EURO PENSION BULLETIN
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EURO PENSION BULLETIN
EURO PENSION BULLETIN AEIRSP - EAPSPI - EVVÖD La lettre d’information de l’Association européenne des institutions de retraite du secteur public Contenu · Simplification de la fiscalité des retraites Ian Clapperton, SPPA – Royaume-Uni p. 1 · L’arrêt de la Cour fédérale du Justice concernant la reconversion du régime de retraite p. 5 complémentaire du service public et ecclésiastique Hagen Hügelschäffer, AKA - Allemagne · Nouvelles évolutions chez ABP Léon Janssen, ABP – Pays-Bas p. 7 · Les régimes spéciaux du premier piller en Europe Eva Kiwit, BVK - Allemagne p. 11 N° 29 www.aeirsp.eu 05/2008 EDITO Simplification de la fiscalité des retraites Nos régimes de retraite se caractérisent actuellement par des changements continuels, et c’est le changement même qui semble être la seule véritable constante dans ce domaine. Les régimes du premier pilier ne sont pas les seuls à subir des coupures car, pour pouvoir relever les défis du futur, les régimes de retraite professionnelle sont eux aussi soumis à des réformes, soit de leurs structures d’organisation comme ABP, soit du droit aux prestations. Ces évolutions n’épargnent pas les régimes du service public qui se sont distingués par le passé par un niveau généralement plus élevé des prestations. En principe, de tels changements ne concernent que les salariés nouvellement recrutés ou les droits acquis à partir d’une date de référence. Mais cela peut aussi concerner des salariés ayant déjà acquis des droits comment le prouve la décision du plus haut tribunal civil allemand concernant les « avoirs de démarrage » faisant objet d’un commentaire dans cette édition. Effets des réformes de politique fiscale sur l’amélioration de la prévoyance retraite Même les régimes spéciaux du premier pilier sont soumis aux changements. Ainsi, le régime des fonctionnaires a déjà perdu son statut de régime spécial au Portugal et en Autriche. D’autres pays ont pris des mesures moins sévères en transposant, au moins partiellement, les réformes du régime général à la pension civile des fonctionnaires. Ces approches de réforme dans différents pays constituent la base des réflexions actuellement menées en France, comme nous le montre l’enquête du Conseil d’orientation de retraite (COR). Hagen Hügelschäffer Langue d’origine: allemand Le 17 décembre 2002, l’Administration des Contributions Directes et le Trésor de Sa Majesté ont publié un document consultatif conjoint intitulé « Simplification de la fiscalité des retraites : possibilités de choix et flexibilité accrues pour tous ». Cette publication a été suivie d’une période au cours de laquelle des observations furent présentées par tous les secteurs de l’industrie des pensions. Le 10 décembre 2003, un deuxième document consultatif intitulé « Simplification de la fiscalité des retraites : Propositions gouvernementales » a été publié. Ce document exposait de façon plus détaillée la manière dont le Gouvernement envisageait d’appliquer le nouveau système proposé aux régimes de retraite agréés par l’administration fiscale. Dans le budget 2004, le Ministre des Finances annonçait son intention d’introduire des réformes de portée considérable affectant les régimes fiscaux en vigueur régissant les caisses de retraite. Ces réformes furent introduites par la Loi de Finance 2004 et entrèrent en vigueur le 6 avril 2006. Cet exposé met l’accent sur les axes principaux de ces réformes et fournit des exemples relatifs à la manière dont les affiliés aux régimes de retraites du service public en Ecosse en ont bénéficié. N° 29 - 05/2008 EURO PENSION BULLETIN Résumé des Principales Mesures 1. Suppression de tous les régimes fiscaux existants, y compris des restrictions relatives aux salaires, années de service et cotisations pris en compte pour la retraite. 2. Maintien de la possibilité de faire bénéficier les prestations de retraite des abattements fiscaux existants, sous réserve de deux nouvelles limites : • La totalité de l’épargne retraite, sur une vie entière, provenant de tous types de retraites ne peut être supérieure à l’abattement cumulatif (£ 1,5 million (1,9 million €) pour l’année de mise en place). • L’augmentation annuelle de la valeur de l’épargne retraite ne peut être supérieure à l’abattement annuel (£ 215 000 (270.245 €) pour l’année de mise en place), sauf pour l’année au cours de laquelle l’intégralité de la prestation est reçue. 3. Encouragement à la retraite flexible pour permettre aux affiliés de recevoir leur pension tout en continuant à travailler pour le même employeur, de rester affiliés au régime de pension et d’acquérir de nouveaux droits à pension 4. Âge minimum pour pouvoir bénéficier d’une prestation porté de 50 à 55 ans d’ici 2010 et âge maximum légal de retraite porté de 70 à 75 ans. 5. Possibilité pour les régimes de retraite de verser 25% de la valeur totale de la retraite sous forme de capital exonéré d’impôts. 6. Suppression des restrictions relatives aux années de service pouvant être prises en compte pour la retraite. 2 Ces régimes furent supprimés et remplacés par un nouveau régime applicable à tous les régimes de retraites sans tenir compte de leur nature professionnelle ou privée. La nouvelle législation a par exemple supprimé : • Le plafond de 15% du salaire s’appliquant au montant total des cotisations pouvant être versées aux régimes de retraite professionnels, y compris l’achat d’annuités supplémentaires et les sur cotisations. Les régimes pourront désormais permettre aux affiliés de s’affranchir du plafond de 15% et de cotiser jusqu'à 100% du salaire. • La règle stipulant que les retraites ne peuvent être supérieures aux deux tiers du montant du dernier salaire au moment du départ à la retraite (tel que défini par l’Administration des contributions directes), ou à 40/80èmes du montant du dernier salaire augmenté d’un capital égal à trois fois la retraite. • Le plafond des revenus (actuellement fixé à £ 112 800 (141.761 €)) pour les salariés affiliés aux régimes de retraite depuis 1989. • La limite sur les cotisations aux régimes de pensions personnelles (actuellement fixée entre 17,5 et 40% du salaire en fonction de l’âge de l’affilié). • Les restrictions sur les cotisations aux régimes de pensions personnelles alors que l’on est affilié à un régime de retraite professionnel. • L’obligation de partir à la retraite avant de pouvoir bénéficier des prestations de retraite versées par l’employeur. 2. Nouveaux plafonds de pension Le Trésor a déclaré que les reformes permettraient à 99% des affiliés d’épargner davantage que sous la réglementation précédente, bien que les propositions n’incluent aucune nouvelle incitation à l’épargne. Le Ministre des Finances a confirmé que deux nouveaux abattements seront applicables une fois le nouveau régime en vigueur ; un abattement cumulatif, fixé initialement à £ 1,5 million (1,9 million €) et un abattement annuel fixé initialement à £ 215 000 (270.245 €) Détail des propositions Ces deux montants seront augmentés chaque année. Le chancelier a annoncé que l’abattement cumulatif et l’abattement annuel seront respectivement portés à £ 1,8 million (2,3 million €) et à £ 255 000 (320.510 €) d’ici 2010 selon le calendrier cidessous : 1. Suppression de tous les régimes fiscaux existants. Il existait plusieurs régimes fiscaux régissant les dispositions relatives aux retraites au Royaume-Uni. EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 3 Année fiscale Abattement cumulatif Abattement annuel 2006/7 £ 1,5 million (1,9 million €) £ 215 000 (270 245 €) 2007/8 £ 1,6 million (2,0 million €) £ 225 000 (282 804 €) 2008/9 £ 1,65 million (2,1 million €) £ 235 000 (295 373 €) 2009/10 £ 1,75 million (2,2 million €) £ 245 000 (308 024 €) 2010/11 £ 1,8 million (1,8 million €) £ 255 000 (320 510 €) Dans le but de déterminer la valeur des retraites à prestations définies, le Gouvernement a proposé des méthodes simples pour déterminer si les prestations dépassent les plafonds. Concernant l’abattement cumulatif, un coefficient multiplicateur de 20 (25 €) sera appliqué pour déterminer la valeur des prestations de retraite et un coefficient multiplicateur de 10 (12,5 €) sera appliqué pour déterminer l’augmentation annuelle des prestations de retraite, quel que soit l’âge de l’affilié. Le restant de l’excédent (après déduction des 25%) peut être reçu sous forme de pension, ou être en partie reçu sous forme de capital et le reste sous forme de pension. Il est également possible de recevoir l’intégralité de l’excédent sous forme de capital. Dans chaque cas, une imposition supplémentaire sera appliquée. Le taux d’imposition effectif global applicable à l’excédent pour un contribuable imposé à 40% est donc de 55%. Des prestations de retraite supérieures à ces plafonds peuvent être versées, mais elles seront assujetties à une imposition spéciale. Q3: Qu’arrive t-il si le plafond de l’abattement annuel est dépassé ? Q1: Comment ces abattements seront-ils calculés pour les affiliés aux régimes et quelles seront les catégories de personnel vraisemblablement affectées par les nouveaux abattements ? R: La Loi de Finance stipule que les prestations de retraite seront évaluées par rapport aux nouveaux plafonds en appliquant un coefficient multiplicateur de 20 pour l’abattement cumulatif et un coefficient multiplicateur de 10 pour l’abattement annuel. Ces coefficients multiplicateurs reposent sur l’hypothèse que certains critères sont remplis, et au cas où les régimes verseraient des prestations ne remplissant pas ces critères, ils devraient éventuellement convenir de coefficients multiplicateurs différents avec l’Administration des contributions directes. Q2: Qu’arrive t-il si le plafond de l’abattement cumulatif fixé à £ 1,5 million (1,9 million €) dépassé ? R: L’excédent sera imposé lorsque les prestations sont reçues. Il a été confirmé qu’un taux d’imposition de 25% est applicable aux montants supérieurs à £ 1,5 million (1,9 million €). R: L’excédent sera de nouveau assujetti à l’impôt pour l’année au cours de laquelle le plafond de l’abattement annuel est dépassé. Cet impôt sera établi au moyen du système d’auto-imposition normal, de sorte que l’affilié soit imposé à son taux marginal. 3. Volonté d’encourager la retraite flexible Les propositions offrent aux affiliés aux régimes de retraite professionnels la possibilité de recevoir une partie, voire l’intégralité de leur pension tout en continuant à travailler pour le même employeur, sans avoir à prendre leur retraite. Ceci constitue une concession majeure et supprime l’obligation pour les salariés de quitter la vie active pour pouvoir recevoir leur pension, bien qu’il convienne de souligner que toute prestation de retraite anticipée sera assujettie à une réduction actuarielle. 4. Modifications apportées aux âges minimum et maximum de départ à la retraite Le Ministre des Finances a confirmé que l’âge minimum de départ à la retraite sera porté de 50 à 55 ans d’ici 2010. N° 29 - 05/2008 EURO PENSION BULLETIN A l’heure actuelle, les affiliés aux régimes de retraite doivent prendre leur retraite ou obtenir une rente lorsqu’ils atteignent l’âge de 70 ans. Cet âge a été porté à 75 ans (avec quelques exceptions), cette disposition étant entrée en vigueur à compter du 6 avril 2006. 5. Capital retraite exonéré d’impôts Sous réserve de l’abattement cumulatif de retraite de £ 1,5 million (1,9 million €), il sera possible de recevoir un capital exonéré d’impôt à hauteur de 25% de la totalité de l’épargne retraite. 4 6. Possibilité pour les affiliés de recevoir une partie de leur retraite (sous réserve d’une réduction actuarielle) à tout moment à partir de 55 ans et de poursuivre une activité professionnelle pour acquérir de nouveaux droits. 7. Possibilité pour les affiliés de partir à la retraite avec leur pension complète sans encourir de pénalisation s’ils choisissent de retourner en activité. 8. Suppression du plafond de revenus des régimes. Résumé Dans le cas où l’affilié aurait aussi une pension personnelle, le capital disponible sur cette pension serait maintenu à 25% de la valeur du fonds de pension personnelle. 5. Restrictions relatives aux années de service En supprimant la prise en compte des années de service pour déterminer l’abattement cumulatif, le Trésor a donné la possibilité aux régimes d’augmenter le nombre d’années de service pouvant être pris en compte pour la retraite. Améliorations introduites en Ecosse à la suite des réformes 1. Suppression du plafond de cotisations pour l’épargne retraite par sur cotisation. 2. Introduction de la possibilité d’acquérir jusqu’à £ 5.000 (6.284 €) de pension supplémentaire dans le cadre des régimes de retraite principaux. 3. Augmentation de 40 à 45 ans du nombre d’années donnant droit à retraite pouvant être accumulées dans les régimes. 4. Possibilité pour les affiliés d’obtenir un capital exonéré d’impôts à hauteur de 25% de la valeur de l’épargne retraite accumulée dans les régimes principaux. 5. Possibilité pour les affiliés de cotiser jusqu’à l’âge de 75 ans et de recevoir une augmentation actuarielle de leur retraite s’ils ne prennent pas leur retraite à l’âge normal. La simplification de la fiscalité vise d’une part à encourager l’épargne retraite et d’autre part à allonger la vie active en supprimant les restrictions relatives aux prestations de retraite pour la grande majorité des salariés, tout en conservant un plafond de prestations de retraite à imposition réduite. En réalité, la possibilité de cotiser “sans limite” signifie que les salariés peuvent, s’ils le souhaitent, épargner davantage pour leur retraite, et la suppression des restrictions relatives aux années de service encourage l’allongement de la vie active pour ceux qui souhaitent poursuivre leur activité professionnelle. L’augmentation du capital exonéré d’impôt disponible lors du départ à la retraite offre un degré de choix pouvant convenir à certains affiliés. Les réformes ont un impact limité sur le financement des régimes, et pourraient en réalité être mises à profit pour réduire les pressions financières. La possibilité de recevoir une pension sans avoir à partir à la retraite allongera, en outre, la vie active des salariés plus âgés et contribuera à traiter les problèmes de recrutement, de rétention de personnel expérimenté, et d’autres questions relatives à l’emploi auxquels la fonction publique doit faire face. Ian Clapperton, SPPA Langue d’origine: anglais EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 L’arrêt de la Cour fédérale de Justice concernant la reconversion du régime de retraite complémentaire du service public et ecclésiastique Introduction Le 14 novembre 2007, une des plus grandes réformes, voire même la plus grande réforme, d’un régime de pension professionnelle en Allemagne a atteint un important objectif intermédiaire. Dans un arrêt de doctrine la Cour fédérale de Justice a avalisé la reconversion de l’ancien régime chapeau de retraite complémentaire du service public et ecclésiastique en un nouveau régime à points. Dans ce même arrêt, la Cour a jugé que le mode de calcul des points de retraite à porter en avoir sur le compte retraite des salariés dits « loin de la retraite » ne pouvait pas faire l’objet d’un recours juridictionnel. Ces avoirs en points servent à exprimer les droits acquis avant la modification du régime. On entend sous « salariés loin de la retraite » tous les travailleurs ayant moins de 55 ans au 1er janvier 2002. Dans la pratique, cette définition concerne plus de 4 millions d’affiliés, dont 1,7 millions affiliés auprès de la Caisse d’assurance vieillesse de Versorgungsanstalt des Bundes und der Länder (VBL) qui a été la partie intimée dans la procédure devant la Cour fédérale de Justice. Par contre, cette dernière constate que la valeur d’annuité de 2,25% pour chaque année d’affiliation obligatoire est contraire au principe de l’égalité de traitement de la Loi fondamentale, car ce taux implique une affiliation de plus de 44,44 années pour un salarié avant d’atteindre une retraite à taux plein. De ce fait, les dispositions de reconversion sont finalement invalidées. Etant donné que le demandeur a introduit un recours constitutionnel auprès de la Cour constitutionnelle fédérale, le chapitre « changement de régime » n’est toujours pas clos de façon définitive, car il faut généralement plusieurs années avant d’obtenir une décision du tribunal suprême allemand. Et enfin, les partenaires sociaux du service public devront intégrer ce jugement dans leurs conventions collectives qui régule la retraite professionnelle. Ainsi le sujet préoccupera les responsables pendant un certain laps de temps encore. 5 Le changement de régime Pendant plus de 30 ans, la retraite complémentaire du service public et ecclésiastique avait la forme d’un régime chapeau. En raison d’un certain nombre de difficultés, surtout d’ordre financier, les partenaires sociaux du service public, compétents en matière de retraite professionnelle, sont convenus fin 2001 de clore le régime chapeau et de mettre à sa place un régime à points (cf. I.) Puisque tous les salariés devaient continuer à bénéficier d’une retraite complémentaire, bien que sous une forme modifiée, il a fallu fixer des dispositions de reconversion pour transférer les droits acquis dans l’ancien régime vers le nouveau régime (cf. II). Le chemin vers le régime à points De 1967 à 2001, les conventions réglant les prestations de la retraite complémentaire fournissaient une pension différentielle portant le taux de remplacement maximal possible à 91,75% du dernier salaire net. Concrètement, c’est le régime de retraite complémentaire qui servait à compléter la pension du régime général jusqu’à ce montant maximum. De cette manière, et dans un souci de traitement égalitaire, la retraite des employés et des ouvriers du secteur public se situait pratiquement au même niveau que la pension civile des fonctionnaires. Au cours des dernières années avant le changement du régime, celui-ci a été confronté à des difficultés financières croissantes qui ont amené certaines caisses de retraite professionnelle à augmenter brutalement leurs taux de cotisation. Dans une large mesure, les charges supplémentaires ont été déclenchées par des durées de prestations de plus en plus longues dues au fait de la sortie de plus en plus précoce de la vie active, combinée avec une augmentation simultanée de l’espérance de vie. Par ailleurs, la relation entre le nombre des affiliés actifs et le nombre des bénéficiaires d’une prestation vieillesse s’est aggravée de plus en plus. Ce phénomène a surtout été provoqué par la diminution constante des effectifs dans le secteur public d’une part et par le nombre croissant des bénéficiaires d’autre part, conséquence d’une politique de recrutement pléthorique du service public dans le passé. N° 29 - 05/2008 EURO PENSION BULLETIN Une partie de la surcharge financière est due aux évolutions du droit fiscal et social et aussi à celles des pensions civiles des fonctionnaires et du régime général d’assurance vieillesse. C’était le point faible de l’ancien régime qui assurait donc des prestations retraite similaires à la pension civile des fonctionnaires et devait donc se référer aussi bien au régime des fonctionnaires qu’au régime général. Comme il était de plus fixé sur un montant net des prestations, il lui fallait s’adapter à chaque évolution du droit fiscal et social. Ainsi le régime chapeau dépendait directement des évolutions de quatre domaines du droit, rendant ainsi impossible une programmation financière anticipative. Au cours des dernières années avant le changement de régime, la jurisprudence de la Cour constitutionnelle fédérale a eu, elle aussi, des incidences sur le facteur coût. Si le droit régissant les prestations n’avait pas été modifié, un certain nombre des décisions de la Cour aurait provoqué le doublement des contributions des employeurs au régime complémentaire. Indépendamment de toutes ces causes, le public a fini par rejeter la complexité croissante du régime chapeau qui avait subi presque 40 modifications de ses statuts depuis 1967. Vu cette situation, les partenaires sociaux se sont mis d’accord sur un changement radical du régime entraînant la clôture de l’ancien régime chapeau. Pour les raisons évoquées ci-dessus, la poursuite de l’ancien régime pendant des décennies jusqu’à extinction des tous les droits acquis par les affiliés n’aurait pas été raisonnable et les partenaires sociaux ont donc décidé d’un transfert global des droits acquis vers le nouveau régime à points. Ce transfert concerne les droits acquis par tous les affiliés obligatoires et les affiliés inactifs quelque soit leur age. Tous les salariés du service public et ecclésiastique sont des affiliés obligatoires. Les affiliés inactifs sont des personnes ayant quitté le service public avant l’age de la retraite sans droit immédiat à une prestation. Au moment du changement, on comptait pour toute l’Allemagne environ 4,9 millions d’affiliés obligatoires et 2 millions de bénéficiaires de prestations. Le calcul forfaitaire des droits acquis dans l’ancien régime Vu ces chiffres, le transfert ne pouvait se faire qu’en appliquant un procédé forfaitaire. 6 Il concernait la majorité des affiliés obligatoires, à savoir les affiliés dits « loin de la retraite », qui, au moment du changement de régime n’avaient pas encore atteint l’age de 55 ans. Ils étaient 4,2 millions parmi les 4,9 millions d’affiliés obligatoires, donc de loin le plus grand contingent. Les droits acquis dans l’ancien régime chapeau ont été calculés selon le schéma suivant qui faisait appel aux valeurs à la date du 31 décembre 2001, date de référence de la reconversion (salaires, grille fiscale, cotisations sociales, état civile etc.). • Dans un premier temps, la rémunération validable pour la retraite a été déterminée, en principe, à partir du salaire normal moyen des trois dernières années civiles. • Dans un deuxième temps, un plafond a été appliqué à la rémunération validable (comme cela se faisait aussi dans l’ancien régime), tout en déduisant la part des impôts sur le revenu et des cotisations sociales conformément aux dispositions des statuts en vigueur jusqu’au 31.12.2001. Cette rémunération nette fictive a été ensuite multipliée par le facteur 91,75% (= taux de remplacement maximum). On obtient ainsi la pension totale fictive. • L’étape suivante consistait à calculer forfaitairement la retraite de base du régime général. Le calcul de la retraite du régime général a été fait par une méthode d’approximation. Pour simplifier, elle détermine les futurs droits à la retraite uniformément sur la base de 45 années d’affiliation. • Ensuite, la pension différentielle a été déterminée. Il s’agit de la différence entre la totalité de la pension vieillesse et la retraite du régime général déterminée par la méthode d’approximation. Pour déterminer des droits acquis, on a porté en compte 2,25% de la pension différentielle pour chaque année d’affiliation. • Le montant des droits acquis ainsi déterminé a été ensuite convertis en points de retraite en le divisant par la valeur du point fixé à 4 €. Le nombre des points est porté en « avoir de démarrage » sur le compte retraite de l’affilié et exprime la contre-valeur des ses droits acquis dans l’ancien régime. N° 29 - 05/2008 EURO PENSION BULLETIN L’arrêt de la Cour fédérale de Justice du 14 novembre 2007 Dans la mesure où les « avoirs de démarrage » de plus de 4 millions de personnes appartenant à la catégorie des affiliés « loin de la retraite » ont été calculés selon une méthode forfaitaire, il est clair qu’il fallait s’attendre à des réclamations suivies de procédures juridiques. Il est vrai que certains affiliés ont, en raison du mode de calcul, subi des pertes parfois considérables qu’ils n’auraient pas subi si l’ancien régime avait été maintenu sans modification. Nonobstant, la Cour fédérale de Justice est d’avis que la reconversion du régime ainsi que le calcul forfaitaire ne sont pas susceptibles d’un recours juridictionnel. En disant cela, la Cour s’écarte considérablement de la décision antérieure d’une Cour d’appel qui a été résumée dans le N° 23 de l’EPB de janvier 2006. Dans son arrêt de 69 pages, la Cour fédérale de Justice souligne que la reconversion du régime de retraite complémentaire est une décision fondamentale des partenaires sociaux qui, en raison de leur autonomie tarifaire garantie par la Loi fondamentale, n’est accessible au contrôle juridictionnel que de manière restrictive. Du fait de cette autonomie garantie, les partenaires sociaux jouissent pour la conception de leurs conventions d’une marge de manœuvre qui est nettement plus grande que celle du législateur ou celle des régimes de retraite professionnelle de droit privé. Par contre, pour les partenaires sociaux aussi, il existe des limites à ne pas franchir. Ces limites sont celles posées par les droits fondamentaux et l’état de droit ; elle s’expriment de manière concrète dans le principe de la protection de la confiance légitime et dans le principe de la proportionnalité. En matière de droits fondamentaux, la Cour mesure les faits qui lui sont soumis à décision à l’aune du principe de l’égalité du traitement et du principe de la garantie de la propriété. La Cour fédérale de Justice constate par contre que la valeur d’annuité de 2,25% pour chaque année de service va à l’encontre du principe de l’égalité de traitement, car elle implique qu’il faut plus de 44,44 années de service pour obtenir une retraite à taux plein. Ainsi la Cour invalide finalement les règles appliquées à la reconversion. Par ailleurs, la Cour fédérale de Justice se questionne concernant la légalité de l’utilisation exclusive de la méthode d’approximation pour déterminer le montant de la pension due au titre du régime général. 7 En procédant ainsi, on a supprimé aux affiliés la possibilité de présenter un avis de retraite réel pour le calcul de leur future pension. En fin de compte, la Cour n’a pas tranché cette question. Elle invite par contre les partenaires sociaux à revenir sur ce volet lors du remaniement nécessaire de leurs dispositions de reconversion. L’arrêt de la Cour fédérale de Justice du 14 novembre 2007 ne constitue pas encore le point final de la reconversion du régime de retraite complémentaire du service public et ecclésiastique. Il reste encore la décision de la Cour constitutionnelle fédérale et la transposition de l’arrêt par les partenaires sociaux. Ces derniers, après une analyse approfondie des considérants de l’arrêt, rechercheront au cours des prochains mois comment transposer l’arrêt dans leurs conventions collectives. Tout en cherchant un arrangement valable et définitif, ils ne perdront pas de vue les coûts supplémentaires inévitables engendrés par le grand nombre d’affiliés concernés, plus de 4 millions. Hagen Hügelschäffer, AKA Langue d’origine: allemand Nouvelles évolutions chez ABP Le processus de déréglementation entamé au sein de l’UE en 1985 a occasionné une perte significative de sécurité. Des mesures conçues pour protéger les sociétés nationales et les institutions des états membres ont dû céder la place à des offres européennes, à l’exception de quelques combats d’arrière-garde. Même s’il ne s’agit peut-être pas encore d’une évidence pour tous, il ne reste que très peu de sociétés véritablement nationales. Les sociétés nationales sont devenues internationales, et ces sociétés internationales deviennent des opérateurs mondiaux. Ces évolutions n’ont pas épargné le secteur des pensions, et certainement pas ABP, qui a établi une position forte sur le marché aux Pays-Bas depuis sa création il y a plus de 85 ans. Afin d’accroître la solidité du système de pension collectif dans ce nouvel environnement et de sauvegarder les intérêts des affiliés à long terme, des évolutions structurelles sont nécessaires. EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 La situation 8 clients modernes ce qu’ils attendent survivront au bout du compte. Une façon d’y parvenir est d’adopter une nouvelle structure d’organisation où l’administration des pensions est gérée indépendamment du fonds de pension lui-même. Le gouvernement néerlandais, qui souhaite que les fonds de pension évoluent dans ce sens, a explicitement incité à l’adoption de cette nouvelle structure dans la nouvelle Loi néerlandaise sur les Pensions. L’Association Néerlandaise de Fonds de Pension de Branche (Vereniging van Bedrijfstakpensioenfondsen, VB) est également en faveur de l’adoption. La réorganisation des missions fiduciaires et de l’administration professionnelle aux Pays-Bas ouvre de nouvelles perspectives dans une Europe unie où les fonds de pension devront au bout du compte défendre leur système entièrement provisionné, focalisé sur le long terme, contre l’attrait d’autres systèmes. En même temps, les fonds de pension devront faire face à de nouvelles formes de concurrence pour les affiliés. Les flux massifs d’argent et les autres intérêts majeurs en jeu attireront une forte concurrence, d’un nombre croissant et d’une plus grande diversité de concurrents de taille. L’arrivée récente des premières compagnies d’assurance chinoises en Europe nous rappelle que trop bien que seules les institutions qui offrent aux Séparation Compte tenu de la nécessité pour ABP de s’assurer qu’elle (et l’industrie financière néerlandaise dans son ensemble, vu sa position dominante sur le marché néerlandais) sera dans la meilleure position possible pour relever les défis de l’avenir, les représentants des employeurs et des employés au Directoire d’ABP ont décidé en 2007 d’effectuer une séparation au sein d’ABP, à l’époque un fonds de pension autogéré, prenant effet le 1er mars 2008. Cette décision a nécessité courage et vision. Stichting Pensioenfonds ABP (fonds de pension du secteur public et de l’éducation) continue d’exister, tout comme le Directoire d’ABP, avec ses conseils et comités, et rien n’a changé pour ce qui concerne les devoirs et les responsabilités vis-à-vis des affiliés. La nouveauté, c’est que depuis le 1er mars 2008 toutes les activités, à l’exception des services administratifs du Directoire et du Conseil d’Administration, sont du ressort de la nouvelle agence de gestion d’ABP. Outre la gestion des pensions et les investissements, il est essentiel d’assurer une communication claire avec les affiliés et les acteurs concernés sur tous les aspects du régime et de son financement. Rendements cumulatifs 1993 - 2007 350 7,9% 300 250 5,8% 200 3,0% 150 100 Year-end 1992 = 100 50 0 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03 04 05 06 07 Nominal return Real return ‘Prudent’ real return (3%) EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 9 Rendements sur portefeuille (%), basés sur la couverture dollars US Pondération Portefeuille 2007 40,4 Placements à rendement fixe 55,2 Actions et placements alternatifs 38,4 Placements en actions 9,2 Immobilier et fonds de placements immobiliers 3,4 Actions de sociétés fermées 1,0 Infrastructures 3,2 Marchandises 4,4 Autres placements (principalement des fonds de couverture) 100,0 Total Rendement 2007 1,9 5,2 5,3 (9,4) Rendement 2006 0,9 17,0 13,5 35,7 29,4 21,0 31,0 13,2 29,8 41,3 (18,5) 9,5 3,8 9,5 Un large soutien Une expérience internationale La nouvelle structure permet à l’agence de gestion to se concentrer uniquement sur les tâches qui lui ont été confiées, créant ainsi des opportunités innovatrices de servir les intérêts des participants. Des alliances ou fusions sont possibles, et la nouvelle agence de gestion peut en principe accepter d’autres clients. Une telle évolution augmenterait la pression et ne serait couronnée de succès que si les performances de la société sont suffisamment bonnes pour lui offrir une base forte, la rendant plus apte à faire face à la concurrence. Il existe de nouvelles incitations à développer l’expérience et le savoirfaire, les frais généraux peuvent être réduits tout en accroissant les services. Ce qui nous amène au cœur de la question. De nombreuses études internationales indépendantes montrent que les systèmes de pension collectifs, comme celui utilisé pour les employés aux Pays-Bas, constituent de loin le moyen le moins onéreux de financer efficacement une retraite décente pour tous les affiliés. Nous pouvons aujourd’hui récolter les fruits de cette force. Une dimension plus importante signifie qu’il est possible de répartir les risques davantage et donc de façon plus efficace, et les organismes solides sont les mieux armés sur les marchés financiers turbulents de notre époque. Avec 2,7 millions d’affiliés et des actifs s’élevant à 217 milliards d’Euros, ABP fait partie des trois premiers fonds de pension du monde. Cela fait de nombreuses années qu’ABP agit sur le marché international. Cette activité a commencé bien avant sa privatisation en 1996, en se tournant vers les investissements internationaux avec l’objectif spécifique de tirer profit des opportunités de réaliser des rendements favorables et stables pour les affiliés à long terme. En 1990, ABP a ouvert son premier bureau pour les investissements en Amérique du Nord à Boston. Le bureau a déménagé à New York en 1998, alors que des experts en investissements américains et néerlandais rejoignaient l’équipe. La même année, un nouveau bureau a été ouvert à l’Aéroport International Schiphol d’Amsterdam, consacré principalement à l’investissement, et un bureau d’investissement a été ouvert à Hong Kong en 2007. Prêt à exporter Même si cela fait un certain temps qu’ABP agit sur le marché international, ses activités en matière de pensions ont été cantonnées aux Pays-Bas, étant donné que jusqu’à récemment ABP était un fonds de pension autogéré de secteur, ou de branche. La séparation récente d’ABP en fonds de pension et agence de gestion ouvre donc de nouvelles perspectives. EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 10 Dix premiers placements en actions 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (1) (2) (-) (8) (3) (5) (-) (-) (10) (-) Exxon Mobil Corp Royal Dutch Shell Plc Koninklijke Philips Electronics N.V. Vodafone Group Plc BP Plc General Electric Co ENI SpA ING Groep N.V. Microsoft Corp Petroleo Brasileiro SA Total – dix premiers placements en actions Total du portefeuille actions Ceci étant, les premiers contacts internationaux d’ABP en matière de pensions remontent à 1990. Cela fait de nombreuses années qu’ABP est associée à des initiatives internationales, comme l’AEIRSP et l’Association Européenne des Fonds de Pension EFRP basée à Bruxelles, créée en 1981 et centrée sur les régimes de retraite européens. Le gouvernement néerlandais actuel, ainsi qu’un certain nombre d’acteurs financiers majeurs du pays, sont aujourd’hui convaincus que le système de retraite néerlandais pourrait également bénéficier à des personnes en dehors des Pays-Bas et qu’il est prêt à être exporté. Cette idée est conforme aux objectifs du tout nouveau Holland Financial Centre à Amsterdam, une initiative encourageant la coopération au sein de la communauté financière. en millions d’Euros % 1 163 767 761 601 601 581 567 554 540 502 1,4 0,9 0,9 0,7 0,7 0,7 0,7 0,7 0,7 0,6 6 637 82 323 8,0 100,0 Une délégation de la Trésorerie du Canada a récemment rendu visite à un certain nombre d’organismes aux Pays-Bas, dont la nouvelle agence de gestion d’ABP, dans le cadre d’une étude en vue du passage à la capitalisation au Canada. A l’exception du Danemark, des Pays-Bas, de la Suède et du Royaume-Uni, les régimes de retraite professionnelle de nombreux pays européens ne sont pas complètement provisionnés pour le moment. Au fur et à mesure du vieillissement des populations de ces pays, leurs citoyens les plus âgés en souffriront en raison d’éventuels goulots d’étranglement financiers. Notre système, basé sur la solidarité et la collectivité, restera stable grâce à la participation obligatoire. Cette stabilité pourrait être très recherchée dans un continent où la sécurité financière se fait de plus en plus rare. Conséquences Léon Janssen, ABP Des pensions selon les principes du système néerlandais pourraient jouer un rôle dans les pays où les retraites du 2ème pilier (professionnelles) ne sont pas bien développées (notamment parce qu’elles y sont bien trop chères et manquent de transparence). Etats-Unis Royaume Uni Pays-Bas Royaume Uni Royaume Uni Etats-Unis Italie Pays-Bas Etats-Unis Brésil Langue d’origine: anglais EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 Les régimes spéciaux du premier piller en Europe Dans la majorité des pays européens, des régimes spéciaux pour les fonctionnaires et pour des professions spécifiques du secteur public existent ou ont existé. Cet article étudie les raisons historiques et l’organisation de ces régimes, ainsi que les motifs des mesures de déréglementation. L’article se base sur un questionnaire du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) diffusé et renseigné parmi les institutions membres de l’AEIRSP. Le COR est une structure indépendante créée en 2000, placée directement auprès du Premier Ministre. Il s’agit d’un lieu permanent d’études et de concertation dans le domaine des retraites, rassemblant tous les acteurs impliqués : parlementaires, représentants de l’Etat, experts, représentants syndicaux, représentants des familles et des retraités (39 membres au total). Les travaux du COR sont considérés comme une référence en France. La mission du COR est notamment d’élaborer, au moins tous les cinq ans, des projections financières à long terme pour le régime légal de retraite, de participer à l’information sur le système de retraite et sur les effets des réformes et également de suivre l’évolution des niveaux de vie des actifs et des retraités. Parmi les membres de l’AEIRSP, des institutions de neuf pays ont répondu au questionnaire : APG, Pays-Bas AKA, Allemagne 11 Les régimes spéciaux des fonctionnaires Des systèmes de retraite spécifiques pour les fonctionnaires existent dans la majorité des pays ayant participé au questionnaire. En Suède, tous les employés du secteur public sont affiliés au même régime de retraite. Au Portugal et en Autriche, les régimes spéciaux des fonctionnaires ont été fermés aux nouveaux entrants en 2005. Les régimes spéciaux existants sont soit des régimes de retraite de base (Finlande, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne), soit des régimes complémentaires, offrant un complément au régime de base qui concerne la totalité de la population (Pays-Bas, Suède). Hormis les fonctionnaires, il existe des régimes de retraite spécifiques pour certains secteurs qui faisaient autrefois partie de la fonction publique, comme les chemins de fer et les services postaux en Italie et Telefónica en Espagne, même si ce dernier a été intégré au régime général. Aux Pays-Bas, il existe des régimes complémentaires spécifiques, notamment pour les salariés des chemins de fer, de l’électricité, de la poste ou du gaz. Raisons historiques L’idée d’un régime de retraite (séparé) prend sa source dans la relation fiduciaire du fonctionnaire avec l’Etat. Ce régime est ou était destiné à permettre au fonctionnaire un service et une retraite appropriés, sans difficultés économiques. Par ailleurs, les fonctionnaires avaient généralement des rémunérations inférieures à celles du privé, à compétences égales, et recevaient en compensation des prestations sociales plus élevées, ou, par le passé, une compensation du simple fait de recevoir une retraite. Généralement, les régimes de retraite des fonctionnaires sont d’ailleurs plus anciens que les régimes généraux. CGA, Portugal ELKARKIDETZA, Espagne EPSV, Espagne Poids dans le système des retraites dans son ensemble INPDAP, Italie KEVA, Finlande KPA et SPV, Suède SPPA, Ecosse VBV, Autriche Les régimes spéciaux des fonctionnaires jouent un rôle important dans le paysage des retraites de leurs pays respectifs. Evidemment, leur volume est nettement inférieur à celui du régime général. Au Portugal, le régime général représentait un volume environ sept fois supérieur à celui de l’ancien régime des fonctionnaires, en termes d’affiliés actifs et de retrai- EURO PENSION BULLETIN N° 29 - 05/2008 tés. L’Allemagne compte environ 1,7 millions de fonctionnaires, ce chiffre étant à comparer aux 50 millions d’affiliés (actifs et inactifs) du régime général. Une situation semblable existe en Espagne, où le régime spécial compte environ 450 000 affiliés et 590 000 retraités, par rapport aux 19,3 millions d’affiliés et 8,3 millions de retraités du régime général. Situation démographique Tout comme les régimes généraux, les régimes de retraite des fonctionnaires doivent faire face à des évolutions démographiques. Au Royaume-Uni, les régimes de retraite du secteur public ont été modifiés afin d’assurer leur viabilité à l’avenir. La viabilité constituait également l’objectif de la création de fonds de réserve pour la retraite en Allemagne, aussi bien au niveau fédéral que dans certains Länder, afin de faire face à la situation démographique. Aux Pays-Bas et en Finlande, les régimes spéciaux sont également en mesure de maintenir un équilibre eu égard à leur situation démographique. Des réformes ont été adoptées afin de répondre à la situation démographique des régimes (voir ci-dessous). 12 généralement inférieur au salaire réel. L’âge de la retraite peut également varier, mais cette disposition ne s’applique généralement qu’aux militaires ou fonctionnaires de police. Réformes Des réformes ont été engagées dans quasiment tous les pays depuis 2001. Une question importante a été celle de l’augmentation de l’âge de la retraite (Royaume-Uni en 2007, Finlande en 2005, Allemagne en cours de discussion pour les fonctionnaires) afin de tenir compte de la situation démographique, notamment l’accroissement de l’espérance de vie, ainsi que de soutenir la capacité des employés seniors à gérer leur travail. D’autres réformes ont ciblé la réduction du taux de pension (Allemagne : progressivement de 75% à 71,75%). Comme nous l’avons déjà vu, le régime spécial des fonctionnaires en Autriche et au Portugal a été intégré au régime général. En Espagne, il n’y a pas eu de réformes règlementaires approfondies au cours des dernières années, que ce soit au niveau du calcul des prestations ou au niveau du paiement des cotisations, et de telles réformes ne sont pas prévues dans un avenir proche. Règles différentes Conclusion Les modes de calcul des régimes généraux et spéciaux sont identiques ou ont été harmonisés en Finlande, au Portugal, en Autriche et aux Pays-Bas. Au Royaume-Uni et en Allemagne, le régime des fonctionnaires est un régime de dernier salaire censé ressembler à une combinaison de pension de base et de pension complémentaire. En Espagne, l’indexation et les plafonds de pension sont identiques pour tous les régimes. Le calcul est cependant différent. Pour le régime général, le calcul se fait sur la base du salaire réel, jusqu’à une certaine limite. Pour le régime des fonctionnaires, le calcul se base Il existe des régimes spéciaux pour les fonctionnaires dans de nombreux pays – qu’il s’agisse de régimes de base ou de régimes complémentaires. Tous ces régimes doivent faire face à des défis afin d’assurer leur viabilité à l’avenir. Les solutions à ces défis peuvent varier d’un pays à l’autre, selon les besoins et le contexte spécifiques de chaque pays. Eva Kiwit, BVK Langue d’origine: anglais s European association of public sector pension institutions Secretariat General: Denninger Straße 37, 81925 München, Germany Tel.: + 49 (0) 89 9235-8077 - Fax.: + 49 (0) 89 9235-8599 - [email protected] - www.eapspi.eu