Présentation de Sanou M`Baye
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Présentation de Sanou M`Baye
Quels politiques, mécanismes de régulation et d'intervention faudrait-il mettre en place pour résorber le déficit alimentaire dans les pays d’Afrique sub-saharienne et protéger les intérêts à long-terme des agriculteurs ? Par Sanou Mbaye http://sanoumbaye.free.fr/blog/ 1 Sommaire Sommaire................................................................................................................ 2 Introduction ............................................................................................................. 3 Mesures visant à mobiliser les fonds nécessaires aux investissements productifs.5 Mesures visant à favoriser la croissance des exportations à court et moyen terme.7 Mesures visant à adopter des taux de change réalistes.......................................... 7 Mesures pour des politiques dynamiques d’intégration économique ...................... 8 Mesures visant à freiner la fuite des capitaux ......................................................... 9 Mesures visant à reformer l’aide publique au développement. ............................... 9 Mesures visant à attirer l’investissement direct étranger et d’autres flux de capitaux privés..................................................................................................................... 10 Mesures visant à encourager une nouvelle architecture financière qui réponde aux problèmes de l’Afrique........................................................................................... 11 Mesures visant à réguler l’accaparement des terres : ........................................... 11 Mesures visant au renforcement des droits fonciers ............................................. 12 Promotion des pratiques agro-écologiques ........................................................... 12 CONCLUSION ...................................................................................................... 12 2 Introduction Il est théoriquement et empiriquement établi que la croissance du secteur agricole est un préalable au démarrage de la croissance économique dans les pays où l’agriculture constitue la principale source d’emplois et de revenus. C’est le cas de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne où, en dépit d’une urbanisation croissante, 70% des Africains tirent leurs revenus de l’agriculture qui emploie 57% de la population, représente 17% du PIB, procure 11% des recettes d’exportation et contribue pour près de 90% à la couverture des besoins alimentairesi. Pour ces pays, opter pour un développement économique tiré par la transformation du secteur agricole aurait nécessité des investissements publics massifs pour le développement des ressources humaines, la capitalisation agraire, le développement des marchés et des échanges, la création des ensembles régionaux et leur ouverture au marché mondialii. A leur indépendance, ayant hérité des dettes que leurs colonisateurs anglais et français avaient contractées pour les exploiter et ne disposant d’aucune réserve, ni d’épargne intérieure, ces pays avaient été jugés insolvables et privés d’accès aux marchés des capitaux. La seule alternative de financement qui leur restait a été l’Aide Publique au Développement. Les tenants de l’aide, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire international (FMI), et les pays occidentaux ont préconisé une stratégie de développement basée sur : le développement industriel et urbain dans un cadre de libéralisation économique et le maintien des appareils productifs hérités de la division internationale du travail C’est une organisation économique qui s’appuie sur l’exportation des matières premières (minerais, pétrole, diamant, etc.) ou des cultures de rente (coton, café, thé, tabac, etc.) sources de devises. L’agriculture vivrière s’est ainsi trouvée délaissée, seulement 7% des 874 millions d'hectares de terres arables disponibles sont aménagés; seuls 4% des ressources renouvelables en eau en Afrique sont utilisées avec des capacités de stockage 35 à 60 fois moins importantes que dans les pays d'Asie et d'Europe. La part moyenne de l'agriculture dans les dépenses publiques globales a chuté, en Afrique subsaharienne, de 5% en 1990 à 4,6% dans les années 2000. L’APD consacrée à l’agriculture est passée de 18% en 1980 à 4% en 2000. Pour nourrir leurs populations les pays d’Afrique avaient le choix entre l’importation à bas prix des denrées alimentaires achetées sur les marchés internationaux et le recours à l’aide alimentaire, même si ceci pouvait nuire aux producteurs locaux et accélérer l’exode rural. Nous avons là tous les ingrédients du désastre dont nous payons aujourd’hui le prix. Les prix agricoles mondiaux n’ont cessé de chuter depuis le milieu des années 1970. Leur indice qui se situait à 155 en 1977, est tombé à 94 en 2002. En revanche, les coûts des importations de la région ont crû en permanence. Le pouvoir d’achat dégagé par les produits agricoles des pays en développement a été divisé par trois 3 en trente ans, exacerbant les difficultés économiques des pays africains, notamment sur le plan de la dette extérieure et de la pauvreté. Pour faire face à cette situation les pays africains ont, dans un premier temps, fourni des appuis à leurs agriculteurs : crédits pour l’achat de semences, d’équipements et d’intrants, formation des paysans aux meilleures techniques culturales, rachat des récoltes, construction et entretien des systèmes d’irrigation et de facilités de stockage, importations, etc. Mais, l’avènement de la libéralisation des économies mondiales et la mise en place des politiques de dérégulation et de libéralisation des programmes d’ajustement structurel des institutions de Bretton Woods des années 1980/90 ont mis fin à ces aides. Dans le même temps, les pays de l’OCDE se sont gardés d’observer les règles qu’ils imposaient aux africains. Ils ont subventionné massivement leurs agriculteurs et leurs exportations et ont déversé sur les marchés des pays africains leurs surplus, ce qui constitue l’une des causes structurelles des problèmes alimentaires des pays du Sud. Les défis d’hier restent ceux d’aujourd’hui mais l’environnement a changé. La financiarisation des économies occidentales a conduit à une quadruple crise : économique, monétaire, alimentaire et écologique. Dans la formulation des stratégies sortie de ces crises, la compétence socio-économique des États laminée par les politiques néolibérales de la mondialisation a été restaurée. L’état central peut désormais se concentrer sur la formulation des orientations générales, les grands investissements et le maintien d’un cadre politique, juridique et macroéconomique favorable à la mobilisation des initiatives privées et des énergies locales. Un nouveau consensus est en train de naître en faveur du soutien à l’agriculture et d’un réinvestissement dans les biens publics. La menace que constitue le changement climatique impose une réflexion sur une profonde transformation de l’agriculture qui doit rompre son lien avec les énergies fossiles et augmenter sa résilience. La génération actuelle de dirigeants prend conscience de ces enjeux. Les pays du Nord doivent les y aider dans un élan de solidarité internationale. En Afrique, les programmes de reformes de ces vingt dernières années ont donné naissance à un environnement favorable à l’investissement privé. Bon nombre de pays africains se sont ouverts aux marchés des capitaux. Les ouvertures démocratiques se poursuivent. Notre analyse vise à examiner les diverses mesures nécessaires pour résorber le déficit alimentaire dans les pays d’Afrique sub-saharienne et protéger les intérêts à long terme des agriculteurs. Il s’agit de mesures visant à accroître l’épargne intérieure et à l’employer efficacement pour réaliser des investissements productifs, à consacrer les ressources intérieures au développement plutôt qu’au service de la dette extérieure, à accroître l’efficacité de l’aide publique au développement (APD), à attirer les flux de capitaux privés, à encourager l’investissement étranger direct et à mettre fin à la fuite des capitaux. S’agissant des ressources financières nécessaires aux besoins de restructuration de la filière agricole dans les pays d’Afrique subsaharienne, les agences des Nations Unies, FAO en tête, les chiffrent à 25-30 milliards de dollars par an, pour une période 4 de cinq ans. Les flux de capitaux privés nets sont passés de 6,3 milliards de dollars en moyenne de 1998-2000 à 30 milliards de dollars en 2007. Le taux de croissance du PIB réel s’est situé entre 5 % et 6,7 % de 2002 à 2008. Ces flux ont décru de 28,5 % en 2008 et les estimations pour 2009 sont de 21 milliards de dollarsiii. Abstraction faite de l’épargne intérieure, il faudrait un accroissement sensible du montant annuel actuel des flux de capitaux au cours des dix prochaines années pour générer une croissance annuelle de 7%, seuil fixé dans les Objectifs du Millénaire du Développement des Nations Unies pour atteindre une amélioration sensible du niveau de vie de ses populations en Afrique d’ici 2015 . Pour réduire le déficit de ressources et attirer plus de ressources extérieures, les gouvernements africains devraient prendre les mesures ci-aprèsiv : Mesures visant à mobiliser les fonds nécessaires aux productifs. investissements En Afrique, trois voies s’offrent aux pays pour financer les investissements massifs requis pour accroitre la productivité agricole, développer les marchés et les échanges, moderniser et diversifier les appareils productifs, transformer l’agriculture de subsistance en une activité commerciale orientée vers le marché, passer de l’agriculture de subsistance à l’agriculture commerciale, améliorer les systèmes d’irrigation, adopter les techniques appropriées, introduire des variétés culturales à haut rendement, élargir et intégrer les marchés intérieurs et régionaux et leur ouverture au marché mondial. Il y a d’abord les emprunts sur les marchés des capitaux locaux, régionaux et internationaux pour lever les fonds. Vingt trois sont présentement opérationnelles sur le continent. Plusieurs pays ont désormais reçu des notations financières qui se sont révélées supérieures ou égales à celles de nations aussi industrialisées que la Turquie, le Brésil ou l’Argentine. La dette publique africaine qui soulève tant de débats, se monte à 300 milliards de dollars, soit seulement 0,6% de leur PIB contre 90% en moyenne pour les pays occidentaux et 8% pour l’Asie excepté le Japon dont la dette publique est équivalente à 140% de son PIB. C’est dire, l’étendue de la marge de manœuvre dont disposent les pays africains pour s’écarter de l’industrie de l’aide et privilégier la mobilisation de l’épargne intérieure et nationale dans les bourses nationales et régionales. Des Etats et des entreprises publiques et privées ont de plus en plus recours aux bourses pour lever des fonds d’investissement Les 23 bourses africaines existantes ne pèsent au total que 2% dans la capitalisation boursière mondiale. Mais, fusionnées en une seule, elles seraient au quinzième rang mondial. A elle seule, et avec son volume de 800 milliards de dollars, la bourse de Johannesburg pèse pour 75% du total africain et occupe le 19e rang mondial, s’imposant de facto comme une puissante locomotive de l’intégration financière africaine. En septembre 2007, le Gabon et le Ghana ont levé respectivement 1 milliard et 750 millions de dollars sur le marché des capitaux. Les bourses ont permis à des établissements comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI), la Sonatel ou la Bank of Africa (BOA) à émettre des emprunts en monnaies locales africaines. Ces opérations de mobilisation de 5 l’épargne interne ont été largement couronnées de succès. La tendance devrait se poursuivre et s’amplifier, surtout si l’on considère la solvabilité des pays de la région. La valeur financière des gisements africains de matières premières, connus à ce jour, s’élève à 46 200 milliards de dollars. Ce patrimoine gigantesque de ressources naturelles est capable d’assurer la solvabilité des pays africains bien au-delà de leurs besoins pour peu que leurs dirigeants fassent preuve d’une bonne gestion politique et économique dans leur valorisationv. La seconde voie consiste à structurer les transferts d’argent des migrants africains. Ces transferts représentent, avec l’aide publique au développement, les sources de financement les plus importantes dont disposent les pays d’Afrique pour développer leurs économies. Les informations recueillies auprès des consulats, des ministères concernés, des banques centrales ainsi que toutes les études conduites sur les transferts des migrants démontrent leur importance. Leurs montants annuels sont estimés entre 30 et 40 milliards de dollars pour l’Afrique. Selon la Banque Mondiale, ils sont passés de 3.113 millions de dollars en 1995 à 18.586 millions de dollars en 2007 pour les pays d’Afrique subsaharienne, représentant entre 9% et 24 % de leur PIB et entre 80 % et 750% de l’aide publique au développement dont ils sont bénéficiaires, faisant de facto, des migrants les premiers bailleurs de fonds de bon nombre de ces paysvi. Une part importante de ces transferts finance des dépenses d’alimentation, de santé et d’éducation des ménages bénéficiaires, ainsi que celles liées aux cérémonies religieuses et collectives. Cependant, les transferts réalisés à des fins d’acquisitions immobilières, de création d’entreprises et d’investissements productifs dans des projets individuels, familiaux ou de co-développement dans les pays d’origine représentent entre 25% et 60% des montants transférés et sont en progression constante. Malheureusement il n’existe aucune structure bancaire adéquate qui permette de convertir ces fonds en investissements productifs à moyen et long terme pour la création de valeur ajoutée, de richesses, d’emplois, de croissance économique et de développement. De nombreuses initiatives sont en cours pour mieux structurer ces transferts et en assurer une meilleure gestion. Parmi celles-ci figure le projet de création d’une banque d’investissement de la diaspora dont je suis le promoteur et qui a reçu l’aval d’institutions telles que la BOAD, la BEI et la SFI. La troisième consistera à faire fonctionner les solidarités régionales pour mettre sur pied une confédération des pays producteurs de matières premières. Les cours du pétrole, des métaux précieux et des matières premières se sont envolés depuis 2004. La hausse des cours est consécutive à la combinaison de trois circonstances. La première découle de la crise qui affecte les marchés des capitaux et les principales institutions financières du monde, des regains d’inflation, de la chute du dollar et de la faiblesse de l’économie américaine qui font du pétrole et des métaux précieux, tels que l’or et le platine, des valeurs refuges pour les investisseurs et les spéculateurs. La seconde provient de l’accroissement de la demande de pétrole et de matières premières des Asiatiques, particulièrement des Chinois. La troisième est consécutive à l’expansion des terres consacrée à la culture des biocarburants. Consécutivement à cette envolée des cours, c’est un pactole vertigineux que vont enregistrer certaines trésoreries africaines. Pour faire bon usage de leur pétrole et de leurs autres ressources tant convoitées, les pays africains doivent rompre avec la 6 division internationale du travail pour sortir du piège infernal dans lequel ils sont enfermés. Ils auraient tout intérêt à créer une Confédération panafricaine pour la gestion de leurs matières premières, bâtie sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et dont le pétrole serait la principale composante. Cet organisme dont les ressources proviendraient d’un prélèvement à la source sur les recettes d’exportation poursuivrait trois objectifs : – le premier contribuerait à réguler les cours des matières premières qui n’ont cessé de faire l’objet de spéculations, tantôt à la baisse, tantôt à la hausse tout au long de ces cinq dernières décennies ; le second consisterait à rompre avec le néolibéralisme prôné par les institutions de Bretton Wood ; le troisième serait de pourvoir les pays membres de l’Union Africaine des ressources financières nécessaires à la construction et au fonctionnement de leur unité économique, politique et monétaire, une entreprise coûteuse et de longue haleine. Un tel projet, d’envergure continentale, nécessiterait que l’UA commandite une étude de faisabilité pour examiner les questions juridiques et économiques liées à sa réalisation, ainsi que les mécanismes politiques nationaux et régionaux susceptibles de le promouvoir. Mesures visant à favoriser la croissance des exportations à court et moyen terme. La plupart des pays africains ont poursuivi des politiques d’exportation fondées sur leur avantage comparatif immuable, qui est caractérisé par des ressources naturelles abondantes et une main d’œuvre non qualifiée. Pourtant, la part de l’Afrique dans le commerce mondial des produits primaires a baissé, principalement à cause de pratiques agricoles inefficaces, de techniques de commercialisation qui laissent à désirer, d’infrastructures insuffisantes, de conflits civils et d’une concurrence accrue des nouveaux producteurs de produits primaires. S’il est vrai que des mesures urgentes doivent être prises pour renverser la tendance à la baisse des exportations traditionnelles de l’Afrique, il n’en demeure pas moins que des efforts devraient être faits pour s’engager dans des industries à forte intensité de ressources à plus forte valeur ajoutée. Les pays africains devraient poursuivre leurs efforts visant à améliorer leur avantage comparatif en ayant recours à des stratégies d’industrialisation fondées sur la diversification verticale pour s’engager dans la transformation des produits primaires. Ces stratégies favorisent les exportations de produits manufacturés à forte intensité de main-d’œuvre. Un obstacle majeur à ces stratégies demeure cependant une combinaison de mesures protectionnistes et de subventions dans les pays avancés. A titre d’exemple, les subsides à l’exportation, bénéficiant aux producteurs agricoles des pays de l’OCDE se sont montés en 2007 à 258 milliards de dollars en 2007. Mesures visant à adopter des taux de change réalistes Il est indispensable d’adopter une politique des taux de change propre à promouvoir les exportations pour permettre à l’Afrique de tirer parti de son avantage comparatif, étant donné que le taux de change joue un rôle crucial comme incitation à l’exportation. Tous les pays qui ont réussi à promouvoir l’exportation de produits manufacturés ont connu une dépréciation de leur taux de change réel, ce qui a entraîné une forte augmentation des prix intérieurs relatifs des produits marchands 7 par rapport aux produits non marchands. À cet égard, il faudrait éviter des parités irréalistes et l’instabilité du taux de change réel. Ce problème est particulièrement d’actualité dans les pays de la Zone Franc. En contrepartie de la rétention de 65% de leurs réserves de change sur un compte du Trésor public français, la France garantit la convertibilité et le libre transfert du franc CFA. Dans l’état actuel du développement des économies des pays de la Zone Franc, la norme, en matière de politique de change, devrait reposer sur l’inconvertibilité et l’intransférabilité du franc CFA. La politique de taux de change fixe adoptée par les pays de la Zone Franc est un autre cas d’aberration. Le franc CFA est arrimé à l’euro à un taux fixe alors que celui de l’euro est flottant et ne cesse de s’apprécier. L’appréciation de l’euro par rapport au dollar a été, depuis plusieurs années, préjudiciable aux économies des pays de la zone Franc. De janvier 1999 à mai 2008, l’euro est passé de 1,17 a` 1,59 dollar, ce qui signifie que le franc CFA, monnaie des économies jugées parmi les plus indigentes du monde, s’apprécie par rapport au billet vert. Il importe de rappeler que cette convertibilité si chèrement payée est restreinte à l’euro et que le libre transfert du franc CFA est restreint à la France. Ces pays, bien que disposant d’une monnaie commune, ne commercent pas entre eux, les francs CFA émis par les pays d’Afrique de l’ouest et ceux d’Afrique centrale ne sont même pas interchangeables. Les conséquences désastreuses de la politique de change adoptée par les dirigeants des pays de la Zone Franc se mesurent à un environnement économique impropre au développement. Leurs économies sont à la traine comparées à celles des autres régions du continent. Une mesure immédiate consisterait à mettre fin à la fuite des capitaux et aux distorsions liées à la surévaluation du taux de change en abrogeant dès à présent la convertibilité et le taux de change fixe du franc CFA. Mesures pour des politiques dynamiques d’intégration économique Les pays africains devraient activement chercher à conclure des accords commerciaux régionaux car la petite taille de leurs économies ne permet pas de réaliser les économies d’échelle nécessaires pour les rendre compétitives à l’échelle mondiale. L’intégration régionale ouvre la voie à un cadre d’échanges et d’investissement plus large, engendre des relations interindustrielles verticales, encourage l’investissement direct étranger et favorise la diversification des exportations vers les marchés régionaux et mondiaux. La stratégie d’ouverture régionale est primordiale car elle des réformes commerciales propres à améliorer les conditions de vie. C’est important car les initiatives d’intégration régionale n’ont eu que des résultats modestes en Afrique, essentiellement du fait d’insuffisances dans la mise en œuvre. Bref, le processus d’intégration en Afrique est indispensable non seulement pour que le continent soit compétitif à l’échelle internationale mais aussi comme un mécanisme permettant de diversifier les risques, d’atténuer les effets de crises dues aux incertitudes de l’environnement économique mondial et africain et de réduire la pauvreté en augmentant le revenu des ménages. 8 Mesures visant à freiner la fuite des capitaux Selon l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), chaque dollar qui entre dans la région génère une sortie de capitaux équivalente à 1,06 dollar dont 80 cents sont affectées au remboursement des dettes contractées par les pays de la région. Ces fuites de capitaux représentent des sommes considérables qui, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a été évaluée, depuis les années 1970 à 400 milliards de dollars : une hémorragie qui représente prés du double de la dette globale de l’Afrique qui était estimée à 230 milliards de dollars en 2005. Entre 1991 et 2004, la fuite des capitaux était, en moyenne, de 13 milliards de dollars chaque année, soit 7,6% du produit intérieur brut (PIB) annuel du continent. Il est vital de mettre en place des politiques de change et de renverser les mesures de dérégulation et de libéralisation qui sont à l’origine de la fuite des capitaux : le paiement des intérêts et de l’amortissement des dettes de l’APD; l’adjudication à des firmes étrangères de la quasi-totalité des contrats financés par ces dettes ; l’exemptions de droits de douane, de taxes et d’impôts dont jouissent les biens et services financés par les Institutions financières internationales ; la détérioration des termes de l’échange (le différentiel entre les prix des biens manufacturés importés par les pays de la région et ceux des matières premières exportées par ces mêmes pays) ; les opérations spéculatives ; le libre transfert des profits réalisés sur place ; les réserves de change bloquées sur des comptes à l’étranger ; la propension des élites à exiler leurs capitaux ; le détournements des recettes d’exportation, particulièrement celles du pétrole et les prébendes. Selon les estimations de la Banque Mondiale, entre 20 et 40 milliards de dollars placés sur des comptes en France, en Suisse, au Royaume-Uni ou dans différents paradis fiscaux proviennent des pots-de-vin payés à des dirigeants corrompus de pays pauvres, notamment ceux d’Afrique. Mesures visant à reformer l’aide publique au développement. Le récent G8 de L’Aquila a promis 20 milliards de dollars sur trois ans pour l’agriculture dans les pays en développement. Ceci demeure très insuffisant par rapport aux besoins estimés de l’agriculture dans les pays d’Afrique subsaharienne. Les agences des Nations Unies, la FAO en tête, chiffrent à 25-30 milliards de dollars par an, pour une période de cinq ans, les montants nécessaires à une revitalisation de l’agriculture dans cette seule région. En outre, une partie des sommes promises à L’Aquila avait déjà été programmée dans les budgets des gouvernements. Les promesses des sommets précédents n’ont pas toujours été tenues : à peine la moitié des 10 milliards promis au G8 précédent, tenu à Hokkaido en juillet 2008, ont été déboursés, et une proportion plus petite encore des montants promis lors du sommet mondial sur l’alimentation tenu à Rome en juin 2008 ont été libérés. En outre, ce qui importe, ce ne sont pas seulement les montants versés, mais aussi et surtout leur destination, c’est-à-dire le type de projet de développement qui sera soutenu et la contribution à des stratégies définies au plan national. L’ « aide » est une industrie de centaines de milliards de dollars employant des milliers de personnes. Elle est hautement rentable économiquement, financièrement et politiquement pour les institutions financières internationales et les pays donateurs. Elle maintient les pays d’Afrique noire sous perfusion. La plupart des dirigeants africains y souscrivent 9 d’autant plus volontiers qu’ils y trouvent matière à s’enrichir personnellement à travers les compromissions, les allégeances, la prévarication et la corruption inhérentes au fonctionnement d’un système d’exploitation aussi inique. L’aide est source de fuite des capitaux et de dépendance. Les bailleurs de fonds accumulent des revenus et des réserves, tandis que les débiteurs sont confrontés à un niveau insoutenable d’endettement et à une pauvreté croissante. Malgré l’importante place que joue l’aide dans la conduite de leurs affaires, les pays africains devraient s’affranchir graduellement des niveaux élevés actuels de l’APD nécessaires pour financer le développement économique et social. L’aide publique devra jouer un rôle de soudure en attendant que les investissements privés fournissent les ressources nécessaires et que les investissements publics puissent être réalisés par des financements à des conditions commerciales. Pour gagner en efficacité, l’aide devrait être affectée à des programmes de réduction de la pauvreté sous le contrôle effectif des pays récipiendaires et non éparpillée. Les partenaires extérieurs de l’Afrique devraient concentrer leurs interventions autour de secteurs stratégiques tels que les projets de réalisation d’infrastructures régionales : routes, chemins de fer et ports qui permettront de réduire le coût des affaires en Afrique en facilitant le commerce transfrontalier et en élargissant l’accès des biens au marché par le biais de concessions et de projets de construction-exploitationtransfert. Mesures visant à attirer l’investissement direct étranger et d’autres flux de capitaux privés. L’investissement direct étranger est la forme la plus importante des flux de capitaux destinés aux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire qui disposent de marchés de capitaux suffisamment développés. Il joue un rôle important en soutenant les investissements financés par des fonds propres, favorise les transferts de technologie et de compétence, accroît la productivité. L’Afrique doit tirer parti des capitaux étrangers pour atteindre les niveaux de productivité nécessaires pour relever les niveaux de vie. L’investissement direct étranger ne fournit dans l’immédiat que 5% de ressources extérieures nécessaires, mais l’objectif est de faire en sorte que les flux de capitaux privés représentent 70% des financements extérieurs nécessaires à moyen terme et 100% à long terme. Pour y parvenir, les pays doivent prendre des mesures concertées sur plusieurs plans, notamment améliorer les infrastructures, renforcer les systèmes bancaires, développer les marchés de capitaux en élargissant la base d’investisseurs locaux, mettre en place un cadre réglementaire approprié et un code d’investissement attractif, adopter des politiques du travail plus compétitives, créer et faire fonctionner des institutions de perfectionnement des ressources humaines, réformer le système judiciaire et juguler la corruption. Il importe que ces mesures soient appliquées de manière globale et non parcellaire. 10 Mesures visant à encourager une nouvelle architecture financière qui réponde aux problèmes de l’Afrique. Il est admis que les efforts entrepris actuellement pour concevoir une nouvelle architecture financière internationale ne tiennent pas suffisamment compte des difficultés particulières qu’éprouvent les marchés fragmentés africains à attirer des capitaux privés. Tout en reconnaissant la nécessité de réformer les institutions financières nationales et de rendre leurs opérations plus transparentes, il convient d’indiquer que toute réforme des institutions financières internationales devrait viser à mettre en place des règles plus équitables pour l’application d’un système réglementaire de gestion des flux de capitaux internationaux. Les pays africains devraient mieux faire entendre leur voix dans le fonctionnement d’une structure financière internationale plus transparente. La priorité pour eux est de faire en sorte que les nouvelles institutions financières favorisent des flux de capitaux efficaces des pays développés en direction des pays africains. En ce qui concerne le rôle futur du FMI, il convient d’appuyer le point de vue selon lequel le Fonds devrait limiter ses activités à trois fonctions: consentir des prêts à court terme aux pays touchés par des crises macroéconomiques, fournir des conseils par la concertation et recueillir des données macroéconomiques et des informations sur les marchés financiers. Mesures visant à réguler l’accaparement des terres : La synergie actuelle entre la crise alimentaire et la crise financière a déclenché un nouvel «accaparement des terres » au niveau mondial. D’un côté, il y a des gouvernements préoccupés par l’insécurité alimentaire qui recourent à des importations pour nourrir leurs populations s’emparent de vastes territoires agricoles à l’étranger pour assurer leur propre production alimentaire offshore. La Chine, l’Inde, le Japon, la Malaisie et la Corée du Sud en Asie ; l’Égypte et la Libye en Afrique ; et le Bahreïn, la Jordanie, le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Moyen-Orient sont à placer dans cette catégorievii. De l’autre, des sociétés agro-alimentaires et des investisseurs privés, affamés de profits dans un contexte d’aggravation de la crise financière, voient dans les investissements dans des terres agricoles à l’étranger une source de revenus importante et nouvelle. Des sociétés d’investissement qui gèrent les retraites des salariés, des fonds de capital investissement à la recherche d’une rotation rapide de l’argent, des fonds spéculatifs, des négociants de céréales se tournent vers le foncier, à la fois pour la production alimentaire, pour la culture des agro-carburants et pour s’assurer de nouvelles sources de profit. L’Afrique a besoin d’émettre des directives claires pour réguler et superviser ces acquisitions. Le secteur agricole a besoin d’investissements productifs pour se développer et servir de moteur de croissance au reste de l’économie. Toute acquisition générant création d’emplois et de revenus, transfert de technologies et 11 formation peut être classée comme investissement productif et donc encouragé. Les acquisitions qui ne répondent pas à ces critères relèvent d’opérations spéculatives et doivent être sérieusement encadrées juridiquement et régulées. Mesures visant au renforcement des droits fonciers La majorité de la population africaine vit de l’agriculture de subsistance. Pour accroitre leur productivité et leur revenu, les producteurs ont besoin de mobiliser du capital pour acquérir intrants, équipements et formation pour passer de l’agriculture de subsistance qu’elle pratique à une activité commercialement orientée. L’absence de titre de propriété sur les terres qu’ils cultivent réduit, entre autres, l’accès des agriculteurs à l’emprunt. Des reformes foncières sont donc nécessaires pour donner des titres de propriétés aux populations qui, aujourd’hui, tout en étant à la tête d’un capital immense, n’en tirent aucun avantage viii Promotion des pratiques agro-écologiques La crise alimentaire au confluent des problématiques de l’énergie, du climat, de la nutrition, de la réduction de la pauvreté et du développement économique rappelle l’urgence d’inventer des modalités de croissance plus durable. L’Afrique peut être une pionnière en matière d’agriculture d’agro-écologie qui permet de cultiver sans labour, de mieux gérer l’eau, de combattre l’érosion, d’assurer la restauration de la fertilité des sols et d’améliorer les rendements. La région est riche en énergie hydraulique avec des réserves estimées à des milliers de milliards de kilowatts/heure, représentent environ la moitié des réserves mondialesix. Mieux encore, quelle que soit l’ampleur des ressources hydroélectriques que recèle l’Afrique, elles sont négligeables comparées à celles qu’offre l’énergie solaire. Grâce à la technologie d’«énergie solaire concentrée», il suffirait de concentrer l’énergie solaire sur une superficie équivalente à 0,5% des déserts chauds, en l’occurrence celui du Sahara pour couvrir les besoins du monde en énergie. CONCLUSION Les efforts considérables à déployer sur le plan national ne seront payants que si le climat international est favorable. Il convient de s’attaquer aux causes structurelles de la faim et de la malnutrition et en général, du sous-développement, c’est-à-dire à la division internationale du travail qui verrouille les pays pauvres dans la production de matières premières et ne leur permet pas de grimper sur « l’échelle du développement », au système commercial qui favorise des relations inégalitaires entre Nord et Sud. Donner de l’argent n’est pas suffisant pour résoudre ce problème. 12 Partager la production et les technologies est une stratégie qui assure une plus grande pérennité. i Cf. : Jacques Diouf, « Les Afriques n° 90 du 24 au 30 septembre 2009 ». ii Cf. : Sécurité alimentaire en Afrique Sub-saharienne: Quelle Stratégie: quelle stratégie de réalisation par Niama Nango Dembélé http://www.google.com/search?q=tp://www.aec.msu.edu/fs2/africanhunger/securitealim entaire.pdf iii IMF, World economic outlook, 2009 iv Certaines de ces mesures ont été enoncées initialement dans le document de la Commission économique pour l’Afrique: ESPD/High Level/2000/1: Note directive sur le financement du développement en Afrique, Addis-Abeba (Ethiopie), 15-17 novembre 2000 v David Beylard, « L’arnaque des juniors minières en Afrique », Les Afriques, 28 mai 2009. Consultable à l’adresse suivante : www.lesafriques.com vi Banque africaine de Développement (2008) « Les transferts de fonds des migrants, un enjeu de développement » http://www.afdb.org/fr/documents/publications/migrant-remittances-a-developmentchallenge/ Bulletin de la Banque de France • N° 173 • Mai-juin 2008 Les transferts de revenus des migrants : quel impact sur le développement économique et financier des pays d’Afrique subsaharienne ? http://www.banque-france.fr/fr/publications/telechar/bulletin/etu173_4.pdf Banque mondiale (2006) “Economic implications of remittances and migration” http://econ.worldbank.org/external/default/main?pagePK=64165259&theSitePK=469372 &piPK=64165421&menuPK=64166322&entityID=000112742_20051114174928 DFID (2006) “Sending money home: a survey of remittance products and services in the United Kingdom” http://www.eldis.org/go/topics/resource-guides/migration/key-issues/migrantremittances/sending-remittances-home&id=18653&type=Document OCDE (2005) Objectif développement Migrations, transferts de fonds et développement http://www.oecd.org/document/0/0,,fr_2649_33729_35756992_1_1_1_1,00 vii Voir GRAIN, « Making a killing from hunger» (« Crise alimentaire : le commerce de la faim»), Against the grain, avril 2008, http://www.grain.org/articles/?id=39. viii Le mystère du capital - Pourquoi le capitalisme triomphe en Occident et échoue partout ailleurs, Hernando de Soto, Flammarion, 2007. ix Cf. : Cheikh Anta Diop, Les Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire, Paris, Présence africaine, réédité en 2008 13