Président et après - Blogs
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Président et après ? Les trajectoires : démissionner en cours de mandat, partir enseigner à l’étranger, devenir conseiller du Prince, faire le recteur d’académie, entrer en politique, présider un PRES, être mis en examen Président. Et après ? Que faire après avoir été président d’université ? L’augmentation significative de l’indemnité présidentielle prévue par le décret de juin 2010 (chronique : “La CPU. Mort annoncée ?“) change quelque peu la donne de l’après-mandat présidentiel. Comment éviter de perdre 3.000 euros environ par mois ? 3.000 euros, ce n’est pas rien. Le décret indemnitaire exacerbera-t-il la concurrence entre les présidents en fin de mandat ? Quelle bataille pour les “débouchés” disponibles pour les exprésidents ? Deux réactions de présidents aux chroniques de ce blog sur le devenir des présidents après leur mandat. Gilbert Béréziat, ancien président de Pierre et Marie Curie Paris 6, sur son blog : “Le président serait mis en position de détachement pendant la durée de son mandat, et les instances de l’université pourraient ultérieurement reconnaître son investissement en lui assurant, lors de sa réintégration à l’issue de son mandat, une promotion accélérée sur le contingent relevant de sa responsabilité”… “J’ai bien entendu les arguties corporatistes de ceux qui s’inquiètent pour l’avenir des présidents une fois leur mandat terminé, mais c’est un choix et s’ils sont bien payés pour leur fonction, je ne vois pas là matière à injustice à leur égard. Nul n’est obligé de s’investir ensuite dans des emplois étatiques, dans les cabinets ministériels, de chercher à devenir recteur ou d’aller à Bruxelles. Il n’y a aucune honte à retrouver, comme je l’ai fait, une autre position dans l’organigramme de son établissement”. Patrice Brun, président de Bordeaux 3, dans la chronique “Défense des présidents” : ”Le devenir des présidents à l’issue de leur charge est également maintes fois brocardé”… “Deux remarques. La première est d’ordre psychologique : lorsque l’on a développé un certain nombre de compétences que l’on n’avait pas au départ, on pense - légitimement ou non, peu importe - que l’on peut les exploiter et rendre des services dans un autre cadre que celui de l’enseignement et de la recherche. Après tout, il n’est pas indispensable d’être énarque pour porter le sens de l’intérêt public”… Deux exemples récents de débouchés post-présidentiels. Eric Martin, ancien président de l’université de Bretagne-Sud de 2005 à 2010, est devenu recteur de l’académie de Besançon (Eric Martin. Président puis recteur“). Olivier Audeoud, ancien président de l’université de Paris 10 Nanterre de 2003 à 2008, est devenu recteur de l’académie de Grenoble en mars 2010 (chronique à venir). Dans notre recherche sur les présidents d’université en France et les recteurs d’université en France et en Italie (enquêtes d’octobre 2003 à juillet 2004), nous avons identifié les “places” possibles en fin de mandat au travers d’une série d’exemples : places dans le champ académique, dans le champ politique, dans le champ économique, places au croisement de ces divers champs. Il est intéressant de remarquer ce que sont devenus aujourd’hui certains des présidents interviewés à l’époque ! Lire la partie 4.3 du chapitre 1 de l’ouvrage paru en 2006 chez Guerini Associati (Milano) “Il governo delle università : Presidenti e Rettori in Italia e in Francia“, en coopération avec Stefano Boffo et Roberto Moscati. Démission du Président Tant en France qu’en Italie, les Présidents et les Rettori ne peuvent faire l’objet, en cours de mandat, d’une motion de censure par les conseillers d’administration. Légalement, ils ne peuvent être obligés de démissionner même si les conseillers ne leur font plus confiance, s’opposent à leurs propositions. Les démissions sont donc rares. Le mandat d’un président peut cependant être interrompu avant son terme pour plusieurs raisons : raisons personnelles ou de santé, poursuites pénales, départ vers une autre fonction, conflits inextricables entre le président / recteur et son instance législative (CA). La recherche sur le gouvernement des universités en France et en Italie, conduite en 2003-2004, a fait le point sur les interruptions de mandat au cours des 10 années précédentes : cliquer ici. Les interruptions de mandat avant terme semblent devenues plus nombreuses au cours des deux dernières années. Démission donnée puis reprise à l’occasion de conflits sur la nomination des personnalités extérieures du CA. Démissions pour prendre une autre fonction (”Président Stéphan“, UTT), pour saisir une opportunité de nomination sur un poste de professeur à l’étranger (Président Christin, université Lumière Lyon 2, chronique à venir), pour des raisons personnelles (Président Antony, université du Littoral Côte d’Opale, chronique à venir). Et un oubli - un commentaire l’a rappelé au blogueur - : la démission de Guy Cousineau, université Paris 7 Denis Diderot : il n’était plus en “situation d’exercer ses fonctions selon ses convictions”. Plus inquiétant : l’université Lumière Lyon 2 a connu deux départs en cours de mandat : démission de Claude Journès en 2008, démission d’Olivier Christin en 2009 ; dans les deux cas, des conflits à répétition entre le Président et le conseil expliquent au moins une partie de la démission. La forte diminution du nombre de conseillers d’administration imposée par la loi LRU jouerait-elle un rôle dans la progression du nombre de démissions ? Lire la chronique : “Elire les Présidents“. Président Christin (27septembre 2009) Suite de la chronique : “Démission du Président“. L’université Lumière Lyon 2 a connu deux démissions de président en cours de mandat : Claude Journès élu en 2006 (succession de Gilbert Puech - chronique à venir) et démissionnaire en 2008 ; Olivier Christin, élu en juillet 2008 et démissionnaire en septembre 2009. Dans les deux cas, des tensions entre le président et le conseil expliquent au moins une partie de la démission. Ils ne l’expliquent pas totalement pour Olivier Christin : celui-ci va en effet prendre un poste de professeur à l’université de Neuchâtel (Suisse), à compter du 1er janvier 2010. Président pendant moins d’un an et demi ! Rumeurs et annonce de son départ sur Lyon Mag : cliquer ici et ici. Olivier Christin a été élu président de l’université dans le cadre de la loi LRU (élection par les seuls membres élus du conseil d’administration) : 14 voix en sa faveur contre 6 à son opposante, ClaudeIsabelle Brelot (2 votes blancs). La majorité est nette, mais 14 voix donnent-ils de la légitimité pour présider une université, pas particulièrement facile à gouverner ? Le président Christin, au moment de son élection en juillet 2008, pensait-il que sa carrière professionnelle se poursuivrait en Suisse ? Rien ne l’indique à cette date : il faut lire profession de foi de présidentiable et l’écouter et le voir à peine élu (regarder la vidéo du Progrès de Lyon). Son programme : gouverner démocratiquement ; lutter contre la précarité d’une partie des enseignants, des personnels administratifs et techniques, des étudiants ; faire de Lyon 2 une grande université des humanités et des lettres ; renforcer son rôle dans la ville ; lui donner sa place et toute sa place dans le PRES de Lyon et donc résister à la domination de Lyon 1, université scientifique. Il annonce que la cooptation des personnalités extérieures du CA sera consensuelle parce que plurielle. En fait, le blogueur est persuadé qu’Olivier Christin avait déjà d’autres ambitions que celle de faire un mandat complet ou deux mandats de président. Sa trajectoire professionnelle le prouve. La question est : quand a-t-il candidaté comme professeur à Neuchâtel (les recrutements internationaux demandent du temps) et pourquoi l’a-t-il fait alors qu’il était jeune président ? Qui est en fait Olivier Christin ? Il a aujourd’hui 48 ans (né en 1961) ; il fait partie de la nouvelle génération de jeunes présidents. On peut retracer son itinéraire à partir de son CV sur le site de Lyon 2. 20 ans : après le bac, élève de l’école normale supérieure de Saint-Cloud. 22 ans : agrégé d’histoire (1983). 28 ans (1989) : docteur en histoire moderne (”Iconoclasme et culte des images en France au XVIe siècle”). 29-31 ans (1990-1992) : maître de conférences à l’Université de Nancy. Premier départ à l’étranger (voir plus loin). 34 ans (en 1995, soit six ans après la soutenance du doctorat) : habilitation à diriger des recherches (”Les paix de Religion. L’autonomisation de la raison politique au XVIe siècle”). 35-36 ans (1996-1997) : maître de conférences à Lyon 2. Nommé professeur d’histoire moderne à Lyon 2 en 1997, à 36 ans. Carrière exceptionnellement rapide pour un historien. Carrière internationale. Elle commence dès 1992 à 31 ans : directeur adjoint de la Mission historique de Göttingen (1992-1996). Elle se poursuit à Francfort sur le Main (1999), à Brown de Providence (2001), à Genève et à Fribourg (2002 à 2004), au Warburg Institute à Londres (2004). Olivier Christin construit son réseau, prend des responsabilités dans les Sociétés d’Histoire et dans l’université, publie beaucoup (hélas pas sur les universités au 16ème siècle !) et devient “cumulant” (directeur d’études à l’EPHE depuis 2003). En 2008, peut-être Olivier Christin hésite-t-il : “vais-je faire le président ? me confronter à des conflits internes ? partir faire ma carrière à l’étranger ? une carte de visite de président peut-elle m’aider dans ma carrière ?”. C’est au cours de la quarantaine que bien des choix professionnels s’avèrent décisifs. Olivier Christin a choisi de partir faire le professeur en Suisse. Faut-il lui jeter la pierre ? Non ! Les professeurs en Suisse sont nettement plus payés que les professeurs en France (Honneur à la Suisse, ouverte aux professeurs étrangers). Le blogueur est cependant choqué : l’intérêt individuel prime aujourd’hui sur l’intérêt collectif (question de génération ?). Les universités sont “libres et responsables”. Leurs présidents sont libres et donc peuvent faire preuve de peu de responsabilité à l’égard de leur université. Le président Christin aura-t-il la décence de reverser l’indemnité de président qu’il a perçue durant le début de son mandat ? Ne serait-ce pas normal puisque le mandat n’a pas été mené à son terme ? Le blogueur en est certain : Olivier Christin soigne en effet son image (de nombreuses photos sur Internet). A suivre donc ! Faire le Recteur d’Académie (4 cas) Président Pollet (5 juillet 2009) Jean-Jacques Pollet, germaniste (CV et photo sur EducPros), a été le deuxième président de l’université d’Artois (le premier était Alain Lottin). Il est élu à cette fonction au début de l’année 2000 à l’âge de 51 ans ; seul candidat, il l’a emporté au premier tour par 100 voix pour et 19 abstentions ou bulletins blancs. Le blogueur l’a interviewé en avril 2004 : lire le compte-rendu de l’entretien. L’université existe alors depuis presque dix ans : la phase pionnière de la création est alors terminée ; il faut continuer à faire des investissements immobiliers, développer et faire labelliser des équipes de recherche. Présider une université répartie dans cinq villes demeure une affaire difficile. . Quelques mois avant la fin de son mandat, début 2005, Jean-Jacques Pollet est nommé, sous la présidence de Jacques Chirac, Recteur de l’académie de Rouen. En 2009, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il est, à 60 ans, nommé Recteur de l’académie de Metz-Nancy. Fort belle reconversion et longévité déjà importante dans la fonction de Recteur pour un ancien Président d’université, nommé par des gouvernements de “droite”. . Recteur à Rouen entre 2005 et 2009, Jean-Jacques Pollet a mis en oeuvre les politiques gouvernementales. Il est ainsi parvenu, aux fins de maîtriser la dépense publique, à supprimer 64 postes administratifs au sein du service déconcentré (le Rectorat) en créant des pôles de compétences et en évitant que la même question soit traitée par plusieurs services. Début 2009, il organise les consultations dans les lycées, en accompagnement de la mission de Richard Descoings. . Nommé recteur de l’Académie de Metz-Nancy en avril 2009, Jean-Jacques Pollet déclare à l’Est Républicain le 18 juin : “le bac est le premier diplôme universitaire, il mérite aujourd’hui encore plus que naguère cette fonction ; il n’est pas figé et pourra évoluer en fonction de la réforme du lycée… Le sujet majeur aujourd’hui, c’est l’orientation“. Le blogueur se permet d’être en fort désaccord avec le Recteur Pollet sur ces deux points. Le sujet majeur, ce n’est pas l’orientation, c’est la réforme du premier cycle de l’enseignement supérieur (”Créer 480 Lycées d’Enseignement Supérieur“). Président Marois (24 décembre 2009) William Marois vient d’être nommé recteur de l’Académie de Créteil. C’est plutôt une promotion par rapport à l’Académie de Bordeaux dans laquelle il était recteur depuis 5 ans : davantage d’établissements, d’élèves et d’enseignants et… un rapprochement de la capitale. La longévité du professeur Marois dans la fonction de recteur est incroyable : 17 ans sans interruption ! Mais qui est William Marois (CV sur EducPros, Biographie non consultée sur Who’s who in France ? - il faut payer 6 euros! -, aucune notice sur Wikipedia) ? Il est né en septembre 1956 à Orléans ; il a donc 53 ans. La carrière est exceptionnelle. Docteur en Sciences économiques à 23 ans (1979), maître assistant à 24 ans à Paris 1 (1980), professeur d’université à 25 ans (1981), nommé à Niamey (Niger), après l’obtention de l’agrégation. A 27 ans (1983), l’expatrié rentre en France comme professeur à Orléans. De 28 à 35 ans (1984 à 1991), il est directeur du Groupement de recherche du CNRS (GdRe 335) portant sur “monnaie et financement”. Ses travaux de recherche s’exercent dans ce champ : trois livres collectifs en vente sur le site de la FNAC, Politiques économiques (1998), Monnaie, taux d’intérêt et anticipations (1992), Déséquilibres en économie ouverte (1999). 1999, dix ans déjà et pas d’autres publications trouvées en ligne. Mais, c’est normal, William Marois prend de plus en plus de responsabilités. Il est élu Président de l’université d’Orléans en 1987, à l’âge de… 31 ans. Il le demeurera jusqu’en 1992. Je suppose qu’en tant que président de l’université il n’a guère enseigné. Il n’a donc enseigné que 5 années en France, en tant que maître-assistant puis professeur. En 1992 en effet, il est nommé une première fois Recteur d’académie à Nancy-Metz (ce n’est pas une petite académie) : à 36 ans. Après cinq ans en Lorraine, il est nommé Recteur à Rennes (19972000), puis à Montpellier (2000-2004), puis à Bordeaux (2004-2009), puis désormais à Créteil. 5 postes de recteur sans discontinuité. Du jamais vu ! Le poste de recteur est un poste politique : le recteur est en effet le représentant du ministre de l’Education nationale et il doit appliquer la politique définie par le gouvernement en matière d’éducation. De 1992 à 2009, William Marois a exercé ses fonctions sous 3 Présidents de la république, et je ne sais plus combien de Premiers ministres et de Ministres de l’Education nationale. William Marois a été nommé par la gauche et maintenu par la droite, puis remaintenu par la gauche… Cela est incroyable mais vrai. William Marois a fait parler de lui cette année car il a été en charge, avec Daniel Filâtre, de la commission de concertation sur la mastérisation de la formation des maîtres. En 1998, sous la gauche, il avait été responsable de la table ronde “enseignement professionnel”. Depuis mai 2007, il est président de la Commission nationale d’évaluation de la formation des maîtres. Qu’a préconisé William Marois dans son rapport sur la formation des maîtres de juillet 2009 (rapport distinct de celui de Daniel Filâtre) ? Le rapport préconise l’organisation des concours en début de M2 et 10 propositions, dont “inscrire la formation des enseignants dans le cadre de masters de disciplines avec des crédits de préprofessionnalisation en M1 (environ 30 à 40%) et de professionnalisation en M2 (environ 60%)”… “Articuler ces masters autout d’un “coeur de master” donnant aux étudiants un haut niveau scientifique dans un champ disciplinaire et en appui sur des centres de recherche reconnus”. Ces propositions sont reprises dans le projet de circulaire de la semaine dernière. Le problème, c’est que personne ne veut de ce master hybride, à la fois “master professionnel” et “master de recherche” (chronique : “35 à 3“). Que pense William Marois de ce rejet ? J’oubliais : les recteurs ont un devoir de réserve ! William Marois fera-t-il le recteur jusqu’à sa retraite ? Si oui, il devrait encore pouvoir compter sur deux postes (dont celui de Paris ?). Si non, que fera-t-il ? Je ne crois pas qu’il retournera faire le professeur d’économie à Orléans. Il serait sans doute alors nommé IGAENR. Toujours est-il que j’aimerais bien que quelqu’un m’explique sa longévité exceptionnelle et continue dans un poste de recteur, sous la droite et sous la gauche ! A-t-il un réseau puissant sur lequel il s’appuie et qui l’appuie ? Eric Martin, président puis recteur (21 août 2010) Eric Martin, recteur de l’académie de Besançon depuis mars 2010, a été décoré “chevalier de la légion d’honneur” le 14 juillet dernier. Un poste de recteur pour un ancien président d’université, ce n’est pas inhabituel. Mais, en novembre 2009, Eric Martin, encore président de l’université de Bretagne Sud (site de l’UBS), déclarait au Télégramme de Brest : “Quel est votre avenir ? Un départ vers un ministère ? Une autre université” ? “Un ministère, je n’ai pas cette prétention ! Une autre université… Je pense que la charge ne dépend que de la quantité de projets que l’on met sur le feu et pas de la taille de l’université. En tant que président sortant, j’ai droit à un an de congé sabbatique. Ce qui va me permettre de me ressourcer pour la recherche et mes cours. Et ensuite, je retrouverai ma paillasse. Entre nous, être chercheur est beaucoup plus gratifiant que n’importe quelle autre fonction” (quiz du 10 août). Evidemment, un président qui espère devenir recteur d’académie ne va pas le crier sur les toits ! Mais il ne dit pas dans ce cas que rien n’est plus gratifiant que la fonction de chercheur. Qui est Eric Martin ? Doit-il sa nomination comme recteur à ses affinités politiques et/ou à d’autres réseaux et/ou aux compétences, à l’efficience et à l’efficacité qu’il a démontrées comme président d’université ? CV sur EducPros, CV sur le site de l’université, CV sur le site de l’académie de Besançon. 1961, naissance à Quimper : René Martin est donc breton. 49 ans en 2010. Retraçons sa trajectoire. 1984 (23 ans) : élève de l’ENS Cachan, il obtient l’agrégation de génie électrique en 1984 (l’ENS Cachan est hégémonique pour les agrégations techniques : chronique “Agrégation en péril”). 1986 : thèse en électronique à Paris Sud ; agrégé docteur à 25 ans, pas mal du tout. Le profil professionnel s’affiche : celui des sciences de l’ingénieur. Trou dans le CV de 1986 à 1993. On sait seulement qu’il a participé à la création de l’école d’ingénieurs de Monastir en Tunisie. Est-il alors en coopération dans ce pays ? Il mène certainement des recherches puisqu’il est habilité à en diriger des recherches en traitement du signal. HdR à Rennes 1 en 1993, à 32 ans : une étoile filante en recherche. 1994. Eric Martin est nommé professeur à 33 ans (33 ans, c’est l’âge moyen aujourd’hui d’accès à un poste de maître de conférences). L’université de nomination : Bretagne Sud, qui sera officiellement créée en janvier 1995 sur deux sites, Lorient et Vannes. Eric Martin va y déployer une activité intensive et créatrice durant 15 ans. Ses recherches portent sur la “conception des systèmes électroniques dédiés”. Il publie en 1996 Ingénierie des systèmes à microprocesseurs (collection technique et scientifique des télécommunications, édition Masson). En 1998 (37 ans), il participe à la création de l’ENSSAT, école d’ingénieurs de Lannion (université de Rennes 1). Le temps des responsabilités commence dès la nomination comme professeur. Eric Martin n’est pas un homme qui fuit les responsabilités ; sans doute les recherche-t-il ! Ce n’est pas un défaut. Responsabilités internes à l’université, pédagogiques et de recherche. “Il crée et dirige durant dix ans le laboratoire de recherche LESTER, intégré en 2008 dans l’UMR Laboratoire des sciences et techniques de l’information, de la communication et de la connaissance” (Lab-STICC)… “Il créé et assure la direction de l’IUP Génie des systèmes industriels (GSI), du DESS Gestion et pilotage de la production de 1995 à 2000 ; ces formations sont intégrées en 2010 à l’ENSIBS. Il crée et dirige de 2000 à 2004 la première école doctorale pluridisciplinaire de l’Université de Bretagne Sud”. Pour sa part, “il a formé près de trente docteurs dont la moitié est actuellement recrutée en entreprises, l’autre ayant rejoint la recherche publique”. Ce n’est vraisemblablement pas de gaité de coeur qu’Eric Martin, président, devra accepter, dans le cadre du processus de fusion d’écoles doctorales, l’intégration de cette école dans quatre écoles coaccréditées avec les autres universités bretonnes. Insertion professionnelle des docteurs bretons ? Lire l’enquête du PRES. Responsabilités dites “administratives” au sein de l’université UBS. Dès 1995 (34 ans), “il a en charge le développement du secteur des sciences pour l’ingénieur”. Puis, “il assure, en 2003, la viceprésidence aux nouveaux apprentissages, domaine comprenant à la fois les technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE) et la formation tout au long de la vie”. Éric Martin, seul candidat en lice, est élu président de l’Université Bretagne Sud le 3 décembre 2004, par 80 voix sur 106 électeurs. Il prend la succession de Gilles Prado, premier président de l’université ; celui-ci est nommé recteur de Corse en 2006. Eric Martin a 43 ans ; c’est un fort jeune président. Son programme : développer la recherche (niches d’excellence et réseaux de recherche), la vie étudiante, ouvrir l’université à l’international et entreprendre une démarche qualité. La LRU l’obligeant, Eric Martin doit faire confirmer son mandat par le CA nouvellement élu : c’est chose faite en mars 2008. L’élection est moins “confortable” qu’en 2005 : 16 voix “pour”, 8 “contre” et 3 “blanc”. Après les élections du CA LRU, Eric Martin demeure l’élu des professeurs ; il n’est plus celui des maîtres de conférences (la liste qui le soutenait est battue dans ce collège). Est-ce ce demi-échec qui l’amènera à ne pas demander un renouvellement de son mandat au début 2010 ? Olivier Sire devient le 3ème président de l’université de Bretagne Sud. “Durant son mandat, Eric Martin a développé les partenariats avec les entreprises, les collectivités et les autres établissements de formation” (CV sur le site du rectorat). Premières années de mandat. En 2006, vote d’une motion d’opposition au Contrat première embauche. 2006 et 2007 : “Eric Martin est président du réseau des universités de l’ouest atlantique (RUOA) et des associations Ouest Recherche et Université de Bretagne, cette dernière ayant été préconfigurative” du PRES Université Européenne de Bretagne (UEB)”, créé dès mars 2007 ; il s’agit d’un PRES non fusionnel. Et aussi en 2007 : l’université expérimente le Dossier Diagnostic Universitaire, une orientation active avant la lettre. L’année 2009, dernière année du mandat et après le semi-échec de la confirmation à la présidence en 2008, est contrastée. Opposition au ministère : les 3 conseils votent en février une motion décidant de ne pas remonter au ministère les maquettes de masters “Education et formation” et une motion demandant le retrait du décret sur les enseignants-chercheurs. Soutien aux initiatives de la ministre : ouverture d’une Classe préparatoire économique et commerciale au sein de l’université (CPGE ouverte aux bacheliers professionnels), création de la Fondation universitaire de Bretagne Sud, rapport favorable de l’IGAENR qui permet le passage de l’université aux responsabilités et compétences élargies de la LRU au 1er janvier 2010. Responsabilités nationales enfin. Au sein de la Conférence des présidents d’université (CPU) tout d’abord : “Membre actif de la conférence des présidents d’universités (CPU), il a été élu à son conseil d’administration de 2006 à 2010. Il a piloté au nom de la CPU le comité de pilotage des systèmes d’informations et participé au S3IT, schéma stratégique des systèmes d’information et des télécommunications”. Par ailleurs, “Éric Martin est expert scientifique auprès de l’Agence de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (AERES) ; il a été président du comité de programme “architectures du futur” de l’agence nationale de la recherche (ANR)”. Les responsabilités nationales créent le réseau. En résumé. Une fort belle carrière professionnelle, des réalisations conséquentes en sciences de l’ingénieur, une montée cohérente vers la présidence de l’université grâce à de multiples initiatives pédagogiques et de recherche, grâce à la prise de responsabilités dans l’université. Mais quand même une bizarrerie dans la trajectoire : ne pas solliciter un second mandat alors qu’on a seulement 49 ans. En novembre 2009, quand il parlait de retourner à la paillasse de son labo, Eric Martin savait-il qu’il pourrait être nommé recteur ? Le souhaitait-il ? Avait-il des assurances de l’être ? L’ancien président de Bretagne Sud n’affiche pas d’affinités politiques (ou tout au moins, je n’en ai pas trouvées sur la toile). Mais parce que c’est un fonceur qui veut changer les choses, il a procuré du bon pain blanc à la droite. Il s’est en effet comporté en bon soldat pour la création du PRES, d’une Fondation, d’une classe prépa en université, pour le passage aux RCE… Etre toujours parmi les premiers. Valérie Pécresse doit l’apprécier et a dû apporter son soutien pour sa nomination dans l’académie de Franche-Comté. Eric Martin a accepté la nomination dans une terre fort lointaine de son Quimper natal. Son CV sur le site de l’université dit qu’il est marié et père de trois enfants. Comment sa famille apprécie-t-elle la vie à Besançon ? Que veut faire le recteur dans son académie ? Son programme me plaît bien, même si je sais qu’un recteur n’a aucune autonomie pour développer une politique personnelle. En voici quelques extraits sur le site du rectorat. “La réussite et l’accompagnement des élèves et des étudiants tout au long de leur cursus d’études est le but vers lequel doivent converger toutes les énergies”… “Assurer la réussite de tous et de chacun, c’est tout d’abord prendre fortement en compte les périodes de fragilisation des élèves. Je veux parler des périodes de transitions qui existent à chaque niveau de la scolarité : passage… du lycée et du lycée professionnel aux études supérieures ou au monde du travail”… “À tous les niveaux de la scolarité, jusqu’aux premiers pas dans l’enseignement supérieur se mettent en place des dispositifs d’aide personnalisée, en complément des enseignements obligatoires”… “Le temps des études, c’est aussi celui de l’ouverture culturelle, de la pratique du sport, de l’éducation à la santé et à la citoyenneté”… “Une orientation plus fluide, mieux accompagnée permettra à nos élèves d’éviter les points de blocages parfois irréversibles, afin d’aller toujours de l’avant dans leurs projets d’études et de vie”. Des projets totalement pertinents, mais tout de suite confrontés à la vie quotidienne, beaucoup plus prosaïque : de visites d’établissements en visite de ceci ou cela, de prises de parole en début de colloque en inaugurations de ceci ou cela, de réunions en réunions. Seul un conflit dans son académie révèlera réellement Eric Martin. Une question. Eric Martin s’est-il rendu dans l’université de Franche-Comté pour y rencontrer le président Condé ? Pas de trace sur Google, sur le site de l’université, sur le site du rectorat (cliquer pour la liste des visites faites par le recteur). L’absence de rencontres dans l’université ne contredirait-elle pas le programme annoncé par le recteur ? Olivier Audeoud, recteur (23 août 2010) Olivier Audeoud, président de l’université de Paris 10 Nanterre de 2003 à 2008, a été nommé recteur de l’académie de Grenoble en juillet 2010, 4 mois après qu’Eric Martin, ancien président de l’université de Bretagne-Sud, ait été nommé recteur de l’académie de Besançon (chronique : “Eric Martin, président puis recteur“). La nomination d’un ancien président d’université à la tête d’une académie n’est pas inhabituelle (chronique : “Président et après ?“). Olivier Audoud est né en 1948 ; il a donc 62 ans. Agrégé de droit public, le professeur commence sa carrière à Paris 1 en 1970 (assistant à 22 ans ?). Premières responsabilités administratives dans cette université : directeur de cabinet du président de 1981 (33 ans) à 1989 et directeur du centre de formation permanente de 1986 à 1993. Il reste fidèle à Panthéon Sorbonne jusqu’en 1991 (43 ans). Pourquoi décide-t-il alors de partir à la faculté de droit, d’économie et gestion de Nancy 2 et ce jusqu’en 1997 (49 ans) (photos de la faculté) ? Dans cette université, il devient vice-président en charge des relations internationales. La charge n’est pas anodine : Audeoud va s’investir plus encore dans les relations extérieures. La mobilité professionnelle se poursuit. Elle est peu traditionnelle pour un professeur : après de longues années à Paris, il ”descend” en province à Nancy pour remonter six ans après à Paris, à Paris 10 Nanterre, qui possède une faculté de droit certes, mais non “La” faculté de droit. 1998 : Olivier Audeoud a 50 ans. 1998. Nanterre n’est pas une université facile à piloter, on le sait. Olivier Audeoud, pour ses compétences en droit public sans doute, est d’abord appelé à présider la commission des statuts. Elu au CA durant cette période, j’ai le souvenir d’un homme de dossier, assez peu charismatique. En 1999, je “mute” vers l’université de Marne-la-Vallée et ne peux entendre les interventions d’Olivier Audeoud à l’oeuvre quand il est lui-même élu au CA en 2002. 2002. Elections municipales (cliquer ici). “Passionné par le patrimoine lorrain et tout particulièrement par le patrimoine de Saint-Mihiel, berceau de ses ancêtres, cet universitaire de renom s’est laissé tenté par la politique. Aux dernières municipales, il a conduit une liste de sensibilité de gauche qui s’est placée en seconde position”. Olivier Audeoud devient conseiller municipal…. alors qu’il n’est plus à Nancy, mais à Nanterre. Assez curieux. 2002, décembre. Arrive l’élection du successeur du président André Legrand, professeur de droit public. Alors que l’ancien Directeur des lycées et collèges était seul candidat à la présidence de Nanterre cinq ans plus tôt, c’est la bousculade. Six candidats. Olivier Audeoud l’emporte au 4ème tour de scrutin, par 79 voix (140 électeurs). Président à 54 ans. Son score est plus faible que celui obtenu par André Legrand (127 voix). 2004, juin. Menant une recherche sur les présidents des universités en France et en Italie, j’interviewe Olivier Audeoud : lire cette interview. “Pourquoi avoir fait le président” ? Celui-ci me répond: ”pourquoi pas ? J’ai toujours fait de l’administration, dans la recherche ou dans les relations internationales”… “Il y avait une part d’inconscience dans ma candidature… Je perds de l’argent en étant président”… “Les préoccupations sont fort nombreuses ; j’ai même reçu des menaces physiques”… “Mais c’est un travail passionnant”. L’interview s’est plutôt mal passé : le président ne s’est pas livré. J’avoue que je n’ai pas une grande sympathie pour lui. 2006, mars. Le président Audeoud demande solennellement au premier ministre de suspendre le Contrat première embauche. 2006, décembre. Il est élu président de la commission des relations internationales et européennes de la CPU. 2007, novembre, Mouvement contre la LRU. Il fait appel aux forces de l’ordre (cliquer ici) : “ce blocage est totalement illégal et antidémocratique… Ce matin, j’ai dû envoyer du personnel administratif pour tentet de calmer la situation, mais la tension montait et nous avons dû faire intervenir la police”. 2008, avril. Olivier Audeoud n’est pas candidat à sa propre succession. Encore président de la commission des relations internationales et européennes de la CPU, il est interviewé par EducPros (cliquer ici). Il n’est pas particulièrement tendre à l’égard de l’implantation de Paris Sorbonne à Abu Dhabi et de Dauphine à Tunis. “Les universités françaises ne peuvent pas faire n’importe quoi à l’étranger”… “Avec la Sorbonne Abu Dhabi, les postes diplomatiques français au Moyen-Orient se retrouvent à devoir chercher des étudiants pour aller étudier là-bas. Et du coup, cela crée aussi une concurrence avec les autres formations francophones préexistantes dans cette région. Quant au projet de Dauphine à Tunis, s’il est soutenu par les autorités locales…, son lien avec le monde universitaire tunisien n’est pas démontré”. Ecouter et voir l’intervention d’Olivier Audeoud au colloque annuel de la CPU “Les universités européennes : nouvelles frontières, nouvelles perspectives“ ; son thème : la mobilité. 2010, janvier. Olivier Audeoud est coopté membre du conseil d’administration du Pôle universitaire privé Léonard de Vinci (PULV ou Fac Pasqua) : cliquer ici. “Une démarche commune de travail du PULV avec le monde universitaire n’est pas nouvelle. La première fois que j’ai rencontré Nicolas Sarkozy, alors président du conseil général, nous avons passé trois quarts d’heure sur le sujet… Des regroupements sont devenus possibles avec la loi. Le pôle vient d’accueillir cette année plusieurs formations de Dauphine et doit faire de même avec Nanterre à la rentrée prochaine”… “Olivier Audéoud rejoint les instances de Léonard-de-Vinci pour y apporter son expertise tant sur les aspects de relations internationales que sur ses stratégies d’alliance dans la perspective de donner à l’Ouest parisien la place qu’il mérite dans le paysage de l’enseignement supérieur de la recherche”. Paris 10 Ouest Nanterre La Défense dans une alliance ? 2010, avril. Olivier Audeoud participe aux 10 ans du Fonds France Canada pour la recherche (cliquer ici). Ses titres d’alors : conseiller pour la science et la technologie auprès de l’ambassade de France à Ottawa au Canada, président de l’université franco-italienne (cliquer ici). 2010, juillet. L’ancien président de Paris 10 est nommé recteur de l’académie de Grenoble. Il est âgé de 62 ans. Jamais, je ne me serais attendu à ce que mon ancien collègue de Nanterre soit nommé recteur. Il devrait être fort à l’aise dans les fonctions de représentation du ministre. Fera-t-il davantage? La rubrique “Recteur” du site de l’académie n’a pas encore été actualisée ! Devenir conseiller du Prince Président Belloc (08 février 2010) L’occasion de faire enfin une chronique sur Bernard Belloc m’est donnée par une nouvelle chronique cinglante de Gilbert Béréziat sur son blog : “Autonomie des universités : illusion, mensonge politique ou rébellion des apparatchiks“. A lire absolument. On connaît les positions affirmées de l’ancien président de l’université Paris 6 Pierre et Marie Curie : toute l’autonomie, rien que l’autonomie pour les universités et en particulier les universités de recherche, celles qui apparaissent dans les classements mondiaux. Gilbert Béréziat est unique car il connaît parfaitement l’histoire des universités, ses personnages clés (il les aime ou les déteste), toutes les entourloupes faites par l’Etat pour empêcher la vraie autonomie. Et il n’a pas la langue de bois : ”en début d’année, Nicolas Sarkozy a déclaré péremptoirement : nous avons mis fin à la gouvernance dépassée, par la loi LRU. Ce n’est pas la vérité, si en matière de gestion des “emmerdements ” les 18 universités passées aux responsabilité élargies ont été servies, il n’en est rien en ce qui concerne les libertés qui ont au contraire été restreintes alors que le contenu du rapport Aghion montre bien, même s’il n’en dit mot, qu’avec cette loi on est loin du compte en particulier dans la liberté que devraient avoir les universités de choisir leur propre organisation interne et leur propre gouvernance. La liberté c’est pour les banquiers et pour les capitaines d’industrie, pas pour les universités”. Bernard Belloc, président d’université en même temps que Gilbert Béréziat au tournant des années 2000, est un fidèle commentateur du blog de son collègue. Il parle aussi de l’autonomie des universités ; il s’en dit un fervent partisan depuis toujours. “J’étais bien naïf et tous les gouvernements qui se sont ensuite succédés depuis le début des années 2000 ont soigneusement évacué la question, jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy s’engage complètement pour faire enfin changer en profondeur le paysage et mettre des moyens comme les universités n’en ont jamais vu depuis… je ne sais quand, quoiqu’en disent certains, qui eux, il faut le rappeler, ont soutenu des gouvernements de gauche qui nous ont fait faire le passage au LMD à budget constant… et ils en étaient fiers! Je suis d’accord avec toi sur les pesanteurs de l’administration et surtout les réticences et les freins mis à tout bout de champ par ce que tu nommes la noblesse d’Etat. Mais là aussi, les choses bougent et une partie de ladite noblesse est en train de changer de camp. Je peux en attester”. Rappelons que Bernard Belloc est actuellement conseiller au cabinet du président de la République pour l’enseignement supérieur et la recherche. A quoi sert donc un conseiller s’il ne peut venir à bout des pesanteurs, des réticences, des freins ? Dire que “les choses bougent et qu’une partie de la noblesse d’Etat est en train de changer de camp”, c’est aller vite en besogne ou faire de la méthode Coué. Des noms, des noms ! Bernard Belloc pourrait-il nous dire ce qu’il a conseillé et conseille à Nicolas Sarkozy et si le Président l’a écouté et l’écoute ? J’ai en fait l’impression que Bernard Belloc s’ennuie sérieusement au cabinet du Président. Ce serait intéressant de connaître son agenda ! Il prend en effet le temps de lire et de commenter le blog de Gilbert Béréziat. Il va dans des colloques pour communiquer la bonne parole présidentielle (il était par exemple au colloque de Besançon “Université, universités“). Regrette-t-il d’avoir accepté de devenir “Conseiller” après une carrière fort riche (CV sur EducPros) : professeur agrégé d’économie, président de Toulouse 1 de 1998 à 2003, 1er vice-président de la CPU de 2000 à 2002, puis, “à partir des années 2000, il multiplie les missions à l’international aux Etats-Unis et surtout en Asie. Avant d’être nommé à l’Elysée, Bernard Belloc était d’ailleurs conseiller pour la science et la technologie près l’ambassade de France en Chine (2005-2007)”. A 61 ans et demi, il est certain que Bernard Belloc s’interroge : que puis-je faire de plus et mieux que conseiller à l’Elysée ? Ouvrir un blog ? Président Jean-François Méla (4 octobre 2010) Jean-François Méla est blogueur (JFM’s Blog) depuis 2007. J’avais, depuis un moment, envie de le rencontrer et de discuter avec lui de l’avenir des universités. Rendez-vous est pris le 16 septembre 2010 : nous déjeunons rue Soufflot à Paris. JFM blogue sur l’université, la recherche depuis 2007, i.e. depuis qu’il est en retraite (il est né en 1939). Son parcours exceptionnel serait impossible aujourd’hui (son CV) : polytechnicien à 21 ans, attaché de recherche au CNRS à 23 ans, docteur d’Etat en mathématiques à 28 ans, professeur des universités également à 28 ans en 1967. C’est la Faculté des sciences de l’université de Paris qui l’accueille (nous sommes avant 1968). Après 3 ans à l’université de Paris XI Orsay, Jean-François Méla part en 1970 à Paris 13 Villetaneuse (dit aussi “Paris Nord“), qui vient d’être créée ; il se définit alors lui-même comme “gauchiste”. Fidélité exceptionnelle à une seule université : il y exercera 37 ans, de 1970 à 2007. Il y prend les responsabilités “normales” pour un professeur, dans sa discipline tout d’abord, au plan local puis au plan national : président du département de mathématiques (1981-1984), directeur d’une unité de recherche CNRS en “analyses et applications” (1985-1991), président de la société mathématique de France (1985-1988), membre du groupe de réflexion ministériel sur l’enseignement des mathématiques (1988-1989), président du groupe de réflexion sur l’enseignement scientifique des sociétés savantes et associations (1988-1992) (JFM : “grand colloque, énorme préparation, important soutien officiel, édition des Actes, beaucoup de choses intéressantes, mais… peu de conséquences pratiques comme bien souvent en matière d’éducation”). JFM est passionné par la pédagogie des sciences. 22 ans après son arrivée dans l’université, JFM en est élu président en 1992. Si je ne me trompe pas, il a exercé son mandat quinquennal sous deux présidents de la république (François Mitterrand, Jacques Chirac) et quatre ministres en charge de l’enseignement supérieur et/ou de la recherche, et non des moindres : Jacques Lang, François Fillon, François Bayrou, Claude Allègre. Est-ce un cas unique? L’immédiate après-présidence de l’université se déroule sous les années Jospin (1997-2002). Jean-François Méla n’est pas nommé recteur d’académie. Il assume néanmoins deux types de responsabilités importantes. Il est chef de la Mission scientifique universitaire (MSU) au MENR de 2000 à 2002. Il s’investit dans le développement universitaire dans le Nord francilien : membre de la mission ministérielle “Seine Saint-Denis” (1998-1999), chargé de mission pour la mise en place du plan U3M sur le pôle “La Villette- Aubervilleurs- Plaine-Saint-Denis” (2000-2001), chargé de mission académique pour le suivi du CPER sur le pôle “Plaine Saint-Denis” depuis 2002. 2002, la droite gagne l’élection présidentielle et les élections législatives. La retraite approche pour le président Méla mais il continue de s’investir dans son université : depuis 2002, il est membre du Conseil scientifique de la Maison des sciences de l’homme de Paris-Nord (MSHPN), structure fédérative de recherche, créée en 2001, sous son mandat. Une MSH qui est un peu la fille d’un mathématicien ! “La MSH n’est pas un hôtel d’unités de recherche, plutôt un Institut à thèmes dont les programmes fédèrent pendant un temps variable des équipes de recherche (ce qui est assez nouveau et original en SHS et en France”. Logée dans des locaux provisoires depuis sa création, la MSH est concernée par un projet immobilier de taille : l’installation dans le quartier Diderot de la plaine Saint-Denis. Et que pense Jean-François Méla de l’évolution des universités, de la recherche, de Paris 13 depuis 2007, date de création de son blog ? Ses chroniques sont toujours pertinentes, sans langue de bois, volontiers iconoclastes mais toujours fort documentées historiquement ; privilège d’avoir commencé à travailler en 1962 et d’avoir été président d’université de 1992 à 1997. Jean-François Méla est partisan de l’autonomie réelle d’universités plurisdisciplinaires, autonomie particulièrement nécessaire en matière financière, autonomie mais ”avec un équilibre des pouvoirs qui n’existe pas actuellement et qu’il s’agit de construire” (chronique de JFM de janvier 2008 : “La gouvernance partagée : ça peut marcher“). Il n’est pas favorable à la concentration à outrance des universités ; il veille à des universités actrices de l’aménagement du territoire en particulier en Ile-deFrance et de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Pour donner l’envie d’aller lire le blog : 7 chroniques et quelques extraits. Refonder l’université : une utopie française ! (1 juin 2009). A propos du manifeste des “Refondateurs”. “On pourrait avoir le sentiment, aujourd’hui, que l’histoire se répète. En tout cas le scénario est le même : on se tourne vers l’Etat pour qu’il règle une bonne fois pour toutes les problèmes de “l’université française” (dont certains plongent leurs racines dans la réalité sociale la plus profonde) et l’on s’étonnera ensuite de voir l’Etat impuissant. Ainsi, par exemple, le récent manifeste des “refondateurs” voit dans la dualité des formations universitaires et des formations sélectives la cause première de tous nos maux et avance comme solution… la création d’un “super ministère” de l’enseignement supérieur, comme si ce pouvoir ministériel avait quelque chance d’échapper à l’influence de “la noblesse d’Etat” qui défend bec et ongles le système hyper-sélectif dont elle est issue”. Autonomie. Quelques propositions (20 novembre 2009). “Une première proposition est de sortir de la réserve et du double langage, pour adopter une position plus claire et plus offensive : accepter le principe de l’autonomie et faire pression sur l’Etat pour qu’il joue pleinement le jeu ; aménager le fonctionnement interne de l’université de façon que cette autonomie s’exerce dans des conditions acceptables ; la mettre à profit pour lancer des opérations innovantes”. L’autonomie ou la planification ? (24 février 2010). Analyse critique du rapport Larrouturou. “Au fond, la situation est tellement compliquée et dégradée que Bernard Larrouturou a du mal à croire que l’autonomie produira autre chose que du “gâchis”. Il faut quand même remarquer que le désordre actuel n’est pas le résultat de l’autonomie, mais de longues années de centralisme. et on a encore plus de mal à croire que c’est par une coordination et un pilotage centralisé qu’on s’en sortira. Le véritable drame c’est que le système étatique a largement déresponsabilisé les acteurs académiques vis-à-vis du devenir des universités… A Paris, encore plus qu’ailleurs, le salut ne viendra pas d’un retour de l’Etat, mais d’un plus grand investissement collectif de la communauté universitaire dans le devenir de ses universités”. Paris 13 : 40 ans d’aventure (25 mars 2010). “A la suite des évènements de 68 et sous la pression démographique, l’ancienne Sorbonne a explosé en 13 morceaux. Mais l’université Paris 13 n’a pas seulement été un débris de cette explosion ; elle représentait une innovation audacieuse. Avec l’université Paris 12, elle était l’une des deux universités françaises réellement pluridisciplinaires. Mais surtout cette implantation signifiait la présence, dans une banlieue populaire, d’une université à part entière qui contribuerait à la promotion supérieure des populations locales et au développement économique de leur territoire, dans un contexte de recherche de niveau international”. Paris 13 ne s’est-elle pas trompée de PRES (31 mai 2010) ? Ouverture du blog à une libre opinion. “Il faut un vrai projet pour Paris 13 lié au territoire et au développement d’une logique de promotion sociale et non à la promotion de quelques-uns (façon Sciences Po) qui ne remet nullement en question l’inégalité sociale et culturelle dont les populations de notre territoire sont les premières victimes. Ce projet doit être articulé à celui d’une excellence scientifique située (et non pensée de façon abstraite, vue de loin, c’est-à-dire de Shanghaï), qui ne se dissolve pas dans Paris centre qui absorberait masters, doctorats et la recherche alors que Paris 13 serait confinée aux licences, aux IUT”… L’avenir de l’autonomie des universités (30 juillet 2010). ”Certains aspects de la LRU relatifs à la gouvernance devront certainement être amendés. Mais tout ne se résume pas à la loi. A l’intérieur du cadre législatif, la communauté universitaire dispose de marges de liberté et peut imposer de saines pratiques. L’autonomie a l’avantage de clarifier le rôle des universitaires dans la politique de leur établissement. Le plus important est de sortir d’une position de passivité et de résignation pour aménager le fonctionnement interne de l’université de façon que l’autonomie s’exerce dans des conditions acceptables et prenne une valeur positive. Le pilotage centralisé par l’Etat n’est pas une garantie d’égalité ; c’est plutôt l’instrument de la reproduction sociale. L’autonomie peut donner des marges de liberté pour agir dans un sens démocratique, si elle ne se résume pas à la loi de la jungle, et si les acteurs en ont la volonté”. Les classements des universités et l’excellence (21 septembre 2010). “… Reste une explication totalement iconoclaste : tout ceci serait la preuve que l’important n’est pas tant la quantité de ce que les étudiants apprennent, mais le fait de passer 3 ou 4 ans dans telle ou telle institution, après une éventuelle sélection à l’entrée”… “La démocratisation de l’accès aux études est un paramètre inexistant dans les classements internationaux“… “Dans le cas du “Grand emprunt”, il s’agit de concentrer les moyens sur un petit nombre d’établissements et de projets “excellents”. Cette logique bureaucratique risque d’écraser la logique scientifique (l’excellence n’est pas toujours concentrée : penser aux mathématiques), la logique économique (penser à l’aménagement du territoire) et la logique démocratique (penser à la ségrégation croissante dans la société française)”. Jean-Marc Monteil, vous méritez mieux ! (13 novembre 2010) Jean-Marc Monteil, chargé de mission auprès du Premier ministre, quittera ses fonctions le 15 novembre. Pour aller où ? Au Conservatoire National des Arts et Métiers. Sans que les médias n’y prêtent attention, il a en effet été “nommé et titularisé en qualité de professeur, à compter de la date de son installation, sur la chaire “Sciences du comportement et applications” (site Acteurs Publics). A quelle date cette nomination ? Il y a quelques mois, comme le révèle le blog Actualité Politique. Qui a arrangé cette nomination et la création d’une chaire ad hoc ? Fort vraisemblablement, Christian Forestier, administrateur du CNAM, né en décembre 1944 (CV sur EducPros). Qui a en effet fait appel à Christian Forestier pour prendre, en 2008, la tête du CNAM ? Jean-Marc Monteil, chargé de mission de François Fillon, selon le blog de veille du jour, dans une chronique datée du 10 octobre 2010 intitulée : “le CNAM se réorganise”. La nomination de JMM sur une chaire du CNAM ressemble donc fort à un renvoi d’ascenseur, à la création d’une chaire ad hominem. Dans les universités, des présidents auraient usé de leur pouvoir de veto pour empêcher une telle nomination, même proposée à l’unanimité par un comité de sélection. Questions. La chaire, comme il se doit, a-t-elle fait l’objet d’un appel à candidatures ? Combien de candidats s’y sont présentés ? Combien ont été auditionnés ? Quel a été le résultat du vote ? Mais que va donc faire Jean-Marc Monteil au CNAM ? A part une conférence inaugurale le 12 janvier 2011 sur les Sciences du Comportement (cliquer ici). Surprise à peine croyable et délicieuse : la chaire Sciences du comportement est “logée” dans l’Ecole de Management et Société. Jean-Marc Monteil est-il un gestionnaire, expert des sciences du comportement dans les organisations ? Certes, il a une très grande expérience de la gestion des universités, mais ses travaux de recherche, sa thèse et son doctorat d’Etat, ses nombreuses publications ne se situent pas dans les sciences de gestion, comme l’indique fort bien son CV sur EducPros : “ancien directeur d’un laboratoire de recherche mixte (UMR avec le CNRS), ses domaines de recherche sont la mémoire et les contextes dans les régulations des comportements et des performances cognitives“. La manoeuvre est superbe : certainement au nom de la pluridisciplinarité, un spécialiste des sciences psychologiques et sociales expérimentales est nommé sur une chaire dans un centre de recherche en management. Chapeau ! Jean-Marc Monteil est-il encore un spécialiste du champ de recherche qui l’ont conduit à devenir, fort légitimement, professeur des universités à Clermont-Ferrand à la fin des années 70 ou au début des années 80. J’espère que non car il a eu, entre temps et depuis presque 20 ans, d’autres “chats à fouetter”. La preuve. Une carrière longue et continue dans des responsabilités importantes : président de l’université de Clermont-Ferrand de 1992 à 1997 (il est premier vice-président de la CPU pour un mandat de deux ans en 1996 et 1997), recteur sous la Gauche, d’abord à Bordeaux (19972000) puis à Aix-en-Provence (2000-2002). Sa carrière de pilote de l’enseignement supérieur se poursuit sous la Droite : il est nommé au poste-clé de Directeur général des enseignements supérieurs et y demeure 5 ans ; il y fait un “boulot” globalement apprécié par tous. En 2007, il est nommé Président de l’AERES avant de rejoindre, presque aussitôt, le cabinet de François Fillon. Jean-Marc Monteil est né 18 juin 1947. Il a donc 63 ans et demi. A cet âge, les gens de sa génération ont suffisamment d’années de cotisations pour prendre fort agréablement leur retraite ; j’en suis témoin. Le professeur, titulaire désormais de la chaire du CNAM, a fait un autre choix tout à fait légitime et légal : les professeurs des universités de son grade peuvent travailler jusqu’à 68 ans… Alors pourquoi le CNAM ? Pour gagner quelques trimestres avec “bonus” (loi Fillon 2003 sur les retraites) ? Pour grappiller un échelon de plus, la retraite des fonctionnaires étant calculée sur le dernier salaire, pourvu que la dernière promotion date d’au moins 6 mois ? Personne n’est dupe. Jean-Marc Monteil n’assumera pas les charges d’enseignement d’un titulaire de chaire recruté dans des conditions “normales”. Il faut donc arrêter cette farce grotesque, celle d’un recrutement sur une chaire ad hoc. Il ne peut apparaître que comme un arrangement entre “petits copains”. Il tue la crédibilité de tous les recrutements dans l’enseignement supérieur. Sus au copinage, au clientélisme voire au népotisme ! Egalité de traitement ! Quand on a assumé pendant près de 20 ans des responsabilités comme celles de Jean-Marc Monteil, on mérite mieux, on mérite de ne pas faire l’objet de ce genre de chronique. Pourquoi ne pas créer, comme pour les préfets, une position de professeur des universités hors-cadre, en remerciement de bons et loyaux services pour l’Etat ? Aux fins de permettre au bénéficiaire du horscadre de faire profiter les personnels des universités, les étudiants, les françaises et les français de son expérience unique. Jean-Marc Monteil, au lieu de devoir faire semblant de faire le professeur du CNAM, osez écrire et publier rapidement vos mémoires d’un grand commis de l’Etat. Chacune et chacun les attend ! Entrer en politique Jean-Robert Pitte, dernier de liste (15 février 2010) Jean-Robert Pitte est candidat UMP aux régionales à Paris. Il est 44ème de la liste et… bon dernier (cliquer ici). Pourquoi donc l’ancien président de Paris IV Sorbonne figure-t-il sur une liste UMP dans une position inéligible ? Croit-il que son seul nom peut apporter quelques voix et/ou en attend-il (enfin ?) une reconnaissance de Valérie Pécresse ? J’avoue que je ne sais pas. A 60 ans, il me semble qu’il est trop tard pour espérer un poste de recteur d’Académie. Pourquoi le président Pitte va-t-il perdre du temps dans cette galère, alors qu’il se disait “non encarté” politiquement quand je l’ai interviewé en juin 2004 ? Cliquer ici pour lire le compte-rendu de cet entretien. Jean-Robert Pitte, enseignant-chercheur à Paris IV depuis… 1974 (exemple de non-mobilité), est professeur de géographie, spécialiste de la production des paysages au cours de l’histoire, en particulier de ceux du vignoble. C’est un personnage médiatique : il a son franc-parler, est un bon débatteur voire provocateur, adore parler du vin (c’est un plaisir de l’entendre conter le sujet !). Il fréquente souvent les plateaux de télévision et il est, peut-être parmi les présidents ou anciens présidents d’université, le recordman du nombre de vidéos qu’on peut écouter et regarder sur la toile (lire la note). Mais il en fait quelquefois trop : quand il était à la tête de Paris IV entre 2003 et 2008, il se présentait comme le président de la Sorbonne, ce qui m’agaçait et devait stupéfier les présidents des universités portant aussi le nom de Sorbonne. En juin 2004 lors de l’entretien (la gauche n’est plus au pouvoir depuis 2002), Jean-Robert Pitte était président de Paris IV depuis un an. Il avait été élu contre 3 autres candidats par 70 voix sur 120. Il insistait sur la situation financière fort difficile de son université, due en particulier à une nonmaîtrise du volume d’heures complémentaires. Il lui fallait resserrer les boulons, redéployer les postes devenus vacants. De solides inimitiés devaient en découler. La fonction de président est délicate et Jean-Robert Pitte se disait fort satisfait de la non-réégibilité du président après un 1er mandat. Il changera d’avis. 2004 lors de l’entretien : Jean-Robert Pitte espère une réforme forte de l’université, plus d’autonomie. 2006 : publication d’un premier pamphlet, “Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’université”. 2007, second pamphlet : “Stop à l’arnaque du bac“. 2007, la loi LRU. Déception du président en fonction : la loi Pécresse interdit ce qu’il souhaite, la sélection à l’entrée de l’université et l’augmentation, voire la liberté, des droits d’inscription. Attaquer deux sujets “tabous” : le président Pitte est irrémédiablement classé “à droite” ; c’est un “réac”. C’est en fait plus compliqué que cela : le lecteur attentif de ce blog sait que je suis favorable à l’augmentation des droits d’inscription et, pourtant, je vote depuis toujours à gauche. 2008, la fin du mandat de cinq ans. Suite à la loi LRU, les présidents sont devenus rééligibles. L’élection à Paris IV est tout à fait inédite dans l’histoire des universités. Elle oppose le président sortant (il a donc changé d’avis depuis 2004) et Georges Molinié qui avait été président de Paris IV de 1998 à 2003 et ne pouvait demander sa réélection en 2003. Inédit également le résultat du vote final par le Conseil d’administration, seul conseil qui élit le président depuis l’entrée en vigueur de la loi LRU : Georges Molinié, assuré de la majorité des votes des maîtres de conférences, l’emporte par 11 voix contre 8 à Jean-Robert Pitte, assuré de la majorité des votes des professeurs ; ce sont les étudiants et les personnels techniques et administratifs qui ont fait l’élection. La loi LRU, je le dis et je redis, rend les présidents d’université peu légitimes : 11 voix ! Et situation inédite à Paris IV, le président Molinié, 66 ans en 2010, n’est pas l’élu des professeurs. 2009, le mouvement de longue durée dans les universités. Jean-Robert Pitte monte souvent au créneau, dans les médias, pour défendre ses positions contre le mouvement. Il est ainsi poussé, encore plus et définitivement, dans le camp de la “droite”. Celle-ci aurait dû peut-être le récompenser en le mettant en position d’éligibilité dans la liste UMP pour les régionales à Paris. Va savoir ! Je crois que Jean-Robert Pitte est, définitivement, un “électron libre”, un “trublion”. 44ème et dernier de liste: “c’est quand même… bizarre !”, comme le dit mon petit-fils Arthur (2 ans). CV détaillé de Jean-Robert Pitte, actualisé en février 2009 : cliquer ici. Jean-Robert Pitte en vidéo sur la toile. Sur Canal Académie (l’ancien président de Paris IV est membre de l’Académie des Sciences morales et politiques). 1. La nécessaire réforme des universités (juillet 2009, 37 minutes) : cliquer ici. 2. Géographe, écrivain, auteur de pamphlets (juillet 2007, 41 minutes) : cliquer ici. Interviewé par l’UNI (et non par l’UNEF !). 1. En mars 2009 lors du mouvement du printemps dernier : cliquer ici. 2. Au printemps 2006, lors du mouvement contre le CPE (Contrat Première Embauche) : cliquer ici. Président Meyer (11 juillet 2009) Jacques Meyer (trois photos), 8ème adjoint de la maire de Reims, en charge de la recherche, de l’innovation et de l’éducation, a voté fin juin 2009, comme ses 58 collègues du Conseil municipal, la venue de Sciences Po dans la “ville des Sacres”. Le coût pour les 3 collectivités territoriales (Commune, Conseil général, Conseil régional) : 76 millions d’euros d’investissement et 3.000 euros par étudiant et par an au titre de la participation des collectivités aux frais de scolarité des étudiants. Le blogueur a dit sa ferme opposition à ce projet (”Sciences Po à Reims : Non !“) et demande qu’en lieu et place soit créé à Reims un premier Lycée d’Enseignement Supérieur de 2.500 élèves (cliquer ici). La chronique d’aujourd’hui questionne le Président Jacques Meyer. Ce professeur de mathématiques de l’université de Reims Champagne Ardennes (URCA) est une personnalité régionale, qui a toujours pris des responsabilités gestionnaires et politiques, à gauche. Jacques Meyer au fil des ans. 1986 à 1989 : directeur de l’UFR de Sciences de l’URCA. 1989 à 1997 : premier directeur de l’IUFM de Champagne Ardenne. 1997 à 2002 : président de l’université. Faute de pouvoir candidater à un second mandat de Président, il redevient, de 2002 à 2004, directeur de l’UFR de Sciences (en avril 2004, le blogueur l’interviewe : lire le compte-rendu de l’entretien). 2004 : Jacques Meyer est élu Conseiller régional sur la liste de gauche et devient Vice-président, délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et au sport. 2008, il est élu adjoint au maire. Jacques Meyer ne cumule pas seulement deux mandats d’élu. Il est également premier secrétaire de la Fédération du Parti Socialiste de la Marne ; à ce titre, il accueille le Congrés du Parti socialiste à Reims en novembre 2008 (lire son discours d’ouverture). Il écrit régulièrement des articles pour le blog de sa Fédération (cliquer ici), dont un article sur le PS et le mouvement des universités (cliquer ici). En tant qu’élu local et régional, le Président Meyer fait son travail de représentation. Le blogueur a l’occasion de le photographier au Forum Régional Avenir Etudiant en décembre 2008 (cliquer ici), à la manifestation interprofessionnelle du 19 mars 2009 (cliquer ici), aux Assises régionales Recherche et Entreprises en mars 2009 (cliquer ici). Jacques Meyer manifeste le 1er mai dans les rues de Reims (cliquer ici). Adeline Hazan, maire de Reims, est ardente partisane du campus Sciences Po (chronique sur son blog). L’est également son 1er adjoint en charge de l’enseignement supérieur, Serge Pugeault (cliquer ici). Mais pourquoi Jacques Meyer, ancien Président de l’université, en charge de responsabilités pour l’enseignement supérieur à la commune et à la région, premier secrétaire du PS dans la Marne accepte-t-il le mirage du Transatlantic Campus in Reims (désormais présenté sur le site de Sciences Po) et les inégalités sociales qu’il crée ? Les inégalités de traitement sont en effet flagrantes. 3.000 euros par an et par étudiant de Sciences Po ? Combien d’euros les collectivités donnent-elles à chaque étudiant champardennais au titre des frais de scolarité ? Tout est “mirage” dans le projet Sciences Po, à part son coût. Les effectifs annoncés par Sciences Po sont un premier mirage : 80 étudiants à la rentrée 2010, oui ! Mais 1.800 étudiants d’ici 5-6 ans, impossible, Sciences Po ne s’engageant à ouvrir qu’un Bachelor of Arts de 3 années d’études (dont une année à l’étranger). Reprenons les autres arguments des partisans du projet Sciences Po. Renforcer ”l’image de dynamisme et de vitalité” de la ville de Reims : dépenser l’argent des contribuables, alors que la ville est endettée et que la promesse de non-augmentation des impôts locaux a été martelée durant la campagne des municipales, c’est faire preuve d’une vitalité dépensière irresponsable. “Compléter l’offre de formation” : de quel droit les collectivités territoriales s’arrogent-elles une prérogative qui est celle de l’Etat ? “20 à 25 millions d’euros par an au titre des retombées économiques” : de qui se moque-t-on ? Seule une chose est certaine et d’innombrables projets le prouvent tout au long de l’histoire : au final, tout projet est plus coûteux que prévu et les retombées financières sont inférieures à celles attendues. “Revitaliser la vie universitaire“. Avec quelques centaines d’étudiants et des professeurs qui rentreront à Paris dès leurs cours dispensés ? L’argument doit plutôt être inversé : Sciences Po Reims “dévitalisera la vie universitaire” parce que ce campus affaiblira l’université URCA. L’histoire du Collège des Jésuites, lieu hautement symbolique choisi pour l’implantation de Sciences Po, a été celle d’un combat, ouvert ou larvé, contre l’Université de Reims (lire la chronique). Jacques, prenez la tête du combat de gauche pour la création d’un premier Lycée d’Enseignement Supérieur à Reims, projet qui concernera 2.500 étudiants, projet permettant une plus grande démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur que le campus élitiste de Sciences Po. Et même, proposez-vous comme premier directeur pionnier de ce lycée. Il reste moins d’un an avant les élections régionales : ce serait dommage que la Gauche perde la région parce qu’elle a commis l’erreur de soutenir un projet “mirage”, un projet à classer dans la société ”bling, bling”. A bientôt de lire votre contribution sur le blog de la Fédération du PS de la Marne : “stop au projet Sciences Po !“. Présider un PRES Président Saint-Girons Bernard Saint-Girons est délégué interministériel à l’orientation. Né à Blaye les Mines (Tarn), il a 65 ans depuis le 11 janvier 2010. Il ne semble pas qu’avoir franchi ce cap symbolique le menace d’être évincé de sa fonction. Plusieurs poids, plusieurs mesures pour les responsables universitaires de cet âge ? Daniel Vitry a dû quitter la direction de la DEPP et se trouver une mission à la Caisse des Dépôts et Consignations ; Christian Forestier a eu besoin d’un décret ministériel pour poursuivre sa mission à la tête du CNAM ; le président du PRES Paris-Est doit en quitter la présidence en avril 2010 et n’a pas encore rebondi sur une autre fonction. A vrai dire, Bernard Saint-Girons s’est vu proposer en 2008 la fonction de délégué interministériel à l’orientation comme porte de sortie après la Direction générale des enseignements supérieurs (lire infra). La fonction n’est pas déplaisante et le délégué la prend très au sérieux, même s’il sait pertinemment qu’il n’est pas le seul à se pencher sur le ”serpent de mer“ de l’orientation. Il se déplace partout en France pour écouter et s’informer, est auditionné ici et là, communique, recherche les bonnes pratiques et rédige un rapport annuel fort documenté et étoffé de nombreuses recommandations. Son dernier rapport a cependant fait l’objet d’analyses critiques sur ce blog : “L’orientation. Le cru 2010” “Réformer le BTS“. Avant de retracer sa longue carrière de responsable de et dans l’enseignement supérieur, récompensée par les insignes des Palmes académiques, du Mérite national et de la Légion d’honneur (CV sur EducPros), le mieux est de l’écouter et de le regarder durant 40 minutes, lors de son audition, en mai 2009, par la commission du Sénat sur la politique en faveur des jeunes et plus spécifiquement sur l’orientation. J’aime beaucoup la phrase : “je parlerais un langage “boisé” si je vous disais que le paysage de l’orientation était parfaitement lisible”… ; “8.500 points d’information pilotés par 22 réseaux différents”. J’ai pris l’habitude de qualifier d’un terme les présidents ou anciens présidents d’université : Bernard Saint-Girons est “pondéré”. Ecouter en particulier ce qu’il dit des Conseillers d’orientation psychologues (COP)… Il se retient d’être trop critique… Mais le chantier de la réforme des COP n’est pas encore ouvert à ce jour. 39 ans (1984), Bernard Saint-Girons enseigne le droit public (évolution des entreprises publiques, droit de la concurrence, relations internationales en particulier avec l’Afrique) à l’université de Toulouse 1. Il devient responsable du service universitaire d’information et d’orientation (SUIO) et le restera pendant 5 ans. Déjà concerné par la question de l’orientation ! Il semble que ce soit sa 1ère responsabilité “administrative” dans l’université (CV sur le site de l’académie de Clermont-Ferrand). Ce CV liste les publications de 1970 à 1994 et indique ”Professeur de droit public (1990)”. Agrégé du supérieur à 45 ans ? A vérifier. 44 ans (1989). Bernard Saint-Girons prend une deuxième responsabilité dans la suite logique de la direction du SUIO : il devient, durant 4 ans, vice-président en charge du CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire). 48 ans (1993), le vice-président du CEVU est élu président de l’université pour un mandat de 5 ans, devient 3ème vice-président de la CPU (1996), puis 1er vice-président (1998). 1er vice-président et non Président de la CPU ; c’est le Ministre, Claude Allègre à l’époque, qui préside la CPU et le fait sentir (chronique : “Allègre : 3 souvenirs” dont celui de l’assemblée générale annuelle de la CPU à Limoges en mars 1998, consacrée à l’évaluation). Mai 1998 : le rapport Attali qui propose d’organiser le supérieur en 3, 5 et 8 ans : le 1er vice-président de la CPU a des réactions prudentes ; mais il est favorable au renforcement des aides à la mobilité des enseignants et des étudiants en Europe. Dans cette période, Bernard Saint-Girons est également président du Pôle universitaire européen de Toulouse, vice-président du Conseil économique et social de Midi-Pyrénées, administrateur de l’AMUE. 54 ans (1999), poursuite de la carrière ascensionnelle mais avec un changement de cap. Bernard Saint-Girons est nommé Recteur de l’académie de Clermont-Ferrand, en juin 1999. Octobre 1999, “le Ministre Claude Allègre lui remet l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur pour son très brillant parcours universitaire” (cliquer ici pour les photos). Le directeur de cabinet du rectorat dit “combien tous, dans l’Académie, apprécient la grande qualité des relations professionnelles qu’il a su instaurer”. En 2000 (55 ans), le recteur change d’académie : il part d’abord à Nice, puis à Créteil en 2003 (58 ans). Il rend visite à l’université de Marne-la-Vallée ; je l’étonne quelque peu en lui exposant le problème de l’immobilier universitaire : pénurie de locaux du début octobre à fin décembre et faible utilisation pendant les 9 autres mois de l’année, et parce que les filières professionnelles avec stages longs ou en alternance se développent. L’ancien 1er vice-président de la CPU restera recteur de l’académie de Créteil jusqu’en 2007. Il faut donc remarquer qu’il a été nommé une première fois recteur par un gouvernement de gauche et qu’il l’est resté après le retour de la droite au pouvoir en 2002. 62 ans (2007). Le Président Saint-Girons est au pic de ses responsabilités. Le 21 mars (et donc avant l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la république), il est nommé Directeur général des enseignements supérieurs (DGES) : il a donc atteint, comme de son côté le Directeur de la recherche, le sommet de l’administration centrale du Ministère de l’enseignement supérieur. La DGES répartit les moyens entre les universités ; le directeur Saint-Girons sait de quoi il s’agit : il a été président d’un groupe de réflexion sur la critérisation de l’affectation de ces moyens. Il devient aussi, par la nécessité du calendrier de l’été 2007, l’homme de la mise en oeuvre de la LRU. Il est par ailleurs membre de la commission multipartite pour la réforme de la formation professionnelle. Mais le 21 août 2008, après seulement un peu plus d’un an à la tête de la DGES, il est remplacé par Patrick Hetzel. Changement de génération ! Le poste de délégué interministériel est vacant depuis la démission de Bernard Thomas. Bernard Saint-Girons accepte ce “placard” confortable : il a 63 ans et demi. Mars 2010 : depuis 1993, Bernard Saint-Girons n’exerce plus sa mission d’enseignement en tant que professeur de droit public. Il n’est pas le seul dans cette situation. Pour Christian Forestier, c’est le cas depuis 1979 (date de son élection à la présidence de l’université de Saint-Etienne) ! Et si Bernard Saint-Girons décidait de prendre prochainement sa retraite ? On attendrait bien sûr de lui qu’il publie un livre ou ouvre un blog… Présider Paris-Est (14 avril 2010) Le PRES Paris-Est, dénommé “Université Paris-Est”, a un nouveau Président, Bernard SaintGirons (communiqué de Paris-Est et chronique de ce blog : “Président Saint-Girons“). Il a été élu par le conseil d’administration du PRES lundi 12 avril (à l’unanimité ?”). Dans une chronique précédente (”Gag à Paris-Est“), j’indiquais les deux raisons qui empêcheraient l’élection de ce nouveau président : il est âgé de plus de 65 ans (né en janvier 1945) et il n’est pas membre du CA du PRES. Le premier obstacle, celui de l’âge, n’en était donc pas un ? Pourquoi l’est-il pour certaines fonctions de présidence d’établissement public et de direction d’administration centrale et non pour la présidence d’un EPCS ? Quel est le texte sur lequel s’appuie cette élection sans limite d’âge ? Et nouvelle question : “le mandat de Président du PRES est de 3 ans renouvelable”. En avril 2013, Bernard Saint-Girons aura plus de 68 ans, âge limite pour être professeur des universités. Avant la LRU, les candidats à la présidence de l’université devaient pouvoir faire un mandat complet. La loi LRU aurait-elle supprimé cet impératif ? Quel est le texte qui permet d’être président de PRES au-delà de 68 ans ? D’ailleurs quelle est la situation de Bernard Saint-Girons ? Est-il toujours professeur à Toulouse (en situation de détachement ? en délégation ? en disponibilité ?). Peut-être a-t-il pris sa retraite en janvier dernier ? A-t-il démissionné de sa délégation interministérielle à l’orientation ou compte-t-il cumuler les deux fonctions ? Quel sera le montant de son indemnité présidentielle à Paris-Est ? Bénéficera-t-il d’une voiture de fonction ? Plus de transparence ! Le second obstacle a été levé fort opportunément : “Bernard-Saint-Girons a été désigné d’un commun accord par les 5 membres fondateurs comme personnalité qualifiée” du Conseil d’administration, comme le permet l’article 7 des statuts (cliquer ici) : “Le CA du PRES comprend une ou deux personnalités qualifiées“. Problème : le CA comprenait déjà 2 personnalités qualifiées (cliquer ici), dont le Président actuel du PRES en fonction jusqu’au 25 avril. Laquelle de ces deux personnalités qualifiées a démissionné pour laisser la place à Bernard Saint-Girons ? Si c’est le président actuel du PRES, pourquoi n’a-t-il pas démissionné de sa fonction à la date de son retrait du du CA ? A-t-il participé à l’élection de Bernard Saint-Girons ? Si c’est Bernard Descomps, l’autre personnalité qualifiée, qui s’est “retiré”, sa lettre de démission a-t-elle été antérieure au CA du 12 avril ? La mission de Bernard Saint-Girons ? Il “conduira l’Université Paris-Est dans une nouvelle phase de son développement qui portera notamment sur l’enrichissement et la cohérence de son offre de formation et de recherche, ainsi que sur le renforcement de sa visibilité nationale et internationale. L’ambition est forte et s’adosse aux perspectives déjà ouvertes par le plan Campus. Elle est légitime au moment où se dessinent les contours du Grand Paris et où les perspectives du Grand Emprunt se concrétisent”. Le communiqué est “langue de bois”, mais cela est classique. Que signifie l’élection d’un Président de PRES “extérieur” ? Cela peut signifier un changement d’orientation de la gouvernance : après un PRES dominé par Marne-la-Vallée (le PRES et 3 de ses établissements fondateurs y sont localisés et il était présidé par un ancien président de cette université), va-t-on vers une gouvernance plus équilibrée entre Paris-Est Créteil Val-de-Marne et ParisEst Marne-la-Vallée. Je trouvais pour ma part que la présidente de Créteil Val-de-Marne, Simone Bonnafous, aurait dû candidater à la présidence du PRES (chronique : “PRES Paris-Est“), selon le principe d’une présidence “tournante”, pratiquée par les autres PRES. Autre hypothèse : l’élection de Bernard Saint-Girons pourrait signifier l’affaiblissement de la fonction présidentielle du PRES (elle deviendrait du type “présidence honoraire”), la fonction réelle de Président étant reprise par le collège des présidents et directeurs des 5 établissements fondateurs (”vers une présidence collégiale ?”). Le PRES Paris-Est existe depuis 3 ans (décret du 22 mars 2007) ; ce fut un des premiers PRES créés. Quel est le bilan de la première phase (puisqu’avec l’élection d’un nouveau président, on passe à une “nouvelle phase”) ? Aucun bilan en ligne, aucun rapport d’activité annuel. Difficile a priori d’établir rigoureusement le bilan de la 1ère présidence ! Seuls moyens de l’esquisser : 1. Comparer les missions du PRES (article 2 des statuts), les activités qu’elles ont engendrées et les résultats atteints, 2. Estimer les coûts engagés (coûts de coordination et dépenses) pour atteindre ces résultats. 3. Rechercher les indicateurs de performance, indicateurs d’efficience et d’efficacité. Volet 2 (ressources mobilisées). Pas d’informations sur le budget consolidé du PRES (ressources et dépenses), mais un organigramme détaillé, en date d’avril 2010 et presque digne d’une entreprise internationale (cliquer ici). Avec un tel potentiel humain, les activités du PRES doivent être nombreuses : elles le sont ; il suffit de parcourir le site. On y découvre même des chiffres-clés (cliquer ici) ; ils datent hélas de 2007-2008 ! 1.240 doctorants (2% des doctorants de France). La création d’une Fondation était annoncée : où en est-on ! Mais la question 3 demeure : ces activités sont-elles efficientes et efficaces eu égard aux missions que s’est donné le PRES ? Les réponses à la question 3 permettraient de répondre à la question 1. Il se fait que j’ai été associé (j’étais encore en activité à l’université de Marne-la-Vallée) à une rechercheaction sur le sujet, avec Philippe Laredo : quels sont les indicateurs pertinents pour mesurer l’efficience et l’efficacité de la recherche ? Les résultats, à ma connaissance, n’ont jamais été diffusés! Missions du PRES pour quels résultats ? “Signature des publications scientifiques sous le nom de Paris-Est“ (les règles) : combien de publications sous cette dénomination et quelle évolution depuis 2007 ? “Répartir les allocations de recherche entre les écoles doctorales” : combien d’allocations, de contrats doctoraux pour les 6 écoles doctorales ? Dans un des coins du site, on découvre que le président du PRES affecte lui-même 5 allocations ! “Assurer le suivi de l’insertion professionnelle des docteurs” : combien de docteurs ? quelle évolution depuis 2001 ? Une seule publication sur le sujet et qui concerne les doctorants 2005 (avant la création du PRES), enquêtés en 2008 (cliquer ici) : en 2005, les établissements fondateurs n’avaient produit que 180 docteurs (moins de 2% des doctorats délivrés en France). “Valoriser les activités de recherche réalisées en commun” : il n’y a pas encore de service de valorisation commun aux 5 établissements du PRES. “Promotion internationale de l’université de Paris-Est” : en 2010, le PRES invite 15 chercheurs ou professeurs étrangers (cliquer ici) : bourses de 6.800 euros nets… quelle que soit la durée de la visite mais durée recommandée de 4 semaines et ne pouvant être inférieure à 2 semaines ! quel impact d’une durée aussi courte pour la recherche ? Arrêtons les exemples. Le PRES Paris-Est a une excellente communication, mais ses membres fondateurs n’ont même pas une charte graphique commune (”Paris-ESt et ses sites WEB“). Le PRES mobilise en propre beaucoup de ressources humaines, développe de multiples activités, va même concourir à l’emprunt national en tant que campus d’excellence. Mais il est muet sur ses résultats : impossible de se faire une idée de son efficience et de son efficacité. Si Bernard Saint-Girons est en position de présider réellement ce PRES, s’il n’en est pas un “président honoraire”, il ne pourra que faire un bilan proche de celui exposé ci-dessus. Le PRES Université Paris-Est est, par sa composition même, un PRES non fusionnel ; après 3 ans, il n’est pas en mesure de prouver son efficience et son efficacité ; il a donc un avenir très incertain. Berrnard Saint-Girons, en tant que directeur général des enseignements supérieurs en 2007, a parié sur ce PRES. Et s’il se donnait comme mission, après mures réflexions, la dissolution du PRES ? Etre mis en examen, voire écroué Pierre Lunel mis en examen (17 février 2010) Pierre Lunel, ancien président de l’université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis et ancien délégué interministériel à l’orientation, vient d’être mis en examen (cliquer ici) pour “détournement de fonds publics” et “complicité d’escroquerie par abus de qualité“, à la suite de deux plaintes, déposées en 2007, par Pascal Binczak, son successeur” (photo prise en mai 2007). “Pierre Lunel est soupçonné d’avoir employé, sur les deniers de l’université, de 2001 à 2006, un vacataire et effectué plusieurs voyages au profit de manifestations culturelles dont il était le directeur artistique”. Pour Maître Sophie Bottai, son avocate, “ces séjours n’avaient d’autre but que de donner un rayonnement international à son université”… “En juin 2007, Pierre Lunel avait répliqué en déposant une plainte pour diffamation”. Il est l’auteur de “Fac : le grand merdier ? Pour en sortir : confidences d’un président d’université”, Editions Anne Carrière, 2007 (cliquer ici). Le montant supposé des “détournements de fonds” n’est pas rendu public. La première accusation est grave si Pierre Lunel a employé un vacataire à des fins privées du type “ménage au domicile privé, garde d’enfants, travaux d’entretien et de jardinage”… La seconde accusation (financement de plusieurs voyages au profit de manifestations culturelles) devrait faire trembler le landerneau universitaire et présidentiel. Quelle est en effet la frontière entre ce qu’un président peut et ne peut pas faire dans le cadre de son budget de fonctionnement ? Qu’est-ce qui distingue une mission utile pour l’université et une mission inutile ? Un colloque prolongé par un jour de tourisme est-il un détournement de fonds publics ? Tout enseignant-chercheur est confronté à ces deux dernières questions tout au long de sa vie professionnelle. Combien d’enseignants-chercheurs vont être mis prochainement en examen ? Chroniques de ce blog sur Pierre Lunel, délégué interministériel à l’orientation : “Le serpent de mer de l’orientation“, sur les Présidents de Paris 8 (cliquer ici), sur Paris 8 en photos (cliquer ici). Président Oueslati suspendu Laroussi Oueslati, président de l’université de Toulon (CV sur EducPros), a été suspendu de ses fonctions par Valérie Pécresse. C’est une “première” dans l’histoire des universités depuis la loi Faure de 1968, c’est-à-dire depuis que les présidents sont élus par un ou des conseils. Après la démission, quelquefois forcée (lire la chronique : “Démission du Président“), voici donc la suspension. La situation est très grave et fait suite à l’affaire des diplômes obtenus par des étudiants chinois de l’université dans le cadre d’un possible trafic (lire la chronique : “Etudiants chinois“). Une enquête de police et une enquête de l’IGAENR ont été engagées. C’est au vu des conditions de la mise en oeuvre d’une enquête complémentaire de l’IGAENR que Valérie Pécresse a pris sa décision de suspension. Selon Le Monde de ce jour : “le rapport complémentaire fait apparaître que le président et son équipe de direction ont entravé l’enquête administrative, avec des mises à l’écart, pressions, intimidations et menaces de représailles à l’encontre d’enseignants-chercheurs et de personnels de l’université et une saisine de documents qui peut laisser supposer une tentative de destruction de preuves” (lire l’article du Monde - réservé aux abonnés). Valérie Pécresse devrait s’interroger sur l’élection du président d’université telle qu’elle est prévue dans sa loi LRU. Il est élu par un collège électoral d’environ 20 membres conseillers d’administration (les personnalités extérieures n’ont pas le droit de vote). Il en est résulté un grand nombre de candidatures uniques à la présidence (ne pas prendre le risque d’être élu par seulement 10 voix), sans doute au prix de “petits arrangements internes”. Laroussi Oueslati, seul candidat, a été, en mars 2008, confirmé dans ses fonctions avec seulement 3 voix contre et un vote blanc, après que la liste qui le soutenait l’ait brillamment emporté aux élections des conseils. Il avait été élu président “d’avant la LRU”, en février 2007, au 1er tour de scrutin par 67 voix sur 110 (il y avait alors deux autres candidats). Belle élection, légitimité interne incontestable et renforcement possible de son pouvoir (verrouillage par exemple de la composition de la section disciplinaire). Pas d’opposition interne instituée qui aurait pu obtenir la démission du président avant que celui-ci ne soit suspendu. Pas d’opposition externe car le président Oueslati est en même temps conseiller régional, membre de la majorité de gauche de ce conseil (le cumul de mandats est possible pour les présidents d’université !). Un pouvoir absolu qui s’installe avec ses risques de clientélisme en interne. Bref, on observe, par cette suspension, les effets pervers du mode actuel d’élection du président d’université (lire la chronique : “Elire le Président“). Président suspendu : on peut penser qu’un autre président ne peut donc être élu à sa place et qu’un administrateur provisoire va être nommé par le recteur d’académie. Ce dernier devrait avoir le courage de mettre dans le cahier des charges de l’administrateur provisoire : “préparer la dissolution de l’université de Toulon, l’affectation de ses différentes composantes à la future université unique d’Aix-Marseille”. En effet, l’université de Toulon et tous ses personnels ne se relèveront pas de l’affront que viennent de lui faire subir ses dirigeants. Il leur faut donc regarder en urgence vers l’avenir, pour effacer au plus vite cette triste histoire d’une université “libre” mais “non responsable”. Laroussi Oueslati, dans un communiqué du 19 octobre publié par EducPros, se défend de toutes les accusations portées contre lui et son équipe. Pour le moins, on dira qu’il le fait fort maladroitement. Oueslati révoqué (23 mai 2010) Communiqué de Valérie Pécresse, 21 mai 2010 : cliquer ici. ”Révocation de la fonction publique prononcée à l’encontre de Laroussi Oueslati, président de l’Université du Sud Toulon Var à la date d’engagement des poursuites contre les graves dysfonctionnements révélés par les deux missions de l’Inspection générale de l’éducation nationale de l’administration et de la recherche (IGAENR) et concernant l’inscription d’étudiants étrangers”. “Interdiction définitive d’exercer toute fonction dans un établissement public ou privé” (pourquoi ce “ou privé” ?). “Exécution immédiate de la sanction”. La sanction prononcée par la section disciplinaire de l’université Paris IV Paris Sorbonne est d’une sévérité extrême, la plus forte qui soit pour un enseignant-chercheur : l’exclusion à vie de la fonction publique. Je vais essayer d’expliquer pourquoi cette décision me met fort mal à l’aise. Auparavant, il faut rappeler le calendrier de “l’affaire”. Dès l’affaire dite du “trafic de diplômes au profit d’étudiants chinois”, j’ai pris position dans la chronique du 16 avril 2009 “Etudiants chinois“. “La police enquête ; il faut en attendre des résultats clairs et rapidement, et, bien sûr, de lourdes sanctions si des faits répréhensibles sont prouvés”. Je contextualisais l’affaire : ”le recrutement d’étudiants étrangers constitue pour les universités, indépendamment des mesures réglementaires concernant leur accueil, une variable d’ajustement des effectifs, un moyen de limiter la chute des effectifs observée depuis plusieurs années et de pourvoir les capacités d’accueil de certains diplômes dans un contexte de pléthore de formations”. Chronique du 19 octobre 2009 : “Président suspendu” par Valérie Pécresse. “Le rapport complémentaire de l’IGAENR fait apparaître que le président et son équipe de direction ont entravé l’enquête administrative, avec des mises à l’écart, pressions, intimidations et menaces de représailles à l’encontre d’enseignants-chercheurs et de personnels de l’université et une saisine de documents qui peut laisser supposer une tentative de destruction de preuves”. Quid du supposé trafic de diplômes ? Où en est-on de l’enquête de police ? 23 octobre 2009 : un administrateur provisoire est nommé à la tête de l’université. 11 novembre 2009. Sur son site, Laroussi Oueslati annonce sa démission. “En tant qu’homme, je continuerai à me battre pour mon honneur. En tant qu’homme, je veux dire à mes amis, en ce moment difficile, et à tous ceux qui, malgré les attaques et les calomnies, me font confiance, à quel point leur soutien m’est précieux”. Chronique du 4 décembre 2009 : “SGEPES renvoyée“. “Laroussi Oueslati a utilisé son pouvoir de président pour renvoyer sa secrétaire générale, Fatiha Bastiani, début septembre 2009″. “J’ai été limogée pour avoir donné des indications trop précises aux Inspecteurs généraux de l’Education nationale“. Il faut questionner le pouvoir du Président sur la nomination des cadres dirigeants. Chronique du 26 mars 2010 : “La rumeur de Toulon“, anatomie d’une rumeur, livre d’André Joly, professeur émérite. Quelques titres de chapitres : ”L’ère du soupçon, du mépris et de la honte”… “Shoot to kill”… “Règlement de comptes à OK Corral”… “Relents racistes, nationalistes, xénophobes”… Mars 2010 : pas de nouvelles de l’enquête de police, pas de publication des rapports de l’IGAENR. Ce qui met fort mal à l’aise dans la révocation de la fonction publique de Laroussi Oueslati, avec effet immédiat. Je ne suis pas juriste, mais je crois que cette décision, relayée par un communiqué de Valérie Pécresse, est le fruit d’une justice d’exception, d’une justice expéditive et opaque, totalement inadmissible dans une démocratie. Aux juristes de se prononcer ! 1. La révocation de la fonction publique figure-t-elle parmi les sanctions à disposition d’une section disciplinaire d’université ? 2. Le CNESER a refusé de fonctionner en section disciplinaire pour ce cas, indiquant que tout condamné par une section disciplinaire locale devait pouvoir faire un recours en seconde instance auprès de lui ; pourquoi le CNESER n’est-il pas convoqué ? 3. Même s’il avait été convoqué, il est une instance consultative ; la décision de révocation est donc bien celle de Valérie Pécresse. 4. Celle-ci a-t-elle le droit de révoquer de la fonction publique ? 5. Laroussi Oueslati, à ma connaissance, n’a pas été mis en examen suite à l’enquête de police. Pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas encore remis ses conclusions après plus d’une année ? Conséquence : aucun tribunal n’a condamné cet ancien président d’université à une amende, à une peine de prison avec sursis ou à une peine de prison ferme. Son casier judicaire est donc vierge, i.e. qu’il garde la condition pour être fonctionnaire. 6. Quels sont donc les motifs invoqués pour appuyer la sanction ? Laroussi Oueslati a “entravé” l’inspection de l’IGAENR et peut-être “détruit des pièces” : Valérie Pécresse doit le prouver et publier les rapports en urgence. Que celui qui n’a jamais dissimulé d’informations à une commission d’évaluation, à l’Inspection générale, à l’Inspection des Finances, à la Cour des Comptes, à l’AERES lève la main ! Ce qui me met fort mal à l’aise face à la sanction de révocation, c’est que Valérie Pécresse, c’est que la ministre qui vient de prendre une sanction extrêmement lourde à l’égard d’un enseignantchercheur, élu président de son université d’une manière tout à fait démocratique, est en fait deux fois responsable de la situation à Toulon et dans d’autres universités. A-t-elle critiqué la forte croissance du nombre d’étudiants étrangers ? Quelle est l’université qui n’a pas ouvert, qui n’ouvre pas largement ses portes aux étudiants étrangers, suite à la diminution du nombre des étudiants français ? Les universités doivent-elles être qualifiées de “voleuses” parce qu’elles veulent maintenir la dotation financière de l’Etat, fondée sur le nombre des inscrits ? Valérie Pécresse a fait voter la loi LRU, loi qui renforce significativement le pouvoir des présidents d’université et en affaiblit la légitimité (élections par le conseil d’administration, les personnalités extérieures étant exclues du scrutin). Plus gravement : les présidents ne peuvent être démis de leur fonction au cours de leur mandat. Le pouvoir peut faire tourner la tête ; il peut se transformer en autoritarisme, en clientélisme, copinage, népotisme ! Il est temps de réformer la gouvernance de la loi LRU, d’instaurer des contre-pouvoirs dans les universités. Et enfin, la révocation expéditive de Laroussi Oueslati me met mal à l’aise parce qu’elle pourrait laisser croire qu’il y a dans notre pays deux justices. J’ai bien peur que l’ancien président de l’université du Sud Toulon Var ne mette désormais en avant, pour se défendre, le fait qu’il soit d’origine tunisienne, qu’il soit maître de conférences et non professeur, qu’il soit de gauche et non de droite, qu’il ait été conseiller régional en PACA de 2004 à 2010 (article de Jeune Afrique, début 2009). Laroussi Oueslati n’est pas mis en examen dans la dite “affaire des étudiants chinois de Toulon” ; jusqu’à preuve du contraire, il est donc innocent. Les inspecteurs de l’IGAENR l’accusent d’entraves à leur inspection ; ils n’ont pas pouvoir de prononcer des sanctions ; Valérie Pécresse sanctionne un fonctionnaire, suite à la proposition d’une section disciplinaire locale. Je crois qu’elle usurpe le droit de révocation. Que les juristes me disent si j’ai raison ou non ! Actualisation mardi 25 mai 2010. Réponses d’un professeur de droit public aux questions posées. Merci à lui 1. Oui, la révocation fait bien partie des sanctions qui sont à la disposition du pouvoir disciplinaire ; pour les universitaires, celui-ci est exercé par une juridiction administrative spécialisée (section disciplinaire du CA, puis CNESER en appel) et non pas par un supérieur hiérarchique, pour des raisons liées à l’indépendance des enseignants-chercheurs.fai 3. Le CNESER est certes une instance consultative, mais pas du tout dans ses fonctions de juridiction d’appel en matière disciplinaire : dans cette composition spéciale, il est une vraie juridiction, dont la décision s’impose tant au “justiciable” qu’à la ministre ; il doit d’ailleurs lui-même la prendre en toute impartialité et en toute indépendance, ce qui interdit d’une part des liens avec l’intéressé, d’autre part une quelconque consultation d’une quelconque autorité : il ne peut pas, par exemple, s’en remettre à la décision ou même à l’avis de la ministre, il doit trancher lui-même (ici la ministre n’a fait que communiquer une décision qui n’est pas la sienne). La décision du CNESER (ou d’une autre juridiction d’appel), en revanche, peut être transmise au Conseil d’État (qui lui, est composé de juges professionnels), pour un contrôle de cassation : s’il est saisi par l’intéressé, ce qui ne manquera pas d’intervenir, le Conseil d’État s’assurera que le droit a été respecté (par exemple que la procédure est régulière, que la sanction n’est pas manifestement disproportionnée par rapport à la gravité de la faute, etc.). La justice d’exception est donc bien contrôlée, en fin de processus, par la justice à compétence générale composée de professionnels du droit.4. La 4ème question n’a plus d’objet compte tenu de ce qui précède. 5. On peut être sanctionné disciplinairement, comme en l’espèce, sans être poursuivi au pénal : il n’y a rien de choquant à cela et c’est même très fréquent, car ce sont deux procédures totalement indépendantes (la première étant purement interne à l’administration, même si, encore une fois, elle est menée sous le contrôle du juge administratif). On peut donc parfaitement être révoqué de la fonction publique avec un casier judiciaire vierge, en cas de manquement grave à la déontologie basique du fonctionnaire. En revanche, se voir interdire toute fonction publique pour l’avenir, c’est autre chose : cela ne peut découler à ma connaissance que d’une décision juridictionnelle. Mais là précisément, c’est le cas puisque le pouvoir disciplinaire est exercé par un juge !” Oueslati. Le jugement (25 mai 2010) Courriel reçu mardi 25 mai à 10 heures 54, émanant de “Relation presse [email protected]“. Jugement et communiqué de Laroussi Oueslati, intitulé “une disproportion sans précédent entre les faits et les sanctions infligées“. Le jugement est joint au courriel : cliquer ici. Il vaut d’être lu très attentivement. Il est éclairé par de nombreuses considérations. J’ai exprimé mon malaise dans la chronique du dimanche 23 mai : “Oueslati révoqué“. Mon malaise demeure après la lecture du jugement et me conduit à poser de nouvelles questions. La section disciplinaire de Paris IV réunie en formation de jugement s’est tenue lundi 17 et mardi 18 mai. Elle a prononcé la révocation de la fonction publique à vie et immédiatement exécutoire. Les observations du ”déféré”, aidé par deux conseils, ont été faites au début et à la fin de la réunion. 1. Deux jours et pas moins de 30 heures de réunion (la séance s’est terminée à 3 heures 40 du matin). Pourquoi une telle durée ? Certes, 18 témoins ont été auditionnés, mais quand même ! 2. C’est le recteur de l’académie de Nice qui a engagé les poursuites. A-t-il été présent durant les 30 heures ? Etait-il présent au moment de la délibération ? Un représentant du ministère était-il présent ? Est-ce le recteur, ou un représentant du ministère, qui a prescrit, suggéré la révocation à vie ou celle-ci a-t-elle été prise en conscience et non sous influence, par les membres de la section ? 3. La section disciplinaire était composée de 4 enseignants-chercheurs, deux professeurs et deux maîtres de conférences. Ces enseignants ne sont pas juristes (deux philosophes, un archéologue et une enseignante de langues et littératures romanes) ; cela est habituel dans les sections disciplinaires des universités ; il faut être élu d’un conseil pour y sièger. Le secrétaire présent lors des réunions de jugement est également membre de l’université. Il n’y a pas de juge professionnel dans les sections disciplinaires, ni au niveau des universités, ni au CNESER. D’où une autre question : qui a rédigé le jugement ? 4. Le jugement comprend 30 considérations à charge pour Laroussi Oueslati. On m’a toujours appris que ce qui se concevait bien s’énonçait clairement. Cette pléthore de griefs est un des éléments de mon malaise. On peut les classer sous trois chefs d’accusation : dysfonctionnements internes qui touchent à la gouvernance de l’université, entraves aux enquêtes de l’Inspection générale, fraudes au diplôme. Laroussi est d’abord accusé de fort graves conflits avec la hiérarchie administrative de l’université, de court-circuitage de celle-ci, d’absence de prise en compte des alertes formulées par celle-ci. La LRU a fortement accru les pouvoirs des présidents d’université. L’ex-président de Toulon a cru qu’il pouvait gouverner au besoin contre ses cadres administratifs. D’autres présidents s’y sont employés. La pratique mérite d’être condamnée. Elle ne vaut certainement pas la révocation à vie de la fonction publique. 5. L’ex-président a fait entrave aux deux enquêtes de l’IGAENR. “Considérant que l’ensemble des tentatives et pressions susmentionnées avait pour finalité claire de faire obstacle aux divers contrôles et enquêtes depuis avril 2009″. Le jugement ne mentionne pas, comme plusieurs médias l’ont pourtant dit, le grief de “destruction de pièces“. L’entrave aux enquêtes publiques est évidemment répréhensible et sanctionnable mais mérite-t-elle la révocation à vie ? J’ai déjà écrit dans la chronique précédente que les responsables universitaires qui nont jamais dissimulé d’informations aux divers types d’enquêtes publiques lèvent la main ! 6. Evidemment plus grave, l’accusation d’avoir couvert, voire organisé une fraude au diplôme, ce que la presse a dénommé : “vente de diplômes à des étudiants chinois”. Pas d’étudiants chinois mentionnés dans le jugement, pas davantage de grief de vente de diplômes, de corruption de fonctionnaire. Pour comprendre le dispositif de la dite fraude, il faut exposer les procédures d’admission des étudiants étrangers. A Toulon, c’est la scolarité centrale qui organise la logistique de ce qu’on y appelle la Validation des études supérieures (VES), pour les ”Candidatures à une filière à recrutement limité”. “Vous ne possédez pas le diplôme requis pour vous inscrire directement : vous devez remplir un dossier de validation des études supérieures (VES) en cliquant ici“. “Attention : “Vous désirez poursuivre vos études à Toulon et vous résidez dans l’un des pays figurant dans cette liste Campus France (annuaire en cliquant ici), il est alors nécessaire de vous inscrire auprès de l’Espace Campus France correspondant pour pouvoir déposer votre demande d’inscription pour l’année universitaire 2009-2010 et pour obtenir votre visa d’étudiants”. L’espace Campus France existait-il au moment des faits reprochés à Laroussi Oueslati ? Les étudiants “fraudeurs” étaient-ils munis d’un visa étudiant quand ils ont demandé à s’inscrire à Toulon ? Ce qui est d’abord reproché à l’ex-président, c’est d’avoir mis la main sur la commission VES CCV (considération 2) : “présidence illégale, fonctionnement irrégulier, défaut de collégialité des décisions, ou a minima superficialité et rôle insuffisant laissé aux composantes”. Ces commissions existent dans toutes les universités : je ne dirai pas que leur fonctionnement est irréprochable ! Quand on veut éviter une baisse des effectifs dans telle ou telle formation, on n’est pas très regardant sur le niveau des candidats étrangers ! L’organisation non professionnelle du recrutement des étudiants étrangers dans l’université de Toulon mérite-t-elle une révocation à vie ? On entre maintenant au coeur de l’accusation : Larroussi Oueslati a-t-il organisé sciemment une fraude au diplôme au profit d’étudiants étrangers ? Si oui, il mériterait la révocation à vie. Le problème, c’est que le jugement ne l’en accuse pas (considération 3). Il faut en fait distinguer trois étapes pour parvenir à l’obtention du diplôme de master (ici le master IAE) : l’entrée en 1ère année (M1), le passage en 2ème année (M2) ou l’admission directe en M2, l’obtention du diplôme à la fin de la 2ème année. Entrée en M1 : “suivi par certains usagers de formations non adaptées à leur niveau réel” ; qui ne s’est jamais trompé dans la sélection à l’entrée d’un diplôme professionnel ? Entrée en M2 : “risque excessif pris en acceptant le passage en M2 de certains étudiants étrangers sans être sûrs de la qualité de leur diplôme”. Quel membre d’une commission de sélection connaît et prend le temps de vérifier la qualité d’un grand nombre de diplômes étrangers ? Obtention du Master : “les fraudes commises par certains usagers pour pallier la faiblesse de leur niveau scolaire et de langue, comme le prouvent certains rapports de stages de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) au niveau M2 soutenus en septembre 2009″. Le texte impute les fraudes aux étudiants et non à l’ancien président ! Je suppose, puisque les fraudes ont été repérées, que les étudiants n’ont pas obtenu le master ! Qu’en a-t-il été au cours des années précédentes ? Le jugement ne porte pas de griefs pour les années antérieures. 6. Quant à la considération 4 (rupture de l’égalité de traitement à l’égard des candidats à l’inscription), je veux éviter d’entrer dans la polémique des inégalités de traitement dans les universités. Il y aurait tant à dire sur le clientélisme, le copinage, le népotisme non seulement dans les universités, mais aussi dans toutes les organisations productives. L’égalité de traitement ne se décrète pas ; la lutte contre les inégalités de traitement est permanente. J’ai, au cours de ma vie professionnelle, été élu trois fois au conseil d’administration, dans 3 universités différentes. Je n’ai jamais été membre de la section disciplinaire. Si j’avais été affronté au cas de Monsieur Laroussi Oueslati, je peux dire, en conscience et avec responsabilité : ”je n’aurais pas voté la révocation à vie pour les fautes invoquées dans le jugement” ! Celui-ci prouve que l’exprésident a manipulé la commission d’admission des étudiants étrangers, voire forcé l’inscription dans certains diplômes ; par contre, le jugement ne prouve pas qu’il a organisé une fraude au diplôme, et a fortiori une vente de diplômes. La sanction doit être adaptée à l’importance de la faute. J’espère que les membres de la section disciplinaire du CNESER, auprès de laquelle l’ancien président de Toulon a porté recours, partageront mon avis. Je demande, pour ma part, que l’enquête de police, diligentée depuis plus d’un an, produise, rapidement et enfin, des conclusions. Oueslati et la CPU (31 mai 2010) La Conférence des présidents d’université (CPU) tient son prochain conseil d’administration (CP2U), jeudi 3 juin 2010 (cliquer ici). ”Composée du Bureau et de quinze membres (les présidents des sept commissions et huit autres membres élus par l’assemblée plénière), la CP2U instruit les dossiers avant les débats en Conférence, statue sur les sujets ne nécessitant pas un vote en séance plénière et publie parfois des communiqués de réaction rapide sur les différents sujets abordés” (cliquer ici). Publiera-t-elle un “communiqué de réaction rapide” sur le sujet de la révocation, à vie et immédiate, de la fonction publique de Laroussi Oueslati, décidée par la section disciplinaire de l’université de Paris 4 Sorbonne le 21 mai 2010 et actée aussitôt par Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur de la recherche (chronique “Oueslati révoqué“). J’ai écrit mon profond malaise vis-à-vis de cette sanction car aucune des 30 considérations du jugement n’accuse Laroussi Oueslati de trafic de diplômes (vente de diplômes à des étudiants étrangers, délivrance de diplômes sans réussite aux examens). Je souhaite très sincèrement que les 18 présidents de la CP2U lisent ou relisent ce jugement avant la tenue de la CP2U, en discutent et publient un communiqué répondant aux 4 questions suivantes : 1. Les faits reprochés à Laroussi Oueslati par le jugement valent-ils la révocation à vie et immédiate ? 2. Pourquoi les deux rapports de l’IGAENR ne sont-ils pas rendus publics ? 3. Pourquoi les deux enquêtes judiciaires (la première remontant à plus d’un an) n’ont-elles pas encore rendu leurs conclusions ? 4. Pourquoi l’administrateur provisoire, Philippe Tchatmitchian, désigné par le recteur de l’académie de Nice en octobre 2009, n’a-t-il pas encore organisé l’élection d’un nouveau président par le CA élu démocratiquement ou proposé l’élection de nouveaux conseils, à même d’élire un nouveau président ? L’université de Toulon n’en est-elle plus une ? Laroussi Oueslati, un homme âgé de 50 ans, arrivé de Tunisie à Toulon à l’âge de 9 ans, qui y a fait toutes ses études au lycée puis à l’université jusqu’au doctorat, recruté ensuite comme maître de conférences, puis élu président de cette université en 2007 et confirmé dans la fonction en 2008. Cet homme mérite que les présidents, ses anciens collègues, n’invoquent pas leur devoir de réserve et s’expriment avec courage en toute liberté, responsabilité et conscience. Laroussi Oueslati doit-il encourir la sanction absolue pour un fonctionnaire ? A-t-il commis des fautes à ce point graves qu’elle lui valent d’être licencié sans indemnité, d’être mis à la rue et obligé de rechercher un emploi en dehors de l’enseignement, son métier, avec des soupçons, non prouvés par le jugement et qui lui vaudraient d’être stigmatisé à vie : “cet homme est un trafiquant”. Laroussi Oueslati vient de réouvrir son blog : cliquer ici. Il peut être également intéressant de lire, avec distanciation, sa trajectoire sur Wikipédia : cliquer ici. Oueslati en préventive : corruption passive ! L’ancien président de l’université de Toulon, Laroussi Oueslati, a été mis en examen par le juge d’instruction Franck Landou, et écroué à la prison des Baumettes à Marseille. Il avait été arrêté à son domicile lundi dernier et gardé à vue. Au terme de la garde à vue, il a été mis en examen et incarcéré pour “corruption passive par une personne chargée d’une fonction publique”. ”Corruption passive” : Laroussi Oueslati aurait accepté de l’argent. Quand ? A combien de reprises ? Combien ? De la part de qui ? Sous quelle forme, espèces ou cadeaux ? Qui sont les témoins à charge ? Cet argent a-t-il été dépensé ? Deux points m’étonnent et me choquent dans la mise en examen et le mandat d’arrêt. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps (plus de 18 mois) pour en arriver là ? Une information judiciaire pour “corruption passive et active”, “escroquerie” a en effet été ouverte en mars 2009 dans le cadre d’un présumé trafic de diplômes impliquant des étudiants chinois. 18 mois, c’est bien long pour entendre des témoins à charge, pour vérifier les comptes bancaires et les déclarations de revenus du prévenu, pour établir un éventuel décalage entre ses revenus et son train de vie… Et pourquoi une incarcération ? Laroussi Oueslati représenterait-il un danger pour les gens qu’il rencontrerait ? Je croyais, naïvement, que la prison préventive devait rester l’exception. Selon son avocat, la mise sous écrou ne devrait certes pas dépasser une semaine ; une mise en liberté sous contrôle judiciaire devrait sans doute s’en suivre. Je ne peux m’empêcher de penser que la justice a plusieurs vitesses. J’ai publié sur ce blog 11 chroniques sur “l’affaire Oueslati”. Il en faut rappeler les étapes clés… Lire la suite et liens vers ces chroniques. Var Matin (10 novembre 2010) “Une prostituée accuse Oueslati de violences volontaires en réunion“. Une affaire qui se greffe sur la précédente : je n’ai pas publié de chronique. Je me demande si je me suis trompé sur le président Oueslati depuis le début.