table des dessins et des photographies
Transcription
table des dessins et des photographies
TABLE DES DESSINS ET DES PHOTOGRAPHIES
No'
Abords de la Grande Mosquée, à Ouezzan (Les)
.
Arabe au luth (Tableau de Mlle J ouelard)
.
Arcet en Nil, à Marrakech
.
Arrivée du fiot de péhole au bassin de captation
.
Banquet offert pal
France-ivlaroe au général
Lyautey (3) . . . . . . .. .
.
Banquet de France-iVlaroe
.
Batterie de 75 pendant la prise des Ait-Ichaq
.
Calary de Lamazière (M. Raoul)
.
Canon et mitrailleuses pris à El Herri
:
.
Casablanca. Le ~larché
.
La Subdidsion. La grande poste. Boulevard de la Gare
.
Le port
.
Porte de :\larrakech en 1907
.
Le port. vue prise du Grand Titan
.
Casbah (~laoua (rne)
.
Casbah féodale de Ji'Tougni
.
de Khenifra
.
Chechaouen (\"lIes cle)
.
Chemins de fer 'à \'oie normale du Maroc (Les)
.
Chérif venant recevoir un hôte de qualité (Le)
.
Chérif dans ses jardins (Le)
.
Cuisinière mise à la disposition de 1\1. de Lamartinière
.
Construction d'un phare
.
Djebel Tselfat. Extrémité nord de l'anticlinal pétrolifère
.
Eleveur indigène (Chez 1')
.
El Hadj .-\.bdesselam
.
El Hadj Mohammerl Tazi.
.
El Hadj Thami Glaoui
.
Entrevue de mai 1912, dans les jardins de Bou
Djeloud
.
Etoffes et broç1.eries marocaines
.
Famille de riches israélites à Meknès
.
Femmes berbères
.
Femmes musulmanes au cimetière
.
Fès. Maison arabe moderne (Justice de paix)
.
- Vue de Bab Ftouh
.
Fête costumée à la Résidence (2 ph.)
.
Fète marocaine SlIr les remparts de ~l'Coun
.
Fileuse de laine
.
Fils de Moha ou Hamou (I,e) faisant sa soumission au
colonel Théveney
.
Fontaine à Rabat
.
Foyers du Soldat, au Maroc
.
Foyer du camp Garnier
.
Frégate A lbalros dessinée par le chérif d'Ouezzan .
Général Lyautey décore les drapeaux marocains (Le)
le Glaoui.
.
passe en revue les troupes
.
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Général Pœymirau (Le)
.
Grottes au sommet d'une Koudia
.
avec murette devant Sektana
.
Grottes à Tamda n'Ait Biren (Une des)
.
Groupe de berbères (Un)
.
Guerriers berbères
.
Haouach devant la tente du Pacha
.
Harka Berbère (Une)
.
Hassan, fils aîné de :\loha ou Hamou, faisant sa
soumission au Général Pœymirau
.
« Hommes des tentes , (Les). l'n camp français
dans la région d'Azila1.
.
Jaugeage d'un Oued Oum-er·Rabia
.
Jetée Ouest (Construction de l'I~pi N.-S. accolé ù
cette jetée)
.
Jour de fête à Bah Ftouh (Un)
.
I,égion étrangère traversant l'Oued Sebou (l,a)
.
Ut de l'Oued Reraya au pied de l'Atlas (Le)
.
I,ocomotive qui passait sur le cimetière de Sieli
Belioud (La)
.
Maison Dar es Soultan ù Ouezzan
.
Maison de garde (projet)
.
:\Iaisr, '1 de Si El Fédoul.
.
Marchand de tapis au Souk el Kremis
.
Marché aux puées à Salé
.
Marché à Rabat (dessin de Lucien de :Nlaleville)
.
Mausolée de Sieli Sahag et Tayyar Abou
.
Meknès Marabout de Sieli Said
.
Bah Mansonr
.
:\Iecktoub (une scène (le)
.
Mendiant marocain (Cn)
.
Monnaies de Jnha
.
Moissou à la française an Maroc (l,a)
.
Mosquée rle Bou Djeloudlt Fès
.
Moulay .-\.hrlerrahman, cheikh actuel des Derquaouas.
Moulay el .",-rl, grand chérif d'Ouezzan
.
Moussem de Moulay Idriss (Le)
.
Murailles de Marrakech (l,es)
.
Ouezzan. Vue prise du Souq El Khemis
.
Olldjda. AYÎgnon marocaine (1)
.
(2)
.
Oued 1·;1 ."\bid à Bzou (L')
.
(au pont des AtaulIla)
.
ù Bzou (L')
.
(mai 1919)
.
Oued Chérarer-Fès Djedid
.
Ouecl Ourika (à la fonte des neiges) (1/)
.
Ou Elaidi, neveu de Moha ou Halllou qui vient rle
se soumettre
.
Ollezzan. Vue générale
.
Pacha et Si HalUllloun regardent et écoutent
l'Haouach (Le)
,
.
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XI
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LA GUERRE COLONIALE
:a~ et des soldats.d'Afrique, insoucieux et
Ignorants, qui avaient perdu la guerre de 1870!
Je pense que justice en est faite. Pour les
Généraux, les noms parlent : Gouraud, d'Esperey, Mangin, Henrys, Brulard, Degoutte,
presque tous ceux que la guerre a mis en grande
vedette, et le plus grand de tous : Galliéni.
!'our les troupes, ai-je à rappeler le rôle que
Jouèrent au début de cette guerre ces bataillons
entraînés, endurcis, aguerris, familiarisés avec
les nécessités pratiques de la vie de campagne,
apportant un noyau solide à notre Armée
nationale, si vaillante, si héroïque, enflammée
d'un tel patriotisme, mais si jeune et si novice
à la rude pratique de la marche et du combat?
Et quel appoint aussi lui fournirent nos admirables cadres d'officiers et de sous-officiers
coutumiers de tous les risques et de toutes les
responsabilités! Vos immortels drapeaux, avec
leurs croix, leurs fourragères et leurs palmes
sont d'ailleurs là pour en témoigner.
La guerre a révélé à la France le « poilu »,
Ce «poilu», dès longtemps, les coloniaux le con·
naissaient, sous le même nom que j'entendis
résonner pour la première fois il y a bien
longtemps dans un de nos bleds. Que la France
l'ignorât, je me l'explique mieux que personne,
car c'est à 40 ans seulement que je débutai
dans votre milice sacrée. C'était au Tonkin.
-j-y arrivais après 20 ans de vie militaire de
France, nourri dans les arcanes des Etats1Y.I:~jors, des brevets, des manœuvres et des
knegspiels, partageant l'ignorance et j'ose
presque dire le dédain de mes camarades pour
ces coloniaux dont la vie nous apparaissait
v~guement douce et indolente, sous des pal~lers. Je me souviens de mon émotion religIetls~ au premier contact, sur la fronti~re
d~ C~ne, aVec ces nldes gars, mâles' et austères
pl0n~Iers de lapius grande France, tout à leur
d;Volr, sans le moindre souci qu'on s'occupât
d eux ou non. Et'je me souviens encore. Trois
s . ~l~s ta.rd,. j' ~rrivais à Madagascar où
G llieUI me JetaIt, a peine débarqué, au front
le plus proche. Le soir même j'avais rejoint
.~')1l poste de co~mandement et, dans la nuit,
1
fallut partIr en reconnaissance avec une
P?lgnée de marsouins et de légionnaires. Ce
~ est qU'à la première halte horaire, au petit
. VIS
. 1es h ommes que Je
. commandaIS.
.
JOUr
l " qlle Je
~t etaient en guenilles .- les communications
ant-coUpées rien ne se renouvelait plus _...
s:!ls sOUliers,' portant sur leurs visages les
5 IglU.ates du paludisme, les traces des priva.
a:
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tians, quelques-uns souffrant encore de blessures récentes à peine pansées, mais tous avec
le sourire, les yeux ardents et clairs, ces yeux
de Français où le Chef peut lire jusqu'au fond.
Ah! c'était bien là les mêmes poilus que le
peuple de France devait connaître 20 ans plus
tard... Je me souviens encore. Dans le sudoranais, une troupe défilait devant moi à
Béchar, au pied 'du monument aux Morts,
en marche pour le Haut-Guir. A la vue de ces
hommes bronzés, aux uniformes rapés et sans
couleur, je disais à un compagnon: cc Sommesnons assez loin d'un défilé pour Parisiens aux
Champs-Elysées!». Aujourd'hui, les Parisiens
ont vu les poilus passer SU! les Champs-Elysées,
et c'est vous, les poilus d'avant guerre, qui
depuis des années aviez montré la' voie à ceux
que la guerre a consacrés.
Proclamons-le donc bien haut : c'est dans
nos camp?gnes coloniales que s'est forgé l'outil
de la victoire. Et c'est là qu'apparaît avec le
plus d'éclat le contraste entre les deux conceptions de la guerre: l'allemande et la françaIse.
Leur guerre, vous avez vu ce qu'elle laisse
derrière elle : la destruction. Partout où ils
sont passés, ce sont les terres ravagées, taries
jusqu'à leur sève; partout où nous avons
planté notre drapeau, c'est la résurrection,
c'est le retour à la vie nourricière des terres
laissées en friche depuis l'origine des temps. Ils
ont détruit nos routes, nos chemins de fer, nos
usines. Derrière nos troupes, les communications s'ouvrent, la vie industrielle surgit.
Ils ont ruiné les monuments sacrés, témoins de
notre histoire. Nous restaurons et nous construisons. Ils ont porté chez nous la désolation,
le meurtre et la ruine, n'épargnant ni les
femmes ni les enfants. Partout où notre drapeau se dresse, les populations accourent se
mettre à son abri, sachant qu'il les libère de
l'anarchie et leur apporte la paix, la protection,
le bien-être.
Oui, cette guerre coloniale, tant décriée et
si méconnue, est par' excellence une guerre
constructrice, une œuvre de paix et de Civili·
sation, et il fallait que cela fût dit.
Maintenant vos drapeaux vont se disperser.
Si je vous ai fait venir aujourd'hui près de moi,
mes Commandants de Région, ce n'est pas
pour le vain désir de grossir mon Etat-Major,
mais c'est pour que vous receviez de vos mains
ces emblèmes sacrés, chargés de gloire. Em·
portez-les. Ils ne vont pas s'enfermer comme
des reliques vénérables, dans les salles d'honneur des garnisons. Drapeaux de guerre ils
étaient hier, drapeaux de guerre ils seront
demain. C'est aux avant-postes qu'ils vont
flotter. De l'aube claire aux heures empourprées du soir, là-bas, sur l'Ouergha et sur la
Moulouya, sur l'Atlas et au Tadla, leurs trois
couleurs étincelleront, jalonnant l'étape d'aujourd'hui, en attendant l'étape de demain.
Car il y a une étape de demain et d'autres
étapes encore, jusqu'à ce que la dernière tache
de dissidence soit effacée de la carte du Maroc;
et il faut qu'elles s'effacent toutes.
Certes, il ne s'agit pas ici de soif de conquête.
Ce n'est pas pour servir des desseins de domi·
nation que nous poursuivons au Maroc l'œuvre
entreprise. Notre seul but, notre seul dessein
est de conserver la paix. Cette paix, nous la
voulons parce que nous l'avons méritée par
nos sacrifices. Et, la voulant de tout notre
cœur, nous voulons en même temps la force
qui seule la préserve et la maintient. Il est
superflu de vous dire que le monde n'a pas
encore repris son équilibre et que ses destinées
restent obscures. Or, les vieux proverbes ont
raison: « Si vous voulez la paix, soyez forts ».
« La crainte est le commencement de la
sagesse ». Si le Maroc à demi soumis a pu, aux
heures critiques, rester pour la France une
force et un réservoir, que sera-ce le jour où,
entièrement pacifié, il la libérera de toute
emprise militaire et non seulement lui laissera
la disponibilité de toutes ses forces vives,
mais pourra même porter au décuple le contingent de ses troupes et de ses ressources. Ce
jour-là, il sera la grande réserve toute prête~
celle qui impose le respect des traités et garantit à la Patrie une paix glorieuse pour
laquelle tous ses enfants ont lutté, pour laauelle tant d'entre eux ont donné leur vie. Oue
dette pensée vous porte dans la rude tâ~he
quotidienne qui vous attend, sans répit, dans
les durs bleds. Aux heures où le « cafard »
monte, regardez les trois couleurs, symbole
de gloire, de devoir, d'espoir. Allez, les vaillants, les Poilus de Maroc, les drapeaux sont
bien gardés! '"
·.
La Confrérie des Derquaouas
.
~R
~~INN surtout, puis Coppo.lani, ont étudié
'/.
~.
l'organisation de la confrérie des Derquaouas. Il suffit donc de se reporter à
<[ >
-< ces livres pour trouver les détails qui
la concernent, mais jamais la branche
~~~'2-~ mère, celle de Bouib-Rih, n'a pu être
étudiée spécialement puisque jamais
aucun européen, avant 1912, n'avait pu visiter la région
des Djebalas qui est encore en grande partie inexplorée,
et où se trouve le berceau des Derquaouas. Je ne ferai que
rectifier quelques dates, citer les différences peu nombreuses
et peu importantes qui existent entre les pratiques religieuses des Derquaouas de l'Ouergha et ceux des autres
régions, m'attachant surtout à faire voir que les adeptes
de cette confrérie ne sont pas fatalement des ennemis des
Français comme presque tous les auteurs qui en ont
écrit veulent le prouver ~ et que précisémeht leur chef,
Sidi Abderrahman, petit-fils de Moulay Larbi, est un
agent dévoué de notre pénétration au Maroc.
Fondation. -- l,es Derquaouas dérivent des Chadelya.
Moulay l,arbi ben Ahmed El Labssen en est le fondateur: on pourrait, à la rigueur, dire que ce fut son professeur Mouley Ali ben Abderrahman et Djimal El Fasii
qui créa cett~ nouvelle branche des Chadelya, et qui en
tout cas, conçut la nécessité de redonner une nouvelle
vigueur à cette confrérie sous un nouveau nom, parce que
des moqqadems se disputaient entre eux l'autorité et ne
respectaient plus les préceptes établis par Moulay Abdessalem ben Mchich et parce que beaucoup d'adeptes
s'affiliaient aux Taïbia.
Rinn dit que Mouley Ali Djeme1 aurait énoncé à son
lit de mort, près duquel Mouley Larbi recueillait ses
derniers conseils, les principes qui devaient diriger les
futurs adeptes.
- Ils devront imiter notre Seigneur Moïse en marchant
toujours avec un bâton.
-- Notre Seigneur Abou Beker et notre Seigneur Omar
El Khetab en se vêtant d'étoffes rapiécées.
- Notre Seigneur Djafar ben Abbou Taleb en célébrant les louanges de Dieu pour les dànses.
- .. Notre Seigneur Bou Harire (secrétaire ou prophète)
en portant au cou un chapelet.
- .. Notre Seigneur Jésus en vivant dans l'isolement et
le désert. Ils marcheront pieds nus, endureront la faim
et ne fréquenteront que les hommes pieux. Ils éviteront
la société des hommes exerçant un pouvoir; ils se garderont du mensonge ; ils dormiront peu, passeront les nuits
en prière, feront des aumônes.
.
Ils informeront leurs chioukh de leurs plus sérieuses
comme de leurs plus fùtiles pensées.
Ils auront pour leur cheikh une obéissance passive et à
tous les instants ils seront entre ses mains. Ils seront
entre ses mains comme le cadavre est entre les mains
du laveur des morts.
Ces prescriptions sont restées en "igueur, mais j'ai pu
constater que les affiliés à la secte sont plus respectueux
que disdplinés et que le lien qui les unit entre eux est
faible.
- Que les gens instruits et pieux seuls se conforment
au Dikr.
-- Que beaucoup de Derquaouas affiliés d'ailleurs
concurremment à d'autres sectes ne songent qu'ils sont
Derquaouas qu'au jour du Moussem et quand ils portent
une offrande au tombeau de Mouley Larbi.
-- Que beàucoup surtout ne méprisent pas les biens
terrestres et ne modifient pas leur vie dans le sens des
instructions reçues.
_.- J'ai pu constater· même que si le cheikh Abderrahman, chef actuel de la secte, vit dans un confortable
restreint, il ne semble pas vivre en ascète, que ses frères
et ses enfants s'occupent de leurs intérêts matériels,
avec assez de soins.
Et j'ai vu le sourire de satisfaction s'épanouir sur le
visage de l'un d'eux, un jour où je déposais dans sa main
un '~ac de douros en paiement d'un service politique.
En tout cas, il est un point de doctrine qui n'a pas varié,
c'est celui qui ordonne aux Derquaouas de mépriser
l'exercice du pouvoir et les biens terrestres..
({ Car pour l'homme voué à Dieu, le monde est comme
les étincelles du feu qui brûlent, qu'elles soient grosses ou
petites, et celui qui aura des ambitions terrestres sera
déshonoré )l, a dit Mouley l,arbi.
* **
Mouley Larbi, dont la vie est racontée ci-dessous,
naquit en uso (1732) et mourut le 23 safar 1239 (1822).
Son fils, Mouley Taieb, lui succéda (1228) (1887).
Sidi Abderrahman, fils de Mouley Taieb, est né en 1266,
il est le chef actuel de la branche mère.
Toutefois, plusieurs scissions très nettes se sont produites dès le début de la création de la secte.
Cellé du Medaghra.
Celle d'Algérie de l'Est.
30 La branche tripolitaine
(madanya).
.
ID
20
.
Moufay Abderrahman prétend, contrairement aux
suppositions de Rinn, qu'il n'y a pas de grand maître de
l'ordre et que d'ailleurs, s'il y en avait un, ce semit lui.
J'examinerai à la fin de cette étude les relations existaI1tes entre la branche mère et les autres branches du
Maroc.
***
J'ai reproduit cl-desSous la tra~uction d'un fragment
du livre de Bou I,abba Si Ahmed ben Djilali. Ce récit de.
la vie politique de Moulay Larbi est volontairement
incomplet, mais il donne un aperçu de la vie mystique du
fO~?!1~~ur de_ ~a secte des DeI:q~aouas.
NOTICE FAITE PAR BOU I,ABRA SI AHMED
BENDJILAU
Tradtàt par Abdallah, Kodja au Bureau de l'Ouergha.
«
Au nom de Dieu Clément et Miséricordieux n.
Louange à Dieu qui depuis l'éternité a donné des pasteurs à ceux qui cherchent, des guérisseurs qui calment
les âmes troublées, qui connaissent les moyens d'apaiser
le cœur des hommes.
« Celui qui a répondu à son invitation est devenu heureux, tandis qu'il est resté dans sa maladie incurable
celui qui fut orgueilleux.
(( ploire à Celui qui a purifié le cœur de ceux qu'il a
élus parmi ses esclaves, pour leur montrer ensuite .le
droit chemin, pour leur faire comprendre l'issue de ce
chemin, pour leur faire connaître les secrets de l'âme et
leur dévoiler ses desseins.
« Il les a soutenus, tandis qu'ils livraient de terribles
batailles contre leurs passions, tandis qu'ils subissaient
des souffrances.
« Tandis qu'ils s'efforçaient de s'approcher de lui et
à cause de leur simplicité, le Seigneur s'est approché d'eux.
« J'atteste qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que notre
Seigneur Mohamed est son esclave et son envoyé.
« Jete donne, mon frère, cette petite notice, qui relate
la vie du cheikh Moulay Larbi ben Ahmed Derquaoui,
descendant du prophète.
« Cette origine des Chorfas Derquaouas est confirmée
par plusL urs généalogistes et les Derquaouas possèdent
plusieurs dahers de Sultan du Maroc et principalement
ceu.x du sultan, l'Emir des croyants, Moulay Ismaël, qui
fit sur tous les Chorfas du Maroc une enquête approfondie
et qui donna des dahers ornés de son sceau aux Chorfas
dont les origines purent être prouvées.
((Dans un daher, le slùtan Sidi Mohamed Ben Moulay
Abdallah Ben Ismaël a dit ceci: Il ne nous est pas permis
d'abandonner ni d'oublier ce que Dieu a révélé suivant
la justice dans les dahers de nos ancêtres.
« Les slùtans d'autrefois ne renouvelaient les Dahers des
Chorfas qu'après de sérieuses enquêtes et lorsque des
preuves bien établies étaient fournies par les solliciteurs.
Dans un autre daher, on a trouvé la phrase suivante:
(( Les savants du Maroc entier sont d'accord pour faire
remonter la généalogie des Derquaouas jusqu'au prophète
comme le témoignent les registres de notre grand-père.
« Ce daher parle également de la sainteté de Moulay
Larbi, qui a quitté les vanités du monde pour savourer
le culte de Dieu.
« La doctrine des Derquaouas est répandue dans tout le
Maroc. Une branche de cette doctrine se trouve à Fès
at1. quartier d'El Ayoun et porte le nom d'Ouled Abdenbi.
C'est à cette branche qu'appartenait, sous Mouley Ismaël,
le Naquib de la confrérie. .
« Une autre branche existe au Sous-El-Akra (le plus
lointain), une autre à Safi, ville où repose le grand saint
Sidi Mohamed el Ghaou, et enfin la ramification la
plus importante se trouve chez les Beni-Zeroua1.
« Cette famille des Derquaouas est connue partout pour
la titriiilité, .la: générosité. la noblesse, ·la modestie et la
Qontinence de ses mëmbres.
« I,eur anëêtre est le~Chérif A bou Abdallah Mohamed Ben
Yoùssel, connu sous le nom de Bou-Derka, il était savant,
se conduisait bien, priait beaucoup, jeûnait fréquemment,
faisait des aumônes et récitait tous les jours le Coran en
entier.
.
(( Il faisait la gue/re sainte pour l'amour de Dien. Il
portait nne derka (bouclier) pour se préserver des flèches
pendant le combat et c'est ainsi que ce nom de BouDerka lui fut donné.
« Son tombeau est à l'endroit nommé Tamesna (ou
Talmest) en Chaouïa, près de l'Oum-Rebia. Il descendait
de Moulay Ahmed, fils de Moulay Idriss Ben Driss.
« Moulay Larbi, pendant sa jeunesse, douta un jour de sa
qualité de Chérif, mais Dieu lui montra visiblement de
lumineux arcs-en-ciel allant du tombeau du prophète
jltsqu'au tombeau de Moulay Idriss, puis du tombeau de
ce dernier au tombeau de Bou-Derka, P1ÙS de là jusqu'au
tombeau de son père.
« Il arrive souvent que les Chorfas doutent de leurs
qualité de Chérif, car ils craignent la malédiction de
Dieu, car le prophète a dit : « Que Dieu maudisse tout
individu sans origine qui se prétend Chérif, de même
que cehû qui reniera sans raison ses ancêtres )J.
« La tribu des Beni-Zeroual, est le pays natal de Moulay
I,arbi, c'est là qu'il vécut et repose encore.
« C'est un pays riche en hommes saints, là existent des
descendants de chacun des quatre khalifats du prophète.
« Bou-Bker, beau-père du prophète Omar Ben Rhattab,
qui était le plus intègre parmi tous les juges muslùmans.
I"orsqu'il mourut, on l'enterra debout pour témoigner
par un symbole, que la justice devait toujours rester
droite comme son plus fidèle serviteur. Othman Ben el
Aouam, Ali Ben Abou Taleb, cousin du prophète, qui
était le plus brave parmi les héros de l'époque,
« Dans ce pays se troùve également le tombeau du
célèbre saint Sidi El Hadj Ben Fekira Ez Zeroualli, qui
a récité le Coran avec les 7 Riouya devant le tombeau
du prophète.
(Sept manières différentes de réciter le Coran et qui
sont : Ouèrche, El Meld, El Resri, Hamsa, El Acharain,
Kibira Sghrira, Katoum),
Il Quand il eut fini sa récitation, le prophète lui dit de sa
tombe: « Ce que tu as dit est vrai, que Dieu répande sa
bénédiction sur toi et sur la tribu des Beni-Zeroual n.
Le pays des Beni-Zeroual est un pays fertile, planté de
vignes, de céréales et d'arbres fruitiers.
Moulay Larbi disait: (( Celui qui frôlera les vêtements
d'un Zerouali n'éprouvera pas de dommages, au contraire, il n'en résultera pour lui que le bien n. Il voulait
dire ainsi, que ceu.x qui suÎ\'ront les préceptes enseignés
par les saints des Beni-Zeroual, iront au Paradis.
« Le grand saint Moulay Tohami Ben Mohamed L'Ouezzani, a dit : « Cehû qui viendra vers nous sera guéri, il
viendra comme le cuh-re et repartira comme l'argent.
C'est le prophète de Dieu qui s'en porte garant n.
« Peut-être, m'objectera-t-on, que si Moulay Larbi est
Chérif, il n'est pas Zerouali. Mais les historiens déclarent
que cehù qui est resté quatre ans dans un pays est compté
avec les autres habitants de ce pays.
(c Moùlay Larbi est né chez les Beni Zeroual en IISO
(1732). Pendant sa jeunesse, il s'occupa à étudier et à
faire le pèlerinage. Il ne fréquentait que les gèns de bien;
il disait: c( Pendant ma jeunesse, j'ai voulu faire une
chose impie (avec une femme), j'ai été malade et bealiëoup
soufIertd'avoir eu ce mauvais dessein. J'ai demandé
pardon l Dieu et il m'a accordé la guérison )J.
cc Il apprit le Coran par cœur la première année; et c'est
lui qui corrigeait les planchettes des autres élèves. Avant
(l
LA CONFRÉRIE DES DERQUAOUAS
MOULAY ABDERRAHMAN
Cheikh actuel des Derquaouas
de regarder le travail de ses condisciples, il disait: (c Cette
planche est lourde, elle doit contenir beaucoup de fautes ) ;
ou bien il disait : « Elle est légère n.
« Quand il fut adulte, il partit à F:s pour étudier à la
Medersa :Merbahia. Dans cette ville il eut comme parrain
le grand saint Aba-El-Hassan-Sidi-Ali Djemal, enseveli
au quartier d'Er Remila.
« Avant de rencontrer ce guide,Moulay Larbi fit plusieurs
voyages à Moulay Idriss ; il récita 60 fois le Coran devant
le tombeau de Moulay Idriss pour que celui-ci l'aidât à
trouver un parrain.
«Lorsqu'il eut fini de dire le Coran, Moulay Larbi se
prit à pleurer longuement, et comme il sortait de la
mosquée, il rencontra Sidi Abdelhaziz Debagh, qui lui
voyant les yeux rougis par les lannes,. lui demanda la
raison de son chagrin.
« Je cherche un parrain qui me guidera sur le chemin
droit », lui répondit Moulay Larbi.
_. Alors, va trouver Sidi Ali Ben Abderrahman
l'Omrani, que les gens de cette ville nomment Djemal.
Il était grand Vizir du Sultan,. il a abandonné tout ce
qu'il possédait et il s'est fait mendiant.
« Moulay Larbi se rendit chez lui et ayant frappé à la
porte, il trouva ce grand saint en train de balayer. Il le
salua et lui dit : « Seigneur. je suis venu vous demander
7
d'être mon guide sur le chemin droit n. Il lui répondit:
(c Et moi, qui me guidera? n et il se remit à. balayer.
cc Le lenclemain, Moulay l,arbi revint et trouva le saint
en train de balayer comme la veille. Ille salua et lui dit :
« Seigneur, combien j'ai cherché un guide tel que vous! n
et il lui répondit: « Et moi aussi j'ai cherché depuis longtemps un disciple comme toi; il lui prit la main et lui dit :
« Sois le bienvenu n.Il le fit entrer dans la Zaouïa, lui
confia l'Ouera et lui recommanda de venir souvent à la
zaouïa.
« Moulay Larbi venait tous les jours et récitait l'Ouerd
avec tous les gens de la confrérie; il resta deux ans clans
cette situation, puis il devint chef de cette confrérie et
fut autorisé à aller avec sa famille s'installer chez les
Beni Zeroual, son pays natal.
c( Moulay I.arbi avait beàucoup de maîtres, dont l'un
était le célèbre Moulay Taieb Ben Mohammecl, d'Ouezzan.
« l\1:oulay Larbi, pendant sa jeunesse, fit sept fois le p lerinage à ce marabout. Il disait : « Désirant acquérir la
mémoire pour retenir le Coran, j'allais visiter ce saint.
Il mit sa main sur mon front, et récita quelques versets
du Coran. A partir de ce jour, j'ai retenu facilement ce
que j'apprenais. Je considère ce saint comme un de mes
professeurs.
« J'ai également fait sept fois le pèlerinage de son
cousin le grand saint Si Mohamed Ben Ali Ben Rissoul
Lalami, au Djebel Lalami (Tazrot) chez les Beni Aros,
près du tombeau de leurs parents (le prÉ'céclent est Si
Taieb), le célèbre et grand saint Moulay Abdesselam
M'Chich. Deux fois je suis parti de F's et cinq fois de
chez les Beni Zeroual. Tl me donna la première fois un
pain couvert de beurre, ce qui constitue un cadeau remarquahle. Une autre fois, il me frappa de sa main sud'épaule
gauche en me disant: « Que Dieu te rende fort n; et il
répéta cette phrase trois fois, puis il ajouta : « Nous
t'avons placé dans la grande n, ce qui veut dire de la catégorie supérieure, car il y a plusieurs classes chez les marabouts.
« Je le considère avec la même vénération que mon
parrain Sidi Djemal.
« Moulay Larbi eu aussi comme parrain, le grand saint
El Medjdoub, qui était fou, mais avait des moments de
lucidité, Sidi Larbi el Bek'~al.
« Il fit le pèlerinage de Moulay Abdessalem Ben M'Chich
plusieurs fois, puis. il fit celui de Moulay Ben Selllam,
Moulay Bouchta, El Ghommar, Sidi Ali ben Daoud et
Sidi Abdelouaret El Yalouti, petit-fils du khalifa Othman.
« Moulav Larbi mourut le lundi soir 22 safar 12 39 (1823),
à l'âge de' go ans. Il.mourut à Hait Lita, près d'Amejjot,
et fut transporté à Botlib Rih. Son corps fut lavé par sa
femme Mariem Bent Chiek Bent Khedda el Hasnabui.
« La prière des morts fut récitée par son ami intime,
Abbou 'Labbas Sidimohamed Ben Mohamed Ben Abderrahman, descendant de Sidi Abdelouaret Lyaouti.
Fini de copier ce livre le 29 Djoumada
1332,
Salem Ben M'Barek,
esclave du (hérif Ould Moulay Taieb Derquaoui.
* **
L'Onerd. - L'ouerd est donné sans grande cérémonie
par le Chérif Sidi Abderrahman, mais après tine 10Ilgue
initiation, après que le postulant a prouvé sa ,fidélité par
\U1 long stage, une vie pure, des offrande:>. EIi gérlér'al, le
rahman, et je dormais un peu quanq.la fusillade m'a
réveillé, je suis sorti pour savoir et l'on m'a dit que c'était
des gens du village de Taït Ferrah, Beni Zeroual, Beni
M'Rab qui venaient apporter une targuibah. Il y avait là
400 fusils.
Ce sont eux qui ont sauvé le souk il y a trois ans,
Le Dikr. - C'est le Chérif qui fixe lui aussi le dikr, mais
lorsque des Beni Ahmer sont venus pour le chasser. Ils
ce qui est intéressant, c'est qu'il fixe ce dikr en tenant
tuaient tout le monde, les enfants, les femmes; les gens de
compte de l'instruction, de la piété de l'adepte et surtout
Taït Ferrah sont arrivés et les ont repoussés.
de ses occupations.
A Bouib Rih, il y a un village de chorfas, ils ont nourri
Aussi le dikr varie.
presque tout le monde et puis sur le souk on vendait de
Le plus ordinairement, il se compose de : roo fois le
la nourriture. On vendait aussi des étoffes tissées à Chematin, 100 fois le soir : « Dieu me pardonne... ».
chaonen et des fruits de la montagne, et des cotonnades
Et puis aussi souvent que possible :
apportées de Fès.
« Que la prière de Dieu soit sur notre prophète illettré,
C'est le soir et la nuit que se font les prières; à neuf
esclave de Dieu, son envoyé. sur sa famille et se~compa
heures, je me suis rendu à la mosquée, c'est une koubba
gnons )J.
comme celle de Sidi Ahmed el Bernoussi, à Fès. J'ai
dté (sic) un chapelet et un chapitre du Coran. Les gens
Moussem annuel. - - Ci-après, j'ai rappelé quelques
me regardaient tous et l'on s'étonnait. Quelques-uns sont
fragments d'Un rapport qui
venus me regarder sous le nez. ils croyaient que je n'étais
fut établi par le khodja
pas musulman.
Abdallah ben Hadjbi qui
La cérémonie des prières s'appelle la Aïmara. Elle
put se rendre en 1914 au
consiste d'abord à répéter la illah..... Il n'y a de Dieu que
grand moussem de Bouib
Dieu, pendant une heure, tandis qu'on reste assis, puis
Rih.
on se lève, on se met en cercle et on chante longtemps...
On v trouvera quelques
Allah ahy ... Dieu est vivant.
détails- sur cette fête ;\
Au milieu du cercle sont venus des chanteurs avec leurs
laquelle aucun Européen
instruments,
ils ont chanté des poésies qui ressemblent
n'a pu encore assister.
à des chansons d'amour, pour célébrer l'amour du prophète, en particulier les poésies célèbres de Bel Hou Bel
**
Fard: ... Ma Beïna tllohataraqui. .. Entre la bataille de
mes cils et de mon cœur, j'ai
RAPPORT ABDALLAH
été tué sans avoir fait
(Khodja algérien)
aucune faute ...
. Une heure de marche,
Et puis celles de Ben
nous arrivons entre TamOusel, ce juif andalou qui
mount à gauche et Kedse convertit à l'islamisme
daour à droite.
et qui a fait de précieuses
Encore trois quarts d'heure de marche
suppliques,
si belles qu'on
pour arriver à Ghemrama où j'ai couch(.
lui
disait
:
« Pourquoi tes
chez Stitou Ben Amer El Rouani, vous
paroles
piquent
- elles le
savez, celui qui est venu vous voir avec son
et
qui
disait:
<;Farce
cœur?»
ombrelle grise. Il m'a très bien reçu.
que
j'ai
deux
faiblesses,
celle
Le 28, à six heures dn matin, nous
du
Juif
et
celle
de
l'amour
sommes partis avec Stitou, son frère, et
Tombeau de M oulay-Larbi
(du Prophète).»
plusieurs habitants du village.
Dans cette journée, j'ai
Une heure de marche, nous traversons
rencontré
beaucoup
de
notables
qui viennent au bureau,
l'oued Tasseraf à sec, encore une heure et nous arrivons
ils m'ont dit bonjour: Ben Djilali des Bou Bani, Ahmedou
à la Zaouïa de Bouib Rih où se trouve le grand saint
Kaddourn Old el Aïk, etc... Mais quelques-uns s'en
Moulay Larbi, inventeur de la grande confrérie Derallaient
tout de suite.
guaouiste (sic).
Ce soir-là, j'ai couché chez des parents de Si AbderAu moment de mon arrivée, j'ai rendu visite à Manlay
rahman, et le lendemain 29, ils m'ont emmené à Amejout,
Abderrahman, qui était installé dans une tente. On lui
où se trouve une maison d'habitation du Chérif.
apporte là des offrandes, les cadeaux en argent pour la
On voyait à droite la montagne de Beni Ahmer, à
zaouïa, mais il ne regarde pas ce qu'on donne. Si Mogauche le village d'Aouana.
hamed, son fils; m'a offert le thé, puis je suis allé me
- Puis nous avons rencontré un vieux bétoutili au bord
.promener sur le souk.
du chemin, qui êtait entouré de gens qui arrachaient son
Il se tient là un souk annuel, un peu plus grand que le
écorce qui, dit-on, guérit de la fièvre et doit cette vertu
Tlëta des Cheragas, et il y vient du monde de toutes les
à ce que le' corps de Moulay l.arbi a été déposé quelques
régions du Maroc; Rabat, Salé, Haouz, Fès et la banlieue
heures SOl1s::;otl ombre. Nous sommes arrivés alors- à la
des Hayaïna, du Gharb et aussi des gens d'Algérie. Et
plaine de Khaoulan où campa pendant un mois la méhalla
puis beaucoup de Djebala tous armés, j'ai vu là surtout des
de Moulay el Hassen.
Beni Ahmer, avec leurs femmes qui portent une rezza
A Amejout, se trouve le tombeau de Moulay Taïeb près
et des guêtres en peau tannée.
de Moulay Larbi, il y a un gros village et une belle source.
Je suis allé chez Si Abdessalem, neveu de. Si AbderChérif donne au néophyte des marques de bienveillance
progressive, Hlui donne de petits cadeaux, du pain bénit,
un chapelet, un bâton, puis enfin il l'affilie à la secte en
lui posant sa main sur la tête et en prononçant une
phrase de bénédiction.
..
.
..
.
.~.
. .
L'AVENIR DE L'AUTOMOBILE AU
Dans cette journée, j'ai beaucoup causé avec Si Abderrahman, il m'a demandé des nouvelles des officiers qui
sont en relations avec lui, nous avons causé des nouvelles
de France.
Le lendemain 30, je rentrais à Amejout. Si Abderrahman m'a fait appeler, il y avait beaucoup de gens des
Beni Zeroual et des Djebala rassemblés, il leur a bien
parlé en faveur de la France, il leur a dit d'entrer en relations avec les officiers du bureau .de l'Ouergha; alors
j'ai entendu un assistant qui parlait du mal (sic) et qui
disait que les Allemands avaient envahi la France et
qu'ils avaient obligé les Français à libérer les protégés
MAROC
9
allemands; c'est un nommé Mohammed ben Kaddour
El Malkia protégé français, qni habite près du souk el
Rad des Otùed Djellaoul ; il ne savait pas que j'étais au
Service des Renseignements.
Le 1 er octobre, je me StÙS mis en route pour revenir
portant des lettres pour le Sultan, le Khalifa et pour le
bureau. Je suis passé à Mérieb, à Ain Kedima, puis à la
zaouïa d'Abdelouarth, je me suis arrêté chez Ould
Lhassen ben Tahar et je suis a"rrivé à Fez Bali.
Signé : ABDALLAH.
(A suivre).
P. OO=);OT.
L'Avenir de l'Automobile au Maroc
~
'EST
toujours un sujet d'étonnement pour
le Français qui se rend au Maroc,
.Â
JI,.
de croiser au cours de ses randon· nées, non pas seulement, comme il
~
s'y attend, des files de caravanes,
mais aussi d'innombrables autos
"'il ~ P'
roulant à toute allure sur le beau
réseau routier du Protectorat. Il
oublie que ce Maroc, si moyenâgeux par certains côtés, offre à l'industrie automobile
des débouchés importants, précisément parce que ses
modes archaïques de transport ne peuvent convenir à la
fébrile activité de nos colons, et que, faute de chemins
de fer, l'auto est devenue l'instrument de circulation
indispensable et unanimement apprécié parce que rapide
et peu coûteux. C'est donc un instrument extrêmement
pratique pour le commerce et le tourisme depuis le
développement des routes au Maroc. De là le succès
qu'il a rencontré dans le pays.
Contrairement à une opinion assez répandue, ce n'est
pas la voiture américaine qui se trouve être le plus en
circulation au Maroc, malgré son bas prix de revient et
les avantages qu'elle retire du fait de l'absence de tarifs
préférentiels dans les douanes marocaines. Dans une
statistique récente estimant à 700 le nombre total des
voitures automobiles en circulation dans la colonie, non
compris les voitures de l'armée, 319 seraient, en effet,
françaises et 267 américaines; soit 52 % en faveur de
nos marques nationales et 43 % pour les Etats-Unis.
Et, puisque nous avançons ici quelques chiffres, ajoutons
que les voitures françaises prédominent davantage à
tandis
Casablanca où leur pourcentage atteint 54 %
que. celui des marques américaines descend à 37 0/0.
CeCI ne veut pas dire que la voiture américaine d'un type
déterminé soit vouée au second rang. Nous savons, au
contraire, que la Ford écarte toute concurrence. Ni la
Panhard et Levassor, ni la Rochet-Schneider, qui circulent
"ce:pendant en tous terrains, n'offrent les mêmes avantages:
pnx peu élevés, moteur simple, minime consommation
d'essence et de pneus, etc. Aussi la Ford est-elle en honneur au Maroc. Elle passe d'ailleurs partout. C'est là,
avec son bon marché, ses qualités les plus appréciées des
commerçants. Les fabricants français qui voudront
trouver un débouché au Maroc devront s'en souvenir.
Evidemment au Maroc on vendra toujours des voitures
~
~C~
~
très soignées, articles riches dont la circulation devient
de plus en plus grande sur les routes nationales, bien
construites et bien entretenues et, dans ce genre, nos
Berliet, Cottin-Desgouttes, Chenard et Walker, DionBouton, Peugeot, Rochet-Schneider, Panhard et Levassor, sont des voitures incomparables. Mais, ce qu'il
faut surtout au Maroc, c'est la voiture utildaire qui permet
aussi bien la visite des terres cultivées que le transport,
celle qui est appelée à circuler en dehors des routes et se
fera, par conséquent, remarquer par sa solidité. C'est
dire que le Maroc nécessite un type spécial, qui pourra
vraisemblablement satisfaire aux besoins de l'Algérie,
de la Tunisie et de la Syrie. On peut donc prévoir que
son débouché sera important.
Quelles sont les caractéristiques de cette voiture?
On nous permettra de reproduire ici les données fournies
par une remarquable étude du Service du Commerce et
de l'Industrie de la Résidence générale. D'après ce service,
les caractéristiques de cette automobile seraient les
suivantes:
« Etre d'une mécanique simple ne rendant pas le chauffem
mécanicien indispensable et permettant aux demi-initiés le remplacement éventuel des pièces de rechange courantes.
Châssis de 14 à 18 H.P. environ; assez démultiplié pour per
mettre le passage dans le sable et les terres argileuses détrempées.
Hauteur entre la partie la plus basse de la voiture et le sol, de
o m. 25 à 0 m. 35. Motéur à 4 cylindres, empatemel1t de 2 m. 90
à 3 m. 50. Consommation d'essence aux IOO kilomètres entre 12
et 18 litres au maximum.
Le moteur 'devra être suspendu ell trois points. La disposition
des quatre points d'attache est ù rejeter complètement, les déformations subies par les châssis amenant nécessairement la rupture
d'une ou de deux pattes de moteur. Il semble que le bloc-moteUJ.
boîte de vjtesse, su~pendu eh trois points, ait, par suite, touit
chance de succès, car, dans cette disposition, aucune déformation
ne peut se produire entre l'arbre vilebrequin du moteur et l'arbre
primaire de la boîte de vitesse, d'où un fonctionnement parfait de
l'embrayage, qui se trouve toujours cintré.
Le cardan devra être tout spécialement étudié, car c'est un
organe qui travaille beaucoup sur les routes et pistes marocaines.
L'angle formé par l'arbre primaire de la boîte de vitesse et l'arbre
de transmission reliant la boite de vitesse au point arrière sera le
plus ouvert possible.
Le pont arrière doit être construit avec une grande robustesse,
et, notamment, les dents du pignon d'angle et de la roue d'angle
devront être calculées très largement pour supporter les à-coups
in€>vitables lorsque la voiture se trouve engagée dans le sable.
Le châssis devra être très élastique et très dHormable, les
ressorts très IOLgs. Ill.e serait pas mauvais de munir les ressorts
arrlère de bOLS COlùpe..~sateurs pour diminuer les coups de raqucttes qui se prodmset.t au passage des oueds et des cassis.
La disposition de ces châssis, au point de vue entretien, devra
être calcult.e de façon à occasionr,er le minimum de tra~ail. Tous
les l;;raisseurs devront Hre, par suite, très visibles et réduits au
miLimum. l'our faciliter l'et.tretien des voitures, les constructeurs
ferOl.t éditer des brochures très claires en fral,çais et en espagnol;
beaucoup de chaufJeurs l~e connaissant pas le fral1çais.
l La carrossene pourra être à 5 ou 7 places, de préférence à
7 places, les L<Jtables il.digèLes voyageant, en gél.éral, avec leur
famille et de nombreux bagal;;es.
La bllLquette arrière devra être très large, les dossiers hauts,
les strap01.tins cOlifortables. En somme, toutes les places des
passal-ers devront être très étudiées.
Le capltom.age peut être fait eH cuir si la voiture est d'un prix
élevé. sl1.on en pégarnoid.
A l'avant, les deux sièges devront être très confortables aussi,
et celUl du cOLducteur pas trop bas, car ce dernier doit pouvoir
voir la route très en avant de sa voiture.
Les passages des roues arrière et avant, et notamment des roues
arrlère, devroLt être très larbes et très hauts. Un passa!;e de roue
trop restretr.t provoque Uhe usure de pl.eumatique excessivement
raplde.
La capote sera à lille seule extension; la toile devra être très
solide. hlle sera recouverte d'uLe housse. Le pare·bnse sera très
solidelùC1.t établi; les tubes employés pour les illor,tants devront
être plus épats que ceux gé,.t-raJeh.e•.t uulises pour lespare-lJrisea
ve...dus eL< lrahcl:.. 11 sera prevu un tapis· brosse à l'arnère, un
tapls caoutchouc à l'avaLt, ou el~core les plallches serol,t recouvertes d'alurumium strie. Le marchepled-trottoir sera recouvert
d'alumiuium strié ou à pointes de diamallt. Les coilres seront très
bien étudiés et très vastes pour loger l'outillage et les nombreuses
chambres à air nécessaires pour un long voyage.
L'éclairage ékctrique serait absolument nécessaire, car les marques
étrangères en sont toutes pourvues. Comme voltage, il serait mte·
ressant d'employer du courant à 12 volts, Hant donné qut' c'est
celui qui est adopté généralement pour les démarreurs électriques.
Ceux-Ci se répandent de plus en plus, et les constructeurs français
feratent bien de munir toutes leurs voitures de ce système. Toutefois il est absolument mutile d'adopter le démarrage Hectriqut; si
le constructeur n'est pas décidé à faire la dépense d'une batterie
d'accumulateur 'assez importants (IS0 ampères au minimum).
J:<;nfin, du fait que le propriétaire d'une voiture la conduit
souvent lui'même et est obligé de changer ses pneumatiques dans
des conditions parlois pénibles. la roue amovible est absolument
nécessaire et les roue-s en tôle d'acier, pleL.es, du typc employé
à la guerre, 01;1 un assez grand succès à lau,c ue leur sin,p.iclté
et des facllltés qu'elles présehtCIJt pour le 1.etÙ,yage. Le-s Jautes
amovibles, au contraire, se rOUll1e~t trop vite et, lorsqu'Uhe telle
jante n'a pas été démontée deplùs quelque temps, elle donne trop
de mal à ef1ectuer rapidement lm changement. »
Voilà le type idéal pour le Maroc. Mais, lorsqu'il aura
été construit, son succès ne sera pas de ce fait même
assuré; il faudra encore savoir le'provoquer par une bonne
organisation de la vente de ces voitures. C'est là un point
délicat POUI les maisons trançaises qui d'ordinaire lont
à leurs représentants des cono.itions, en général, inacceptables. Alors que des firmes anglaises ou américaines
oilrent d'envoyer à leurs correspondants, à titre gratuit,
le nombre de voitures qu'ils désirent exposer, des maisons
françaises exigent des reprtsentants le paiement au comptant, sans que ceUX-Cl sachent s'ils ont un débouché
certain. D'autre part, les rabais consentis sur les ventes
par les maisons etrangères sont également plus importants : ils sont de 20 à 25 % alors que les maisons françaises donnent à leurs representants du. 7 à 15 0/0. Enfin,
autre point important, il faut que l'agent connaisse bien
le pays dans lequel il est Habli. Or, une des erreurs de la
France est de trop incorporer le Maroc au reste de l'Afrique
du Nord. On n'y tient pas suffisamment compte de ce
fait que les difficultés de communication avec l'Algérie
sont encore grandes et qu'à cause d'elles, le Maroc se
trouve plus près de Bordeaux ou de Marseille que d'Alger.
C'est donc une faute pour une maison de ne prendre
qu'un agent général pour la Tunisie, l'Algérie et le l\1aroc.
Il faut, pour qu'elle fasse des afiaires, qu'elle se résigne
à avoir un agent spécial pour le Maroc. Elle évitera aussi,
par contre, de tomber dans tille autre erreur : celle de
multiplier les agences au Maroc.
(( Fne maison française doit avoir un seul et important représentant avec atelier de réparations, stock toujours complet de
pièces de rech3.l1ge, et celui-ci ne peut vivre qu'à couùilioll d'avoir
une clientèle aussi étel.due que possible. Libre à lui, s'il le juge
nécessaire, de créer des magasins d'l:.xposition dal1s les principales villes, mais il faut avant tout que le touriste soit assuré
de trouver en un point central duM:aroc, et Casablanca semble
étre le plus désigné, toutes les piè'ces de- rechange dont il peut avoir
besoin ea cas de réparation grave et celà nécessite 11l,e mise de
fùnds assez importante atteignant e."tre 100.000 et 150,000 lranes ».
Il ne faudrait pas, toutefois, qu'une confusion s'établît
à ce sujet. Si l'on préconise Casablanca comme point
central d'une installation importante, il ne s'ensuit pas
qu'ailleurs il n'y ait rien à taire. Nombreuses sont déjà
les maisons qui s'occupent de vente d'automobiles ou
d'accessoires et en même temps parfois d'établissement
de lignes de transports publics. On en compte six à Fès,
cinq à Meknès, une à Kenitra, huit à Rabat, vingt-quatre
à Casablanca, deux à Mazagan, trois à Safi, une à Mogador
et quatre à Marrakech. Il y a donc des possibilités actuellement de. se procurer d~lllS toutes les villes du Maroc
de l'essence, de l'huile et des pneumatiques. Cependant,
la fournitUIe de pièces détachées n'est encore vraiment
organisée qu'à Casablanca, du moins en général. Ainsi,
la concurrence existe et dans ces villes, setùe une entreprise de grosse envergure, s'occupant en même temps
du transport des voyageurs, d'hôtels pour touristes,
pourrait se constituer dorénavant avec des chances de
succès.
Par contre, vu J'augmentation rapide du nombre des
automobiles et vu la création de nombreux centres de
colonisation, on pense qu'il y aurait place dans ces nouveaux postes pour des mécaniciens faisant la réparation
automobile et accessoirement du matériel agricole et des
tracteurs, bien que l'usage de ces derniers ne soit pas
encore très développé; on n'en compte qu'une soixantaine. Il ne s'agit là que d'entreprises modèstes à créer
dans des centres comme Petitjean, Mechra Belksiri,
Ber Réchid, Settat, etc.
En résumé, dans la branche automobile, ce que le
Maroc demande pour l'instant, c'est un instrument de
travail. Sans doute, le tourisme est appelé à un brillant
avenir dans ce pays et les auto-cars auront une belle
carrière à y remplir; mais le tourisme n'est-il pas une
industrie et p'our aller à des sites pittoresques, auxquels
on ne pourra se rendre parfois que par des pistes rocheuses
Olt boueuses, ne devra-t-on pas préffrer une solide machine à tille voiture de luxe ?
Toutefois, le plus gros facteur de la prospérité du
Maroc reste le commerce et c'est pour faciliter les échanges
que l'usage de l'automobile doit surtout y être développé.
LES
ISRAELITES DANS L'ANCIEN MAROC
Il ne faut pas oublier que les fermes européennes sont
souvent perdues dans le bled, parfois à des distances assez
considérables des routes et des chemins de fer, et que
leurs produits lourds et encombrants nécessitent de fortes
voitures. On compte que le Maroc a exporté pendant la .
guerre sur la France près de 4 millions de quintaux
de céréales, 3 millions de kilos de laine par an, 2 millions
et demi de kilos d'œufs, 3 millions et demi de kilos de
li
peaux, etc. Ne faut-il pas de forts camions pour transporter ces produits? Voilà ce que nos maisons françaises
ne doivent pas perdre de vue. Qu'elles se mettent immédiatement à l'œuvre! le Maroc leur offre un beau débouché
si elles savent s'inspirer des précédentes observations.
Elles peuvent assurer qu'il donnera à leur effort une
rapide et légitime récompense.
TAJER.
Les Israélites dans l'Ancien Maroc
a condition des J ltifS, aU JIll aroc d'avant le Protectorat était
asse;; malheureuse ; on peut même avancer que leur sort
était plus précain que dans tout autre pays musulman.
Nous donnons ici quelques-unes des pages que 1'vl. de La Martinière
consacre aux Israélites marocains dans l'Empire chérifien et que
nous extl'ayons de ses si intéressants « Souvenirs du M aroe. "
Nous sommes heureux de pouvoir ioindre deux photographies
dont nos lecteurs apprlcieront le caractère artistique d'autant plus
captivant que l'une tut j)rise par M. de La Martinière lui-m~J71e.
il y a plus de trente ans.
L
***
Proche de l'ancien palais des princes saadiens à Marrakech est le mellah ou juiverie. Dans les temps plus
anciens, ce quartier était à l'intérieur même de la ville,
au contact des souks, et ce fut Ahmet el Mansour qui
installa les IsraHites à l'endroit actuel; Arnoult de l'Isle,
agent d'Henri IV, Y. avait déjà sa résidence. Avant de
Photo: La Martinière (18971
Revendeur ?"uit de Fès
~énétrer dans le mellah, on voyait à notre époque chaque
Jour, sauf le samedi, jour du sabbat, une longne file de
p~uvres juifs accroupis, pouilleux et miséreux, qui réparalent les babouches. Savetiers attitrés de la population,
ils travaillaient leurs rafistolages dans la poussière et les
ordures du chemin'; plus loin étaient des juives; celles-ci
cousaient on ne savait quelles lamentables friperies.
Une visite de l'un des mellahs du Maroc, que ce fût à
1!arrakech, à Ft's ou à Meknès, laissait urie triste impres~10~. Ces quartiers, sans intérêt d'art ou de pittoresque,
etment peu engageants, il y flottait de nauséeu.'C relents,
issus d'une malpropreté invétérée. 'Les malheureux
habitants offraient de nombreux stigmates de dégénérescence et de cruelles maladies; il Y avait quantité
d'alcooliques, car on distillait dans les juiveries une
eau-de-vie de figues oU « mahia » dont il se faisait grande
consommation. Il était curieux d'observer, au Maroc,
que le type juif parfois gracieux jusqu'à: la puberté et qui,
dans l'âge avancé, compte de nombreux vieillards où
l'on retrouve des ,modèles de Rembrandt, offrait par
contre des adultes affreux; seules quelques jeunes filles,
pareilles à des fleurs grandies dans une sentine, étaient
jolies. La ,coiffure et le costume des femmes riches étaient
pittoresques, mettant en valeur le visage assyrien de
quelques-unes, et le décor s'augmentait de lourds bijoux
indigènes. Malheureusement des mariages d'une révoltante précocité dégradaient la race; on voyait d'infortunées enfants de huit à dix ans unies à de solides gaillards
.de vingt ans.
Les juifs marocains avaient de nombreux défauts et
quelques-uns même odieu.'C; à l'intérieur, ils étaient
fanatiques, j'entends hostiles à tout étranger; confinés
dans les pratiques d'une religiosité étroite et sans grandeur, leurs rabbins étaient médiocres. Foucauld dans ses
admirables' voyages, en souffrit cruellement, il les connaissait, car il avait vécu au milieu d'eux ayant eu le
courage d'adopter le costume et le genre de vie israélites;
je me souviens de ce qu'il m'en disait: mais à connaître
les persécutions subies par cette race, on s'étonnait de n'y
pas trouver davantage de vices. Que de fois les sultans
payaient leurs troupes en leur donnant un mellah à piller
quand les rabbins ne parvenaient à racheter leurs infortunées communautés par un large tribut. Il était assez
naturel qu'ayant vécu, de père en fils, de tels malheurs,
cette population dont les qualités d'activité sont si
grandes, ait alors contracté quelque propension à la
dissimulation, voire même à la fourberie. Comment
s:étonner que les juifs marocains s'ingénient à notre
époque pour échapper au joug chérifien, notamment par
le trafic de la protection consulaire? Quelques familles
de Tanger, plus averties ou plus habiles, étaient parvenues
à des 'situations avantageuses en servant les légations.
J'entendais formuler de vives critiques à leur endroit,
mais la responsabilité était bien plus à ceux qui employant
ces israélites marocains, n'avaient su les contrôler. Certains avaient rendu de très utiles services et j'en ai personnellement connu de très dévoués à notre cause.
De notre époque, les juifs étaient obligés de marcher
pieds nus dès qu'ils sortaient de leurs mellahs; on les
voyait eulever leurs babouches noires, par distinctiori
avec les musulmans, qui seuls avaient le privilège de
les porter jaunes; cette règle s'appliquait aux femmes;
il n'aurait pas fallu non plus qu'un des leurs osât circuler
12
en ville sur une monture quelconque, le dernier gamin
l'en aurait fait prestement descendre comme indigne.
Pendant longtemps, nous avons connu un vieux juif
qui suivait l'armée du sultan. On le rencontrait dans
chaque résidence chérifienne; il évoluait de Fès à Meknès
et à Marrakech. Il s'était, peu à peu, introduit parmi mes
gens; il leur fournissait bien des choses et apportait à la
cuisine de la viande provenant des bouchers israélites
plus soigneux, comme on sait, que les Musulmans dans le
choix des animaux à abattre. A Marrakech, ce pauvre
diable nous arrivait après avoir traversé pieds nus, toute
la ville, dans la boue ou la poussière, parfois tout remué
par les insultes violentes qu'il recevait aux abords de
la sainte zaouia. Je le faisais protéger de mon mieux. Un
jour, mis en confiance, il nous conta son histoire' à la
suite d'infortunes variées, il était revenu au Maroc'après
avoir travaillé à la bourse de Lisbonne où il avait, disait-il
avec orgueil, porté le chapeau haut de forme; il nous
conF ait sa tristesse et ses regrets, la tête couverte de
l'affreuse calotte noire si méprisée et de l'ignominieux
mouchoir imposé à ses coréligionnaires.
La porte du mellah à Marrakech, était gardée par des
soldats du Pacha; l'administration intérieure était
>xercée par le Rabbin et par le chef de la communauté,
souverains maîtres; on me disait que parfois leur'tyrannie
ne laissait rien à désirer.
« Mange chez le juif mais ne couche pas chez lui;
couche chez le chrétien, mais n'y mange pas », commande
au Maroc un proverbe arabe inspiré, paraît-il, du Coran.
Le musulman s'accommode, en effet, et à la rigueur de la
cui~ine israélite, car il est assuré de n'y trouver ni graisse
de porc, ni viande d'animal impur ou tué sans avoir été
complètement saigné; par contre la maison juive est
moins soignée, disent les indigènes, que celle du chrétien.
Au cours de mes longues années de Maroc je n'ai passé
qu'un~ nuit dans une juiverie, à Fès, en plein été: on y
respirait une puanteur à nulle autre pareille et j'y dînai;
le lendemain, j'en repartais avec les germes d'Une dysenterie qui aurait pu me faire passer de vie à trépas.
, A côté du mellah de Marrakech est le cimetière des
Israélites; aucun endroit n'offrait, de notre temps, un
aspect de si méprisante désolation. Une montagne d'ordures s'était accumulée au cours des siècles en ce lieu qui
paraissait réellement maudit et comme avili par le fanatisme haineux des Marocains. D'Un abattoir voisin se
répandaient d'épouvantables odeurs. Les tombes blanchies à la chaux, uniformément étendues sur une terre
brune, évoquaient la Judée, mais quel contraste avec les
accueillants cimetières musulmans disparaissant dans les
verdures des printemps. Traversant sous un sombre ciel
<l'hiver, cet endroit sinistre, je trouvai un soir, à l'entrée
quelques très vieux et très pauvres juifs accroupis. Leur
apparence était si minable que par surcroît de désolation,
ils semblaient moribonds, attendant leur admission dans
le champ de repos final. Une Juive, pieds nus, passa en
courant devant mon cheval et traversa le cimetière; elle
s'était prosternée très vite en entrant, baisant pieusement
la tombe de quelque ancêtre vénéré. Et je pensais à
la cc Mort des pauvres » de Baudelaire:
« C'est la Mort qui console, hélas! et qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne Je cœur de marcher jusqu'au soir. »
U ne très ancienne tradition divise en deux groupes les
Juifs qui ont été dispersés: les Achkenaz et les Sefarad :
c'est à ces derniers, issus d'Espagne après leur expulsion
au quinzième siècle, que se rattachent de nombreux israélites marocains fixés en grande partie sur la côte ; ils y
ont gardé la langue 'et bien des usages d'Espagne. Parmi
leurs congénères, les Sefarad passent pour avoir l'esprit
pondéré, discipliné quoique un peu lent d'allure; ils
sont scrupuleux et plus propres que ceux de l'autre groupe.
La population juive du Maroc n'est pas, toutefois,
restreinte à ces groupements d'origine péninsulaire; en
dehors de ceux des villes de l'intérieur, on en trouve dans
l'Atlas et jusque dans les contrées les plus lointaines de
l'Extrême Sud. Les historiens arabes ont, en effet, écrit
qu'à l'arrivée des premiers musulmans dans le Moghreb,
une partie des Berbères du pays professaient le Judaïsme.
On a également pu avancer qu'il existait des communautés, des synagogues et des docteurs palestiniens dans
les villes romaines d'Afrique, notamment en Tingitane,
avant l'affermissement du Christianisme; d'aucuns
estiment que les colonies juives de la côte africaine
avaient la même organisation que celles des autres pays
de l'occident romain et qu'elles prirent toutes un carac'tère nettement talmudique. Cette assertion ressort,
a-t-on dit, pour le Maroc, de J'inscription juive que j'ai
mise à jour dans mes fouilles de Volubilis. Ce te'xte épigraphique. prouve, en effet, l'existence en cette ville
d'une colonie judéo-romaine, tout en témoignant d'un
graveur maniant correctement l'hébreu.
On voit donc qu'une population israélite relativement
considérable a existé au Moghreb depuis les temps les
plus anciens et combien est erronée l'opinion que les
Juifs fuyant les tribunaux de l'Inquisition d'Espagne formeraient seuls la base de la population israélite du Maroc.
Vers r886, une mission privée ayant à sa tête M. Montefiore, de Londres, vint à Marrakech pour examiner et
tenter de faire améliorer le sort réellement lamentable
en ces temps, des israélites marocains. Elle obtint des
promesses du sultan ; Moulay El Hassan se rendit
effectivement dès le printemps suivant à Demnat où
existe un important groupement d'israélites : mais le
séjour de la cour chérifienne servit principalement à
étudier la situation du gouverneur de la localité que l'on
disait très riche et bon à rançonner.
H.
DE LA MARTINIÈRE.
(PhotograJ.>hie prhe par M. de La Marlinièle
rAMILLE DE RICHES
r SRAÉUTES
A MEKNÈS.
t'TI
18R7'.
JÉSUS ET' L'ARABE MENTEUR
CONTE POUR LES NOTRES
jour-là, Dubois aborda Martin .sur leboulevald
El Alou et lui d,t :
.
- Je suis en proie à des vicissitudes banales
mais exaspérantes, des petits riens domE:;stiques qui
vous démontent, vous laissent stupide, désarmé et agacé
au suprême degré. C'est à prendre le Maroc en grippe,
à sauter dans le premier bateau.
- Et puis - dit Martin - sans nier aucunement
vos tracas, vous êtes, comme beaucoup d'entre nous,
particulièrement sensible et nerveux quand souffle le
vent d'est.
- Ne ricanez pas à mes malheurs, reprit Dubois,
sinon je vous quitte.
- Què nenni! fit Martin qui, par de savantes évolutions, cherchait à dégager le bouton de sa jaquette
pris dans les doigts tenaces de son ami. Vous me joignez
pour me confier vos ennuis. Rien ne vous ferait partir
avant de m'en avoir éJrasé. Je vous écoute.
- Vous connaissez mon demi - sang bai? Eh bien
je vais le perdre; il est très ma ale, je suis désolé!
- Fâcheux, fâcheux, dit Martin, mais enfin la mère
des chevaux n'est pas morte, comme disent les maquignons de chez nous.
- Vous connaissez aussi Aïcha...
- Ah! c'est vrai! Comment va-t-elle cette charmante
enfant?
- Elle est partie, fit Dubois, pour rejoindre un éleveur de porcs qui, en attendant ses bénéfices, dépense
les frais généraux fournis par ses commanditaires parisiens.
- Fâcheux, fâcheux ! Mais enfin la mère des Aicha...
- Le plus grave de mes ennuis, interrompit Dubois,
est la disparition de Mohammed.
- Votre vieux et fidèle serviteur, votre homme de
confia..ce ?
- Il est parti en me volant, après m'avoir entortillé
d'une trame de mensonges déconcertante. Il a dù gag .er
le Sous, son pays, région non administrée où aucune complaisante autorité de contrôle ne saurait recevoir ma
plainte, sinon y donner s,âte,.
- L'Arabe est menteur et assoiffé d'argent, dit
Martin. Il ne nous reste plus, cher ami, qu'à philosopher sur ces contingences...
- Je vous en prie! Allons plutôt boire frais au plus
prochain estance.
- J'ai mieux que cela à vous offrir, dit Martin.
J'allais, quand vous m'abordâtes, chez un ami musulman. Je vous emmène.. Vous y boirez du thé qui par
temps de vent d'est, de Chergui, comme vous dites
vous autres arahisant;;, est bien préférable à l'alcool.
Mon ami s'appelle Mohammed aussi, mais on prononce
Sidi Mohammed parce qu'il est capable de lire le Coran
et même, paraît-il, de le comprendre. C'est un homme
aimable et intéressant. Il ne déteste pas les chrétiens ou
du moins ne le leur fait pas voir. Il est intelligent et l'a
prou~.
.
Et Martin entraîna Dubois dans des rues étroites.
- Le Sidi Mohammed que vous allez voir, continuat-il, fut un de ces Pachas que le Ma.khzen laissait s'enri-
C
E
chir, puis dépouillait un beau jour de ce qu'ils avaient
volé à leurs administrés. Mon ami s'était très vigoureusement, très rapidement aussi, tiré de la première
partie du programme. Il en était à ce tournant fâcheux
d'une carrière administrative marocaine où l'on attend
la lettre de cachet et la visite des sbires du Sultan, gens
dont les manières accortes... Vous n'avez jamais vu le
Makhzen d'autrefois manger un Pacha? C'est très exciting.
Nous en reparlerons. Sidi Mohammed eut cette chance
que les Français arrivèrent avant la L ttre de destitu·
tion. Notre Makhzen protecteur ne pouvant et RllfC
juste raison chambarder l'organisation, d'ailleurs mal
connue, de ce vaste pays stabilisa les institutions, protégea les situations acquises l t fixa les fortunes. Sidi
Mohammed rendit qudques services anodins et très
sagement demanda sa retraite. Les temps étaient
changés. Il remit son cach t de Caïd, mais garda les pro·
duits de sa charge. Vous allez voir comme il vit heureux
du fruit de son travail.
Et Martin frappa doucement du marteau à la porte
de son ami.
Tandis que s'accomplissait devant la porte entrebâil·
lée la petite pause préalable à tOùte visite en demeure
musulmane, Martin ajouta:
- Mon Pacha est un homme d'aspect grav.e et d'humeur gaie. Il éclaircira vos chagrins par ses histoires
qu'il sait toujours approprier aux faits du m01l11i:Ut.
Entrons. Nous sommes ici en plE:in vieux Maroc, fin,
aimable et jouisseur.
Sidi Mohammed attendait son hôte sous les arcades·
du va"te et élégant patio de sa maison. Il était assis
à l'européenne sur un fauteuil Louis XV venu en droite
ligne de Hambourg. A côté de lui, assis à la turqUè
sur le sol, brillant de faïences multicolores, se tenait
son taleb, jeune secrétaire fassi au visage très blanc,
aux yeux de femme, aux mains fines et longues. Le taleb
armé d'un petit bout de roseau noircissait avec lenteur,
sous la dictée de son· maître, une feuille de papier qu'il
tenait à plat dans sa main gauche. Devant lui, attenda.t
le visiteur, était disposé le plateau à thé en beau métal
argenté de Birmingham couvert de ces tasses bariolées
si chères aux Marocains et que fournissaient les usines
d'Autriche et de Saxe, savantes à flatter et à suivre les
goûts de cette clientèle. Un peu plus loin la boûilloire
chantonnait doucement sur les braises .de son haut
trépied.
Sidi Mohammed se leva pour accueillir ses hôtes qui
prirent place auprès de lui sur des chaises tandis que
le taleb fa,si qui n'avait pas levé le nez se mettait à
prépard le thé avec des gèstes sacerdotaux.
- Mon ami que voici, dit Martin au Pacha en désignant Dubois, parie ta langue comme la sienne. Il
aime beaucoup les musulmans qui le lui rendent bien.
Mais tu le vois aujourd'hui affligé de diverses peines.
Il vient, entre autres calamités, d'être indignement
trompé et volé par son domestique préféré, un arabe
d'âge qu'il avait nanti de sa confiance.
Le Pacha condensa en un geste discret son étonnement
attristé, ses condoléances, et le rappel obligé que Dieu
JRsus
ET VARABE MENTEUR
est le meilleur juge des actions des hommes. Il conclut
par un « Allah! >1 profond tot énigmatique.
Et à ce moment des cris rüentirent dans la maison.
ene voix juvénile criait: « Ana mtaieb lillah / ana mtaieb
lilla.. / » ce qui veu'.: dire à pëU près: « Je ne le ferai plus,
je me repens! >1 Et quatre gaillards parurent, qui tenaient
t.t ·pous:.,aient un jeune homme comme eux sans doute
au Strvice du Pacha. Arrivés d(:;vant celui-ci, aVeC un
ensemble daIls ks gt:stes qui dénotait une grande habitude, ils posèrent t.t maintinrent leur call1arade, toujoUIS
criaht, à plat ventre par t,:;rre au milieU du œrcle formé
par ks 8.::isi:.,tar...ts, la tête tont contre le pla1A.au à thé,
sur kqud le takb fa::isi au pâle vi:-.age achl.:vait traJ..quilltmtnt de remplir les ta;ses.
Le Pacha s'écria en riant:
- Excusez, Mtssieurs, la maladresse de ces brutes.
J'avais condamné ce serviteur à r<..cevoir des conps de
corde. Vous êtes survenus, mes gens ne se sont pa... aperçus de votre arrivée. Je sais que vous n'aimez pas ce
gtnre de correction.
- Qu'a-t-il fait? demanda Dubois.
- Il tst menteur e.: volt:ur, fit le Pacha. Je l'ai puni
de cent coups dt corde.
- Fais-lui grâce en notre honneur, dit Martin.
- J'éprouw moins de pitié que je n'aurais, cru, fit
Dubois qui pensait à son Mohanlmed.
- Disparais! Emmtnez-le 1 cria le Pacha. CE:'t enfant
du péché a de la chance. Allons, oust!
Et tandis que s'en allait le coupable haLtant de
satisfactiop, circulèrent les tasses de thé fl...uraI,t la menth-:
et fUmaIlt. li y eut un moment de silence, puis Martin
dit à Dubois :
- Vous n'êtes donc pas seul volé et trompé par vos
gens, si tant est que ceci puisse vous consoler.
- J'aimerais, fit Dubois, à connaître votre avis sur
l'énergique et prompte justice patriarcale dont nous
avons failli voir lm efftt.
- Les inconvénients dont vous souffrez, dit le Pacha,
et dont je ne suis pas exempt sont, en somme, trê::; communs. Les rigueurs de la loi ont fléchi. Le prophète
ordonne de couper la main au voleur, homme ou femme.
On peut même, d'après la tradition, et selon les cas ne
pas cautériser les moignons pour que mort s'en' suive.
Ct:s pratiques légales n'ont généralement plus cours.
Nos coutumes se sont fort adoucies.
-:- Qu'ordonne la loi, fit Dubois, pour le serviteur
qUl trompe la confiance de son maître et l'aveugle de
mensonges?
- On ment, dit le Pacha, souvent par besoin maladif,
plus souvent pour éviter un reproche, une perte d'argent
ou encore pour acquérir des richesses. Ce dernier cas
es~ commun, me semble-t-il, à votre domestique et au
tnlen. Lt mensonge intéressé est chez nous a;similé au
V?1. Et tout ceci me rapp...lle une hLtoire que j'ai trouvée
rect:mment dans un autl::ur arabe de jadb. Voukz-vous
que je vous la dise ?
- Nous ouvrons toutes grandes nos oreilles, dit
Martin.
,?i~ Mohammed se fit apporter l'ouvrage en question.
C etrot Ullt vidlle chose, dts pages jaunit:s COUVdU:S de
bt:aux caractères dans une rdiure orientale dont la
fatigue di:,ait l'âge. Il l'ouvrit av,-c précaution et ayant
trouvé la page commtnça sa l...cture.
.
- Ouahab btn l\1ounabih a dit : J ...sus, fils de Marie,
15
(sur eux deux le salut) poursuivi par la haine des Beni
Israêl, s'enfuit et un seul homme s'offrit à le suivre.
C'était un Arabe venu du désert de Cham et qui y retournait. Ils marchèrent durant plusieurs heures au cours
desquelles Jésus s'arrêtait souvent pour prier. Une fois
l'arabe dit: "Maître, j'ai consenti à te suivre, mais tu me
dois donner à manger, comme à tout serviteur tout maître. Or nulle bête de somme ne suit nos traces que le
vent efface. Comment vivrons-nous, si tu n'as pas de
provisions ?
Jésus tira quelques monnaies de sa bourse et ordOllna
à son servitt:ur d'aller acheter du pain dans un douar
proche où il ne pouvait aller lui-même par crainte des
juifs. L'homme fut au village et revint portant trois
p...tits pains. Or quand il arriva auprès de Jésus (sur lui
le salut) celui-ci était en prière et celle-ci dura longtemps. Alors en cachette l'arabe mangea un des trois
p,-tits pains, de telle sorte qu'il n'tn resta que deux.
Quand l'Esprit de Dieu eut fini de prier, le serviteur lui
pré::ienta les deux pains. Ils s'en nourrirent, puis Jésus
dit : « Où est le troisième petit pain ? »
. - Maître, répondit l'homme, il n'yen avait que deux.
Ils rtprirent alors leur route jusqu'au moment où la
soif les tourmenta. Jésus posa sa main sur un rocher.
Il en sortit une eau dont ils s'abreuvèrent et Jésus dit :
- Par la grâce ùe ce que tu viens de voir, dis-moi
qui a mal.gé le troisième p.:tit pain.
- Maître, répondit l'homme,il n'yen avait que deux.
Ils r"prir~nt alors leur roUtè jusqu'au mom.:nt où la
faim l~s tourmenta de nouv-::au. J é::iUS (sur lui le salut)
posa sa main sur une pierre qui se changea en agneau.
L'ayant égorgé et dépouillé, il se trouva, par le désir de
Jésus, qu'il était cuit à point. Ils se nourrirent l'un et
l'autre de sa chair et Jésus dit :
- Par la grâce de ce que tu viens de voir, dis-moi qui
.
a mangé le troisième p.:tit pain ?
- Maître, répondit l'homme, il n'yen avait que deux.
Ils reprirent alors leur route et les Juifs apparurent
sur leurs traces poussant d'horribles claIll-::urs. Or,
l'Esprit de Dieu et son serviteur se trouvaient au bord
d'un grand lac qui barrait leur fuite. Jésus prit l'arabe
par la main et tous deux marchèrent sur les eaux jusqu'à l'autre rive. Et Jésus dit:
- Par la grâce de ce que tu viens de voir, dis-moi qui
a mangé le troisième petit pain.
- En vérité, dit l'homme, il n'yen avait que deux.
Débarrassés de leurs ennemis et rassasiés de nourriture, les fugitifs décidèrent de coucher en ce lieu. Mais
Jésus était triste en pensant que les plus éclatants miracles n'avaient pu toucher le cœur de son compagnon
et le faire renoncec a..l mensonge. Or il avait exi:;té en ce
point un~ ville antique dont seuls quelques décombres
rappdaient le souvenir. Jésus posa sa main sur trois
tas de décombres qui immédiat.:ment se changèrent en
trois monc<..aux d'or. Et Il dit (sur lui le salut) : "Ce premier ta3 d'or est pour moi, le deuxième est pour toi,
cet autre est pour celui qui a mangé le tlOisième p,;:tit
pain.»
. - C'est moi) dit l'Arabe, qui ai mangé le troisième
petit pain.
Alors Jésus, parvenu au comble de la tristesse, invoqua
DieU et la foudre se détachant du ciel réduisit en poussière l'arabe menteur et assoiffé d'argent.
16
AVEC LA HARKA
D'EL
Le Pacha ferma le livre et ses hôtes le remercièrent
vivement. Dubois lui dit pour sa part combien ce récit
avait intéressé son esprit d'homme récemment volé et
trompé par un arabe menteur et assoiffé d'argent. Après
fOlce compliments les hôtes prirent congé du Pacha.
Et tandis qu'ils suivaient à nouveau les rues étroites,
Dubois fit cette remarque:
-- Somme toute, le châtiment de l'arabe qui trompa
HADJ
THAMI
GLAOUI
Jésus est, sous uneforme thaumaturgique, un des aspects
de ce que l'on appela la justice expéditive du Makhzen.
Ne pensez-vous pas qu'elle avait du bon?
- Je pense aussi, dit Martin, que les caractères de
race sont immuables et vous m'en voyez au comble de
la tristesse, comme fut Jésus, fils de Marie (sur eux deux
le salut) !
MAURICE LE GLAY.
Avec la Harkad'El Hadj ThanlÎ Glaoui
(1)
(,R..elation de ()oyage (Suite)
ZAopïA
est très heureux. Il a été dépouillé
de ses vêtements; je lui en faishacheter
et fabriquer de neufs et de chauds. Le
Pacha et Si Hammou me disent de le
soigner et de le ramener à Marrakech.
Ils mettent une mule à ma disposition
polir le porter.
Nous avons 9 tués et 9 blessés.
.Les tués et les blessés ont été fusillés à bout portant,
les uns et les autres, en entrant à l'a5saut dans des
ca5bahs. La plupart des habitants avaient fui des villages. L'attaque n'a commencé que vers 3 heures du soir.
Quelques-uns ont cru pouvoir résister jusqu'à la nuit.
Ils ont été réduits par le canon dans leurs forteresses,
lorsqu'ils n'avaient pas cédé déjà à l'offensive des Glaouas.
Je sers d'interprète au ~acha pour le tir du canon. Le
Maréchal des Logis 'l'rollier tire avec précision, d'abord
sur un ksar à 2.200 mètres puis sur une forteresse à
600 mètres. Deux fois la fumée de l'obus est revenue en
arrière et a renflé au-dessus de nos têtes.
13 Mars. -- Région riche: safran, orge, maïs, oliviers,
amandiers, figuiers. Il ne pleut jamais dans ces pays, on
irrigue avec l'eau des sources. Haouach de femmes devant
la tente d'El Hadj Thami.
'ENFANT
(1) Voir France-Maroc N°S 10 et II - 1919.
:
Sidz' Bellal
Salve de Bou Chfe(au crépuscule en signe~dejoie par
les gens du pays qui ont obtenu le pardon.
.
Le Pacha me remercie des soins que j'ai donnés aux
blessés, de mon rôle comme interprète auprès de l'artilleur et me fait cadeau d'un fusil incrusté d'ivoire.
14.- Départ de Tinfat. Arrivée à Tatekout. Belles
casbahs blanches très régulièrement construites. 3 h. 1/2
de marche .
Le toubib marocain de Si Hammou a sondé le trajet
d'une balle non ressortie, à la cuisse d'un blessé que je
soigne. Avec une longue aiguille en fer, il a fait cette
exploration et a dit « la bès » ... Les Cheikh des Iouzioua,
le Khalifat d'Ounein (de vieux amis) viennent me rendre
visite.
III
15 Mars. - '1'atekout. Séjour. Pa'1sement de mes
blessés. Haouach, toute l'après-midi, devant la tente du
Pacha. Deux rangs de femmes se faisant vis-à-vis, battant des mains et se répondant en couplets alternés. Au
milieu: l'orchestre ... et des chefs d'orchestre. Des régisseurs ordonnent les mouvements des femmes, qui parfois
se rapprochent ou s'éloignent, ou font une conversion
à droite, en pivotant sur le nO l de gauche.
AVEC LA
HARKA
D'EL
HADJ
THAMI
GLAOUI
I7
chanteurs. Il y a parmi eux des
Période de repos. Tout le monde
gens fort bien habillés.
assis sur Son séant - les chœurs
Très monotone, très uniforme...
chantent les louanges au Pa ha...
p.a5 toujours avec beaucoup d'imar6. - Tatekout. Séjour. Déjeuglnation, car j'entends en route
ner chez Si Moha (Ta1iouin). Récepl'.entourage du Pacha les imiter et
tion délicate et généreuse.
nre.
.
Les femmes sont disposées en fer
., :pans l'oued Draa, l'haouach que
à cheval. Elles chantent par groupe,
J al vu ne ressemblait pa5 aux autres.
en battant des mains. Un autre
Chez le Caïd Si Boubeker, le Pacha
groupe répète ... Un troisième aussi ...
m'avait envoyé chercher pour le voir.
En même temps, elles glissent à
L'haouach avait lieu dans urie cour
droite, par un mouvement de trans'
intérieure de la casbah du Caïd. Sur
lation sur les talons, insensible. Les
les quatre faces de cette cour, au
hommes' accroupis, jouent du bendeuxième et au troisième étage, les
dir. A 'côté d'eux, un raïs, un
gens de la maison du Caïd, ses
improvisateur, accroupi lui aussi,
in:rités, penchés aux fenêtres, regarréfléchit. Soudain, le raïs se lève
dalent en ba5 l'haouach.
et chante ce qu'il vient d'imaginer.
Les femmes répètent les vers une
I,es troisièmes galeries de ce théatre avaient leur côté hommes leur
dizaine de fois.
côté femmes.
'
Un vieux à barbe blanche est
Les femmes de la maison, maîvenu faire une improvisation, d'une
t;esses. et servantes, regardent vôivoix mal a5surée et hésitante ... On
HAOUACH devant la tente du Pacha
lees, nsquant un œil seulement.
m'a dit que ses quatre fils venaient
de partir en dissidence et qu'il
En bas, l'Haouach. Des hommes
composait sur ce sujet les chants que j'entendais
de.~out, coude à coude, forment le cercle complet. Au
mllieu, des femmes dévoilées, richement parées, a5sises
reprendre par les femmes.
sur des tapis, immobiles et silencieuses.
Un autre plus jeune. parlait du Pacha... du canon ...
Pansement des blessés-- consultation des gens de la
Les musiciens dans un coin : taridja et surtout
deff. Les femmes dévoilées, assises sur des tapis, sont
harka.
de~ .servantes de la maison, et des femmes .des maisons
Consultations à Taliouin.
Arrivée de Larbi Dardore et du Caïd Brahim ou
V01SlU~S et amies, invitées à venir voir. Les gens «chics»
p~odU1sent une, deux, trois femmes, avec les plus beaux
Brahim.
vetements, les plus riches bijoux; on remarque alors
Je souffre depuis plusieurs jours ~e conjonctivite ,aiguë
leur parure, leur élégance... (( Un tel a envoyé trois
due à la poussière et à l'éclat dusol~l,l. La hark.a ~e deplace
femm~~... » Quelques-unes ont des diadèmes faits avec
toujours dans un nuage de pousslere. C?n dlstmgue, ~e
des pleces d'or. Elles ne bougent pas, hiératiques. Elles
loin à l'horizon l'arrivée d'une harka a la colonne de
sont accroupies sur leurs jambes. Elles me rappellent
poussière qui su~git, telle une tornade, un coup de siroc~o
les danseuses de Sisowath, avant la danse. Devant
dans le lointain. Je m'en plaignis au Pacha. Il m~ répondIt:
c~~cune d'elles, une soucoupe remplie de IGses sèches
« C'est inévitable dans les harkas, en toute Salson ».
pliees.
Réveillé matin par des Tolbas, ma5sés debout, immoLes hommes chantent, battent des mains, secouent la
biles devant la porte du camp. Un taureau attaché par
te~ suivant le rythme, sans bouger de place tels des
les cornes. Un mouchoir blanc au bout d'une longue
Alssaoua5 arrêtés à un carrefour.
'
perche. Chant nasillard l~nt et triste, la;mento adagia,
chant de suppliants, cantique, chœur antique.
,Parfois deux femmes ou trois se lèvent, très dignement,
tres lentement, et vont poser une pincée de feuilles de
Pansements'et consultations. - Le gosse amputé de la:
ro?es sur la tête des chanteurs. Eux secouent la tête, la
main gauche par un. éclat d'obus fut trouvé par mes
reJettent en arrière, comme s'ils étaient dans le ravissehommes, lè lendemain du combat, près de sa casbah.
ren~, et font paraître un sourire. Les femmes vont de
Il était seul, sa main blessée reposait à terre, nue. Il
un a l'a~tre en,glissant sur les talons, par un mouvement
était couché. Mes hommes lui proposent de venir à la
de r;ptation tres lent; elles paraissent ne pa5 bouger.
harka se faire soigner par le médecin. Il répond: «( Ouakliâ »
D autres se lèvent un instant et joignent les mains
«( Il faudra rester jusqu'à la guérison avec lui, et le
comme des vierges en prière fervente.
suivre à Marrakech... » - (( Ouakha... je n'ai plus perLa foule se tasse, se bouscule autour de ce cercle de
sonne ... je suivrai le toubib partout n. Il est venu... Ses
A
A
rK
AVEC
EEKTANA
LA
HARKA
D'EL
Bassin réservoir en plein champ
frères lui ont fait demander quelques jours aprè<; s'il
voulait revenir parmi eux. Il a répondu : « Je reste avec
le toubib, jusqu'à ce que je sois guéri ». Cet enfant a une
figure intelligente et énergique - environ 13 ans.
Deux marocains Zer.agas sont venus me pa~ler au
souk. J'étais en contemplation devant l'étalage d'un
juif, admirant un bracelet en bois, doublé de cuivre à
l'intérieur. Ils m'ont interpE"llé en français, le visage
souriant. Mauvaise prononciation, mais vocabulaire
a.,sez riche. Ils ont pa,sé trois ans à Paris, penda:1t la
guerre, à la Villette, à Levallois... Ils ont habité rue de
Crimée ... Les amis de ces Chleuhs, leurs « pays» étaient
émervdllés qu'un des leurs pût soutenir une conversation
en français. Nous sommes devenus centre d'attraction,
le souk s'est figé autour .de nous; plus de commerce.
Les Zenagas-Parisiens voulaient à toute force m'offrir
quelque chose, des œufs, des orar.ges...
L'un d'eux est venu, dans la soirée, prendre le thé sous
ma tente : « Combien êtes-vous de Zenaga., qui êtes allés
en France pendant la guerre? » - « Beaucoup, beaucoup... )J - « Combien, vingt, trente? » - « Plus de deux
cents )J. - « Mais alors, les Zenaga., sont tous Français
maintenant » . - « Toutes les tribus des Glaoua; sont
françaises. On nous a dit qu'il fallait aller venir vous aider
pendant la guerre ... Maintena·.t que je suis habitué à
vous, si je vois uu Français chez nous, je ne veux pas le
quitter... J'aurais voulu que tu viennes dans ma maison ...
J'irai te voir à Marrakech... Les Français sont très puis.
sants... Très aimables,les femmes à Paris: «Bonjour Sidi»,
SEKTANA : (Eau de sliurce amenée de tra., loin par cette segttia
jusqu'au bassin. Les paroies de la seguia sont cimentées par
des dé~s calcaires de cette eau)
HADJ
'l'HAMI
GLAOUI
les policiers vous montrent le chemin ... on gagne de l'ar.
gent... on ne fait de mal à personne ... )J.
Ils retourneraient volontiers en France.
A l'heure des adieux, je donne toujours de gros fa"ors
à ces Chleuhs-parisiens, pour entretenir la légende des
França~s riches et généreux.
IS..- Pansements, consultations, gens de la Harka et
Sektanas. Ksars abandonnés par les habitants à notre
approche. Visite des environs. Sources très nombreuses
et abondantes'- L'irrigation se fait par de petites séguias
de 0 m. 20 df' large, 0 m. 10 de profondeur, à flpur du sol.
L'eau est calcaire. Il se forme des dépôts sur lf's parois
de ces séguia" qui lui donnent l'aspect d'une ca'lali<;ation
cimf'ntép. L'r au est rassemblée dans de grand., ba,sins,
dp là répartie dans des terrains de culture, gra'1ds carrés
étagés, bornés par des murs en pierre. Il ne pleut jamais.
Production du sol : oliviers, figuiers, amandiers, 'grenadif'rs, abricotif'rs, vigne, rosiers sauvages sous les
figuiers, orge, safran, maïs, carottes, etc...
L'eau filtre à travers le roc. Plusieurs maisons dans les
villagps ont l'eau dans leur cour, soit par canalir,ation,
soit par affleurement naturel. Lps grottes sont nombreuses
sur le trajet de ces paux souterraines. Elles ont été souvent
aménagées pour servir de greniers, de hangars, de réduits.
Camp
d~t
Facha
On les a fait communiquer entre elles. Il y a quElquefois
des dépôts de salpêtre sur leurs parois. Que lques-unes
sont très humides ou même remplies d'eau. On en voit
de très longues, véritables tunnels de 40 mètres à 50 mètres
de long. Ces ksars seraient inabordables sans artillerie.
19..- Tamda N'Aîtbiren, 4 heures de ma"'che, route
facile, sauf une montée de 200 mètres un peu dure, va',te
plaine inculte, chiha. Arrêt daïs une vallée semée d'orge,
couverte de vigoureux et verdoyants amandiers. Eau
calcaire abondante. Source au milieu des rochers. Cavernes r-atun lles. Grottes façonnées sous les maisons,
avec plusieurs diverticules les faisant communiquer entre
elles, servant d'abris, de hangars, de greniers. On voit les
traces de coups de pioche sur les parois. Elles sont de
formes régulières. Le sol est nivelé. Elles sont barrées
à leur entrée par une murette en pierre de 0 m. 50 de
haut. Celles qui sont à l'extérieur du village ont quelque.
fois servi d'abri; leurs parois sont noircies par la fumée;
la plupart sont ouvertes face au nord et au nord-est. La
lumière n'y pénètre jamais.
L'ean est ici rassemblée dans un très grand bassin
cimenté et de là amené dans le ksar par un aqueduc.
AVEC LA
HARKA
D'EL
Il ne pleut jamais. Cultures par irrigation. Champs en
étages.
Productions: orge, safran, amandiers, oliviers ... etc...
Les habitants du pays font des ruches quadrangulaires,
avec des batonnets accolés et recouverts de bouse de
vache.
A 500 mètres à l'est du ksar se voit une ca!lalisation de
l'eau de source, faite en plein roc à flanc de montagne.
Les parois sont très nettement taillées, très régulièrement. Ces rhetara.;; ont environ 0 m. 40 de large sur lO à
15 mètres de profondeur.
20. Sùr les collines dénudées se voient parfois des
ruines, des amoncellements de pierres. Il reste seulement
debout une pièce. Il est sacrilège de renverser une mosquée, de la piller; on enlève cependant le bois de charpente de la terrasse et ces anciennes mosquées restent
à ciel ouvert.
.
J'ai. vu da':ls ces ruines des caméléons; j'en avais vu
aussi dans le Todra.
HADJ
THAMI
mouflons. On prend 5 ou 6 lièvres
avec des slouguis. Le Pacha en tue
deux avec son fusil de chasse. C'est un
excellent tireur, gaucher. Il a touché
un étui de cartouche Lebel posé
sur un bâton à 25 mètres au
deuxième coup, et une orange à
120 mètres au premier coup. Il
tire accroupi, sans prendre de point
d'appui.
Pansements des blessés et consultations.
Je l'ai vu passer d'un cheval à
un autre sans mettre pied à terre,
en quelques secondes. Son cheval
alezan en montagne arrache à moitié
le fer d'un sabot. Il boite. On appElle
un de ses palefreniers, tenant en
• laisse un cheval harnaché, un cheval
gris. Le cheval gris vient se· coller
contre le cheval alezan, tête à
queue. Le Pacha lâche l'étrier
gauche de l'alezan, chausse l'étrier
gauche du gris, s'appuie à la selle
et pivote.
Les gens racontent· que les Sektana.;; étaient autrefois des païens.
U~ chérif vint chez eux, ils le
tuerent. Quand on les interrogea
p8;r la suite, en les accusant du
~nme, ~ls s'émurent, parlèrent tous
a. la fOlS, eurent peur de dénonca.
hons, et s'interpelèrent en tous
sens en même temps « Skout enta,
skou! anav (tais-toi, je me tairai).
De la serait venu le nom de Sektana.
Vu
dans les rochers une sala-
19
mandre verte et marron, la queue noire, longueur totale
de 0 m.oS environ.
Le petit blessé sektani n'a pao:; eu la main emportée
par un éclat d'obus. Il vient d'avouer ce matin qu'il
faisait le coup de feu contre les Glaouas. Son fusil trop
chargé a éclaté dans sa main.
J'ai vu une grotte façonnée à coups de pioche, habitée
par des gens de la harka, et un commencement de construction de ca,bah à côté.
Un sektani blessé par nous le l2 mars vient se faire
soigner. Sa plaie au genou dégage une puanteur insupportable. Sur la plaie était collé un bout de papier bleu,
enveloppe de sucre.
22. - Jamais de vaccination; je fais cadeau du' dernier'
envoi de vaccin au caïd Larbi Dardore qui en apprécie
beaucoup l'efficacité.
.
Départ de Tamdart N'Aïtbiren, route longue et facile,
pénible à cause de la poussière, 6 heures de marche.
Beaucoup d'alfa et beaucoup de chiha. Lièvres, gazelles,
Les « rjem »), le long des rhetaras,
sont fréquents. Ils le sont égaleme~t le long d'un torrent à sec, à
la .blfurcation d'un sentier en plaine,
d'un sentier très peu apparent sur
le sol. On m'a dit que ces rjem sont
pll.Lcés pour signaler le chemin à
SUIvre, la rhetara ou l'oued à éviter
par temps obscur la nuit.
Mon petit blessé sektani, de Tinfat
me dit que ce sont des marabou~
qui. découvrent les sources. A l'en. droIt qu'ils indiquent, on fouille le
sol. Quand l'eau apparait, on bâtit
au-dessus une casbah.
GLAOUI
(A. suivre).
Docteur HÉRISSON,
LE PACHA
ET Sr HAMMOUN
iJt écoutent l' Haouaclt
regardent
Médecin en chef
du groupe sanitaire mobile
de Mona\œcl1.
lAVIE AU MAROC
NOS DEVOIRS POUR 1920
Il serait inexact d'affirmer que nous avons, â Paris,
Oli<iert I920 dans l'allégresse générale. Je n'hésite même
/)(IS à declarer q11e le soleil y étant en janvier bea1/eoup plus
rare qtt'au Maroc, nous avons une circonstance atténuante
de plus pour nous plaindre de la crise dt'" charbon.
Il ne faut cependant pas que les difficultés présentes Q1Û
demeurent sensibles nous fassent envisager d'un œil exagérément critique l'œuvre de I9I9.
Cette laborieuse année de liqtàdation ne nous a pas
apportétolls les biens que nous eussions sOIlhaités.
Toutefois:
Le traité de paix Cl consacré l'essentiel de nos revendt:cations. Si ses garanties ne nous semblent pas aussi
complètes que nous voudrions, nous n'en avons pas moins
les movens, avec l'aide de nos Alliés, d'assurer son exécution. S'imaginer q'u'un Cl chiffon de papier» quelconque nOt/s
vaudrait la tranquillité perpétuelle sans que nous ayons il y
veiller est une puérilité.
IO
2° Nous avons traversé sans convulsion sociale la redoutable période de déte'nte nerveuse qui a constittté dans le
monde entier l'inévitable choc en retour du cataclvsme lm'iversel. Certes, nous ne nous sommes pas remis ~u travail
avec l'unanime énergie qu'il eût fallu. Et la loi de huit heures,
parfaitement légitime enprinci;be, fut, dans les circonstances
du montent, l'erreur la plt/s regrettable. Il y a eu par ailleurs,
et chez le gouvernem.ent et chez les particuliers, bien des
faiblesses et bien des flottements. T01!! pesé, malgré les
difficultés de notre situation, nous sommes parmi les peuples
qui ont fait le moins de sottises. La date du 2I iuillet où
échoua la grève générale, celle du I6 novembre où ia sagesse
de notre démocratie fit justice de nos bolchevisants, marquent
les étapes déCZ:sives dans notre rétablissement moral.
I920 doit, complétant l'œuvre politique et morale de I9I9,
. sinon nous remettre dans un éqltilibre économiqu.e et financier absolu, au moins nous replacer définit1:vement dans la
bonne vo/:e.··
Je n'ignore pas que le llIaroc a eu ces derniers mois, en
raison de son statut monétaire spécial, à pâtir particulièrement de la crise de nos changes.
Tl a su, quelque tentation que nous ayons à rendre le
Gouvernement responsable de nos malheurs, lussent-ils
conjltgaux, en faire remonter la cause principale là où elle
est, c'est-à-dire dans la situa#on anormale où nous ont placés
C/:nq ans de sous-,fJrodudion et de formidables dépenses.
Des palliatifs intellt:gents peuvent nous faciliter la période
pénible que nous traversons.
Elle ne prendra fin que dans la mesure oit l'Etat et les
particuliers accompliront plus résolument leur devoir.
l'Ious attendons du Gouvernement qu'il apporte au recouvrement de ses créances, de toutes ses créances, qtû sont
nombreltses et variées, à l'intérieur comme à l'extérieur,
une 1!igilance impitoyable; qu'il obùenne de nos Alliés
des facilités de paiement,. qu'il assainisse nos finances au
. -moyen d'un grand emprzmt de liquidation, qu'il 1101!S présente un budget en équilibre.
En retour de quoi, nous autres parüwüers, sachons no'us
pénétrer de nos obligations essentielles, qui sont, il ne .faut
se lasser de le dire et de le redire:
rO D'économiser le plus possible, et sur tout,
2° De produire le plus que nous pOU7.'ons,
3° D'affronter, sans lésiner, les lourdes charges fiscales
nOll.velles que nous avons devant nOHS.
Ce programme n'est pas extrêmement riant. C'est dans
la meSl/re où notre énergie le réalisera qHe I920 réalisera
ce qHe nous en attendons.
Dans l'œuvre de reconstruction gigantesque qui nOHS est
imposée, je vois de plus en plus considérable le rôle de nos
colonies. Dans une petite exposition, q'ue nous avons faite
à Sarrebrück pour y montrer ce qu'est notre pays, i' essayais,
il y a qttelques semaines, de retracer la physionomie de ceUe
PlltS grande France que nous voulons et dont le Maroc sera
lm des organes /JYincipaux.
Tl faut nous représenter que dans _le monde renouvelé qui
va su,ccéder à celui de I9I4_ à jamais aboli, apparaissent
possibles qllatre Etats de premier plan, fouissant pleinement
de leur indépendance économiq~le et ayant devant et·tX tOlltes
les possibilités de développement.
C'est le vaste empire œméricain du Nord ;
C'est le gigantesque empire britanniql1C;
C'est la Russie, si elle arrive à se reconstituer (mais
quand?).
C'est la plus grande France, si elle sait tirer parti de sa
victoire.
I920 va montrer si nOlIS sommes à la hauteur de notre
destin.
André I,ICH'fENIlERGER.
UN
MARIAGE
UN MARIAGE FASI
Lmystérieux
mariage est l'un des actes les plus curieu..x, les plus
peut-être de la vie musulmane. C'est aussi
E
l'un des moins bien connus. Nous avons cru intéressant
d'en rétablir les ph8ses principales pour les lecteurs de
France-l1Jaroc.
Ali, jeune homme de seize ans, est le fils d'Abd-EIKadcr, chérif et négociant de Pès. Pubère depuis plusieurs ann&es déjà, il est par conséquent en âge de prendre
femme. Si lui-même n'y songe guère et préfère vivre
insouciant pendant quelque temps encore, ses parents et
surtout sa mère tiennent à ne pas reculer le terme d'une
échéance inéluctable. Ne faut-il pas lui assurer une vie
tranquille, le soustraire à des tentations dont on ne peut
attendre que de mauvais effets? Son union avec une
famille bien née peut au surplus ennoblir les siens et sa
future descendance. On n'a pas attendu jusqu'à ce jour
FASI
21
pour y penser. On sait qu'AIcha, fille :il' Sidi el Oualid,
brode à la perfection, exécute de charmants travaux de
couture et s'entend déjà aux choses du ménage. Elle
est 'aussi fille de chérif. Il n'y aura donc pas de mésalliance. Des amis ont préparé le terrain. Des émissaires
assurent que la démircl;e des parents d'Ali sera bien
accueillie.
Un beau jour, la mère du jeune homme, accompagnée
de ses grandes filles et parée comme elles, se rend chez la
mère d'Aïcha, préalablement prévenue. Salutations et
compliments réciproques. Thé à la menthe et gâteaux.
Eau de roses et parfums. Sur un signe des mères, les
enfants s'écartent pour jouer. Après quelques phrases
polies et flatteuses, la visiteuse s;ouvre de ses projets, qui
ne surprennent pas outre mesure. La mère d'Aïcha dit
combien cette proposition l'honore, émet cependant des
craintes au sujet de son enfant si jeune encore. I.a séparation lui coûtera. l\Iais elle est vite rassurée. Ali ne
quittera pas la ville. On pourra se rencontrer souvent.
Aucune appréhension n'est à envisager de ce côté. On
s'emploiera d'ailleurs à fairr une vie agréable aux deux
jeunes gens. En principe, la demande en mariage a abouti.
I,e soin de fixer la dot revient aux pères. Chacun fait
valoir ses mérites personnels et ceux de son enfant. Les
. pourparlers durent quelquefois longtemps; on n'arrive
pas toujours très vite à se mettre d'accord, nlais on y
parvient, et c'est l'essentiel. Quand toute discussion est
terminée, Abd-EI-Kader et Sidi El-Ouali se rendent un
après-midi du ve!1dredi avec leurs parents et amis respectifs à la mosquée de Moulay Idris. Ils disent enêmnmun la fatiha, première sourate du Coran qui ouvre
. toutes choses, se congratulent réciproquement et font
des vœuX pour que tout se passe lJour le mieux. Le même
Phor,l)
Un jour de fête à Bab Ftouh (Fès)
TIIJrnpene
22
UN
MARIAGE
soir, Abd-El-Kader envoie à Sidi El Ouali des cierges, des
dattes, du henné, un beau foulard de soie, auxquels il
joint, car il veut faire bien. les choses, une paire de bracelets d'or. Aïcha est habillée et parée par des matrones
qui la font asseoir sur des coussins, lui font boire quelques
gorgées de lait et manger une datte, après quoi elle reçoit
sur le front, de la part d'amies invitées, des pièces de
monnaie qui sont destinées aux matrones. Les fiançailles
sont terminées.
Des jours, des semaines, des mois et même des années
peuvent s'écouler avant l'établissement de l'acte de
mariage. La cérémonie commence chez Abd-E1-Kader
qui a fait venir des musiciens et préparer un repas. Les
notaires sont présents et l'on remet, devant eux, cierges,
foulards, tissus, vêtements, argent et une négresse - la
dot entière - qui sont transportés par des tiers chez
Sidi El Ouali, où les notaires dressent l'acte après s'être
assurés qu'il consent au mariage.
Bientôt après, grand remue-ménage chez les pareuts
cl' Ali. Des portefaix apportent des montagnes de matelas
qu'on empile sur trois faces ~e la pièce choisie comme
chambre nuptiale en ménageant une alcôve sur le côté
droit. De grands rideaux sont tendus devant ces murs de
laine. Dans la salle ainsi préparée, un repas est servi aux
matrones qui assistent à toutes les cérémonies qui vont
se développer. Ces femmes appellent solennellement
i'assistance du Prophète et reçoivent, toujours sur le
front, des honoraires en argent.
Trois ou sept jours se passent encore et l'on est à la
veille des épousailles. Les portefaix réapparaissent chargés
de tous les accessoires destinés à la décoration de la
chambre nuptiale : devants de matelas brodés d'or et
de soie, brochés et lamés d'argent et d'or, oreillers et
coussins rembourrés, tous objets dont le nombre, l'ordre
et la conleurs ont imposés par la tradition qui se transmet de génération en génération dans le monde des
matrones. La salle parée, étincelante d'or, tendue d'étoffes
aux tons vifs, est prête à recevoir ses jeunes·hôtes.
Le lendemain matin, repas et musique. Ali, entouré
d'amis, s'installe dans un fauteuil peint aux vives couleurs, où son coiffeur vient procéder à sa toilette. Puis il
reçoit sur le front de blanches pièces de monnaie, offertes
par les assistants qui, en retour, sont aspergés d'eau
odoriférante par l'up.e des trois matrones qui prennent
part à la fête. Dans l'après-midi, Aïcha, habillée, monte
sur un trône loué, chose curieuse, au service des pompes
funèbres. Elle y reçoit les cadeaux d'amies: tissus, vêtements, argent même auxquels sont ajoutées des pièces
blanches toujours appliquées sur le front, toujours pour
les matrones. Les boissons et douceurs traditionnelles
sont de rigueur.
La nuit est tombée. Grande réunion et plantureux
repas chez Abd-EI-Kader. Vers minuit, un groupe, muni
de lumières, se forme pour aller prendre livraison d'Aïcha,
qui d'ailleurs est prê-te. Escortée de six ou huit femmes,
et modestement 1J,abillée pour n'être pas reconnue, elle
sort de la maison paternelle suivant ceux qui viennent la
chercher. Derrière, marchent un certain nombre d'amis
de son père; elle est ainsi bien gardée. Après des détours
dans les rue tortuenses qu'éclairent étrangement lanternes et flambeaux, on atteint le domicile d'Ali. -Le
premier groupe passe outre sans se retourner pour laisser
la porte libre aux femmes, puis revient sur ses pas lorsque
celles-ci en ont franchi le seuil. -- Il fait alors face au der-
FA~l
nier groupe et tous deux ensemble disent la fatiha.
Les parents d'Aïcha s'en retournent chez eux.
Pendant ce temps, la jeune mariée a traversé rapidement Je patio et la chambre nuptiale, s'est réfugiée dans
l'alcôve. Habillée et parée par les matrones, elle est
amenée au milieu de la pièce où on lui fait avaler trois
gorgées de lait, un fragment de datte et où elle reçoit les
compliments des femmes, de ses beaux-parents. Elle
rentre ensuite dans l'alcôve.
Ali, d'autre part, change de vêtements dans un appartement voisin. Dès amis lui tiennent compagnie et
l'amènent, à l'appel de trois matrones, dans la chambre
nuptiale. Celles-ci prononcent une formule de bienvenue,
et reçoivent en échange des dons en argent.
Tête couverte et le visage complètement masqué par
le capuchon rabattu biev bas, Ali va chercher Aïcha dans
l'alcôve, l'amène au milieu de la pièce, en face de la porte,
pose la main droite sur la tête de sa femme, appelle la
bénédiction divine sur son mariage et sur sa postérité
et fait tout bas la prière suivante, sorte de serment de
fidélité:
« 0 Dieu! ô Fortuné! ô Loué! ô Celui qui commence !
Celui qui continue! ô Clément! fais que je me contente de ce que tu as rendu licite, écarte de moi ce que
« tu défends; fais que je t'obéisse, éloigne de moi la
« désobéissance. Par ta grâce, fais que je sois satisfait
« de ce que tu tolères. 0 le plus Clément des Cléments! »
« Ô
«
Et tous deux rentrent dans l'alcôve, et sont laissés
seuls après qu'Aïcha a été débarrassée de ses lourds
bijoux. Dne lampe, qui brûlera pendant sept nuits et
pendant sept jours, est allumée dans un angle de la pièce.
Symbole d'une vie lumineuse et claire!
)
La consommation du mariage a eu lieu au cours de
cette nuit; l'une des matrones vient exposer au milieu
du patio le pantalon qui porte les traces évidentes de la
virginité de la jeune mariée. Des youyous vibrent aussitôt
dans l'air, proclamant la bonne nouvelle aussitôt transmise aux parents d'Aïcha. On jette des pièces d'argent
sur le linge maculé qu'on porte ensuite comme une
relique au domicile de Sidi El Oualid. Là, nouvelle exhihition, nouveaux cadeaux, nouyelles réjouissances.
J.es noces durent sept jours. A la fin de chaque jour,
vers quatre heures, la jeune épouse est revêtue de ses
plus beaux vêtements, couverte de ses plus riches bijoux,
puis présentée aux invités pendant environ une heure.
C'est à ce tiloment que l'époux vient contempler sa compagne chaque joqr, durant deux ou trois minutes seulement. Quelques faits particuliers se signalent au cours de
cette semaine :
r ee jour : Dans la matinée, Ali offre à son épouse le
premier foulard dont elle orner~ sa tête, puis se retire
dans ses appartements particuliers avec ses compagnons
que distraient des chanteurs. Dans la soirée, les matrones
apportent à Aïcha deux glaces et deux paires de babouches
qui lui sont offertes par Ali. Nouvelles offrandes en argent
au bénéfice des matrones.
.
2 e jour : Dans la soirée, présentation des pièces de
velours, de drap, du coffret, de l'encens, des parfums, de
la coupe de bain, ,d'un peigne en ivoire mentionnés dans
l'acte de mariage et comme devant être fournis par
Abd-El-Kader.
Photo BtHSsier -
RUE DE MARRAKECH·
Rabat.
MARRAKECH ET
sc jour: J usqlle-là, Aïcha a conservé ses cheveux tressés.
On les dénoue. Ali commence, sa mère continue, ses sœurs
et ses tantes mariées en font autant; les matrones
achèvent. En se retirant, chacun dépose sur la tête de
l'épouse un douro recueilli par les matrones.
6e jour : L'habillage est complété par des foulards de
tête qui, dans les familles de bonne réputation, ne sont
portés qu'à partir de ce jour mémorable.
7 c jour: Aïcha revêt ce soir-là trois costumes successifs,
am: grands applaudissements de l'assemblée féminine.
Dans la nuit, elle se rend au bain loué tout exprès pour
elle et ses amies. Après la purification, on boit' du thé,
on mange des pains sucrés et l'on grignote des amandes
grillées. Après quoi l'on se disperse et la fête est terminée.
I,e neuvième jour, les portefaix démolissent tout l'échafaudage des matelas garnissant la chambre nuptiale qui
est ensuite nettoyée pour recevoir son ameublement
habituel.
***
Telles sont les cÎrcohstances dans lesquelles se déroule
un mariage de milieux bourgeois. Le faste etJes dépenses
en sont devenus·si excessifs qü'au cours de l'année 1918,
les autorités locales indigènes ont fixé certaines limites
qu'il est défendu de dépasser. Ce fut une sage mesure.
L'exemple des familles riches était suivi par des familles
très modestes qui seraient allées en peu de temps à la
mine. Nous connaissons de tels exemples en Algérie. Il
semble que la population de Fès n;a pas, à l'heure actuelle,
le sentiment précis de la mesure. Mais est-elle véritablement répréhensible? Elle a vu affluer tant d'argent et a
pu si facilement s'enrichir qu'elle est incontestablement
très heureuse de le prouver ou de le faire paraître!
Prosper RICARD.
•
MARRAKECH ET SES DESTINÉES
Un regard jeté sur une carte d'Afrique fait deviner
mieux que tout long développement le rôle profond que
sa seule situ::t.tion devait conférer à Marrakech dans l'histoire du Moghreb-el-Aksa. Marrakech forme le trait
d'union qui dura de longs siècles entre l'Islam raffinf'
d'Espagne et le continent noir; elle fut le lien entre
Grenade et Tombouctou. Devant la muraille de l'Atlas
où la ville semble presque s'adosser, vinrent s'épanouir
les lointaines fleurs de la civilisation des Maures; avec
sa Koutoubia, les vestiges almohades, le plus récent mausolée des Saadiens, et si l'on songe que cent boutiques de
libraires ouvraient leurs auvents chaque jour près de la
mosquée d'Yacoub-el-Mansour et qu'Averroès enseignait
à son ombre, Marrakech est la pointe extrême enfoncée
au cœur ne la Rerbérie, d'u.ne époque (le l'humanité qui
SES
DESTINtES
fut belle et charmante. Pourtant c'est par delà la montagne que surgirent le fondateur de la ville et, après lui,
ces hordes affan~ées et fanatiques qui, montant comme
des sauterelles vers le Nord, imposèrent par la dévastation
lenr foi singulière où l'instinct de pillage s'alliait à la'
mysticité! D'Europe les Berbères vainqueurs ramenèrent
des bâtisseurs, des philosophes et le goût des gracieux.
jardins ordonnés. L'Andalousie, comme la Grèce antique,
subjuguait son farouche vainqueur. La grande culture
mahométane pénétra jusqu'à Tombouctou et la métropole du Soudan ent aussi son université célèbre, ses
princes fastueux et de belles bibliothèques. Mais ce rejet
trop vite poussé dépérit rapidement.
Aujourd'hui, le voyageur qui dépasse Marrakech ne
trouve vers le Sud rien qui rappelle la grandeur islamique
sinon le Coran épelé par des fkihs hébétés. Marrakech
seule fut, au confluent du Soudan et des molles grâces des
royaumes maures, la capitale incontestée de l'Islam
moghrébin. Toutefois, dans cette ville saharienne, aux
basses terrasses grises et aux grandes places mélancoliques et poussiéreuses, les monuments hautains aussi
bien que les oulémas orthodoxes semblent un peu étrangers au milieu du pisé qui s'effrite, des rites bizarres, et
du culte presque exclusif de fabuleux santons.
Au XVIe siècle, qui marque l'apogée de la graudeur
chérifienne au Moghreb, sous la bmtale et munificente
dynastie saadienne, le royaume de Marrakech brilla d'un
vif éclat. Maroc, comme on disait alors, fut le grand
entrepôt par où transitaient tous les produits du Haouz,
du Sous, de Mauritanie et du Soudan. I,e commerce
avec l'Europe était actif. Agents diplomatiques, officieux
ou avoués, trafiquants, aventuriers de France, d'Angleterre et d'Espagne, se rencontraient nombreux dans la
ville. Un document nous apprend qu'il y a un peu plus
de trois siècles (en 1609)' quinze négociants européens
étaient établis à Marrakech. Voici au surplus leurs noms,
qui sont pittoresques : G. Skerone, George Hudsam,
Martin Galada, Pérès de Montalban, Roger Howle, J ehan
Rozée, Robert Cooke, Paul le Bel, Thomas Dent,Richard
Lagh, Ch. Marriage, Samson Cotton, Giorgo de Hamis,
n. de Marceilles et Daniel Heyllen. Près de vingt ans
auparavant, la nouvelle du désastre de l'Invincible
Armada causa une explosion de joie chez les Anglais,
les Hollandais et les Français. Ils organisèrent une sorte
de cavalcade, promenant des mannequins aux effigies de
Sixte-Quint et de Philippe II, et l'agent de l'Espagne,
paraît-il, fut fort malmené. C'était la fête de la Victoire.
Marrakech était alors cette ville étrange et bigarrée
« plus grande que Paris 1) et qui étonnait si fort les Occidentaux. C'était le temps des immenses caravanes de
mille à deux mille chameaux qui transportaient « l'or de
tibre Il par millions, l'ivoire, les plumes d'autruche, les
peaux, l'ambre et la civette, et traînaient derrière elles
des centaines et des centaines d'esclaves. Une garde de
renégats chrétiens entouraient le Sultan et ses grands officiers, le caïd Perwiz, persan d'origine et le caïd Redouan,
portugais converti à l'Islam. L'admirable et massif
palais d'El Bedi' dressait ses coupoles étincelantes et
ses colonnes de marbre que reflétaient les bassins. Foules
extraordinaires que celles qui se pressaieritalors dans les
rues ou aux alentours de la casbah d'El :YIansour l'Aurique : à côté des mercenaires du palais, les byak « porteurs d'un bonnet jaune doré orné d'une aigrette en
plumes d'autruche de diverses couleurs)), les beleberdouch
« armés de lances garnies de formidables crocs )),' des
innombrables nègres, des chleuhs au khnif noir et rouge
et de gueux en haillons comme aujourd'hui, on pouvait
voir des cavaliers chrétiens en pourpoint ou des légats
en veste de brocart escortés d'une suite imposante, et
çà et là, tranchant sur le tout, quelques pères de la Merci
anx frocs miséraliles.
CHRONIQUE
DU
o
ville inestimable de Marrakech, largement connue,
Du point où le soleil se .lève jusqu'au point où il se
couche!
Ton jardin, une men"eille, dépasse tous les jardins des
rois.
'" Il est déplorable que les yeux des Rarbares,
Et non ceux des chrétiens en aient toujourf; le specbcle !
Ainsi s'écrie le peintre hollandais, Adrien Matham, 'qui
visita Marrakech en 1641, et nous a laissé une gravure
représentant la ville et qui" est meilleure que ses vers.
Marrakech conserva toujours un caractère à part, bien
distinct de celui de Fès. Par la fascin:ltion qu'elle exerçait
sur les populations du Sud, si étrangement mêlées, avides
et turbulentes, crédules à toute sorcellerie, elle fut le
grand réservoir d'énergie qui, par intervalles, galvanisait
le Maroc, empêchait les descendants des Maures et les
juifs convertis installés à Fès de sombrer dans le nonchaloir et la vie facile de leur ville hautaine et fermée.
Pour les hobereaux de l'Atlas, s'ils se trouvaient auda- .
cieux, Marrakech était une proie offerte. Hier encore,
c'était le but de leurs compétitions jalouf;es et de toutes
leurs cupidités.
Mais aussi, par le continuel apport de sang noir ou
métis qu'elle filtrait et entraînait vers le Nord, à côté
de courtes violences et d'aveugles déchaînements, ellé
répandait dans tout le JVloghreb des germes de décadence
et d'abaissement.
I..a conquête du Sénégal, puis du Soudan, porta une
atteinte profonde à l'importance économique de Marrakech. La route des grandes caravanes fut coupée, le
commerce des esclaves moins ais~ Les produits d'Afrique
Occidentale allèrent vers Saint-Louis, puis Dakar. Une
fois de plus, la route maritime plus aisée et moins coûteuse
s'était substituée au chemin terrestre long et hasardeux.
Ainsi l'union du Moghreb et du Soudan se fait-elle par
la voie Dakar-Casablanca alllieu de la route TombouctouMarrakech. Demain l'ouverture du port d'Agadir enlèvera
le Sous à l'attraction de Marrakech. La grande cité
bédouine se réduira au rôle de capitale du Haouz et des
tribus de la montagne. Mais son rayonnement, s'il doit
perdre en étendue, gagnera en intensité. l,a paix française assurera des relations régulières et sûres entre
l\;1arrakech et toutes ces tribus naguère défiantes ou en
siba. Marrakech deviendra le grand marché de l'Oum-erRebia à Demnat ; la venue du rail consacrera son activité,
devenue plus concentrée et plus féconde.
***
Marrakech, hier encore davantage fermée aux Européens que LahOl:e ou Delhi et plus qu'elles inconnue,
désormais ouverte sans réserves aux voyageurs, ménagera aux élus d'entre eux de belles réserves d'enthousiasmes et de mélancolies. Si Fès évoque plutôt le souv.enir
de notre XIVe siècle, Marrakech, à côté de ses nobles
vestiges de l'épopée moghrébine, offre en ses détours
les plus imprévus les grandes lignes simples et pures de
l'antiquité...
. Du rempart qui ceint vers le Sud le doux et luxuriant
.!ardin de la Mamounia s'étend un des paysages les plus
emouvants peut-être de l'Afrique du Nord; la plaine,
b.rûlée en été fuit, sans une ondulation, jusqu'à la barnère surgie tout à coup de l'Atlas étincelant de neige
ou bleu sombre. Mais d'un côté court la mince ligne des
remparts ocreux enserrant les édifices hautains et ruineux de la casbah, puis, à perte de vue, la verdure dense
~e l'Aguedal. Ce paysage, fait dans ses trois plans essentiels pour un strict dessin à la plume, évoque l'essentiel
~e l'Afrique du Nord, romaine ou islamique: la tristesse
ec1atante et sèche et la grandeur.
La grandeur, voilà le trait essentiel qui définit J\lar-
MAROC
ORIEN'rAI,
rakech et frappe aussitôt le passant. Dans un pays où
les œuvres des hommes n'évoquent guère la pérennité,
l'étendue immense des murailles de Marrakech, son palais
massif et dévasté des Saadiens, le Dar Maghzen avec ses
trois mechouars, maintenant déserts, où l'herbe croît
au printemps, tout cela fut conçu, tour à tour, sur un
plan grandiose et comme définitif. L'aguedal n'est qu'une
olivette et une série de parcs d'orangers closes de murs
fortifiés. Certes, ces jardins charmants n'ont rien de la
fantaisie sévèrement gracieuse des jardins Boboli; ils
ne présentent pas la pompe ordonnée et savante de
Versailles. Mais d'où vient que leur majesté égale presque
celle de ces lieux célèbres? C'est que là comme ailleurs
s'affirment l'ampleur et la sûreté du dessein.
Mais auprès de ces beaux édifices délabrés et magnifiques, de ces vastes plantations où courent des eaux
vives et où des bassins reflètent le ciel, les palmes et la·
montagne, une humanité simple et complexe à la fois,
éternelle à elle-même, continue à s'agiter comme jadis.
Les foules de Marrakech résignées, vibrantes, alertes,
dans leurs coloris et leurs drapés, ce sont les foules antiques
d'Egypte, de Syrie ou de Rome. Leurs gestes n'ont
pas changé depuis la Bible, Pharaon ou Auguste. En
vérité, gardons-nous de porter une main sacrilège sur ce
passé vivant. Pour notre civilisation mécanique qui tend
à l'uniformisation et à l'enlaidissement général, quel
repos que la vision de ce retour dans les âges ----'- et aussi
parfois, ma~gré toutes les tares entrevues -- quel enseignement!
Georges AUIEL,
Chef adjoint. des Services Jl.luttidpaux
de lYarral,cclz.
CHRONIQUE DU MAROC ORIENT AL
I..a traversêe du Maroc oriental est plutôt sévère.
Entre les derniers contreforts des monts de Tlemcen,
agréablement accidentés et boisés, et le nœud orographique tourmenté et pittoresqne de Taza, s'étend une
vaste région où règnent tout à tour et d'nne façon excessive, les deux seules saisons de l'année: l'été très chaud,
et l'hiver trèS' froid.
Prolongement naturel des rudes Hauts Plateaux ilgériens, les plaines d'Angad, de Tafrata, d'El Aricha et de
Fahama se suivent, monotones' et dénudées, sans que
l'intérêt s'avive un seul instant.
C'est à peine si l'on jouit du tableau des deux cordons
qui encadrent à distance, au nord et au sud, la ligne de
chemin de fer pendant plus de 200 kilomètres.
Seuls, quelques accidents géométriques arrêtent de
temps à autre l'attention: l'oued Isly auquel s'attache le
souvenir historique de la victoire française de 1844, les
souras d'El Aïoum qui arrosent quelques cultures et
vergers, l'oued Za, aux bords verdovants et profondément encaissés, la sinueuse Moulouya, aux rives hésitantes et jalonnées de tamaris, le Melellol1 dont les eaux
26
CHRONIQUE
DU
Vue d' Oudida
pourraient servir à l'irrigation, enfin l'oued Msoun aux
eaux salées et non potables. Mais la monotonie reste la
règle.
"
" La nature n'a donc rien prévu d'aimable dans ce coin
du site africain. Par cela même, elle fait impression, mais
dans un sens défavorable. Il faut toujours se défier d'une
impression forte de ce genre. I/habitant doit-il la renforcer ou l'atténuer? Si l'autochtone passif et fataliste
est excusable de subir avec résignation l'influence du
milieu dans lequel il vit, l'immigré européen, appartenant à une race pour laquelle l'activité et la lutte sont
sa raison d'être ici, a le devoir d'améliorer le sol où il
s'attache, de le rendre plus plaisant pour lui-même"et
pour les autres, ceux qui se déplacent et passent en
laissant des profits dont il bénéficie.
Il y a d'abord lieu d'améliorer les gares. Sortes de casbas
hybrides, elles se succèdent inhospitalières au possible.
.Les raisons en sont connues : la recherche de la sécurité
et la pénurie générale d'eau dictent leurs volontés. Mais
à Semouna-Bérard, si je me rappelle bien, des plantations
d'essences diverses en face de la station ont, grâce à des
soins attentifs, admirablement réussi. Le ou les auteurs
du jardin et du bosquet ainsi créés devraient être donnés
en exemple. Pourquoi les quais d'El Aïoum restent-ils
sans ombrage et sans verdure alors que des sources déversent leurs eaux douces et abondantes à moins de 100
mètres en amont? La construction du chemin de fer militaire du Maroc oriental, poussée pendant la guerre au
milieu de difficultés inouïes, avec une volonté de fer, est
une œuvre à laquelle nous avons déjà rendu hommage
dans France-Maroc. Cette œuvre doit être parachevée.
L'administration n'a d'ailleurs qu'à prendre modèle sur
elle-même. Ses gares entre Salé et Fès sont déjà riantes.
Il faut ensuite améliorer les auberges et les gîtes. Aux
haltes obligées de Taza, de Guercif et de Taourirt, les
tenanciers d'établissements ne doivent pas songer un
instant de plus à considérer le client tout juste comme une
« poire )) uniquement destinée à être exploitée. Des
chambres nettes de souillures et d'insectes, des draps
propres, des couverts nettoyés, un menu non équivoque,
sont le minimum à exiger. On nous dit qu'à Taza, l~
répugnant buffet va être avantageusement concurrencé.
Nous en acceptom~ l'augure. L'auberge la plus voisine
de la station de Guercif veut traiter les voyageurs avec
humanité; qu'elle se fasse connaître par un tout petit
peu de publicité; c'est par hasard que nous l'avons découverte. Que les hôtels d'Oudjda, et notamment l'hôtel
Simon, se munissent de bains et de douches dont on a
si grand besoin après de longs voyages en chemin de fer
ou en auto.
MAROC
ORIENTAL
Il convient enfin de provoquer et de faciliter les excursions. C'est une erreur de croire que le Maroc oriental en
est dépourvu.
Oudjda est doté par exemple d'une ravissante promenade : celle d'Aïn Sidi Yahia (à 4 kilomètres sud). Là,"
de belles sources ont fait naître une magnifique et fraîche
oasis de palmiers et de térébinthes à laquelle des sanctuaires et des maqams (stations) de saints musulmans
réputés donnent un charme exquis. Et ce cadre sert deux
fois par an de rendez-vous aux nomades d'Angad et aux
citadins d'Oudjda qui viennent faire, dans l'appareil
habituel des fêtes nord-africaines, des sacrifices de bœufs,
de moutons, de chèvres et de volailles.
Or, pour visiter ces lieux, il faut préalablement se
munir d'une autorisation délivrée par la municipalité.
Aucune affiche, à notre connaissance, n'est apposée dans
les hôtels pour informer le voyageur que la promenade
existe, et que, s'il la découvre par ses propres moyens, il
lui faut un laisser-passer afin de ne pas s'exposer à se
heurter à une inflexible consigne.
A 60 kilomètres au nord d'Oudjda, entre les larges
plaines des Angad et des Triffa, s'élève le pittoresque
massif des Beni Znassene. Les sites de Taforalt et des
gorges sauvages et abruptes du Zegzel en particulier y
sont admirables. Des routes carrossables, parcourant un
pays mis en pleine valeur depuis 1908 et couvert de très
intéressantes cultures, y conduisent. Aucune affiche,
aucune photographie n'en révèlent l'existence. C'est à
peine si on en parle.
Taourirt, d'autre part, est un excellent centre d'excursions. Les ruines de la vieille casba de Moulay Ismaï1 et
les cascades de l'oued Za et de l'oued Ichou ( 17 kil.
au nord) peuvent être vues au cours d'une promenade à
cheval ou à mulet. Les gorges de l'oued Za (ra kil. au
sud) en sont le pendant symétrique. Enfin le haut cours
de l'oued Debdou, le village de Debdou et sa montagne
tabulaire ou « gada )) donnent une idée caractéristique de
toute cette région.
***
La création au Maroc d'un Office général de tourisme
aura donc à stimuler le zèle du Comité régional d'Oudjda.
Aucun effort n'est superflu quand il s'agit de faire connaître une région, de la faire parcourir, sans trop de souffrance, d'étendre le cercle des saines joies humaines et
de développer, eil même temps, la richesse locale.
P. R.
111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
DOCUMENTS
ET
INFORMATIONS
27
3) L'Institut Scientifique, représenté par M. Gentil,
professeur à la Sorbonne. C'est cet Institut, œuvre embryonnaire, qui est appelé, si nos renseignements sont
exacts.. à être développé dans le sens indiqué plus haut
Ce qUl convient au Maroc, c'est moins à vrai dire, un
Institut, qu'une Organisation générale des Recherches
Scientifiques. Dès aujourd'hui, je crois qu'on peut dire que
l'Institut Scientifique Chérifien est en voie de création.
Un plan général, judicieusement c~nçu, prévoit:
1) La création de plusieurs organes de recherches scientifiques..
.
2) Le groupement de ces divers organes en un seul
organisme sous une Direction générale commune.
NOTE DE LA RÉDACTION
Un contre-temps, dont nous tenons à exprimer nos ref!.rets ~ nos lecteurs,. nous oblige d'ajourner à une date
prochazne l:1 qlrOlllque des Affaires au Maroc, que
nous comptwns znaugurer dans ce numéro.
Ils trouveront dans les lignes qui suivent un certain
nombre de renseignements concernant le plus récent développement économique du Maroc..
3) La fondation d'un centre d'études au siège de la
Direction, comprenant un Musée, un laboratoire d'analyses, ·une bibliothèque, un journal.
En résumé, à côté de la Section historique et de la
Section sociologique dont les travaux continuent, une
Section des Sciences naturelles, fonctionnant sur place,
largement et pratiquement conçue, amplement outillée,
s'impose. Le docteur Liouville, collaborateur du prince
.de Monaco à l'Institut océanographique, est venu au
Maroc, appelé par le Résident général, avec la mission
d'y étudier dans quelles conditions cette Section des
Sciences naturelles doit être créée et sur quelles bases
un Institut doit être définitivement établi. Ou'il veuille
bien ne pas s'étonner de trouver ici un résumé de quelquesunes de ses idées.
J
PROJET D'UN INSTITUt SCIENTIFIQUE
CHÉRIFIEN
Au moment du transfert, à Rabat de la « Mission
Scie~tifique » de Tanger, la création: au Maroc, d'un
Instztut scientifi9ue fut 'posée. Cet Institut pourrait
comprendre pluszeurs sectwns ayant chacune sa matière,
sO,n domaine nettement délimité et son activité propre.
~ autre. part une direction unique aurait pour fonction :
d orgamser scientifiquement les divers services de centralis~r les recherches, de mettre en œuvre les r~ssources
tec~mques et financières. Cette direction coordonnerait
l~s etu~es, publierait les résultats obtenus dans un périodIqU.e Illustré, se tiendrait en relation avec les grandes
Ins~ltut~O?S scientifiques (Académies, Instituts, Muséum,
Umversltes, etc...) et représenterait le Maroc dans les
Congrès scientifiques internationaux. Ce court exposé
suffit à définir quel" serait, du point de vue de la Science
p,ure, le rôle d'un Institut chérifien. Mais Son but essehel, sa tâche immédiate devra être de mettre les résultats
de ses recherches et de ses travaux au service de la Colonie
a,fin ~'~n favoriser les progrès matériels.
.
OI~I quelles sont à ce jour les principales institutions
sCIenhfiques marocaines,
.v
1) La Mission Scientifique de Tanger, que dirigeait
M. L~ Chatelier, et à qui l'on doit la publication des
Archzve~ marocaines. et des Villes et Tribzts du Maroc.
C~,tte mIssion vient, par arrêté viziriel du 14 octobre 1919,
d etre rattachée à la Direction des Affaires indigènes à
Ra"?at, sous la désignation de Section Sociologique. Elle
a a ~a tête notre distingué et savant collaborateur,
M. MIchaux-Bellaire.
2), La Section historique, chargée d'étudier, dans les
frchlVes et les bibliothèques de France et de l'étranger,
es sourc~s immédi~tes ~e l'Histoire du ~aroc. C'est
M. Heun de CastrIes qUl en assume la dtrection.
INFORMATIONS
Colonisation. - Au cours du 3 e trimestre 1919, ont eu
lieu les ventes de propriétés domaniales inscrites au
programme de colonisation de l'année.
1° Grande colonisation. - Le mode d'adjudication aux
enchères publiques a été abandonné parce qu'il incitait
les compétiteurs à offrir des prix exagérés. Aussi les trois
grandes propriétés: Bou-Laouane, Aïn Sikh et Bghoura
ont-elles été adjugées sur soumissions cachetées.
Bou-Laouane. - Domaines de 707 hectares situé sur
le territoire du Contrôle Civil des Doukkala, annexe de
Sidi-ben-Nour; mise à prix : 35.350 francs.
Sur 10 demandes de participations, 9 ont été agréées.
3 soumissions ont été déposées. La propriété a été adjugée
le 10 septembre à M. Romberg, demeurant à Paris, au
prix de 120.000 francs ce qui fait ressortir le prix de l'hectare à 170 francs.
Ain Sikh. -- Domaine de 1.104 hectares situé au
Nord-Ouest de Fès ct à environ 5 kilomètres de cette
ville. M~se à priJt : 88.000 francs.
Sur 20 demandes de participation, 14 ont été agréées.
5 soumissions ont été déposées. La propriété a été adjugée
le 22 septembre à M. le Général Laboria, demeurant à
Nantes, au prix de 306.779 francs, ce qui fait ressortir
le prix de l'hectare à 278 francs.
Adir de Bghoura. - Domaine de 278 hectares situé
dans la circonscription de contrôle de Mechra-bel-Ksiri,
à 8 kilomètres environ au Nord-Est de ce centre. Mise à
prix: 9.000 francs. Une somme de 20.000 francs, valeur
de bâtiments existants, devait être versée au locataire
qui les avait fait construire.
Toutes les demandes de participation, soit 13, ont été
agréées. 6 soumissions ont été déposées. La propriété a
DOCUMENTS
ET
été adjugée le 29 septembre à M. Rinieri qui en était
locataire, au prix de II2.155 fr. 50, soit 403 francs à
l'hectare.
2° 1110yenne colonisation. 1; ne modification a été
apportée dans la répartition des lots. Les lotissements de
Petitjean, d'Aïn Berda, de Bethma-Guellafa, d'Aïn-Toto,
des Beni-M'tir et de la vallée du R'dom ont été vendus de
telle sorte que 50 % des lots ont été attribués à des personnes habitant le Maroc depuis un an au moins et n'y
possédant pas de domaine agricole, 25 % aux mutilés
de guerre et 25 %
aux compétiteurs ne rentrant pas
dans l'une. des deux premières catégories.
Petitjean. ~ 7 lots de 270 à 315 hectares 'mis en vente
au prix de IS0 francs l'hectare. Un capital de 5°.000 fran s
immédiatement disponible a été considéré comme le
minimum indispensable à la mise en valeur d'un lot de
moyenne colonisation.
4 lots ont été attrihués par tirage au sort le· 28 juillet
aux colons du Maroc. Sur 35 demandes, II avaient été
agréées; 18 n'avaient pas été retenues pour insuffisance
de ressources financières, 5 pour défaut d'engagement
d'installation personnelle, l par application de l'article
du cahier des charges interdisant le dépôt de plusieurs
demandes émanant de membres d'une même famille.
l lot a été attribué par tirage au sort le Icr septembre
à un mutilé; 6 demandes avaient été reconnues susceptibles d'être accueillies.
2 lots sont donc revenus le Icr septembre aux immigrants; 35 demandes avaient été agréées.
Pour ces deux dernières catégories, l'absence de justification des moyens financiers avait déterminé le rejet
de 12 demandes, l'insuffisance de ces moyens de 22 demandes et le défaut d'engagement d'installation per.
sonnelle de 8 demandes.
Ain Berda - Betma Guellafa - Aïn Toto - Beni
M'tir. - Ces propriétés ont fourni un total de 26 lots de
148 à 420 hectares qui ont été attribués le 25 septembre:
12 lots pour 26 compétiteurs domiciliés au Maroc, 7 pour
9 mutilés et 7 pour 67 immigrants.
L'insuffisance de ressources ou l'absence de justification de leurs moyens financiers avaient provoqué
l'élimination de 58 demandes, et le défaut d'engagement
d'installation personnelle le rejet de 13 demandes.
Bouchouia - Kemmara. - L'attribution de ces deux
derniers lots n'a pu avoir lieu dans le trimestre écoulé.
La liste des personnes admises à prendre part au tirage
au sort fixé au 6 octobre est la même que celle concernant
la vente du 28 septembre, allégée des 26 bénéficiaires dont
le détail est donné ci-dessus.
3° Petite colonisation. - Il a été créé deux lotissements,
l'un dans le « terrain Souissi )) aux portes de Rabat, l'autre
dans le « terrain maghzen de Bou-Znika ".
50uissi. - 24 lots de 18 à 21 hectares devaient être
vendus le 15 septembre aux personnes habitant les villes
de Rabat et de Salé ou leurs environs depuis au moins
deux ans. Prix de l'hectare : 300 francs; paiement en
cinq termes égaux.
Sur 27 demandes, <3 ont été éliminées. Quelques lots
sont restés vacants par suite du désistement, le jour du
tirage au sort; de compétiteurs qui en ont jugé l'emplacement défavorable.
Bou-Znika. - 9 lots dont 6 de 30 hectares pour artisans
et 3 (2 de 50 hectares et. l de 25 hectares) destinés à des
agriculteurs. Prix de l'hectare : IOO francs; paiement en
cinq termes égaux.
3. demandes présèntées ont été agréées; l était formulée par un maçon, l par un boulanger, l par un agriculteur.
INFORMATIONS
Extension de la culture maraîchère à Casablanca.
1° Superficies ensemencées en pommes de terre. 1) Avant l'intervention du Service 52 ha. ; 2) Au printemps 1918 : 107 ha. ; 3) Au printemps 1919 : 210 ha. 50.
2° Superficies ensemencées en haricots. 1) Avant
l'intervention du service: 26 ha. ; 2) Au printemps 1918
61 ha. ; 3) Au printemps 1919 : Ils ha. 25.
LE FONDATEUR DE MARRAKECH
Nous avons publié, dans notre numéro d'octobre, un
article sur ce sufet, dû à la plume de notre coll(lborateur
Dominique Souzi. M. de La Martinière, ministre plé nipotentiaire, nous communique la note Sflâvante ainsi qu'une
photographie du tombeau de l'émir Youssef ben Tachefin.
Nous remercions M. de La Martinière att nom de nos
lecteurs.
A quelques cent mètres de la face méridionale de la
mosquée de la Koutoubia, à droite, dans une ligne de
murs en pisé, le long d'une seguia d'eau courante, une
petite porte délabrée, indifférente à l'étranger qui passe,
donne accès au tombeau du fondateur de la capitale du
Sud marocain, l'émir Youssef ben Tachefin. I,e créateur
de l'empire almoravide qui s'étendait de Lisbonne à
Alger, et, dans le sud jusqu'aux montagnes du Soudan,
repose dans la plus humble des sépultures, en cette ville
qu'il a bâtie. Une simple pierre gît à terre, en forme de
sarcophage, au milieu de murs qui s'effritent et sous un
très vieil arbre qui achève ce spectacle d'abandon et de
mépris des choses de ce moride qui n'est pas sans grandeur.
Les étrennes. - Les poupées, quelqttes meubles. Le Salon d'Automne. - Réjane. -- Les soirées de Paris.
1920. -
I,es roses de K oël, après avoir embaumé les dernières
heures de l'année, ont effeuillé leurs pétales au seuil de
l'an nouveau. Les vœux sont montés en gerbes vers les
Toutes-Puissances vénérées. Dans des éclats de rire, à
travers des oraisons, parmi des larmes répandues, la
vieille fée 1919 a fermé sa porte, tandis que sur la route
brumeuse la jeune fée 1920 apparaissait dans l'envolée
de ses voiles, les bras chargés de promesses.
Je voudrais un instant conter aux petits tout ce qu'on
a inventé pour eux. Les mères ne m'en voudront pas de
cette parenthèse :
Aux garçons, on offre des engins de guerre, encore!.
soldats de plomb, forts crénelés, autos blindées, tanks
camouflés, canons, boulets, mitraille! On dirait qu'il est
impossible d'amuser un garçon sans lui mettre entre les
mains des instruments de meurtre. Il faudra bien qu'on
pense à trouver autre chose pour eux.
Les petites filles sont gâtées davantage, et, parmi les
ravissants bibelots que le Père Noël, Santa Clauss ou
Santa Anna leur distribuent, il est un présent cher entre
tous à leur petit cœur sensible : l,a poupée!
Nos grand'mères nous content encore les prouesses
de leurs poupées de son, les jeannettes d'antan! Nous
avons joué avec de belles poupées en porcelaine, fines,
élégantes, expressives, nous avons caressé avec amOUl
leurs grosses joues peinturlurées, leurs perruques bouclées. Les enfants, aujourd'hui, doivent s'amuser avec
des sortes de monstres qui ont l'air de vieilles coquettes
trop maquillées et dont les robes aux teintes hurlantes ne
sont pas toujours faites pour former le goût d~s jeunes
mamans. La poupée dite « artistique » a été créée avec
un réel souci de l'art; mais une déformation immédiate
de l'idée première pour les besoins du commerce a fait
qUe les nurseries ont été inondées de ces caricatures aux
cheveux en ficelle, aux yeux cernés de' soie 1I0ire, aux
membres rigides et disgracieux, et je suis certaine que si
on avait consulté les fillettes, elles auraient dit qu'elles
préféraient les joli-es poupées de biscuit aux crinolines
enrubannées et aux cheveux ondulés et soveux.
I,e goüt de la mode porte en ce moment le~ connaisseurs
vers les meubles modernes. Les grands collectionneurs
gardent leur prédilection pour les joyaux des siècles
passés; mais il est des fervents qui glorifient et encensent
le génie de nos ouvriers d'art contemporains. Les étrennes
pour nombre de privilégiés ont revêtu la fotme d'un tabouret, sorte de grosse courge aux tranches de satin broché,
ou d'~tne table basse de laque rouge, ou encore d'un lampadalre de bois doré, coiffé d'une large coupole de soie
et de mousselines superposées. Le Salon d'automne nous
a ~lonné un aperçu des progrès de nos artistes. S'il faut
blamer certaines excentricités qui semblent inspirées
s~rtout par le désir. de forcer l'attention du public, au
ns~ue même d'une sévère critique, il est des manifestatIons d'art qu'il faut encourager.
Le style moderne semble n'avoir aucun souci du confortable, c'est là son aspect le plus marquant. Comment
supposer qu'il est possible de vivre à l'aise et avec un état
d'esprit normal, dans une chambre dont la lumïère est
tamisée, au point de la rendre inefficace, par de sombres
voiles violets ou bleu marine? L'armoire à glace étroite,
est un Jouet d'enfant incommode; les sièges, rares, sont
rigides et inhospitaliers. Les salons semblent s'inspirer
du décor tant de fois décrit et imaginé, de la fumerie
d'opium ou du salon japonais. Tissus noirs lamés d'or,
tables affaissées à vingt centimètres du sol, coussins
multiformes de velours, de satin, de voile d'or, cabinets de
laque dorée, rouge ou noire, tapis épais noirs ou gris foncé,
divans bas en peluche sombre. La lumière est mystérieuse, rare, inquiétante.
D'autres artistes, au contraire, exposent des bois lumineux, des cretonnes colorées, des meubles rectilignes
d'allure un peu froide. Les salles à manger sont les mieux
réussies et restent inspirées par le vieux bon goût français.
Le bois doré semble avoir été chassé des ateliers modernes;
mais le tissu doré a pris une prépondérance que les amateurs sincères regrettent un peu. L'influence orientale
se fait nettement sentir, surtout en ce qui concerne les'
salons et les boudoirs; mais nous la poussons au sombre
par un emploi trop généreux des tissus noirs 011 à .fond
nOl!.
Mais il est à Paris, au sortir de ces intérieurs morbides,
des salles qui éclatent de gaie lumière et, où la joie de
vivre emplit l'atmosphère sonore. Le théâtre reste le
plaisir favori de beaucoup d,e gens pour qui le Tango a .
gardé tous ses secrets de séduction. Le théâtre! voilà la
belle tradition qui survit à toutes les modes, et qui reste
le tréteau favori de la grande Mode parisienne. Nos aïeux,
doux philosophes pétris de sagesse, nous redisent à l'envi:
« Il n'y a plus d'artistes! De mon temps, on savait jouer
la comédie, on savait chanter! » Et j'ai envie de leur
répondre: « Si nous n'avons plus de Pauline Viardot, de
Capoul, de Rose Caron, de Rachel, de Delaunay, nous
avons quelques artistes qui méritent notre admiration, et
nous avons encore Réjane! »
Cette artiste admirable a repris ({ la Vierge Folle » de
Henry Bataille, sur la scène qui porta son nom glorieux.
Réjane! c'est un cœur de femme qui pleure, qui crie, qui
saigne; c'est toute une grande douleur qui se meut avec
grâce et mesure: c'est un accord parfait dans une admirable symphonie; c'est une étreinte de tout un sentiment
qui vous prend, vous remue, vous roule, vous conquiert;
Réjane) ce n'est plus du théâtre, c'est de la vie, et on ne
sait plus si élIe interprète l'œuvre d'un auteur, ou si elle
étale devant vous sa propre vie. Cette artiste vous fouille
l'âme, elle vous vrille le cœur d'éinotion, et, l'avoir vue
souffrir ce rôle de Madame Armaury, c'est avoir rencontré
la douleur humaine en marche.
Réjane est la femme qui s'habille le mieux. Elle a une
dévotion du détail qui fait que ses toilettes sont toujours
harmonieuses. Sa préférence actuelle pour les teintes
taupe, souris, marron d'inde et capucine, lui inspire une
gamme de beautés vestimentaires qui se déroule durant
les quatre actes de la pièce dans la même note juste d'élégance. Elle porte sur elle au premier acte, .un mariage
de couleurs des plus heureux: la robe taupe, la toque
BIBI.,IOGRAPHIE
3°
rouge géranium et le mauve caressant d'un énorme bouquet de violettes de Parme piqué au manchon. Rien ne
peint mieux la femme de goût que cet assemblage de
coloris qui donne, à distance, la vision d'une toile de
maître.
Les salles de théâtre retrouvent leur luxe d'antan, de
belles épaules nacrées nous offrent, avec largesse, la vue
de leurs admirables contours, les robes du soir ne sont
plus que des riens de tulle ou de tissu lamé, le corsage se
réduit à quelques rubans entrelacés, à quelques mousselines chiffonnées qui tiennent on ne sait comment, et on
ne sait pourquoi. Mais la mauvaise saison n'a aucun ménagement pour ces belles impudiques, et la bise souffle,
traîtresse, par la moindre sortie offerte, cela permet
aux élégantes de promener dans les foyers, durant les
entr'actes, des fourrures somptueuses, capes, pèlerines,
écharpes, qu'elles portent aussi aisément aujourd'hui,
qu'il y a quelques années elles se couvraient de velours
et de satin.
Les soirées parisiennes ne sont pas toutes employées
de la même manière, et certains intérieurs gardent le
secret des intimités paisibles. Après le bridge, toujours
en faveur, en consulte le dernier catalogue du libraire,
on échange des avis, des conseils, on fait connaissance
avec de nouveaux arrivants, qui ne seront jamais des
arrivés, on s'enquiert du nom des auteurs qui débutent;
peut-être nous sortiront-ils de la banalité des dernières
éclosions littéraires?
Dans un angle retiré du salon, des femmes déroulent
de jolis chiffons, des broderies, des soies, des grelots.
On combine des abat-jour, des napperons, des rideaux
de berceau, des coussins, enfin tous ces menus riens que
nous appelons « ouvrages de dame)) et dont je me réserve
de vous parler un jour. Les doigts occupés, l'esprit se
repose, ou du moins, il est assagi, mesuré, cadencé par le
mouvement rythmique des mains, comme le balancier
du métronome règle et mesure la foulée des notes et des
sons. La Parisienne a toujours su tirer de son aiguille un
parti admirable pour sa coquetterie ou l'ornement de
son intérieur, et, l'habitude donnée aux jeunes filles de
confectionner les frivoles ornements de leur toilette, est
maintenant passée dans les usages, même pour celles que
la fortune a comblées. Laquelle parmi nous, n'a pas béni
un jour la sagesse des mères qui ont su armer leurs enfants
contre les amers caprices de la vie! cc Si le soleil aujourd'hui
touche ton front, qui te dit que demain l'eau du ciel ne
viendra pas laver son baiser )) chante le mullah persan sur
le pas de sa porte; tous ceux qui passent ne l'entendent
pas!
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s'adresse pas seulement aux érudits et aux techniciens de l'art
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par les paquebots de la
i1 Compagnie Générale TransatIantique 1~
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Lignes régulières
(Service de Marchandises).
10 ANVERS et DUNKERQUE pour Casablanca et autres ports marocains, avec retour direct
sur Anvers. Départ d'Anvers TOUS LES QUARANTE JOURS ENVIRON.
20 BOULOGNE et le HAVRE pour Casablanca et autres ports marocains, avec retour direct
sur Boulogne.
3° NANTES et BORDEAUX pour Casablao\3a et Mazagan.
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PARIS.. " .. ..
LE HAVRE.. ..
NAN.rES.. •• .. ....
BORDEAUX.. ..
ANVERS..
BOULOGNE-SUR-MER:
CASABLANCA.. •• ..
C~ntrale.
6, rue Auber, Administration
89, boulevard de Strasbonrg.
8, place Graslin.
15, quai Louis XVITI.
14, place de Meir, M. de Malglatve.
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M. G. Wattbled.
~I. l'Inspecteur Principal de la Cie Ole Transatlantique.
Banque Commerciale du HarO<'.
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