Extrait À propos du document /titre Disparue à Las Vegas
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Extrait À propos du document /titre Disparue à Las Vegas
MERCURE NOIR Collection dirigée par Marie-Pierre Gracedieu VU TRAN Disparue à Las Vegas roman Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Bru MERCVRE DE FRANCE À mes parents Tu pleurais lors de notre première nuit en mer, tu réclamais ton père. Le visage enfoui contre mes cuisses, tu te bouchais l’oreille de ton poing fermé comme pour t’isoler de ma voix. Une nouvelle fois, je t’ai expliqué qu’il fallait que nous partions et qu’il ne pouvait pas nous accompagner. Il nous rejoindrait bientôt. Mais tu continuais à secouer la tête. Étais-je incapable de te rassurer ? Ou bien refusais-tu déjà, à quatre ans, de croire en des mensonges ? Difficile à dire. Tu t’es détournée de moi, si seule dans ta détresse que je n’ai plus voulu te consoler. Je n’en avais de toute façon jamais été capable. Lui seul parvenait à t’apaiser. Mais pourquoi, même à présent, ne te suffisais-je pas ? T’es-tu imaginée que moi aussi, je mourrais sans lui ? Tu as fini par t’endormir, comme tout le monde autour de nous. Les gens étaient étendus côte à côte, les jambes entremêlées, assis, adossés à ce qu’ils trouvaient. Au cours des neuf jours suivants, viendraient la soif et la faim, la maladie, la mort. Mais en cette première nuit, nous avions enfin pris la mer, quatre-vingt-dix d’entre nous ; et bercé par le roulis, chacun dormait à poings fermés. Assise juste sous le plat-bord, la mer projetant ses embruns sur le haut de ma tête, j’écoutais toussoter le moteur du bateau qui nous emportait vers la Malaisie, toujours plus loin de chez nous. Ce son, c’était nous qui abandonnions tout. En vérité, moi aussi je ne pensais qu’à ton père. Le matin de notre départ, je te portais, endormie, dans l’obscurité qui précède l’aube, et je m’attardais avec lui pendant que d’autres nous appelaient depuis le seuil. Il a déposé un baiser sur ton front. Puis il a tourné les yeux vers moi, a mis un court instant la main sur mon bras avant de la passer sur son crâne rasé. Je voyais la maladie sur son visage. L’incertitude aussi, qui venait troubler son calme habituel. Il nous avait déjà dit au revoir en pensée et ne savait pas comment le dire de nouveau en personne. Je ne voulais pas partir, mais il m’avait forcée. Pour elle, m’a-t-il dit, avant de te contempler une dernière fois. Puis il m’a poussée dehors. Si jamais tu lis ces lignes un jour, sache que t’expliquer ce que j’ai fait ensuite nécessite que j’écrive d’abord tout cela. Tu es une femme maintenant, alors tu comprendras que ce n’est pas en tant que mère que je m’exprime mais en tant que femme, moi aussi. Cette première nuit, alors que je regardais les mouvements de ta poitrine calés sur ceux de la mer, j’ai souhaité que tu disparaisses. J’ai prié le Seigneur pour m’endormir et pour qu’à mon réveil, tu ne sois plus là. PREMIÈRE PARTIE CHAPITRE 1 Il était trois heures du matin. À demi nu derrière la porte d’entrée de mon appartement plongé dans le noir, j’observais la galerie déserte à travers le judas. J’avais parlé d’une petite voix enfantine, comme la voix d’un autre, venue du fond d’un puits. « Qui est là ? » répétai-je plus fort, avec davantage de conviction cette fois. Dehors, la lumière tressaillit, mais il n’y avait devant moi que la balustrade et la vague silhouette des arbres au-delà. J’attrapai la veste de mon uniforme sur le plan de travail de la cuisine et l’enfilai. Le flingue calé dans mon dos, j’ouvris lentement la porte, laissant pénétrer l’air frais de décembre. Les poils de ma poitrine et de mes jambes se hérissèrent. Je fis un pas dehors. Personne dans la cage d’escalier. Personne près des boîtes aux lettres. Une rafale de vent venue de la baie manqua de me déstabiliser. Je me penchai pardessus la rambarde. Dans la cour sombre deux étages plus bas, la constellation de guirlandes de Noël blanches oscillait entre les ormes. De retour à l’intérieur, je donnai un tour de clé. Puis j’allai me recoucher, me glisser dans la chaleur des couvertures comme si je m’enveloppais de l’obscurité de la pièce. Les deux coups contre la porte qui m’avaient réveillé résonnaient dans ma tête, sonores et impatients cette fois. Tellement pleins de l’écho de la nuit que je me demandai à nouveau si j’avais réellement entendu quelque chose. Des coups frappés dans un rêve avaient-ils le pouvoir de réveiller ? J’attendis quelques minutes avant de reposer le flingue sur la table de chevet. « Personne ne peut te faire du mal sinon toimême », disait dans le temps mon père, un fervent athée. J’avais pris ça moins comme un précepte que comme un reproche car il savait mieux que quiconque à quel point je pouvais me montrer égoïste et irréfléchi. Mais qu’il ait essayé de me convaincre de me méfier de mes réactions, ou juste naïvement cherché à me rassurer sur le monde, j’ai choisi, depuis vingt ans que je suis dans la police, de croire en ses mots comme on croit aux extraterrestres ou au paradis. J’en ai fait un mantra qui nourrit mon instinct de survie. Les flics ont aussi peur que n’importe qui, mais on acquiert sur le terrain une forme d’intrépidité qu’on porte comme un deuxième uniforme et que les gens perçoivent, comme s’ils sentaient une ombre poser sa main sur leur épaule. Intimidés ou pas, ils réfléchissent à deux fois avant de s’en prendre à nous. C’est une armure taillée dans la foi, un vœu gravé dans la pierre. Il en va de même pour un soldat rentré du front. Ou un prêtre. Un magicien. Sans cette armure, sans ce rôle, tout n’est qu’une pièce froide et sombre dans la nuit. Mon téléphone sonna à six heures le lendemain matin, une heure après mon réveil. J’étais déjà en uniforme, une tasse de café à la main et presque sur le départ. J’eus à peine le temps de décrocher que la communication s’interrompit – exactement comme la veille. Gagnant la fenêtre, je jetai un coup d’œil sur le parking à travers les lamelles du store. Rien ne bougeait à cette heure si matinale, et le jour n’était encore qu’une nuance rétive de la nuit. Je fermai le poing gauche, puis le rouvris. Mes doigts avaient guéri, en même temps que se formait la cicatrice rose à mon poignet, mais le feu d’une douleur inoubliée s’alluma de nouveau. Je restai là, le regard perdu sur le parking, le temps de terminer mon café. Deux jours plus tôt, en rentrant de patrouille, j’avais trouvé le paillasson légèrement de biais. Facile à expliquer, m’étais-je dit : facteur, livreur, Témoins de Jéhovah, ils étaient nombreux à avoir pu se présenter chez moi au cours de la journée. À l’intérieur cependant, j’avais remarqué une odeur inconnue, pareille à du sucre brûlé, comme si quelqu’un avait cuisiné chez moi, ce que je ne faisais jamais. Les oreillers étaient à leur place dans ma chambre, mais légèrement de travers, et un tiroir de mon bureau était entrouvert d’un centimètre ou deux. J’ai toujours eu tendance à remarquer les petites choses. Présentez-moi un homme à trois yeux, je ne verrai que la crasse sous ses ongles. La même odeur m’avait sauté aux narines le lendemain soir dès que j’avais ouvert la porte. Elle m’avait accompagné à travers le salon, la cuisine, puis la chambre et la cuisine encore, disparaissant çà et là, si bien que je me retrouvais à humer l’air à sa recherche, comme lorsque j’errais dans la maison étant enfant, traquant un jouet égaré ou une idée qui m’était sortie de la tête. Puis l’odeur avait de nouveau complètement disparu. Une demi-heure s’était écoulée avant que j’entre enfin dans la salle de bains pour m’apercevoir qu’un filet d’eau s’échappait du robinet. Je l’avais fermé, j’étais plus que certain d’avoir vérifié avant de partir ce matin-là, comme je le faisais toujours au moins deux fois. J’avais baissé tous les stores et consacré les deux heures suivantes à passer l’ensemble de mes tiroirs et de mes étagères au peigne fin, ouvrant meubles et placards, inspectant l’appartement de fond en comble pour voir si quelque chose manquait ou avait été déplacé, altéré d’une manière ou d’une autre. Je savais que c’était ridicule. Pourquoi iraient-ils fouiller dans mon armoire à pharmacie ou dans mes chaussettes ? Pourquoi déplacer mes livres ? Tout vérifier était sans doute une façon de me réapproprier les lieux, ne serait-ce que temporairement. Ce soir-là, en me couchant, j’avais gardé mon arme à portée de main sur la table de chevet, ce que je n’avais pas fait depuis près de cinq mois, depuis les semaines qui avaient suivi mon retour du désert. La police m’avait appris à faire confiance à mon instinct, ou au moins à le respecter suffisamment pour ne jamais passer outre. Mais l’idée m’avait cependant traversé l’esprit que tout ça n’était que l’œuvre de mon imagination, que, ces cinq derniers mois, j’avais jeté ces regards par-dessus mon épaule sur des ombres, des lueurs vacillantes. Une fixation qui dure suffisamment longtemps peut rendre paranoïaque, comme lorsque à force de scruter son image dans un miroir, on finit par ne plus voir que ce qui se passe derrière soi. Quand les coups fantômes frappés à la porte me réveillèrent cette même nuit, je ne bougeai pas de mon lit. J’attendis. J’étais de nouveau le petit garçon qui écoutait le énième claquement de la porte d’entrée au milieu de la nuit et en mesurait la force, la rapidité et l’émotion, pour essayer de deviner si c’était mon père ou ma mère qui était parti, avant de guetter ensuite le retour de ce bruit jusqu’à ce que le sommeil emporte le monde. Anticiper le malheur atténue la douleur, telle était la leçon que j’avais tirée de mon enfance. Une vérité trompeuse, mais quelle vérité ne l’est pas ? En rentrant chez moi le lendemain soir, je demeurai quelque temps dans ma voiture, les yeux rivés sur les fenêtres de mon appartement plongé dans l’obscurité. J’étais toujours en uniforme au volant de ma vieille Chrysler bleue. Un brouillard paresseux arrivait mollement de la baie d’Oakland, voile sur le soleil couchant et sur le jour fatigué. Empty Garden passait à la radio, une chanson lente et triste que je n’avais pas entendue depuis mes vingt ans. Je me souvenais de la vidéo, Elton John au piano dans une cour en béton déserte parmi les feuilles d’automne et les ombres du crépuscule. Adossé au siège, je balayais du regard les immeubles environnants en songeant à Suzy et à notre ancienne maison, toujours pleine de bouquets de fleurs. Je ne ressentais ni tristesse ni colère, juste le vide qui s’installe lorsqu’on a oublié comment avoir besoin de quelqu’un. Trois gamins à vélo longèrent ma voiture, roulant dans les flaques des arrosages automatiques. Une vingtaine de mètres plus loin, un vieillard traversait la cour, son chihuahua comme un bébé craintif dans les bras. Dans le bâtiment d’en face, trois étudiants fumaient leurs cigarettes accoudés au balcon en jetant des regards salaces vers une jolie rousse qui passait en bas avec une poussette. Un jeune Asiatique maigrichon – un adolescent – contourna ma voiture par l’avant et s’approcha de ma portière. Sourire aux lèvres, il me fit signe de baisser ma vitre. Il semblait avoir les mains vides. Il portait une casquette des Dodgers et une veste bleue trop grande aux couleurs de l’équipe, zippée jusqu’au cou. Il avait l’air de poser pour une photo, et quand il se pencha vers moi, je ne vis que ses dents. Je baissai ma vitre. — Bonjour officier, lança-t-il. Belle soirée, hein ? Il glissa par la vitre entrouverte un bout de papier plié en quatre et, avant que j’aie eu le temps de prononcer un mot, il avait déjà disparu au petit trot à l’angle de l’immeuble. Je reconnus le papier jaune, le logo de la police d’Oakland : une feuille arrachée au blocnotes sur la table de ma cuisine. Une écriture nette à l’encre rouge : Nous venons de Las Vegas. Laissez votre arme dans la voiture et rejoigneznous chez vous. Nous voulons simplement vous parler. Faites ce qu’on vous demande et personne ne sera blessé. Je m’attardai sur la dernière phrase en repliant le papier et le glissai dans ma poche de poitrine, avant de lancer un regard mauvais vers mon appartement. Pourquoi me prévenaient-ils ? Pourquoi m’offrir une chance de m’enfuir ? Je songeai à appeler de l’aide, mais je n’avais parlé à personne des événements qui avaient eu lieu cinq mois plus tôt. Impossible de tout expliquer maintenant, en tout cas à ceux qui pourraient m’aider. L’autre option était de mettre les bouts, mais je l’avais déjà fait dans le passé et c’était ce qui m’avait mené là, à cet instant. Je le soupçonnais, en tout cas. Et puis de toute façon, peu importait de quoi il s’agissait : j’avais besoin de savoir. Rien n’est plus épuisant que l’imagination. Sortant mon flingue de son holster, je le tins bien en vue au-dessus du volant avant de le déposer dans la boîte à gants. J’eus l’impression, en m’éloignant de la voiture, de quitter un lit douillet. J’avais emménagé dans la résidence après mon divorce, plus de deux ans auparavant, et je m’y plaisais bien. Mais ce n’est que ce jour-là, en remontant d’un pas traînant le chemin jusqu’à ma porte, que je vis pour la première fois dans sa beauté paisible une carte postale de la vie d’un autre : l’ombre qui grandissait sur les bâtiments en stuc couleur ivoire entourés de grands arbres et de buissons taillés, et les petits carrés de pelouse impeccables noyés même en hiver par les arroseurs à déclenchement automatique. Je m’engageai dans l’escalier. Je n’avais jamais remarqué à quel point les marches en pierre étaient anguleuses et propres à écorcher la peau en cas de chute. Une fois arrivé devant chez moi, faute de savoir que faire, je frappai. N’obtenant pas de réponse, je tournai lentement la poignée. Ce n’était pas verrouillé. La porte s’ouvrit sur la pénombre. À l’instant où j’entrai, une lampe du salon s’alluma. Deux jeunes Asiatiques se tenaient debout côte à côte devant le poste de télévision. Le plus grand des deux s’adressa à moi dans un anglais parfait : « Fermez la porte, s’il vous plaît. » Je restai sur le seuil, la main sur la poignée, un pied encore à l’extérieur. Me souvenant de la dernière ligne de leur message, je finis par avancer d’un pas, refermant le battant derrière moi d’un coup de talon. Même s’il est difficile de donner un âge aux Asiatiques, ni l’un ni l’autre ne semblait avoir plus de vingt-cinq ans. Le plus petit, bouc et cheveux gominés, fit tomber la cendre de sa cigarette dans le pot de mon cactus, sa carcasse sèche et musculeuse emballée dans une veste en cuir lustré. L’autre, brosse courte, large d’épaules, en jean et bomber, était plus grand d’une trentaine de centimètres, ses mouvements à l’avenant de sa stature. Sans un mot et sans un regard, il venait de tendre ses jumelles à son acolyte, qui les posa consciencieusement sur le dessus de la télé. Jusqu’ici, rien ne donnait l’impression que l’un ou l’autre était armé, ce qui me déstabilisait davantage que si j’avais déjà un flingue braqué sur la tempe. Eux n’étaient pas nerveux, mais ils s’attendaient à ce que moi, je le sois. À l’instar de leur messager dans la rue, le petit avec le bouc faisait mine d’être ravi de me voir. Il m’avait salué du menton quand nos regards s’étaient croisés, au moment où la lumière, en s’allumant, avait révélé sa présence. Mais ce fut de nouveau le grand type stoïque qui parla : — Vous êtes l’agent Robert Ruen. — Et vous, vous êtes qui ? Qu’est-ce que vous fichez chez moi ? — Je suis sûr que vous le savez très bien. Vous êtes monté, non ? — J’avais le choix ? Il glissa au jeune quelques mots que je ne compris pas, mais qui me confirmèrent qu’ils étaient bien vietnamiens. Le gosse écrasa sa cigarette dans le pot du cactus d’un geste désinvolte et s’avança vers moi avec un rictus sournois, en me tendant les bras comme s’il voulait m’étreindre. — Si ça ne vous gêne pas, officier, je vais vous fouiller. Pour être sûr qu’on parle d’égal à égal. J’eus un instant d’hésitation, pas encore certain de savoir s’il valait mieux coopérer ou jouer au con en lui rétorquant qu’il n’avait qu’à se fouiller lui-même. Son affabilité m’agaçait autant qu’elle m’intimidait. Paumes contre la porte, je décidai finalement de le laisser faire. Il était deux fois moins grand que moi, mais il avait des mains robustes, le geste ferme et déterminé. Satisfait, il me fit signe de me mettre à l’aise sur mon propre canapé. Après avoir rapidement humé l’air à sa hauteur sans rien sentir d’autre qu’une odeur de cigarette, j’obtempérai. Ils m’attendaient déjà depuis longtemps. Deux de mes magazines de voyage étaient ouverts sur la table basse, à côté de deux canettes de Coca prises dans le réfrigérateur, et la télécommande ne se trouvait pas sur l’accoudoir du canapé, comme d’ordinaire, mais sur le dessus de la télé. J’étais surpris qu’ils n’aient pas fait de café et enlevé leurs chaussures. Le gosse me regarda enlever par habitude mes mocassins et les poser soigneusement sur le côté. Il eut un gloussement paresseux et se tourna vers son partenaire. — Je crois qu’on a sali sa moquette. L’autre jeta d’abord un regard sur sa montre, puis sur mes chaussures. Il dit de nouveau quelques mots en vietnamien. Auxquels le gosse répondit par un froncement de sourcils exagéré, mais le grand insista et, en silence, entreprit aussitôt de dénouer ses lacets. Quelques instants plus tard, tous les deux avaient lancé leurs chaussures sur le carrelage de l’entrée. — Notre cadeau de Noël, me dit le gosse, en chaussettes blanches. — Comment êtes-vous entrés ? — Par la porte. Détendez-vous, officier. On attend juste un coup de fil. Il n’ajouta rien et, comme l’autre, se contenta d’attendre. Sur le mur derrière eux était accrochée l’épée de samouraï payée quarante dollars dans une brocante, des lustres plus tôt. Je l’avais dégainée une fois ou deux pour l’admirer et je me demandai soudain à quel point sa lame était tranchante. — Au fait ! fit brusquement le gosse. J’ai encore un truc à vous montrer ! Je n’avais pas l’intention de bouger, mais il me fit tout de même signe de rester assis. Il m’adressa un haussement de sourcils malicieux, comme à un enfant impatient d’ouvrir ses cadeaux d’anniversaire, puis plongea la main dans la poche de sa veste. Je retins mon souffle, le temps de voir apparaître une nouvelle cigarette, qu’il porta à ses lèvres. De l’autre poche, il sortit une flasque argentée. Tendant son index devant lui comme un perchoir à oiseaux, il vida lentement sur toute sa longueur le contenu de la flasque puis leva le doigt à hauteur de son visage et alluma son briquet. La peau se couvrit d’une indolente flamme bleue, dont il se servit aussitôt pour allumer sa cigarette. Il souffla une volute paresseuse sur son doigt dressé comme une bougie et le regarda s’éteindre, le visage barré d’un rictus de citrouille d’Halloween. Difficile de savoir s’il cherchait à me faire peur, à me divertir ou à se moquer de moi. Son acolyte contemplait la scène d’un œil terne et las. Nous échangeâmes un bref regard gêné mais, comme embarrassé par ce petit numéro, il détourna vite les yeux. Son téléphone sonna. Il le porta avec précaution à son oreille et, de la tête, fit signe au gosse d’aller se poster près de la porte. Il parlait en vietnamien et jeta un nouveau regard vers moi. En chuchotant, il disparut dans la pénombre du couloir qui séparait ma salle de bains de ma chambre. Une minute plus tard, il était de retour et me tendit le téléphone. À l’autre bout de la ligne, c’était le silence. — Oui ? dis-je. — Toi. Robert Ruen. C’était une déclaration, pas une question – la voix d’un homme plus âgé, sonore et étrangement enfantine, à l’accent indéniablement vietnamien. — Parle. — Comment ça ? — Toi. Ta voix, mec – je oublie pas choses comme ça. Peut-être était-ce son anglais approximatif ou son débit de parole rapide, mais il m’évoquait une marionnette. Il fumait, prenait de courtes inspirations pressées, soufflait son impatience dans le combiné. — Vous vous trompez, dis-je. — Tu perdu mémoire ? Tu sais qui je suis. — Absolument pas. — Las Vegas, mec. Je sais toi venu ici. Tu crois je suis idiot pas avoir compris ? Il renifla bruyamment avant de cracher, comme pour souligner son propos. — Au Vietnam, nous dire beauté meurt, mais laideur jamais s’en va. Pour policier, tu es responsable de chose horrible. Tu sais combien de temps je ai attendu pour parler à toi ? Je rêvais ça. Je vois ton visage dans mon putain de rêve. Il y avait du mouvement du côté de mes invités. Le grand faisait descendre lentement le zip de sa veste tandis que l’autre se glissait derrière moi. Je voyais toujours les volutes de sa cigarette. Je répondis à mon interlocuteur au téléphone d’une voix calme : — Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? — Toi tu dis à moi. — Vous dire quoi ? — Tu sais putain. — Je ne sais rien sur rien. Bon sang, de quoi vous me parlez ? Il sembla réfléchir. Puis répondit, comme s’il se répétait : Suzy. La simple mention du nom chassa toute envie de nier son importance. C’était comme s’il m’avait giflé pour me faire taire. Quand j’y repense aujourd’hui, c’est à cet instant-là que j’ai ressenti tout le poids des choses déjà perdues – l’ultime instant avant que tout ce qui allait se produire ne devienne inévitable. J’entendis bouger derrière moi. Au même moment, le gosse avec le bouc apparut à hauteur de mon épaule. Je ne vis le flingue que lorsqu’il le braqua sur ma tempe, sombre, dur, étincelant. La voix retentit de nouveau à l’autre bout de la ligne. — Je demande à toi une seule fois. Elle est où ? CHAPITRE 2 Cinq mois avant tout ça, j’étais arrivé à Las Vegas par un soir de juillet étouffant, juste avant le coucher du soleil. Depuis l’autoroute, j’apercevais le Strip qui se découpait sur l’horizon, surplombé d’un unique nuage sombre posé sur un lit de lumière et flamboyant d’une lueur pourpre, extraterrestre. Certain qu’il s’agissait d’un OVNI, je ne parvenais pas à en détacher mon regard, au point que je faillis percuter le camion devant moi. Le coup de frein me sortit brusquement de ma torpeur et j’en oubliai mon épuisement. Une demi-heure plus tard, le type de la station-service me parla du faisceau lumineux qui partait de ce gigantesque casino en forme de pyramide, visible de n’importe où en ville et même de l’espace par temps clair. — Désolé, mon gars, me dit-il d’une voix consolante. Il avait dû lire la déception sur mon visage. Venir d’Oakland m’avait pris la journée, si bien qu’à peine arrivé au Motel 6, près de Chinatown, je m’endormis comme une masse, chaussures aux pieds, mon cinq-coups toujours dans son étui à ma cheville. Je ne rouvris les yeux que dix heures plus tard ; il était six heures et j’avais la bouche et les narines aussi sèches que si on m’avait enseveli sous des pelletées de terre au cours de la nuit. Le soleil émergeait à peine, mais il faisait déjà près de quarante degrés. Pas le moindre filament de nuage dans le ciel. Après une longue douche froide, je me rendis à la réception. L’employé de la veille – un vieux Chinois qui parlait anglais à peu près aussi bien que je parlais sa langue – avalait bruyamment son petit déjeuner, les yeux braqués sur la télévision. Il leva la tête quand je frappai sur le comptoir, mais ne posa ses baguettes que lorsqu’il me vit brandir de l’argent liquide. Ayant déjà payé pour la nuit précédente, je lui tendis cent dollars pour deux nuits de plus. Sans un mot, et jetant tout juste un regard vers moi, il me tendit un reçu puis replongea aussitôt le nez dans ses nouilles. Quand je voulus savoir où je pourrais trouver des œufs, il me marmonna une réponse incompréhensible, la bouche pleine et luisante de gras. Réfrénant l’envie de lui envoyer ma main en pleine tronche pour lui faire recracher ses nouilles, je tournai les talons. Depuis que Suzy m’avait quitté, j’avais appris à maîtriser ma colère. À la laisser un peu en sommeil, à l’économiser pour une autre occasion, plus nécessaire. Je commandai un café dans un donut shop du centre commercial d’en face et tuai le temps une heure en feuilletant deux ou trois journaux asiatiques d’un œil absent, jusqu’à l’ouverture du restaurant vietnamien voisin. J’espérais y trouver une soupe pho aussi bonne que celle que Suzy me préparait dans le temps : des tranches fines de bœuf pas trop élastique, des nouilles moelleuses, dans un bouillon clair et savoureux. La leur était en fait encore meilleure, ce qui me mit enfin de bonne humeur, malgré le souvenir de propos que m’avait tenus sa meilleure amie – une Vietnamienne prénommée Happy, rien de moins – des années plus tôt, un dimanche où elle était venue partager notre pho hebdomadaire. Ce matin-là, Suzy m’en avait voulu d’avoir piqué du nez à l’église, comme ça m’arrivait souvent depuis que mes patrouilles du week-end finissaient à minuit. Elle avait beau savoir que je ne m’étais converti que pour lui faire plaisir et que je n’avais jamais pris la messe au sérieux, elle m’avait tancé tout le chemin du retour, et plus vertement que d’habitude. Quand elle était sortie fumer après le déjeuner, j’avais demandé à Happy : « Qu’est-ce qui la tracasse en ce moment ? » Happy était sa seule vraie amie, son unique témoin à notre mariage civil et la personne à contacter en cas d’urgence sur tous les formulaires ; tous les jours elles papotaient au téléphone, dans un mélange d’anglais et de vietnamien que je n’avais jamais pu percer. Mais elle avait répondu à ma question par un simple haussement d’épaules, qui m’avait arraché un gloussement. « C’est moi, c’est ça ? Je parie qu’elle te raconte la moindre petite saloperie me concernant, hein ? » De nouveau, elle avait haussé les épaules avant d’ajouter, très innocemment : « Elle ne parle pas beaucoup de toi, Bob. » Je l’avais compris depuis longtemps, mais ça n’en faisait pas moins mal de se l’entendre asséner avec une telle désinvolture. À l’époque, Suzy et moi étions mariés depuis deux ans. Il en fallut étrangement six de plus avant qu’elle se décide à partir. Assis dans un box près de l’entrée du restaurant devant un grand bol de pho au bœuf, quatre rouleaux de printemps et deux grands verres de café vietnamien, je regardais passer les gens sur le parking. Un chauve d’origine asiatique s’installa au volant d’une BMW rouge. Ça aurait pu être lui, le nouveau mari de Suzy, sauf que sur la photo de son permis de conduire, il avait l’air plus costaud et portait une fine moustache qui soulignait la lueur têtue dans son regard. Deux voitures étaient immatriculées à son nom, Sonny Van Nguyen : une BMW rouge et une Porsche gris métallisé, un nouveau modèle sorti en 2000. Les dossiers de la police de Vegas confirmaient qu’il avait cinquante ans, soit cinq de plus que moi, et qu’il était propriétaire d’un restaurant de sushis cossu et d’un casier judiciaire tout aussi distingué : une amende pour conduite en état d’ivresse, cinq pour excès de vitesse et trois arrestations, la première pour n’avoir pas réglé ses amendes et les deux autres pour voies de fait. Apparemment, il avait frappé à la tête un de ses associés avec un téléphone à cadran lors d’une dispute et, un an plus tard, lancé une chaise sur un type qui l’avait injurié dans un casino. Ce dernier incident lui avait valu deux ans de sursis, qui allaient expirer dans quatre mois. C’était par Happy que j’avais su qu’il jouait, un joueur prêt à tout risquer sinon son honneur. Tu ferais bien d’en avoir peur, m’avait dit Happy, mais je savais que c’était déjà trop tard. En vingt ans de service dans la police d’Oakland, j’avais frappé une pute qui m’avait mordu la main, saisi à la gorge un vendeur de bibles agressif, et maîtrisé des brutes de deux fois ma taille et de la moitié de mon âge. Un jour, un gosse de cinq ans avait manqué de crever d’une hémorragie sous mes yeux tandis que j’étais occupé à rouer sa mère de coups de matraque. Elle avait pété un câble et lui avait tranché la main avec un couperet. Trois fois, j’avais fait usage de mon arme, blessant deux types – un à la cuisse, l’autre à la paume – qui m’avaient tiré dessus et, en toute honnêteté, méritaient pire. J’avais la réputation de casser une ou deux dents, de distribuer çà et là quelques coquards, et même peut-être de souhaiter en secret plus de mal que nécessaire, mais pas une seule fois, jamais, je n’avais réellement eu envie de tuer quelqu’un. Parti à pied sur Spring Mountain Road, je ne tardai pas à regretter d’avoir laissé ma voiture au parking. Vegas, au-delà du Strip, n’est pas une ville pour les piétons, surtout en plein été. Je m’étais figuré un Chinatown semblable à celui d’Oakland ou de San Francisco, mais le Chinatown de Vegas n’était rien d’autre qu’un gigantesque centre commercial à ciel ouvert, des bâtiments peints en rouge et jaune puis travestis en pagodes sur trois ou quatre rues : un parc à thème, comme le reste de la ville. Presque tous les commerces étaient des restaurants, et celui que je cherchais s’appelait Fuji West. Je le repérai assez facilement, son entrée sombre façon temple nichée entre une galerie d’art oriental et une animalerie sur deux niveaux. Il n’ouvrait que dans une heure. Il n’y avait rien de surprenant à trouver des Vietnamiens à la tête d’un restaurant japonais. À Oakland, l’oncle de Happy possédait un magasin de vêtements de cow-boy. Plus étonnant, en revanche, était le Mexicain de deux mètres dix en tablier blanc qui balayait le patio, ou, pour être plus exact, faisait semblant de le balayer. Quand je demandai à parler à Sonny, il posa sur moi un regard vide. Il n’avait pas l’air idiot, juste blasé. — Le proprio, répétai-je, il est là ? — Le proprio s’appelle pas Sonny. — Bon, peu importe son nom, je peux lui parler ? Bizarrement, le Mexicain me tendit son balai avant de disparaître derrière l’immense porte à deux battants en acajou. Une minute plus tard, un jeune Vietnamien approchant la trentaine, tiré à quatre épingles, en costard marron superbement coupé et cravate rose impeccable apparut à sa place. Il me serra mollement la main en souriant avant de me débarrasser du balai, qu’il posa contre l’un des piliers en bois le long du patio. — En quoi puis-je vous aider, monsieur ? Les mains derrière le dos, il s’exprimait avec un léger accent, d’une voix guindée, comme lissée au fer à repasser. — J’aimerais voir Sonny. — Je suis navré, nous n’avons ici personne qui réponde à ce nom. Peut-être faites-vous erreur ? Les restaurants japonais ne manquent pas dans les environs. Je peux vous aiguiller, si vous le souhaitez. — On m’a dit que ce restaurant lui appartenait. — Dans ce cas, vous faites bel et bien erreur. Le propriétaire, c’est moi. On aurait dit à sa façon amicale de s’exprimer qu’il s’agissait d’un simple malentendu, mais par deux fois son regard s’était détaché du mien : d’abord pour aller se poser sur le parking, puis à hauteur de ma taille. — Je ne fais pas erreur, insistai-je sans ciller, guettant un tressaillement de sa part. Il demeura de marbre. Je faisais une tête de plus que lui, mes bras étaient deux fois plus gros que les siens, mais tout ce que je sentais en sa présence, c’était mon âge. Même son hésitation semblait pleine d’assurance. Du bout du doigt, il se lissa lentement un sourcil. — Je ne sais pas en quoi je peux vous aider, monsieur. — Voilà ce que je vous propose : je repasse ce soir pour dîner. Et si Sonny n’est pas trop occupé, il peut venir boire un thé à ma table. Juste pour une petite conversation. Transmettez-lui le message, s’il vous plaît. Je venais de faire volte-face et m’apprêtais à partir quand je sentis un mouvement dans ma direction. Le jeune homme ne souriait plus. Il n’y avait pas encore de méchanceté sur son visage, mais ses phrases étaient à présent tirées au cordeau. — Vous êtes l’agent Robert Ruen. Une affirmation, pas une question. Comme je ne répondais pas, il se pencha vers moi. — Vous ne devriez pas être ici. Je ne sais pas ce qui me pousse à vous prévenir, mais de grâce, prenez-moi au sérieux : rentrez chez vous et essayez d’être heureux. Sans que je m’y attende, cette dernière phrase me toucha. C’était comme s’il m’avait tapoté l’épaule. Je remarquai alors combien il était beau ; s’il l’avait voulu, il aurait pu devenir mannequin pour des produits de luxe, lunettes de soleil ou parfums. Je m’étais peut-être même mis à douter un court instant qu’il fût le moins du monde dangereux. Il me salua, inclinant très brièvement le buste, avant de s’emparer du balai et de franchir les lourdes portes en acajou du restaurant. De nouveau, je sentis la fatigue me gagner. Les pho me donnaient toujours des envies de sieste. De retour à l’hôtel, je me déshabillai et me laissai tomber sur le lit en caleçon, le climatiseur au maximum. Il arrive de temps en temps que les gens de mon âge soient pris par ce qu’on appelle des pressentiments, et ce même si l’intuition n’a jamais été leur fort. Dans le cas de ce Sonny, je me doutais qu’il était le genre de restaurateur qui, s’il lui arrivait de passer dans son établissement, ne le faisait qu’en soirée, à l’heure de compter la caisse. Je me doutais aussi que son élégant chien de garde veillait de l’ouverture à la fermeture, et qu’il ne reculerait devant rien pour protéger son chef. La soirée s’annonçait longue. Avant de fermer les yeux, je pris la décision de remiser mon insigne au fond de ma valise. Quand Suzy m’avait quitté, ça avait été facile dans un premier temps. Pas d’enfant. Pas de biens à partager. Pas vraiment grand monde pour s’en inquiéter. J’étais fils unique, mes parents morts tous les deux depuis des années, et de son côté à elle tous étaient soit six pieds sous terre aussi, soit toujours au Vietnam. En huit ans, j’avais rencontré peut-être deux ou trois de ses amis, et mes camarades dans la police n’étaient au courant que de son nom et de son caractère de cochon. Elle m’annonça la nouvelle un dimanche après le dîner. La lèvre toujours enflée, elle sortit de la cuisine et s’avança vers la table où j’étais assis : — Je pars demain, je prends mes vêtements. Tu peux garder le reste. Elle emporta mon assiette à moitié vide que j’entendis se briser dans l’évier. Je savais depuis notre première rencontre qu’elle n’avait peur de rien. J’intervenais dans le cadre d’un cambriolage chez le fleuriste où elle travaillait. Elle vivait aux États-Unis depuis près de dix ans, mais son anglais était encore très approximatif. À mon arrivée, je l’avais trouvée sur le pas de la porte, une batte de base-ball dans une main, un sécateur ensanglanté dans l’autre. Elle ne m’avait pas laissé le temps de sortir de la voiture et s’était lancée dans le récit des événements d’une voix agressive, comme si le coupable, c’était moi. Je ne comprenais pas grand-chose de ce qu’elle disait – il était question d’un flingue et de roses fichues – mais je savais qu’elle me plaisait. Ce corps menu et vif. Ses lèvres et ses pommettes pleines et hardies. Des yeux de feu d’artifice qui dardaient leurs étincelles vers les autres avec l’urgence d’une mèche allumée. Nous avions retrouvé l’auteur du cambriolage trois kilomètres plus loin, claudiquant, la jambe en sang à cause d’une plaie ouverte à la cuisse. Le sécateur avait fait son job. Quatre mois plus tard, Suzy et moi étions mariés. J’avais trente-cinq ans à l’époque, un âge auquel je m’étais imaginé déjà père de deux ou trois enfants, même si je suspectais que pour sa part, à trente-trois ans, elle n’avait guère songé à son horloge biologique, et moins encore au passage du temps. Quand je lui avais fait ma demande, elle avait dit oui sur-le-champ, mais à une seule condition : que j’accepte de ne pas avoir d’enfants. Elle n’était soi-disant pas douée avec les gosses et l’accouchement ferait trop mal. Elle avait tenu bon, avec les mêmes arguments, quand j’avais remis le sujet sur la table un an plus tard, puis de nouveau l’année suivante. Je m’étais toujours dit qu’elle finirait par changer d’avis. Son vrai nom, c’était Hong, « rose » en vietnamien – la fleur comme la couleur. Mais prononcé par des Américains, le prénom avait quelque chose de porcin, si bien que j’avais suggéré Suzy, le nom de ma première amoureuse au lycée et ça, elle me l’accorda, même si les Vietnamiens de sa connaissance continuaient à l’appeler Hong. Au moment de notre mariage, on ne possédait rien ni l’un ni l’autre, vêtements et voiture mis à part. C’était comme si jusqu’à notre rencontre, on avait tous les deux vécu notre vie d’adulte dans un motel miteux, ne connaissant de la vie domestique que les factures et la lessive. En mettant en commun nos économies, on s’était offert une vieille maison de ville pas loin de Chinatown que j’avais repeinte et qu’elle avait meublée – un luxe apparemment nouveau pour elle, dans lequel elle s’était jetée avec application et sincérité, sans rien négliger, n’oubliant ni les crucifix dans toutes les pièces, ni les deux patères en laiton du vestibule, la mienne fixée un peu plus haut que la sienne. La première année, nos liens s’étaient tissés autour de la nouveauté de notre condition de propriétaire, de la vie avec un autre être humain et de la construction d’une nouvelle existence à deux avec chaises, tables, vaisselle et linge de toilette. Je me rends compte aujourd’hui que ce n’était pas ce qu’on possédait ensemble qui nous rendait heureux, mais le fait de construire cette nouvelle vie à partir de ce que nous n’avions jamais connu. Toutes les après-midi pendant ma patrouille, je passais la voir chez le fleuriste. Nous avions deux jours à nous dans la semaine, qu’on occupait à rénover la maison, à écumer les dépôts-ventes, à tester tous les restaurants bon marché de Chinatown, enchaînant sur une séance de cinéma (ce qu’elle préférait, c’étaient les westerns et les vieux films policiers en noir et blanc) ou une promenade au bord de l’océan, dont l’odeur lui évoquait le Vietnam. Pendant longtemps, j’avais accepté sans rechigner de me perdre dans son monde : la paroisse vietnamienne, la cuisine, les ballades sirupeuses sur le radiocassette, sa poignée d’« amis » qui, Happy mise à part, baragouinaient à peine quelques mots d’anglais, et même l’autel morbide dressé dans le coin du salon avec son crucifix macabre, ses bougies et les photos de morts dont elle ne parlait jamais. Tout cela m’allait, c’était même fantastique, parce qu’être avec elle, c’était comme découvrir en moi quelqu’un de nouveau, d’inattendu. Au bout de deux ans, néanmoins, j’ai pris conscience qu’elle ne trouvait aucun intérêt à me découvrir moi : mon boulot, mes amis, ce que j’aimais – le base-ball, les voitures, un bon steak accompagné de pommes de terre pour le dîner. C’était tout juste si elle me posait des questions sur ma famille ou sur mon enfance. Elle avait dû partir du principe, à cause de son propre silence, que je ne m’intéressais pas davantage à mon passé. Elle ne savait pas que jusqu’à elle, je n’avais pas pensé au Vietnam depuis 1973, année de mes dix-huit ans et de la fin de la conscription qui m’épargnait la guerre, et que soudain, des décennies plus tard, ce pays lointain – cette vague idée exotique que j’en avais eue dans ma jeunesse – représentait à nouveau tout pour moi, au point que ma femme, petit à petit, incarnait à elle seule le pays entier, ce mystère central dans ma vie. Elle aurait au moins pu partager ses histoires, sur son enfance d’abord heureuse par exemple, puis entièrement bouleversée par la guerre, ou sur ces salauds de communistes sans pitié, sur la façon dont son oncle, ou son père, était mort au combat ou avait survécu dans des camps de rééducation… Bref, sur quelque chose, en tout cas. Au lieu de quoi elle se contentait de dire que sa vie là-bas était « solitaire » ou « sans intérêt », d’une voix affaiblie par l’hésitation, comme si elle m’apprenait sa langue que de toute façon je ne comprendrais jamais. Graduellement, en douceur, une distance s’installa entre nous. Je m’aperçus que je l’aimais davantage quand elle était malade et qu’elle n’avait pas d’autre choix que de me laisser m’occuper d’elle. La nourrir. Lui administrer ses médicaments. La garder entre quatre murs, elle qui passait rarement une journée sans sortir. Et comme j’avais visiblement atteint la limite de ce qu’elle était prête à m’offrir, je m’étais mis à savourer tous les moments où elle se mettait à parler d’elle, même s’il s’agissait d’un cauchemar qui la réveillait au milieu de la nuit et la poussait, prise d’effroi, à me tirer aussi de mon sommeil afin qu’allongé là, dans la pénombre, j’en écoute le récit. Elle faisait des cauchemars sans arrêt. Des cauchemars récurrents où elle me frappait de toute la force de ses poings parce que je l’avais trompée ou profondément blessée d’une manière ou d’une autre, et où je riais à perdre haleine sous les coups dont elle criblait mon visage. Parfois, c’était un autre homme dans ce rêve, même si elle ne me disait jamais qui – peut-être un ancien amant dont elle m’attribuait à tort les péchés. Puis il y avait les rêves où elle était prise de folie meurtrière. Elle n’assassinait pas qu’une personne mais un grand nombre de gens. Les meurtres n’avaient pas lieu dans son cauchemar, elle savait simplement qu’elle les avait commis et devait maintenant trouver un moyen de les dissimuler. Dans une version de ce cauchemar, elle avait enterré les corps sous des piles de vêtements dans le placard. Dans une autre, elle les avait fourrés dans le tambour du lave-linge, du séchoir, dans ce grand placard de notre buanderie où elle conservait tous les étranges mets en saumure que je ne parvenais pas à me forcer à aimer. Et tout du long, elle était hantée par l’idée que sa vie était finie parce qu’elle avait tué. Je me souviens de ce rêve qu’elle m’avait raconté, dans lequel elle déambulait des heures durant entre les belles chambres témoin, les cuisines, les salons d’un magasin de meubles désert, quelqu’un sur ses talons. Même dans l’escalier qui menait à l’étage, ce quelqu’un la suivait, d’un pas sonore et régulier. Quand je lui avais demandé si elle avait une fois vu à quoi il ressemblait, elle m’avait répondu que dans le rêve, elle ne trouvait jamais le courage de s’arrêter ou de se retourner, et que tout ce qu’elle voulait, c’était que l’individu la rattrape, la prenne par l’épaule et lui montre son visage. À l’église tous les dimanches, elle emportait un journal intime relié de cuir rouge, usé et terni par le temps, qu’elle tenait sur ses genoux du début à la fin de la messe comme une bible, sauf qu’elle ne l’ouvrait jamais. Elle affirmait qu’il s’agissait d’un souvenir du camp de réfugiés et qu’elle en avait besoin pour se sentir davantage en accord avec Dieu à l’église, peu importe ce que ça voulait dire. Chez nous, il reposait sur l’autel, sous le crucifix. Je l’avais ouvert un jour. Les premières pages, cassantes et jaunies, étaient couvertes de l’écriture de quelqu’un d’autre, remplacée ensuite par la calligraphie vietnamienne minuscule de Suzy, déjà difficile à déchiffrer en soi. Je tentai de décrypter le début à l’aide d’un dictionnaire bilingue mais abandonnai après la première phrase. Il était question d’une pluie matinale et de la mère de quelqu’un qui les réprimandait. Un jour, Suzy oublia le carnet à l’église et ne s’en aperçut qu’au moment de se coucher. Elle voulut aller le chercher sur-le-champ. « Il y a toujours quelqu’un ! » Mais j’avais refusé de la laisser y aller. Dès l’aube le lendemain matin, après une longue nuit d’insomnie, elle avait pris la voiture et était rentrée, le carnet serré contre sa poitrine comme un talisman, les yeux rougis de larmes. Elle ne m’avait pas adressé la parole de la journée. Elle pouvait se murer dans le silence une semaine entière. Une façon, d’abord, de me punir pour ce que j’avais fait, qui, presque chaque fois, s’éternisait après la crise et devenait un refuge intérieur, loin de moi, une absence, comme si elle s’était égarée dans ce monde où elle avait fui. Sa colère – cette bête qui piaffait en elle et qu’elle haïssait – refluait, si bien que tout ce qui restait entre nous, jusqu’à ce qu’elle se remette à parler, c’était ce que nous nous étions dit et fait au cours de la dispute – sur l’argent dont nous manquions, les enfants que nous ne faisions pas, sur le menu du soir, mes piètres talents de conducteur, mes mauvais goûts en matière de vêtements et un million d’autres choses encore dont je ne me souviens plus. J’avais ma part de responsabilité : têtu et grande gueule, je démarrais toujours au quart de tour, avant qu’elle-même n’explose. D’abord elle m’engueulait, puis se jetait sur moi, les yeux exorbités, me martelant la poitrine de ses poings ou m’étranglant des deux mains. Nous savions tous les deux qu’elle n’avait pas assez de force pour me blesser, et d’une certaine manière, je crois qu’elle faisait tout pour l’éviter, ne jetant ni ne cassant jamais rien dans la maison, ne se servant jamais d’autre chose que de ses mains et de ses mots. Même alors que je lui agrippais les poignets et la laissais déverser son fiel sur moi, rouer de coups de pied mon ventre ou mes jambes, j’avais parfois la sensation qu’elle me demandait – de son regard haineux et suppliant – de l’empêcher de s’emporter davantage et de l’attacher au mât jusqu’à ce que l’orage passe. Parce que fatalement, elle finissait par s’écrouler au sol et se réfugiait en pleurant dans un silence hébété, avant d’aller se lover sous les draps, où elle commençait à se retirer loin de moi et du monde. Parfois, nous n’avions pas besoin d’une dispute. Elle se levait bavarde et affectueuse et quand je rentrais le soir, je la trouvais comme atteinte d’une mélancolie pareille à une grippe que seuls le silence et la solitude étaient en mesure de traiter. Si bien que j’avais appris à lui ficher la paix. J’allumais la télévision dans la cuisine pour dîner. Je montais le son de la musique dans la voiture, tandis qu’elle regardait le paysage défiler par la vitre. Je passais de plus en plus de temps avec mes amis, au bar ou à nos parties de poker hebdomadaires. Je dormais dans notre deuxième chambre, que sans cela on n’utilisait jamais. Une ou deux fois par an, je me réveillais en sursaut au milieu de la nuit et m’apercevais que j’étais seul dans le lit, que la maison était vide, sa voiture toujours garée dans l’allée. Une heure plus tard, la porte s’ouvrait et elle apparaissait, pieds nus, un blouson sur sa chemise de nuit, de retour de l’une de ses promenades nocturnes dans le quartier. Dieu seul savait où elle allait et pourquoi. Elle revenait sous la couette sans aucune explication, malgré mes regards insistants et mes questions, et le matin, je remarquais la crasse sous la plante de ses pieds, l’odeur de cigarette sur ses vêtements, les relents d’alcool dans son haleine. Un soir, en rentrant du boulot, j’avais trouvé la maison entièrement éclairée et elle, endormie, roulée en boule sous le pommier du jardin de derrière, des cadavres de bouteilles de bières autour d’elle, pleins de mégots écrasés. Puis, au bout de quelques jours, parfois même deux semaines, sans que rien ne vienne suggérer que nous étions réconciliés, elle venait se blottir dans mes bras alors que je regardais la télévision allongé sur le canapé, se tournait vers moi dans le lit et fourrait son visage contre ma poitrine, ou me rejoignait sous la douche pour me savonner des pieds à la tête. Dans ces moments, je ne savais jamais comment réagir : devais-je l’aimer moi aussi en retour ou entamer ma propre semaine de silence ? Ce n’était que lorsqu’elle se remettait à parler, à raconter un épisode amusant qui s’était produit chez le fleuriste deux semaines plus tôt, ou un film qu’elle avait vu à la télé à trois heures du matin, que je sentais sa voix pénétrer en moi, dénouer tous les nœuds, et nous ramener où nous en étions restés avant le début du silence. Alors on faisait l’amour et elle se mettait à geindre, un truc enfantin que font beaucoup de femmes asiatiques, sauf que dans son cas, cela ressemblait davantage à un animal blessé et me rappelait, une fois encore, combien je me sentais un étranger en sa présence, un intrus, ici même, dans cette position. Et pourtant, on persistait, une année après l’autre, à vivre nos vies parallèles sous le même toit, à avoir besoin l’un de l’autre sans savoir pourquoi, elle me regardant comme un vieux pensionnaire de la maison, au point que j’ai fini par me dire que son amour était un mélange de naïveté et de pragmatisme, qu’elle ne m’avait aimé que parce que j’étais flic, parce que c’était censé vouloir dire que je ne lui ferais jamais de mal. Il pleuvait, la nuit où je l’ai frappée. Je rentrais de la scène d’un meurtre à Ghost Town, un quartier de West Oakland. Un type qui avait essayé de voler la grand-mère d’un autre, une femme de soixante-dix ans, et qui l’avait abattue d’une balle dans la tête quand elle avait tenté de se défendre. J’étais trop épuisé ce soir-là pour m’inquiéter des traces de boue que je laissais sur le carrelage impeccable de la cuisine de Suzy, ou pour prêter attention à ses cris quand elle les avait remarquées. Ne pouvait-elle pas comprendre que des trottoirs souillés de sang étaient pires que du carrelage souillé de boue ? Ne devait-elle pas, vu ses origines, prendre la mesure d’un truc pareil ? Je lui ai lancé d’aller se faire foutre. Elle m’a fusillé du regard, avant de faire ce qu’elle faisait toujours depuis quelques années chaque fois qu’on se disputait : parler en vietnamien. Sans crier ni tenir de propos irrationnels, sans décharger sa bile sur moi, mais calmement et avec mesure, comme si je la comprenais, comme si elle me mettait au défi de la comprendre, sachant pertinemment que pour moi, c’était du charabia et que je n’avais pas les moyens de lui rendre la pareille. Mais cette foislà, au bout d’une minute, je l’ai giflée. Elle a glapi, la main sur la joue, interloquée. Mais elle a laissé retomber sa main et repris sa tirade incompréhensible, de plus en plus vicieuse à mesure qu’elle s’approchait de mon visage, haussant le ton chaque fois que je lui disais de se taire. Alors je l’ai giflée de nouveau, plus fort cette fois, la projetant contre une chaise derrière elle. Je me suis senti nauséeux, alors même que quelque chose se dénouait en moi. Je l’avais déjà poussée par le passé, attrapée par les bras, les joues. Mais jamais je n’étais allé aussi loin. Le bout de mes doigts cuisait. Tout est allé très vite, mais je me rappelle encore l’instant où elle s’est retournée vers moi, les joues rouges, les yeux pleins de larmes et d’indignation, le menton levé d’un air de défi, et alors j’ai pensé à ces hommes que j’avais arrêtés parce qu’ils avaient frappé leur femme ou leur petite amie, à ce calme surnaturel sur leur visage quand je leur parlais, cette aisance affectée du menteur, du type qui veut tout contrôler, du caïd de cour de récré portant sa culpabilité comme armure. C’est moi que j’ai vu dans le pathétique étalage d’insolence de Suzy. Elle n’avait jamais été aussi solide que je le croyais, et maintenant j’étais le méchant. Elle a craché quatre mots. Elle savait que je les comprenais. Enculé de ta mère. Elle les a répétés, puis a recommencé, encore et encore, une récitation pleine d’amertume. Alors que je lui aboyais de la fermer, le visage agressivement collé au sien, elle a brusquement avancé dans ma direction, le poing fermé : deux coups lestes sur l’oreille, pareils à une explosion dans ma tête. Quand j’ai levé un bras pour me protéger, elle a eu un mouvement de recul, sans cesser de m’injurier, jusqu’à ce que, de toutes mes forces, je la gifle du dos de la main et sente les jointures de mes doigts cogner sourdement contre ses dents. Elle a perdu l’équilibre, reculé de quelques pas, une main sur la bouche, l’autre sur le bord de la table de la salle à manger pour ne pas tomber et s’est finalement laissée choir sur un genou, tête baissée comme si elle allait vomir. Elle a jeté un bref regard vers moi. De ses yeux rouges et embués, enfantins tout d’un coup, incrédules. Je l’ai regardée se remettre debout, une main toujours sur la bouche, et se traîner jusqu’à l’évier pour aller y cracher plusieurs fois. Elle est restée là, penchée comme si elle regardait au fond d’un puits. Je n’ai pas bougé – je ne pouvais pas –, puis je l’ai entendue renifler et vue se redresser lentement, attraper une serviette et ouvrir le robinet. Je suis monté à l’étage, écoutant l’eau couler dans la cuisine et le murmure de la télévision dans le salon, la pluie dehors qui martelait les gouttières. Tous ces sons avaient quelque chose d’irrévocable. Remerciements Je remercie humblement et de tout mon cœur : Mes parents, Son et Nhai, pour leur amour, leurs sacrifices et leurs innombrables histoires. Ma sœur Mai, qui lutte contre le crime, pour la source très précieuse d’information qu’elle représente. Mon frère Joseph, pour son bon goût et son grand cœur exceptionnels. Il est aussi l’un de mes meilleurs amis. Ma correctrice, Alane Mason, grâce à qui ce livre est bien meilleur qu’il n’était. Je m’en remets implicitement à son jugement et lui serai éternellement reconnaissant pour son soutien sans faille. Mon agent, Ellen Levine, pour sa patience, son engagement et son enthousiasme tout au long des années – même les plus incertaines. Ma prof de terminale, Pat Sherbert, qui m’a appris à apprécier la littérature. Mes professeurs à l’université de Tulsa : Grace Mojtabai, Lars Engle, Gordon Taylor, James Watson et George Gilpin. Mes enseignants à l’Iowa Writers Workshop : Ethan Canin, Chris Offutt, Frank Conroy, Sam Chang et Marilynne Robinson. Et bien sûr, Connie Brothers. Tout le monde au Black Moutain Institute de Las Vegas, dont Carol Harter et mes indispensables mentors, Doug Unger et Richard Wiley, qui m’ont tous les deux énormément apporté. À Las Vegas toujours : le généreux Glenn Schaeffer et l’incomparable Dave Hickey, qui ont affûté mes goûts et mes ambitions et m’ont apporté ce petit plus indispensable. Mes collègues du Committee on Creative Writing à l’université de Chicago, et Dan Raeburn en particulier, écrivain remarquable et ami exceptionnel. Jenny Swann, fantastique lectrice clé. Julie Thi Underhill, qui croit en moi depuis la sixième. Stuart Jacobsen, mon premier vrai lecteur. Jarret Keene, qui m’a demandé d’écrire l’histoire qui est devenue ce roman. Embry Clark, Jess McCall, Aimee Phan, Matt Shears, John Nardone, Jason Coley, Ingrid Truman et Peyton Marshall, pour leur amitié qui m’a servi de refuge. La Whiting Foundation et la Vilcek Foundation pour leur générosité et leur soutien. Et pour finir, Kate Hoctor, ma meilleure lectrice et ma meilleure amie, sans qui il y aurait tant de choses dans ce roman qui n’auraient pas pu être améliorées, résolues ou démêlées de haute lutte. Titre original : DRAGONFISH © Vu Tran, 2015. Tous droits réservés. © Mercure de France, 2016, pour la traduction française. Couverture : Photo © plainpicture / Cultura / Kevin Kozicki (détail). Éditions Gallimard 5 rue Gaston-Gallimard 75328 Paris http://www.gallimard.fr Vu Tran DISPARUE À LAS VEGAS Traduit de l’anglais par Nathalie Bru Robert, un flic d’Oakland un peu nerveux, se remet difficilement du départ de sa femme Suzy. Deux ans plus tôt, elle l’a quitté pour aller vivre avec Sonny, un redoutable baron de la pègre vietnamienne de Vegas. Quand elle disparaît une nouvelle fois, étonnamment c’est à Robert que Sonny demande son aide. Sous la pression du gangster, Robert traque Suzy à travers les lieux de perdition de Vegas. À cette occasion, il en apprendra plus sur son exfemme qu’il n’en avait jamais su pendant les huit années de leur mariage. Notamment sur son arrivée aux États-Unis après la chute de Saigon. Peu à peu, le passé trouble de Suzy se dessine plus clairement, qui pourrait bien les menacer tous… Ce roman noir lyrique et haletant explore les travers de Las Vegas et s’intéresse à ces personnages qui sont contraints d’abandonner un jour derrière eux leur famille et leur pays, refont leur vie ailleurs, mais restent à jamais hantés par leurs origines. « Un puissant premier roman, qui a su faire le pari de mêler genres littéraires, écriture percutante et réfl exion sur un pan de l’histoire méconnu. » américaine encore trop The New York Times Cette édition électronique du livre Disparue à Las Vegas de Vu Tran a été réalisée le 26 avril 2016 par les Éditions Gallimard. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782715242517 - Numéro d’édition : 292508). Code Sodis : N77966 - ISBN : 9782715242524. Numéro d’édition : 292509. Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo