RAMBO : FIRST BLOOD - Les Cinémas du Grütli

Transcription

RAMBO : FIRST BLOOD - Les Cinémas du Grütli
RAMBO : FIRST BLOOD
En copie restaurée
dès le
29 juillet 2015
www.cinemas-du-grutli.ch
2015 - n°52
Titre original
Réalisation Scénario
Image
Musique
Avec
First Blood
Ted Kotcheff
David Kozoll
William Sackheim
Sylvester Stallone
d’après Rambo de David Morrell
Andrew Laszlo
Yuriy Klimenko
Jerry Goldsmith
Sylvester Stallone
Richard Crenna
Brian Dennehy
David Caruso
Jack Starrett
RAMBO : FIRST BLOOD
Etats-Unis - 1982 - vost - 97’
John Rambo est un héros de la Guerre du Vietnam errant de ville en ville à la
recherche de ses anciens compagnons d’armes.
Alors qu’il s’apprête à traverser une petite ville pour s’y restaurer, le Shérif Will
Teasle l’arrête pour vagabondage. Emprisonné et maltraité par des policiers abusifs,
Rambo devient fou furieux et s’enfuit dans les bois après avoir blessé de nombreux
agents.
Traqué comme une bête, l’ex-soldat est contraint de tuer un policier en légitime
défense. Dès lors, la police locale et la garde nationale déploient des moyens
considérables pour retrouver le fugitif. Le Colonel Trautman, son mentor, intervient
et essaie de dissuader les deux camps de s’entre-tuer pendant que Rambo, acculé
et blessé, rentre en guerre contre les autorités.
Voilà une ressortie assez réjouissante. Elle
offre l’occasion de redécouvrir l’efficacité
mais aussi la lucidité implacable d’un film
qu’on a pris l’habitude de survoler depuis
sa sortie en 1982, en citant rapidement
le contexte qui le sous-tend (l’amertume
de la guerre perdue au Vietnam), sous
le prétexte qu’il a engendré dans la
même décennie (sans l’avoir planifié
au départ) deux suites retentissantes
mais malheureuses qui en ont ignoré les
acquis originels. Occasion de redécouvrir
en quoi le titre original First Blood (qui
est aussi celui du roman de David Morrell
dont ce film est l’adaptation) est plus
pertinent que le titre international Rambo
qui s’est mieux propagé – tout comme
l’icône qu’est devenu le personnage
joué (ici impeccablement) par Sylvester
Stallone a fini par faire de l’ombre au
sujet du film, à ce qui l’habite vraiment.
Pourquoi First Blood ? Il vient d’une
phrase lancée par ledit Rambo pour
justifier ses actions : « They drew first
blood, not me ! » (grossièrement traduit : «
c’est eux qui ont commencé »). Il rappelle
que le film ne conte pas les faits d’armes
© 2015 Les Cinémas du Grütli
Rue du Général Dufour 16 | 1204 Genève
tél. +41 22 320 78 78 | www.cinemas-du-grutli.ch
d’un seul homme, mais d’une lutte entre
adversaires, une lutte jusqu’à tel point
qu’à un moment, se pose fatalement la
question de savoir à qui revient la faute
originelle.
Si Rambo marque autant, c’est aussi parce
qu’au-delà de sa brutalité on distingue
la figure d’un homme dont l’humanité
même est menacée, et pas seulement par
l’adversité. Alors que la chasse à l’homme
dont il est l’objet l’a ramené à l’état de
bête de guerre féroce, l’apparition d’un
colonel Trautman contant, sur un ton
assez théâtral, les faits d’armes de son
ancien subordonné, le désignant comme
le prédateur et ses poursuivants comme
ses proies (et se heurtant au grand
mépris de Teasle), vient à point nommé
élever la bête à l’état de légende, celle
du guerrier ultime voué non pas à flatter
le bellicisme mais à hanter les pires
cauchemars. À travers ce double prisme
(la figure de Rambo puis le portrait qu’en
fait Trautman), c’est la guerre du Vietnam
qui s’officialise comme le croquemitaine
de l’Amérique profonde, mais à ce stade
(et c’est là son ambivalence), le film ne
Salle
associée de la
Salle associée de la
tranche pas pour signifier s’il convient d’en
avoir peur ou de jouir du spectacle de la
chasse. En revanche, il prend clairement
le parti d’un Rambo humain, en tout cas
qui retrouve un comportement humain à
la fin pour renvoyer à la face de Trautman
le revers de la posture militaire que
l’officier manifeste pour le calmer. C’est
un attachement semblable qui pousse
Kotcheff et Stallone à quelques infidélités
à la noirceur du roman de David Morrell,
en particulier à sa fin où Rambo est tué
par Trautman (ce qui aurait, ironiquement,
sans doute coupé court à toute idée de
suite). Cette conclusion-là, c’est Stallone
lui-même qui l’a rejetée. Mais c’est aussi
lui qui s’en souviendra, en l’insérant dans
une scène de cauchemar de John Rambo,
excellente troisième suite de Rambo qu’il
a lui-même réalisée en 2008, rédemption
inespérée du personnage, et renvoi
adéquat à l’absence de concessions
originelle face à la nature de sa propre
catharsis.
Benoît Smith, Critikat.com