Lire la Bible, pourquoi et pour quoi faire ?

Transcription

Lire la Bible, pourquoi et pour quoi faire ?
 SAMEDI 12 NOVEMBRE
SUITE DE PREDICATIONS :
REFORME ? ET ALORS !
AUJOURD’HUI :
Lire la Bible, pourquoi et pour quoi faire ?
PRIERE
Nous ouvrons le Livre, comme jadis Moïse s’approchait du buisson
ardent, avec crainte et déférence.
Et nous nous interrogeons : es-tu caché entre les lettres et les lignes
de l’ouvrage ?
Et tu nous réponds : je ne suis pas dans la lettre inerte, mais dans la
Parole ardente lorsqu’elle est animée par la flamme de l’Esprit.
Je suis dans la Parole qui t’interpelle, et qui t’appelle. Je suis dans la
Parole qui te met en marche.
Alors nous t’en prions : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! ».
Amen
JEREMIE 8,4-7
1 4
Tu leur diras : Ainsi parle le SEIGNEUR : Celui qui tombe, ne se
redresse-t-il pas ?
Celui qui se détourne, ne revient-il pas ?
5
Pourquoi alors ce peuple, Jérusalem, se détourne-t-il
en prolongeant indéfiniment son apostasie ?
Ils tiennent ferme à leurs illusions,
ils refusent de revenir.
6
J’ai écouté attentivement :
leurs propos sont inconsistants.
Pas un ne renonce à sa méchanceté
en disant : « Qu’ai-je donc fait ! »
Chacun se détourne à sa guise,
tel un cheval emballé dans la bataille.
7
Même la cigogne dans les airs
connaît le temps de ses migrations.
La tourterelle, l’hirondelle et la grive
ne manquent pas le moment du retour.
Mais mon peuple ne tient pas compte
de l’ordre établi par le SEIGNEUR.
ACTES DES APÔTRES 17,22-23
22
Debout au milieu de l’Aréopage, Paul prit la parole :
« Athéniens, je vous considère à tous égards comme des hommes
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presque trop religieux. Quand je parcours vos rues, mon regard
se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j’ai
découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : “Au
dieu inconnu”. Ce que vous vénérez ainsi sans le connaître, c’est
ce que je viens, moi, vous annoncer.
LUC 4,16-24
16
Il vint à Nazara où il avait été élevé. Il entra suivant sa coutume
le jour du sabbat dans la synagogue, et il se leva pour faire la
lecture. 17On lui donna le livre du prophète Esaïe, et en le
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déroulant il trouva le passage où il était écrit : L’Esprit du
Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour
annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles
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le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer
une année d’accueil par le Seigneur.
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Il roula le livre, le rendit au servant et s’assit ; tous dans la
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synagogue avaient les yeux fixés sur lui. Alors il commença à
leur dire : « Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous
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qui l’entendez. » Tous lui rendaient témoignage ; ils
s’étonnaient du message de la grâce qui sortait de sa bouche, et
ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 23 Alors il leur
dit : « Sûrement vous allez me citer ce dicton : “Médecin, guéristoi toi-même.” Nous avons appris tout ce qui s’est passé à
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Capharnaüm, fais-en donc autant ici dans ta patrie. » Et il
ajouta : « Oui, je vous le déclare, aucun prophète ne trouve
accueil dans sa patrie.
3 En parcourant les rues d’Athènes, Paul tombe des nues.
Il y découvre de nombreux temples et autels dédiés à de multiples
dieux.
L’apôtre juge même cette profusion excessive et estime que les
Athéniens sont trop religieux.
L’Empire romain a toujours été très tolérant sur la question
religieuse.
De ses campagnes militaires, l’empereur et ses armées ont
souvent ramené avec eux des dieux étrangers qui sont venus
s’ajouter au Panthéon romain.
Le Panthéon romain, c’est un millefeuille de dieux !
Sans compter que, dans l’Empire, la libre circulation des
personnes et des marchandises impliquait aussi la libre circulation
des dieux.
Autant le dire, les Romains n’étaient plus à un dieu près.
De fait, l’hyper religiosité que signale Paul s’apparente à une
forme de superstition.
Avec autant de dieux, la pratique religieuse ne pouvait être que
superficielle et formelle.
Ici – en passant –, on déposait une offrande sur un autel.
Là, on consultait un oracle, vite fait bien fait.
4 On honorait – ainsi - les dieux de loin.
Et de temps en temps, on en changeait aussi.
Il fallait surtout éviter de laisser un dieu sur le carreau.
Délaisser un dieu, c’était courir le risque de s’attirer ses foudres.
Dans ce paysage religieux surchargé, Paul découvre même un
étrange autel dédié au dieu inconnu; c’est authentique, l’autel est
attesté dans la littérature grecque.
Consacrer un autel au dieu inconnu relève du fameux
principe de précaution; on ne sait jamais ! Des fois qu’un dieu
aurait échappé à notre
vigilance.
Le dieu inconnu, c’est commode, car il inclut tous les dieux.
En lisant ce passage des Actes des Apôtres, je me suis interrogé
de savoir ce que dirait Paul s’il se promenait dans les rues de nos
villes, aujourd’hui ?
Nos sociétés occidentales sont sécularisées.
Elles aiment à se proclamer émancipées de la tutelle des dieux et
des religions.
Seules des églises, des temples et des Cathédrales, ici ou là,
rappellent un Dieu dont beaucoup pensent qu’il a fait son temps.
5 Mais attention, un dieu peut en cacher un autre.
Et à y regarder de plus près, notre société paraît toujours et
encore profondément religieuse.
Vénérant même de nombreux dieux.
Parmi eux, on ne s’étonnera pas de retrouver l’antique dieu
Mammon, qui a toujours la cote et qui tient le haut du pavé.
Ces adorateurs exhibent volontiers des signes ostentatoires de
richesse et de consommation.
Mais il n’est pas le seul.
D’autres dieux sont venus s’ajouter à notre panthéon.
Il y a le dieu « chiffre ».
Ce dieu tyrannique qui mène le monde et qui est partout.
Dans le CAC40, le SMI comme à Wall Street.
Dans l’« audimat ».
Pour le dieu «chiffre», on est prêt à tous les sacrifices.
Et puis, il y a le dieu « performance » ; le dieu « apparence », le
dieu « immédiateté », le dieu « bien-être », et le dieu « égo »,
« moi-je ».
Ces dieux-là sont conquérants, hégémoniques et mondialisés.
6 À l’insu de notre plein gré, nous en sommes devenus les
disciples zélés et fervents.
Lire la Bible, ce n’est pas faire de l’histoire.
Le récit de Paul à Athènes, ne me projette pas seulement dans le
Passé, mais il me ramène surtout à l’aujourd’hui; à l’ici et au
maintenant.
Quelques versets, quelques mots suffisent pour que je me
découvre fait du même bois que ces Athéniens trop religieux.
Car comme les ruelles et les places d’Athènes, je comprends vite
que
les méandres de mon esprit et de mon inconscient sont peuplés de
dieux.
Des dieux de pacotilles; des faux dieux et même des dieux
inconnus.
Les dieux d’Athènes, comme ceux de mon panthéon intérieur,
sont de dieux qu’il faut satisfaire.
Servir et séduire, choyer et «chouchouter» pour s’assurer de leur
bienveillance.
Les dieux d’Athènes, comme ceux de mon panthéon intérieur,
sont des dieux avec lesquels je dois sans cesse commercer,
marchander pour espérer un retour sur investissement; un
7 bénéfice, un profit, un avantage.
Dans le protestantisme, et puisque c’est la question du jour, on
aime à dire qu’il faut lire les Écritures avec un esprit critique. Et
c’est vrai.
Mais il faut alors ajouter que lire la Bible m’oblige à une lecture
critique de ma vie, de ma foi et de mes choix de vie.
À propos de choix de vie, les premiers chrétiens refuseront de
prêter
allégeance à ces dieux de négoce.
On les accusera alors d’être des athées, de troubler
l’ordre public et on les persécutera sans merci.
Lorsqu’il se promène à Athènes, Paul n’est pas « sans Dieu ».
Il a rejoint la ville pour témoigner du Dieu qui l’habite.
Et alors qu’il s’apprêtait à le faire, Paul est interrompu et poliment
remercié ; en d’autres termes, on lui coupe la Parole.
S’ils l’avaient laissé témoigner, les Athéniens auraient entendu
parler d’un étrange Dieu.
D’un Dieu radicalement différent de tous les dieux qu’ils
connaissaient jusqu’ici, de près ou de loin.
Ne faisons pas comme les Athéniens, ne coupons pas la Parole à
Paul.
8 Continuons à ouvrir la Bible.
Donnons la Parole, non seulement à Paul, mais à Marc, à
Matthieu, à Luc, à Jean et à tous ceux et celles qui un jour ont été
visités et bousculés par « l’Insoupçonné ».
« L’Insoupçonné », qui est l’autre nom de Dieu.
Contrairement aux dieux d’Athènes.
Contrairement aux dieux de mon panthéon intérieur.
Le Dieu de Paul, «l’Insoupçonné», n’a pas le sens du commerce,
mais pas du tout.
En commerce, le Dieu de Jésus-Christ, puisque c’est de lui qu’il
s’agit, est une «pive».
Et croyez-moi, un Dieu qui n’a pas le sens du commerce, ça ne
s’invente pas.
Si les Athéniens l’avaient laissé parler, Paul aurait dit combien le
Dieu de Jésus-Christ est amour, tout amour.
Rien n’est plus éloigné.
Rien n’est plus étranger au commerce que l’amour.
Aimer c’est prendre le risque le plus absolu qui soit.
Puisqu’aimer, c’est courir le risque de ne pas être aimé.
9 Quand je dis « je t’aime à quelqu’un », celui-ci peut me répondre
« moi
non plus !»
Et c’est ce risque-là que Dieu prend, de toute éternité.
C’est ce risque-là que Dieu prend en se faisant homme.
Il s’approche de chacun et nous dis : « je t’aime ».
Il s’approche du monde et lui dit : « Je t’aime », sans rien
attendre en retour.
Dieu aime, quitte à ce que l’homme, quitte à ce que le monde lui
réponde : « je ne t’aime pas ».
Le Dieu de Jésus-Christ court ce risque.
Et nous nous tenons devant lui, non pour en tirer je ne sais
quel profit, ni je ne sais quel bénéfice, mais parce que ce Dieu
nous donne par pure grâce, la seule et unique chose qui nous
tient en vie et qui nous tient debout et qui soutient le monde : «la
joie d’être
aimé».
Être humain, c’est être aimé, se savoir aimé.
Et je ne peux vivre sans être aimé.
Et je ne peux aimer sans avoir été d’abord aimé.
Sans être aimé et sans aimer, la vie perd son sens.
10 Elle devient absurde et la mort devient même un soulagement.
Je pourrais posséder tout l’or du monde, mais si je n’ai pas
l’amour, je ne suis rien.
Lire la Bible, c’est donner la Parole à tous ceux et celles qui –
avant nous - ont connu l’amour et qui y ont cru (1 Jean 4,16).
Ne nous lassons pas de leur donner la Parole.
Amen
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