Être une Creative city ou une ville de qualité de vie

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Être une Creative city ou une ville de qualité de vie
Être une Creative city ou une ville de qualité de vie
On l’a vu, la notion de milieu innovateur [ou de district industriel, de système productif local] invite à ne
plus se pencher sur l’entreprise elle-même, sur les nouveaux produits ou procédés, les nouvelles technologies
mises en oeuvre, ou sur les nouveaux comportements, mais plutôt d’intégrer ces différents paramètres dans un
cadre territorial (Pecqueur, 2000). La ville moyenne peut aller plus loin encore, et élargir la notion de ressource
économique valorisable au territoire en son ensemble : accroître l’attractivité du territoire en s’appuyant sur
les ressources patrimoniales naturelles, historiques et socioculturelles peut générer de nouvelles formes de
développement local, propres à la ville moyenne.
Ici c’est plutôt « small is beautiful » : la qualité de vie est une innovation non directe pour attirer les
entreprises et les laisser créer la plus-value économique. L’innovation territoriale consiste alors en la production
d’un cadre idéal pour cette implantation, en la valorisation d’éléments non économiques qui constituent le
territoire lui-même.
ENCART n°1 : La compétitivité économique ne provient pas que de facteurs économiques. Les
indices de Florida.
« Concernant la compétitivité des villes, de nouvelles idées courent. Une fiscalité compétitive, des
loyers commerciaux bon marché et de bonnes infrastructures de transport…ne sont pas nécessairement la clé
du succès économique d’une ville. Une qualité de vie ainsi q’une population diversifiée et tolérante sont un
meilleur gage de réussite. C’est l’idée que défend Richard Florida, professeur à l’Université Carnegie Mellon
de Philadelphie. Auteur du livre The rise of the creative class (2002), il explique que les gens sont la vraie
source de la croissance économique.
Certes, il est important qu’une ville abrite des secteurs de pointe, comme la biotechnologie ou la
nanotechnologie, admet R. Florida. Mais il ajoute que les entreprises s’installent généralement dans les villes
où se trouvent les créateurs, de l’informaticien au musicien, en passant par l’architecte ou l’écrivain.
Et où retrouve-t-on cette masse critique ? Dans les villes qui font preuve de tolérance, d’ouverture
d’esprit, et qui offrent une bonne qualité de vie et une bonne gouvernance. (…)
R. Florida a d’ailleurs mis au point deux indices pour évaluer quelles sont les villes les plus susceptibles
d’attirer des cerveaux : l’indice bohémien, qui reflète la vigueur du milieu culturel, soit les activités grand
public et underground, et l’indice gai, qui évalue le nombre d’homosexuels dans une ville., ce nombre étant
considéré comme révélant la tolérance et le dynamisme d’une ville. »
In Benko G. et Bouinot J., 2003, Compétitivité et promotion des villes moyennes en Europe, in
Charbonneau F. et alii, Villes moyennes et mondialisation ; Renouvellement de l’analyse et des stratégies,
Trames, Montréal
« Le présupposé, c’est que l’innovation culturelle est un moteur de la croissance économique. Ses
références incontournables sont San Francisco et Barcelone. Sa légitimité est grande, parmi les classes
moyennes et aisées. Son extension en tant que mode de développement urbain est désormais mondiale ; en
France, la transformation de la ville de Nantes, autour du Lieu Unique, apparaît comme sa première réussite.
Mais sa politique se déploie sous le signe d’une profonde ambiguïté. » (Holmes, 2005)
Ainsi, dans le contexte de compétition interurbaine instaurée par la mondialisation de l’économie, le
rôle de l’espace a été réaffirmé (Soja, 1989) : la singularité des lieux et leur capacité à mobiliser et valoriser
leurs ressources et identités locales a acquis une importance renouvelée. La nécessité de « créer un climat
favorable aux entreprises » (Harvey, 1995), c’est-à-dire aux classes dirigeantes et salariées y travaillant, a
forcé les municipalités « à innover et à investir pour rendre leurs villes plus attractives en tant que centres de
consommation et de culture » (Harvey, 1995).
Cette nécessaire spécification qui dépasse la simple spécialisation économique s’opère via la constitution
d’une identité singulière (Bautès, 2004), processus de singularisation couramment porté et développé par les
pouvoirs publics locaux. La culture au sens large constitue dans ce contexte une plus-value économique pour
les municipalités et l’occasion de la (re)construction d’une image territoriale valorisée, support concret et
symbolique du développement d’activités économiques locales, souvent à fondement touristique (Teisserenc,
1997 ; Boure et Lefebvre, 2000, Bautès & Valette, 2004).
La juxtaposition d’un éventail exhaustif d’activités dites culturelles peut ainsi être un « toolkit » pour le
développement territorial (Landry, 2000).
La production publique ou privée de parcs de science et technologie, pépinières d’entreprises, pôles
d’innovation, tout autant que celle de biens culturels immobiles - complexes touristiques, enceintes culturelles
urbaines, événements culturels temporaires et cycliques (Leriche & Scott, 2005) – est devenue presque
banale aujourd’hui,. « Beaucoup de collectivités locales (…) commencent à s’intéresser à cette possibilité,
même dans des situations où la géographie et l’histoire du lieu paraissent être préalablement hostiles à un tel
développement. » (Leriche & Scott, 2005). Le succès de projets urbains d’envergure valorisant la ville en
son ensemble, tels les waterfront de Barcelone, Chicago, Sydney, les centre-villes réhabilités de tant de villes
occidentales, incite à l’imitation et à la reproduction.
Deux risques hors le caractère normatif d’une telle démarche. D’une part, l’image et l’esthétique
territoriales construites sur la base d’une valorisation de la culture, de l’innovation, et de la technologie peuvent
être bancales si elles ne sont fondées sur une politique cohérente de développement urbain. En outre, ce modèle
esthétique de la ville contemporaine labellisée « qualité de vie » et « développement durable » s’adresse en
priorité aux classes moyennes aisées, qui ont la possibilité de « vivre et travailler dans le parc » (Holmes,
2005), au cœur des « landscapes of power » décrits par Sharon Zukin (Zukin, 1993). Le modèle de Florida
qui minimise toute dimension politique est clairement contestable à ce titre là : les dynamiques de valorisation
des territoires sont ici productrices d’une énième ségrégation sociale urbaine.
Et puis, jusqu’où la compétitivité croît-elle sans affecter la qualité de vie ? Où réside ce seuil problématique
où croissance de la compétitivité et baisse de la qualité de vie se rencontrent ? Autrement dit, ou traduit
en termes de gestion urbaine, quel est le seuil d’investissement nécessaire et suffisant pour accueillir des
entreprises et les populations hautement qualifiées qui les accompagnent ? Jusqu’où faut-il croître ?
La ville moyenne doit sans doute abandonner l’idée d’une croissance intensive. Miser sur la qualité
de vie peut alors être une solution médiane intéressante, dans l’objectif d’attirer populations, entreprises et
investisseurs, et donc, de croître encore…
Prolongeons ce paradoxe et filons la métaphore, très en vogue actuellement chez certaines franges de la
population, de la décroissance économique. La ville moyenne offre, dit-on, une qualité de vie qui constitue sa
plus-value principale. Cette qualité de vie est intimement liée à sa compétitivité économique stricte relativement
limitée.
Innover, ce pourrait être alors renverser la problématique. Innover radicalement ce serait donc miser
sur la qualité de vie, sur la croissance limitée, sur l’attractivité maîtrisée. Ce sont alors les métropoles qui
devraient prendre exemple sur les villes moyennes, pour accroître leur qualité de vie, ce que certaines font,
d’ailleurs. La seule variable objective étant l’emploi, elle servirait de guide aux politiques publiques pour la
définition de ce seuil de trop de croissance, de pas assez de qualité de vie…
Ressources en ligne
Des exemples :
- le réseau des villes créatives au Canada :
http://creativecity.ca
- le Cultural Plan de la ville de Toronto :http://www.toronto.ca/culture/cultureplan.htm et
http://www.toronto.ca/culture/pdf/culture-plan-Progress-Reportpdf.pdf
- Une critique du modèle de la ville créative :
http://www.urbanisme.fr/numero/344/Dos/focus.html