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Travailler dans l'humanitaire : la bonne volonté ne suffit pas Article par Solène Collasmercredi 12 mars 2014 L'humanitaire s'adresse à des pros, pas des super-héros ©youphil.com L'humanitaire n'est pas un métier en soi. Ce secteur mobilise des professionnels avertis et compétents. Si vous aspirez à en faire partie, mettez vos aptitudes et vos rêves à l'épreuve de la réalité. L'humanitaire attire une multitude d'étudiants pleins de bonne volonté et désireux de se rendre utiles. Mais ce secteur exige maturité, professionnalisme et spécialisation. L'humanitaire : un secteur pluriel Ne vous fiez pas à l'emploi du singulier. L'humanitaire a de nombreux visages. Il ne se résume pas à des missions sanitaires d'urgence. Le développement en matière de commerce équitable, de santé, d'environnement ou encore d'éducation sur le long terme, occupe aussi de nombreuses organisations de solidarité internationale. Les ONG, organisation non gouvernementales, sont financées par des acteurs privés et poursuivent des missions à but non lucratif. Si elles peuvent être soutenues financièrement par des États comme des bailleurs de fonds, les ONG sont indépendantes. Gare aux confusions ! L'Organisation internationale des Nations Unies (ONU) et ses agences spécialisées -l'UNICEF pour les enfants, l'OMS pour la santé et l'UNESCO pour le développement de l'éducation, des sciences et de la culture- ne sont donc pas des ONG. Profils des recrutés et besoins En plus de gérer des budgets conséquents, les ONG mènent depuis 15 ans des missions de plus en plus étendues. Sur le terrain comme au siège de ces organisations, l'amateurisme est proscrit. "90% de nos employés possèdent un bac +5 et la moyenne d'âge des recrutés est de 33 ans. Tous sont des experts dans leur profession. On peut leur confier des missions de responsabilité", insiste Camille Darde, responsable de recrutement à "Action contre la faim". La maîtrise de l'anglais, voire d'autres langues, s'ajoute aux compétences professionnelles requises. Les fonctions de support Les professionnels de la santé et les agronomes sont depuis longtemps recherchés. Mais il existe aussi des besoins dans les fonctions de support : ressources humaines, logistique et informatique. Les jeunes candidats ont plus de chance d'obtenir l'un de ces postes, affirme Camille Darde : "les systèmes informatiques de communication sont en plein essor dans l'humanitaire. À Action contre la faim, nous sommes également en manque cruel de métiers techniques, comme nutritionniste. Nous recrutons donc plus facilement ce type de profil sans expérience." Selon Marc Ferrier, chargé de recrutement à Médecins sans frontières, " il y a des professions qui ne savent pas que notre ONG a besoin d’eux : les techniciens de laboratoire, les pédiatres, les chirurgiens spécialisés, les pharmaciens, les masseur-kinésithérapeutes et les techniciens biomédicaux par exemple." Questionner ses pratiques En cinquième année d'ingénierie agronome à l'Istom, l'école d'ingénieur agro-développement international, Thimothy Savoure approuve le perfectionnement des compétences techniques. Mais il garde une posture critique : "je ne suis pas un adepte des interventions humanitaires. Si elles sont nécessaires en situation d'urgence, elles ne profitent pas aux populations sur le long terme. En Haïti, elles ont ruiné les solutions qui avaient été mises en place par les autorités." Les pratiques évoluent, l'emploi local est renforcé. "Nous recrutons 3.500 employés locaux dans chaque pays d'intervention. Nos expatriés sont simplement sur place pour apporter un soutien et encadrer ces employés", affirme Camille Darde. Les formations dans l'humanitaire Écoles spécialisées pour techniciens avertis... Quatre établissements proposent en France des formations spécialisées : • l'institut Bioforce à Vénissieux • l'institut de formation et d'appui aux initiatives de développement (IFAID) à Bordeaux • l'école internationale de commerce et de développement (ESCD 3A) à Lyon • l'école d'ingénieur agro-développement international (Istom) à Cergy-Pontoise Ces formations préparent les étudiants à la coordination de projets de développement. Elles abordent aussi bien des domaines généraux, comme la comptabilité ou le recrutement, que des compétences techniques, telles que la construction de circuits hydrauliques. Les étudiants abordent aussi la dimension psychologique du secteur, par les stages et les rencontres organisées avec des professionnels. "Mes stages au Cameroun et en Guinée m'ont appris la complexité du terrain et l'importance de la présence de professionnels du développement. Nous ne pouvons pas changer la face du monde, nous tentons d'apprendre aux populations à s'autogérer", témoigne Fabien Berthome, en formation de coordinateur de projets de solidarité internationale et locale à l'IFAID. ...ou des formations au service de missions humanitaires A l'université, il existe des Diplômes Universitaires (DU) et des masters spécialisés dans différents domaines (droit, économie, sciences). Les étudiants issus de Sciences Po, d'écoles de commerce ou d'ingénieurs, de facultés de droit ou encore de formations paramédicales, médicales, ont aussi des compétences spécifiques à faire valoir. "Faire de l'humanitaire n'est pas un métier. Le meilleur candidat a déjà une profession et l'exerce au cours de missions humanitaires. On ne fait pas carrière dans ce secteur", insiste Marc Ferrier. Les professionnels aspirant à une reconversion dans l'humanitaire,ou les jeunes diplômés, peuvent effectuer des stages et des formations courtes très diverses au sein de l'Institut de coopération internationale (ICI). De l'expérience et de la crédibilité "Toute spécialisation est bonne à prendre mais nous recherchons surtout l'expérience professionnelle, renchérit Camille Darde. Si un candidat a déjà travaillé dans l'humanitaire ou le milieu associatif, c'est un plus." Aux yeux de Marc Ferrier, les stage ne constituent pas une expérience professionnelle suffisante : "Sur le terrain, on est amené à superviser des équipes de professionnels souvent plus compétents que soi, plus âgés, qui connaissent mieux le pays. Il faut être crédible." > Consultez le détail des formations dans le domaine de l'humanitaire • Institut de Coopération Internationale L'Institut de Coopération Internationale (I.C.I.) est un organisme de conseil et de formation aux métiers de l'humanitaire et de la coopération internationale. Lire la suite