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Décembre 2007
Une série d’analyses présentant les options pour une gestion et des politiques fondées sur les données probantes
Des services spécialisés itinérants pour
améliorer l’accès aux soins et l’état de
santé des collectivités isolées
Le problème : l’accès aux soins spécialisés
dans les régions rurales ou éloignées
Les collectivités rurales ou éloignées ont des besoins
en matière de santé souvent criantsi, mais l’accès aux
services de santé, notamment aux soins spécialisés, y est
très restreintii. C’est l’expression « la règle des soins inversement proportionnels » qui coiffe cette situation où la
disponibilité des soins médicaux est inversement proportionnelle aux besoins de la populationiii. Ainsi, bien que le
Canada rural occupe la majorité du territoire, soit 99,8 %,
et compte près de neuf millions d’habitants, à savoir près
de 20 % de la populationiv, seulement 16 % des médecins
de famille et 2 % des spécialistes y exercentv.
Dans les régions rurales, la charge de travail des médecins
de famille est lourdevi, d’autant que l’accès aux services
spécialisés est limité, voire absentvii. Le programme de
spécialistes itinérants ou la clinique d’extension des services
spécialisés peut contribuer à régler ce problèmeii,viii.
Le programme ou la clinique prévoit que des médecins
spécialistes, provenant d’hôpitaux ou de cabinets urbains,
se rendent à intervalles réguliers dans les milieux de première ligne en régions ruralesviii. Les services spécialisés
itinérants amélioreront certes l’accès aux soins spécialisés
et l’état de santé des patients tout en favorisant la collaboration entre les fournisseurs de services de première
ligne et les spécialistesviii.
Stratégie de changement
La clinique d’extension des services spécialisésviii, à savoir
la venue d’un spécialiste, ou d’un groupe de spécialistes,
dans une collectivité à une certaine fréquence, hebdomadaire, mensuelle ou annuelle, est un mode connu de
prestation des services. Le spécialiste peut rencontrer les
patients aux consultations externes où ils se rendent
habituellement pour consulter leur médecine traitant.
Par ailleurs, la clinique peut se trouver au service des
urgences ou des soins ambulatoires de l’hôpital local.
La clinique d’extension peut couvrir de nombreux domaines,
dont la chirurgie, la gynécologie et l’obstétrique, l’ophtalmologie
ou l’oncologieii. Quand les services sont offerts dans
une clinique médicale, l’horaire des consultations doit
être établi de concert avec le personnel de la clinique, et les
spécialistes itinérants ont à leur disposition du matériel
portatif, comme la lampe à fente en prévision de l’examen
ophtalmologique ou le colposcope utilisé à l’examen
gynécologiqueii. À l’hôpital, les spécialistes disposent du
matériel de l’établissement et l’horaire peut être établi en
collaboration avec le service d’administration. La clinique
d’extension des services dure quelques heures ou une
semaine selon les services offertsviii. Par exemple,
le chirurgien itinérant consacrera la moitié de sa journée
à la consultation et l’autre moitié aux interventions
chirurgicales au bloc opératoire.
Le modèle le plus courant décrit ici est celui des « consultations externes déplacées » en vertu duquel les spécialistes
dispensent, dans la mesure du possible, les mêmes services
de consultation, d’investigation et d’intervention que là
où ils exercent habituellementviii. Par ailleurs, les spécialistes et les fournisseurs de services de première ligne
peuvent profiter de ces visites pour accomplir des activités
complémentaires comme la formation du personnel et les
consultations avec les clients.
Que dit la recherche
Les données probantes issues d’une revue Cochrane
indiquent que les services spécialisés itinérants peuvent
accroître grandement l’accès aux soins spécialisésviii.
Quoique les études les plus solides aient été menées en
milieu urbain, dont des centres-villes, la recherche dans
des régions rurales désavantagées indique une accessibilité
accrue aux services de spécialistesii. Plus précisément,
les chercheurs concluent que les cliniques spécialisées
itinérantes améliorent l’offre de services de consultation et
d’intervention spécialisés sans donner lieu à une demande
accrue de soins hospitaliersii.
1565, avenue Carling, bureau 700, Ottawa (Ontario) K1Z 8R1
Tél. : 613-728-2238 * Téléc. : 613-728-3527
Données à l’appui
est préparé par le
personnel de la
Fondation canadienne
de la recherche sur
les services de santé
et publié uniquement
après avoir été revu
par des spécialistes sur
le sujet. La Fondation
est un organisme
indépendant, sans
but lucratif. Les
opinions et les intérêts
exprimés par les
personnes distribuant
ce document ne
représentent pas
forcément ceux
de la Fondation.
© FCRSS 2007
L’extension des services spécialisés peut également
favoriser l’amélioration de l’état de santé des patients
et de l’efficience dans l’utilisation des services offerts
par l’hôpital en diminuant les renvois et les investigations inutilesviii. Cela est particulièrement vrai lorsque les
spécialistes itinérants offrent des séminaires éducatifs,
ou collaborent avec les fournisseurs de services locaux à
la mise sur pied de tels séminairesviii-xiii. La collaboration et
la consultation entre fournisseurs de services favorisent la
communication, pour le plus grand bien des patientsviii. Les
services de consultation spécialisés en milieu de première
ligne ont d’autres avantages, notamment le contexte familier pour le patient et le risque de stigmatisation moindre,
et un contexte permettant aux fournisseurs de services de
se concentrer sur leurs tâchesviii.
Quant aux coûts, la recherche à l’échelle internationale
sur la prise en charge concertée de la dépression en milieu
urbain démontre que les services spécialisés itinérants
coûtent plus cher aux systèmes de santé que les soins
spécialisés usuels en milieu hospitalierxiv,xiv. En revanche,
d’autres études font ressortir que la venue d’un spécialiste
en région rurale permet à nombre de patients d’épargner
les frais et le temps de déplacementxvi. Au Canada, les coûts
de déplacement à des fins médicales sont assumés par le
système de santé de certaines provinces ou territoires. Il
n’en reste pas moins que, à d’autres endroits du pays, les
patients doivent couvrir eux-mêmes ces frais.
Références
Conclusion
Le problème de l’accès aux services de santé spécialisés
dans les régions rurales ou éloignées a tout de même
quelques solutions – qu’il s’agisse de la télémédecine
(vidéoconsultation interactive)xvii ou de l’élargissement
des fonctions du médecin de famille pour offrir des soins
spécialisésxviii-xx. Les services itinérants ont fait leurs preuves
dans l’amélioration de l’accès aux soins spécialisés dans
les régions rurales ou éloignées sans que les patients en
payent le prix comme, par exemple, les frais de déplacement.
Sans compter que le patient a le loisir d’être accompagné
d’un membre de sa famille ou d’un proche à son rendez-vous.
Pour en savoir plus sur l’amélioration de la qualité des
soins, veuillez consulter la page de la Fondation « Gestion
pour assurer la qualité et la sécurité » à l’adresse suivante :
www.chsrf.ca/research_themes/safety_f.php.
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