Rééducation précoce pour maximiser les chances de
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Rééducation précoce pour maximiser les chances de
Pratique des soins 70 Patients cérébrolésés Rééducation précoce pour m les chances de récupération Une Unité de NeuroRééducation Aiguë (NRA) a été inaugurée en novembre 2011 au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) dans le Département des neurosciences cliniques. Elle est constituée d’une équipe interdisciplinaire prenant en charge, sur des lits spécialisés, des patients en éveil pathologique de coma après leur transfert des soins intensifs. Texte: François Décaillet, Charlotte Gilart de Keranflec’h, Karin Diserens / Photos: Hocoma© La réhabilitation précoce des patients cérébrolésés, approche à la fois nouvelle et complexe, représentait alors un véritable défi pour l’équipe infirmière. Appelée à garantir la continuité des soins, en collaboration avec de multiples professionnels, elle a intégré le concept de rééducation précoce dans chacun de ses soins. Le challenge dé- sormais relevé, les patients bénéficient dans cette unité d’une offre en soins personnalisée et novatrice. Un équilibre bouleversé Les patients admis en Unité NRA se divisent en trois grands groupes: accidents vasculaires cérébraux, traumatismes crâniens sévères et autres lé- sions cérébrales ou médullaires. La majorité d’entre eux présentent un tableau clinique complexe dont la première composante est un éveil pathologique de coma aux soins intensifs, conduisant à un état de conscience altéré. Cet éveil pathologique peut aller d’un syndrome d’éveil non répondant (Unresponsive Wakefulness Syndrom), com- www.sbk-asi.ch >Patients cérébrolésés >Neuroréhabilitation >Interdisciplinarité K r a n k e n p f l e g e I S o i n s i n f i r m i e r s I C u r e i n f e r m i e r i s t i c h e 5/2014 «Le patient cérébrolésé voit son image, sa vie affective, sa place dans la société ainsi que sa relation à ses proches totalement bouleversées.» La verticalisation précoce est couramment utilisée pour les patients cérébrolésés. aximiser munément appelé état végétatif, à l’état de conscience minimal (Minimal Conscious State). Le but de la neuroréhabilitation aiguë est de leur faire atteindre une émergence totale de la conscience de soi, de l’environnement, et de soi dans l’environnement[1]. Des déficits divers Très souvent ces patients présentent des déficits sensitifs et moteurs, associés à des manifestations cognitives: par exemple la mémoire, la planification, la désorientation aux trois modes (temps, espace, personnes), le langage ou l’exécution. Le tableau clinique peut se compliquer par des troubles de déglutition, sphinctérien, de cycle éveilsommeil et de crises neurovégétatives. Ces troubles entraînent très régulière- ment des difficultés relationnelles manifestées par des fluctuations d’humeur, de comportement et de communication. La présence de déficits neurologiques sévères nécessite une prise en charge au long cours. Un déconditionnement général est quasi systématiquement observé et l’autonomie du patient est grandement entravée. Il est important de préciser que ces patients ont vécu un événement qui va bousculer et transformer diamétralement leur vie et celle de leur entourage. Leur image, leur vie affective, leur place dans la société ainsi que leur relation à leurs proches sont déjà bouleversées. La rééducation suppose une approche particulière conditionnée par l’incapacité partielle ou totale du patient à communiquer, à bouger, à interagir, à ressentir. La neurorééducation aigüe commence depuis les soins intensifs. Dès la stabilisation du patient, elle se fait selon des méthodes neurosensorielles tenant compte de leurs déficits et ayant pour but de favoriser leur émergence, la plus précoce possible. Une prise en charge intense Une fois admis en Unité NRA, dans le service de soins continus, le patient bénéficie de 300 minutes par jour de rééducation spécialisée, cinq jours sur sept. Durant la semaine, il est pris en charge par une équipe interdisciplinaire composée de médecins spécialisés en neurologie et en neurorééducation, de physiothérapeutes, d’ergothérapeutes, de logopédistes, du neuropsychologue, de l’infirmière spécialisée, des diététiciennes, de l’aumônier, des aidessoignants et des infirmiers. Les différents thérapeutes se succèdent selon un planning de soin coordonné, prédéfini et régulièrement réévalué en fonction de l’évolution du patient. Le Week end, l’équipe infirmière assure la continuité des soins spécialisés et du projet théra- peutique. Ce parcours de soin, véritable marathon, a pour but d’aller chercher les moindres capacités restantes du patient afin de le faire progresser jusqu’au degré d’autonomie atteignable pour lui. Au centre du projet, la formation Compte tenu du caractère complexe des prises en charge, l’équipe infirmière a été tenue de se former à des approches neurosensorielles et neurocomportementales spécifiques, telles que: la Stimulation Basale[2], la verticalisation précoce[3], le concept Bobath[4], le concept F.O.T.T (Facial Oral Tract Therapy)[5] et Outdoor therapy (NAT)[6]. Intégrer ces différents aspects dans les soins passe immanquablement par une attention toute particulière à la formation continue des équi- Les auteurs François Decaillet, ICUS des Soins continus de neurochirurgie et neurorééducation aiguë Charlotte Gilart de Keranflec’h, infirmière spécialisée et de recherche de l’Unité NRA Karin Diserens, médecin adjoint, responsable de l’Unité de neurorééducation aiguë (NRA) et neurorééducation des maladies neurodéveloppementales adultes et jeunes adultes, Service de neurologie, Département des neurosciences cliniques. Contact: [email protected] Des remerciements sont adressés à: Nicolas Jayet, chargé de communication, Direction des soins du CHUV. Daniel Joye, directeur ad intérim des soins, Département de l’appareil locomoteur et Département des neurosciences cliniques. Sandra Mérigout, infirmière cheffe de service, Département des neurosciences cliniques, Service de neurochirurgie, Unité de neurorééducation aiguë, Service des policliniques DNC. 71 Pratique des soins 72 K r a n k e n p f l e g e I S o i n s i n f i r m i e r s I C u r e i n f e r m i e r i s t i c h e 5/2014 Le questionnaire «histoire de vie» Une perspective interdisciplinaire commune Rééduquer des patients cérébro-lésés passe avant tout par trouver des moyens de stimulation, d’interaction et de communication. Rapidement, les soignants se sont aperçus qu’il leur manquait des informations précises sur la vie du patient avant la maladie ou l’accident. Ils avaient besoin de mieux connaître le patient pour susciter l’interaction. D’autre part, il semblait clair pour les soignants qu’en utilisant les goûts et habitudes du patient, ils allaient susciter un intérêt supplémentaire à leur thérapie en attisant sa motivation et son adhésion. Intérêt toujours favorable au plaisir et peut-être déclencheur de progrès. Les soins infirmiers ont proposé une trame d’entretien inspirée du SMART[9], échelle d’évaluation reconnue pour les patients en état de conscience altérée. Ils l’ont enrichie des propositions de l’équipe pluridisciplinaire afin d’en augmenter la pertinence. Les membres de l’équipe pluridisciplinaire (physiothérapeute, ergothérapeute, neuropsychologie, logopédiste et infirmier) effectuent cet entretien à tour de rôle. Les informations sont recueillies lors d’un entretien qui réunit un soignant et la famille. Des ques- tions précises portent sur l’histoire personnelle, professionnelle, les croyances, les hobbies et les habitudes de vie du patient. Le tournus effectué par les soignants, pour effectuer ces entretiens, permet de promouvoir la connaissance détaillée de la personne, en incitant chacun à faire cet effort. Comme tous les corps de métiers bénéficient de ces informations, il paraît pertinent que chacun contribue à la récolte de données et à répartir la charge de ce nouveau travail. D’autre part, il semble intéressant d’avoir des regards et des approches différentes autour de cet outil, autant que dans la manière de l’utiliser. Après deux ans, le bilan est positif. Les soignants constatent que l’entourage est favorable à ces entretiens. Les proches apprécient le rôle qui leur est donné et relèvent l’implication et le respect de l’équipe soignante dans les habitudes de vie de la personne malade. Aujourd’hui, les professionnels attendent ces informations avec impatience pour enrichir et personnaliser leurs thérapies. Cette expérience interdisciplinaire unique s’est spontanément équilibrée et chacun contribue à sa pérennité tout en lui conférant le statut d’outil de soin. «Le parcours de soin, véritable marathon, a pour but d’aller chercher les moindres capacités restantes du patient afin de le faire progresser jusqu’au degré d’autonomie atteignable pour lui.» pes. Le Département des Neurosciences Cliniques, conscient de cet enjeu essentiel, a favorisé la création d’une offre de formation particulièrement étoffée. Du cours à l’enseignement au chevet du patient, la volonté de transmettre de nouvelles pratiques est omniprésente. Ainsi, l’infirmière, formée aux principes de NRA, change son regard et sa prise en charge de tout patient. Structurer pour prendre soin Consciente de l’opportunité qui s’offrait à elle par l’ouverture de cette nouvelle unité, l’équipe infirmière a fait des propositions pour structurer la prise en charge et pour «prendre soin» du patient et de sa famille. Elle a donc soumis des outils de soin tels le colloque thérapeutique, le questionnaire de vie et le con- cept de recherche de sens. Chaque fois, elle s’est inspirée d’une méthodologie précise et reconnue dans les domaines qu’elle abordait. Ces trois apports, décrits ci-après, ont été inclus dans la prise en charge interdisciplinaire de NeuroRééducation Aigüe. Le colloque thérapeutique Les infirmiers, en accord avec le médecin responsable de l’Unité, ont proposé de réunir hebdomadairement l’équipe interdisciplinaire pour définir précisément les problématiques du patient et les objectifs thérapeutiques des soignants. L’équipe de l’Unité NRA s’est inspirée de la CIF (Classification Internationale du Handicap) pour poser des objectifs de soins communs et les évaluer selon une méthodologie internationalement validée dans le monde de la rééducation. Ce colloque sert aussi à apprécier les améliorations ou les péjorations et à réévaluer, en conséquence, la pertinence des objectifs. Il permet de s’assurer que chaque objectif corresponde bien aux besoins et attentes du patient et de sa famille, à travers le regard des différents intervenants. Il permet ainsi d’offrir des soins individualisés, toujours en adéquation avec l’état actuel du patient. L’histoire de vie, ressource fondamentale Le questionnaire a pour vocation de connaître l’histoire de vie du patient, ses goûts, ses hobbies, ses habitudes. En effet, rééduquer des patients cérébrolésés, en éveil de coma pathologique nécessite de trouver des «portes d’entrées» neurosensorielles avec lui. Seule une connaissance détaillée de ses goûts, ses aversions, ses valeurs, son histoire permet de le faire. Le patient étant souvent incapable de répondre, le questionnaire est réalisé avec ses proches. Les informations récoltées sont ensuite utilisées par tous les soignants afin de solliciter l’interaction et encourager la communication. Partant du principe que la rééducation d’un patient est probablement plus efficace, si on le connait bien et si on parvient à susciter son intérêt, les soignants mettent à profit ces informations pour favoriser son émergence (lire encadré). La recherche de sens La vie du patient cérébrolésé ainsi que celle de sa famille sont profondément bouleversées par la maladie ou l’acci- K r a n k e n p f l e g e I S o i n s i n f i r m i e r s I C u r e i n f e r m i e r i s t i c h e 5/2014 dent. S’ouvre alors une nouvelle page de vie à laquelle il s’agit de donner sens. Le besoin d’être conseillé dans l’appréhension de ces ruptures de vie a été identifié par l’équipe infirmière et a conduit à une collaboration régulière avec l’aumônier. Celle-ci, aidée d’une méthodologie précise, la STIV (Sens, Transcendance, Identité, Valeur)[7], accompagne le patient et sa famille dans cette quête de sens. Trouver du sens permet au patient et à son entourage de débuter l’acceptation d’une rupture radicale, imprévue et de devenir acteurs de la rééducation. Un avenir à construire L’Unité de NeuroRééducation Aiguë a pu démontrer l’impact de cette approche interdisciplinaire et neurosensorielle sur le devenir du patient[8]. La nature et l’importance des progrès des patients montrent que cette prise en charge individualisée justifie l’importance des ressources mises à disposition précocement. Dans ce contexte, la coordination du travail interdisciplinaire, une approche multidimensionnelle et le développement de la formation continue sont des aspects qui restent incontournables pour l’avancement de ces soins. La création de partenariats pour renforcer les projets ou évaluer notre travail contribuera certainement à affirmer, à l’avenir, cette nouvelle expertise. La stimulation basale: une méthode qui a fait ses preuves dans divers contextes de soins. Références: [1] [2] Fröhlich A. (2000). La stimulation basale: Le concept. (Secrétariat suisse de pédagogie curative et spécialisée, trad.). Bienne: SZH (Original publié 1998). [3] Bernhardt et al., 2009, pour les AVC, Talbot & Whitaker, 1994, pour les TCC. [4] Bobath B. & Bobath K. (1986). Développement de la motricité des enfants IMC. (M. Barnavol & P. Beelen, trad.) Paris: Masson. (Original publié 1985). [5] Disorders and their management. Second Edition. Chapman and Hall, London. Coombes K. (1987) Chapter 22: Speech Therapy. In Yule, W, Rutter, M. Language Development & Disorders. Mac Keith Press: Oxford. Gratz C., Woite D. (2000): Die Therapie des Facio-Oralen Traktes bei neurologischen Patienten – Zwei Fallbeispiele. Schultz-Kirchner, Idstein. Kjaersgaard A. (2005): Ansigt, mund og svaelg. Undersøgelse og behandling efter Coombes-konceptet. FADL’s Forlag. Denmark . Laureys S., Celesia GG., Cohadon F., et al.; European Task Force onDisorders of Consciousness. Unresponsive wakefulness syndrome: a new name for the vegetative state or apallic syndrome. BMCMed 2010; 8: 68. Seel RT., Sherer M., Whyte J., et al.; American Congress of Rehabilitation Medicine, Brain Injury-Interdisciplinary Special Interest Group, Disorders of Consciousness Task Force. Assessment scales for disorders of consciousness: evidence-based recommendations for clinical practice and research. Arch Phys Med Rehabil 2010; 91 (12): 1795–1813. Coombes K. (1991): «Voice in People with Cerebral Palsy» In: Margaret Fawcus Voice [6] Annerstedt M. & Währborg P., (2011). Nature assisted therapy: Systematic review of controlled and observational studies. Scandinavian Journal of public Health, 39, 371–388. © 2011 The Nordic Societies of Public Health, doi: 10.1177/ 1403494810396400. Söderback I., Soderström M. & Schälander E., (2004). Horticultural therapy: the «healing garden» and gardening in rehabilitation measures at Danderyd Hospital Rehabilitation Clinic, Sweden. Pediatric Rehabilitation, 2004 n°4 (7), 245–260. doi:10.1080/13638490410001711416. [7] S. Monod, E. Rochat, C.J. Büla, G.Jobin, E.Martin, B.Spencer, «Developpement and Validation of an Instrument to Asses Spiritual Distress in Hospitalised Elderly Persons: The Spiritual Distress Assesment Tool» in BMC Geriatrics, 10, 2010, p. 88. [8] L. Berney, J.B. Wasserfallen, V. Schweizer, P. Michel, M. Oddo, P. Jolliet, J. Bloch, M. Levivier, R. Frackowiak, K. Diserens. Acute Neurorehabilitation: Does a neurosensory and coordinated interdisciplinary program reduce tracheostomy weaning time and weaning failure? to be published in 2014 issue of NeuroRehabilitation. Please note your manuscript will be in the Pre-Press section on MetaPress where it is given a DOI number. L. Berney, J.B. Wasserfallen, V. Schweizer, P. Michel, M. Oddo, P. Jolliet, J. Bloch, M. Levivier, R. Frackowiak, K. Diserens. Neurorééducation précoce au Centre hospitalier universitaire vaudois: du rêve à la réalité. Rev Med Suisse 2011; 7: 952–6. [9] Sensory Modality Assessment Rehabilitation Technique. 73