3- ADOUBI (28-34).indd - African Index Medicus
Transcription
3- ADOUBI (28-34).indd - African Index Medicus
ASPECTS EPIDEMIOLOGIQUES, CLINIQUES ET THERAPEUTIQUES DE L’HYPERTENSION ARTERIELLE A BOUAKE RESUME Auteurs Déterminer le profil épidémiologique et clinique des hypertendus à Bouaké. Présenter les résultats de leur prise en charge. ADOUBI K. A.1* NGUETTA R.2 YANGNI-ANGATE K.H.1 DIBY K.F.1 ADOH A.M.2 Une étude multicentrique (cinq centres de santé) a été menée de janvier à décembre 2001, dans la ville de Bouaké, chez des hypertendus traités et suivis pendant au moins six mois. Ont été exclus les sujets atteints d’hypertension artérielle secondaire ou d’hypertension gravidique. 553 patients, à majorité de sexe féminin (57%), vivant principalement en zone urbaine ont été retenus. L’âge moyen était de 53,7 ± 12,3 ans. L’hypertension artérielle était sévère chez 388 patients (70%), compliquée chez 149 malades Services (27%) et associée à d’autres facteurs de risques dans 168 cas (30,3%). Le traitement initial comprenant toujours un régime 1- Université de Bouaké hyposodé, a été une monothérapie dans 60,6% des cas, une 2- Université d’Abidjan bithérapie dans 30,7% des cas et une trithérapie chez 6,1% Cocody de patients. Les diurétiques ont été les antihypertenseurs les plus souvent prescrits. Après 6 mois de suivi, 296 patients (53,5%) ont vu leur pression artérielle se normaliser (pression artérielle inférieure à 140/90 mmHg) sous une monothérapie Correspondance dans 32,1% des cas, une bithérapie dans 39,2% des cas et une trithérapie ou plus dans 27% des cas. *06 BP 524 Abidjan 06. Cette étude semble confirmer que l’hypertension artérielle du Côte d’Ivoire sujet de race noire est une forme particulièrement grave et qu’une Fax : 225 21259210 [email protected] polythérapie est souvent nécessaire pour la normaliser. Mots-clés : Hypertension, Epidémiologie, Traitement, Prise en charge. SUMMARY Specify epidemiological and clinical profile of hypertension patients living in Bouaké. And present their management result. A multicenter study was carried out from January to December 2001 in Bouaké, a city of Côte d’Ivoire, among hypertension patients. These patients were treated and followed up at least during six months. Patients whose hypertension were a secondary one or associated with a pregnancy were excluded from the study. Cah. de Santé Santé Publique, Publique, Vol.Vol. 5, 5, n°2n°2 - 2006 - 2006 © EDUCI 2006 28 Five hundred and fifty three subjects, mainly female sex one (57%), living in urban area were selected. Mean age were 53.7 ± 12.3 years. Severe hypertension was found in 388 patients (70%) and complications in 149 one (27%). In 168 cases there was a concomitant disease in treatment. Initial medication always associated with a regimen was a monotherapy in 60.6% of patients, a bitherapy in 30.7% of case and a tritherapy in 6,1% of case. Diuretics were the most prescribed. After 6 months of follow-up, Blood pressure was normal (less than 140/90 mmHg) in 296 (53.3%) subjects. At this time, a monotherapy was administered in 32,1% of case, a bitherapy in 39.2% of case and a tritherapy or more in 27% of case. Key words : Hypertension, Epidemiology, Treatment, Mangement. INTRODUCTION Dans les pays industrialisés, l’hypertension artérielle est insuffisamment contrôlée dans la population générale. Cette situation est encore plus accentuée en Afrique subsaharienne où le taux d’hypertendus contrôlés, ne dépasse pas les 5% (1-3). Des politiques de santé publique insuffisantes vis-à-vis de ce fléau, et le coût trop élevé des antihypertenseurs pour les populations ont été retenus comme étant à la base de ce phénomène (4). Cependant, on peut aussi se demander si certains facteurs épidémiologiques et cliniques, et même la prise en charge médicale n’expliquent pas ces faibles résultats (5). Aussi, avons-nous voulu établir le profil épidémiologique, clinique des patients hypertendus d’une ville de la Côte d’Ivoire, suivis en consultation externe et évaluer leur prise en charge thérapeutique en pratique courante. MATÉRIEL ET MÉTHODES Nous avons réalisé dans la ville de Bouaké (Côte d’Ivoire), de janvier 2001 à décembre 2001 une étude multicentrique, ouverte, dans les services de consultation de cinq centres de santé dont un centre spécialisé en cardiologie. Quinze (15) médecins étaient impliqués dans ce travail. Étaient inclus, les patients hypertendus non traités ou non contrôlés venant pour la première fois consulter dans l’un des centres de santé retenus, et suivis dans ce centre pendant au moins 6 mois. Étaient exclus les hypertensions artérielles secondaires et les hypertensions gravidiques, les patients perdus de vue et les patients absents. Chez ces patients, ont été recueillis par un médecin en cours ou après les consultations : les données épidémiologiques, les facteurs de risque cardiovasculaire, les complications de l’hypertension artérielle, et les affections associées. La pression artérielle était mesurée en cours de consultation chez des patients au repos depuis au moins 5 minutes. Ces chiffres de tension étaient recueillis à : - J0 c’est-à-dire à la date d’institution du premier traitement (régime et/ou médicaments), - S3-4 : à la troisième ou quatrième semaine après l’institution du traitement, lorsque le patient venait au contrôle, - M6 : six mois après l’institution du traitement. ADOUBI K.A. & al. : Aspects épidémiologiques, cliniques... pp. 28-35 29 Les patients ont été classés selon leurs chiffres tensionnels, puis selon leurs facteurs de risque et complications selon la classification de la Joint National Comitee VIème édition (JNC6) (6). La tension artérielle a été considérée comme contrôlée (ou normalisée) lorsque la tension artérielle systolique était inférieure à 140 mm Hg et la tension artérielle diastolique était inférieure à 90 mm Hg. Les variables continues ont été exprimées en moyenne ± l’écart–type et les variables discrètes en pourcentage. Les classifications de l’hypertension artérielle ont été comparées à l’aide d’un test de Kappa pour y rechercher une éventuelle concordance. Les pressions artérielles systolique et diastolique moyennes ont été comparées au début et à la fin de l’étude à l’aide du test t pou séries apariées. Une valeur de p<0,05 a été considérée comme statistiquement significative. Ces données ont été analysées grâce au logiciel Epi-info 2000. RÉSULTATS Cinq cent cinquante-trois (553) patients ont été retenus pour ce travail. Leurs caractéristiques épidémiologiques et cliniques sont présentées au tableau I. Il s’agissait de patients de sexe féminin dans 57%, qui avaient pour facteurs de risque cardiovasculaire prédominant l’obésité. Plus d’un quart de patients présentaient des complications liées à l’HTA et plus d’un tiers une affection associée traitée concomitamment à l’HTA. Tableau I : Caractéristiques épidémiologiques et cliniques des 553 patients Données épidémiologiques et cliniques Age (ans) Sexe (F) Diabète Obésité (n=325) Tabac Hypercholestérolémie (n=118) Nombres (%) ou moyenne ± écart-type 53,7 ± 12,3 315 (57%) 38 (6,9%) 81 (25%) 82 (14,8%) 14 (11,9%) Complications Insuffisance cardiaque Accident vasculaire cérébral Insuffisance rénale Coronaropathie Cécité Pathologies associées Digestive Cardiovasculaire Pulmonaire Rhumatologique Autres 149 (27%) 83 (15%) 43 (7,9%) 31 (5,6%) 12 (2,2%) 3 (0,5%) 194 (35%) 79 (14,3%) 45 (8,1%) 29 (5,2%) 24 (4,3%) 24 (4,3%) Cah. Santé Publique, Vol. 5, n°2 - 2006 © EDUCI 2006 30 La classification de l’HTA selon les chiffres tensionnels a révélé que 70% des HTA étaient sévères (grade 3), (pression artérielle systolique ≥ 180 mmHg et/ou pression artérielle diastolique ≥ 110 mmHg). Mais le risque cardiovasculaire était faible pour plus de la moitié des patients du groupe (tableau II). La concordance entre les deux classifications était mauvaise (Kappa=0,26). Tableau II : Répartition des patients selon les 2 types de classification de l’hypertension artérielle de la JNC6. Classification de l’HTA selon les chiffres Classification de l’HTA selon le risque cardiovasculaire GRADE 1 GRADE 2 GRADE 3 RISQUE A RISQUE B RISQUE C 12 (2,2%) 153 (27,7%) 388 (70,1%) 295 (53,3%) 98 (17, 7%) 160 (29%) Le traitement initial comprenant toujours un régime hyposodé, a été une monothérapie dans 60,6% des cas, une bithérapie dans 30,7% des cas et une trithérapie chez 6,1% de patients (figure 1). Figure 1 : Proportion de patients selon le type de traitement prescrit à J0 et à M6. (Le régime hyposodé était le seul traitement prescrit dans 2,6% des cas.) En traitement initial (J0), les diurétiques ont été les antihypertenseurs les plus souvent prescrits (41,8%), suivis des inhibiteurs calciques (23%), puis des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC)) (14,9%). Les bêta-bloquants (14%) et les antihypertenseurs centraux (6,3%), ont été moins souvent prescrits (figure 2). ADOUBI K.A. & al. : Aspects épidémiologiques, cliniques... pp. 28-35 31 Figure 2 : Proportion de patients selon le type de traitement prescrit à J0 et à M6. Après 6 mois de suivi (M6), 296 patients (53,5%) ont vu leur pression artérielle se normaliser (pression artérielle inférieure à 140/90 mmHg). La pression artérielle, qui était en moyenne à 179,4 ± 25,3 mmHg pour la pression artérielle systolique et 106,4 ± 15,3 mmHg pour la pression artérielle diastolique, à J0 est passée à 144,3 ± 23,7 pour la systolique et 87,7 ± 14,9 mmHg pour la diastolique à S3-4 puis à 144,6 ± 23,9 mmHg pour la systolique et 87,6 ± 15,3 mmHg pour la diastolique à M6 (figure 3), soit une baisse moyenne en 6 mois de 34,6 mmHg pour la systolique (p<0,0001) et 18,8 mmHg pour la diastolique (p<0,0001) alors qu’il n’y a pas de changement significatif entre S3-4 et M6.. Au cours de cette période, le traitement a été modifié une fois chez 200 patients (29,8%), deux fois chez 125 patients (22,6%) et trois fois ou plus chez 62 patients (11,2%). Au final, les patients avaient comme traitement, un régime hyposodé seul dans 1,7% des cas, une monothérapie dans 32,1% des cas, une bithérapie dans 39,2% des cas et une trithérapie ou plus dans 27% des cas (figure 1). A ce stade aussi, les thérapies comprenaient plus de diurétiques (43,5%) et de calcibloquants (27,1%) que d’IEC (10,7%), de bêta-bloquants (16,9%) et d’antihypertenseurs centraux (1,7%) (figure 2). Figure 3 : Evolution de la pression artérielle systolique moyenne et diastolique moyenne des 553 patients à J0, S3-4 et M6. Cah. Santé Publique, Vol. 5, n°2 - 2006 © EDUCI 2006 32 DISCUSSION L’hypertension artérielle des sujets de race noire est considérée comme une forme particulièrement grave d’hypertension en raison de sa forte prévalence, mais surtout en raison de ses complications plus sévères (7). Ces faits sont bien établis chez les Africains américains. En Afrique subsaharienne, les données épidémiologiques semblent indiquer que la prévalence de l’HTA est moins élevée qu’en Amérique, mais les complications sont toujours aussi dramatiques (8, 9). Dans notre étude, nous avons constaté que parmi les patients venant consulter, 70% présentaient une HTA sévère, et un tiers une complication liée à cette affection. Ces chiffres, qui ne sont vraisemblablement pas ceux rencontrés dans la population générale, sont cependant plus élevés que ceux que l’on rencontre dans les consultations d’hypertension ailleurs (10, 11). Ceux-ci peuvent être liés à un biais de sélection : seules les formes les plus alarmantes d’HTA se présentent à nos consultations. Il est cependant reconnu que les sujets de race noire ont une prévalence plus élevée d’HTA sévère que les sujets de race blanche. Des études pour confirmer ces données sont souhaitables. Les diurétiques, et à un niveau moindre les calcibloquants sont les antihypertenseurs les plus souvent prescrits dans notre travail, tant en traitement initial qu’en traitement final. Les travaux de Materson et al. ont démontré que ces antihypertenseurs ont une efficacité supérieure aux bêta-bloquants et aux IEC chez les sujets de race noire (12). Les recommandations actuelles préconisent l’utilisation des ces deux antihypertenseurs chez les sujets de race noire car plus efficaces dans ce type de population (13, 14). En plus, les diurétiques ont un coût beaucoup moins élevé que les autres antihypertenseurs, d’où la préférence des prescripteurs de Bouaké pour cette classe thérapeutique (15). Depuis l’étude HOT, il est établi que la monothérapie est insuffisante pour normaliser les chiffres tensionnels de la plupart des hypertendus (16). On constate ainsi, dans notre travail, que la monothérapie qui était le mode de traitement prédominant à la phase initiale a été supplantée par la bithérapie. En outre, les prescriptions de polythérapie (trithérapie ou plus) ont quadruplé. Les recommandations actuelles tendent à conseiller une bithérapie comme traitement initial de l’HTA modérée, particulièrement dans l’HTA du sujet de race noire qui a une hypertension reconnue comme difficile à normaliser (13, 14). Le contrôle de l’HTA est de 53% indépendamment de l’âge. Ces chiffres apparaissent tout à fait acceptables lorsqu’on s’intéresse aux hypertendus régulièrement suivis en consultation médicale. Dans ces cas, le pourcentage de patients contrôlés varie de 30 à 60%. Mais il dépend avant tout de la sévérité de l’hypertension et de «l’intensité» du traitement. Dans notre étude d’observation, nous pouvons donc dire que les praticiens ont été agressifs vis-à-vis de l’hypertension de leur patient. Cependant, il est difficile de juger de l’efficacité de cette prise en charge en raison du fait que nous n’avons pas retrouvé de population comparable dans la littérature et du fait qu’il n’y a pas de témoins pour analyser l’effet traitement sur les évènements cardiovasculaires. CONCLUSION Il apparaît que l’hypertension artérielle, prise en charge en consultation dans notre population est une forme sévère d’hypertension. Cependant, cette prise en charge, bien conduite, ne peut expliquer le faible pourcentage de sujet contrôlé dans la population générale. Une forte proportion de patients non traités est certainement à la base de ce phénomène. ADOUBI K.A. & al. : Aspects épidémiologiques, cliniques... pp. 28-35 33 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1. ERDINE S.How well is hypertension controlled in Europe ? European Society of Hypertension Scientific Newsletter 2000 1 (3) 1-2. 2. CAPPUCCIO FP, MICAH FB, EMMETT L and al. Prevalence, Detection, Management, and Control of Hypertension in Ashanti, West Africa. Hypertension. 2004 ; 43 : 1017. 3. AMOAH AG. Hypertension in Ghana: a cross-sectional community prevalence study in greater Accra. Ethn Dis. 2003 ; 13 (3) : 310-5. 4. ISAH AO, OLUMESE C, OMOROGIUWA I. Les possibilités d’accès aux médicaments antihypertenseurs : évolution des prix en 7 ans (1998-1994) dans CHU Nigérian. Cardiol Trop. 1997 ; 23 : 45-49. 5. SALAKO B.L., AYODELE O .E, KADIRI S., ARIJE A. Assessment of blood pressure control in a black African population. Cardiol Trop. 2002 (28) : 3-6. 6. JNC 6. National High Blood Pressure Education Program. The sixth report of the Joint National Committee on Prevention, Detection, Evaluation, and Treatment of High Blood Pressure. Arch Intern Med. 1997 ; 157 : 2413–2446. 7. MUNA WFT. L’hypertension : un fléau pour le 21ème siècle en Afrique sub-sahaérienne. Quelles sont les actions nécessaires ? Méd Afr Noire : 1999, 46. 8. KHAN JM,BEEVERS DG. .Management of hypertension in ethnic minorities. Heart 2005 ; 91 ; 1105-1109. 9. COOPER R, ROTIMI C. Hypertension in Blacks. Hypertens 1997 ; 7 : 804–812 10. OPIE LH, SEEDAT YK. Hypertension in sub-Saharan African populations. Circulation. 2005 Dec 6 ; 112 (23) : 3562-8. 11. ISAZA CA, MONCADA JC, MESA G, OSORIO FJ. Effectiveness of treatments for hypertension in a sample of Colombian patients. Biomedica. 2004 Sep ; 24 (3) : 273-81. 12. MATERSON BJ, REDA DJ, CUSHMAN WC, et al. Single-drug therapy for hypertension in men. A comparison of six antihypertensive agents with placebo. N Engl J Méd 1993 ; 328 : 914–21. 13. CHOBANIAN A.V, BAKRIS G.L, Black H.R and al. Seventh report of the joint national committee on prevention, detection,evaluation, and treatment of high blood pressure. Hypertension. 2003;42:1206–1252. 14. Douglas J.G, Bakris G.L, Epstein M an al. Management of high blood pressure in African Americans. Consensus statement on hypertension in African Americans working groups on the International Society of Hypertension in Blacks. Arch Intern Méd. 2003 ; 163 : 5245-541. 15. BERTRAND Ed. Prise en charge de l’hypertension en Afrique subsahérienne. Cardiol Trop. 2005 ; 31 : 11-14. 16. HANSONN L, ZANCHETTI A, Carruthers SG, et al. Effects of intensive blood pressure lowering and low-dose aspirin in patients with hypertension : Principal result of the Hypertension Optimal Treatment (HOT) randomised trial. Lancet. 1998 ; 351 : 1755-1768. 17. SELCUK M, RAMAZAN T, ZEKERIYA A and al. Evaluation of patients with hypertension in the light of the JNC7 report: use of combination and individualised therapy in unsatisfactory. Middle East Journal of Family Medicine, 2004 ; 2 (5) : 1-9. 18. KRAMER H, HAN C, POST W AND Al. Racial/Ethnic Differences in Hypertension and Hypertension Treatment and Control in the Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis (MESA). Am J Hypertens 2004 ; 17 : 963–970. Cah. Santé Publique, Vol. 5, n°2 - 2006 © EDUCI 2006 34