Évaluation de l`environnement familial par la version

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Évaluation de l`environnement familial par la version
Enfance
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Évaluation de l’environnement familial par la version
française du HOME préscolaire
Youssef Tazouti, Emilien Prévot et Matthieu Constant
Enfance / Volume 2009 / Issue 02 / June 2009, pp 223 - 239
DOI: 10.4074/S0013754509002055, Published online: 10 July 2009
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Youssef Tazouti, Emilien Prévot et Matthieu Constant (2009). Évaluation de
l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire. Enfance, 2009,
pp 223-239 doi:10.4074/S0013754509002055
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Évaluation de l’environnement familial par la
version française du HOME préscolaire
Youssef TAZOUTI*, Emilien PRÉVOT*
et Matthieu CONSTANT*
RÉSUMÉ
Cet article propose une évaluation de l’environnement familial par la
version en langue française du HOME préscolaire (Home Observation
for Measurement of Environment) élaborée par Palacio-Quintin et Lavoie
(1986). L’étude porte sur 58 familles françaises et leur enfant scolarisé
en grande section de maternelle. Les liens entre le score au HOME,
l’appartenance socio-économique et le développement cognitif des
enfants (mesuré par les matrices progressives de Raven et une épreuve
verbale du WPPSI) sont discutés. Nos résultats corroborent ceux des
recherches antérieures. Les nombreuses difficultés méthodologiques
inhérentes à l’instrument sont détaillées.
MOTS CLÉS : HOME PRÉSCOLAIRE, ENVIRONNEMENT FAMILIAL, DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL
ABSTRACT
Évaluation of family environment by the French version of the
Early Childhood HOME
This study proposes a measure of the family environment by the
French version of the Early Childhood HOME (Home Observation for
Measurement of Environment) developed by Palacio-Quintin and Lavoie
(1986). It concerns 58 French families and their children in the final year
of kindergarten. The relationship between HOME score, socioeconomic
status and cognitive development (as measured by the Raven Progressive
Matrices and a verbal test of WPPSI) are discussed. Our results
corroborate those of the main researches in the field. The many
methodological difficulties related to the use of the instrument are
detailed.
KEY-WORDS: EARLY CHILDHOOD HOME, FAMILY ENVIRONMENT, INTELLECTUAL DEVELOPMENT
*SITCOM (Interpsy), Nancy Universités, IUFM de Lorraine, 5, rue Paul Richard, e-mail :
[email protected]
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Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
INTRODUCTION
De nombreuses études montrent que l’environnement physique et social dans
lequel se trouve l’enfant a un impact sur son développement cognitif (e.g. Bradley,
Corwyn, McAdoo, & Coll, 2001, Palacio-Quintin, 1995). Les premières études
portant sur l’environnement familial se contentaient d’établir des relations entre
les variables socio-économiques des familles et les caractéristiques de l’enfant. Par
la suite, les travaux de « l’École de Chicago » (e.g. Bloom, 1964) se sont développés
dans le souci de dépasser ce constat en introduisant les caractéristiques culturelles
et éducatives de l’environnement familial comme des variables intermédiaires
entre le statut social de la famille et les caractéristiques cognitives et conatives de
l’enfant (Marjoribanks, 1979, 2003). En effet, l’environnement familial renvoie à
des réalités différentes et donc à un agrégat de variables, notamment les pratiques
éducatives familiales qui se manifestent à la fois en termes de stimulations
matérielles et de stimulations sociales offertes à l’enfant.
Plusieurs instruments ont été élaborés pour évaluer aussi bien la quantité
que la qualité des stimulations et des appuis disponibles pour un enfant
dans son environnement physique et social. Le HOME (Home Observation for
Measurement of Environment) élaboré par Bradley et Caldwell (1976) est l’un des
instruments les plus utilisés. Cet outil a le mérite de combiner l’observation
des interactions mère-enfant effectuée au domicile familial et des informations
recueillies en questionnant la mère. Il existe actuellement quatre variantes du
HOME dans sa version anglaise : la version 0-3 ans (Infant-Toddler), la version
3-6 ans (Early Childhood), la version 6-10 ans (Middle-Childhood) et la version
10-14 ans (Early Adolescent). La seule version en langue française disponible est
le HOME préscolaire adapté par Palacio-Quintin et Lavoie (1986). Celle-ci s’est
déjà vue allégée, par rapport à la version anglophone, de certains items jugés
non suffisamment discriminatifs vis-à-vis de la situation économique du foyer et
peu reliés au développement de l’enfant. Cette version du HOME ne comporte
que 32 items (la version originale en comporte 55 items), répartis dans six
échelles : 1. Stimulations à travers les jeux, les jouets et le matériel de lecture
(9 items) ; 2. Stimulations langagières (4 items) ; 3. Amour, affection, chaleur
(7 items) ; 4. Stimulations pour les apprentissages académiques (4 items) ; 5.
Modèle d’encouragement à une maturité sociale (3 items) ; et 6. Variété dans les
stimulations (5 items). La cotation dichotomique initiale des items a été remplacée
par une échelle Likert en 6 points.
La majorité des études utilisant le HOME révèle un lien entre cet instrument
et l’appartenance sociale des familles (e.g. Brooks-Gunn, Klebanov, & Liaw,
1995 ; Zill, Moor, Smith, Stief, & Coiro, 1995). En effet, plus le niveau
socio-économique des familles est élevé meilleur est le score au HOME. De
même, plus le score au HOME est élevé meilleur est le développement cognitif de
l’enfant (Bradley & Caldwell, 2001 ; Palacio-Quintin & Jourdan-Ionescu, 1991).
C’est ainsi que Bradley et al., (1989) montrent à travers une étude longitudinale
que le niveau socio-économique et l’environnement familial commencent à
jouer un rôle dans le développement intellectuel dès les premiers mois de la
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
vie. L’écart de développement intellectuel entre des enfants de milieux sociaux
différents s’établit progressivement par un effet cumulatif. De même, Terrisse,
Roberts, Palacio-Quintin et MacDonald (1998) trouvent une corrélation de 0,72
(p < 0,01) entre le HOME préscolaire et le DMIP (Development and Maturity
Inventory for Preschool children) qui est un inventaire de développement moteur,
social, langagier et cognitif des enfants jusqu’à 6 ans. Ils mettent ainsi en
avant le fait que les variables proximales mesurées par le HOME sont plus
prédictives du développement de l’enfant que les variables distales liées au statut
socio-économique.
Les études citées ci-dessus soulignent un des points forts du HOME,
à savoir son caractère prédictif du développement intellectuel. En effet,
l’instrument mesure bien quelques dimensions du milieu familial qui favorisent le
développement cognitif de l’enfant. De ce fait, dans une approche écosystémique,
le HOME s’avère être un instrument permettant de repérer les enfants souffrant
de carences éducatives et de permettre des interventions dans le cadre des
programmes d’éducation familiale visant essentiellement l’amélioration des
relations parent-enfant et de favoriser le développement cognitif de l’enfant
(Totsika & Sylva, 2004). Le Home est également utile dans la pratique clinique
auprès d’enfants ayant des problèmes de santé ou des troubles neurologiques.
Il permet de cerner les domaines de l’environnement familial sur lesquels
il est possible d’agir afin d’éviter d’accroître le risque de retard cognitif
(Holditch-Davis, Tesh, Goldman, Miles, & Auria, 2000). Le HOME a donné lieu
également à de nombreuses études et comparaisons interculturelles (e.g. Williams
et al., 2003 ; Burston, Puckering, & Kearney, 2005).
Si le HOME a été beaucoup utilisé dans le contexte anglophone, les
études en langue française sont peu nombreuses. L’article de Palacio-Quintin et
Jourdan-Ionescu de 1991 publié dans la revue Enfance, constitue la seule référence
dont nous disposons. Ainsi, notre travail se fixe deux objectifs. Le premier
consiste à mesurer l’environnement familial à l’aide du HOME préscolaire sur un
échantillon français. Le second objectif réside dans la validation de l’instrument
comme mesurant une variable intermédiaire entre l’appartenance sociale des
familles et le développement intellectuel de l’enfant.
MÉTHODE
Participants
L’étude a porté sur 58 familles ayant un enfant scolarisé en grande section d’école
maternelle. L’échantillon est constitué de 31 filles et de 27 garçons âgés en
moyenne de 5 ans et 9 mois (l’écart type est de 5 mois) au moment de la passation.
Les familles ont été recrutées par le biais des écoles maternelles sur la base du
volontariat. Même si les familles ont été volontaires, nous avons veillé à obtenir
une hétérogénéité socio-économique. Ainsi, 39 % des mères de notre échantillon
sont de PCS défavorisées ; 37 % sont de PCS moyennes et 24 % sont de PCS
favorisées.
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Instruments de mesure
Mesure de l’appartenance sociale
L’appartenance sociale des familles a été opérationnalisée par le calcul d’un indice
économico-culturel agrégeant quatre indicateurs : 1. le niveau d’instruction de la
mère ; 2. le niveau d’instruction du père ; 3. les revenus du ménage ; et 4. l’espace
disponible dans le logement, à savoir le nombre de pièces du logement divisé
par le nombre de personnes habitant le logement. Les corrélations significatives
entre les quatre indicateurs justifient leur regroupement (les corrélations varient
entre 0,25 et 0,47 toutes significatives, p < 0,05). L’indicateur économico-culturel
présente une moyenne de 3,04 et un écart type de 0,58 ce qui témoigne d’une
variabilité suffisante de cet indice pour notre échantillon.
Mesure des performances intellectuelles des enfants
Pour mesurer les performances intellectuelles des enfants, nous avons utilisé
deux épreuves : la première non verbale (Matrices Progressives de Raven :
Raven, Court & Raven, 1998) et la seconde verbale (épreuve de vocabulaire
du WPPSI-R : Wechsler, 1995). Ces deux épreuves ont l’avantage d’être
bien adaptées à l’âge des enfants, d’être bien connues et leur administration
individuelle demande moins de trente minutes ce qui permet de maintenir
suffisamment l’attention des enfants.
Mesure de l’environnement familial
Pour mesurer l’environnement familial, nous avons utilisé la version en langue
française du HOME préscolaire réalisée par Palacio-Quintin et Jourdan-Ionescu
(1986). Cette version comprend 32 items, répartis dans six échelles (cf. Annexe I).
La cotation des items se fait à partir d’une échelle Likert en 6 points
correspondant à une gradation des stimulations de l’environnement familial.
Ainsi, l’attribution du score 0 correspond à l’absence totale de stimulation, tandis
que le score 5 traduit son niveau le plus élevé.
Déroulement
Après un contact téléphonique avec les parents, deux interviewers entraînés
se rendaient au foyer familial pour mesurer l’environnement familial par le
HOME. Au cours de cette visite (90 minutes en moyenne), les deux interviewers
cotaient séparément l’ensemble de l’échelle. Ils mettaient ensuite en commun
leurs cotations. Ensuite, un des expérimentateurs administrait les épreuves de
performances intellectuelles à l’enfant.
RÉSULTATS
Caractéristiques descriptives des items du HOME
Le tableau de l’annexe I montre tout d’abord que les réponses aux questions du
HOME ne se distribuent pas normalement par rapport aux différentes modalités
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
des items. En effet, 20 des 32 items voient leurs réponses polarisées sur les
modalités 4 et 5. À titre d’exemple, 75,9 % des familles ont obtenu 5 points à
l’item 5 (« présence de livres d’enfants ») tout comme à l’item 30 (« l’enfant a été
amené en voyage »). En revanche, pour l’item 7 (« La famille achète un journal et
le lit ») 51,7 % des réponses correspondent à la modalité 0. Cette polarisation
des réponses sur les valeurs hautes de l’échelle de cotation se traduit par de
fortes moyennes aux différents items. En dépit de l’étendue des moyennes variant
entre 1,40 (pour l’item 7) et 4,57 (pour l’item 5), la moyenne globale demeure
assez élevée (3,62). Seuls quelques items présentent une distribution symétrique,
comme l’item 11 (« l’enfant est encouragé à apprendre l’alphabet ») ou l’item 21
(« l’enfant est encouragé à apprendre des modèles de discours »).
Analyses des items du HOME
Trois sous-échelles du HOME : Stimulations à travers les jeux ; Amour affection
chaleur et Stimulations pour les apprentissages académiques présentent des coefficients de
consistance interne (alpha de Cronbach) satisfaisants (cf. tableau 1). En revanche,
les trois autres sous-échelles ont des coefficients faibles. L’ensemble de l’échelle
présente un coefficient de consistance interne de 0,85. En ce qui concerne les
distributions des moyennes des différentes échelles, on remarque que l’échelle
Variété dans les stimulations présente la moyenne la plus élevée (4,05). En revanche,
l’échelle Stimulation pour les apprentissages académiques présente la moyenne la plus
faible (2,97).
Tableau I.
Analyse d’items et statistiques descriptives des échelles du HOME.
Nombre
d’items
Coefficient alpha
Moyenne
Ecart-type
1. Stimulation à travers les
jeux, jouets et matériels de
lecture
9
0,72
3,50
0,71
2. Stimulation langagière
4
0,45
3,82
0,58
3. Amour, affection, chaleur
7
0,66
3,76
0,62
4. Stimulation pour les
apprentissages académiques
4
0,79
2,97
1,19
5. Modèle et encouragement à
une maturité sociale
3
0,45
3,37
0,88
6. Variété dans les
stimulations
5
0,52
4,05
0,70
Score global au HOME
32
0,85
3,58
0,53
Échelles du HOME
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Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
Échelonnement multidimensionnel
Un échelonnement multidimensionnel (EMD) des items a été effectué. L’objectif
de l’EMD est de représenter des données dans un espace d’un nombre restreint
de dimensions à partir d’un ensemble de données ayant un sens de proximité
entre items (similarités, corrélations, etc.). Les modèles EMD sont des modèles
de représentation spatiale. Ils ont l’avantage de ne pas requérir des échantillons
conséquents contrairement aux analyses factorielles (Tournois & Dickes, 1993).
Pour notre recherche, le coefficient de similarité choisi est celui de corrélation.
Nous avons retenu la solution en quatre dimensions car elle présente des indices
d’adéquation satisfaisant (coefficient de stress = 0,12 et RSQ = 0,82). La
configuration des items en fonction des dimensions 1 et 2 (figure 1) permet de
retrouver quelques échelles du HOME : 1. Stimulations à travers les jeux, les
jouets et les activités ludiques (12 items) ; 2. Stimulations affectives (8 items) ;
3. Stimulations pour les apprentissages académiques (7 items) ; et 4. Variété
dans les stimulations (5 items). Les coefficients alpha de Cronbach des quatre
dimensions sont respectivement 0,83 ; 0,54 ; 0,79 et 0,56. Ce résultat témoigne
d’une amélioration sensible des qualités métriques des quatre dimensions par
rapport aux échelles du HOME.
2,0
1,5
Dimension 2
1,0
h7
h26
0,0
–,5
–1,0
–1,5
h6
h11
h24
h22
h21
h12
h30
h3
h1
h20
h25
h4
h10
h8
h32
h27
h16
Echelle 4
–1,5
h31
h28
h23
h18
h19
–2,0
–2,0
h2
h5
h9
–,5
Echelle 1
h29
Echelle 3
–1,0
–,5
h15
h13
h17
Echelle 2
h14
0,0
–,5
Dimension 1
1,0
1,5
2,0
Figure 1.
Représentation des items du HOME suivant les dimensions 1 et 2 de
l’EMD.
Études corrélationnelles et régression multiple
Le tableau 2 présente les corrélations entre les variables de l’étude. Nous
constatons que le score global au HOME est lié significativement aux autres
variables de l’étude. En effet, il présente une corrélation de 0,63 (p < 0,01)
nfance n◦ 2/2009
0,49**
0,47**
0,66**
0,46**
0,35**
3. Score aux Matrices de Raven
4. Stimulation à travers les jeux. . .
5. Stimulation langagière
6. Amour, affection, chaleur
0,47**
0,63**
9. Variété dans les Stimulations
10. Score global au HOME
*: p < 0,05 ; **: p < 0,01
0,17
0,30*
8. Modèle et encouragement à une
maturité sociale
0,30*
0,27*
0,09
7. Stimulation pour les apprentissages 0,40**
académiques
0,29*
0,17
0,33*
1
1
2
2. Score à l’épreuve de vocabulaire du 0,45**
WPPSI
1. Indice socio-économique
1
0,40**
0,29*
0,23*
0,18
0,28*
0,31*
0,45**
1
3
Tableau II.
Matrice de corrélation entre les différentes variables de l’étude.
0,76**
0,58**
0,41**
0,35**
0,39**
0,55**
1
4
0,70**
0,22
0,40**
0,47**
0,34**
1
5
0,62**
0,30*
0,35**
0,31*
1
6
0,72**
0,12
0,37**
1
7
0,70**
0,26*
1
8
0,56**
1
9
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Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
avec l’indice économico-culturel. Ainsi, les familles des milieux favorisés offrent
quantitativement et qualitativement plus de stimulations aux enfants (interactions
langagières, présence de jouets et jeux à caractère éducatif, activités familiales
autour du livre et autour des apprentissages premiers. . .). Des corrélations
s’observent également entre le score global au HOME, le score à l’épreuve
verbale du WPPSI (0,30 ; p < 0,05) ainsi qu’aux matrices de Raven (0,40 ;
p < 0,01). On note également que l’indice économico-culturel est corrélé
significativement avec les scores à l’épreuve verbale et aux matrices de Raven
(respectivement 0,45 et 0,47 ; p < 0,01) et que le score global au HOME est
corrélé aux scores aux différentes échelles. Pour des analyses plus fines, nous
avons réalisé (annexe I) une étude corrélationnelle entre les différents items du
HOME, l’indice économico-culturel, le score à l’épreuve verbale du WPPSI et
le score aux matrices de Raven. On constate que six items (1, 3, 4, 8, 17 et 28)
présentent des corrélations significatives avec les trois variables dépendantes.
Deux modèles de régression multiple ont été estimés pour apprécier l’impact
des différentes variables de l’étude sur la variation du score au Matrices de Raven
et à l’épreuve de vocabulaire du WPPSI. Les résultats montrent que les parts de
variance expliquée sont respectivement de 26,4 % et 22,4 %. Toutes choses égales
par ailleurs, les variables Sexe, Age et Score au HOME n’ont pas d’impact significatif
sur les performances intellectuelles. Seule la variable indice socio-économique a un
impact significatif sur les scores.
Tableau III.
Impact des variables de l’étude sur les performances intellectuelles.
Modalité
active (=1)
Score aux
Matrices de
Raven
à l’épreuve
de
vocabulaire
du WPPSI
Fille
-0,01
0,12
Age
0,17
0,10
Indice socio-économique
0,36*
0,43**
Score au HOME
0,20
0,03
26,4 %
22,4 %
Variables
Sexe
Modalité de
référence
(=0)
Garçons
R2 (% de variance
expliquée
* = p < 0,05 ; ** = p < 0,01
DISCUSSION ET CONCLUSION
Un des objectifs de la présente étude était d’évaluer l’environnement familial
à l’aide de la version en langue française du HOME préscolaire. Ce type de
travail n’a jamais été réalisé auparavant sur un échantillon Français. De ce fait,
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
les conclusions de notre recherche ne valent que pour cette version du HOME,
car rappelons que l’instrument existe en quatre versions et fondamentalement
en langue anglaise. Ainsi, dans un premier temps, nous rappellerons les intérêts
de l’instrument. Dans un deuxième temps, nous discuterons de ses limites. En
dernier, nous évoquerons quelques pistes d’amélioration de la version du HOME
étudiée ici.
"Les études portant sur le HOME en tant qu’outil d’évaluation de
l’environnement familial montrent qu’il présente un certain nombre d’intérêts.
Tout d’abord, l’instrument a le mérite d’évaluer l’environnement familial dans sa
globalité et dans un contexte écologique en prenant en compte à la fois la quantité
et la qualité des stimulations offertes à l’enfant. Les mesures environnementales
s’effectuent en combinant deux méthodologies différentes : l’observation et
l’entretien directif. Ensuite, le HOME, contrairement à d’autres instruments
de mesure de l’environnement familial, est issu d’un cadre théorique établi
par l’École de Chicago (e.g. Bloom, 1964). Enfin, le HOME présente des
corrélations fortes avec l’appartenance sociale et le développement intellectuel
des enfants.
Dans notre travail, le HOME présente une forte corrélation avec
l’appartenance sociale des familles. Ce résultat corrobore ceux trouvés dans
la littérature (Bradley, Corwyn, McAdoo & Coll, 2001 ; Bradley et al., 1989).
En revanche, même si les corrélations avec les épreuves de performances
intellectuelles sont significatives, elles demeurent modérées par rapport à celles
rapportées par d’autres études (Bradley & Caldwell, 2001 ; Palacio-Quintin &
Jourdan-Ionescu, 1991, Terrisse et al. 1998). Les modèles de régression que nous
avons réalisés indiquent toutes choses égales par ailleurs que le score au HOME
n’ajoute pas grand-chose à l’explication fournie par le milieu social.
La version en langue française du HOME préscolaire présente aussi un certain
nombre de limites. La première concerne le contenu des items qui ne correspond
pas parfois à l’intitulé de l’échelle. C’est ainsi que l’item 11 « l’enfant est encouragé
à apprendre l’alphabet » qui se trouve dans l’échelle 2 (Stimulations langagières) peut
être rattaché à l’échelle 4 (Stimulations pour les apprentissages académiques). L’item 7 « la
famille achète quotidiennement un journal et le lit » ainsi que l’item 8 « la famille
est abonnée à au moins un magazine » qui sont intégrés à l’échelle 1 (Stimulations à
travers les jeux) ont un contenu qui ne correspond pas à l’intitulé de l’échelle. En ce
qui concerne, l’item 9 « l’enfant est encouragé à apprendre les formes » situé dans
l’échelle 1 (Stimulations à travers les jeux, les jouets et le matériel de lecture) trouverait sa
place dans l’échelle 4 (Stimulations pour les apprentissages académiques). Enfin, l’item 10
« jouets pour apprendre les animaux » qui se trouve dans l’échelle 2 (Stimulations
langagières) pourrait quant à lui intégrer l’échelle 1 (Stimulations à travers les jeux,
les jouets et le matériel de lecture). On peut donc légitimement envisager un autre
regroupement des items. L’échelonnement multidimensionnel que nous avons
réalisé indique qu’une autre structuration de l’outil est possible. De même, les
analyses factorielles ou les analyses en composantes principales effectuées sur les
différentes versions du HOME ne présentent pas une grande stabilité dans la
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Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
structure et fournissent des résultats différents (Bradley, Mundfrom, Whiteside,
Casey & Barrett 1994).
Une deuxième limite concerne la méthode de cotation choisie par les auteurs.
En effet, le passage d’une échelle dichotomique à une échelle Likert ne semble
pas toujours justifié. La cotation en six points s’avère non-adaptée pour certains
items dont les modalités 0 ou 1 n’ont jamais été utilisées (e.g. les items 3, 4 et 12 du
tableau de l’annexe I). En revanche, pour d’autres items une meilleure répartition
de certaines modalités ainsi que des précisions concernant leur formulation
semblent indispensables.
Au final, la présente étude a mis en évidence quelques faiblesses de la version
en langue française du HOME préscolaire. Une révision de cette version de
l’instrument semble nécessaire. Elle devrait concerner le contenu des items ainsi
que leur cotation. De même, l’affectation des items aux différentes échelles
devrait se baser sur des analyses structurales rigoureuses. Une autre faiblesse, qui
ne concerne pas spécifiquement le HOME mais les nombreux instruments de
mesure de l’environnement familial, consiste en leur incapacité à nous fournir des
informations concernant les mécanismes par lesquels l’environnement familial
influence le développement cognitif de l’enfant (Palacio-Quintin, 1995). En effet,
la majorité des items du HOME sont des indicateurs de présence des stimulations
dans l’environnement familial et non pas des indicateurs de fonctionnement
familial. En effet, via le HOME, nous avons des informations concernant la
présence ou l’absence de jouets et de livres dans la famille, mais nous n’avons
aucune indication sur la manière dont les parents utilisent les livres ou les jouets
lors des interactions avec l’enfant, ce constat a été souligné par un certain nombre
d’auteurs (e.g. Pécheux, 1990).
Le HOME demeure intéressant comme instrument d’étude de
l’environnement familial à visée descriptive. Cette approche peut être complémentaire d’une visée compréhensive telle que les travaux sur la niche du développement. L’utilisation de l’outil permet d’autres avantages comme travailler sur des
grands échantillons, effectuer des comparaisons temporelles et interculturelles.
RÉFÉRENCES
Bloom, B. S. (1964). Stability and change in human characteristics. New
York: John Wiley & sons.
Bradley, R. H., & Caldwell, B. M. (2001). The relation of infants’ home
environments to mental test performance at 36 months : a follow-up
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Bradley, R. H., Caldwell, B. M. (1976). The relation of infants’ home
environments to mental test performance at 54 months : a follow-up
study. Child Development, 47, 1172-1174.
Bradley, R. H. Corwyn, R. F., McAdoo, H. P. & Coll, C. G. (2001). The home
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ethnicity, and poverty status. Child Development, 72, 1844-1867.
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
Bradley, R. H., Caldwell, B. M., Rock, S., Ramey, C. T., Barnard, K. F.,
Gray, C., Hammond, M. A., Mitchell, S., Gottried, A. W., Siegel, L., &
Johnoson, D. L. (1989). Home environment and cognitive development
in the first 3 years of life: a collaborative study involving six sites and
three ethnic groups in North America. Developmental Psychology, 25,
217-235.
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233
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Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
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nfance n◦ 2/2009
0
1
2
3
5,2
1,7
0
0
0
6,9
51,7
1. Casse-tête
2.Jouets ou jeux qui permettent
la libre expression (peinture. . .)
3. Jouets ou jeux nécessitant la
motricité fine (coloriage. . .)
4. Jouets facilitant
l’apprentissage des nombres
(jeux de cartes. . .)
5. Livres d’enfants
6. Livres présents et visibles
dans l’appartement
7. La famille achète un journal et
le lit
8,6
1,7
0
0
0
1,7
8,6
5,2
5,2
3,4
1,7
3,4
3,4
5,2
22,4
6,9
8,6
17,2
8,6
5,2
24,1
Échelle 1 : Stimulation à travers les jeux, jouets et matériels de lecture
Items
Score
Annexe I.
Statistiques descriptives des items du HOME préscolaire.
6,9
17,2
12,1
25,9
32,8
19
37,9
4
5,2
62,1
75,9
55,2
55,2
69
19
5
1,40
4,12
4,57
4,33
4,40
4,45
3,38
Moyenne
1,67
1,48
0,92
0,89
0,79
1,06
1,37
Ecarttype
0,25
0,56**
0,56**
0,40**
0,37**
0,37**
0,52**
0,08
0,16
0,17
0,32*
0,17
0,07
0,32*
Indice
socioéconomique WPPSI
Corrélations
-0,03
0,11
0,28*
0,36**
0,42**
0,28*
0,48**
Raven
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
235
19,0
5,2
8. La famille est abonnée un
magazine
9. L’enfant est encouragé à
apprendre les formes
0
5,2
0
0
11. L’enfant est encouragé à
apprendre l’alphabet
12. La mère utilise une
grammaire et une prononciation
adéquate
13. Les parents encouragent
l’enfant à raconter ses
expériences
0
13,8
0
3,4
25,9
10,3
1
10. Jouets pour apprendre les
animaux (jouets, livres
d’animaux. . .)
Échelle 2 : Stimulation langagière
0
Items
Annexe I.
(Suite.)
5,2
1,7
10,3
6,9
5,2
0
2
17,2
17,2
37,9
12,1
48,3
29,3
3
Score
10,3
77,6
17,2
29,3
6,9
12,1
4
67,2
3,4
15,5
48,3
8,6
29,3
5
4,40
3,83
2,95
4,12
2,52
2,93
Moyenne
0,95
0,50
1,39
1,09
1,33
1,86
Ecarttype
-0,08
0,57**
0,32**
0,38**
0,27*
0,37**
-0,11
0,27*
0,13
0,17
0,08
0,28*
Indice
socioéconomique WPPSI
Corrélations
-0,14
0,25
0,30*
0,28*
0,09
0,33*
Raven
236
Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
nfance n◦ 2/2009
0
3,4
1,7
0
0
1,7
15. La mère échange avec son
enfant durant la visite
16. La mère répond verbalement
aux sollicitations de l’enfant.
17. La mère fait spontanément
l’éloge de l’enfant
18. La mère embrasse, caresse,
serre son enfant durant la visite
19. La mère instaure des
situations où l’enfant peut
«se montrer »
20. Punition physique non
employée dans la semaine
1,7
8,6
3,4
3,4
1,7
0
1,7
5,2
22,4
6,9
10,3
10,3
1,7
27,6
8,6
10,3
21. L’enfant est encouragé à
apprendre des modèles de
discours (comptines. . .)
22. L’enfant est encouragé à
apprendre les relations spatiales
5,2
17,2
3,4
25,9
Échelle 4 : Stimulation pour les apprentissages académiques
0
14. Les parents prennent
l’enfant près d’eux (pendant une
histoire. . .)
Échelle 3 : Amour, affection, chaleur
.
53,4
24,1
13,8
1,7
51,7
31
8,6
24,1
13,8
19
10,3
62,1
53,4
25,9
27,6
10,3
13,8
13,8
8,6
13,8
15,5
13,8
12,1
25,9
65,5
60,3
43,1
2,91
2,52
3,79
3,41
3,36
3,57
4,17
4,29
3,69
1,32
1,48
0,95
1,23
0,91
1,19
1,37
1,03
1,33
0,26
0,33**
0,15
0,01
0,11
0,44**
0,21
0,23
0,16
-0,08
0,26
0,25
0,02
-0,08
0,44**
0,26
-0,03
0,18
-0,01
0,10
0,03
0,14
-0,07
0,53**
0,21
0,14
0,01
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
237
15,5
8,6
23. L’enfant est encouragé à
apprendre les chiffres
24. L’enfant est encouragé à
apprendre à lire quelques mots
8,6
3,4
1
5,2
8,6
2
13,8
1,7
0
25. L’enfant a parfois la
permission de choisir sa
collation
26. La famille possède un
téléviseur et l’utilise
judicieusement
27. L’enfant peut exprimer des
sentiments négatifs sans subir
de réprimande
1,7
1,7
3,4
29,3
12,1
1,7
25,9
24,1
19,0
15,5
22,4
3
Score
Echelle 5 : Modèle et encouragement à une maturité sociale
0
Items
Annexe I.
(Suite.)
24,1
50,0
41,4
41,4
25,9
4
19
10,3
20,7
20,7
24,1
5
3,29
3,50
3,33
3,34
3,12
Moyenne
1,14
1,01
1,60
1,53
1,70
Ecarttype
0,17
0,49**
0,06
0,28*
0,38**
0,04
0,23
0,10
0,01
0,08
Indice
socioéconomique WPPSI
Corrélations
0,07
0,28*
0,15
0,20
0,24
Raven
238
Youssef TAZOUTI, Emilien PREVOT, Matthieu CONSTANT
nfance n◦ 2/2009
1,7
3,4
0
0
29. L’enfant est amené en sortie
(pique-nique. . .)
30. L’enfant a été amené en
voyage
31. Les productions de l’enfant
sont exposées dans la maison
32. L’enfant prend ses repas en
compagnie de ses parents
*: p < 0.05 ; **: p < 0.01
19
28. Instruments de musique
Echelle 6 : Variété dans les Stimulations
.
0
1,7
0
0
5,2
1,7
13,8
5,2
1,7
10,3
17,2
12,1
8,6
5,2
31
6,9
24,1
6,9
27,6
15,5
74,1
48,3
75,9
63,8
19
4,53
4,03
4,43
4,48
2,76
0,84
1,15
1,20
0,90
1,71
0,05
0,13
0,40**
0,36**
0,38**
0,10
0,12
0,11
0,05
0,33*
-0,02
0,20
0,16
0,16
0,27*
Évaluation de l’environnement familial par la version française du HOME préscolaire
239