Familles pauvres : il manque plus que de l`argent
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Familles pauvres : il manque plus que de l`argent
Familles pauvres : il manque plus que de l’argent ! Déclaration de la Commission nationale suisse Justice et Paix « Lève-‐toi, et reste debout devant tout le monde. » (Luc 6,8) En Suisse les familles nombreuses et monoparentales sont parmi les groupes les plus menacés par la pauvreté. Les enfants et les Ƥ ǯ ± ±-‐ carité. Pour Justice et Paix, ce constat attend des réponses. Lut-‐ ter contre la pauvreté n’est pas seulement une question d’argent. Remettre au centre les personnes mises à l’écart, les aider à se remettre debout et à vivre dans la dignité, tel devrait être l’objec-‐ tif principal. Dans le cadre de l’Année européenne de lutte contre la pauvreté, Justice et Paix plaide pour un meilleur soutien de la famille, dans la pluralité de ses formes actuelles, car elle reste un lieu fondamental pour le développement et l’épanouissement des adultes et des enfants. Trop de familles mises à l’écart « Comme maman élevant seule ses ǡ ǯ ơ de temps en temps quelque chose à Altin, 9 ans, et à Arta, 8 ans. Sortir en société, je ne peux pas. Les enfants n’ont pas de téléphone portable, même si c’est la norme aujourd’hui. Je tra-‐ vaille à la blanchisserie de l’hôpital d’Uster et je gagne 2’000 francs par mois. Que se passe-‐t-‐il si mon ex-‐mari ne paie pas la pension alimentaire ? Mon rêve serait de faire une formation et de travailler dans le domaine médi-‐ cal. Mais comment faire sans argent ? Et qui va s’occuper des enfants ? » (Jehona Useini, 32 ans, Schweizer Illustrierte, 29.03.2010, No 13, p. 91) En quelques mots, ce témoignage illustre la situation quotidienne de bien des familles en Suisse et les risques de pauvreté les plus fré-‐ quents : personne élevant seule ses enfants, salaire trop bas, paiement aléatoire des pensions alimentaires, origine étrangère, manque d’intégra-‐ ǡƥǤ de ces situations entraine un grand ± ±Ǥ Ƥ-‐ ment les statistiques de l’aide sociale ainsi que diverses études, beaucoup de situations de pauvreté frappent directement les enfants et les jeunes. Les coûts engendrés par la présence d’enfants accroissent le risque de pauvreté à double titre. Les dépen-‐ ses du ménage augmentent, tandis que le revenu de la personne qui s’en occupe – dans la plupart des cas la femme – diminue, voire est supprimé, Ǥ ǯƥǦ sance des infrastructures dans le do maine de l’accueil extrafamilial ac cen tue encore le problème. Cette situation concerne davantage encore les familles nombreuses car les allo-‐ ƥ couvrir les frais réels de l’éducation d’un enfant. Cette précarité pèse sur les enfants Ǥ±ơ négatif sur leur développement. Elle perturbe les relations au sein de la famille et avec l’entourage. Elle freine souvent le développement intellec-‐ tuel et scolaire des enfants et des jeunes, mais aussi physique par une nourriture peu saine, par le manque d’activité, ou à cause d’un logement ±Ǥ ± ±±Ƥ d’une formation scolaire et profes-‐ sionnelle faible sont plus exposés aux risques de pauvreté. En outre leurs droits aux assurances et prestations sociales sont souvent réduits. Les familles de migrants sont fréquem-‐ ment tout en bas de l’échelle sociale. On constate en outre de plus en plus que la pauvreté se transmet de manière héréditaire. Beaucoup d’en-‐ fants se retrouvent à l’âge adulte dans la même condition de précarité que leurs parents, sans perspectives d’avenir. Notre système de forma-‐ ǯơ± égalité des chances; il renforce au ơ± Ǥ statut socio-‐économique des parents reste déterminant pour l’accès des jeunes à des études supérieures. « Un autre jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était paralysée. Les scribes et les pharisiens ±Ƥǯ±Ǣ ainsi un motif pour l’accuser. Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l’homme qui avait la main paralysée : ‹ Lève-‐toi, et reste debout devant tout le monde. › L’homme se leva et se tint debout. Jésus leur dit : ‹ Je vous le demande : Est-‐il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal? de sauver une vie, ou de la perdre ? › Alors, ǡǯǣǸ2ǤǹƤǡ sa main redevint normale. Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu’ils allaient faire à Jésus. » Luc 6,6-‐11 (TOB) La pauvreté exclut « Dans le fait d’être pauvre, le pire c’est de regarder la vie passer et de ne jamais ²Ǥǯƥ ǡ² ơ²ǡ n’y arrive pas. On ne veut pas de nous.» (Anonyme, ATD Quart-‐Monde) Se sentir mis à l’écart, exclu est au cœur de l’expérience des pauvres. L’homme à la main paralysée du récit de Luc devait ressentir cette même situation : en marge de la société, sans respect des autres, peut-‐être accusé d’avoir mérité cette peine. Et c’est précisément lui que Jésus appelle à venir au centre. Dans notre société où la reconnais-‐ sance repose essentiellement sur le travail, le revenu et l’apparence, les moins favorisés se sentent plus faci-‐ lement mis à l’écart. Face au modèle de consommation dicté par une publicité omniprésente, le fait de ne pas avoir accès à des biens considérés comme standards peut renforcer ce sentiment. Pour les personnes et les ǡ ƥ ± conduire à fortement réduire l’estime de soi. Dans la précarité, on ressent la honte de ne pas être comme tout le monde. On se juge coupable de sa propre pauvreté. Remettre la famille au « Déjà à l’école, je me sentais exclue. Pour la course d’école, il n’y avait pas d’argent. Les cours de piano et surtout le piano lui-‐même ne pouvaient pas être payés. ‹ Pourquoi est-‐ce qu’elle voudrait jouer du piano celle-‐là ? › » (S., 38 ans, in : Amnesty International / ATD Quart-‐Monde, « Misère », Berne / Treyvaux 2010, p. 25) Les problèmes des familles ne sont Ƥ °Ǥ besoins alimentaires et matériels sont certes fondamentaux, mais ils ne sont pas les seuls. Pour les pauvres, l’accès au savoir, à la culture, aux loisirs, aux ƥ Ǥ pauvres sont souvent isolées. Dans les villes et les agglomérations, les réseaux de soutien manquent, dans les villages, le risque de stigmatisa-‐ Ǥƥ ǯ± conséquences de cet isolement sur les adultes et les enfants, mais elles sont bien réelles. L’écart entre riches et pauvres, y com-‐ pris dans notre pays, tend à se creuser et la classe moyenne est de plus en plus fragilisée, menaçant ainsi la cohé-‐ sion sociale. Dans le récit évangélique, Jésus invite l’homme à la main paralysée à se tenir au centre. Mettre la personne au centre est aussi le rôle de la famille. En tant que premier lieu d’apparte-‐ nance, elle doit permettre à chacune et chacun de construire sa personna-‐ lité propre. Pour accomplir son rôle de première cellule de la société, la famille, quelle que soit sa forme, a besoin de protection et de soutien. C’est pour-‐ quoi Justice et Paix demande de lui accorder une attention particulière. ǡ Ƥ permettent la plupart du temps d’évi-‐ ter les cas de pauvreté absolue met-‐ tant en cause la survie des personnes et des familles. Mais dans un pays riche comme le nôtre, l’exclusion par la pauvreté provoque la perte de perspectives et d’espoir. La détresse matérielle et morale s’exprime par la question « Pourquoi moi ? ». L’in-‐ compréhension et la condamnation sociale contribuent encore à cette situation d’échec. Cela montre que la pauvreté n’est pas qu’une ques-‐ tion d’argent comme l’a exprimé à partir de son expérience le P. Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart-‐ Monde : La pauvreté empêche la per-‐ sonne ou la famille de jouir de ses droits Le texte de l’évangile de Luc ne dit pas si l’homme à la main paralysée était un ǡƤ±ǯ± Ǥ de le guérir Jésus l’invite à se lever et à se tenir debout, devant tout le monde. Face aux spécialistes de la loi, Jésus appelle à dépasser les prescriptions juri-‐ diques pour aller à l’essentiel. Ne peut-‐on pas voir dans la démarche de l’homme à la main paralysée, de se lever, de venir au centre, d’étendre la main et de se voir guéri, un retour vers la vie ? Ou pour utiliser un langage contemporain une ré-‐ intégration dans la société ? ǯ±ǯǼ±ƥ-‐ ment aux exigences de la société » qui aujourd’hui sont d’ordre surtout écono-‐ mique. Ces exigences mettent sous pression les familles qui portent d’autres valeurs essentielles. C’est pourquoi la société doit redonner aux familles la place qui leur est propre, en particulier à celles qui sont « paralysées » par la pauvreté. centre et de participer à la vie de la société en assumant ses responsabilités propres. Une telle expérience contredit fonda-‐ mentalement le principe selon lequel la personne doit être au centre de ±ƪ Ǥ que la personne humaine doit être le point de départ et l’aboutissement de l’organisation de la société. Cela découle aussi de la vision chrétienne de la justice sociale qui se mesure surtout à la place accordée aux plus démunis. Pouvoir déterminer sa vie Lorsque Jésus interpelle l’homme à la main paralysée, il lui dit d’abord : « Lève-‐toi et reste debout devant tout Ǥǽ ǡ±ƥ sa dignité, et par sa guérison, il lui redonne sa liberté. Pouvoir déterminer soi-‐même sa vie en tant que famille est une expression de dignité et de liberté. Donner aux enfants et aux jeunes la possibilité de saisir leurs chances et de déployer leurs potentiels doit être un objectif prioritaire de la lutte contre la pau-‐ vreté. Comme le stipule l’art 11 de la Constitution fédérale : « Les enfants et les jeunes ont droit à une protec-‐ tion particulière de leur intégrité et à l’encouragement de leur dévelop-‐ pement. » Cette protection et cet encouragement passent notamment par l’intégration sociale, l’égalité face à la formation et la sécurité maté-‐ rielle. La famille reste le lieu principal de ce développement. C’est pour-‐ quoi elle mérite un soutien comme le demande d’ailleurs l’art. 41 de notre Constitution. Dans la société actuelle, les familles sont soumises à de multiples pres-‐ sions : exigences du marché du travail, ƥ ± Ƥ °ǡ ° logement etc. Pour Justice et Paix des valeurs fondamentales sont en jeu. Des valeurs de la famille comme ǯǡ Ƥ±±ǡ Ƥ ǡ soutien mutuel, entrent en contra-‐ diction avec les valeurs prônées par notre société orientée sur les avan-‐ tages individuels et l’échange éco-‐ nomique. Les services rendus par la famille à la société doivent être mieux reconnus. Pouvoir participer à la société La société vit de la participation de tous. D’un point de vue éthique, le modèle de société doit s’orienter selon le principe que tous puissent prendre part à la vie sociale et béné-‐ Ƥ Ǥ Justice et Paix, ce droit de partici-‐ pation est un élément central de la lutte contre la pauvreté. Donner aux pauvres une place entière en tant que personnes est une exigence du res-‐ pect de leur dignité. Cela demande notamment de rappeler qu’au-‐delà du minimum vital pour le logement, l’ali-‐ mentation et la santé, les pauvres ont droit à l’accès au savoir, à la culture, à la beauté, à un environnement propre et agréable, à des loisirs ou aux vacances. Ceci sans que l’on crie au luxe et aux abus d’assistance. La participation des familles est indispensable à la vie de la société. L’avenir des jeunes générations est aussi l’avenir des générations plus âgées, parce qu’elles doivent porter ±Ƥ démographique. Pour assurer son bien-‐être et garantir les prestations de la prévoyance vieillesse, la société suisse a besoin de la famille et des enfants. Vouloir renforcer la solida-‐ rité entre les générations demande Ƥ de contribuer à la cohésion sociale. Participation et intégration Justice et Paix s’engage pour : Une société qui se soucie davantage de la situation des familles et des enfants et qui favorise la participation de tous. f Que le thème de l’intégration, foca-‐ lisé sur les enfants et les jeunes, soit considéré comme le champ d’acti-‐ vité central de la politique sociale. f Un soutien accru de la Confédération et des cantons aux mesures mises en œuvre pour l’intégration sur le plan local. Ces mesures doivent prendre en compte la problématique des familles pauvres (Case Management). f Revenu et cohésion sociale Formation et égalité des chances Justice et Paix recommande : Justice et Paix soutient : L’introduction d’une formation obliga-‐ toire (à ne pas confondre avec l’école obligatoire) jusqu’à l’âge de 18 ans. f Une offre élargie pour la prise en charge de la petite enfance permet-‐ tant la détection avant l’âge scolaire des problèmes sociaux et familiaux ou de langue. f L’harmonisation des bourses de for-‐ mation au plan fédéral. f Le développement de modèles de travail plus compatibles avec la vie familiale : partage de postes, temps partiels avec horaires aménagés, congés parentaux, formation conti-‐ nue pour les employés à temps partiel et les personnes désirant re-‐ prendre un emploi, etc. f L’introduction au niveau fédéral de prestations complémentaires pour les familles défavorisées (initiative parle-‐ mentaire déposée en l’an 2000). f Le développement des structures d’accueil extra-‐familial, également accessibles aux familles pauvres. f Aider à se tenir debout En plaçant l’homme à la main paraly-‐ sée au milieu, Jésus le réintègre dans la société. Il en est de même pour la famille qui doit conserver ou retrou-‐ ver sa place centrale. Pour rétablir l’égalité des chances et redonner le droit de participer aux familles tou-‐ chées par la pauvreté, il faut agir à di-‐ vers niveaux. Une stratégie globale de lutte doit prendre en compte tous les domaines de la vie : la garantie des ressources matérielles, l’accès au marché du travail, à la formation professionnelle, à un logement dé-‐ cent, à la santé, à la culture. Elle doit aussi prendre en compte le cumul des précarités. Une tâche de toute la société La Stratégie globale suisse de lutte contre la pauvreté présentée par le Conseil fédéral le reconnaît. Justice ± ơǯ-‐ lyse et souhaite que cette stratégie ±ơǤ ǡ ǯ±Ƥ ǡ des délais, et des indicateurs. Cette démarche doit être accompagnée par un organe de suivi et d’évaluation. Les acteurs politiques, mais aussi l’économie et les institutions sociales sont interpellés. De quoi les familles frappées par la pauvreté ont-‐elles besoin pour pou-‐ voir participer à la vie de la société ? L’expérience et les témoignages des pauvres eux-‐mêmes montrent qu’à côté des soucis d’argent, il en existe bien d’autres. Le contact et le soutien personnels, l’appui des grands-‐parents, l’aide entre voisins, le bénévolat représen-‐ Ƥ de l’aide aux familles dans la vie quoti-‐ dienne, pour la garde des enfants, les repas, les devoirs surveillés, les loisirs, Ƥ Ǥ-‐ darité de proximité doit être mieux reconnue et encouragée. Elle ne sera ƥ ±-‐ ner les causes de la pauvreté. Dans le sens des principes de solidarité et de subsidiarité, la responsabilité de l’Etat et de l’économie est engagée. Eviter la pauvreté Pour Justice et Paix, le meilleur moyen de lutte contre la pauvreté est la prévention. La politique sociale ne doit pas uniquement être conçue en termes de dépenses qu’il faut cher-‐ cher systématiquement à réduire, mais en termes d’investissements utiles à l’ensemble de la société dans le sens de la cohésion sociale. Plusieurs champs d’action sont envi-‐ sageables pour venir en aide aux familles pauvres. A partir de sa ré-‐ ƪǯ±± justice participative, Justice et Paix retient trois domaines d’engagement prioritaires : Participation et intégration Formation et égalité des chances fRevenu et cohésion sociale f f Le message des Eglises : L’avenir ensemble , issu de la Consultation œcuménique sur l’avenir social et économiqe de la Suisse en 2001, rele-‐ vait que « par delà des faiblesses des mesures sociales, la Suisse ne dispose toujours pas d’une politique adéquate concernant la famille. Des valeurs essentielles, tant au niveau individuel que social, sont également en jeu, elles devraient davantage occuper l’atten-‐ tion du public. Quelle importance ont pour nous les services rendus par la famille et dont la société dépend ? Ƥ Ǧ aux valeurs relationnelles promues par la famille, telles que l’empathie, la Ƥ±±ǡ ǡǯ réciproque, la solidarité ? » (FEPS / CES, Berne / Fribourg 2001, No 49) Etablir une priorité pour la famille La famille a toujours été au centre ±ƪ ǯ Ǥ ±Ƥ± dans une société riche et face aux profonds changements sociaux, les paroisses et les communautés sont appelées à trouver de nouvelles ré-‐ ponses. Elles peuvent devenir davan-‐ tage encore des lieux de partage en allant activement à la rencontre des familles touchées ou menacées par la pauvreté. De manière générale il s’agit de donner concrètement de l’espace aux familles, dans la plura-‐ lité de leurs formes, dans toutes les activités ecclésiales. Le rôle de Cari-‐ tas, des congrégations religieuses et des nombreux autres organismes ou groupes d’entraide est primordial ǦƤ matériel. notre société. En renforçant l’égalité ơ conditions de vie meilleures, nous prévenons l’exclusion et nous renfor-‐ çons la cohésion sociale. Justitia et Pax Justice et Paix Giustizia e Pace Commission nationale suisse Justice et Paix a conscience qu’une stratégie de lutte contre la pauvreté à un coût. La question est de déter-‐ miner où la société suisse entend mettre ses priorités. A nos yeux, la lutte contre la pauvreté des enfants et des familles est une tâche essen-‐ tielle, non seulement en raison de leur dignité et de leurs droits, mais aussi parce qu’elle représente un in-‐ vestissement utile à long terme pour ƥ͙͙ Case postale 6872 3001 Berne Tél. 031 381 59 55 Fax 031 381 83 49 [email protected] www.juspax.ch Photos: Wolfgang Bürgstein, Justice et Paix Michael Kempf, fotolia.com Jean-‐Claude Gadmer, ciric