensuite année après année dans les différentes baies par des épisodes de contamination dans une série assez bruitée, en particulier en baie de Seine en 2012. Les années dépassant le seuil officiel de contamination de 20µg de DA/g de chair totale égouttée sont (Figure 17) : - En baie de Seine : 2004, 2005, 2011, 2012 En rade de Brest : 2004, 2005,2007, 2008 et 2009. En baie de Concarneau : tous les ans depuis 2006 sauf 2009 En baie de Quiberon : tous les ans depuis 2005 Dans le Pertuis Breton : uniquement à partir de 2010 Aucun épisode toxique n’est survenu en baie de Saint Brieuc. Il y a donc eu 26 épisodes toxiques répartis sur les cinq autres baies. Tous les ans, depuis 2004, au moins une baie connait un épisode toxique. Cinq évènements ressortent avec une mesure supérieure à 100µg, dont trois pendant l’année 2010, toxique uniquement dans les sites de sud Bretagne et le Pertuis. FIGURE 17: Proxy de contamination et valeurs réelles de toxicité: Les barres indiquent la valeur calculée du proxy, tandis que les croix indiquent, pour les années toxiques uniquement, la valeur réelle d'acide domoïque mesurée cette année-là. La différence entre le haut de la barre et la croix indique donc la part de la mesure due à une contamination antérieure. Le proxy calculé selon la méthode décrite en annexe II suit globalement les données ASP. Les 26 épisodes toxiques correspondent à des proxys supérieurs à +11 µg.g-1 de chair totale égouttée an-1. On retrouve les années exceptionnelles, comme 2007 pour la rade de Brest, 2010 pour le Pertuis et le Sud Bretagne (Quiberon et Concarneau) et 2012 pour la Baie de Seine. Les périodes de contaminations sont très variables. Elles peuvent ne durer que quelques jours (comme en baie de Seine, entre le 21 et le 28 novembre 2011), comme plusieurs mois (comme à Quiberon en 2010). Les dates de fin des périodes de contamination, c’est-à-dire les dates auxquelles les maxima de toxicité ont été observés, se situent aussi bien en début qu’en fin d’année. Comme expliqué plus haut, 4 épisodes toxiques ne semblent pas être dus à Pseudo-nitzschia (cf. 3.1.3). Il n’y a donc en réalité que 22 nouveaux épisodes toxiques. La baie de Seine n’aurait alors subit que 3 nouvelles contaminations, en 2004, 2011 et 2012, la rade de Brest également, en 2004, 2007 et 2009. Le Pertuis n’aurait subi de nouveaux épisodes toxiques qu’en 2010 et 2011. 27 A B FIGURE 18A ET 18B: Représentation de la dynamique saisonnière des paramètres environnementaux en baie de Quiberon. : (A) Représentation des variables utilisées dans l’ACP. Les variables en bleu sont les variables supplémentaires, qui n’interviennent pas dans la construction des axes. (B) Les individus de l’ACP sont les dates auxquelles sont faites les observations, qui peuvent donc être reliées à la saison (bleu pour janvier, février et mars, vert pour le avril, mai et juin, jaune pour juillet, août, septembre, rouge pour octobre, novembre et décembre). Les flèches relient les dates successives de chaque année et sont de la couleur de la saison à laquelle appartient la date. Les périodes de contamination ont été utilisées dans des ACP pour repérer les conditions du milieu menant à la contamination dans les deux baies contenant le moins de données manquantes : Quiberon et la baie de Seine. L’échantillonnage étant plus réguiler en baie de Quiberon, l’étude s’appuie sur cette baie, malgré un pourcentage de données manquantes plus important. La baie de Quiberon a 24.7% de données manquantes. Le tableau contenant les données interpolées est utilisé dans une ACP utilisant les facteurs température (TEMP), salinité (SALI), irradiance (IRRADIANCE), les ratios N : P et Si : N (NP et SIN), et les sels nutritifs (N, PO4, SIOH) (Figure 18A). Les autres facteurs sont soit très liés aux facteurs utilisés ici (comme la chlorophylle a, corrélée à 77% à l’irradiance) soit mal représentés dans les deux premières dimensions. Les évolutions des paramètres hydrologiques au long de l’année s’observent dans le sens horaire. L’automne et l’hiver correspondent à des décharges en sels nutritifs. Le phosphate est régénéré plus rapidement que l’azote en automne, et disparait plus rapidement, puisque le ratio N : P augmente (le trajet fléché commence par descendre dans la partie inférieure du graphique, où les mesures de N : P sont fortes). Il peut cependant décroitre rapidement, comme en 2008 (Figure 19). Les apports en eaux riches en nutriments se repèrent par des augmentations du rapport N : P. On repère ainsi la tempête Xynthia, le 28 février 2010. Le printemps et l’été présentent des valeurs plus fortes en salinité et température et plus faibles en nutriments. L’augmentation du rapport Si : N, donc la disparition de N, ne semblent intervenir qu’à la fin de l’été. Les dates de maximum de toxicité apparaissent quasisystématiquement dans la partie gauche du graphique, indiquant des valeurs faibles de sels nutritifs et plus fortes en température et irradiance, à la fin du printemps. La contamination de 2004, en particulier, fait exception, mais la période de contamination est grande, ce qui montre que l’échantillonnage était irrégulier, il y a donc une grande incertitude sur la date exacte de contamination. Les résultats en baie de Seine sont montrés en annexe IV. La toxicité ne s’observe pas aussi systématiquement pour de faibles valeurs de nutriments. Elle peut être mesurée au printemps (comme ce fut le cas en 2012) ou en automne (2011), même tardivement dans l’année (novembre en 2004). On y retrouve la même rotation saisonnière. Les périodes de contamination et le maximum sont décalés vers l’été. 28 FIGURE 19: Conditions environnementales pendant les périodes de contamination probables pour les 9 années toxiques de Quiberon : Le nuage de points représente l’ensemble des individus de l’ACP, autrement dit, l’ensemble des dates auxquelles les mesures ont été faites. Le tracé en flèches suit le même code couleur que la figure 18B. Les segments rouges représentent la période probable de contamination. Le cercle en 2010 correspond à la date à laquelle a eu lieu tempête Xynthia. Résultats intermédiaires: On peut regrouper les baies par la fréquence des épisodes de toxicité : ils sont fréquents à Concarneau (6 épisodes nouveaux) et Quiberon (8), moins fréquents à Brest et en baie de Seine (3 chacun) et rares dans le Pertuis. Les contaminations apparaissent en fin de printemps à Quiberon. Elles sont plus tardives (fin d’été) en baie de Seine. 2010 a été une année exceptionnelle pour les sites situés en sud Bretagne et le Pertuis et semble liée à l’évènement climatique de la tempête Xynthia, survenue le 28 février. 29 3.4 Résultats du modèle Seules les efflorescences des années non toxiques et les dernières efflorescences avant un épisode toxique sont conservées pour la construction du modèle. Sur les 152 efflorescences comptées en 3.1.3, il n’en reste plus que 104. Le modèle doit expliquer la toxicité en fonction des meilleures variables parmi toutes celles créées, à l’exception des sels nutritifs, car les données manquantes sont trop nombreuses. Les descripteurs des efflorescences sont centrés (diminués de leur moyenne par baie) et réduits (divisés par l’écart-type par baie). Les descripteurs de diversité (proportion et rang de Pseudo-nitzschia dans la flore totale, richesse et équitabilité des genres dans la baie) ne sont pas modifiés, car leurs valeurs sont moins variables selon les baies. Les paramètres environnementaux sont centrés réduits par rapport au mois et à la baie. Les variables choisies après étude des corrélations (Annexe V) sont: - le maximum de l’efflorescence (centré-réduit) (appelé Anomax dans le modèle), la pente en fin de période à risque (Pente), et la durée de l’efflorescence (DuréeB) le rang (Rang) moyen et la richesse moyenne de Pseudo-nitzschia sur la période à risque la turbidité (Turb), la salinité (SALI) et l’irradiance (IRRADIANCE) centrée réduite Les modèles testés expliquent la toxicité (Toxibloom) de l’efflorescence en fonction de deux de ces paramètres au maximum, et les interactions sont prises en compte, ce qui fait un total de 385 modèles. Cette première série de modèles sert au repérage des paramètres redondants. Ils sont classés en fonction de l’AIC d’abord, puis le pourcentage de déviance expliquée et enfin en fonction de la précision calculée par validation croisée. Les 100 premiers modèles ont un AIC compris entre 95.38 et 108.26, une déviance expliquée comprise entre 8.99 et 20.45% et une précision calculée par validation croisée entre 70 et 82%. Les meilleurs modèles utilisent les paramètres suivants, du plus fréquent au moins fréquent : le maximum d’efflorescence, le rang, la salinité, la richesse, la turbidité et l’irradiance (en valeurs centrées réduites). La dernière série de modèles a donc porté sur le test des différents modèles expliqué par les cinq premiers paramètres : le maximum, le rang, la salinité, la richesse, la turbidité et l’irradiance. Les anova de 20 meilleurs modèles sont calculées, et les modèles pour lesquelles au moins une valeur de Chi² ne permet pas de discriminer le prédicteur du hasard sont supprimés. Il ne reste alors que 8 modèles. Le test de Hosmer-Lemeshow n’a qu’une valeur d’indicateur, et l’interprétation de sa p-value est plus libre que celle des autres tests. Ici, aucun test ne valide les modèles. Leurs indicateurs de performance sont reportés en Tableau 3, ainsi qu’en Annexe VII pour le modèle 1 (Rang+ Anomax:Anosali). TABLEAU 3: Résultats de la sélection de modèle logistique AIC Déviance expliquée 18.02% Précision P-value Hosmer Lemeshow 0.26 Toxibloom~ 98.1 0.78 Rang+ Anomax:Anosali Toxibloom~ 102.14 14.43% 0.78 0.47 Anomax:Anosali+Rang:Rich esse Toxibloom~ Anoturb+Rang 102.6 14.05% 0.77 0.28 Les mauvaises performances de ces modèles sont investiguées par étude de la distance de cook et des points influents (Annexe VI). Cette étape révèle deux efflorescences influant beaucoup sur la construction du modèle. Ces deux efflorescences, en 2011 au Pertuis et en 30 Baie de Seine, sont deux épisodes toxiques. Aucun des paramètres ne prend de valeur particulière pour ces deux efflorescences. Une première approche très globale permet de remarquer deux éléments importants. Tout d’abord, aucun de ces modèles n’explique beaucoup de déviance, au contraire de la précision, ce qui signifie que le modèle prédit bien les efflorescences non toxiques et mal les efflorescences toxiques, comme le montre également la Figure 20. Ensuite, on notera que le rang entre en compte dans chacun de ces modèles. Le coefficient est toujours négatif, donc le faible rang de Pseudo-nitzschia favoriserait la toxicité. FIGURE 20: Graphique de comparaison entre valeurs prédites (en abscisses) et données réelles (en ordonnées) L’abscisse montre les valeurs prédites par le modèle là où il aurait dû prédire 0 ou 1 (ordonnées). Résultats intermédiaires: Les paramètres redondants pour l’explication de la toxicité d’une efflorescence sont dans l’ordre : le maximum d’efflorescence, le rang, la salinité, la richesse, la turbidité et l’irradiance. Les modèles résultants de la sélection prédisent peu de faux positifs, mais peu de vrais positifs également. 4 DISCUSSION 4.1 Comparaison des sites L’analyse conjointe des données de Pseudo-nitzschia, des paramètres hydrologiques et des toxicités des coquillages permettent de repérer des similitudes entre les sites. Le Pertuis Breton et la baie de Saint Brieuc sont les plus fortement démarqués. Tous deux sont propices à des efflorescences de Pseudo-nitzschia de faibles abondances, sur de longues périodes dans l’année et sont des systèmes peu dominés, comme le montre leur faible équitabilité de Berger-Parker. Les bacillariophycées y sont présentes en fortes proportions, et la flore globale est peu abondante. En revanche, ces baies se ressemblent peu en termes de paramètres hydrologiques. Ce dernier point s’explique par les contextes 31 différents des deux baies : une baie ouverte avec peu d’apports fluviaux en baie de Saint Brieuc, contre une baie abritée, mais néanmoins sous l’influence à la fois directe de petits cours d’eau et indirecte de la Charente, Gironde et même la Loire parfois pour le Pertuis Breton. Il faut également garder à l’esprit que ces deux baies sont celles pour lesquelles les données sont peu nombreuses, en particulier pour les nutriments, ce qui peut induire un biais dans leur visualisation et leur interprétation. Deux interrogations paraissent alors intéressantes : quels facteurs limitent la prolifération du phytoplancton dans le Pertuis, alors même que les conditions du milieu ne sont pas visiblement différentes des autres baies, à l’exception, justement, de la baie de Saint Brieuc ? Quelles furent les conditions d’apparition de la toxicité en 2010 dans le Pertuis ? Pour la première, on peut supposer que la turbidité particulièrement importante dans le Pertuis empêche la prolifération du phytoplancton. Quant à la seconde interrogation, cette importante contamination a été reliée à la présence de P.australis (Nézan, 2010), apparue pour la première fois dans la baie, probablement à cause de changements favorables dans les nutriments apportés par Xynthia. La tempête a été à l’origine d’importantes sur-côtes (>5m) qui ont déclenché une forte décharge en nutriments dans les eaux côtières, changeant alors le rapport N : P. On peut alors imaginer qu’aucune espèce toxique n’était présente avant 2010 dans la baie, ou en de trop faibles quantités, et que l’évènement l’a implanté pour les années suivantes. Les efflorescences seraient en effet capables de regermer après remise en suspension des cellules sédimentée dans la colonne d’eau. On notera que l’année 2012, considérée comme toxique dans le Pertuis puisque la mesure d’acide domoïque a dépassé les 20µg, a été déclassée de cette étude car interprétée comme une recontamination. Il est également intéressant de comparer la Baie de Saint Brieuc à celle de Concarneau, car elles présentent toutes les deux des concentrations en nutriments plus faibles que les autres baies. La première différence entre les deux baies semble être le phosphate disponible, plus limité en baie de Concarneau. En parallèle, on a vu que la baie de Concarneau subissait régulièrement des épisodes de contamination. Ce résultat serait cohérent avec les nombreuses études rapportant l’effet du stress en phosphate sur la production d’acide domoïque par Pseudo-nitzschia. La deuxième différence est la composition de la flore. Sur ce point, la baie de Concarneau ressemble à la baie de Quiberon, et les deux baies ont d’ailleurs une flore bien particulière, avec une forte variabilité dans les efflorescences de Pseudo-nitzschia, amenant à de fortes proportions du genre dans la flore totale. Les efflorescences de Quiberon sont cependant plus importantes et plus brutales qu’à Concarneau. La baie est toxique tous les ans et les ACP montrent que les épisodes toxiques sont fréquemment observés à la fin du printemps, au moment d’un stress en nutriments. On peut imaginer que les conditions printanières sont hautement favorables à Pseudo-nitzschia, propices à de fortes efflorescences, qui s’interrompent vers juillet et produisent des toxines à cause du déficit en nutriments. Cependant, les apports en phosphate sont plus importants à Quiberon qu’à Concarneau, sans doute à cause des influences combinées de la Loire et de la Vilaine, qui arrivent plus diluées à Concarneau. Les ratios restent cependant assez élevés, comme dans toutes les baies à l’exception de Saint Brieuc. Le fait que la baie de Saint Brieuc soit la seule à présenter des ratios N : P et Si : P vraiment différents des autres baies concorde avec l’hypothèse que la limitation en phosphate est un facteur important de la production d’acide domoïque. Entre ces deux ensembles de baies, les deux dernières baies, la baie de Seine et la rade de Brest, ont des caractéristiques intermédiaires. Les abondances sont moins importantes et moins variables qu’à Quiberon et Concarneau. Ceci peut s’expliquer par les contextes hydrodynamiques similaires : les courants sont forts et les eaux mixées. Les apports en nutriments en provenance des fleuves sont importants et plus directs que dans les autres baies. La baie de Seine se démarque fortement par sa richesse en nutriments et l’importance des apports fluviatiles hivernaux (avec une faible salinité). Cependant, les ratios sont équivalents à ceux observés en rade de Brest. Les évènements toxiques y sont moins courants qu’en Bretagne sud. Les deux efflorescences repérées dans le tableau 1 en baie de 32 Seine correspondent sans doute aux efflorescences de printemps et d’automne. Il y a donc potentiellement deux périodes à risque dans l’année. 4.2 Efflorescences de Pseudo-nitzschia et épisodes toxiques Outre ces résultats, il est surtout intéressant de tenter de mettre en relation les efflorescences observées et les épisodes toxiques. Les modèles tentés ici ne parviennent pas à expliquer statistiquement les efflorescences toxiques. Les paramètres choisis par validation croisée sélectionnent en premier le rang et le maximum d’efflorescence. Cependant, ce résultat peut être nuancé. En effet, si la toxicité s’explique par le maximum, une très forte efflorescence ne cause pas toujours de toxicité. Par exemple, les efflorescences exceptionnelles de 2006 (9 000 000 des cellules par litres) et 2008 (14 000 000 de cellules par litres) en baie de Concarneau n’ont pas été suivies d’épisode toxique proportionnel aux abondances maximales atteintes, et, de même, les fortes contaminations de 2010 ne correspondent pas à des abondances extraordinaires de Pseudo-nitzschia. De manière, il y a plusieurs explications à l’échec du modèle : 1. La méthode employée pour les calculs de descripteurs d’efflorescence et de diversité: le choix du seuil à 10% du maximum pour définir une efflorescence a parfois supprimé des efflorescences faibles, surtout dans les baies où les abondances sont très fortes, ce qui a pu engendrer un biais sur l’ensemble des paramètres employés dans le modèle, et en particulier tout ceux rapportant à l’abondance de Pseudo-nitzschia, ou sa proportion. Les stratégies d’échantillonnage peuvent changer d’une année à l’autre sur une même baie, comme ce fut le cas à Saint Brieuc entre 2003 et 2007, par exemple. Les estimateurs de diversité peuvent être biaisés par le choix de l’échelle du genre. En effet, près de 20% des taxons ne sont pas identifiés à l’échelle du genre, tandis que seulement 6% ne sont pas identifiés à l’échelle de la classe. Les mesures associées aux genres non-identifiés font en fait état de l’abondance d’une classe, ou d’un autre niveau supérieur d’identification, et peuvent donc être beaucoup plus élevées, impliquant un biais dans les calculs de rang, ou de proportion, entre autres. Par exemple, si Pseudo-nitzschia est comptée à 100 000 cellules, et qu’une classe dont le genre est non identifié est compté à150 000, le rang de Pseudo-nitzschia est rétrogradé par le genre inconnu. Cet inconvénient est à mettre en balance avec la perte considérable d’information qu’apporterait une étude de la diversité au niveau des classes, dans notre étude en particulier. Le nombre de cas de contamination (24) n’est peut etre tout simplement pas assez élevé pour parvenir à cerner dans quelles conditions se passe la contamination. 2. La grande incertitude sur la localisation exacte des évènements dans le temps, entre l’efflorescence et la contamination : les données d’ASP, et en particulier les dates de la période de contamination, sont à interpréter avec prudence, car l’irrégularité des échantillonnages empêche la localisation précise des épisodes de contamination. Par exemple, lors de la tempête Xynthia en 2010, les échantillonnages étant impossibles, la première donnée disponible est en mai, alors que la tempête a eu lieu en février, et que les données REPHY indique une présence de Pseudo-nitzschia dès mars. D’une part, cette incertitude sur la date de maximum de toxicité induit un biais dans la lecture du proxy. Dans notre exemple, le proxy en ce point vaut le maximum mesuré en 2010, qui se trouve être le premier point mesuré, en mai, moins la dernière valeur de l’année précédente. Il sous-estime donc la contamination réelle de l’année. D’autre part, les incertitudes sur la date du maximum de toxicité vont avoir un impact évident sur le choix de l’efflorescence responsable de la toxicité. Considérer la dernière efflorescence comme responsable de la toxicité suppose non seulement une certaine proximité temporelle entre les deux évènements, mais aussi un certain éloignement pour permettre le dépôt et la contamination. De manière générale, les échantillonnages en phytoplancton et en coquillages ne sont pas synchronisés et limitent les mises en relation. 33 3. La grande incertitude autour des concentrations estivales en nutriments. Comme évoqué en introduction, un épisode de contamination est parfois corrélé à des déficits en nutriments. L’inégalité entre les baies des données disponibles sur ces paramètres, et l’imputation qui en découle, introduit des biais dans les mesures. Pour cette raison, les nutriments ont été écartés des paramètres choisis dans le modèle. Il aurait pourtant été intéressant de traiter directement ces données, sans passer par le proxy de la salinité. 4. En plus de cette incertitude temporelle, l’incertitude spatiale rend difficile le lien directe entre les efflorescences et les coquilles contaminées, en particulier pour le cas de la baie de Seine. Le panache de la Seine remonte le littoral vers le nord, poussant les efflorescences observées près des côtes (et donc au site de Cabourg) vers les gisements au large. Mais il arrive qu’il soit au contraire repoussé vers la côte est du Cotentin, et les efflorescences n’ont alors plus d’impact au large sur les gisements de coquilles Saint Jacques. 5. Le choix de l’échelle taxonomique d’étude : Comme expliqué en introduction, certaines espèces de Pseudo-nitzschia sont plus toxiques que d’autres. Les preferendum de chaque espèce sont différents, et les conditions stressantes ne seront donc pas les mêmes. 5 CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES L’étude a donc permis de distinguer trois comportements de baie différents, correspondant à des mesures de paramètres assez distincts. Il n’est cependant pas évident d’expliquer les évènements toxiques à partir de ces paramètres seuls. Etablir un lien clair entre les efflorescences et la toxicité observée dans les coquillages nécessite un suivi régulier et fréquent des deux aspects. Deux projets, par exemple, tentent d’expliquer le lien de causalité entre les abondances de Pseudo-nitzschia et la contamination. Le premier (Siano et al. 2013) a étudié les abondances spécifiques de Pseudo-nitzschia à Concarneau, par détermination génétique, pendant la période d’avril à juillet 2012. Ces abondances sont mises en relation avec les paramètres hydrologiques et avec la concentration d’acide domoïque contenue dans l’eau, échantillonnés deux fois par semaine, en même temps que les prélèvements de phytoplancton. L’étude, dont les résultats sont en cours de publication, a permis de relier les maxima d’acide domoïque à la présence de P. australis (Figure 21). Un deuxième projet en cours de construction en baie de Quiberon testera en plus la contamination des coquilles Saint Jacques nouvellement déposées et clôt ainsi la chaine de réaction. Les données issues de la modélisation numérique peuvent également être utilisées pour pallier au manque de données, ou aux données éparses spatialement et temporellement. Un essai a été ici réalisé sur les données de 2010 et 2011 sur deux baies (Annexe I). Une simulation sur l’ensemble de la période étudiée et une validation des données est en projet et pourrait permettre de répondre un peu plus aux objectifs de cette étude. 34 Complexe seriata Mars Genre Genre Pseudo-nitzschia 13 20 Avril 28 3 12 17 Mai 27 3 9 11 14 22 Juin 25 29 31 6 12 14 18 Juillet 22 29 2 6 10 12 Pseudo-nitzschia P. multiseries P.multiseries P. pungens P. pungens P. australis P. australis P. fraudulenta P. fraudulenta P. delicatissima P.delicatissima 4000 4 3600 3,5 3 2800 2,5 2400 2000 2 1600 1,5 1200 Acide domoïque [nM] Concentration en 3 Pseudo-nitzschia .10 /L 3200 1 800 0,5 400 0 1mars 0 11mars 21mars 31mars 10avr. 20avr. 30avr. 10mai 20mai 30mai 9juin 19juin 29juin 9juil. 19juil. 29juil. Temps FIGURE 21: Coïncidence des efflorescences de P.australis et des maximas d'acide domoïque dans l'eau (Siano, R. et al. Poster 2013) 35 Bibliographie Augris C., Hamon D. (1996). Atlas thématique de l'environnement marin en baie de SaintBrieuc (Côtes-d'Armor). 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Dernière visite : 01/09/2013 39 Annexes ANNEXE I : Comparaison des données de modèle ECOMARS3D aux données brutes. Les données ECOMARS 3D sont disponibles sur les périodes 2001-2002 et 2010-2011 sur tous les sites. Une simple comparaison des données moyennées sur 14 jours sur les sites les plus riches en données, à savoir la baie de Seine ( au point « Cabourg », Figure a) et la baie de Quiberon ( au point « Men er Roue », Figure b), au données de modèle en ces même baies montre que le modèle prédit correctement les températures. Les déssalures hivernales et automnales ne sont pas toujours bien prédites. Les phosphates sont surestimés et les apports en nitrates sont sous-estimés. Néanmoins, ces données de modèle constituent un outil potentiellement très intéressant pour pallier au manque de données d’échantillonnage. FIGUREa : Baie de Seine :comparaison des données échantillonnées (points bleus), au données complétées par missMDA (ligne verte) et aux données de modèle (ligne rouge) FIGUREb: Baie de Quiberon : comparaison des données échantillonnées (points bleus), au données complétées par missMDA (ligne verte) et aux données de modèle (ligne rouge) ANNEXE II : Calcul PROXY La coquille saint jacques élimine très lentement l’acide domoïque. Très peu de documents portent sur l’estimation du temps de cette décontamination, mais il est fréquent de voir les effets d’un épisode de toxicité sur plusieurs années. L’intérêt du proxy, ici, est de distinguer dans la mesure du maximum annuel, la part due à la contamination d’un épisode antérieur, et celle due aux efflorescences de pseudo-nitzschia de l’année. En étudiant une tendance sur une année n, on peut s’attendre à quelques résultats très simples, que l’on a définis comme suit : Cas1 Aucune contamination Cas2 Cas3 Une contamination nouvelle : la mesure de toxicité au début de l’année n est faible, voire nulle. Elle augmente jusqu’à un maximum, puis diminue Une décontamination : la mesure de toxicité diminue tout au long de l’année. La première valeur est donc supérieure à toutes les autres valeurs de l’année, mais aussi à la valeur qui la précède, c’est-à-dire la dernière de l’année précédente. Il y a eu contamination l’année précédente, ou simplement avant que la première mesure de l’année n’ait été faite, et aucune nouvelle contamination (ou sur-contamination) n’est survenue par la suite. Cas4a Cas4b Une sur-contamination : la mesure de toxicité de départ est élevée. Elle diminue, puis fait un pic, puis diminue à nouveau. Ce pic peut être inférieur à la première valeur mesurée de l’année (cas 4a) ou supérieur (cas 4b). TABLE A : évènements possibles sur une année de données de mesure ASP On notera que l’on suppose ici qu’il n’y a, dans une année, au maximum qu’un seul épisode de toxicité majeur, correspondant à une contamination suite à une efflorescence de Pseudonitzschia. Cet épisode se distingue dans la série de données ASP par une forte augmentation dans la mesure de DA, qui est soit progressive, si l’échantillonnage est régulier, soit brutale dans le cas contraire, et apparait alors comme un « saut » dans la série de mesures. La première situation est rare : les échantillonnages se font avant l’ouverture de la pêche, en fin d’été, et ne se poursuivent que si un échantillon est monté au-delà de 20µg/g de chair totale égouttée, ou si une alerte a été donnée dans la surveillance de Pseudo-nitzschia. Le proxy repose donc plutôt sur le repérage d’un saut dans les mesures. Cependant, le saut n’est pas évident à repérer, d’une part parce que les données peuvent être à la fois dispersées et peu nombreuses sur une année, et d’autre part être très bruitées à cause de la forte variabilité liée à la variabilité des organismes et à la variabilité spatiale Il faut donc dans un premier temps repérer le saut dans la mesure de DA, qui marque le début de contamination, puis trouver le maximum atteint lors de la phase de contamination. Enfin, on distingue la contamination de l’année de l’éventuelle décontamination en cherchant le minimum de DA mesuré avant contamination. A. Repérer le saut. Afin de repérer une augmentation inhabituelle dans la mesure de DA, c’est-à-dire un saut qui se distinguerait du bruit de la série, on calcule la différence entre chaque mesures successives, en commençant par la deuxième. Le maximum de ces différences sur une année indique un saut de contamination. Cette méthode présente plusieurs avantages. Tout d’abord, il permet de choisir entre les deux contaminations évoquées dans la définition de la sur-contamination, dans le cas où la dernière valeur de l’année n-1 est inférieure à la première de l’année n. En effet, la première différence de l’année n se fait entre la première valeur de cette année, et la dernière de l’année n-1. Il suffit donc de trouver les maximum de différence pour choisir quelle contamination est plus importante que l’autre. De manière plus générale, trouver le maximum de différence permet de faire la distinction entre nouvelle contamination, sur-contamination et décontamination dans une série bruitée : si la première différence de l’année est positive, alors il s’agit d’une nouvelle contamination (Figure A1). Si elle est négative, alors la dernière valeur de l’année n-1 est supérieure à la première de l’année n, et il s’agit d’une décontamination (Figure A2). En cas de surcontamination, trouver le maximum de différence indiquera automatiquement le pic de contamination de l’année n, puisque la première différence sera négative. 1 2 FIGURE A : Différenciation des évènements toxiques grâce au calcul de la différence entre points consécutifs. B. Trouver le maximum et le minimum Le saut de mesure de DA s’observe entre deux dates d’échantillonnage, la deuxième date ayant une valeur de mesure plus élevée que la première. Cette valeur n’est cependant pas forcément le maximum atteint par le pic de contamination. Ce maximum est donc recherché dans une fenêtre de 4 jours d’échantillonnage à partir de la deuxième date du saut de contamination. Les échantillonnages se faisant au maximum une fois par semaine, cela laisse un mois à la contamination pour atteindre son maximum. Une fois obtenu ce maximum, on cherche le minimum mesuré dans la même année, avant contamination. Le proxy est alors calculé comme la différence entre le maximum et le minimum trouvés. Une légère difficulté se présente lorsque le maximum est atteint lors de la première mesure de l’année. Ici encore, le calcul des différences entre chaque point consécutif résout le problème. Si la première valeur de l’année est le maximum et que la différence à ce point est négative, c’est que les valeurs des différences aux autres points de l’année, s’ils existent, sont encore plus négatives. L’année est en décontamination stricte, et il n’y a eu aucun épisode de sur-contamination. Le proxy est fixé à 0. Si, en revanche, la différence est positive, alors il y a eu contamination entre la dernière valeur de l’année précédente et le maximum, et le reste de l’année n’a pas été marquée par une sur contamination plus importante que cette première contamination. Le proxy vaut le maximum de l’année étudiée, moins la dernière valeur observée l’année précédente, c’est-à-dire Proxy = max diff. C. Calculs supplémentaires. Le schéma présenté ci-dessous montre comment le script incorpore le calcul du proxy dans une table qui récupère également d’autres informations intéressantes, en particulier 4 dates: les deux dates du saut de contamination, la dates obtenue pour le minimum et celle obtenue pour le maximum mesuré. Le cas de la première année L’inconvénient de la méthode de calcul du proxy est que la toute première mesure sur un gisement n’a pas de valeur de différence. Il faut donc traiter la première année à part. Si la première valeur mesurée est le maximum de l’année, le proxy vaut cette valeur, et seule la date correspondante est enregistrée dans le tableau. Si le maximum n’est pas la première valeur, toutes les informations peuvent être renseignées et le proxy vaut le maximum moins le minimum avant contamination. Pour des raisons de programmation, le cas où un gisement n’a été prélevé qu’une année est traité à part. Le proxy a été calculé gisement par gisement. Les résultats étant très différents selon les gisements dans une seule et même baie, il a été choisi de sélectionner pour chaque année le proxy maximum, et non moyen, parmi tous les proxys de la baie. Si plusieurs prélèvements ont été effectués le même jour, on calcul la moyenne des valeurs obtenues. BAIE GISEMENT PREMIERE ANNEE Cas 1.I.1: le max mesuré est la première valeur Cas 1.I.2: le max mesuré n’est pas la première valeur Proxy=max mesuré date du min de saut =NA Proxy = max mesuré date du min de saut =NA ANNEES SUIVANTES Le max mesuré est repéré par le max de différence Cas 1.II.1: le max mesuré est la première valeur Cas 1.II.2: le max mesuré n’est pas la première valeur Proxy=max mesuré-min Cas 1.II.1.1: la différence correspondante (également max de différence) est négative Cas 1.II.1.2: la différence correspondante (également max de différence) est positif Proxy=0 Proxy=Max de différence FIGURE B : schéma conceptuel du calcul du proxy ANNEXE III : Descripteurs de blooms annuels Libellé Annee Max QuinzaineMax DébutB FinB Pente DuréeB BaiedeConcarneau 2003 924000 18/06/2003 07/05/2003 02/07/2003 915550 BaiedeConcarneau 2004 1080866.67 03/06/2004 03/06/2004 23/09/2004 1076566.67 BaiedeConcarneau 2005 816950 26/03/2005 26/03/2005 16/07/2005 736950 BaiedeConcarneau 2006 4693300 23/04/2006 23/04/2006 23/04/2006 4686500 BaiedeConcarneau 2007 372200 04/06/2007 21/05/2007 04/06/2007 216400 BaiedeConcarneau 2008 112400 22/04/2008 NA NA 75200 BaiedeConcarneau 2009 1526900 02/07/2009 23/04/2009 16/07/2009 1526900 BaiedeConcarneau 2010 423000 09/04/2010 26/03/2010 10/09/2010 372300 BaiedeConcarneau 2011 486700 16/07/2011 16/07/2011 16/07/2011 472000 BaiedeConcarneau 2012 1360400 17/06/2012 11/03/2012 01/07/2012 1272000 BaiedeQuiberon 2003 75933.3333 21/05/2003 21/05/2003 02/07/2003 75833.3333 BaiedeQuiberon 2004 1200000 03/06/2004 20/05/2004 17/06/2004 545000 BaiedeQuiberon 2005 1500000 26/03/2005 26/03/2005 18/06/2005 1495500 BaiedeQuiberon 2006 255300 04/06/2006 07/05/2006 04/06/2006 247300 BaiedeQuiberon 2007 252000 04/06/2007 21/05/2007 04/06/2007 12000 BaiedeQuiberon 2008 969100 03/06/2008 20/05/2008 17/06/2008 771300 BaiedeQuiberon 2009 1328050 21/05/2009 21/05/2009 21/05/2009 1295400 BaiedeQuiberon 2010 7.00E+05 09/04/2010 09/04/2010 23/04/2010 694000 BaiedeQuiberon 2011 15200 23/04/2011 NA NA 10900 BaiedeQuiberon 2012 156800 11/03/2012 11/03/2012 11/03/2012 152800 BaiedeSeine 2003 2324000 21/05/2003 21/05/2003 21/05/2003 2315050 BaiedeSeine 2004 198800 20/05/2004 06/05/2004 17/06/2004 177700 BaiedeSeine 2005 300 29/01/2005 NA NA 250 BaiedeSeine 2006 468566.667 30/07/2006 16/07/2006 30/07/2006 400516.667 BaiedeSeine 2007 176300 02/07/2007 04/06/2007 08/10/2007 153500 BaiedeSeine 2008 488400 20/05/2008 06/05/2008 20/05/2008 412000 BaiedeSeine 2009 849000 23/04/2009 23/04/2009 23/04/2009 828100 BaiedeSeine 2010 28850 16/07/2010 29/01/2010 30/07/2010 18800 BaiedeSeine 2011 65700 13/08/2011 12/03/2011 27/08/2011 53400 BaiedeSeine 2012 575650 20/05/2012 06/05/2012 01/07/2012 350400 BaiedeStBrieuc 2003 11000 04/06/2003 23/04/2003 22/10/2003 10100 BaiedeStBrieuc 2004 8900 29/07/2004 25/03/2004 12/08/2004 8900 BaiedeStBrieuc 2005 22800 07/05/2005 26/03/2005 24/09/2005 12500 BaiedeStBrieuc 2006 36200 24/09/2006 29/01/2006 24/09/2006 26500 BaiedeStBrieuc 2007 133500 21/05/2007 07/05/2007 21/05/2007 109600 BaiedeStBrieuc 2008 111300 20/05/2008 06/05/2008 20/05/2008 76700 BaiedeStBrieuc 2009 5500 18/06/2009 29/01/2009 13/08/2009 5400 BaiedeStBrieuc 2010 5500 16/07/2010 15/01/2010 17/12/2010 5300 BaiedeStBrieuc 2011 8900 23/04/2011 01/01/2011 22/10/2011 4900 BaiedeStBrieuc 2012 5800 11/03/2012 11/03/2012 16/12/2012 5550 PertuisBreton 2003 36550 02/07/2003 23/04/2003 02/07/2003 34200 PertuisBreton 2004 41100 03/06/2004 06/05/2004 26/08/2004 27150 PertuisBreton 2005 19100 02/07/2005 21/05/2005 13/08/2005 10600 PertuisBreton 2006 120600 23/04/2006 26/02/2006 02/07/2006 119600 PertuisBreton 2007 13800 22/10/2007 26/02/2007 17/12/2007 12400 PertuisBreton 2008 13000 03/06/2008 06/05/2008 26/08/2008 10850 PertuisBreton 2009 4900 26/03/2009 01/01/2009 17/12/2009 4900 PertuisBreton 2010 606133.333 12/03/2010 12/03/2010 07/05/2010 606133.333 PertuisBreton 2011 4200 23/04/2011 29/01/2011 22/10/2011 4200 PertuisBreton 2012 0 01/01/2012 NA NA -100 RadedeBrest 2003 81100 02/07/2003 21/05/2003 30/07/2003 75500 RadedeBrest 2004 765100 20/05/2004 20/05/2004 20/05/2004 747800 RadedeBrest 2005 400 01/01/2005 NA NA 400 RadedeBrest 2006 62700 16/07/2006 23/04/2006 27/08/2006 55600 RadedeBrest 2007 645600 10/09/2007 09/04/2007 10/09/2007 408800 RadedeBrest 2008 800 12/02/2008 NA NA 800 RadedeBrest 2009 208550 04/06/2009 09/04/2009 18/06/2009 81850 RadedeBrest 2010 116600 13/08/2010 07/05/2010 08/10/2010 37700 RadedeBrest 2011 85600 07/05/2011 07/05/2011 27/08/2011 81800 RadedeBrest 2012 62300 15/07/2012 08/04/2012 09/09/2012 46100 2 4 1 1 2 0 3 6 1 1 1 3 1 1 2 3 1 2 0 1 1 4 0 2 3 2 1 1 1 3 2 2 1 1 2 2 4 2 2 3 1 5 5 1 2 4 2 1 1 0 2 1 0 2 1 0 1 8 1 1 AbCum NbBloom 1629150 1967416.67 1924250 4920188.22 3025400 150100 2953870.69 1515276.15 622950 2676488.72 163033.333 2246150 3085450 745949.015 571445.48 1393056.21 1677877.09 1104850 31900 1293226.42 2395786.51 578332.849 350 665816.667 345100 651348.831 947461.521 105351.831 249713.218 1799053.65 27900 24200 68700 92100 191039.999 179099.463 20768.2023 26900 46850 23850 73224.0441 101824.238 70837.167 252653.156 51064.2778 28509.634 34603.3031 857445.152 20200 0 188200 865350 400 162500 1145520.37 800 576750 445100 245300 251000 Proxy Toxi 2 NA NA 2 NA NA 4 4.7 1 72.6 4 37.3 0 32.5 2 12.4 3 164.2 1 33.3 3 63.3 2 0.85 1 10.6 3 37.7 3 21.9 2 37.4 1 30.2 1 38.3 2 445.9 0 57 2 29.7 1 0.48 1 48.4 0 31.7 1 0.85 3 2.2 1 0.85 1 2.1 3 1.9 4 75.1 3 287.9 4 0.15 4 0.85 4 0.85 5 2.65 1 0 1 0.85 3 0 4 0.05 5 0 5 0.45 2 0.15 2 NA NA 2 0 3 0.85 6 0.85 2 0.85 4 0.1 2 194.85 6 26.1 0 21.8 2 NA NA 1 46.5 0 12 3 4 3 180.6 0 31.7 2 11.7 2 3.2 4 6 2 0.7 0 1 1 1 1 1 1 1 0 0 1 1 1 1 1 1 1 1 0 1 1 0 0 0 0 0 1 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 1 1 1 1 0 1 1 1 0 0 0 ANNEXE IV : Résultats de l’ACP en baie de Seine On retrouve dans cette ACP les cycles saisonnier de la baie de Quiberon. La période d’incertitude autour de la contamination de 2004 empêche toute interprétation. La contamination de 2005, très tardive, n’est pas due à une efflorescence de Pseudo-nitzschia (ANNEXE2).Un enrichissement en sels nutritifs est visible, deux quatorzaines avant. Les années 2011 et 2012 sont des exemples de deux épisodes toxiques suivant des efflorescences de printemps et d’automne respectivement. ANNEXE V : Corrélogramme pour le choix des variables du modèle Les données ont été préalablement complétée avec la fonction imputePCA du package missMDA. La couleur correspond au signe de la corrélation (rouge si positif, bleu sinon), et la part du camembert ou l’intensité de la couleur correspondent à la valeur de la corrélation. Les données de sels nutritifs ne sont pas traitées ici. Les variables sont centrées et réduites à l’exception du rang et de la richesse. Les variables sélectionnées pour la modélisation sont : - La durée de l’efflorescence, qui est corrélée à la pente de fin d’efflorescence mais reflète moins les variations d’abondance entre les sites. La turbidité, qui n’est corrélée à rien L’irradiance, qui est corrélée à la température, et moins que celle-ci à la salinité. La salinité, qui, au vu des corrélations, constitue un proxy convenable. La richesse et le rang Le maximum d’efflorescence. index 2011 2011 40 BaiedeSeine 83 PertuisBreton 6 4 08/10/2011 13/08/2011 2 -0.29208117 4 -0.53128904 1 NA 1 NA NA NA NA NA 9 7.2 21.5 18.8 Baie Annee NumBloom QuinzaineMax DuréeB Anomax Toxibloom AnoSALI AnoTurb AnoTEMP Rang Richness 1 BaiedeConcarneau 2003 1 07/05/2003 2 -0.53490701 0 NA NA NA 2.5 16.5 2 BaiedeConcarneau 2003 2 18/06/2003 2 0.02378345 0 NA NA NA 1.66666667 16.3333333 3 BaiedeConcarneau 2004 1 03/06/2004 4 0.14070682 0 0.05448055 0.79197711 -0.4373758 2 23 4 BaiedeConcarneau 2004 2 23/09/2004 2 -0.56624973 0 -1.00133569 0.91157097 0.38572125 2 28 5 BaiedeConcarneau 2005 1 26/03/2005 1 -0.05600818 0 0.74025754 -0.41750275 -0.5233759 4 20 6 BaiedeConcarneau 2005 2 23/04/2005 1 -0.56930574 0 0.59591139 0.07459971 -0.43842881 NA NA 7 BaiedeConcarneau 2005 3 21/05/2005 1 -0.32844012 0 0.59552819 0.28525279 -0.07940566 1 21 8 BaiedeConcarneau 2005 4 16/07/2005 1 -0.49894301 0 0.0639355 1.61321303 -0.93303088 2 28 9 BaiedeConcarneau 2006 1 23/04/2006 1 2.83329843 1 -1.09654381 -0.25559572 -1.0546942 2.5 17.5 10 BaiedeConcarneau 2007 1 04/06/2007 2 -0.38751052 1 0.80779566 -0.43186316 -0.08466819 3 16 11 BaiedeConcarneau 2008 1 22/04/2008 1 -0.58115709 1 1.8370452 -0.55827486 -0.70254255 2 22 12 BaiedeConcarneau 2009 2 02/07/2009 2 0.47316572 1 NA NA NA NA NA 13 BaiedeConcarneau 2010 2 10/09/2010 1 -0.61931992 1 NA NA NA 1.5 21 14 BaiedeConcarneau 2011 1 16/07/2011 1 -0.3021659 1 1.3139565 -0.63393122 -0.58886514 3 23 15 BaiedeConcarneau 2012 3 17/06/2012 2 0.34906197 1 NA NA NA 2 19 ANNEXE VI: extrait du jeu de données pour le modèle: les points leviers. Les efflorescences qui influent trop sur la construction du modèle sont surlignées. Les valeurs des paramètres ne semblent pas être particulières. Annexe VII : Performances du modèle On définit : P(Ŷ = Y): “accuracy” P(Ŷ = 1 | Y = 1): “true positive rate”=”recall”=”sensitivity” P(Ŷ = 1 | Y = -1): “false positive rate” P(Y = 1 | Ŷ = 1): “precision” La valeur de l’AUC (Area Under the Curve) est de 0.77, point qui montre que le modèle parvient à ne prédire que peu de faux positifs, mais qu’il ne parvient pas non plus à en produire de vrais. La valeur de l’AUC correspond sur la courbe à un taux de vrais positifs inférieur à 20% (Figure A1), ce qui correspond à une précision autour de 70% (Figure A2). Le modèle ne se trompe pas, dans 70% des cas, quand il prédit une efflorescence toxique. 2 1 3 4 FIGURE A : Graphiques des performances du modèle Rang + Anomax :SALI Diplôme : Ingénieur agronome Spécialité : Halieutique Spécialisation/option : Ressources et écosystèmes aquatiques. Auteur(s) : Husson Bérengère Enseignant référent : Didier Gascuel Organisme d’acceuil : Ifremer Brest Adresse : BP 70 Plouzané Date de naissance 17/02/90 Maitre de stage : Annie Chapelle Nb pages : 60 Annexe(s) : 25 Année de soutenance : 2013 Titre français : Impact de conditions hydroclimatiques sur les efflorescences de Pseudonitzschia spp, la production de toxine amnésiante et la contamination des coquilles Saint Jacques Titre anglais: impact of hydrodynamics parameters on Pseudo-nitzschia spp blooms, amnesic toxic compound production and contamination of king scallops. Résumé: Pseudo-nitzschia est un genre de diatomée dont certaines espèces sont capables de produire une toxine amnésiante, l’acide domoïque, à l’origine des symptômes connu sous le nom d’ASP. Ces symptômes, troubles gastroentériques à neurologiques, apparaissent chez l’homme après l’ingestion de bivalves filtreurs qui se nourrissent de la microalgue. Le bivalve lui-même n’est pas affecté, mais le transmet à l’homme. Les conséquences sont parfois graves, c’est pourquoi les phénomènes de prolifération de ces algues et de contamination sont très suivis, en France, par le réseau REPHY, notamment. Parmi les secteurs les plus touchés, en France, la coquille Saint Jacques connait des fermetures régulières de la pêche depuis 2004. L’objectif de cette étude est de comparer et d’expliquer les épisodes toxiques, et les dynamiques de Pseudo-nitzschia pour 6 baies en fonction des paramètres environnementaux. Le Pertuis Breton et Saint Brieuc présentent de faibles abondances et peu d’évènements toxiques, tandis que Concarneau et Quiberon présentent de fortes abondances de Pseudo-nitzschia et de nombreux épisodes toxiques. La rade de Brest et la baie de Seine ont des comportements intermédiaires. Les résultats des analyses des paramètres du milieu permettent d’émettre des hypothèses sur les raisons de ces différences. Un modèle logistique a été tenté pour expliquer le caractère toxique ou non d’une efflorescence. Abstract: Pseudo-nitzschia is a genus belonging to diatoms’ class. Some of the species are able to produce domoic acid, a neurotoxin causing ASP symptoms. These symptoms, gastroenteritis and neurological disorders, appear after the consumption of shellfish that fed on Pseudo-nitzschia. The bivalve itself is not affected, but transfers the toxin to humans. As consequences may be important, blooms and contamination phenomenon are closely monitored, by the REPHY network mainly. Among the most impacted sectors, in France, king scallops’ fisheries experienced multiple closures since 2004. This study aims at comparing and explaining toxic events and Pseudo-nitzschia dynamics in six bays using environmental parameters. The Pertuis Breton and the bay of Saint Brieuc show low abundances of Pseudo-nitzschia and few toxic events, whereas Concarneau and Quiberon show high abundances and several toxic events.The bay of Brest and the bay of Seine show intermediate behaviours. Hypotheses were made given the results of environmental parameters analysis to explain these results. A logistical model has been tested to predict the toxicity of a bloom. Mots clés: phytoplancton, ASP, Coquille Saint Jacques Key words : phytoplankton, ASP, king scallop