Premier chapitre

Transcription

Premier chapitre
Chapitre premier
Jessica s’était jurée de ne pas pleurer, quitte à se mordre l’intérieur des joues jusqu’à
inonder sa bouche d’un puissant goût de fer. Pourtant, lorsque la voix cristalline entonna dans
l’église Saint Charles Borromée de Joinville-le-Pont les premiers airs de l’Ave Maria, son
estomac se contracta, ses lèvres tremblèrent, et malgré ses efforts pour les retenir, deux
grosses larmes franchirent avec succès le barrage de ses cils pour couler lentement sur ses
joues à peine maquillées.
A côté d’elle, Philippe emprisonna ses bouts de doigts au creux de ses paumes ; sa
manière à lui de lui donner du courage. Jessica lui jeta un coup d’œil reconnaissant avant de
porter son regard au-delà de son petit-ami, vers sa belle-mère, Anne, élégante et très digne
ainsi entourée de ses deux grands garçons, Paul, vingt-deux ans et Mathias, vingt ans, la
deuxième famille de son père; la seule belle image du jour. Ses yeux balayèrent ensuite les
rangées garnies d’amis, de collègues et d’employés, toutes celles et ceux que Guy Laforêt
avait touché d’une manière ou d’une autre, puis s’arrêtèrent sur Christophe qui se tenait
debout, les mains dans les poches d’un manteau noir léger, les lèvres étirées en cette espèce de
rictus ironique qui donnait sans arrêt l’impression qu’il se moquait du monde. Leurs regards
se rencontrèrent un instant avant qu’elle ne détourne rapidement le sien.
Après la cérémonie, Jessica, à l’image du reste du cortège, couvrit à pied les deux
kilomètres qui séparaient le cimetière de l’église. Elle en profita pour respirer un peu de cet
air encore bien chaud pour un mois d’octobre. Elle s’efforça également de se recomposer un
visage parfaitement impénétrable. Elle détestait montrer ses failles et ses faiblesses en public.
Elle ne pleurait jamais ailleurs que chez elle, le nez enfoui dans ses coussins ou le pelage
corbeau de Brownie, son adorable Amercian Curl, son plus fidèle compagnon depuis sept ans
; même Philippe ne l’avait pas une seule fois vu craquer.
En un geste destiné à marquer symboliquement son indépendance et sa force, elle se
détacha du bras qui la soutenait et se dirigea vers sa belle-famille, échangeant quelques mots
avec Anne, acceptant l’étreinte réconfortante de Paul et la caresse de Mathias dans son dos.
Tous les quatre arrivèrent ensemble au cimetière, et serrèrent les rangs pour écouter le prêtre.
Puis, au prix d’un gros effort, Anne prononça quelques paroles d’adieu. Au moment où elle
terminait en sanglots, l’attention de Jessica fut attirée par le claquement d’une portière de
voiture. Elle vit un homme de grande taille, à la peau très sombre, en chemisette blanche et
pantalon fluide, se précipiter pour faire le tour du véhicule et ouvrir à une femme qui se jeta
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littéralement dehors. Main dans la main, elle les regarda, traverser la rue et courir dans leur
direction.
- Dites-moi que je rêve souffla-t-elle en portant un regard atterré sur la femme en
ballerines et robe fleurie jaune orange qui trottait vers eux.
Dans sa course frénétique, celle-ci perdit son chapeau aux larges bords qui s’envola à
quelques mètres ; Jessica jura intérieurement. Lorsqu’elle se pencha pour le ramasser et que sa
robe bien trop courte, révéla une grande partie de ce qu’elle aurait dû dissimuler, elle se sentit
bouillir. Quand, au même moment, ses énormes lunettes de soleil glissèrent à terre, elle
enfonça ses ongles longs dans la paume de sa main pour se retenir de hurler.
Dans l’assistance s’élevèrent des rires mais aussi des murmures de désapprobation et
d’incrédulité.
- Elle ne peut vraiment pas s’empêcher de se donner en spectacle, ragea Jessica, les
joues rouges de colère, et de honte.
- Qui est-ce ? interrogea Philippe.
- Ma charmante mère et je suppose, son nouveau petit copain.
- Elle a l’air plutôt marrante.
Jessica lui décocha un regard noir avant de croiser celui, outré de toute sa bellefamille. Instinctivement, elle se rapprocha d’eux et bredouilla quelques mots d’excuse à
l’intention d’Anne.
- Tu n’y es pour rien. Continuons la cérémonie veux-tu ?
Elle hocha la tête et s’efforça d’ignorer sa mère, ses épaules bronzées entièrement
dénudées, sa robe trop courte aux couleurs estivales, son chapeau, son air de vacancière, en
total décalage avec les mines sombres et les tenues austères. Elle prononça l’éloge qu’elle
dédia à son père, puis elle retourna à sa place, laissant ses deux demi-frère prendre chacun
leur tour la parole. Quand tout fut terminé, l’assemblée se disloqua. Anne resta devant la terre
fraîchement retournée pour chercher du réconfort auprès de l’officier religieux tandis que
Jessica réconfortait Matthias d’une nouvelle accolade.
Elle discutait toujours avec ses deux demi-frères lorsqu’elle sentit une main la prendre
doucement par le coude et l’entraîner à l’écart.
- Tu n’étais pas obligé de venir.
- J’y tenais. Et puis le cabinet peut se passer de ma présence. Comment vas-tu ?
Jessica haussa simplement les épaules avant de fouiller dans son sac à main à la
recherche de son BlackBerry. Dès qu’elle l’alluma, la petite lumière si familière se mit à
clignoter. Plusieurs appels en absence, plusieurs messages vocaux se signalèrent sur l’écran
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d’accueil tandis que les mails abondèrent un à un dans sa boite aux lettres. Oubliant l’endroit
où elle se trouvait, la jeune femme commença à les traiter un par un.
- Jess’ ça peut attendre, observa Christophe en posant sa main sur celle qui tenait le
téléphone portable. Tu viens à peine d’enterrer ton père.
Jessica releva la tête, l’expression du visage presque froide.
- Comme tu viens de le dire, il est enterré, il n’y a plus rien à faire d’autre. Je pense
être de retour au bureau dans une heure maximum.
- Prends ta journée…
- Sûrement pas. J’ai des messages dans tous les sens, un stagiaire qui a besoin que je
lui valide ses TVA et des clients incapables de traverser la rue sans mon aide. Je serai là-bas
dans une heure.
- Aux dernières nouvelles c’est encore moi qui te paie, et moi je te dis de rester pour la
journée. Ta belle-famille a besoin de toi.
Les yeux rivés sur son BlackBerry, Jessica fit défiler les mails les uns après les autres,
sans paraître l’entendre.
- Je serai au bureau dans une heure Christophe…
- Jessica ma puce ! Une tornade colorée l’attira dans ses bras, la contraignant à lâcher
son téléphone des yeux. Je suis si désolée ma chérie…
Jessica resta de marbre tandis que sa mère l’embrassait et la serrait affectueusement
contre elle.
- Bonjour Maman, la salua-t-elle en se dégageant comme elle le put. Elle lui désigna
sa tenue. Tu as confondu le cimetière avec le Club Med, c’est ça ?
- Désolée ma chérie, mais Simon et moi revenons tout juste de Maurice. Nous avons
atterri il y a une heure et demie et avons fait aussi vite que possible. Je tenais à dire une
dernière fois au-revoir à ton père.
- Tu aurais pu t’abstenir, il ne t’en aurait pas voulu.
L’accueil désagréable de sa fille ne sembla pas affecter Catherine Laforêt. Balayant
d’un revers de la main ce qu’elle considérait être une remarque inutile, elle se tourna vers
Christophe. Son visage éclatant n’affichait aucune gêne, pas le moindre embarras.
- Qui est ce charmant jeune homme ? interrogea-t-elle en ne quittant pas les yeux dont
la couleur vert sombre semblait la fasciner. Ton chéri ?
- Non, mon patron.
Christophe alla des yeux bleu pâle furieux de la fille aux yeux bleu pâle étincelants de
la mère sans se départir de son sourire malicieux. Catherine devait avoir plus d’une
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soixantaine d’années, mais avec sa peau gorgée de soleil, son visage lisse sans la moindre
ride, ses lèvres généreuses, ses cheveux châtains retenus par un bandeau turquoise et son
attitude presque juvénile, elle en faisait facilement quinze de moins. Elle se rapprochait bien
plus de son âge que de celui de ses parents estima-t-il.
- Le charmant jeune homme vous remercie pour ces compliments et contrairement à
votre fille, il vous félicite pour votre robe. Les enterrements sont bien assez déprimants
comme cela.
En réponse Jessica lui lança un regard meurtrier. Catherine en revanche le trouva très
séduisant, très drôle, et très à son goût.
- Dans quel secteur travaillez-vous déjà ? Jessica me l’a dit il y a longtemps mais
j’avoue avoir oublié…
- L’expertise-comptable. Rien qui ne puisse vous passionner j’en ai bien peur.
Sensible à son charme comme à son humour, Catherine oublia toute retenue et, sous le
regard mortifié de sa fille, le prit familièrement par le bras.
- Vous n’êtes vraiment que le patron de ma fille ? Parce que venir à l’enterrement du
père de l’un de ses salariés est peu conventionnel je dois dire… Bon d’accord j’ai quitté le
monde du travail il y a longtemps mais tout de même… Ceci dit, ajouta Catherine en lui
adressant son sourire de séductrice, vous m’avez l’air peu conventionnel.
- Maman, tu veux bien la fermer ? s’emporta Jessica. Y’en a marre que tu te donnes
sans arrêt en spectacle. Tu me fais honte !
- Ne sois pas si coincée Jess’, ta mère est plutôt rafraichissante.
- Ma mère est cinglée ! lui rétorqua Jessica pleine de rancœur, avant d’agripper le bras
de sa mère. On se voit tout à l’heure au bureau.
Sans attendre, elle guida sa mère loin de sa belle-famille, de Philippe et de Christophe.
- Qu’est-ce que tu viens fiche ici ? explosa-t-elle. Personne ne t’a demandé de venir.
Le sourire avenant de Catherine s’effaça aussitôt.
- En effet. Elle sortit son téléphone de son sac et joua un instant avec l’écran tactile
avant de lire à haute voix : Papa a eu une crise cardiaque. Enterrement vendredi. Inutile
d’interrompre tes vacances. Son regard chercha celui de sa fille. Aussi chaleureuse qu’une
chambre froide. Heureusement que je me souvenais que ton père avait toujours souhaité être
inhumé dans ce cimetière, dans le caveau familial. Si j’avais dû compter sur toi ! Et c’est une
chance que la cérémonie ne soit pas terminée !
- Il fallait poser la question…
- Je l’ai fait ! Je t’ai envoyé un texto.
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Jessica haussa les épaules.
- Jamais reçu.
- Menteuse !attaqua Catherine en lui montrant le petit message qu’elle lui avait
envoyé, lui demandant des indications supplémentaires sur le lieu et l’heure de la cérémonie.
- Je reçois tellement de messages, j’ai dû effacer le tien par inadvertance.
- A d’autres Jessica. Dis surtout que tu ne voulais pas que je vienne.
- C’est mon père que je viens d’enterrer ! s’exclama la jeune femme, la voix brisée par
l’émotion. C’était lui le héros du jour. Pour moi, pour sa femme, ses deux fils et tous ceux à
qui il était cher. Il n’avait pas besoin qu’une allumée de ton espèce débarque et lui vole la
vedette comme tu l’as fait. Tout le monde ne parle plus que de toi, de ton irruption tonitruante,
de ton accoutrement ridicule, de ton comportement à la limite irrespectueux et vulgaire. De toi
et de ce type qui t’accompagne ? Qui est-ce au fait ? Ton nouveau jules ? Un souvenir de
Maurice ?
- Si tu avais répondu à mon message, je n’aurais pas débarqué comme je l’ai fait, dans
cette tenue si choquante à tes yeux. J’aurais eu le temps de m’organiser, et de me changer.
Jessica secoua la tête avec véhémence.
- Mon silence était éloquent. On ne voulait pas de toi ici. Ni Anne, ni Paul, ni
Matthias…
- Ni toi.
- Ni moi. Surtout, ni moi, insista-t-elle. Tu m’as fait honte, une nouvelle fois. Devant
tous ces gens, et devant mon patron. Ils vont te prendre pour une tarée, une totale dégénérée.
- Je me moque de ce qu’ils pensent.
- Pas moi ! Bon sang maman tu as soixante-deux ans, grandis un peu ! Et dis-toi que tu
n’es pas toute seule à pâtir de ton comportement.
- Pourquoi grandir si c’est pour être comme eux ? Non mais regarde-les un peu, ils
tirent tous une de ces mines !
- Ces gens viennent de perdre un être auquel ils tenaient vraiment. Toi, tu ne tiens à
personne hormis à toi, bien sûr que tu ne peux pas comprendre.
- Ce que tu dis est faux ! J’aimais Guy.
Jessica ricana.
- Tu l’as aimé quoi ? Un mois ? Un an ? Certainement pas davantage.
- Bien plus longtemps que tu ne le crois, se défendit Catherine, finalement blessée par
toutes les flèches décochées par sa fille.
- A d’autres, maman. Papa nous a quittées j’avais cinq ans. Et sa décision était prise
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bien avant qu’il ne passe véritablement à l’acte.
- Guy et moi n’avions pas la même vision des choses, ce qui n’empêche que j’ai
toujours gardé beaucoup de tendresse pour lui. Il avait une place à part dans mon cœur, une
place bien à lui. Sa mort si soudaine m’a fait un choc figure-toi !
Jessica considéra sa mère de son œil implacable et réalisé que la disparition si brutale
de son ex-mari semblait effectivement l’avoir ébranlée. Elle tenta alors de se radoucir, mais
l’amertume tenace qu’elle lui vouait, rendit ses efforts infructueux.
- Et Simon ? interrogea-t-elle. Que vient-il faire ici ? J’espère au moins qu’il est
majeur.
- Bien sûr qu’il est majeur. Il a vingt-sept ans…
- Super, un autre petit frère.
- Veux-tu arrêter ça ! Je reste ta mère et je ne tolère pas tes remarques méchantes et
désobligeantes. D’autant que je n’ai absolument aucun compte à te rendre.
- Tu fais effectivement ce que tu veux, reconnut Jessica sur un ton particulièrement
acide, de toute manière, personne ne peut t’en empêcher. Ceci dit, tu n’es pas obligée de nous
imposer tes choix.
- Je n’avais certainement pas l’intention de t’imposer Simon, mais que pouvais-je faire
d’autre ? Nous étions dans la précipitation…
- Tu pouvais te changer dans l’avion, ou à l’aéroport, et tu pouvais lui donner les clefs
de chez toi, le mettre dans un taxi ou le R.E.R.
- Je n’y ai pas pensé…
- Non bien sûr. Tu es trop écervelée, trop immature pour songer à des choses aussi
terre à terre que celles-là.
- Très bien, s’impatienta Catherine, lassée de n’entendre que des reproches. Je te
présente mes excuses, d’accord ? Je suis désolée d’avoir semble-t-il, ruiné les funérailles de
ton père, et de t’avoir à ce point embarrassée devant ta belle-famille, tes amis et ton patron. Je
suis désolée, ça te va ? Je pensais que ma présence à tes côtés vous ferait plaisir, à toi et à
Guy.
- Et bien c’est raté…
Eprouvée par les attaques incessantes de sa fille, Catherine grimaça. Pourtant, au lieu
de s’attarder sur ce qui la blessait, elle préféra changer de sujet.
- Au moins ai-je fait bonne impression à ton patron, c’est déjà ça…
- Bonne impression ? Tu plaisantes ? Il t’a prise pour une attardée !
- Je ne crois pas non. Il a l’air moins coincé que vous tous. Il est en tous les cas très
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séduisant. Et la couleur de ses yeux est magnifique. Ce vert sombre… Quel âge a-t-il ?
Jessica se raidit ; son regard se fit létal.
- Laisse-tomber, il est trop vieux pour toi.
- Quarante, quarante-cinq ?
- Maman, menaça-t-elle, n’y pense même pas.
Le regard espiègle de Catherine se planta dans celui très hostile de sa fille.
-Tu peux me le dire s’il est ton petit-ami ma chérie, je serais heureuse pour toi.
- Il n’est pas mon petit ami, il est mon patron. Mon petit ami s’appelle Philippe et se
tient auprès d’Anne en ce moment.
Catherine porta son attention vers le caveau familial des Laforêt, sur la seconde
épouse de Guy et sur l’homme avec lequel elle conversait.
- Puisque je n’ai pas le droit de discuter avec lui pour faire plus ample connaissance,
tu ne m’en voudras pas de lui préférer le grand brun mal coiffé que tu appelles si pudiquement
ton patron décida-t-elle sans quitter Philippe des yeux.
- Je l’appelle comme cela, parce que c’est ce qu’il est.
- Dans ce cas, moi, je suis mère Térésa. Tu sais ma chérie, j’ai beau n’être qu’une
vieille écervelée immature et égocentrique, j’ai encore mes deux yeux et ils sont en parfait
état. J’ai vu comment vous vous regardiez tous les deux. Tu ne me feras jamais croire qu’il
n’est que ton patron. Elle secoua la tête. Impossible.
- Je me moque éperdument de ce que tu crois !se rebiffa Jessica, subitement sur la
défensive. Maintenant excuse-moi mais je dois retourner voir Anne avant de filer au bureau.
- Ne peux-tu prendre ta journée ?
- Non. J’ai un emploi du temps chargé, des responsabilités, des gens qui comptent sur
moi… Une nouvelle personne arrive demain au cabinet.
Catherine soupira.
- Tu es vraiment comme ton père. Le boulot, le boulot, le boulot.
- Dans ta bouche, cela sonne comme une injure, pourtant moi, je suis fière d’être
comme lui. Je regrette seulement de l’avoir connu si tard. De nouveau, l’émotion la happa. A
présent qu’il est mort, je me sens comme une orpheline.
Catherine encaissa le choc comme elle le put, mais la violence du coup, aussi
percutant qu’un poing dans le plexus, la laissa sonnée.
- Il te reste ta mère, souffla-t-elle.
- Ne le prends pas mal maman, mais tu n’as jamais été une mère pour moi. Du plus
loin que je me souvienne, tu ne t’es jamais comportée comme telle.
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- Tu exagères…
Un voile sombre traversa le regard de la jeune femme.
- Non, je ne crois pas. Une mère, une vraie mère, n’aurait pas fait ce que tu as fait. Et
une chose est sûre, mon père lui, n’aurait jamais fait ça.
- Mais de quoi parles-tu ? interrogea Catherine, déroutée par les accusations à peine
voilées de sa fille.
Jessica sonda son expression pleine d’une surprise sincère.
- De rien maman, laisse-tomber. Du menton, elle lui désigna Simon adossé à un arbre,
l’air un peu perdu. Tu devrais le rejoindre.
Lentement, sa mère hocha la tête.
- Je t’appellerai plus tard. Peut-être accepteras-tu un déjeuner.
Elle avait fait un long voyage pour venir aussi vite que possible aux obsèques, et
soutenir sa fille unique ; en échange, elle n’avait reçu que critiques, blâmes et reproches.
Consciente de l’avoir rejetée peut-être un peu trop brutalement et pour des raisons qui
n’avaient pas leur place en ce lieu de recueillement, Jessica approuva.
- Appelle-moi en fin de semaine prochaine si tu veux, on verra pour un déjeuner.
Il n’en fallut pas davantage à Catherine. Telle une petite fille à qui on venait de
pardonner une grosse bêtise, elle regarda sa fille avec des yeux brillant de reconnaissance.
L’instant d’après, elle remit son chapeau sur sa tête et esquissa ce qui sembla être un pas de
danse.
- Je t’appellerai, jura-t-elle en lui envoyant un baiser volant.
Malgré elle, Jessica se surprit à envier son insouciance.
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