Cinéma Le Zola
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Cinéma Le Zola
L’ÉMILE Novembre 2012 www.lezola.com le N°64 zola cinéma ION T A I SO C AS Pour le cinéma Sommaire 2-3 : Le jour des corneilles 4-5 : Tempête sous un crâne 6-7 : Amour 8-9 : Ciné-Quizz 10-11 : Astérix et Obélix 12-13 : Dans la maison 14-15 : Les enfants loups 16-17 : Top 5 Torture ! 18-19 : Toiles des Gônes 20 : Festival du Film Court L’édito Je profite de cet édito pour rectifier un erratum dans notre dernier numéro : l’inversement des noms de Noémie Lovsky et Bob Rafelson. En effet, Bob Rafelson n’a pas réalisé Camille Redouble. Cette petit coquille restée après correction me fait toujours rire. Qu’aurait pu être ce petit film sur l’adolescence dans les mains du réalisateur de Five Easy Pieces ? Difficile d’imaginer Noémie Lvolsky faire une critique acerbe des dessous sociaux et économiques des années 80 tout en ruminant son amertume (et son chewing-gum…) entre deux gloussements dans les couloirs d’un bahut. Mais ne soyons pas mauvaise langue car ce mois de novembre n’est qu’amour ! L’amour maternel (Les enfants loups), l’amour « de la scène » (Stella, femme libre), l’amour « à la vie à la mort » (Amour), les cœurs se réchauffent sous le ciel glacé villeurbannais… Ce mois-ci au Zola va se créer un microclimat favorable aux cinéphiles, de par sa programmation variée, comme à son habitude, mais également grâce au Festival du Film Court qui aura lieu du 16 au 25 novembre, de quoi faire les réserves de courts-métrages pour tout l’hiver ! 22 : Programme du mois 24 : Le mot d’Émile LE JOUR DES CORNEILLES Au pays des Courge A u cœur de la grande forêt, peuplée de bêtes sauvages, vit un jeune sauvageon de dix ans : le Fils Courge. Il est élevé par son père, un sévère colosse à la barbe géante, grand chasseur et mangeur de chair fraîche, qui lui a toujours dit que le monde s’arrêtait à la lisière de la forêt. Par Pierra Dupuy s’aguerrir. C’est pourquoi le scénariste se doit de planter un décor et des péripéties qui obligent à quitter un microcosme confortable : Le Fils Courge devra trouver secours pour son père Courge blessé. Vus, revus, relus, explorés, défrichés maintes et maintes fois, les thèmes de Le Jour des corneilles sont ici mis en images, en couleurs, en paroles par Jean-Christophe Dessaint. L’enfant sauvage qui vit hors du temps, de la modernité, élevé par un père bourru et qui devra surmonter l’interdit, se confronter à l’Inconnu, prendre conscience que celui-ci n’est peut-être pas si nuisible… La littérature, le cinéma, le spectacle vivant... se sont tous, et très fréquemment, emparés de ces figures car elles sont simplement au cœur de la vie. Faut-il rester cloîtré dans ce que l’on connait ? Doiton se confronter au monde ? Et pour quelles raisons ? Évidemment, ce sont les oppositions, les découvertes, les épreuves qui font mûrir, grandir, 2 L’adaptation du roman Le Jour des corneilles de Jean -François Beauchemin marque quelques particularités, en ce domaine rebattu. D’une œuvre introspective et adulte, la scénariste Amandine Taffin a décidé de faire un film pour enfants. Ceci implique de rebattre certaines cartes. Le choix de l’animation oblige permet également de créer un univers graphique, des L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma AU PROGRAMME de Jean-Christophe Dessaint personnages plus ou moins réalistes. La richesse de Le Jour des corneilles se retrouve dans ces créations : traitement quasi impressionniste de l’image, mise en lumière soignée, matérialisation et intégration de l’imaginaire de l’enfant… Le père peut alors ressembler à un ogre, le fils peut se déplacer comme un animal, et la forêt sembler bien plus magique, terrifiante, immense etc. que si l’univers avait été traité de manière réaliste, avec des comédiens. Comme Le Magasin des suicides, Le Jour des corneilles est une démonstration que l’animation apporte des richesses, des finesses que la prise de vue réelle ne permet pas. Le dessin animé n’est pas réservé à l’enfant, mais il permet de nourrir un imaginaire qu’adultes et enfants ont désormais beaucoup trop tendance à oublier, écarter. Le Jour des corneilles démontre que la vie n’est pas heureuse, n’est pas triste non plus, mais qu’elle est riche et pleine d’aventures. Quel que soit l’âge, le regard sur une œuvre, sur le monde, doit être curieux, attentif et chacun pourra alors constater que corbeaux et corneilles ne sont pas que des « oiseaux de malheur ». Le jour des corneilles (France, 2012 — 1h36) Scénario : Amandine Taffin, Jean-François Beauchemin Réalisation : Jean-Christophe Dessaint Avec les voix de: Lorànt Deutsch, Jean Reno, Claude Chabrol, Isabelle Carré. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 3 TEMPÊTE SOUS UN CRÂNE Entres les murs, il y a de l’espoir. L e film commence dans une classe de français, Alice, enseigne à ses élèves Les Misérables de Victor Hugo dont le deuxième tome s’intitule : Tempête sous un crâne. Clin d’œil donc à ce grand écrivain et homme politique du siècle des lumières, mais le choix du titre ne s’arrête cependant pas là. Tempête sous un crâne fait aussi référence à la métaphore de la tempête qu’il peut y avoir dans la tête des profs, des élèves et aussi des parents d’élèves. En ces périodes troublés ou les faits divers désastreux relayés par les médias noircissent l’image de l’enseignement, nous accueillons ce film avec beaucoup d’espoir. Et de l’espoir il nous en donne. Nous sommes plongés au cœur du collège Joséphine Baker de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, ou nous suivons la classe de 4ème C à travers deux de leurs professeurs, une de lettre modernes, Alice et l’autre d’Arts plastique, Isabelle. Deux pédagogies différentes mais liées par ce même désir de transmettre un savoir à des élèves parfois (souvent ?) en difficultés. Comment leur donner le goût d’apprendre et de vivre en communauté reste le principal objectif de nos deux protagonistes. 4 Par Marion Martin Clara Bouffartigue issue de trois générations d’enseignants, échappe à l’enseignement par le biais du cinéma, résolument documentaire. Elle signe ici son deuxième long métrage sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. Pourtant nous pouvons faire un parallèle entre l’école et le cinéma : la transmission d’un savoir. D’un côté, le langage littéraire et d’un autre, le langage plastique, deux caractéristiques utilisées dans le cinéma. Des ponts sont donc possibles entre enseignantes et réalisatrice. Plus qu’un portrait d’enseignants ou d’élèves, ce documentaire nous propose de réhabiliter le travail du L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma AU PROGRAMME de Clara Bouffartigue corps enseignant, lui redonner une image positive et de confiance que beaucoup semblent avoir perdu. La réalisatrice réussit à capter sur le vif des fragments de vie, des instants de complicité, de colère et de patience. Les personnes peuvent être tour à tour agaçantes, touchantes et drôles mais ils ne sont jamais jugés ni par la réalisatrice ni par les enseignants qui, au contraire, cherchent tou- jours l’origine de leurs problèmes afin de les aider. Le brouhaha de la tempête formée par la foule d’élèves est suivi du silence et des bruissements d‘arbres sur des images de récréations et de couloirs : un calme avant (ou après) la tempête ? Alors que le cadrage se doit d’être souple pour saisir la vie de la classe, ce sont des plans fixes qui observent les architectures, les volumes, les reflets. Le collège est incarné, il prend corps. Ce grand bâtiment est un refuge pour certains, un enfer pour d’autres mais surtout un lieu de ren- contres et de transmissions. Le film donne à voir l'invisible de la relation pédagogique, ce qui se passe dans l'acte d'enseigner et de transmettre, à travers le quotidien d'une équipe éducative soudée : principale, surveillants et professeurs font front commun face à certains élèves « perturbateurs ». Nous admirons le sang froid de ces professeurs quelquefois confrontés à l’indifférence et l’agitation de certains élèves, sans jamais crier ou baisser les bras, ils font preuve d’une grande patience qui paie par de très beaux rendus en fin d’année. Nous pouvons bien sûr questionner la légitimité de ce documentaire lorsque l’on sait que la présence de la caméra viens inévitablement modifier les comportements. Toutefois c’est par un long travail d’immersion (une année) dans cette classe, que la réalisatrice a réussie à se faire accepter et oublier, donc à éviter d’être un élément perturbateur. Un documentaire instinctif, dans « l’urgence » d’une mise en scène pas toujours contrôlée. Une vraie écriture documentaire qui passe par un point de vue très personnel de la réalisatrice, qui, plutôt que de longs discours a préféré le langage ciné- matographique pour s’exprimer sur la situation. Tempête sous un crâne (France, 2012 — 1h48) Réalisation : Clara Bouffartigue Avec : Isabelle Soubaingé, Alice Henry. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 5 AMOUR Amour, mon coup de coeur cannois C ertaines mauvaises langues diront que Haneke a définitivement les faveurs du Festival de Cannes. Après le Grand Prix en 2001 pour La Pianiste, le Prix de La Mise en Scène en 2005 pour Caché et 3 ans après Le Ruban Blanc, Michael Haneke remporte à nouveau la célèbre Palme d’Or avec Amour, un film à la fois touchant et bouleversant sur un couple d’octogénaires confronté à la maladie et à la fin de vie. Si le reste du palmarès a plutôt divisé et suscité quelques critiques, Amour, lui, n’a pas volé sa Palme et reste LE film de cette 65ème Edition mais aussi LE film de l'année. Un des films les plus forts, ayant même suscité selon Nanni Moretti « la plus grande émotion » au sein du jury. Elu à l’unanimité, le film aurait également mérité selon son président un Prix d’Interprétation si du moins le règlement l’avait permis, celui-ci interdisant à tout film palmé de recevoir d’autres récompenses. Si le film marque le retour à Cannes de Michael Haneke, en compétition pour la dixième fois, il signe aussi et surtout le grand retour de deux acteurs de légende ; Jean-Louis Trintignant, 81 ans, absent du grand écran depuis plus de 10 ans, et qui revient dans le rôle poignant de Georges, mari amoureux et dévoué face à sa moitié qui perd peu à peu la mémoire. 6 Par Lorraine Lambinet À ses côtés Emmanuelle Riva, 85 ans, inoubliable interprète de Hiroshima Mon Amour de Resnais, incarne Anne victime d'un accident vasculaire cérébral, réduite progressivement à une dépendance totale. Cette année encore, le grand habitué de Cannes frappe fort avec un film magnifique et ce malgré un sujet difficile. Amour est un huis-clos qui nous plonge dans le quotidien de ce couple, prisonnier de leur appartement (comme un tombeau) touché par la maladie, l’agonie, la dépression, les délires, la mort qui guette... Tel un tabou, propre à nos sociétés occidentales et à la tyrannie du jeunisme, force est de constater que peu de cinéastes abordent vraiment le thème de L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma AU PROGRAMME de Michael Haneke la vieillesse ou de la mort au cinéma. Les personnes âgées restent ainsi plutôt à l’écart du grand écran comme s’il y avait une sorte de déni de la part de cet art voué essentiellement au glamour. Image trop douloureuse, peut-être, notre cinéma européen occulte une image considérée comme peu montrable. La maladie d’Alzheimer, pourtant réalité sociale, reste absente du grand écran. S’il n’est pas de très bon ton de montrer des personnes vieillissantes à l'écran, Haneke franchit le pas et ose. Trintignant et Riva, deux acteurs connus du public depuis leur jeunesse, participent de l'universalité du sujet. Amour n’est certes pas un film facile, c’est même un film qui pourra en déranger certains, en faire pleurer d'autres, abordant de front ces thèmes plutôt tabous que sont la vieillesse, la déchéance ou la mort. Mais rappelons-le, la tradition de Cannes n'est-elle pas de présenter des œuvres qui font débat? Certes, d’emblée, personne n’a vraiment envie de voir un film comme Amour, un film sur la mort et la vieillesse signé par le maître de la violence, mais pourquoi s’infliger ça, me direz-vous? Tout simplement parce que ce film est un chef d'œuvre, une ode à l'amour qui ne vous laissera pas indiffèrent et qui réussit, sans jamais aucun pathos, voyeurisme ou complaisance, à aborder la vieillesse dans ce qu’elle a de plus laid mais de plus beau aussi, lorsque l’Amour et la Mort ne font plus qu’un. La musique joue ici un rôle capital comme dans la plupart des films du cinéaste autrichien (voir La Pianiste). Georges et Anne, unis pour le meilleur et pour le pire, partagent une passion commune pour la musique. Ici, de manière très symbolique, elle représente la Vie. Le film (construit à la manière d'un morceau de musique) débute avec elle, par un concert de musique classique (un long plan -séquence) auquel assiste ce couple d'octogénaires, professeurs de musique à la retraite, venus applaudir l'un de leurs anciens élèves. Alexandre Tharaud, le célèbre pianiste français, y joue son propre rôle et interprète Schubert ou Beethoven que vous n'écouterez certainement plus de la même manière après ce film. Lorsqu’Anne se retrouve en chaise roulante, privée d'une partie de son corps, c'est la musique et le pianiste qui viennent à elle, chez elle. Après la musique, il y a les silences. Quand Anne ordonne à Georges de couper la musique, elle exprime son désir de ne plus vivre. La musique laisse alors la place au silence et à la mort. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma Ce film marque clairement une rupture dans la carrière du cinéaste autrichien qui signe ici un film pudique, délicat, sensible et (pour une fois) nous épargne toute cruauté, perversité ou autre manipulation. Dur, c'est ce à quoi l'on pourrait s'attendre quand on va voir un film de Haneke. N'en déplaise à ses détracteurs, Amour est un film qui vous frappe droit au cœur, certainement son film le plus émouvant, à la fois utile et humaniste qui pose des questions multiples et qui alimentera à coup sûr de nombreux débats de société. Ce film participe de ces films (trop) rares qui vous enthousiasment et vous poursuivront longtemps encore. On en ressort apaisé, mieux, comme suspendu... Cette année à Cannes, c'est l'amour et rien que l'amour, celui avec un grand A, dans ce qu'il a de plus pur, qui l'aura emporté sur tout le reste. Amour (France, 2012 — 2h07) Réalisation : Michael Haneke Avec : Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert... 7 CINÉ-QUIZZ L’Amour à juste titre – le Quizz 100% français qui parle d’amour 1. Le point commun entre Les Heures de l’amour, Hiroshima mon amour et Amour ? 2. Comment s’appelle le film de Philippe Garrel dans lequel a joué Jean-Pierre Léaud en 1993 ? A. Les Crimes de l’amour C. Les Enfants de l’amour B. La Naissance de l’amour 3. Comment s’appelle le film de Pascal Thomas (2009) avec Marina Hands, Julien Doré et Guillaume Gallienne ? A. L’Amour est notre affaire B. Associés pour l’amour C. Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour... 4. Elle a participé au scénario de L’Amour en fuite (réalisé en 1979 par François Truffaut) : A. Marie-France Pisier B. Dorothée C. Claude Jade 5. Je vous dis : FIFA et cinéma ? (oubliez la Fédération Internationale de Football Association), que signifie ce sigle ? A. Festival International du Film d'Amour C. Festival International du Film d’Aubagne B. Festival . International du Film sur L’art 6. Qui a réalisé Un amour de jeunesse en 2011 avec Lola Creton ? A. Mia Hansen-Love B. Mia Hansen-Love C. Emily Noend-Love 8 L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 7. Qui a composé les chansons du film Les Chansons d’amour ? A. Alex Beaupain C. Vincent B. Miossec Delerm CINE QUIZZ 8. Associez le film à son réalisateur : 1. Les Jeux de l’amour A. Jacques Deray 2. L’Amour violé B. Josiane Balasko 3. Maladie d’amour C. Yannick Bellon 4. Un grand cri d’amour D. Philippe de Broca 9. Pour Beigbeder (auteur et réalisateur), L’amour dure : A. Trois ans B. Toujours C. Trois mois D. Gainsbourg, Vie Héroïque. 10. Dans Eloge de l’amour (Jean-Luc Godard, 2001), qui joue Edgar ? A. Robin Renucci C. Bruno Putzulu B. Bruno Todeschini 11. La Française et l’amour est un film collectif français, composé de 7 sketches (L’Enfance, l’Adolescence, La Virginité, Le Mariage, L’Adultère, Le Divorce et La Femme seule) réalisés par 7 réalisateurs français. Il est sorti en... A. 1950 B. 1960 C. 1970 Réponses: 1 Emmanuelle Riva, 2b, 3c, 4a, 5abc, 6a, 7a, 8 1d-2c-3a-4b, 9a, 10c, 11b. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 9 ASTERIX ET OBELIX, AU SERVICE DE SA MAJESTE Les Flambys au pays de la jelly A près quatre ans de chômage technique, nos deux intrépides Gaulois sont de retour, prêts à en découdre avec l’envahisseur romain toujours le même-…mais rien à faire, il a toujours pas compris et c’est pas encore demain la veille que César s’installera en Egypte avec Cléopâtre pour se lancer dans la culture bio du papyrus. Sa nouvelle cible : Brittania, « Grande-Bretagne » pour les intimes. Des blocs de granite, à l’heure du rituel de l’eau chaude à boire dans une tasse, la Reine Cordelia, elle apprécie moyen moyen, dans son salon décoré avec goût. Et on la comprend, c’est un peu comme trouver dans une salade de carottes râpées, un gros bout d’ongle. Votre mère aura beau avoir mis tout son amour dans la réalisation de ce plat, c’est pas gustativement folichon… À Jolitorax, serviteur de sa majesté, donc, d’aller demander de l’aide aux utilisateurs de « la magique potion » au village des irréductibles. Sauf qu’Astérix et Obélix, pour arrondir leur fin de mois, doivent déjà tanner la couenne de Goudurix, un petit gars de Lutèce, boulet sur les bords, pour qu’il devienne un homme. Tant bien que mal, ils acceptent le cumul. Obélix attache Idéfix à un arbre en bordure d’autoroute et, hop, c’est parti pour une petite traversée de la Manche à la rame pour Astérix, Obélix, Goudurix, 10 Par Corinne Berthier Jolitorax et un bon gros tonneau de potion magique bien fraîche…et un passager clandestin. Le sort des Romains pourrait déjà être scellé à ce moment-là sauf que non : Astérix et Obélix sont pas des machines et ça leur arrive d’être complètement à côté de la plaque et, surtout, faut bien que le film dure au minimum une heure et demie… Ce nouvel opus filmé en 3D, s’inspire de deux tomes de la bande dessinée d’Uderzo et Goscinny : Astérix chez les Bretons et Astérix chez les Normands. Laurent Tirard, comme ses prédécesseurs, y ajoute sa goutte de sauce à la menthe de références contemporaines. L’adaptation des deux récits est bien respectée. Au spectateur ensuite de sauter de clin d’œil en clin d’œil. Tout commence par un générique à la « James Bond ». Après, qui voudra, verra des hommages plus ou moins marqués à des films comme Sacré Graal des Monty Python, Orange mécanique de Stanley Kubrick, La guerre des étoiles de Georges Lucas (…) et le personnage interprété par Valérie Lemercier n’at-il pas des faux airs d’Alice Sapritch dans la Folie des grandeurs de Oury ? L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma Aucune ombre à signaler dans ce casting bien fourni. L’Astérix version Christian Clavier pouvait être antipathique, Edouard Baer lui redonne son caractère bonhomme et jovial originel, même si parfois, des mots acerbes fusent envers son collègue. Gérard Depardieu se fond dans cet Obélix toujours plus gros et aviné et que dire de ce Jules César grandiloquent que Fabrice Luchini, au meilleur de sa forme, récupère des mains d’Alain Delon? Vincent Lacoste, quant à lui, après Les beaux gosses de Riad Sattouf et le tout récent Camille redouble, continue son itinéraire d’ado tête à claques drolatique. Vous pourrez aussi trépigner à chaque apparition des BB Brunes qui tels Les Beatles ou André Rieux enflamment les foules bretonnes. Une bonne tondeuse électrique et pas mal de crème dépilatoire vous seront nécessaires pour mettre à nu la tripotée de comédiens français ayant participé à ce long-métrage. Bien entendu, le choc culturel est omniprésent et souvent cocasse. L’accent, la bienséance et les coutumes alimentaires anglaises donneront bien du fil à retordre à nos protagonistes qui sortiront grandis de tant d’épreuves et dépassement de soi. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma La question de la relation amicale bizarrement fusionnelle entre Astérix et Obélix est enfin abordée et servira de fil conducteur à une bonne partie du film ! Astérix et Obélix : au service de Sa Majesté : un joyeux divertissement à conseiller à tous ceux qui sont tombés petits dans la marmite de la BD…Et pourquoi pas à Lance Armstrong aussi… Asterix et Obélix... (France, 2012 — 1h49) Scénario : Grégoire Vigneron, Goscinny & Uderzo Réalisation : Laurent Tirard Musique : Klaus Badelt Avec : Gérard Depardieu, Edouard Baer, Guillaume Gallienne, Vincent Lacoste 11 AU PROGRAMME de Laurent Tirard DANS LA MAISON Un thriller efficace, envoutant et jubilatoire F rançois Ozon est assurément l´un des cinéastes les plus prolifiques du cinéma français passant avec aisance d´un registre à l'autre tout en se renouvelant à chacun de ses films. Après Potiche sa comédie très seventies sortie en 2010, François Ozon revient avec Dans la maison, un thriller trouble, mystérieux et fascinant, digne des plus grands films hitchcockiens... mais sans oublier ce petit zeste de perversité devenu aujourd'hui sa marque de fabrique. Il est sans aucun doute l’un des cinéastes qui aime le plus les femmes, de Catherine Deneuve (Potiche) à Charlotte Rampling (Sous le sable) en passant par Isabelle Carré (Le refuge) Valeria Bruni Tedeschi (5x2) Emmanuelle Béart ou Isabelle Huppert (8 femmes), toute la fine fleur du cinéma français féminin est passée devant sa caméra. S’il aime les femmes, son cinéma considère très peu les hommes, on lui reproche souvent de les renier. Dans la maison est son exception et réunit, pour la première fois, un casting composé principalement d'interprètes masculins. Ozon, l'homme qui aimait les femmes, offre ici, deux très beaux rôles à Fabrice Luchini et à un tout jeune acteur, Ernst Umhauer, la grande révélation du film. Ils forment ici un couple plutôt inattendu voire inédit au cinéma, celui d'un pro12 Par Lorraine Lambinet fesseur et de son élève dont le lien n'est pas sans évoquer la relation fascinante et dérangeante qu'entretiennent les deux personnages féminins, Sarah Morton, l'écrivain rigide et frustrée en panne d'inspiration (Charlotte Rampling) face à la jeune et sensuelle, Julie (Ludivine Sagnier) dans Swimming Pool sorti en 2003. Le premier est Germain (Fabrice Luchini), un professeur de français, amoureux de littérature mais écrivain raté, un brin névrosé et dépressif. Face à lui, Claude (Ernst Umhauer) un élève au visage d´ange, assis au dernier rang, inquiétant et mystérieux, une sorte de Rimbaud, un peu pervers... Dans le rôle de l'élève, le film révèle le jeune Ernst Umhauer dont c'est ici le premier rôle. Un rôle important qui aurait pu être périlleux pour l'acteur alors âgé de 21 ans et qui incarne ici un adolescent de 16 ans. Comme Swimming Pool, Dans la maison est une réflexion sur le processus de création et d'écriture. Il ne ressemble à rien de ce que l’on pourrait attendre d’un film policier au sens propre du terme : pas de meurtre, ni d’intrigues complexes, pourtant, il réussit à mener un véritable suspense autour de la relation trouble entre le maître et son élève. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma AU PROGRAMME de François Ozon Tout débute par un simple exercice de rédaction où Claude évoque son week-end passé avec un camarade de classe, Raphaël. Alors que le professeur pense naïvement aider l’enfant à révéler ses talents d’écritures, une relation complexe se noue entre lui et son élève. L'exercice va vite se révéler plus dangereux qu'il n’en a l'air et Claude va prendre un peu trop à la lettre le conseil de son professeur : "s'approcher au plus près de ses personnages" allant jusqu’à épier et s’immiscer dans la vie de famille de Raphaël. Comme dans bon nombre de films d’Ozon, on retrouve ce personnage perturbateur et destructeur de la cellule familiale. Swimming pool, Dans la maison sont des films qui abordent la notion du « regard » ; comment un regard peut transformer quelqu’un et générer un fantasme jusqu'à l’obsession. Ozon parvient à rendre passionnante et extraordinaire la « normalité » par sa mise en scène. Le spectateur est, comme Germain, littéralement embarqué dans cette aventure racontée par Claude où se mêlent la réalité et l'imagination débordante de son jeune auteur. Ozon aime jouer au chat et à la souris avec ses spectateurs qu’il convie à ce jeu de dupes d’une gentille perversité et dans lequel il joue sans cesse à brouiller les pistes entre fantasme et réalité.... C'est envoûtant, efficace, jubilatoire et ludique à la fois! Dans la maison est un film fascinant intriguant qui prouve qu'en France, on peut aussi réaliser un bon thriller psychologique original et sans effets spéciaux. Soutenu admirablement par ses deux comédiens, Dans la maison n'était pas encore sorti en France qu'il triomphait déjà à l'étranger où il remporta bon nombre de prix (prix de la critique au Festival de Toronto ; prix du jury et meilleur scénario au Festival de San Sebastian). François Ozon marque son grand retour avec son meilleur film depuis 10 ans et ne faillit pas à sa réputation d´enfant terrible du cinéma, rarement gentil, souvent mordant, un peu cruel… Autant dire que, en entrant Dans la maison, vous serez servis ! Dans la maison (France, 2012 — 1h45) Scénario : François Ozon Réalisation : François Ozon Musique Philippe Rombi Avec : Fabrice Luchini, Ernst Umhauer et Kristin Scott Thomas. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 13 LES ENFANTS LOUPS, AME & YUKI Femmes et enfants d’abord ! Par Charles Lemaitre Avec Hana, la mère, Hosoda développe un thème qui lui semble cher et qu'il avait abordé dans ses films précédents: la difficulté d'être femme. Il déclarait, dans une interview accordée à Mad Movies en septembre 2012: "[…] j'ai toujours trouvé que la vie d'un personnage féminin était beaucoup plus cinématographique que celle d'un homme. Les femmes ont en effet beaucoup plus de moments dans leur vie où elles doivent faire des choix décisifs: vont-elles se marier, avoir des enfants, continuer à travailler? Pour les hommes, il n'y a pas tous ces choix à faire, les choses sont bien plus linéaires […]." A me et Yuki, deux enfants loups, sont élevés en toute discrétion par leur maman au cœur de la grande ville. Mais la vie est difficile, et pour garder ce secret tous trois partent s'isoler à la campagne. Chacun devra alors s'adapter à cette nouvelle vie et choisir, le moment venu, l'existence qui lui convient le mieux. Comment parler du dernier dessin animé de Mamoru Hosoda? Dois-je m'adresser aux gônes ou aux adultes ? Aux parents ou aux enfants? Lesquels entraîneront les autres découvrir Ame et Yuki? C'est difficile tant le film mélange des sensibilités et des interrogations propres à chacun des spectateurs, à partir de 8-9 ans ! Le dessin donne tout d'abord à ce film le ton du conte. Passant des paysages urbains gris et rectilignes au foisonnement verdoyant de la campagne japonaise, il permet d'opposer deux philosophies, deux styles de vie d'un côté social, de l'autre écologique. L'animation, tantôt très recherchée et mêlant 2d traditionnelle, 3D ou rotoscopie, tantôt stylisée à l'extrême (une course dans la neige étant traitée en simples à-plat bleus et blancs) est constamment au service de l'émotion sans rechercher les effets gratuits. Au contraire, cette modestie recentre toujours la scène sur les personnages, rehaussant une sensation de solitude dans un parking ou l'ivresse d'une cavalcade en montagne, et permet mine de rien d'aborder avec facilité quantité de thèmes universels. La femme, l'éducation, le respect, la différence, l'apprentissage, tout s'entremêle habilement dans ce portrait en parallèle d'une mère et de ses enfants. Ainsi, dans la traversée du temps (2006), l'héroïne était une adolescente écervelée découvrant les responsabilités et les sentiments. Dans Summer Wars (2009), c'étaient les portraits d'une jeune fille à la recherche de sa personnalité dans une famille élargie et d'une matriarche, descendant de la noblesse samouraï, qui endossait le rôle de guide propre aux aînés pour organiser la résistance face à une menace technologique. Dans les enfants loups, Hosoda adopte le point de vue d'une jeune mère de famille, désemparée par l'exubérance et les caractères si différents de ses enfants: comment deviner leurs besoins, les protéger, choisir ce qui est le meilleur pour eux et comment, surtout, les aider à grandir? Loin de la conclusion habituelle des contes pour petits et grands, qui veut qu'à la fin les héros accèdent à un bonheur sinon conjugal, du moins personnel, Les enfants loups Ame et Yuki nous rappelle que le simple fait de permettre à ceux que l'on aime de choisir leur destinée est la plus grande des réussites, comme le plus difficile des renoncements… Les enfants loups, Ame & Yuki (Japon, 2012) Scénario : Mamoru Hosoda, Satoko Okudera Réalisation : Mamoru Hosoda Musique : Masakatsu Takagi Pour Ame et Yuki d’abord : c'est la découverte du Monde, de deux mondes, chacun à la fois séduisant et effrayant. Celui des Hommes, avec les voisins, l'école et les camarades; et celui des loups, avec la nature, l'instinct et la solitude. 14 L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma Petit panorama de l’animation japonaise (à l’usage de ceux qui se sont arrêtés à Goldorak) A la fin des années 1970, la télévision découvrait Goldorak robot géant sans cesse en lutte contre de monstrueux envahisseurs. Le choc ne laissa personne indifférent. Les enfants en raffolaient, les adultes méprisaient. C’était le premier contact du grand public avec l’animation japonaise, et ce nouveau style, économe et grossier, bouleversait notre idée du dessin animé. voisin Totoro (1988), Princesse Mononoke (1997) et surtout Le voyage de Chihiro (ours d’or au festival de Berlin 2002 et Oscar du meilleur film d’animation en 2003) ; Isao Takahata revisitant via deux orphelins un Japon dévasté dans le tombeau des lucioles (1988) ou racontant les déboires d’une famille de japonais typiques dans mes voisins les Yamada (1999)… Hiroyuki Morita et son royaume des chats(2002). Quand, chez Walt Disney, les animateurs inséraient 24 images dans une seconde, la Toeï n’en utilisait que 12. Quand la petite taupe évoluait dans des décors foisonnant de papier découpé, les paysages de Candy ne comprenaient que quelques lignes gouachées et criardes… Nous ne savions pas si ce que nous découvrions était le haut du panier, ou bien des productions commerciales destinées à inonder le marché occidental à l’heure où notre modèle économique élevait l’enfant au rôle de consommateur. Sur l’autre voie, Mamoru Oshii adapte Ghost in the shell (1995) et plonge ses héros mi-humains mimachines dans des abîmes philosophiques et existentiels, Shin’shiro Watanabe transpose l’ambiance des polars américains seventies dans Cowboy bebop (2001)… Katsuhiro Otomo reconstruit un univers uchronique et steampunk dans Steamboy (2004)… L’animation japonaise, « l’anime », pourtant, était née quelques décennies auparavant. Découlant directement du manga (bande dessinée), lui même successeur de la tradition des estampes, l’anime remonte aux années 1950-1960. A cette époque, le japon occupé découvrait Hollywood et les comics. Pour gagner sa vie, un certain Osamu Tesuka dessinait des histoires dans des périodiques en noir et blanc. Ainsi naissaient Leo, le roi des animaux, Astro boy le robot, la princesse Saphir… Devant le succès de ses histoires, Tezuka, admirateur du travail de Walt Disney, crée les studios Mushi et pose les bases d’une école japonaise du dessin animé qui, bien que fortement inspirée du modèle américain, prend très vite son indépendance. Accompagnant le miracle économique, manga et animation prennent de l’ampleur et de l’assurance. Toujours perméables, les deux arts s’alimentent l’un l’autre, échangeant styles, auteurs et personnages. De notre coté nous ne retenions que Goldorak. Deux auteurs, initialement mangakas, allaient radicalement changer notre vision des choses dans les années 1990. Une route à deux voies Adaptant pour le cinéma son manga fleuve, Katsuhiro Otomo livrait en 1988 avec Akira une œuvre violente, rythmée, techniquement et esthétiquement éblouissante. Tout de suite salué par les fans de science fiction pure et dure, Akira ouvrait la voie à l’anticipation pour les grands, version dessin animé. Aux antipodes de cet univers, un cochon aux manettes d’un hydravion rouge se posait sur nos écrans. Hayao Miyazaki et Porco Rosso (1992) arrivaient en France. On découvrait une profondeur, une sensibilité, un sens du récit et de la mise en scène insoupçonnés. La route à deux voies était ouverte. D’un coté les œuvres poétiques et humanistes des studios Ghibli, Miyazaki en tête avec Nausicaa (1984), Mon L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma Enfants, adolescents et adultes se retrouvent dans les files d’attente, chacun puisant, outre le plaisir du spectacle dessiné, le message qui lui est réservé. L’énumération pourrait se prolonger longtemps, deux auteurs cependant méritent encore votre attention, car ils font, sinon la synthèse, du moins la jonction entre ces deux tendances. Satoshi Kon, qui s’attachait à mêler fantasmes et réalité dans des récits qui tenaient tantôt de Frank Capra (Tokyo Godfathers, 2003), tantôt de Philip K ; Dick (Perfect blue, 1997, Paprika, 2006). Enfin, Mamoru Hosoda, qui, dans trois animes La traversée du temps, Summer wars et aujourd’hui Les enfants loups Ame et Yuki, développe les thèmes de l’apprentissage, de l’enfance et de la femme au travers de récits qu’on ne saurait qualifier uniquement de contes, de science fiction ou de fantastique. Des thèmes universels Bien sûr, tous ces films ne se valent pas, et c’est bien la preuve que l’animation japonaise s’est fait une place dans le cœur des cinéphiles. Les thèmes qu’abordent les animes sont universels. Pourtant il est rare de les trouver déclinés avec profondeur et finesse. L’apprentissage, le respect des autres, la guerre, la menace technologique, la nature, l’amitié, le sentiment d’humanité sont les principales réflexions que nous proposent les animes. Et il est rare de trouver, dans ces films d’auteur, l’incarnation d’un mal ou d’un bien absolu. Tout est question d’équilibre, de point de vue, de cohabitation. Co-exister avec la nature, avec ceux qui nous sont différents. Il n’est plus question aujourd’hui de jeter un regard méprisant sur un générique en kanji, ou de réduire un genre cinématographique à une chorégraphie de robots karatékas. L’anime inspire les auteurs hexagonaux, américains, russes. L‘anime se copie, jusque chez Disney (comparez Leo et Le roi lion, Le château dans le ciel et Atlantide). 15 AU PROGRAMME de Mamoru Hosoda TOP 5 DES MEILLEURS FILMS DE… TORTURE Torture moi si tu peux ! Par Mélany Trouillet P our inaugurer cette nouvelle rubrique, je vous propose un top 5 des meilleurs films de torture, et oui belle inauguration n’est ce pas ! Alors pourquoi ce thème ? Non, non je ne cache pas de tendances sado maso ou psychotiques mais je me suis dis : « tiens Halloween vient juste de passer alors faisons un top 5 d’actualité ». Mais c’est aussi un prétexte pour aborder le genre horrifique et notamment les films de torture qui ont connu une très grande expansion, un intérêt grandissant et des afficionados de plus en plus nombreux, en témoignent les suites interminables de Saw qui font toujours plus d’entrées, ils ont même osé le Saw 6, pour vous dire ! Mais pourquoi cet intérêt ? La société deviendrait-elle de plus en plus perverse ? Je vous laisse à vos méditations, mon top 5 ne sera pas un essai philosophique sur le voyeurisme et la décadence du monde que certains voient dans ces films mais simplement quelques pistes pour entrer dans ce genre en toute sérénité. Les films de torture, il en est tellement sorti ces dernières années qu’il est en effet difficile de distinguer les navets du vrai film qui remue ‘’les tripes’’. Que ce soit pour les petits nouveaux qui voudraient s’essayer à ces pratiques cinématographiques ou que vous ayez ratez halloween et qu’une petite séance de rattrapage s’impose : voici un top 5 totalement subjectif mais estampillé d’une expérience sur le terrain des meilleurs films de torture qui vous donnera peut être envie de vous plonger dans cet univers. Cœurs sensibles s’abstenir ! Avant de commencer les hostilités, un peu d’histoire tout de même : Le film de torture plus communément appelé ‘’torture porn’’ est un sous genre du cinéma d’horreur. Le terme est apparu en 2006 sous la plume du critique David Edelstein pour le New York Magazine en référence au premier Saw mais l’origine des ‘’torture porn’’ remonte bien avant les années 2000. C’est au cœur des années 1970 avec notamment Salo ou les 120 jours de Sodome de Pier Paolo Pasolini qu’il faut trouver l’embryon du ‘’torture porn’’ moderne. Le ‘’torture porn’’ défini en 3 points : 1. La torture est le sujet même du film et est gratuit(on ne torture pas pour obtenir des aveux mais par plaisir). 2. Des adolescents ou jeunes adultes d’une trentaine d’années maximum (qui s’en sortent très rarement) sont à la merci d’un ou de plusieurs sadiques. 3. Des tortures ultra réalistes loin du grand guignolesque de certains films d’horreur. 16 5ème position : Grotesque (de Koji Shiraishi, 2009, Japon) L’histoire : Un couple de jeunes asiatiques est kidnappé alors qu'il marchait dans la rue. A leur réveil, ils se retrouvent ligotés sur des tables d'opérations, l'un face à l'autre, en présence d'un troisième homme, qui se révèle rapidement être un bourreau sadique. Dans l'impossibilité de fuir, les amants se voient contraints de subir les pires tortures... Pourquoi s’infliger ce film : Parce que pour les novices, c’est une belle entrée en matière. Le scénario et le traitement sont classiques mais des scènes humoristiques viennent jalonner le film notamment la scène finale (surtout si vous regardez le film en VF). Il y a plusieurs tons et c’est cela qui est sympathique (du gore, du dramatique, de l’humoristique). De plus, la psychologie des personnages est traitée de manière originale par une série de rêves. Il faut cependant avoir le cœur bien accroché pour certaines scènes peu ragoutantes, c’est de l’ultra gore (le film est interdit aux moins de 18 ans) mais il est vraiment à prendre au second degré : comme son nom l’indique, c’est grotesque et donc rien de traumatisant, c’est plutôt un clin d’œil au genre. La scène culte : Ramper sur le sol toutes entrailles sorties avec des bruitages extrêmement réalistes. 4ème position : Funny games US (de Michael Haneke, 2007, USA) L’histoire : un couple et leur fils passent des vacances au bord d'un lac. Deux jeunes hommes leur rendent visite sous un prétexte futile. Ils les séquestrent et leur font vivre un enfer. Pourquoi s’infliger ce film : Parce que c’est à la fois un film de torture et un vrai film d’auteur. Ici la torture est psychologique plus que physique. Ce n’est pas un ‘’torture porn’’ à proprement parlé, il n’y a pas de scènes gores mais il méritait de faire partie de ce top car il nous met très mal à l’aise. En effet, on commence par un film tranquille où s’installe un certain malaise puis une montée de violence dont on ne sait L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma pas jusqu’où elle culminera. La sobriété de la mise en scène contraste avec l'intensité des événements vécus par la famille. On a de très longs plans fixes qui nous montrent la souffrance des victimes et qui deviennent dès lors des supplices en soi. On ne sort pas indemne de ce film et c’est bien là l’objectif du réalisateur, nous faire réfléchir sur notre propre rapport à la violence. L’objet culte : les vêtements et les gants de golfeur d’un blanc immaculé des deux tortionnaires. 2ème position : Hostel (de Eli Roth, 2006, USA) L’histoire : Une bande de jeunes Américains, partis en Slovaquie faire du tourisme sexuel, vont se retrouver face à l’horreur absolu, obligés de subir des tortures extrêmes. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 1ère position : Martyrs (de Pascal Laugier, 2008, France) L’histoire : France, début des années 70. Lucie, une petite fille de dix ans, disparue quelques mois plus tôt, est retrouvée errant sur la route. Les raisons de son enlèvement restent mystérieuses. Traumatisée, mutique, elle est placée dans un hôpital où elle se lie d'amitié avec Anna, une fille de son âge. 15 ans plus tard, on sonne à la porte d'une famille ordinaire. Le père ouvre et se retrouve face à Lucie, armée d'un fusil de chasse. Persuadée d'avoir retrouvé ses bourreaux, elle tire. Pourquoi s’infliger ce film : Parce que la torture sert un propos aussi inventif qu’intéressant et parce que la fin intrigante laisse une place à l’imagination et aux questions. La scène culte : La scène finale d’écorchage de peau, Atroce ! Voilà, en espérant que vos cœurs sont restés bien accrochés, vous avez maintenant en main toute la panoplie pour programmer des soirées d’halloween digne de ce nom ! 17 CHRONIQUES 3ème position : Saw (de James Wan, 2004, USA) L’histoire : Deux hommes sont enchaînés dans des sanitaires. Tout deux ne se connaissent pas mais ils ont été piégés par un serial-killer qui impose à ses victimes des choix sadiques. L'un doit s'échapper de la salle de bains et l'autre doit le tuer sinon sa femme et sa fille mourront. Pourquoi s’infliger ce film : Parce que c’est le Neil Armstrong de la bande, le premier à avoir ouvert la boîte à torture (désolé pour le mauvais jeu de mot). Mais aussi parce qu’on a affaire au plus joueur des psychopathes de l’histoire, à un scénario bien ficelé et de l’originalité dans les tortures. A noter qu’après deux épisodes, la saga s’essouffle et devient un peu redondante. La scène culte : Le sciage de pied à la scie à métaux mais aussi l’homme caché dans le placard de la petite fille qui réveille toutes nos peurs enfantines. Pourquoi s’infliger ce film : Parce qu’Eli Roth s’est inspiré d’une histoire vraie pour le scénario (si si je vous jure !!) et pour l’originalité du discours et des scènes de torture. Dans la lignée directe de Saw, Hostel donne une nouvelle dimension au ‘’torture porn’’. S’il y avait des résidus de morale dans ce dernier, on accède ici à une véritable industrie de la torture. La scène culte : Aïe Aïe Aïe les talons d’Achille ! TOILES DES GÔNES Le Cinéma, seulement l’affaire des grands ? Par Beverley Robert-Wyss L e festival Toiles des gones c’est un peu Noël avant l’heure pour les enfants du Grand Lyon. Cette manifestation est un événement co-organisé et cofinancé par le GRAC (Groupement Régional d’Actions Cinématographiques) et certains exploitants de salles de son réseau. Depuis sa première édition il y a sept ans, Toile des gones prend un bel essor et rencontre un public de plus en plus nombreux et fidèle lors des vacances de la Toussaint. Du 27 octobre au 11 novembre 2012, dans vingt-trois salles du centre-ville et du Grand Lyon, un grand nombre de petits « bout de choux » pourront faire leurs premiers pas dans leur cinéma de quartier et découvrir les joies du spectacle sur grand écran. La grande diversité de sa programmation permet de satisfaire aussi bien un très jeune public, 2-3 ans, mais aussi des plus grands de 9-10 ans. Ernest et Celestine, Les Goonies, Gros pois et petit point, Les jour des Corneilles,… un éventail de films inédits, méconnus ou « classiques » répondant à une même exigence de qualité d’écriture. Si les enfants ont pendant longtemps été laissés pour compte par les productions cinématographiques, ils ont actuellement de plus en plus de choix pour se laisser émerveiller. Pour l’Emile, Grégory Tudellla, responsable du secteur jeune public du GRAC et programmateur du festival Toile des Gones revient sur cette aventure, démarrée il y a sept ans et qui aujourd’hui se fait l’écho de la mutation d’une branche « jeune public » en plein développement. Tout au long de l’année, le GRAC a pour vocation d’établir une organisation collective des salles de cinéma pour être plus présent dans le paysage cinématographique lyonnais, face aux grands groupes et multiplexes. Cet organisme leur permet notamment d’avoir plus de poids face aux distributeurs de films pour l’obtention de certaines copies et d’organiser des actions culturelles dans le but de sensibiliser un public. Toile des gones est née d’une volonté commune au GRAC et aux exploitants de salles adhérentes de s’adresser à un public rarement sollicité tout au long de l’année : les enfants. Ainsi, ce festival permet aux petits exploitants de coordonner un véritable temps fort dédié aux films pour enfants. Travail qui n’est pas toujours réalisable pour certaines salles sur l’année, notamment pour les plus petites dont le faible nombre d’écrans peut cantonner leur exploitant 20 Gregory Tudella, programmateur du festival à une programmation essentiellement destinée aux adultes : leur public majoritaire. Mais, comme nous le précise M. Tudella, depuis quelques années la tendance évolue : « Depuis les années 2000 le secteur du jeune public connaît un véritable essor. Nous assistons au développement d’un marché ». L’apparition d’un festival essentiellement dédié à ce public est représentative d’une véritable volonté d’investissement des sociétés de productions dans ce domaine. Une pulsion notamment insufflée en France par Kirikou et la sorcière sorti en 1998 qui remporta un véritable succès d’estime et commercial. Cette année est très riche pour le cinéma jeune public qui compte sept sorties de films long-métrage (un record) dont Toile des Gones essaye d’être le reflet en présentant de nombreuses avant-premières mais également en donnant une deuxième chance à des films de l’année, de qualité, sortis dans un relatif anonymat. Le tout parsemé de quelques hommages aux classiques comme The Kid de C. Chaplin et Les Goonies (produit par S. Spielberg) qui permettront, on l’espère, un éveil d’une toute nouvelle génération, à un cinéma de qualité. « Si la période de la Toussaint était, il y a quelques années, une véritable manne pour les distributeurs téméraires, le développement global de la production jeunesse nous fait craindre la création de nouveaux « embouteillages » de sorties de films jeunes publics tout au long de l’année. Mais au final, nous ne pouvons quand même pas nous plaindre de voir ce secteur se développer !». Les productions se multiplient, créant, revers de la médaille, ces « embouteillages » à certaines périodes clefs de l’année en terme de jeune public. Si Noël est L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma Ce réel travail de sensibilisation effectué par Toile des Gones est fort de son succès grandissant. Lors de la 1ère édition, le GRAC travaillait avec dix cinémas partenaires. Aujourd’hui l’extension du festival à de nouvelles salles porte le nombre de partenaires à vingt-trois et agrandit son périmètre d’action au-delà du Grand Lyon. Le cinéma Le Zola, partenaire dès sa création, organise de nombreuses séances dans le cadre de cette manifestation. Comme je ne recule devant rien pour nos lecteurs de l’Emile, me voici en reporter de terrain : immersion aux pays des gommettes et des bonbons… Reportage « Extrême Gommettes » lors de la projection de Gros-pois et Petit-point qui a eu lieu Zola dans le cadre du festival Toile des Gones. Lundi - 14h20 - j’arrive dans le hall du Zola d’où parviennent rires et cris d’enfants impatients. Ces très jeunes cinéphiles (2-3 ans) semblent ravis de donner eux-mêmes leur ticket à l’ouvreuse, une bénévole de l’association Pour le Cinéma, présente pour donner un coup de main. Aujourd’hui bon nombre d’enfants vont pour la première fois au cinéma découvrir un film abordant de grands problèmes de sociétés en prônant le droit à la différence et l’amitié : Gros-pois et petit-point. Bon, ces petits personnages de pâte à modeler ne sont peut-être pas les porte-parole officiels de L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma « Touche pas à mon pote » mais ils insufflent avec humour et poésie une délicate joie de vivre à cueillir dans les plaisirs du quotidien. Leurs aventures sont traitées en six épisodes distincts, un format qui permet aux tout petits enfants de ne pas se lasser. Gros pois et Petit point n’est pas une animation « débilitante pour bébés » et tout le monde y trouve son compte. J’avoue, du haut de mes 23 ans, avoir pris un doux plaisir à retomber en enfance en suivant ces deux petits bonshommes joueurs et quelque peu maladroits. Tous les enfants semblaient conquis : attentifs dans les moments délicats de l’action et très réactifs lorsqu’il s’agissait d’observer un papillon virevoltant sur l’écran de projection. Une fois le film terminé, s’ensuivit une « pêche aux gommettes » et une distribution de bonbons qui a finit de combler les parents et grands-parents. Le public était nombreux et varié, il y avait les habitués comme Marie-Odile et ses petits-enfants Tiago,Taïna et Gabriel, toujours heureuse de pouvoir profiter du festival pour les emmener à quelques séances durant les vacances scolaires, et des nouveaux venus conquis par le choix de films et d’animations proposées. Les parents se sont réjouis d’avoir accès à des films « adaptés » à l’âge de leurs enfants. La sensibilisation des parents à la distinction des films adaptés ou non aux enfants est une mission que Toiles des gones prend à cœur. Dans ce but, leur programmation se partage clairement entre des tranches d’âges différentes dans lesquels sont catégorisés les films présentés. « Il est difficile pour un enfant de 3 ans de supporter un film de plus d’une heure » nous précise Grégory Tudella (programmateur du festival). Le film jeune public reste encore un terme « fourre -tout ». Il est important de sensibiliser les enfants et les parents aux cinémas qui sont adaptés pour chacun et c’est chose faite lors de cette séance au Zola ! Je ne peux m’empêcher d’imaginer ces petits enfants comme de futurs amoureux du cinéma toujours présents dans les salles obscures dans dix, vingt ou trente ans. Ils ont les yeux qui brillent en parlant d’extra-terrestres et de pirates (les deux petites aventures préférées de Gros-pois et Petitpoint à l’unanimité chez les enfants !). Espérons qu’ils garderont encore longtemps le même émerveillement face à l’écran lorsque, dans l’ombre d’un fauteuil de velours, la salle s’assombrira lentement à nouveau et que commencera à fonctionner « l’usine à rêve »… 21 CHRONIQUES une période réellement surchargée, placer Toile des Gones au début de l’hiver, au moment des vacances de la Toussaint, est un choix stratégique qui porte ses fruits. D’avantage de distributeurs osent s’aventurer en dehors des zones calendaires habituelles, comme par exemple le mois de février qui a été propice au succès du film Zarafa. Face à cette nouvelle déferlante de films, il devient important, au moment où le jeune public est de plus en plus sollicité, de maintenir une exigence de qualité et une diversité des films sur nos écrans. Les enfants constituent un public influençable qui peut rapidement se faire happer par les importantes campagnes de communications de certaines productions. Sans remettre en cause leur qualité, par exemple les films Pixar (à remarquer que cette année dans la thématique du « portrait de famille » Les Indestructibles est programmé par Toile des Gones), il est important de montrer la diversité et la qualité des films « d’usines à rêves » moins célèbres. FESTIVAL DU FILM COURT Par Beverley Robert-Wyss A ttention les yeux, débarquement imminent de la 33ème édition du festival du Film Court ! Le meilleur des réalisations françaises et internationales de l’année arrive à Villeurbanne du 16 au 25 novembre prochain ! Petit tour d’horizon du programme concocté par l’équipe du Zola et notre directeur général Laurent Hugues. Du changement niveau compétition ! Qu’on se le dise, la compétition française et la compétition européenne francophone ne font plus qu’une ! Il semble aujourd’hui important de réappréhender la production du court métrage non pas dans une dimension principalement française mais en élargissant le cadre à une vision plus européenne et à une plus grande diversité de production, de ton, de créativité. Une volonté d’ouverture qui trouve naturellement sa place aux vues des échanges toujours plus présents entre pays francophones (favorisés par de nouveaux réseaux de communication) qui font tomber les barrières culturelles sans pour autant renier les identités. Aux 32 films de la compétition européenne s’ajouteront les 30 films de la compétition Image Virtuelle faisant la part belle aux productions françaises en termes d’images de synthèse. Cette sélection indéboulonnable dans laquelle a été projeté il y a quelques années l’excellent Logorama rivalisera encore de créativité pour vous proposer le meilleur de l’animation numérique. Quelques temps forts parmi tant d’autres ! La soirée d’ouverture vous permettra d’avoir accès en avant-première à la sélection de films qui composera « Rhône-Alpes tout court ». Un programme de 5 courts-métrages réalisés dans la région Rhône-Alpes qui prouve le dynamisme de notre région dans le cinéma. A noter que parmi la sélection, Les Chiens Verts de Mathias et Cola Rifkiss et American Football de Morgan Simon seront également en compétition européen durant le festival. Dans un autre style, La dernière longue nuit avant l’apocalypse (samedi 17 novembre) vous donnera l’occasion d’exorciser vos angoisses autour de la fin du monde programmée pour bientôt. Autour de productions internationales pleines d’humour ou d’horreur et d’activités toutes plus délirantes que les autres, venez prouver que les murs du Zola peuvent vibrer une dernière fois avant l’extinction de l’espèce humaine. Pour en profiter pleinement et notamment de L’attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace (de Guillaume Rieu) et de Banana Motherfucker (de Fernando Alle) venez déguisés ! Mais avant le déclin du monde la Croatie nous envoie le meilleur de son animation pour le programme La Croatie s’anime (mardi 20 novembre). L’Agence du Court Métrage et l’ACFA proposent une étonnante sélection. « Etonnante sélection » ce pourrait être également le leitmotiv de Nouvelles formes Nouveaux films (19 et 20 novembre), nouveau temps fort du festival qui permettra de présenter trois œuvres inclassables et remarquables qui feront ou font déjà parler d’elles. C’est également lundi 29 novembre qu’entrera en action la marraine de cette édition Carmen Maria Vega : La carte blanche. Cette artiste lyonnaise vous propose d’entrer dans son monde à travers d’une sélection de films courts dont certains découverts au Festival de Biarritz où elle était jurée et d’excellents classiques comme La révolution des crabes d’Arthur de Pins sorti en 2004. Les autres temps forts : Concours de films lycéens (21 novembre) / Histoire de courts #8 « L’image poétique » (21 & 23 novembre) / Premiers Courts (21 novembre) / Premiers Clip (22 novembre au Toï ToÏ Le Zinc) / Rencontre avec les réalisateurs de la compétition (22 & 23 novembre) / La bourse des festivals (24 novembre - entrée libre) / Court et Documentaire (24 novembre) / Le Petit Gruffalo (24 novembre - avec surprise pleine de poils…) / La soirée de Palmarès (24 novembre) / La projection des films primés (25 novembre) / Curt Ficcions (26 novembre) 20 L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma Du court, encore du court, toujours du court Par Christophe Liabeuf L e Zola organise depuis plus de trente ans le Festival du Film Court. Au-delà de ces dix jours de fête, le cinéma soutient toute l’année le court métrage en adhérant au RADi (Réseau Alternatif de Diffusion). Mis en place par l’Agence du court métrage, ce dispositif permet de proposer un court métrage en avantprogramme d’un long, affirmant ainsi le soutien d’une salle à ce format et permettant à des œuvres d’être vues par le plus grand nombre et non uniquement par les aficionados de festivals ou de programmes télévisés tardifs. Les diffuser, c’est bien ; les voir, c’est encore bien ; en parler, c’est toujours bien ! L’un et l’autre évoquent le souvenir, les réminiscences d’une certaine vie, à l’orée d’une mort approchant ou d’un sommeil profond. Tous deux appellent également à des références artistiques. Félicie Haymoz reprend une bonne part des images du clip qu’elle avait réalisé pour Le Yéti et lorgne de manière assez prononcée vers le cinéma de Guy Maddin. Tandis que La Vita nuova s’inscrit dans un triptyque inspiré d’hommes de lettres mis en bouche par Arthur H : Gérard de Nerval ici (Jules Laforgue et Stéphane Mallarmé pour Le Concile lunatique et Un spectacle interrompu, deux autres films des réalisateurs). Je maudis ma nuit – de Félicie Haymoz – 8min30 – 2010 Images 16mm pour l’un, animation en volume pour l’autre, noir et blanc pour les deux ; les films usent de techniques et d’images différentes, peu habituelles, de montage par analogie ou de mises en parallèle des mondes réels, rêvés, fantasmés par des personnages vivant reclus et donnant libre cours à leurs pensées, à leurs désirs, à leurs regrets aussi. Films d’atmosphères plutôt que narratifs, ils invitent à une certaine contemplation, à une écoute attentive des mots, des sons, des bruits. Je maudis ma nuit et La Vita nuova sont des exercices graphiques, essais filmiques. Ils sont des œuvres très personnelles, une invitation à pénétrer, à se laisser porter, sans mode d’emploi, dans le jardin secret, l’imaginaire de réalisateurs et des auteurs qui les inspirent. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma La Vita nuova - de Christophe Gautry et Arnaud Demunyck 12 min—2008 21 CHRONIQUES Ce mois-ci, seront proposés deux films aux imaginaires débordants, aux univers vaporeux et aux ambiances déconcertantes : Je maudis ma nuit de Félicie Haymoz et La Vito nuova de Christophe Gautry et Arnaud Demuynck. LES FILMS À L’AFFICHE DU 10 AU 30 OCTOBRE Pour des informations complémentaires, consultez le programme complet du Zola disponible dans le hall du cinéma ou sur internet à l’adresse suivante : www.lezola.com 22 ► DU 14 AU 20 NOVEMBRE : ► DU 21 AU 27 NOVEMBRE : L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma QUI SOMMES NOUS ? Le cinéma Le Zola est géré par l’Association Pour le Cinéma. Ses membres, volontaires et bénévoles s’investissent pour maintenir cette salle de proximité de 240 places en veillant à la qualité de la programmation. L’Association Pour le Cinéma est membre du GRAC (Groupement Régional d'Actions Cinématographiques) qui fédère 64 salles afin de préserver une certaine idée de la qualité et de l’indépendance. Nous vous proposons une programmation “art et essai”, des courts-métrages, des films en version originale sous-titrée, des animations avec des réalisateurs et des professionnels, des classiques et tout cela dans de bonnes conditions de projection (grand écran, son numérique). Le cinéma est accessible aux personnes à mobilité réduite (plain-pied, toilettes équipées, places de parking). Nous organisons tous les ans trois festivals : Le Festival du Film Court (créé en 1979) se déroule en novembre, et dure 10 jours. Il est reconnu parmi les 5 meilleurs festivals de ce genre en France. Le Ciné O’Clock, Semaine du Cinéma britannique et irlandais (créé en 1995) se déroule en février. Les Reflets du Cinéma Ibérique et Latino américain (créé dans les années 80) se déroule en mars et dure 15 jours. De nombreuses manifestations artistiques l’accompagnent : expositions, rencontres, moments musicaux… Le Zola bénéficie du soutien de partenaires institutionnels : la Ville de Villeurbanne, la Région Rhône-Alpes, le Conseil Général du Rhône, le Centre National de la Cinématographie, le Ministère de la Jeunesse, de l’Éducation et de la Recherche, la Direction Régionale des Affaires Culturelles et de nombreux partenaires privés. I N F O R M AT I O N S P R AT I Q U E S Tarifs : 6.70 € tarif normal ▪ 5,70 € tarif réduit (chômeurs, étudiants, - 26 ans, - 18 ans, + 60 ans) ▪ 4,70 € tarif enfant (-14 ans) ▪ Ciné-Carte 31,20 € les 6 places ou 47 € les 10 places (valable 1 an, non-nominatif) Une prévente est possible, une semaine à l’avance pour les séances signalées par une étoile dans le programme du Zola (hors période de festival). Proximité du métro (Ligne A / station République), garages à vélos et nombreuses stations Velo’V à proximité, parking (piscine Boulloche, entrée rue Francis de Pressensé). Bulletin d’adhésion année 2012 Retournez-nous ce coupon dûment complété, accompagné du règlement de la cotisation (18 €). Nous vous enverrons votre carte par retour de courrier. ADHÉSION NOM / PRENOM : ………………………………………………………………………… ÂGE :ADRESSE…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………. C.P. : ……………………………………….. VILLE : …………………………………………………………….……………………………………..……….. TEL. : ……………………………………..………………………. MAIL (pour recevoir la newsletter) : ……………………………………….……. Souhaite adhérer à l’Association pour le Cinéma pour un montant de 18 euros. L’adhésion est valable du 1er Janvier au 31 décembre de l’année en cours. L’Emile — le journal de l’Association pour le cinéma 23 Le mot d’Émile J’ai renoué récemment avec des amis italiens, perdus de vue depuis quelques années. Cette rencontre m’a plongé dans un passé déjà presque lointain, ou, essayant de tenir à flots un ciné club de la proche banlieue, je m’étais pris de passion pour le néoréalisme italien. Je ne suis pas sûr, à l’époque, d’avoir réellement perçu toute l’importance de ce mouvement. Au sortir de la guerre et après une longue période de censure et d’obscurantisme, les cinéastes italiens vont pouvoir laisser libre court à leur parole et leur créativité. Pourquoi ces artistes ont-ils choisi de déserter les grands thèmes philosophiques et politiques pour se consacrer à leurs semblables les plus modestes ? Sans doute étaient-ils révoltés par les conditions d’existence de l’époque, heureux de pouvoir s’exprimer librement. Mon auteur préféré, Vittorio de Sica avait tourné auparavant des choses légères jusqu’à ce merveilleux voleur de bicyclettes qui m’avait laissé terriblement ému et impuissant devant la détresse de ce père de famille courageux amené à commettre un larcin simplement pour exercer son emploi et nourrir sa famille. Sans chercher à justifier son geste, le cinéaste nous amène à comprendre pourquoi un homme honnête et courageux en arrive à ce comportement aux conséquences terribles pour lui et sa famille. Bien sur, bien d’autres films ont alimenté ce courant, mais celui-ci, chaque fois que j’y pense me laisse ce goût amer de constater l’infortune des autres sans pouvoir y remédier. Émile À bientôt au Zola ! Christophe Liabeuf Mélany Trouillet Pierra Dupuy Lorraine Lambinet Marion Martin Charles Lemaitre Corinne Berthier Jean-Guy Chapard Beverley Robert-Wyss Jérémie Dunand …ont participé à ce numéro Le Zola, 117 cours Émile Zola 69100 Villeurbanne Contact : [email protected] / 04 78 93 42 65 Pour L’Émile : [email protected] Pour en savoir plus sur nos festivals : www.festcourt-villeurbanne.com www.cineoclock.com www.lesreflets-cinema.com Retrouvez également les dernières infos sur notre page Facebook (Association Pour le cinéma) !
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