Compte-rendu de la table ronde du 22 novembre 2016

Transcription

Compte-rendu de la table ronde du 22 novembre 2016
Direction Régionale de
l'Alimentation, de l'Agriculture et de
la Forêt Occitanie
PRÉFET DE LA REGION OCCITANIE
Toulouse, le
Table ronde de bassin laitier Sud-Ouest
Relevé d’idées de la réunion
du 22 novembre 2016 en
préfecture d’Occitanie
Étaient présents : liste des participants jointe en annexe.
M. Pascal Mailhos, préfet de la région Occitanie, préfet coordonnateur du bassin laitier Sud-Ouest, préside
cette table ronde, en présence de M. Vincent Labarthe, vice-président de la région Occitanie.
Organisée à la demande du comité du bassin laitier du Sud-Ouest, cette table ronde a pour objectif de réunir
tous les acteurs de la filière lait du bassin (représentants professionnels de la filière : producteurs,
transformateurs, distributeurs, consommateurs, organismes d’appui,…) afin de mener une réflexion
structurelle sur la filière et lui donner de nouvelles perspectives.
En introduction, M. le Préfet rappelle d’une part, le rôle important joué par le secteur laitier dans l'économie
du Sud-Ouest et dans l'aménagement du territoire, et, d’autre part, l’engagement du gouvernement français,
au sein de l'Union européenne, pour que soient mises en place des mesures conjoncturelles permettant
d'atténuer les effets de la crise sur la filière bovin-lait.
Il insiste également sur le besoin de définir ensemble les pistes d’action à caractère structurel, notamment
pour mieux valoriser les produits du bassin et mieux répondre à la demande sociétale qui évolue.
Les représentants nationaux de FranceAgriMer, Messieurs André Barlier et Yves Trégaro, interviennent pour
présenter la situation internationale du marché du lait, l’évolution de la production nationale et les spécificités
du bassin laitier Sud-Ouest (présentation en annexe).
Le déclin structurel de l’effectif de producteur laitiers dans le Sud-Ouest est préoccupant. Une prise de
conscience et des mesures significatives sont à définir pour accroître la valeur ajoutée de la production et
renforcer la compétitivité de la filière.
Un premier échange permet de mettre en évidence les remarques suivantes :
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sur l’installation des jeunes : malgré la baisse importante du nombre de producteurs sur les 20
dernières années, et les difficultés conjoncturelles de 2016, la filière attire encore des jeunes,
sur la création de valeur ajoutée : importants investissements réalisés par les entreprises de
transformation laitière implantées dans le bassin. Au cours de ces dernières années, pas de perte
d’entreprises mais au contraire installation de nouvelles petites entreprises.
Pour illustrer cela, une diapositive présentant les investissements faits par les entreprises de
transformation depuis 2012 est commentée par Cilaisud.
Les différents acteurs font part de leurs propositions pour donner des perspectives à la filière.
Trois thèmes ont ainsi été traités :
1. Le marché et les voies de création de valeur ajoutée :
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Intervention de la représentante de CISALI (Centre d’Innovation sur L’Alimentation) pour préciser
l’évolution des attentes des consommateurs (présentation en annexe).
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Qualité alimentaire au cœur des territoires, pour et avec les consommateurs...
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Le consommateur est pluriel et complexe. Le contexte général est une perte de
confiance globale (crise économique et scandales alimentaires) et les consommateurs
sont de plus en plus méfiants et deviennent « experts » (via internet) de leurs achats.
Pour 89 % des français, les choix d'aliments ont pour but de rester en bonne santé
(transparence, confiance, traçabilité). Les consommateurs veulent plus de local ou une
implantation locale. Pour eux, consommer local c'est consommer autrement. Les
consommateurs souhaitent redevenir acteur de leur alimentation (local, santé et
répartition de la valeur dans la filière).
Intervention du président de la FCD Midi-Pyrénées (Fédération du Commerce et de la
Distribution) :
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depuis quelques années, les 3 niveaux de la filière se rapprochent. Le consommateur
recherche des produits locaux, des caractères d’authenticité, de traçabilité et une
relation de confiance. Quelques exemples de réussite : le lait du consommateur chez
Carrefour, l’initiative du groupement Cant’Avey’Lot …. Les marques de distributeurs
remportent un succès car elles répondent au besoin de confiance du consommateur
(marque connue). Il insiste sur l’importance de la promotion des produits. La grande
distribution peut faire passer des messages dans les magasins notamment lors des
journées d’animation qui permettent d’accroître considérablement les ventes.
Un vrai travail en partenariat avec la profession est à construire sur la promotion des
produits en magasins.
Il attire l’attention sur l’explosion du marché des produits bio. Actuellement, les
importations sont nécessaires pour satisfaire la demande. Face à l’importance du
développement de l’agriculture biologique dans le bassin Sud-Ouest, il est urgent de
s’approprier ce marché.
Un travail doit être engagé pour permettre de réduire les importations et renforcer les parts
de marché des produits bio du bassin.
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Concernant la démarche « santé », les ventes de produits laitiers et essentiellement le
lait de vache, sont impactées par les effets négatifs de ces produits.
Des contre-communications positives en faveur du lait de vache sont à construire pour
améliorer l’image de ces produits.
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Intervention du vice-président de Restau’Co :
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il rappelle les caractéristiques de la restauration collective, un secteur qui nourrit toutes
les tranches d’âges de la société, dont 60 % des achats se font via les marchés publics,
le plus souvent les achats sont réalisés auprès de grossistes ou de centrales d’achats.
Il suggère la mise en place de formations à destinations des professionnels pour apprendre à
décrypter et à répondre aux appels d’offres.
Les consommateurs de la restauration collective sont de plus en plus exigeants: attentes
de produits frais, de proximité, de produits bio….
Pour permettre cet approvisionnement en produits frais, il propose de mettre en place un travail
pour regrouper des volumes par exemple avec le MIN de Toulouse.
En effet, une convention nationale de partenariat existe entre les MIN et l’association nationale
Restau’Co.
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Le débat sur ce premier thème permet de mettre en évidence les points suivants :
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Importance des marchés export qui constituent les principaux débouchés pour la filière ;
Importance de renforcer la différenciation du lait : lait pour le marché des produits sans OGM,
production issue de l’agriculture durable (prise en compte de critères sociaux,
environnementaux et économiques) ;
Des efforts de compétitivité sont nécessaires pour faire face aux producteurs de l’Europe du
Nord. L’authenticité des produits ne suffit plus pour répondre à l’attente des consommateurs
et pouvoir exporter (la France n’est pas le seul pays à proposer des produits de qualité) ;
Importance de prendre en compte la notion de qualité territoriale et de qualité
agroalimentaire ;
Au-delà de l’agriculture biologique, d’autres signes d’identification de la qualité et de l’origine
(SIQO) permettent de différencier les produits (Occitanie compte 250 SIQO / 1300 au niveau
européen). Importance de se démarquer d’avantage et d’encourager l’économie d’intrants
pour que les SIQO restent attractifs face aux produits issus de l’agriculture durable ;
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Le bassin doit permettre la meilleure adéquation du troupeau au terroir; ce critère peut être
utilisé pour démarquer les produits ;
Le renforcement de la seule compétitivité des entreprises est insuffisant à la pérennisation de
la filière ;
Importance d’aller à la rencontre des consommateurs et de les rassurer ;
Le consommateur est prêt à payer plus cher si le prix est transparent.
Il faut travailler la compétitivité mais aussi la plus-value locale.
2. Quels produits créateurs de valeur ajoutée? Quels besoins d'innovation dans les entreprises
du sud-ouest :
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Témoignage du président de la coopérative Jeune Montagne :
L’union de la coopérative traite 21 millions de litres de lait avec 130 salariés qui contribuent à la
vie du territoire.
La fin des quotas laitiers a fortement perturbé l’activité de la coopérative. Malgré la petite taille de
l’entreprise, le marché français ne permet pas d’absorber toute la production et elle doit s’orienter
vers l’exportation pour équilibrer son modèle économique.
Importance d’accompagner les entreprises à l’exportation
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Témoignage du représentant de Sodiaal :
Le groupe a investi sur plusieurs sites dans la région (sérum déminéralisé pour lait infantile à
Montauban, doublement de la chaîne de séchage de poudre de lait à Rodez, recherche et
innovation sur les yaourts à base de lait de brebis et de chèvre à Toulouse). La coopérative
exporte 60 % du lait hors de France.
Outre les travaux sur les produits transformés et la recherche et développement, la coopérative
travaille également sur le bilan carbone des producteurs, la production sans OGM et l’autonomie
alimentaire.
Importance de trouver des solutions pour développer l’autonomie en protéines des élevages
laitiers et d’expertiser les possibilités d’une alimentation sans OGM (filière soja notamment).
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Présentation de la Halle Technologique de l’école de Purpan :
L’école intervient par la formation et l’accompagnement dans la recherche. Une Halle
Technologique est au service des différents acteurs de la filière pour de la recherche et de
l’appui. Elle travaille notamment sur le développement de gammes de produits laitiers, sur la
formation à la transformation fromagère, sur la création de ferments.
L’école de Purpan propose d’accompagner la filière dans l’innovation et notamment de travailler
avec les professionnels sur un argumentaire pour mettre en avant les qualités intrinsèques du lait
afin de se démarquer et de trouver de la segmentation.
Le témoignage du groupement de producteurs Cant’Avey’Lot vient illustrer les contributions
possibles de cette structure. Ce groupement a travaillé sur la différenciation de son lait et mis en
œuvre une démarche active de promotion vers le consommateur. Il a bénéficié de l’appui de la
Halle de Purpan pour obtenir la garantie « Bleu Blanc Cœur ». Les travaux ont porté notamment
sur la recherche d’une qualité régulière du produit tout au long de l’année.
Avant de lancer le débat, M. le Préfet se félicite du niveau d’innovations de la région. Il souhaite que les
structures de formation et de recherche soient utilisées par les acteurs de la filière régionale. Il appelle à
mettre en relation les acteurs de l’agriculture/agroalimentaire avec ceux de l’innovation, du tourisme et du
patrimoine.
Proposition d’organiser un forum de rencontre entre les acteurs économiques et les organismes de
recherche et d’innovation.
Le débat sur ce second thème permet de mettre en évidence les points suivants :
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les outils de recherche régionaux sont insuffisamment connus des industriels ;
Importance de travailler la segmentation des produits et d’innover sur des critères de
différenciation ;
Il est très difficile pour les élevages de s’approvisionner en tourteau de soja non OGM. Nécessité
d’expertiser le bénéfice pour le bassin d’une alimentation des troupeaux sans OGM. Cependant,
dans le cadre du plan protéine régional, des travaux de recherche sur un soja non OGM sont en
cours. A noter que la seule entreprise française de semences de soja non OGM se trouve en
Occitanie . Les premiers résultats sont encourageants. Dans l’immédiat, le coût de production de
lait non OGM est supérieur à celui du lait conventionnel (qui importe des tourteaux de soja en
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partie OGM pour l'alimentation des vaches). Les travaux en cours devraient permettre de réduire
cet écart
Intérêt des industriels pour s’investir sur cette piste de différenciation et faire des efforts de
rémunération des producteurs qui alimentent sans OGM leur troupeau ;
Il est nécessaire que les entreprises mettent en avant la différenciation des produits.
3. Quels besoins d'adaptation pour les exploitations pour répondre aux attentes des industriels
et des consommateurs :
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Intervention du représentant du GIE élevage d’Occitanie :
Pour permettre aux producteurs de traverser la crise, une adaptation des exploitations est
indispensable.
Nécessité de réaliser une approche globale de l’exploitation laitière (et pas seulement de l’atelier
lait) pour dispenser un conseil global et adapté.
Un accompagnement technique et économique sur l’ensemble de l’exploitation est nécessaire.
Cet accompagnement doit notamment inclure la partie agronomique qui permettra avec la
production de protéines, d’améliorer, sur le long terme, la qualité des sols, des rendements….
S’adapter à la demande des consommateurs est indispensable : quel type de produits, quelle
valorisation, quel retour au producteur ?
Nécessité pour les transformateurs et les distributeurs de partager leur stratégie commerciale
avec le maillon production de la filière. Le GIE est prêt à travailler avec les transformateurs et les
industriels pour étudier de nouveaux produits et leur valorisation pour les producteurs.
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Intervention du représentant du GIE herbivores Nouvelle Aquitaine :
Il insiste sur le besoin d’accompagnement des exploitations et la problématique actuelle des
marchés qui pénalisent les producteurs.
Le débat sur ce troisième thème permet de mettre en évidence les points suivants :
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Trop de normes françaises s’ajoutent aux normes européennes et faussent la concurrence ;
Importance de partir du coût de production pour déterminer le prix de vente ;
Pour réduire les coûts de production, des efforts sont à faire sur 2 postes : l’alimentation et la
mécanisation :
o Importance de développer des contractualisations entre les producteurs laitiers et les
céréaliers (production locale de soja notamment),
o Nécessité de renforcer l’appui technique pour aider les producteurs à, par exemple,
améliorer le travail du sol pour réduire les coûts de mécanisation ;
Suggestion de mettre en place une organisation régionale de l’appui technique, économique et
stratégique des élevages. La densité laitière sur certains territoires ne permet plus de disposer
d’experts. Proposition de mutualiser les compétences sur le territoire d’Occitanie ;
Importance de soutenir les conversions bio mais en renforçant l’adéquation des conversions avec
les attentes des marchés.
Témoignage de l’entreprise Biolait qui présente son activité : production, collecte et
commercialisation de lait Bio (pas de transformation). C’est le plus grand collecteur de lait bio en
France (800 exploitations en France). 15 % du lait est exporté. Sur la région, ce sont 50
exploitations qui sont collectées. Biolait privilégie les contrats équitables sur les 3 volets. Au
niveau des débouchés, aucun client ne dépasse 20 % de la production pour garantir
l’indépendance.
Le lait bio répond aux mêmes exigences de qualité chimique que le lait conventionnel mais avec
des techniques de production différentes. A partir de 2017, les producteurs qui livrent à Biolait
devront être en autonomie alimentaire ou s’approvisionner uniquement avec des aliments
d’origine française ;
Alerte sur l’insuffisance du nombre d’installations laitières ce qui aura un impact notamment sur
le coût de la collecte. La jeune génération est prête à se lancer dans des productions en
autonomie alimentaire et sans OGM qui permettent une rentabilité économique pour l’exploitant.
Un travail est à construire pour mettre en œuvre ce projet.
En conclusion :
Les débats constructifs ont permis de dégager des pistes de travail qui méritent d’être approfondies : lien
recherche- innovation -monde économique, SIQO, segmentation, restauration collective, export etc...
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M. le Préfet remercie les participants de la réunion. Si la progression démographique se poursuit, la région
Occitanie sera positionnée en 2022 au 3ème rang des régions françaises. C'est une opportunité pour les
marchés locaux mais ce mouvement doit être accompagné notamment à travers des efforts de R&D
(recherche et développement). Il appelle également à continuer la réflexion par le biais d’un groupe de travail
pour concrétiser sous forme de plan d’action les pistes évoquées sous le pilotage de l’interprofession
Cilaisud, avec l’appui des autres partenaires.
Une conférence de bassin laitier Sud-Ouest sera organisée d’ici la fin du premier semestre 2017 pour
faire un point sur l‘avancement des travaux.
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