Expérimentation sur l`automédication des animaux d`élevage

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Expérimentation sur l`automédication des animaux d`élevage
Expérimentation sur l’automédication des animaux d’élevage
Article de Hans Vereijken, publié dans la revue Lebendige Erde 3/2010
Traduction : A. Truffat, Demeter France
Les animaux sauvages doivent se maintenir en bonne
santé par eux-mêmes. Parallèlement aux stratégies
d’évitement que sont la migration et le changement de
lieu où l’animal dort (ce qui permet d’éviter la pression
parasitaire), les animaux sauvages mangent au besoin
des « aliments » inhabituels comme par exemple de la
terre, des plantes médicinales au goût désagréable ou
encore des charognes. Ce comportement peut indiquer
un état de carence : par exemple la consommation
d’argile en cas de carence en cuivre, de charognes et
d’os en cas de carence en phosphore,… (ENGEL 2005).
Les animaux d’élevage peuvent également avoir ce
type de comportement (LANGHOUT et BAARS 2005). Il
s’agit de l’automédication.
Comment pouvons-nous utiliser ce comportement
naturel d’automédication ? De quoi ont besoin les
animaux d’élevage et comment l’intégrer sur les
domaines agricoles ? Les plantes médicinales ont
largement disparu de nos prairies intensives et les
réintégrer de manière durable est très coûteux et
presque impossible. Une solution plus cohérente est de
mettre en place des surfaces limitées de plantes
médicinales, par exemple sous forme de bandes dans
les prairies ou de carrés le long du parcours habituel
des animaux, des « coins de plantes à tanins » et de
prairies servant de « pharmacies ».
Il existe un très grand nombre de plantes médicinales.
Quelles plantes choisissent spontanément les animaux
d’élevage ? Les choisissent-ils volontairement dans
certaines situations ?
destruction des semences par le froid). Il est donc
resté 11 plantes, avec lesquelles l’expérimentation a pu
être réalisée.
L’expérimentation a été réalisée en mai 2009, avec
quatre groupes de 12 vaches (6 vaches taries et 6
vaches en début de lactation). Chaque groupe
disposait de 3 heures de liberté pour se mouvoir et
manger dans une des huit bandes. Le comportement
de chacune des vaches dans les plates-bandes a été
observé, et notamment ce qu’elle sentait, mangeait, sa
position et l’expression du comportement hiérarchique
entre les animaux. Lorsqu’elles broutent, les vaches
font un bruit bien particulier avec leur langue,
perceptible même à quelques mètres de distance.
Chaque bruit de ce type a été défini comme une «
bouchée» et comptabilisé. Il en a été de même pour
les reniflements bien identifiables. De cette façon, le
comportement alimentaire a pu être quantifié.
Résultat de l’expérimentation
Le tableau ci-dessous précise le nombre total de
« bouchées » par les animaux pour chacune des
plantes.
Rang
Plante
Nom latin
1
Lotier
corniculé
Lotus
corniculatus
2
Plantain
lancéolé
Plantago
lanceolata
4569
3
Chicorée
sauvage
Cichorium
intybus
1961
4
Petite
pimprenelle
Achillée
millefeuille
Armoise
commune
Boucage
saxifrage
Estragon de
Russie
Sauge des
prés
Guimauve
officinale
Mélisse
officinale
Sanguisorba
minor
Achilllea
millefolium
Artemisia
vulgaris
Pimpinelle
saxifraga
Artemisia
Estragon
Salvia
pratensis
Althea
officinalis
Melissa
officinalis
1757
5
6
7
8
Une expérimentation a été menée sur une prairie de 5
hectares sur le domaine Frankenhausen,
ferme
expérimentale de l’université de Kassel (Allemagne).
Huit plates-bandes de 1200 mètres de long composées
de 16 plantes différentes ont été semées. Le plantain
lancéolé, très apprécié des animaux, a été choisi
comme plante de référence. Les autres plantes
composant les mélanges sont des plantes médicinales
connues pour leurs effets bénéfiques sur les problèmes
liés au métabolisme. Il a été très difficile et fastidieux
de mettre en place les plantes, et cinq d’entre elles ont
particulièrement posé des problèmes (notamment
problèmes de germination, destruction par les souris,
9
10
11
Nombre de
« bouchées »
7250
604
118
131
77
12
7
6
Chacune des vaches a été sur la prairie pendant
environ 12 heures. Chaque vache a passé environ la
moitié du temps à brouter et l’autre moitié à ruminer.
Les 12 vaches ayant participé à l’expérimentation
étaient toutes en bonne santé. Ainsi, le tableau
présente une préférence « normale » des vaches pour
certaines plantes. Le lotier corniculé et le plantain
lancéolé ont été très appréciés et ont été mangés en
grandes quantités. Le lotier sauvage, dont la teneur en
tanins est inférieure, convient moins comme plante
médicinale et doit être envisagé comme une plante
fourragère.
Les plantes au goût amer (chicorée sauvage) ou
contenant beaucoup de tanins (petite pimprenelle)
sont plutôt bien appréciées. Les plantes à forte teneur
en huiles essentielles (estragon, sauge des prés,
mélisse officinale) sont au contraire évitées. Une
plante amère et aromatique comme l’achillée
millefeuille est moyennement appréciée.
Nous pouvons en déduire que les vaches apprécient
les plantes amères et évitent les plantes à forte teneur
en huiles essentielles. Les substances amères sont
largement reconnues pour leur effet appétant. Il serait
donc très intéressant d’intégrer des « plantes amères »
dans des bandes de plantes. En ce qui concerne les
plantes à forte teneur en huiles essentielles, des
expérimentations sont encore nécessaires afin de
savoir si les animaux les consomment plus en cas de
problèmes particuliers du métabolisme. Si cela était
confirmé, il serait intéressant de les intégrer dans des
plates-bandes spécifiques de plantes médicinales mises
en place à proximité des parcours habituels des
animaux.
Sources :
ENGEL, C., 2005 : Wild Health : Gesundheit aus der Wildnis.
Wie Tiere sich selbst gesund erhalten und was wir vin ihnen
lernen können; 348 S. Animal Learn Verlag.
LANGHOUT und BAARS, T.: Heilkräuter gegen Parasiten.
Selbstmedikation bei Hausschweinen. Ökologie und Landbau,
136, 4, 27-29
Les médecines vétérinaires complémentaires
Article publié dans la revue Lebendige Erde 3/2010
Traduction : A. Truffat, Demeter France
Il n’y a pas qu’en agriculture bio que l’intérêt des
éleveurs pour des méthodes de traitement holistiques
et naturelles est grandissant. A côté de l’allopathie, il
existe tout un éventail de méthodes de traitement, que
l’on peut regrouper sous le terme de médecines
complémentaires. Médecines régulatives est également
un terme adapté puisqu’il s’agit essentiellement
d’activer les forces d’auto guérison. L’homéopathie et
la médecine anthroposophique ne sont que deux
méthodes parmi un large éventail de thérapies.
Parallèlement aux remèdes et au soin par
l’alimentation (fourrages), il existe également la
phytothérapie, l’acupuncture, et, pour les petits
animaux, les fleurs de Bach et la kinésiologie. Enfin, il
existe différentes méthodes dérivées de l’homéopathie
telles que l’homotoxicologie.
remède
adapté.
Il
existe,
parallèlement
à
l’homéopathie classique, des méthodes de traitement
dérivées.
Homéopathie
Cette méthode voit la maladie comme un déséquilibre
entre le corps physique, le corps de vie (éthérique),
l’âme et l’esprit, ce dernier étant représenté chez
l’animal par les particularités de l’espèce. Les remèdes
sont choisis en fonction de leur effet sur ces quatre
constituants des êtres vivants et se rapprochent des
remèdes utilisés en phytothérapie et en homéopathie.
L’homéopathie
présente
un
large
domaine
d’application, du traitement des maladies aigües au
traitement des maladies chroniques. Elle consiste en
l’utilisation de dilutions infinitésimales, dépourvues de
résidus à partir de D4 ou C2. Grâce à une observation
précise de l’animal et du développement de la maladie,
les manuels d’homéopathie permettent de trouver le
Isopathie
L’isopathie soigne l’identique par l’identique. Par
exemple avec ce que l’on appelle les nosodes –
succussions de lait – sur une mamelle malade. Les
remèdes peuvent être administrés oralement, par
injection ou en application sur la peau. Les nosodes
sont également souvent utilisés pour renforcer le sang
dans le cadre d’un traitement homéopathique. Ce
procédé utilisé par des agriculteurs a été développé
par Bakels et Postler en s’appuyant sur l’homéopathie.
Médecine anthroposophique
Point sur la règlementation
Phytothérapie
La phytothérapie utilise des préparations de plantes
médicinales choisies en fonction des substances
contenues dans les plantes. Le choix des remèdes se
fait
en
fonction
des
résultats
de
tests
pharmacologiques. Les remèdes de phytothérapie sont
classés au niveau légal comme les remèdes
conventionnels et nécessitent donc une autorisation
incluant une analyse de résidus. Les extraits de plantes
toxiques doivent être prescrits par un vétérinaire. Les
thérapeutiques de phytothérapie s’utilisent en usage
externe comme en usage interne, certaines plantes
peuvent être intégrées dans l’alimentation des animaux
et agissent plus spécifiquement sur la digestion, ce qui
est intéressant pour le soin des animaux d’élevage.
Homotoxicologie
L’homotoxicologie part du postulat que les maladies
sont dues à des facteurs toxiques d’ordre physique,
chimique, biologique et psychique. Les facteurs
toxiques internes doivent être évacués du corps et les
facteurs toxiques externes doivent être supprimés.
Cette forme de thérapie utilise une gamme élargie de
remèdes de l’homéopathie classique.
Acupuncture
L’acupuncture est issue de la médecine traditionnelle
chinoise. La puncture de points déterminés et de lignes
(également représentés sur des cartes) à l’aide
d’aiguilles relance le flux énergétique corporel et donc
certaines fonctions de l’organisme. La puncture doit
être réalisé par un vétérinaire. La compréhension du
rôle des organes en médecine chinoise est cependant
différente de celle répandue en occident.
Les remèdes homéopathiques sont considérés comme
des médicaments et sont soit en vente dans les
pharmacies ou soit délivrés uniquement sur
ordonnance. Dans les pharmacies, les remèdes pour
animaux pouvant être achetés librement sont en
général des préparations destinées à un type d’animal,
un domaine d’utilisation et avec un dosage bien
définis. Elles peuvent être utilisées facilement et
librement par les éleveurs. Tous les remèdes non
disponibles en pharmacie ou dont l’emballage n’indique
pas une utilisation pour les animaux ne peuvent être
utilisés pour les animaux d’élevage que sur
ordonnance d’un vétérinaire. En général, les remèdes
homéopathiques ne sont utilisables qu’à partir de D6,
dans des cas particuliers D4. Les remèdes contenant
des substances (y compris les dilutions) interdites dans
les produits alimentaires d’origine animale ne doivent
pas être utilisés. L’achat et l’utilisation des remèdes
doivent être justifiés dans le cadre d’une certification
Demeter et du règlement bio européen.
Huiles essentielles pour le traitement des mammites : ça avance !
Source : Bulletin d'information de la Fédération Régionale de l'AB des Pays de la Loire
L'expérimentation démarrée l'année dernière en Ille et
vilaine au sein de l'ADAGE (CIVAM 35) s'est poursuivie
cette année. La Vendée et la Sarthe se sont jointes au
projet début 2010. Les résultats issus de
l'expérimentation de protocoles d'huiles essentielles
contre les mammites sont très encourageants.
La FRAB Bretagne et la CAB Pays de Loire avaient déjà
mené des premières expérimentations de terrains sur
l'utilisation d'huiles essentielles pour les bovins laitiers.
Plusieurs huiles, mélanges et excipients ont ainsi été
testés en 2006, 2007 et 2008 toujours par voie intra
mammaire. Les conclusions mettaient en cause le
pouvoir d'inhibition des huiles dans le lait notamment
pour les propriétés antibactériennes.
Dans les laboratoires
mais aussi sur le terrain
Les expérimentations menées par la FRAB il y a
quelques années, avaient été faites en partenariat
avec l'école nationale vétérinaire de Nantes. Ainsi, des
tests avaient eu lieu en laboratoire (en condition in
vitro) sur l'efficacité des huiles sur différents germes.
Cette année, des tests ont également eu lieu mais les
souches de bactéries ont été prélevées sur le terrain
(bouses) afin d'être sûr de pouvoir faire le parallèle
entre les expérimentations en laboratoire et la réalité
de terrain des fermes. Au total, une cinquantaine
d'huiles et quatre mélanges ont été testés.
massage sur la mamelle, cette années les protocoles
ont été expérimentés avec une application de gouttes
d'huiles au niveau de l'échin (sur l'épi) matin et soir
pendant 7 jours. Cette zone centralise en effet tous les
canaux énergétiques et l'information donnée est donc
diffusée à l'organisme dans son ensemble.
Un taux de réussite allant jusqu'à 65 %
En Vendée et en Sarthe, 55 mammites ont ainsi été
traitées début 2010 avec un taux de guérison de 56 %
environ. Ce taux est similaire à celui des
expérimentations menées en Bretagne l'an passé.
Cependant des améliorations sont à prévoir, puisque
entre avril 2009 et janvier 2010, 97 mammites ont été
traitées en Bretagne avec un taux de réussite d'environ
65 %, performance qui dépasse désormais celle des
antibiotiques. Les avancées sur le terrain et en
laboratoire permettent en effet de revoir les protocoles
testés, d'en déterminer des plus adaptés pour chaque
élevage. Parallèlement, la prise en main des protocoles
et des huiles essentielles par les éleveurs s'améliore
(plus de réactivité dans le choix du protocole à utiliser
et dans son application). Des améliorations sont
encore possibles : il reste à savoir notamment s'il
existe une corrélation entre l'efficacité des huiles
seules ou en mélange (lorsque l'on mélange plusieurs
huiles lors d'une application, en modifie-t-on les
propriétés ?). Des études et l'analyse des tests
effectués cette année permettront d'avancer sur cette
problématique.
A manier avec précautions
Un nouveau protocole en 2010
L'année dernière, l'ADAGE a donc retravaillé cette
thématique avec Michel Derval, naturopathe praticien
humain, qui mène des expérimentations avec des
éleveurs depuis déjà une dizaine d'années. Les
formations mises en place dans les 6
groupes
d'échanges en Ille-et-Vilaine ont permis d'avancer
concrètement sur la mise en place de protocoles pour
le traitement de diverses pathologies. Cette année,
une vingtaine d'éleveurs laitiers vendéens et sarthois
se sont joints aux quelques 80 bretons pour ces
expérimentations. Alors que l'année dernière, les
applications avaient principalement été testées en
L'utilisation des huiles essentielles nécessite néanmoins
des précautions et une prise d'informations en amont.
Même si ces produits peuvent être facilement
accessibles, il faut éviter de se lancer seul. Les
formations permettent de connaître les propriétés de
chaque huile, de comprendre comment se construit un
mélange, et surtout d'identifier le protocole adapté à
la situation. Ce travail a surtout eu lieu sur les
différents types de mammites et les problèmes de taux
cellulaire. La réussite du traitement implique une
détection et une mise en place du protocole rapide,
donc un suivi sanitaire pointu. Lors de formations
d'autres pathologies on été évoquées, de très bons
résultats ont été obtenus sur les diarrhées des veaux,
le parasitisme ou encore la fertilité.
L'utilisation d'huiles essentielles permet donc une
alternative aux antibiotiques tout en restant
intéressante économiquement. En effet, le traitement
n'implique pas la mise à l'écart du lait et coûterait
environ 1.5 € par mammite (ADAGE). On reste loin du
coût d'un traitement antibiotique et de la perte
économique engendrée par un déficit de lait. Enfin,
des commandes groupées peuvent être organisées
pour limiter le coût d'achat des huiles.
Extrait du Bulletin des professionnels de la biodynamie
Numéro 10 – juillet 2010