Président et après - Blogs

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Président et après - Blogs
Président et après ?
Les trajectoires : démissionner en cours de mandat, partir enseigner à
l’étranger, devenir conseiller du Prince, faire le recteur d’académie, entrer
en politique, présider un PRES, être mis en examen
Président. Et après ?
Que faire après avoir été président d’université ? L’augmentation significative de l’indemnité
présidentielle prévue par le décret de juin 2010 (chronique : “La CPU. Mort annoncée ?“) change
quelque peu la donne de l’après-mandat présidentiel. Comment éviter de perdre 3.000 euros environ
par mois ? 3.000 euros, ce n’est pas rien. Le décret indemnitaire exacerbera-t-il la concurrence entre
les présidents en fin de mandat ? Quelle bataille pour les “débouchés” disponibles pour les exprésidents ?
Deux réactions de présidents aux chroniques de ce blog sur le devenir des présidents après leur
mandat. Gilbert Béréziat, ancien président de Pierre et Marie Curie Paris 6, sur son blog : “Le
président serait mis en position de détachement pendant la durée de son mandat, et les instances de
l’université pourraient ultérieurement reconnaître son investissement en lui assurant, lors de sa
réintégration à l’issue de son mandat, une promotion accélérée sur le contingent relevant de sa
responsabilité”… “J’ai bien entendu les arguties corporatistes de ceux qui s’inquiètent pour l’avenir
des présidents une fois leur mandat terminé, mais c’est un choix et s’ils sont bien payés pour leur
fonction, je ne vois pas là matière à injustice à leur égard. Nul n’est obligé de s’investir ensuite dans
des emplois étatiques, dans les cabinets ministériels, de chercher à devenir recteur ou d’aller à
Bruxelles. Il n’y a aucune honte à retrouver, comme je l’ai fait, une autre position dans
l’organigramme de son établissement”.
Patrice Brun, président de Bordeaux 3, dans la chronique “Défense des présidents” : ”Le devenir des
présidents à l’issue de leur charge est également maintes fois brocardé”… “Deux remarques. La
première est d’ordre psychologique : lorsque l’on a développé un certain nombre de compétences que
l’on n’avait pas au départ, on pense - légitimement ou non, peu importe - que l’on peut les exploiter et
rendre des services dans un autre cadre que celui de l’enseignement et de la recherche. Après tout, il
n’est pas indispensable d’être énarque pour porter le sens de l’intérêt public”…
Deux exemples récents de débouchés post-présidentiels. Eric Martin, ancien président de
l’université de Bretagne-Sud de 2005 à 2010, est devenu recteur de l’académie de Besançon (Eric
Martin. Président puis recteur“). Olivier Audeoud, ancien président de l’université de Paris 10
Nanterre de 2003 à 2008, est devenu recteur de l’académie de Grenoble en mars 2010 (chronique à
venir).
Dans notre recherche sur les présidents d’université en France et les recteurs d’université en
France et en Italie (enquêtes d’octobre 2003 à juillet 2004), nous avons identifié les “places”
possibles en fin de mandat au travers d’une série d’exemples : places dans le champ académique,
dans le champ politique, dans le champ économique, places au croisement de ces divers champs. Il est
intéressant de remarquer ce que sont devenus aujourd’hui certains des présidents interviewés à
l’époque ! Lire la partie 4.3 du chapitre 1 de l’ouvrage paru en 2006 chez Guerini Associati
(Milano) “Il governo delle università : Presidenti e Rettori in Italia e in Francia“, en coopération avec
Stefano Boffo et Roberto Moscati.
Démission du Président
Tant en France qu’en Italie, les Présidents et les Rettori ne peuvent faire l’objet, en cours de
mandat, d’une motion de censure par les conseillers d’administration. Légalement, ils ne peuvent être
obligés de démissionner même si les conseillers ne leur font plus confiance, s’opposent à leurs
propositions. Les démissions sont donc rares.
Le mandat d’un président peut cependant être interrompu avant son terme pour plusieurs raisons :
raisons personnelles ou de santé, poursuites pénales, départ vers une autre fonction, conflits
inextricables entre le président / recteur et son instance législative (CA). La recherche sur le
gouvernement des universités en France et en Italie, conduite en 2003-2004, a fait le point sur les
interruptions de mandat au cours des 10 années précédentes : cliquer ici.
Les interruptions de mandat avant terme semblent devenues plus nombreuses au cours des deux
dernières années. Démission donnée puis reprise à l’occasion de conflits sur la nomination des
personnalités extérieures du CA. Démissions pour prendre une autre fonction (”Président Stéphan“,
UTT), pour saisir une opportunité de nomination sur un poste de professeur à l’étranger (Président
Christin, université Lumière Lyon 2, chronique à venir), pour des raisons personnelles (Président
Antony, université du Littoral Côte d’Opale, chronique à venir). Et un oubli - un commentaire l’a
rappelé au blogueur - : la démission de Guy Cousineau, université Paris 7 Denis Diderot : il n’était
plus en “situation d’exercer ses fonctions selon ses convictions”.
Plus inquiétant : l’université Lumière Lyon 2 a connu deux départs en cours de mandat : démission de
Claude Journès en 2008, démission d’Olivier Christin en 2009 ; dans les deux cas, des conflits à
répétition entre le Président et le conseil expliquent au moins une partie de la démission. La forte
diminution du nombre de conseillers d’administration imposée par la loi LRU jouerait-elle un rôle
dans la progression du nombre de démissions ? Lire la chronique : “Elire les Présidents“.
Président Christin (27septembre 2009)
Suite de la chronique : “Démission du Président“. L’université Lumière Lyon 2 a connu deux
démissions de président en cours de mandat : Claude Journès élu en 2006 (succession de Gilbert
Puech - chronique à venir) et démissionnaire en 2008 ; Olivier Christin, élu en juillet 2008 et
démissionnaire en septembre 2009. Dans les deux cas, des tensions entre le président et le conseil
expliquent au moins une partie de la démission. Ils ne l’expliquent pas totalement pour Olivier
Christin : celui-ci va en effet prendre un poste de professeur à l’université de Neuchâtel (Suisse), à
compter du 1er janvier 2010. Président pendant moins d’un an et demi ! Rumeurs et annonce de son
départ sur Lyon Mag : cliquer ici et ici.
Olivier Christin a été élu président de l’université dans le cadre de la loi LRU (élection par les seuls
membres élus du conseil d’administration) : 14 voix en sa faveur contre 6 à son opposante, ClaudeIsabelle Brelot (2 votes blancs). La majorité est nette, mais 14 voix donnent-ils de la légitimité pour
présider une université, pas particulièrement facile à gouverner ?
Le président Christin, au moment de son élection en juillet 2008, pensait-il que sa carrière
professionnelle se poursuivrait en Suisse ? Rien ne l’indique à cette date : il faut lire profession de
foi de présidentiable et l’écouter et le voir à peine élu (regarder la vidéo du Progrès de Lyon). Son
programme : gouverner démocratiquement ; lutter contre la précarité d’une partie des enseignants,
des personnels administratifs et techniques, des étudiants ; faire de Lyon 2 une grande université des
humanités et des lettres ; renforcer son rôle dans la ville ; lui donner sa place et toute sa place dans le
PRES de Lyon et donc résister à la domination de Lyon 1, université scientifique. Il annonce que la
cooptation des personnalités extérieures du CA sera consensuelle parce que plurielle.
En fait, le blogueur est persuadé qu’Olivier Christin avait déjà d’autres ambitions que celle de
faire un mandat complet ou deux mandats de président. Sa trajectoire professionnelle le prouve. La
question est : quand a-t-il candidaté comme professeur à Neuchâtel (les recrutements internationaux
demandent du temps) et pourquoi l’a-t-il fait alors qu’il était jeune président ?
Qui est en fait Olivier Christin ? Il a aujourd’hui 48 ans (né en 1961) ; il fait partie de la nouvelle
génération de jeunes présidents. On peut retracer son itinéraire à partir de son CV sur le site de Lyon 2.
20 ans : après le bac, élève de l’école normale supérieure de Saint-Cloud. 22 ans : agrégé d’histoire
(1983). 28 ans (1989) : docteur en histoire moderne (”Iconoclasme et culte des images en France au
XVIe siècle”). 29-31 ans (1990-1992) : maître de conférences à l’Université de Nancy. Premier départ
à l’étranger (voir plus loin). 34 ans (en 1995, soit six ans après la soutenance du doctorat) : habilitation
à diriger des recherches (”Les paix de Religion. L’autonomisation de la raison politique au XVIe
siècle”). 35-36 ans (1996-1997) : maître de conférences à Lyon 2. Nommé professeur d’histoire
moderne à Lyon 2 en 1997, à 36 ans. Carrière exceptionnellement rapide pour un historien.
Carrière internationale. Elle commence dès 1992 à 31 ans : directeur adjoint de la Mission
historique de Göttingen (1992-1996). Elle se poursuit à Francfort sur le Main (1999), à Brown de
Providence (2001), à Genève et à Fribourg (2002 à 2004), au Warburg Institute à Londres (2004).
Olivier Christin construit son réseau, prend des responsabilités dans les Sociétés d’Histoire et dans
l’université, publie beaucoup (hélas pas sur les universités au 16ème siècle !) et devient “cumulant”
(directeur d’études à l’EPHE depuis 2003). En 2008, peut-être Olivier Christin hésite-t-il : “vais-je
faire le président ? me confronter à des conflits internes ? partir faire ma carrière à l’étranger ? une
carte de visite de président peut-elle m’aider dans ma carrière ?”.
C’est au cours de la quarantaine que bien des choix professionnels s’avèrent décisifs. Olivier Christin
a choisi de partir faire le professeur en Suisse. Faut-il lui jeter la pierre ? Non ! Les professeurs en
Suisse sont nettement plus payés que les professeurs en France (Honneur à la Suisse, ouverte aux
professeurs étrangers). Le blogueur est cependant choqué : l’intérêt individuel prime aujourd’hui
sur l’intérêt collectif (question de génération ?).
Les universités sont “libres et responsables”. Leurs présidents sont libres et donc peuvent faire
preuve de peu de responsabilité à l’égard de leur université. Le président Christin aura-t-il la
décence de reverser l’indemnité de président qu’il a perçue durant le début de son mandat ? Ne
serait-ce pas normal puisque le mandat n’a pas été mené à son terme ? Le blogueur en est certain :
Olivier Christin soigne en effet son image (de nombreuses photos sur Internet). A suivre donc !
Faire le Recteur d’Académie (4 cas)
Président Pollet (5 juillet 2009)
Jean-Jacques Pollet, germaniste (CV et photo sur EducPros), a été le deuxième président de
l’université d’Artois (le premier était Alain Lottin). Il est élu à cette fonction au début de l’année 2000
à l’âge de 51 ans ; seul candidat, il l’a emporté au premier tour par 100 voix pour et 19 abstentions ou
bulletins blancs. Le blogueur l’a interviewé en avril 2004 : lire le compte-rendu de l’entretien.
L’université existe alors depuis presque dix ans : la phase pionnière de la création est alors terminée ;
il faut continuer à faire des investissements immobiliers, développer et faire labelliser des équipes de
recherche. Présider une université répartie dans cinq villes demeure une affaire difficile.
.
Quelques mois avant la fin de son mandat, début 2005, Jean-Jacques Pollet est nommé, sous la
présidence de Jacques Chirac, Recteur de l’académie de Rouen. En 2009, sous la présidence de
Nicolas Sarkozy, il est, à 60 ans, nommé Recteur de l’académie de Metz-Nancy. Fort belle
reconversion et longévité déjà importante dans la fonction de Recteur pour un ancien Président
d’université, nommé par des gouvernements de “droite”.
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Recteur à Rouen entre 2005 et 2009, Jean-Jacques Pollet a mis en oeuvre les politiques
gouvernementales. Il est ainsi parvenu, aux fins de maîtriser la dépense publique, à supprimer 64
postes administratifs au sein du service déconcentré (le Rectorat) en créant des pôles de compétences
et en évitant que la même question soit traitée par plusieurs services. Début 2009, il organise les
consultations dans les lycées, en accompagnement de la mission de Richard Descoings.
.
Nommé recteur de l’Académie de Metz-Nancy en avril 2009, Jean-Jacques Pollet déclare à l’Est
Républicain le 18 juin : “le bac est le premier diplôme universitaire, il mérite aujourd’hui encore plus
que naguère cette fonction ; il n’est pas figé et pourra évoluer en fonction de la réforme du lycée… Le
sujet majeur aujourd’hui, c’est l’orientation“. Le blogueur se permet d’être en fort désaccord avec
le Recteur Pollet sur ces deux points. Le sujet majeur, ce n’est pas l’orientation, c’est la réforme du
premier cycle de l’enseignement supérieur (”Créer 480 Lycées d’Enseignement Supérieur“).
Président Marois (24 décembre 2009)
William Marois vient d’être nommé recteur de l’Académie de Créteil. C’est plutôt une promotion
par rapport à l’Académie de Bordeaux dans laquelle il était recteur depuis 5 ans : davantage
d’établissements, d’élèves et d’enseignants et… un rapprochement de la capitale. La longévité du
professeur Marois dans la fonction de recteur est incroyable : 17 ans sans interruption !
Mais qui est William Marois (CV sur EducPros, Biographie non consultée sur Who’s who in France
? - il faut payer 6 euros! -, aucune notice sur Wikipedia) ? Il est né en septembre 1956 à Orléans ; il a
donc 53 ans. La carrière est exceptionnelle. Docteur en Sciences économiques à 23 ans (1979),
maître assistant à 24 ans à Paris 1 (1980), professeur d’université à 25 ans (1981), nommé à Niamey
(Niger), après l’obtention de l’agrégation. A 27 ans (1983), l’expatrié rentre en France comme
professeur à Orléans. De 28 à 35 ans (1984 à 1991), il est directeur du Groupement de recherche du
CNRS (GdRe 335) portant sur “monnaie et financement”. Ses travaux de recherche s’exercent dans ce
champ : trois livres collectifs en vente sur le site de la FNAC, Politiques économiques (1998),
Monnaie, taux d’intérêt et anticipations (1992), Déséquilibres en économie ouverte (1999). 1999, dix
ans déjà et pas d’autres publications trouvées en ligne.
Mais, c’est normal, William Marois prend de plus en plus de responsabilités. Il est élu Président de
l’université d’Orléans en 1987, à l’âge de… 31 ans. Il le demeurera jusqu’en 1992. Je suppose qu’en
tant que président de l’université il n’a guère enseigné. Il n’a donc enseigné que 5 années en France,
en tant que maître-assistant puis professeur.
En 1992 en effet, il est nommé une première fois Recteur d’académie à Nancy-Metz (ce n’est pas
une petite académie) : à 36 ans. Après cinq ans en Lorraine, il est nommé Recteur à Rennes (19972000), puis à Montpellier (2000-2004), puis à Bordeaux (2004-2009), puis désormais à Créteil. 5
postes de recteur sans discontinuité. Du jamais vu ! Le poste de recteur est un poste politique : le
recteur est en effet le représentant du ministre de l’Education nationale et il doit appliquer la politique
définie par le gouvernement en matière d’éducation. De 1992 à 2009, William Marois a exercé ses
fonctions sous 3 Présidents de la république, et je ne sais plus combien de Premiers ministres et de
Ministres de l’Education nationale. William Marois a été nommé par la gauche et maintenu par la
droite, puis remaintenu par la gauche… Cela est incroyable mais vrai.
William Marois a fait parler de lui cette année car il a été en charge, avec Daniel Filâtre, de la
commission de concertation sur la mastérisation de la formation des maîtres. En 1998, sous la
gauche, il avait été responsable de la table ronde “enseignement professionnel”. Depuis mai 2007, il
est président de la Commission nationale d’évaluation de la formation des maîtres. Qu’a préconisé
William Marois dans son rapport sur la formation des maîtres de juillet 2009 (rapport distinct de celui
de Daniel Filâtre) ? Le rapport préconise l’organisation des concours en début de M2 et 10
propositions, dont “inscrire la formation des enseignants dans le cadre de masters de disciplines avec
des crédits de préprofessionnalisation en M1 (environ 30 à 40%) et de professionnalisation en M2
(environ 60%)”… “Articuler ces masters autout d’un “coeur de master” donnant aux étudiants un haut
niveau scientifique dans un champ disciplinaire et en appui sur des centres de recherche
reconnus”. Ces propositions sont reprises dans le projet de circulaire de la semaine dernière. Le
problème, c’est que personne ne veut de ce master hybride, à la fois “master professionnel” et
“master de recherche” (chronique : “35 à 3“). Que pense William Marois de ce rejet ? J’oubliais : les
recteurs ont un devoir de réserve !
William Marois fera-t-il le recteur jusqu’à sa retraite ? Si oui, il devrait encore pouvoir compter
sur deux postes (dont celui de Paris ?). Si non, que fera-t-il ? Je ne crois pas qu’il retournera faire le
professeur d’économie à Orléans. Il serait sans doute alors nommé IGAENR. Toujours est-il que
j’aimerais bien que quelqu’un m’explique sa longévité exceptionnelle et continue dans un poste de
recteur, sous la droite et sous la gauche ! A-t-il un réseau puissant sur lequel il s’appuie et qui
l’appuie ?
Eric Martin, président puis recteur (21 août 2010)
Eric Martin, recteur de l’académie de Besançon depuis mars 2010, a été décoré “chevalier de la
légion d’honneur” le 14 juillet dernier. Un poste de recteur pour un ancien président d’université, ce
n’est pas inhabituel. Mais, en novembre 2009, Eric Martin, encore président de l’université de
Bretagne Sud (site de l’UBS), déclarait au Télégramme de Brest : “Quel est votre avenir ? Un
départ vers un ministère ? Une autre université” ? “Un ministère, je n’ai pas cette prétention ! Une
autre université… Je pense que la charge ne dépend que de la quantité de projets que l’on met sur le
feu et pas de la taille de l’université. En tant que président sortant, j’ai droit à un an de congé
sabbatique. Ce qui va me permettre de me ressourcer pour la recherche et mes cours. Et ensuite, je
retrouverai ma paillasse. Entre nous, être chercheur est beaucoup plus gratifiant que n’importe
quelle autre fonction” (quiz du 10 août). Evidemment, un président qui espère devenir recteur
d’académie ne va pas le crier sur les toits ! Mais il ne dit pas dans ce cas que rien n’est plus gratifiant
que la fonction de chercheur.
Qui est Eric Martin ? Doit-il sa nomination comme recteur à ses affinités politiques et/ou à d’autres
réseaux et/ou aux compétences, à l’efficience et à l’efficacité qu’il a démontrées comme président
d’université ? CV sur EducPros, CV sur le site de l’université, CV sur le site de l’académie de
Besançon.
1961, naissance à Quimper : René Martin est donc breton. 49 ans en 2010. Retraçons sa
trajectoire. 1984 (23 ans) : élève de l’ENS Cachan, il obtient l’agrégation de génie électrique en 1984
(l’ENS Cachan est hégémonique pour les agrégations techniques : chronique “Agrégation en péril”).
1986 : thèse en électronique à Paris Sud ; agrégé docteur à 25 ans, pas mal du tout. Le profil
professionnel s’affiche : celui des sciences de l’ingénieur.
Trou dans le CV de 1986 à 1993. On sait seulement qu’il a participé à la création de l’école
d’ingénieurs de Monastir en Tunisie. Est-il alors en coopération dans ce pays ? Il mène certainement
des recherches puisqu’il est habilité à en diriger des recherches en traitement du signal. HdR à
Rennes 1 en 1993, à 32 ans : une étoile filante en recherche.
1994. Eric Martin est nommé professeur à 33 ans (33 ans, c’est l’âge moyen aujourd’hui d’accès à
un poste de maître de conférences). L’université de nomination : Bretagne Sud, qui sera officiellement
créée en janvier 1995 sur deux sites, Lorient et Vannes. Eric Martin va y déployer une activité
intensive et créatrice durant 15 ans. Ses recherches portent sur la “conception des systèmes
électroniques dédiés”. Il publie en 1996 Ingénierie des systèmes à microprocesseurs (collection
technique et scientifique des télécommunications, édition Masson). En 1998 (37 ans), il participe à la
création de l’ENSSAT, école d’ingénieurs de Lannion (université de Rennes 1).
Le temps des responsabilités commence dès la nomination comme professeur. Eric Martin n’est pas
un homme qui fuit les responsabilités ; sans doute les recherche-t-il ! Ce n’est pas un défaut.
Responsabilités internes à l’université, pédagogiques et de recherche. “Il crée et dirige durant dix
ans le laboratoire de recherche LESTER, intégré en 2008 dans l’UMR Laboratoire des sciences et
techniques de l’information, de la communication et de la connaissance” (Lab-STICC)… “Il créé et
assure la direction de l’IUP Génie des systèmes industriels (GSI), du DESS Gestion et pilotage de la
production de 1995 à 2000 ; ces formations sont intégrées en 2010 à l’ENSIBS. Il crée et dirige de
2000 à 2004 la première école doctorale pluridisciplinaire de l’Université de Bretagne Sud”. Pour sa
part, “il a formé près de trente docteurs dont la moitié est actuellement recrutée en entreprises, l’autre
ayant rejoint la recherche publique”.
Ce n’est vraisemblablement pas de gaité de coeur qu’Eric Martin, président, devra accepter, dans le
cadre du processus de fusion d’écoles doctorales, l’intégration de cette école dans quatre écoles coaccréditées avec les autres universités bretonnes. Insertion professionnelle des docteurs bretons ? Lire
l’enquête du PRES.
Responsabilités dites “administratives” au sein de l’université UBS. Dès 1995 (34 ans), “il a en
charge le développement du secteur des sciences pour l’ingénieur”. Puis, “il assure, en 2003, la viceprésidence aux nouveaux apprentissages, domaine comprenant à la fois les technologies de
l’information et de la communication pour l’éducation (TICE) et la formation tout au long de la vie”.
Éric Martin, seul candidat en lice, est élu président de l’Université Bretagne Sud le 3 décembre
2004, par 80 voix sur 106 électeurs. Il prend la succession de Gilles Prado, premier président de
l’université ; celui-ci est nommé recteur de Corse en 2006. Eric Martin a 43 ans ; c’est un fort jeune
président. Son programme : développer la recherche (niches d’excellence et réseaux de recherche), la
vie étudiante, ouvrir l’université à l’international et entreprendre une démarche qualité.
La LRU l’obligeant, Eric Martin doit faire confirmer son mandat par le CA nouvellement élu :
c’est chose faite en mars 2008. L’élection est moins “confortable” qu’en 2005 : 16 voix “pour”, 8
“contre” et 3 “blanc”. Après les élections du CA LRU, Eric Martin demeure l’élu des professeurs ; il
n’est plus celui des maîtres de conférences (la liste qui le soutenait est battue dans ce collège). Est-ce
ce demi-échec qui l’amènera à ne pas demander un renouvellement de son mandat au début 2010
? Olivier Sire devient le 3ème président de l’université de Bretagne Sud.
“Durant son mandat, Eric Martin a développé les partenariats avec les entreprises, les collectivités et
les autres établissements de formation” (CV sur le site du rectorat). Premières années de mandat. En
2006, vote d’une motion d’opposition au Contrat première embauche. 2006 et 2007 : “Eric Martin est
président du réseau des universités de l’ouest atlantique (RUOA) et des associations Ouest Recherche
et Université de Bretagne, cette dernière ayant été préconfigurative” du PRES Université
Européenne de Bretagne (UEB)”, créé dès mars 2007 ; il s’agit d’un PRES non fusionnel. Et aussi
en 2007 : l’université expérimente le Dossier Diagnostic Universitaire, une orientation active avant
la lettre.
L’année 2009, dernière année du mandat et après le semi-échec de la confirmation à la présidence en
2008, est contrastée. Opposition au ministère : les 3 conseils votent en février une motion décidant
de ne pas remonter au ministère les maquettes de masters “Education et formation” et une motion
demandant le retrait du décret sur les enseignants-chercheurs. Soutien aux initiatives de la ministre
: ouverture d’une Classe préparatoire économique et commerciale au sein de l’université (CPGE
ouverte aux bacheliers professionnels), création de la Fondation universitaire de Bretagne Sud,
rapport favorable de l’IGAENR qui permet le passage de l’université aux responsabilités et
compétences élargies de la LRU au 1er janvier 2010.
Responsabilités nationales enfin. Au sein de la Conférence des présidents d’université (CPU) tout
d’abord : “Membre actif de la conférence des présidents d’universités (CPU), il a été élu à son conseil
d’administration de 2006 à 2010. Il a piloté au nom de la CPU le comité de pilotage des systèmes
d’informations et participé au S3IT, schéma stratégique des systèmes d’information et des
télécommunications”. Par ailleurs, “Éric Martin est expert scientifique auprès de l’Agence de
l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche (AERES) ; il a été président du comité de
programme “architectures du futur” de l’agence nationale de la recherche (ANR)”. Les
responsabilités nationales créent le réseau.
En résumé. Une fort belle carrière professionnelle, des réalisations conséquentes en sciences de
l’ingénieur, une montée cohérente vers la présidence de l’université grâce à de multiples initiatives
pédagogiques et de recherche, grâce à la prise de responsabilités dans l’université. Mais quand même
une bizarrerie dans la trajectoire : ne pas solliciter un second mandat alors qu’on a seulement 49
ans. En novembre 2009, quand il parlait de retourner à la paillasse de son labo, Eric Martin savait-il
qu’il pourrait être nommé recteur ? Le souhaitait-il ? Avait-il des assurances de l’être ?
L’ancien président de Bretagne Sud n’affiche pas d’affinités politiques (ou tout au moins, je n’en
ai pas trouvées sur la toile). Mais parce que c’est un fonceur qui veut changer les choses, il a procuré
du bon pain blanc à la droite. Il s’est en effet comporté en bon soldat pour la création du PRES,
d’une Fondation, d’une classe prépa en université, pour le passage aux RCE… Etre toujours parmi
les premiers. Valérie Pécresse doit l’apprécier et a dû apporter son soutien pour sa nomination dans
l’académie de Franche-Comté. Eric Martin a accepté la nomination dans une terre fort lointaine
de son Quimper natal. Son CV sur le site de l’université dit qu’il est marié et père de trois enfants.
Comment sa famille apprécie-t-elle la vie à Besançon ?
Que veut faire le recteur dans son académie ? Son programme me plaît bien, même si je sais
qu’un recteur n’a aucune autonomie pour développer une politique personnelle. En voici quelques
extraits sur le site du rectorat. “La réussite et l’accompagnement des élèves et des étudiants tout au
long de leur cursus d’études est le but vers lequel doivent converger toutes les énergies”… “Assurer la
réussite de tous et de chacun, c’est tout d’abord prendre fortement en compte les périodes de
fragilisation des élèves. Je veux parler des périodes de transitions qui existent à chaque niveau de la
scolarité : passage… du lycée et du lycée professionnel aux études supérieures ou au monde du
travail”… “À tous les niveaux de la scolarité, jusqu’aux premiers pas dans l’enseignement supérieur se
mettent en place des dispositifs d’aide personnalisée, en complément des enseignements
obligatoires”… “Le temps des études, c’est aussi celui de l’ouverture culturelle, de la pratique du
sport, de l’éducation à la santé et à la citoyenneté”… “Une orientation plus fluide, mieux accompagnée
permettra à nos élèves d’éviter les points de blocages parfois irréversibles, afin d’aller toujours de
l’avant dans leurs projets d’études et de vie”. Des projets totalement pertinents, mais tout de suite
confrontés à la vie quotidienne, beaucoup plus prosaïque : de visites d’établissements en visite de
ceci ou cela, de prises de parole en début de colloque en inaugurations de ceci ou cela, de réunions en
réunions. Seul un conflit dans son académie révèlera réellement Eric Martin.
Une question. Eric Martin s’est-il rendu dans l’université de Franche-Comté pour y rencontrer le
président Condé ? Pas de trace sur Google, sur le site de l’université, sur le site du rectorat (cliquer
pour la liste des visites faites par le recteur). L’absence de rencontres dans l’université ne
contredirait-elle pas le programme annoncé par le recteur ?
Olivier Audeoud, recteur
(23 août 2010)
Olivier Audeoud, président de l’université de Paris 10 Nanterre de 2003 à 2008, a été nommé
recteur de l’académie de Grenoble en juillet 2010, 4 mois après qu’Eric Martin, ancien président de
l’université de Bretagne-Sud, ait été nommé recteur de l’académie de Besançon (chronique : “Eric
Martin, président puis recteur“). La nomination d’un ancien président d’université à la tête d’une
académie n’est pas inhabituelle (chronique : “Président et après ?“).
Olivier Audoud est né en 1948 ; il a donc 62 ans. Agrégé de droit public, le professeur commence
sa carrière à Paris 1 en 1970 (assistant à 22 ans ?). Premières responsabilités administratives dans
cette université : directeur de cabinet du président de 1981 (33 ans) à 1989 et directeur du centre de
formation permanente de 1986 à 1993. Il reste fidèle à Panthéon Sorbonne jusqu’en 1991 (43 ans).
Pourquoi décide-t-il alors de partir à la faculté de droit, d’économie et gestion de Nancy 2 et ce
jusqu’en 1997 (49 ans) (photos de la faculté) ? Dans cette université, il devient vice-président en
charge des relations internationales. La charge n’est pas anodine : Audeoud va s’investir plus encore
dans les relations extérieures.
La mobilité professionnelle se poursuit. Elle est peu traditionnelle pour un professeur : après de
longues années à Paris, il ”descend” en province à Nancy pour remonter six ans après à Paris, à Paris
10 Nanterre, qui possède une faculté de droit certes, mais non “La” faculté de droit. 1998 : Olivier
Audeoud a 50 ans.
1998. Nanterre n’est pas une université facile à piloter, on le sait. Olivier Audeoud, pour ses
compétences en droit public sans doute, est d’abord appelé à présider la commission des statuts. Elu
au CA durant cette période, j’ai le souvenir d’un homme de dossier, assez peu charismatique. En 1999,
je “mute” vers l’université de Marne-la-Vallée et ne peux entendre les interventions d’Olivier
Audeoud à l’oeuvre quand il est lui-même élu au CA en 2002.
2002. Elections municipales (cliquer ici). “Passionné par le patrimoine lorrain et tout particulièrement
par le patrimoine de Saint-Mihiel, berceau de ses ancêtres, cet universitaire de renom s’est laissé tenté
par la politique. Aux dernières municipales, il a conduit une liste de sensibilité de gauche qui s’est
placée en seconde position”. Olivier Audeoud devient conseiller municipal…. alors qu’il n’est plus
à Nancy, mais à Nanterre. Assez curieux.
2002, décembre. Arrive l’élection du successeur du président André Legrand, professeur de droit
public. Alors que l’ancien Directeur des lycées et collèges était seul candidat à la présidence
de Nanterre cinq ans plus tôt, c’est la bousculade. Six candidats. Olivier Audeoud l’emporte au
4ème tour de scrutin, par 79 voix (140 électeurs). Président à 54 ans. Son score est plus faible que
celui obtenu par André Legrand (127 voix).
2004, juin. Menant une recherche sur les présidents des universités en France et en Italie, j’interviewe
Olivier Audeoud : lire cette interview. “Pourquoi avoir fait le président” ? Celui-ci me
répond: ”pourquoi pas ? J’ai toujours fait de l’administration, dans la recherche ou dans les relations
internationales”… “Il y avait une part d’inconscience dans ma candidature… Je perds de l’argent en
étant président”… “Les préoccupations sont fort nombreuses ; j’ai même reçu des menaces
physiques”… “Mais c’est un travail passionnant”. L’interview s’est plutôt mal passé : le président ne
s’est pas livré. J’avoue que je n’ai pas une grande sympathie pour lui.
2006, mars. Le président Audeoud demande solennellement au premier ministre de suspendre le
Contrat première embauche. 2006, décembre. Il est élu président de la commission des relations
internationales et européennes de la CPU. 2007, novembre, Mouvement contre la LRU. Il fait appel
aux forces de l’ordre (cliquer ici) : “ce blocage est totalement illégal et antidémocratique… Ce matin,
j’ai dû envoyer du personnel administratif pour tentet de calmer la situation, mais la tension montait et
nous avons dû faire intervenir la police”.
2008, avril. Olivier Audeoud n’est pas candidat à sa propre succession. Encore président de la
commission des relations internationales et européennes de la CPU, il est interviewé par EducPros
(cliquer ici). Il n’est pas particulièrement tendre à l’égard de l’implantation de Paris Sorbonne à Abu
Dhabi et de Dauphine à Tunis. “Les universités françaises ne peuvent pas faire n’importe quoi à
l’étranger”… “Avec la Sorbonne Abu Dhabi, les postes diplomatiques français au Moyen-Orient se
retrouvent à devoir chercher des étudiants pour aller étudier là-bas. Et du coup, cela crée aussi une
concurrence avec les autres formations francophones préexistantes dans cette région. Quant au projet
de Dauphine à Tunis, s’il est soutenu par les autorités locales…, son lien avec le monde universitaire
tunisien n’est pas démontré”. Ecouter et voir l’intervention d’Olivier Audeoud au colloque annuel de
la CPU “Les universités européennes : nouvelles frontières, nouvelles perspectives“ ; son thème :
la mobilité.
2010, janvier. Olivier Audeoud est coopté membre du conseil d’administration du Pôle
universitaire privé Léonard de Vinci (PULV ou Fac Pasqua) : cliquer ici. “Une démarche commune
de travail du PULV avec le monde universitaire n’est pas nouvelle. La première fois que j’ai rencontré
Nicolas Sarkozy, alors président du conseil général, nous avons passé trois quarts d’heure sur le
sujet… Des regroupements sont devenus possibles avec la loi. Le pôle vient d’accueillir cette année
plusieurs formations de Dauphine et doit faire de même avec Nanterre à la rentrée prochaine”…
“Olivier Audéoud rejoint les instances de Léonard-de-Vinci pour y apporter son expertise tant sur
les aspects de relations internationales que sur ses stratégies d’alliance dans la perspective de donner à
l’Ouest parisien la place qu’il mérite dans le paysage de l’enseignement supérieur de la recherche”.
Paris 10 Ouest Nanterre La Défense dans une alliance ?
2010, avril. Olivier Audeoud participe aux 10 ans du Fonds France Canada pour la
recherche (cliquer ici). Ses titres d’alors : conseiller pour la science et la technologie auprès de
l’ambassade de France à Ottawa au Canada, président de l’université franco-italienne (cliquer ici).
2010, juillet. L’ancien président de Paris 10 est nommé recteur de l’académie de Grenoble. Il est
âgé de 62 ans. Jamais, je ne me serais attendu à ce que mon ancien collègue de Nanterre soit nommé
recteur. Il devrait être fort à l’aise dans les fonctions de représentation du ministre. Fera-t-il
davantage? La rubrique “Recteur” du site de l’académie n’a pas encore été actualisée !
Devenir conseiller du Prince
Président Belloc (08 février 2010)
L’occasion de faire enfin une chronique sur Bernard Belloc m’est donnée par une nouvelle chronique
cinglante de Gilbert Béréziat sur son blog : “Autonomie des universités : illusion, mensonge
politique ou rébellion des apparatchiks“. A lire absolument. On connaît les positions affirmées de
l’ancien président de l’université Paris 6 Pierre et Marie Curie : toute l’autonomie, rien que
l’autonomie pour les universités et en particulier les universités de recherche, celles qui apparaissent
dans les classements mondiaux. Gilbert Béréziat est unique car il connaît parfaitement l’histoire des
universités, ses personnages clés (il les aime ou les déteste), toutes les entourloupes faites par l’Etat
pour empêcher la vraie autonomie.
Et il n’a pas la langue de bois : ”en début d’année, Nicolas Sarkozy a déclaré péremptoirement : nous
avons mis fin à la gouvernance dépassée, par la loi LRU. Ce n’est pas la vérité, si en matière de
gestion des “emmerdements ” les 18 universités passées aux responsabilité élargies ont été servies, il
n’en est rien en ce qui concerne les libertés qui ont au contraire été restreintes alors que le contenu du
rapport Aghion montre bien, même s’il n’en dit mot, qu’avec cette loi on est loin du compte en
particulier dans la liberté que devraient avoir les universités de choisir leur propre organisation interne
et leur propre gouvernance. La liberté c’est pour les banquiers et pour les capitaines d’industrie, pas
pour les universités”.
Bernard Belloc, président d’université en même temps que Gilbert Béréziat au tournant des années
2000, est un fidèle commentateur du blog de son collègue. Il parle aussi de l’autonomie des
universités ; il s’en dit un fervent partisan depuis toujours. “J’étais bien naïf et tous les gouvernements
qui se sont ensuite succédés depuis le début des années 2000 ont soigneusement évacué la question,
jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy s’engage complètement pour faire enfin changer en profondeur
le paysage et mettre des moyens comme les universités n’en ont jamais vu depuis… je ne sais quand,
quoiqu’en disent certains, qui eux, il faut le rappeler, ont soutenu des gouvernements de gauche qui
nous ont fait faire le passage au LMD à budget constant… et ils en étaient fiers! Je suis d’accord avec
toi sur les pesanteurs de l’administration et surtout les réticences et les freins mis à tout bout de
champ par ce que tu nommes la noblesse d’Etat. Mais là aussi, les choses bougent et une partie de
ladite noblesse est en train de changer de camp. Je peux en attester”.
Rappelons que Bernard Belloc est actuellement conseiller au cabinet du président de la
République pour l’enseignement supérieur et la recherche. A quoi sert donc un conseiller s’il ne
peut venir à bout des pesanteurs, des réticences, des freins ? Dire que “les choses bougent et qu’une
partie de la noblesse d’Etat est en train de changer de camp”, c’est aller vite en besogne ou faire de la
méthode Coué. Des noms, des noms ! Bernard Belloc pourrait-il nous dire ce qu’il a conseillé et
conseille à Nicolas Sarkozy et si le Président l’a écouté et l’écoute ?
J’ai en fait l’impression que Bernard Belloc s’ennuie sérieusement au cabinet du Président. Ce
serait intéressant de connaître son agenda ! Il prend en effet le temps de lire et de commenter le blog
de Gilbert Béréziat. Il va dans des colloques pour communiquer la bonne parole présidentielle (il était
par exemple au colloque de Besançon “Université, universités“). Regrette-t-il d’avoir accepté de
devenir “Conseiller” après une carrière fort riche (CV sur EducPros) : professeur agrégé d’économie,
président de Toulouse 1 de 1998 à 2003, 1er vice-président de la CPU de 2000 à 2002, puis, “à partir
des années 2000, il multiplie les missions à l’international aux Etats-Unis et surtout en Asie. Avant
d’être nommé à l’Elysée, Bernard Belloc était d’ailleurs conseiller pour la science et la technologie
près l’ambassade de France en Chine (2005-2007)”.
A 61 ans et demi, il est certain que Bernard Belloc s’interroge : que puis-je faire de plus et mieux
que conseiller à l’Elysée ? Ouvrir un blog ?
Président Jean-François Méla (4 octobre 2010)
Jean-François Méla est blogueur (JFM’s Blog) depuis 2007. J’avais, depuis un moment, envie de le
rencontrer et de discuter avec lui de l’avenir des universités. Rendez-vous est pris le 16 septembre
2010 : nous déjeunons rue Soufflot à Paris.
JFM blogue sur l’université, la recherche depuis 2007, i.e. depuis qu’il est en retraite (il est né en
1939). Son parcours exceptionnel serait impossible aujourd’hui (son CV) : polytechnicien à 21 ans,
attaché de recherche au CNRS à 23 ans, docteur d’Etat en mathématiques à 28 ans, professeur des
universités également à 28 ans en 1967. C’est la Faculté des sciences de l’université de Paris qui
l’accueille (nous sommes avant 1968). Après 3 ans à l’université de Paris XI Orsay, Jean-François
Méla part en 1970 à Paris 13 Villetaneuse (dit aussi “Paris Nord“), qui vient d’être créée ; il se définit
alors lui-même comme “gauchiste”. Fidélité exceptionnelle à une seule université : il y exercera 37
ans, de 1970 à 2007.
Il y prend les responsabilités “normales” pour un professeur, dans sa discipline tout d’abord, au
plan local puis au plan national : président du département de mathématiques (1981-1984), directeur
d’une unité de recherche CNRS en “analyses et applications” (1985-1991), président de la société
mathématique de France (1985-1988), membre du groupe de réflexion ministériel sur l’enseignement
des mathématiques (1988-1989), président du groupe de réflexion sur l’enseignement scientifique des
sociétés savantes et associations (1988-1992) (JFM : “grand colloque, énorme préparation, important
soutien officiel, édition des Actes, beaucoup de choses intéressantes, mais… peu de conséquences
pratiques comme bien souvent en matière d’éducation”). JFM est passionné par la pédagogie des
sciences.
22 ans après son arrivée dans l’université, JFM en est élu président en 1992. Si je ne me trompe
pas, il a exercé son mandat quinquennal sous deux présidents de la république (François Mitterrand,
Jacques Chirac) et quatre ministres en charge de l’enseignement supérieur et/ou de la recherche, et non
des moindres : Jacques Lang, François Fillon, François Bayrou, Claude Allègre. Est-ce un cas unique?
L’immédiate après-présidence de l’université se déroule sous les années Jospin (1997-2002).
Jean-François Méla n’est pas nommé recteur d’académie. Il assume néanmoins deux types de
responsabilités importantes. Il est chef de la Mission scientifique universitaire (MSU) au MENR de
2000 à 2002. Il s’investit dans le développement universitaire dans le Nord francilien : membre de
la mission ministérielle “Seine Saint-Denis” (1998-1999), chargé de mission pour la mise en place du
plan U3M sur le pôle “La Villette- Aubervilleurs- Plaine-Saint-Denis” (2000-2001), chargé de mission
académique pour le suivi du CPER sur le pôle “Plaine Saint-Denis” depuis 2002. 2002, la droite gagne
l’élection présidentielle et les élections législatives. La retraite approche pour le président Méla mais il
continue de s’investir dans son université : depuis 2002, il est membre du Conseil scientifique de la
Maison des sciences de l’homme de Paris-Nord (MSHPN), structure fédérative de recherche, créée
en 2001, sous son mandat. Une MSH qui est un peu la fille d’un mathématicien ! “La MSH n’est pas
un hôtel d’unités de recherche, plutôt un Institut à thèmes dont les programmes fédèrent pendant un
temps variable des équipes de recherche (ce qui est assez nouveau et original en SHS et en France”.
Logée dans des locaux provisoires depuis sa création, la MSH est concernée par un projet immobilier
de taille : l’installation dans le quartier Diderot de la plaine Saint-Denis.
Et que pense Jean-François Méla de l’évolution des universités, de la recherche, de Paris 13
depuis 2007, date de création de son blog ? Ses chroniques sont toujours pertinentes, sans langue de
bois, volontiers iconoclastes mais toujours fort documentées historiquement ; privilège d’avoir
commencé à travailler en 1962 et d’avoir été président d’université de 1992 à 1997. Jean-François
Méla est partisan de l’autonomie réelle d’universités plurisdisciplinaires, autonomie
particulièrement nécessaire en matière financière, autonomie mais ”avec un équilibre des pouvoirs qui
n’existe pas actuellement et qu’il s’agit de construire” (chronique de JFM de janvier 2008 : “La
gouvernance partagée : ça peut marcher“). Il n’est pas favorable à la concentration à outrance des
universités ; il veille à des universités actrices de l’aménagement du territoire en particulier en Ile-deFrance et de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Pour donner l’envie d’aller lire le
blog : 7 chroniques et quelques extraits.
Refonder l’université : une utopie française ! (1 juin 2009). A propos du manifeste des
“Refondateurs”. “On pourrait avoir le sentiment, aujourd’hui, que l’histoire se répète. En tout cas le
scénario est le même : on se tourne vers l’Etat pour qu’il règle une bonne fois pour toutes les
problèmes de “l’université française” (dont certains plongent leurs racines dans la réalité sociale la
plus profonde) et l’on s’étonnera ensuite de voir l’Etat impuissant. Ainsi, par exemple, le récent
manifeste des “refondateurs” voit dans la dualité des formations universitaires et des formations
sélectives la cause première de tous nos maux et avance comme solution… la création d’un “super
ministère” de l’enseignement supérieur, comme si ce pouvoir ministériel avait quelque chance
d’échapper à l’influence de “la noblesse d’Etat” qui défend bec et ongles le système hyper-sélectif
dont elle est issue”.
Autonomie. Quelques propositions (20 novembre 2009). “Une première proposition est de sortir de
la réserve et du double langage, pour adopter une position plus claire et plus offensive : accepter le
principe de l’autonomie et faire pression sur l’Etat pour qu’il joue pleinement le jeu ; aménager
le fonctionnement interne de l’université de façon que cette autonomie s’exerce dans des conditions
acceptables ; la mettre à profit pour lancer des opérations innovantes”.
L’autonomie ou la planification ? (24 février 2010). Analyse critique du rapport Larrouturou.
“Au fond, la situation est tellement compliquée et dégradée que Bernard Larrouturou a du mal à croire
que l’autonomie produira autre chose que du “gâchis”. Il faut quand même remarquer que le
désordre actuel n’est pas le résultat de l’autonomie, mais de longues années de centralisme. et on
a encore plus de mal à croire que c’est par une coordination et un pilotage centralisé qu’on s’en sortira.
Le véritable drame c’est que le système étatique a largement déresponsabilisé les acteurs académiques
vis-à-vis du devenir des universités… A Paris, encore plus qu’ailleurs, le salut ne viendra pas d’un
retour de l’Etat, mais d’un plus grand investissement collectif de la communauté universitaire dans le
devenir de ses universités”.
Paris 13 : 40 ans d’aventure (25 mars 2010). “A la suite des évènements de 68 et sous la pression
démographique, l’ancienne Sorbonne a explosé en 13 morceaux. Mais l’université Paris 13 n’a pas
seulement été un débris de cette explosion ; elle représentait une innovation audacieuse. Avec
l’université Paris 12, elle était l’une des deux universités françaises réellement pluridisciplinaires.
Mais surtout cette implantation signifiait la présence, dans une banlieue populaire, d’une
université à part entière qui contribuerait à la promotion supérieure des populations locales et au
développement économique de leur territoire, dans un contexte de recherche de niveau international”.
Paris 13 ne s’est-elle pas trompée de PRES (31 mai 2010) ? Ouverture du blog à une libre opinion.
“Il faut un vrai projet pour Paris 13 lié au territoire et au développement d’une logique de
promotion sociale et non à la promotion de quelques-uns (façon Sciences Po) qui ne remet nullement
en question l’inégalité sociale et culturelle dont les populations de notre territoire sont les premières
victimes. Ce projet doit être articulé à celui d’une excellence scientifique située (et non pensée de
façon abstraite, vue de loin, c’est-à-dire de Shanghaï), qui ne se dissolve pas dans Paris centre qui
absorberait masters, doctorats et la recherche alors que Paris 13 serait confinée aux licences, aux
IUT”…
L’avenir de l’autonomie des universités (30 juillet 2010). ”Certains aspects de la LRU relatifs à la
gouvernance devront certainement être amendés. Mais tout ne se résume pas à la loi. A l’intérieur du
cadre législatif, la communauté universitaire dispose de marges de liberté et peut imposer de
saines pratiques. L’autonomie a l’avantage de clarifier le rôle des universitaires dans la politique de
leur établissement. Le plus important est de sortir d’une position de passivité et de résignation pour
aménager le fonctionnement interne de l’université de façon que l’autonomie s’exerce dans des
conditions acceptables et prenne une valeur positive. Le pilotage centralisé par l’Etat n’est pas une
garantie d’égalité ; c’est plutôt l’instrument de la reproduction sociale. L’autonomie peut donner des
marges de liberté pour agir dans un sens démocratique, si elle ne se résume pas à la loi de la jungle, et
si les acteurs en ont la volonté”.
Les classements des universités et l’excellence (21 septembre 2010). “… Reste une explication
totalement iconoclaste : tout ceci serait la preuve que l’important n’est pas tant la quantité de ce que
les étudiants apprennent, mais le fait de passer 3 ou 4 ans dans telle ou telle institution, après une
éventuelle sélection à l’entrée”… “La démocratisation de l’accès aux études est un paramètre
inexistant dans les classements internationaux“… “Dans le cas du “Grand emprunt”, il s’agit de
concentrer les moyens sur un petit nombre d’établissements et de projets “excellents”. Cette logique
bureaucratique risque d’écraser la logique scientifique (l’excellence n’est pas toujours concentrée :
penser aux mathématiques), la logique économique (penser à l’aménagement du territoire) et la
logique démocratique (penser à la ségrégation croissante dans la société française)”.
Jean-Marc Monteil, vous méritez mieux ! (13 novembre 2010)
Jean-Marc Monteil, chargé de mission auprès du Premier ministre, quittera ses fonctions le 15
novembre. Pour aller où ? Au Conservatoire National des Arts et Métiers. Sans que les
médias n’y prêtent attention, il a en effet été “nommé et titularisé en qualité de professeur, à compter
de la date de son installation, sur la chaire “Sciences du comportement et applications” (site Acteurs
Publics). A quelle date cette nomination ? Il y a quelques mois, comme le révèle le blog Actualité
Politique.
Qui a arrangé cette nomination et la création d’une chaire ad hoc ? Fort vraisemblablement,
Christian Forestier, administrateur du CNAM, né en décembre 1944 (CV sur EducPros). Qui a en
effet fait appel à Christian Forestier pour prendre, en 2008, la tête du CNAM ? Jean-Marc Monteil,
chargé de mission de François Fillon, selon le blog de veille du jour, dans une chronique datée du 10
octobre 2010 intitulée : “le CNAM se réorganise”. La nomination de JMM sur une chaire du
CNAM ressemble donc fort à un renvoi d’ascenseur, à la création d’une chaire ad hominem. Dans
les universités, des présidents auraient usé de leur pouvoir de veto pour empêcher une telle
nomination, même proposée à l’unanimité par un comité de sélection. Questions. La chaire, comme il
se doit, a-t-elle fait l’objet d’un appel à candidatures ? Combien de candidats s’y sont présentés ?
Combien ont été auditionnés ? Quel a été le résultat du vote ?
Mais que va donc faire Jean-Marc Monteil au CNAM ? A part une conférence inaugurale le 12
janvier 2011 sur les Sciences du Comportement (cliquer ici). Surprise à peine croyable et délicieuse :
la chaire Sciences du comportement est “logée” dans l’Ecole de Management et Société. Jean-Marc
Monteil est-il un gestionnaire, expert des sciences du comportement dans les organisations ? Certes, il
a une très grande expérience de la gestion des universités, mais ses travaux de recherche, sa thèse et
son doctorat d’Etat, ses nombreuses publications ne se situent pas dans les sciences de gestion, comme
l’indique fort bien son CV sur EducPros : “ancien directeur d’un laboratoire de recherche mixte
(UMR avec le CNRS), ses domaines de recherche sont la mémoire et les contextes dans les
régulations des comportements et des performances cognitives“. La manoeuvre est superbe :
certainement au nom de la pluridisciplinarité, un spécialiste des sciences psychologiques et sociales
expérimentales est nommé sur une chaire dans un centre de recherche en management. Chapeau !
Jean-Marc Monteil est-il encore un spécialiste du champ de recherche qui l’ont conduit à devenir,
fort légitimement, professeur des universités à Clermont-Ferrand à la fin des années 70 ou au début
des années 80. J’espère que non car il a eu, entre temps et depuis presque 20 ans, d’autres “chats à
fouetter”. La preuve. Une carrière longue et continue dans des responsabilités importantes :
président de l’université de Clermont-Ferrand de 1992 à 1997 (il est premier vice-président de la CPU
pour un mandat de deux ans en 1996 et 1997), recteur sous la Gauche, d’abord à Bordeaux (19972000) puis à Aix-en-Provence (2000-2002). Sa carrière de pilote de l’enseignement supérieur se
poursuit sous la Droite : il est nommé au poste-clé de Directeur général des enseignements supérieurs
et y demeure 5 ans ; il y fait un “boulot” globalement apprécié par tous. En 2007, il est nommé
Président de l’AERES avant de rejoindre, presque aussitôt, le cabinet de François Fillon.
Jean-Marc Monteil est né 18 juin 1947. Il a donc 63 ans et demi. A cet âge, les gens de sa génération
ont suffisamment d’années de cotisations pour prendre fort agréablement leur retraite ; j’en suis
témoin. Le professeur, titulaire désormais de la chaire du CNAM, a fait un autre choix tout à fait
légitime et légal : les professeurs des universités de son grade peuvent travailler jusqu’à 68 ans…
Alors pourquoi le CNAM ? Pour gagner quelques trimestres avec “bonus” (loi Fillon 2003 sur les
retraites) ? Pour grappiller un échelon de plus, la retraite des fonctionnaires étant calculée sur le
dernier salaire, pourvu que la dernière promotion date d’au moins 6 mois ?
Personne n’est dupe. Jean-Marc Monteil n’assumera pas les charges d’enseignement d’un titulaire de
chaire recruté dans des conditions “normales”. Il faut donc arrêter cette farce grotesque, celle d’un
recrutement sur une chaire ad hoc. Il ne peut apparaître que comme un arrangement entre “petits
copains”. Il tue la crédibilité de tous les recrutements dans l’enseignement supérieur. Sus au
copinage, au clientélisme voire au népotisme ! Egalité de traitement !
Quand on a assumé pendant près de 20 ans des responsabilités comme celles de Jean-Marc Monteil,
on mérite mieux, on mérite de ne pas faire l’objet de ce genre de chronique. Pourquoi ne pas
créer, comme pour les préfets, une position de professeur des universités hors-cadre, en
remerciement de bons et loyaux services pour l’Etat ? Aux fins de permettre au bénéficiaire du horscadre de faire profiter les personnels des universités, les étudiants, les françaises et les français de son
expérience unique. Jean-Marc Monteil, au lieu de devoir faire semblant de faire le professeur du
CNAM, osez écrire et publier rapidement vos mémoires d’un grand commis de l’Etat. Chacune et
chacun les attend !
Entrer en politique
Jean-Robert Pitte, dernier de liste (15 février 2010)
Jean-Robert Pitte est candidat UMP aux régionales à Paris. Il est 44ème de la liste et… bon
dernier (cliquer ici). Pourquoi donc l’ancien président de Paris IV Sorbonne figure-t-il sur une liste
UMP dans une position inéligible ? Croit-il que son seul nom peut apporter quelques voix et/ou en
attend-il (enfin ?) une reconnaissance de Valérie Pécresse ? J’avoue que je ne sais pas. A 60 ans, il me
semble qu’il est trop tard pour espérer un poste de recteur d’Académie. Pourquoi le président
Pitte va-t-il perdre du temps dans cette galère, alors qu’il se disait “non encarté” politiquement quand
je l’ai interviewé en juin 2004 ? Cliquer ici pour lire le compte-rendu de cet entretien.
Jean-Robert Pitte, enseignant-chercheur à Paris IV depuis… 1974 (exemple de non-mobilité), est
professeur de géographie, spécialiste de la production des paysages au cours de l’histoire, en
particulier de ceux du vignoble. C’est un personnage médiatique : il a son franc-parler, est un bon
débatteur voire provocateur, adore parler du vin (c’est un plaisir de l’entendre conter le sujet !). Il
fréquente souvent les plateaux de télévision et il est, peut-être parmi les présidents ou anciens
présidents d’université, le recordman du nombre de vidéos qu’on peut écouter et regarder sur la toile
(lire la note). Mais il en fait quelquefois trop : quand il était à la tête de Paris IV entre 2003 et 2008,
il se présentait comme le président de la Sorbonne, ce qui m’agaçait et devait stupéfier les présidents
des universités portant aussi le nom de Sorbonne.
En juin 2004 lors de l’entretien (la gauche n’est plus au pouvoir depuis 2002), Jean-Robert Pitte
était président de Paris IV depuis un an. Il avait été élu contre 3 autres candidats par 70 voix sur
120. Il insistait sur la situation financière fort difficile de son université, due en particulier à une nonmaîtrise du volume d’heures complémentaires. Il lui fallait resserrer les boulons, redéployer les postes
devenus vacants. De solides inimitiés devaient en découler. La fonction de président est délicate
et Jean-Robert Pitte se disait fort satisfait de la non-réégibilité du président après un 1er mandat. Il
changera d’avis.
2004 lors de l’entretien : Jean-Robert Pitte espère une réforme forte de l’université, plus d’autonomie.
2006 : publication d’un premier pamphlet, “Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’université”.
2007, second pamphlet : “Stop à l’arnaque du bac“. 2007, la loi LRU. Déception du président en
fonction : la loi Pécresse interdit ce qu’il souhaite, la sélection à l’entrée de l’université et
l’augmentation, voire la liberté, des droits d’inscription. Attaquer deux sujets “tabous” : le
président Pitte est irrémédiablement classé “à droite” ; c’est un “réac”. C’est en fait plus compliqué
que cela : le lecteur attentif de ce blog sait que je suis favorable à l’augmentation des droits
d’inscription et, pourtant, je vote depuis toujours à gauche.
2008, la fin du mandat de cinq ans. Suite à la loi LRU, les présidents sont devenus rééligibles.
L’élection à Paris IV est tout à fait inédite dans l’histoire des universités. Elle oppose le président
sortant (il a donc changé d’avis depuis 2004) et Georges Molinié qui avait été président de Paris IV de
1998 à 2003 et ne pouvait demander sa réélection en 2003. Inédit également le résultat du
vote final par le Conseil d’administration, seul conseil qui élit le président depuis l’entrée en vigueur
de la loi LRU : Georges Molinié, assuré de la majorité des votes des maîtres de
conférences, l’emporte par 11 voix contre 8 à Jean-Robert Pitte, assuré de la majorité des votes des
professeurs ; ce sont les étudiants et les personnels techniques et administratifs qui ont fait l’élection.
La loi LRU, je le dis et je redis, rend les présidents d’université peu légitimes : 11 voix ! Et
situation inédite à Paris IV, le président Molinié, 66 ans en 2010, n’est pas l’élu des professeurs.
2009, le mouvement de longue durée dans les universités. Jean-Robert Pitte monte souvent au
créneau, dans les médias, pour défendre ses positions contre le mouvement. Il est ainsi poussé, encore
plus et définitivement, dans le camp de la “droite”. Celle-ci aurait dû peut-être le récompenser en le
mettant en position d’éligibilité dans la liste UMP pour les régionales à Paris. Va savoir ! Je crois que
Jean-Robert Pitte est, définitivement, un “électron libre”, un “trublion”. 44ème et dernier de liste:
“c’est quand même… bizarre !”, comme le dit mon petit-fils Arthur (2 ans).
CV détaillé de Jean-Robert Pitte, actualisé en février 2009 : cliquer ici.
Jean-Robert Pitte en vidéo sur la toile. Sur Canal Académie (l’ancien président de Paris IV est
membre de l’Académie des Sciences morales et politiques). 1. La nécessaire réforme des universités
(juillet 2009, 37 minutes) : cliquer ici. 2. Géographe, écrivain, auteur de pamphlets (juillet 2007, 41
minutes) : cliquer ici.
Interviewé par l’UNI (et non par l’UNEF !). 1. En mars 2009 lors du mouvement du printemps
dernier : cliquer ici. 2. Au printemps 2006, lors du mouvement contre le CPE (Contrat Première
Embauche) : cliquer ici.
Président Meyer (11 juillet 2009)
Jacques Meyer (trois photos), 8ème adjoint de la maire de Reims, en charge de la recherche, de
l’innovation et de l’éducation, a voté fin juin 2009, comme ses 58 collègues du Conseil municipal, la
venue de Sciences Po dans la “ville des Sacres”. Le coût pour les 3 collectivités territoriales
(Commune, Conseil général, Conseil régional) : 76 millions d’euros d’investissement et 3.000 euros
par étudiant et par an au titre de la participation des collectivités aux frais de scolarité des étudiants.
Le blogueur a dit sa ferme opposition à ce projet (”Sciences Po à Reims : Non !“) et demande qu’en
lieu et place soit créé à Reims un premier Lycée d’Enseignement Supérieur de 2.500 élèves (cliquer
ici). La chronique d’aujourd’hui questionne le Président Jacques Meyer. Ce professeur de
mathématiques de l’université de Reims Champagne Ardennes (URCA) est une personnalité
régionale, qui a toujours pris des responsabilités gestionnaires et politiques, à gauche.
Jacques Meyer au fil des ans. 1986 à 1989 : directeur de l’UFR de Sciences de l’URCA. 1989 à 1997
: premier directeur de l’IUFM de Champagne Ardenne. 1997 à 2002 : président de l’université.
Faute de pouvoir candidater à un second mandat de Président, il redevient, de 2002 à 2004, directeur
de l’UFR de Sciences (en avril 2004, le blogueur l’interviewe : lire le compte-rendu de l’entretien).
2004 : Jacques Meyer est élu Conseiller régional sur la liste de gauche et devient Vice-président,
délégué à l’enseignement supérieur, à la recherche et au sport. 2008, il est élu adjoint au maire.
Jacques Meyer ne cumule pas seulement deux mandats d’élu. Il est également premier secrétaire de
la Fédération du Parti Socialiste de la Marne ; à ce titre, il accueille le Congrés du Parti socialiste à
Reims en novembre 2008 (lire son discours d’ouverture). Il écrit régulièrement des articles pour le
blog de sa Fédération (cliquer ici), dont un article sur le PS et le mouvement des universités (cliquer
ici).
En tant qu’élu local et régional, le Président Meyer fait son travail de représentation. Le blogueur a
l’occasion de le photographier au Forum Régional Avenir Etudiant en décembre 2008 (cliquer ici), à la
manifestation interprofessionnelle du 19 mars 2009 (cliquer ici), aux Assises régionales Recherche et
Entreprises en mars 2009 (cliquer ici). Jacques Meyer manifeste le 1er mai dans les rues de Reims
(cliquer ici).
Adeline Hazan, maire de Reims, est ardente partisane du campus Sciences Po (chronique sur son
blog). L’est également son 1er adjoint en charge de l’enseignement supérieur, Serge Pugeault (cliquer
ici). Mais pourquoi Jacques Meyer, ancien Président de l’université, en charge de responsabilités
pour l’enseignement supérieur à la commune et à la région, premier secrétaire du PS dans la Marne
accepte-t-il le mirage du Transatlantic Campus in Reims (désormais présenté sur le site de Sciences
Po) et les inégalités sociales qu’il crée ? Les inégalités de traitement sont en effet flagrantes. 3.000
euros par an et par étudiant de Sciences Po ? Combien d’euros les collectivités donnent-elles à chaque
étudiant champardennais au titre des frais de scolarité ?
Tout est “mirage” dans le projet Sciences Po, à part son coût. Les effectifs annoncés par Sciences
Po sont un premier mirage : 80 étudiants à la rentrée 2010, oui ! Mais 1.800 étudiants d’ici 5-6 ans,
impossible, Sciences Po ne s’engageant à ouvrir qu’un Bachelor of Arts de 3 années d’études (dont
une année à l’étranger).
Reprenons les autres arguments des partisans du projet Sciences Po. Renforcer ”l’image de
dynamisme et de vitalité” de la ville de Reims : dépenser l’argent des contribuables, alors que la
ville est endettée et que la promesse de non-augmentation des impôts locaux a été martelée durant la
campagne des municipales, c’est faire preuve d’une vitalité dépensière irresponsable. “Compléter
l’offre de formation” : de quel droit les collectivités territoriales s’arrogent-elles une prérogative qui
est celle de l’Etat ? “20 à 25 millions d’euros par an au titre des retombées économiques” : de qui
se moque-t-on ? Seule une chose est certaine et d’innombrables projets le prouvent tout au long de
l’histoire : au final, tout projet est plus coûteux que prévu et les retombées financières sont inférieures
à celles attendues.
“Revitaliser la vie universitaire“. Avec quelques centaines d’étudiants et des professeurs qui
rentreront à Paris dès leurs cours dispensés ? L’argument doit plutôt être inversé : Sciences Po Reims
“dévitalisera la vie universitaire” parce que ce campus affaiblira l’université URCA. L’histoire du
Collège des Jésuites, lieu hautement symbolique choisi pour l’implantation de Sciences Po, a été celle
d’un combat, ouvert ou larvé, contre l’Université de Reims (lire la chronique).
Jacques, prenez la tête du combat de gauche pour la création d’un premier Lycée d’Enseignement
Supérieur à Reims, projet qui concernera 2.500 étudiants, projet permettant une plus grande
démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur que le campus élitiste de Sciences Po. Et même,
proposez-vous comme premier directeur pionnier de ce lycée. Il reste moins d’un an avant les
élections régionales : ce serait dommage que la Gauche perde la région parce qu’elle a commis l’erreur
de soutenir un projet “mirage”, un projet à classer dans la société ”bling, bling”. A bientôt de lire votre
contribution sur le blog de la Fédération du PS de la Marne : “stop au projet Sciences Po !“.
Présider un PRES
Président Saint-Girons
Bernard Saint-Girons est délégué interministériel à l’orientation. Né à Blaye les Mines (Tarn), il a
65 ans depuis le 11 janvier 2010. Il ne semble pas qu’avoir franchi ce cap symbolique le menace
d’être évincé de sa fonction. Plusieurs poids, plusieurs mesures pour les responsables
universitaires de cet âge ? Daniel Vitry a dû quitter la direction de la DEPP et se trouver une mission
à la Caisse des Dépôts et Consignations ; Christian Forestier a eu besoin d’un décret ministériel pour
poursuivre sa mission à la tête du CNAM ; le président du PRES Paris-Est doit en quitter la présidence
en avril 2010 et n’a pas encore rebondi sur une autre fonction.
A vrai dire, Bernard Saint-Girons s’est vu proposer en 2008 la fonction de délégué interministériel à
l’orientation comme porte de sortie après la Direction générale des enseignements supérieurs (lire
infra). La fonction n’est pas déplaisante et le délégué la prend très au sérieux, même s’il sait
pertinemment qu’il n’est pas le seul à se pencher sur le ”serpent de mer“ de l’orientation. Il se déplace
partout en France pour écouter et s’informer, est auditionné ici et là, communique, recherche les
bonnes pratiques et rédige un rapport annuel fort documenté et étoffé de nombreuses
recommandations. Son dernier rapport a cependant fait l’objet d’analyses critiques sur ce blog :
“L’orientation. Le cru 2010” “Réformer le BTS“.
Avant de retracer sa longue carrière de responsable de et dans l’enseignement supérieur,
récompensée par les insignes des Palmes académiques, du Mérite national et de la Légion
d’honneur (CV sur EducPros), le mieux est de l’écouter et de le regarder durant 40 minutes, lors
de son audition, en mai 2009, par la commission du Sénat sur la politique en faveur des jeunes et
plus spécifiquement sur l’orientation. J’aime beaucoup la phrase : “je parlerais un langage “boisé” si je
vous disais que le paysage de l’orientation était parfaitement lisible”… ; “8.500 points d’information
pilotés par 22 réseaux différents”. J’ai pris l’habitude de qualifier d’un terme les présidents ou anciens
présidents d’université : Bernard Saint-Girons est “pondéré”. Ecouter en particulier ce qu’il dit des
Conseillers d’orientation psychologues (COP)… Il se retient d’être trop critique… Mais le chantier de
la réforme des COP n’est pas encore ouvert à ce jour.
39 ans (1984), Bernard Saint-Girons enseigne le droit public (évolution des entreprises publiques,
droit de la concurrence, relations internationales en particulier avec l’Afrique) à l’université de
Toulouse 1. Il devient responsable du service universitaire d’information et d’orientation (SUIO)
et le restera pendant 5 ans. Déjà concerné par la question de l’orientation ! Il semble que ce soit sa 1ère
responsabilité “administrative” dans l’université (CV sur le site de l’académie de Clermont-Ferrand).
Ce CV liste les publications de 1970 à 1994 et indique ”Professeur de droit public (1990)”. Agrégé du
supérieur à 45 ans ? A vérifier.
44 ans (1989). Bernard Saint-Girons prend une deuxième responsabilité dans la suite logique de la
direction du SUIO : il devient, durant 4 ans, vice-président en charge du CEVU (Conseil des études
et de la vie universitaire).
48 ans (1993), le vice-président du CEVU est élu président de l’université pour un mandat de 5
ans, devient 3ème vice-président de la CPU (1996), puis 1er vice-président (1998). 1er vice-président
et non Président de la CPU ; c’est le Ministre, Claude Allègre à l’époque, qui préside la CPU et le fait
sentir (chronique : “Allègre : 3 souvenirs” dont celui de l’assemblée générale annuelle de la CPU à
Limoges en mars 1998, consacrée à l’évaluation). Mai 1998 : le rapport Attali qui propose
d’organiser le supérieur en 3, 5 et 8 ans : le 1er vice-président de la CPU a des réactions prudentes ;
mais il est favorable au renforcement des aides à la mobilité des enseignants et des étudiants en
Europe. Dans cette période, Bernard Saint-Girons est également président du Pôle universitaire
européen de Toulouse, vice-président du Conseil économique et social de Midi-Pyrénées,
administrateur de l’AMUE.
54 ans (1999), poursuite de la carrière ascensionnelle mais avec un changement de cap. Bernard
Saint-Girons est nommé Recteur de l’académie de Clermont-Ferrand, en juin 1999. Octobre
1999, “le Ministre Claude Allègre lui remet l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur pour son
très brillant parcours universitaire” (cliquer ici pour les photos). Le directeur de cabinet du rectorat dit
“combien tous, dans l’Académie, apprécient la grande qualité des relations professionnelles qu’il a su
instaurer”.
En 2000 (55 ans), le recteur change d’académie : il part d’abord à Nice, puis à Créteil en 2003
(58 ans). Il rend visite à l’université de Marne-la-Vallée ; je l’étonne quelque peu en lui exposant le
problème de l’immobilier universitaire : pénurie de locaux du début octobre à fin décembre et faible
utilisation pendant les 9 autres mois de l’année, et parce que les filières professionnelles avec stages
longs ou en alternance se développent. L’ancien 1er vice-président de la CPU restera recteur de
l’académie de Créteil jusqu’en 2007. Il faut donc remarquer qu’il a été nommé une première fois
recteur par un gouvernement de gauche et qu’il l’est resté après le retour de la droite au pouvoir
en 2002.
62 ans (2007). Le Président Saint-Girons est au pic de ses responsabilités. Le 21 mars (et donc
avant l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la république), il est nommé Directeur général
des enseignements supérieurs (DGES) : il a donc atteint, comme de son côté le Directeur de la
recherche, le sommet de l’administration centrale du Ministère de l’enseignement supérieur. La DGES
répartit les moyens entre les universités ; le directeur Saint-Girons sait de quoi il s’agit : il a été
président d’un groupe de réflexion sur la critérisation de l’affectation de ces moyens. Il devient aussi,
par la nécessité du calendrier de l’été 2007, l’homme de la mise en oeuvre de la LRU. Il est par
ailleurs membre de la commission multipartite pour la réforme de la formation professionnelle. Mais
le 21 août 2008, après seulement un peu plus d’un an à la tête de la DGES, il est remplacé par
Patrick Hetzel. Changement de génération !
Le poste de délégué interministériel est vacant depuis la démission de Bernard Thomas. Bernard
Saint-Girons accepte ce “placard” confortable : il a 63 ans et demi. Mars 2010 : depuis 1993,
Bernard Saint-Girons n’exerce plus sa mission d’enseignement en tant que professeur de droit public.
Il n’est pas le seul dans cette situation. Pour Christian Forestier, c’est le cas depuis 1979 (date de son
élection à la présidence de l’université de Saint-Etienne) ! Et si Bernard Saint-Girons décidait de
prendre prochainement sa retraite ? On attendrait bien sûr de lui qu’il publie un livre ou ouvre un
blog…
Présider Paris-Est
(14 avril 2010)
Le PRES Paris-Est, dénommé “Université Paris-Est”, a un nouveau Président, Bernard SaintGirons (communiqué de Paris-Est et chronique de ce blog : “Président Saint-Girons“). Il a été élu par
le conseil d’administration du PRES lundi 12 avril (à l’unanimité ?”). Dans une chronique précédente
(”Gag à Paris-Est“), j’indiquais les deux raisons qui empêcheraient l’élection de ce nouveau
président : il est âgé de plus de 65 ans (né en janvier 1945) et il n’est pas membre du CA du PRES.
Le premier obstacle, celui de l’âge, n’en était donc pas un ? Pourquoi l’est-il pour certaines
fonctions de présidence d’établissement public et de direction d’administration centrale et non pour la
présidence d’un EPCS ? Quel est le texte sur lequel s’appuie cette élection sans limite d’âge ? Et
nouvelle question : “le mandat de Président du PRES est de 3 ans renouvelable”. En avril 2013,
Bernard Saint-Girons aura plus de 68 ans, âge limite pour être professeur des universités. Avant
la LRU, les candidats à la présidence de l’université devaient pouvoir faire un mandat complet. La loi
LRU aurait-elle supprimé cet impératif ? Quel est le texte qui permet d’être président de PRES au-delà
de 68 ans ?
D’ailleurs quelle est la situation de Bernard Saint-Girons ? Est-il toujours professeur à Toulouse
(en situation de détachement ? en délégation ? en disponibilité ?). Peut-être a-t-il pris sa retraite en
janvier dernier ? A-t-il démissionné de sa délégation interministérielle à l’orientation ou compte-t-il
cumuler les deux fonctions ? Quel sera le montant de son indemnité présidentielle à Paris-Est ?
Bénéficera-t-il d’une voiture de fonction ? Plus de transparence !
Le second obstacle a été levé fort opportunément : “Bernard-Saint-Girons a été désigné d’un
commun accord par les 5 membres fondateurs comme personnalité qualifiée” du Conseil
d’administration, comme le permet l’article 7 des statuts (cliquer ici) : “Le CA du PRES comprend
une ou deux personnalités qualifiées“. Problème : le CA comprenait déjà 2 personnalités qualifiées
(cliquer ici), dont le Président actuel du PRES en fonction jusqu’au 25 avril. Laquelle de ces deux
personnalités qualifiées a démissionné pour laisser la place à Bernard Saint-Girons ? Si c’est le
président actuel du PRES, pourquoi n’a-t-il pas démissionné de sa fonction à la date de son retrait du
du CA ? A-t-il participé à l’élection de Bernard Saint-Girons ? Si c’est Bernard Descomps, l’autre
personnalité qualifiée, qui s’est “retiré”, sa lettre de démission a-t-elle été antérieure au CA du 12 avril
?
La mission de Bernard Saint-Girons ? Il “conduira l’Université Paris-Est dans une nouvelle phase
de son développement qui portera notamment sur l’enrichissement et la cohérence de son offre de
formation et de recherche, ainsi que sur le renforcement de sa visibilité nationale et internationale.
L’ambition est forte et s’adosse aux perspectives déjà ouvertes par le plan Campus. Elle est légitime
au moment où se dessinent les contours du Grand Paris et où les perspectives du Grand Emprunt se
concrétisent”. Le communiqué est “langue de bois”, mais cela est classique.
Que signifie l’élection d’un Président de PRES “extérieur” ? Cela peut signifier un changement
d’orientation de la gouvernance : après un PRES dominé par Marne-la-Vallée (le PRES et 3 de ses
établissements fondateurs y sont localisés et il était présidé par un ancien président de cette université),
va-t-on vers une gouvernance plus équilibrée entre Paris-Est Créteil Val-de-Marne et ParisEst Marne-la-Vallée. Je trouvais pour ma part que la présidente de Créteil Val-de-Marne, Simone
Bonnafous, aurait dû candidater à la présidence du PRES (chronique : “PRES Paris-Est“), selon le
principe d’une présidence “tournante”, pratiquée par les autres PRES. Autre hypothèse : l’élection de
Bernard Saint-Girons pourrait signifier l’affaiblissement de la fonction présidentielle du PRES (elle
deviendrait du type “présidence honoraire”), la fonction réelle de Président étant reprise par le collège
des présidents et directeurs des 5 établissements fondateurs (”vers une présidence collégiale ?”).
Le PRES Paris-Est existe depuis 3 ans (décret du 22 mars 2007) ; ce fut un des premiers PRES
créés. Quel est le bilan de la première phase (puisqu’avec l’élection d’un nouveau président, on
passe à une “nouvelle phase”) ? Aucun bilan en ligne, aucun rapport d’activité annuel. Difficile a
priori d’établir rigoureusement le bilan de la 1ère présidence ! Seuls moyens de l’esquisser : 1.
Comparer les missions du PRES (article 2 des statuts), les activités qu’elles ont engendrées et les
résultats atteints, 2. Estimer les coûts engagés (coûts de coordination et dépenses) pour atteindre ces
résultats. 3. Rechercher les indicateurs de performance, indicateurs d’efficience et d’efficacité.
Volet 2 (ressources mobilisées). Pas d’informations sur le budget consolidé du PRES (ressources
et dépenses), mais un organigramme détaillé, en date d’avril 2010 et presque digne d’une entreprise
internationale (cliquer ici). Avec un tel potentiel humain, les activités du PRES doivent être
nombreuses : elles le sont ; il suffit de parcourir le site. On y découvre même des chiffres-clés (cliquer
ici) ; ils datent hélas de 2007-2008 ! 1.240 doctorants (2% des doctorants de France). La création
d’une Fondation était annoncée : où en est-on !
Mais la question 3 demeure : ces activités sont-elles efficientes et efficaces eu égard aux missions
que s’est donné le PRES ? Les réponses à la question 3 permettraient de répondre à la question 1. Il se
fait que j’ai été associé (j’étais encore en activité à l’université de Marne-la-Vallée) à une rechercheaction sur le sujet, avec Philippe Laredo : quels sont les indicateurs pertinents pour mesurer
l’efficience et l’efficacité de la recherche ? Les résultats, à ma connaissance, n’ont jamais été
diffusés!
Missions du PRES pour quels résultats ? “Signature des publications scientifiques sous le nom
de Paris-Est“ (les règles) : combien de publications sous cette dénomination et quelle évolution
depuis 2007 ? “Répartir les allocations de recherche entre les écoles doctorales” : combien
d’allocations, de contrats doctoraux pour les 6 écoles doctorales ? Dans un des coins du site, on
découvre que le président du PRES affecte lui-même 5 allocations ! “Assurer le suivi de l’insertion
professionnelle des docteurs” : combien de docteurs ? quelle évolution depuis 2001 ? Une seule
publication sur le sujet et qui concerne les doctorants 2005 (avant la création du PRES), enquêtés en
2008 (cliquer ici) : en 2005, les établissements fondateurs n’avaient produit que 180 docteurs (moins
de 2% des doctorats délivrés en France). “Valoriser les activités de recherche réalisées en commun”
: il n’y a pas encore de service de valorisation commun aux 5 établissements du PRES. “Promotion
internationale de l’université de Paris-Est” : en 2010, le PRES invite 15 chercheurs ou professeurs
étrangers (cliquer ici) : bourses de 6.800 euros nets… quelle que soit la durée de la visite mais durée
recommandée de 4 semaines et ne pouvant être inférieure à 2 semaines ! quel impact d’une durée aussi
courte pour la recherche ? Arrêtons les exemples.
Le PRES Paris-Est a une excellente communication, mais ses membres fondateurs n’ont même pas
une charte graphique commune (”Paris-ESt et ses sites WEB“). Le PRES mobilise en propre beaucoup
de ressources humaines, développe de multiples activités, va même concourir à l’emprunt national en
tant que campus d’excellence. Mais il est muet sur ses résultats : impossible de se faire une idée de
son efficience et de son efficacité.
Si Bernard Saint-Girons est en position de présider réellement ce PRES, s’il n’en est pas un
“président honoraire”, il ne pourra que faire un bilan proche de celui exposé ci-dessus. Le
PRES Université Paris-Est est, par sa composition même, un PRES non fusionnel ; après 3 ans, il
n’est pas en mesure de prouver son efficience et son efficacité ; il a donc un avenir très incertain.
Berrnard Saint-Girons, en tant que directeur général des enseignements supérieurs en 2007, a parié sur
ce PRES. Et s’il se donnait comme mission, après mures réflexions, la dissolution du PRES ?
Etre mis en examen, voire écroué
Pierre Lunel mis en examen (17 février 2010)
Pierre Lunel, ancien président de l’université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis et ancien délégué
interministériel à l’orientation, vient d’être mis en examen (cliquer ici) pour “détournement de
fonds publics” et “complicité d’escroquerie par abus de qualité“, à la suite de deux plaintes,
déposées en 2007, par Pascal Binczak, son successeur” (photo prise en mai 2007).
“Pierre Lunel est soupçonné d’avoir employé, sur les deniers de l’université, de 2001 à 2006, un
vacataire et effectué plusieurs voyages au profit de manifestations culturelles dont il était le directeur
artistique”. Pour Maître Sophie Bottai, son avocate, “ces séjours n’avaient d’autre but que de donner
un rayonnement international à son université”… “En juin 2007, Pierre Lunel avait répliqué en
déposant une plainte pour diffamation”. Il est l’auteur de “Fac : le grand merdier ? Pour en sortir :
confidences d’un président d’université”, Editions Anne Carrière, 2007 (cliquer ici).
Le montant supposé des “détournements de fonds” n’est pas rendu public. La première accusation
est grave si Pierre Lunel a employé un vacataire à des fins privées du type “ménage au domicile
privé, garde d’enfants, travaux d’entretien et de jardinage”…
La seconde accusation (financement de plusieurs voyages au profit de manifestations culturelles)
devrait faire trembler le landerneau universitaire et présidentiel. Quelle est en effet la frontière
entre ce qu’un président peut et ne peut pas faire dans le cadre de son budget de fonctionnement ?
Qu’est-ce qui distingue une mission utile pour l’université et une mission inutile ? Un colloque
prolongé par un jour de tourisme est-il un détournement de fonds publics ? Tout enseignant-chercheur
est confronté à ces deux dernières questions tout au long de sa vie professionnelle. Combien
d’enseignants-chercheurs vont être mis prochainement en examen ?
Chroniques de ce blog sur Pierre Lunel, délégué interministériel à l’orientation : “Le serpent de mer
de l’orientation“, sur les Présidents de Paris 8 (cliquer ici), sur Paris 8 en photos (cliquer ici).
Président Oueslati suspendu
Laroussi Oueslati, président de l’université de Toulon (CV sur EducPros), a été suspendu de ses
fonctions par Valérie Pécresse. C’est une “première” dans l’histoire des universités depuis la loi Faure
de 1968, c’est-à-dire depuis que les présidents sont élus par un ou des conseils. Après la démission,
quelquefois forcée (lire la chronique : “Démission du Président“), voici donc la suspension.
La situation est très grave et fait suite à l’affaire des diplômes obtenus par des étudiants chinois de
l’université dans le cadre d’un possible trafic (lire la chronique : “Etudiants chinois“). Une enquête de
police et une enquête de l’IGAENR ont été engagées. C’est au vu des conditions de la mise en oeuvre
d’une enquête complémentaire de l’IGAENR que Valérie Pécresse a pris sa décision de suspension.
Selon Le Monde de ce jour : “le rapport complémentaire fait apparaître que le président et son équipe
de direction ont entravé l’enquête administrative, avec des mises à l’écart, pressions, intimidations et
menaces de représailles à l’encontre d’enseignants-chercheurs et de personnels de l’université et une
saisine de documents qui peut laisser supposer une tentative de destruction de preuves” (lire l’article
du Monde - réservé aux abonnés).
Valérie Pécresse devrait s’interroger sur l’élection du président d’université telle qu’elle est prévue
dans sa loi LRU. Il est élu par un collège électoral d’environ 20 membres conseillers d’administration
(les personnalités extérieures n’ont pas le droit de vote). Il en est résulté un grand nombre de
candidatures uniques à la présidence (ne pas prendre le risque d’être élu par seulement 10 voix),
sans doute au prix de “petits arrangements internes”.
Laroussi Oueslati, seul candidat, a été, en mars 2008, confirmé dans ses fonctions avec seulement 3
voix contre et un vote blanc, après que la liste qui le soutenait l’ait brillamment emporté aux
élections des conseils. Il avait été élu président “d’avant la LRU”, en février 2007, au 1er tour de
scrutin par 67 voix sur 110 (il y avait alors deux autres candidats). Belle élection, légitimité interne
incontestable et renforcement possible de son pouvoir (verrouillage par exemple de la composition de
la section disciplinaire).
Pas d’opposition interne instituée qui aurait pu obtenir la démission du président avant que celui-ci
ne soit suspendu. Pas d’opposition externe car le président Oueslati est en même temps conseiller
régional, membre de la majorité de gauche de ce conseil (le cumul de mandats est possible pour les
présidents d’université !). Un pouvoir absolu qui s’installe avec ses risques de clientélisme en
interne. Bref, on observe, par cette suspension, les effets pervers du mode actuel d’élection du
président d’université (lire la chronique : “Elire le Président“).
Président suspendu : on peut penser qu’un autre président ne peut donc être élu à sa place et qu’un
administrateur provisoire va être nommé par le recteur d’académie. Ce dernier devrait avoir le
courage de mettre dans le cahier des charges de l’administrateur provisoire : “préparer la dissolution
de l’université de Toulon, l’affectation de ses différentes composantes à la future université unique
d’Aix-Marseille”. En effet, l’université de Toulon et tous ses personnels ne se relèveront pas de
l’affront que viennent de lui faire subir ses dirigeants. Il leur faut donc regarder en urgence vers
l’avenir, pour effacer au plus vite cette triste histoire d’une université “libre” mais “non
responsable”.
Laroussi Oueslati, dans un communiqué du 19 octobre publié par EducPros, se défend de toutes les
accusations portées contre lui et son équipe. Pour le moins, on dira qu’il le fait fort maladroitement.
Oueslati révoqué
(23 mai 2010)
Communiqué de Valérie Pécresse, 21 mai 2010 : cliquer ici. ”Révocation de la fonction publique
prononcée à l’encontre de Laroussi Oueslati, président de l’Université du Sud Toulon Var à la date
d’engagement des poursuites contre les graves dysfonctionnements révélés par les deux missions de
l’Inspection générale de l’éducation nationale de l’administration et de la recherche (IGAENR) et
concernant l’inscription d’étudiants étrangers”. “Interdiction définitive d’exercer toute fonction dans
un établissement public ou privé” (pourquoi ce “ou privé” ?). “Exécution immédiate de la sanction”.
La sanction prononcée par la section disciplinaire de l’université Paris IV Paris Sorbonne
est d’une sévérité extrême, la plus forte qui soit pour un enseignant-chercheur : l’exclusion à vie de
la fonction publique. Je vais essayer d’expliquer pourquoi cette décision me met fort mal à l’aise.
Auparavant, il faut rappeler le calendrier de “l’affaire”.
Dès l’affaire dite du “trafic de diplômes au profit d’étudiants chinois”, j’ai pris position dans la
chronique du 16 avril 2009 “Etudiants chinois“. “La police enquête ; il faut en attendre des résultats
clairs et rapidement, et, bien sûr, de lourdes sanctions si des faits répréhensibles sont prouvés”. Je
contextualisais l’affaire : ”le recrutement d’étudiants étrangers constitue pour les universités,
indépendamment des mesures réglementaires concernant leur accueil, une variable d’ajustement des
effectifs, un moyen de limiter la chute des effectifs observée depuis plusieurs années et de pourvoir les
capacités d’accueil de certains diplômes dans un contexte de pléthore de formations”.
Chronique du 19 octobre 2009 : “Président suspendu” par Valérie Pécresse. “Le rapport
complémentaire de l’IGAENR fait apparaître que le président et son équipe de direction ont entravé
l’enquête administrative, avec des mises à l’écart, pressions, intimidations et menaces de représailles
à l’encontre d’enseignants-chercheurs et de personnels de l’université et une saisine de documents qui
peut laisser supposer une tentative de destruction de preuves”. Quid du supposé trafic de diplômes
? Où en est-on de l’enquête de police ? 23 octobre 2009 : un administrateur provisoire est
nommé à la tête de l’université.
11 novembre 2009. Sur son site, Laroussi Oueslati annonce sa démission. “En tant qu’homme, je
continuerai à me battre pour mon honneur. En tant qu’homme, je veux dire à mes amis, en ce moment
difficile, et à tous ceux qui, malgré les attaques et les calomnies, me font confiance, à quel point leur
soutien m’est précieux”.
Chronique du 4 décembre 2009 : “SGEPES renvoyée“. “Laroussi Oueslati a utilisé son pouvoir de
président pour renvoyer sa secrétaire générale, Fatiha Bastiani, début septembre 2009″. “J’ai
été limogée pour avoir donné des indications trop précises aux Inspecteurs généraux de
l’Education nationale“. Il faut questionner le pouvoir du Président sur la nomination des cadres
dirigeants.
Chronique du 26 mars 2010 : “La rumeur de Toulon“, anatomie d’une rumeur, livre d’André Joly,
professeur émérite. Quelques titres de chapitres : ”L’ère du soupçon, du mépris et de la honte”…
“Shoot to kill”… “Règlement de comptes à OK Corral”… “Relents racistes, nationalistes,
xénophobes”… Mars 2010 : pas de nouvelles de l’enquête de police, pas de publication des
rapports de l’IGAENR.
Ce qui met fort mal à l’aise dans la révocation de la fonction publique de Laroussi Oueslati, avec
effet immédiat. Je ne suis pas juriste, mais je crois que cette décision, relayée par un communiqué de
Valérie Pécresse, est le fruit d’une justice d’exception, d’une justice expéditive et
opaque, totalement inadmissible dans une démocratie. Aux juristes de se prononcer ! 1. La
révocation de la fonction publique figure-t-elle parmi les sanctions à disposition d’une section
disciplinaire d’université ? 2. Le CNESER a refusé de fonctionner en section disciplinaire pour ce
cas, indiquant que tout condamné par une section disciplinaire locale devait pouvoir faire un recours
en seconde instance auprès de lui ; pourquoi le CNESER n’est-il pas convoqué ? 3. Même s’il avait
été convoqué, il est une instance consultative ; la décision de révocation est donc bien celle de
Valérie Pécresse. 4. Celle-ci a-t-elle le droit de révoquer de la fonction publique ?
5. Laroussi Oueslati, à ma connaissance, n’a pas été mis en examen suite à l’enquête de police.
Pourquoi celle-ci n’a-t-elle pas encore remis ses conclusions après plus d’une année ? Conséquence :
aucun tribunal n’a condamné cet ancien président d’université à une amende, à une peine de prison
avec sursis ou à une peine de prison ferme. Son casier judicaire est donc vierge, i.e. qu’il garde la
condition pour être fonctionnaire. 6. Quels sont donc les motifs invoqués pour appuyer la sanction
? Laroussi Oueslati a “entravé” l’inspection de l’IGAENR et peut-être “détruit des pièces” : Valérie
Pécresse doit le prouver et publier les rapports en urgence. Que celui qui n’a jamais
dissimulé d’informations à une commission d’évaluation, à l’Inspection générale, à l’Inspection des
Finances, à la Cour des Comptes, à l’AERES lève la main !
Ce qui me met fort mal à l’aise face à la sanction de révocation, c’est que Valérie Pécresse, c’est
que la ministre qui vient de prendre une sanction extrêmement lourde à l’égard d’un enseignantchercheur, élu président de son université d’une manière tout à fait démocratique, est en fait deux fois
responsable de la situation à Toulon et dans d’autres universités. A-t-elle critiqué la forte
croissance du nombre d’étudiants étrangers ? Quelle est l’université qui n’a pas ouvert, qui n’ouvre
pas largement ses portes aux étudiants étrangers, suite à la diminution du nombre des étudiants
français ? Les universités doivent-elles être qualifiées de “voleuses” parce qu’elles veulent maintenir
la dotation financière de l’Etat, fondée sur le nombre des inscrits ?
Valérie Pécresse a fait voter la loi LRU, loi qui renforce significativement le pouvoir des
présidents d’université et en affaiblit la légitimité (élections par le conseil d’administration, les
personnalités extérieures étant exclues du scrutin). Plus gravement : les présidents ne peuvent être
démis de leur fonction au cours de leur mandat. Le pouvoir peut faire tourner la tête ; il peut se
transformer en autoritarisme, en clientélisme, copinage, népotisme ! Il est temps de réformer la
gouvernance de la loi LRU, d’instaurer des contre-pouvoirs dans les universités.
Et enfin, la révocation expéditive de Laroussi Oueslati me met mal à l’aise parce qu’elle pourrait
laisser croire qu’il y a dans notre pays deux justices. J’ai bien peur que l’ancien président de
l’université du Sud Toulon Var ne mette désormais en avant, pour se défendre, le fait qu’il soit
d’origine tunisienne, qu’il soit maître de conférences et non professeur, qu’il soit de gauche et non de
droite, qu’il ait été conseiller régional en PACA de 2004 à 2010 (article de Jeune Afrique, début
2009).
Laroussi Oueslati n’est pas mis en examen dans la dite “affaire des étudiants chinois de Toulon” ;
jusqu’à preuve du contraire, il est donc innocent. Les inspecteurs de l’IGAENR l’accusent d’entraves à
leur inspection ; ils n’ont pas pouvoir de prononcer des sanctions ; Valérie Pécresse sanctionne un
fonctionnaire, suite à la proposition d’une section disciplinaire locale. Je crois qu’elle usurpe le
droit de révocation. Que les juristes me disent si j’ai raison ou non !
Actualisation mardi 25 mai 2010. Réponses d’un professeur de droit public aux questions posées.
Merci à lui
1. Oui, la révocation fait bien partie des sanctions qui sont à la disposition du pouvoir
disciplinaire ; pour les universitaires, celui-ci est exercé par une juridiction administrative spécialisée
(section disciplinaire du CA, puis CNESER en appel) et non pas par un supérieur hiérarchique, pour
des raisons liées à l’indépendance des enseignants-chercheurs.fai 3. Le CNESER est certes une
instance consultative, mais pas du tout dans ses fonctions de juridiction d’appel en matière
disciplinaire : dans cette composition spéciale, il est une vraie juridiction, dont la décision s’impose
tant au “justiciable” qu’à la ministre ; il doit d’ailleurs lui-même la prendre en toute impartialité et
en toute indépendance, ce qui interdit d’une part des liens avec l’intéressé, d’autre part une
quelconque consultation d’une quelconque autorité : il ne peut pas, par exemple, s’en remettre à la
décision ou même à l’avis de la ministre, il doit trancher lui-même (ici la ministre n’a fait que
communiquer une décision qui n’est pas la sienne). La décision du CNESER (ou d’une autre
juridiction d’appel), en revanche, peut être transmise au Conseil d’État (qui lui, est composé de juges
professionnels), pour un contrôle de cassation : s’il est saisi par l’intéressé, ce qui ne manquera pas
d’intervenir, le Conseil d’État s’assurera que le droit a été respecté (par exemple que la procédure est
régulière, que la sanction n’est pas manifestement disproportionnée par rapport à la gravité de la
faute, etc.). La justice d’exception est donc bien contrôlée, en fin de processus, par la justice à
compétence générale composée de professionnels du droit.4.
La 4ème question n’a plus d’objet
compte tenu de ce qui précède.
5.
On peut être sanctionné disciplinairement, comme en l’espèce, sans être poursuivi au pénal : il n’y a
rien de choquant à cela et c’est même très fréquent, car ce sont deux procédures totalement
indépendantes (la première étant purement interne à l’administration, même si, encore une fois, elle
est menée sous le contrôle du juge administratif). On peut donc parfaitement être révoqué de la
fonction publique avec un casier judiciaire vierge, en cas de manquement grave à la déontologie
basique du fonctionnaire. En revanche, se voir interdire toute fonction publique pour l’avenir, c’est
autre chose : cela ne peut découler à ma connaissance que d’une décision juridictionnelle. Mais là
précisément, c’est le cas puisque le pouvoir disciplinaire est exercé par un juge !”
Oueslati. Le jugement (25 mai 2010)
Courriel reçu mardi 25 mai à 10 heures 54, émanant de “Relation presse [email protected]“.
Jugement et communiqué de Laroussi Oueslati, intitulé “une disproportion sans précédent entre
les faits et les sanctions infligées“. Le jugement est joint au courriel : cliquer ici. Il vaut d’être lu très
attentivement. Il est éclairé par de nombreuses considérations. J’ai exprimé mon malaise dans la
chronique du dimanche 23 mai : “Oueslati révoqué“. Mon malaise demeure après la lecture du
jugement et me conduit à poser de nouvelles questions.
La section disciplinaire de Paris IV réunie en formation de jugement s’est tenue lundi 17 et mardi 18
mai. Elle a prononcé la révocation de la fonction publique à vie et immédiatement
exécutoire. Les observations du ”déféré”, aidé par deux conseils, ont été faites au début et à la fin de
la réunion. 1. Deux jours et pas moins de 30 heures de réunion (la séance s’est terminée à 3 heures
40 du matin). Pourquoi une telle durée ? Certes, 18 témoins ont été auditionnés, mais quand même !
2. C’est le recteur de l’académie de Nice qui a engagé les poursuites. A-t-il été présent durant les
30 heures ? Etait-il présent au moment de la délibération ? Un représentant du ministère était-il présent
? Est-ce le recteur, ou un représentant du ministère, qui a prescrit, suggéré la révocation à vie ou
celle-ci a-t-elle été prise en conscience et non sous influence, par les membres de la section ?
3. La section disciplinaire était composée de 4 enseignants-chercheurs, deux professeurs et deux
maîtres de conférences. Ces enseignants ne sont pas juristes (deux philosophes, un archéologue et une
enseignante de langues et littératures romanes) ; cela est habituel dans les sections disciplinaires des
universités ; il faut être élu d’un conseil pour y sièger. Le secrétaire présent lors des réunions de
jugement est également membre de l’université. Il n’y a pas de juge professionnel dans les sections
disciplinaires, ni au niveau des universités, ni au CNESER. D’où une autre question : qui a rédigé le
jugement ?
4. Le jugement comprend 30 considérations à charge pour Laroussi Oueslati. On m’a toujours
appris que ce qui se concevait bien s’énonçait clairement. Cette pléthore de griefs est un des éléments
de mon malaise. On peut les classer sous trois chefs d’accusation : dysfonctionnements internes qui
touchent à la gouvernance de l’université, entraves aux enquêtes de l’Inspection générale, fraudes au
diplôme. Laroussi est d’abord accusé de fort graves conflits avec la hiérarchie administrative de
l’université, de court-circuitage de celle-ci, d’absence de prise en compte des alertes formulées par
celle-ci. La LRU a fortement accru les pouvoirs des présidents d’université. L’ex-président de Toulon
a cru qu’il pouvait gouverner au besoin contre ses cadres administratifs. D’autres présidents s’y sont
employés. La pratique mérite d’être condamnée. Elle ne vaut certainement pas la révocation à vie de la
fonction publique.
5. L’ex-président a fait entrave aux deux enquêtes de l’IGAENR. “Considérant que l’ensemble des
tentatives et pressions susmentionnées avait pour finalité claire de faire obstacle aux divers contrôles
et enquêtes depuis avril 2009″. Le jugement ne mentionne pas, comme plusieurs médias l’ont pourtant
dit, le grief de “destruction de pièces“. L’entrave aux enquêtes publiques est évidemment
répréhensible et sanctionnable mais mérite-t-elle la révocation à vie ? J’ai déjà écrit dans la chronique
précédente que les responsables universitaires qui nont jamais dissimulé d’informations aux divers
types d’enquêtes publiques lèvent la main !
6. Evidemment plus grave, l’accusation d’avoir couvert, voire organisé une fraude au diplôme,
ce que la presse a dénommé : “vente de diplômes à des étudiants chinois”. Pas d’étudiants chinois
mentionnés dans le jugement, pas davantage de grief de vente de diplômes, de corruption de
fonctionnaire. Pour comprendre le dispositif de la dite fraude, il faut exposer les procédures
d’admission des étudiants étrangers. A Toulon, c’est la scolarité centrale qui organise la logistique de
ce qu’on y appelle la Validation des études supérieures (VES), pour les ”Candidatures à une filière à
recrutement limité”. “Vous ne possédez pas le diplôme requis pour vous inscrire directement :
vous devez remplir un dossier de validation des études supérieures (VES) en cliquant ici“. “Attention :
“Vous désirez poursuivre vos études à Toulon et vous résidez dans l’un des pays figurant dans cette
liste Campus France (annuaire en cliquant ici), il est alors nécessaire de vous inscrire auprès de
l’Espace Campus France correspondant pour pouvoir déposer votre demande d’inscription pour
l’année universitaire 2009-2010 et pour obtenir votre visa d’étudiants”.
L’espace Campus France existait-il au moment des faits reprochés à Laroussi Oueslati ? Les
étudiants “fraudeurs” étaient-ils munis d’un visa étudiant quand ils ont demandé à s’inscrire à Toulon
? Ce qui est d’abord reproché à l’ex-président, c’est d’avoir mis la main sur la commission VES
CCV (considération 2) : “présidence illégale, fonctionnement irrégulier, défaut de collégialité des
décisions, ou a minima superficialité et rôle insuffisant laissé aux composantes”. Ces commissions
existent dans toutes les universités : je ne dirai pas que leur fonctionnement est irréprochable ! Quand
on veut éviter une baisse des effectifs dans telle ou telle formation, on n’est pas très regardant sur le
niveau des candidats étrangers ! L’organisation non professionnelle du recrutement des étudiants
étrangers dans l’université de Toulon mérite-t-elle une révocation à vie ?
On entre maintenant au coeur de l’accusation : Larroussi Oueslati a-t-il organisé sciemment une
fraude au diplôme au profit d’étudiants étrangers ? Si oui, il mériterait la révocation à vie. Le
problème, c’est que le jugement ne l’en accuse pas (considération 3). Il faut en fait distinguer trois
étapes pour parvenir à l’obtention du diplôme de master (ici le master IAE) : l’entrée en 1ère année
(M1), le passage en 2ème année (M2) ou l’admission directe en M2, l’obtention du diplôme à la fin de
la 2ème année. Entrée en M1 : “suivi par certains usagers de formations non adaptées à leur niveau
réel” ; qui ne s’est jamais trompé dans la sélection à l’entrée d’un diplôme professionnel ?
Entrée en M2 : “risque excessif pris en acceptant le passage en M2 de certains étudiants étrangers
sans être sûrs de la qualité de leur diplôme”. Quel membre d’une commission de sélection connaît et
prend le temps de vérifier la qualité d’un grand nombre de diplômes étrangers ? Obtention du
Master : “les fraudes commises par certains usagers pour pallier la faiblesse de leur niveau scolaire et
de langue, comme le prouvent certains rapports de stages de l’Institut d’administration des entreprises
(IAE) au niveau M2 soutenus en septembre 2009″. Le texte impute les fraudes aux étudiants et non
à l’ancien président ! Je suppose, puisque les fraudes ont été repérées, que les étudiants n’ont pas
obtenu le master ! Qu’en a-t-il été au cours des années précédentes ? Le jugement ne porte pas de
griefs pour les années antérieures.
6. Quant à la considération 4 (rupture de l’égalité de traitement à l’égard des candidats à
l’inscription), je veux éviter d’entrer dans la polémique des inégalités de traitement dans les
universités. Il y aurait tant à dire sur le clientélisme, le copinage, le népotisme non seulement dans les
universités, mais aussi dans toutes les organisations productives. L’égalité de traitement ne se décrète
pas ; la lutte contre les inégalités de traitement est permanente.
J’ai, au cours de ma vie professionnelle, été élu trois fois au conseil d’administration, dans 3
universités différentes. Je n’ai jamais été membre de la section disciplinaire. Si j’avais été affronté au
cas de Monsieur Laroussi Oueslati, je peux dire, en conscience et avec responsabilité : ”je n’aurais pas
voté la révocation à vie pour les fautes invoquées dans le jugement” ! Celui-ci prouve que l’exprésident a manipulé la commission d’admission des étudiants étrangers, voire forcé l’inscription dans
certains diplômes ; par contre, le jugement ne prouve pas qu’il a organisé une fraude au diplôme, et a
fortiori une vente de diplômes. La sanction doit être adaptée à l’importance de la faute.
J’espère que les membres de la section disciplinaire du CNESER, auprès de laquelle l’ancien
président de Toulon a porté recours, partageront mon avis. Je demande, pour ma part, que l’enquête
de police, diligentée depuis plus d’un an, produise, rapidement et enfin, des conclusions.
Oueslati et la CPU (31 mai 2010)
La Conférence des présidents d’université (CPU) tient son prochain conseil d’administration
(CP2U), jeudi 3 juin 2010 (cliquer ici). ”Composée du Bureau et de quinze membres (les présidents
des sept commissions et huit autres membres élus par l’assemblée plénière), la CP2U instruit les
dossiers avant les débats en Conférence, statue sur les sujets ne nécessitant pas un vote en séance
plénière et publie parfois des communiqués de réaction rapide sur les différents sujets abordés”
(cliquer ici). Publiera-t-elle un “communiqué de réaction rapide” sur le sujet de la révocation, à
vie et immédiate, de la fonction publique de Laroussi Oueslati, décidée par la section disciplinaire de
l’université de Paris 4 Sorbonne le 21 mai 2010 et actée aussitôt par Valérie Pécresse, ministre de
l’enseignement supérieur de la recherche (chronique “Oueslati révoqué“).
J’ai écrit mon profond malaise vis-à-vis de cette sanction car aucune des 30 considérations du
jugement n’accuse Laroussi Oueslati de trafic de diplômes (vente de diplômes à des étudiants
étrangers, délivrance de diplômes sans réussite aux examens). Je souhaite très sincèrement que les 18
présidents de la CP2U lisent ou relisent ce jugement avant la tenue de la CP2U, en discutent et
publient un communiqué répondant aux 4 questions suivantes :
1. Les faits reprochés à Laroussi Oueslati par le jugement valent-ils la révocation à vie et immédiate ?
2. Pourquoi les deux rapports de l’IGAENR ne sont-ils pas rendus publics ? 3. Pourquoi les deux
enquêtes judiciaires (la première remontant à plus d’un an) n’ont-elles pas encore rendu leurs
conclusions ? 4. Pourquoi l’administrateur provisoire, Philippe Tchatmitchian, désigné par le recteur
de l’académie de Nice en octobre 2009, n’a-t-il pas encore organisé l’élection d’un nouveau président
par le CA élu démocratiquement ou proposé l’élection de nouveaux conseils, à même d’élire un
nouveau président ? L’université de Toulon n’en est-elle plus une ?
Laroussi Oueslati, un homme âgé de 50 ans, arrivé de Tunisie à Toulon à l’âge de 9 ans, qui y a fait
toutes ses études au lycée puis à l’université jusqu’au doctorat, recruté ensuite comme maître de
conférences, puis élu président de cette université en 2007 et confirmé dans la fonction en 2008. Cet
homme mérite que les présidents, ses anciens collègues, n’invoquent pas leur devoir de réserve et
s’expriment avec courage en toute liberté, responsabilité et conscience. Laroussi Oueslati doit-il
encourir la sanction absolue pour un fonctionnaire ? A-t-il commis des fautes à ce point graves qu’elle
lui valent d’être licencié sans indemnité, d’être mis à la rue et obligé de rechercher un emploi en
dehors de l’enseignement, son métier, avec des soupçons, non prouvés par le jugement et qui lui
vaudraient d’être stigmatisé à vie : “cet homme est un trafiquant”.
Laroussi Oueslati vient de réouvrir son blog : cliquer ici. Il peut être également intéressant de lire,
avec distanciation, sa trajectoire sur Wikipédia : cliquer ici.
Oueslati en préventive : corruption passive !
L’ancien président de l’université de Toulon, Laroussi Oueslati, a été mis en examen par le juge
d’instruction Franck Landou, et écroué à la prison des Baumettes à Marseille. Il avait été arrêté à son
domicile lundi dernier et gardé à vue. Au terme de la garde à vue, il a été mis en examen et incarcéré
pour “corruption passive par une personne chargée d’une fonction publique”. ”Corruption passive” :
Laroussi Oueslati aurait accepté de l’argent. Quand ? A combien de reprises ? Combien ? De la part de
qui ? Sous quelle forme, espèces ou cadeaux ? Qui sont les témoins à charge ? Cet argent a-t-il été
dépensé ?
Deux points m’étonnent et me choquent dans la mise en examen et le mandat d’arrêt. Pourquoi
avoir attendu aussi longtemps (plus de 18 mois) pour en arriver là ? Une information judiciaire pour
“corruption passive et active”, “escroquerie” a en effet été ouverte en mars 2009 dans le cadre d’un
présumé trafic de diplômes impliquant des étudiants chinois. 18 mois, c’est bien long pour
entendre des témoins à charge, pour vérifier les comptes bancaires et les déclarations de revenus du
prévenu, pour établir un éventuel décalage entre ses revenus et son train de vie… Et
pourquoi une incarcération ? Laroussi Oueslati représenterait-il un danger pour les gens qu’il
rencontrerait ? Je croyais, naïvement, que la prison préventive devait rester l’exception. Selon son
avocat, la mise sous écrou ne devrait certes pas dépasser une semaine ; une mise en liberté sous
contrôle judiciaire devrait sans doute s’en suivre. Je ne peux m’empêcher de penser que la justice a
plusieurs vitesses.
J’ai publié sur ce blog 11 chroniques sur “l’affaire Oueslati”. Il en faut rappeler les étapes clés…
Lire la suite et liens vers ces chroniques.
Var Matin (10 novembre 2010)
“Une prostituée accuse Oueslati de violences volontaires en réunion“. Une affaire qui se greffe sur la
précédente : je n’ai pas publié de chronique. Je me demande si je me suis trompé sur le président
Oueslati depuis le début.