Activité de l`eau et durée de vie des produits riches en
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Activité de l`eau et durée de vie des produits riches en
L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE Activité de l’eau et durée de vie des produits riches en sucre M. MATHLOUTHI Laboratoire de Chimie Physique Industrielle, Faculté des Sciences, Université de Reims Champagne-Ardenne, BP. 1039, 51687 Reims Cédex 2. Ces aspects structuraux seront abordés tant en ce qui concerne l’état amorphe ou cristallisé des sucres que dans le cas de la disponibilité de l’eau. RÉSUMÉ Pour les produits riches en sucre comme pour la plupart des produits alimentaires, la teneur en eau et l’activité de l’eau demeurent les deux paramètres essentiels de leur évolution au cours du stockage. Bien que les sucres soient connus comme étant des agents dépresseurs de l’activité de l’eau, le maintien d’une certaine qualité du produit riche en sucre nécessite de connaître l’isotherme de sorption de vapeur d’eau à la température de conservation et d’avoir une idée de la mobilité de l’eau autour des constituants de ce produit. 1. INTRODUCTION Le prolongement de la durée de vie des produits alimentaires consiste, en général, à empêcher leur dégradation chimique ou microbiologique pendant la durée du stockage. Empêcher la dégradation revient souvent à empêcher l’eau d’être disponible pour les réactions de dégradation. Pour rendre cette eau moins disponible, il faut renforcer les liaisons entre eau et constituants du produit alimentaire d’une part et entre molécules d’eau, d’autre part. Ainsi, la formulation du produit, les conditions de fabrication, y compris certains détails comme l’ordre de mélange des ingrédients, peuvent aider à améliorer la stabilité au stockage. De même, la maîtrise des conditions de température et d’humidité relative de l’air peuvent s’avérer nécessaires pour assurer une certaine durée de vie du produit. Quelques exemples de produits alimentaires riches en sucres seront présentés. Ils couvrent des domaines d’activité de l’eau assez étendus. Le prolongement de la durée de vie d’une pâtisserie industrielle comme la génoise nécessite l’abaissement de l’activité de l’eau mais aussi un emballage étanche et une atmosphère modifiée. Pour des produits à faible activité de l’eau comme les biscuits, il faut maintenir une atmosphère asséchée. Ceci, est d’autant plus important que le produit est hétérogène et peut comporter un enrobage plus humide comme un fondant par exemple. Souvent la formulation permet d’améliorer la stabilité. Il existe des relations empiriques qui permettent de calculer l’activité de l’eau du produit fini à partir des valeurs d’activité de l’eau de ses constituants. Ces relations sont appliquées en confiserie. Par durée de vie, nous voulons dire maintien d’une qualité la plus proche possible de celle du produit qui vient d’être fabriqué. Les critères de qualité varient suivant les produits. Cela peut être le croustillant d’un biscuit, le moelleux d’une génoise, l’absence de grainage d’un sucre cuit ou la cristallisation contrôlée d’une pâte à mâcher. Ces qualités sensorielles supposent, bien entendu, que la composition du produit et sa qualité microbiologique ne sont pas altérées. Enfin, le sucre lui-même, seul ou en mélange avec d’autres glucides, peut poser des problèmes de conservation. Pour les maîtriser, il faut établir les courbes isothermes de sorption de vapeur d’eau et avoir des informations structurales. Souvent, l’échange de vapeur d’eau entre le produit et l’atmosphère qui l’entoure, entraîne une perte de poids ou une humidification 39 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE préjudiciables à la qualité. Plus que la teneur en eau, le paramètre le plus important dans ce domaine est l’activité de l’eau (aw). L’équilibre d’hydratation d’un produit alimentaire dépend de la structure de ses constituants et de leurs interactions avec l’eau. Il est décrit par aw. L’activité thermodynamique de l’eau (a w) mesure la concentration active dans le produit. Elle est définie par le rapport de la pression partielle de vapeur d’eau dans le produit sur la pression de vapeur d’eau à la surface de l’eau liquide à la même température. Sur un plan pratique, on mesure l’humidité relative de l’air entourant le produit en équilibre avec le produit à une température donnée en sachant que a w = (H.R.E.)/100. Comme le produit peut être amené à se trouver en présence d’atmosphères à des températures et des humidités relatives variables, on établit les courbes isothermes de sorption de vapeur l’eau aux températures possibles de stockage ou de distribution du produit. Ces isothermes de sorption sont utilisés à plus d’un titre. En particulier, elles permettent le calcul de la durée de vie du produit si l’on connaît son aw critique. aw = p n2 = = Xw p0 n1 + n2 avec p : pression de vapeur d’eau du produit (solution) p0 pression de vapeur du solvant (eau), n1 et n2 nombre de moles du soluté et du solvant de Xw : titre de la solution en solvant (eau). Pour les solutions réelles : Aw = γ. Xw où γ est un coefficient d’activité. A concentration effective d’eau γ = = concentration réelle Xw Plus un soluté (sucre par exemple) induit une organisation de l’eau différente de celle de l’eau pure, plus il s’écarte de l’idéalité. Cette organisation est due à un effet hydrophile, un effet hydrophobe ou des phénomènes de surface ou de capillarité (1). Au cours du stockage, le produit peut perdre de l’eau ou s’humidifier. Pour rendre compte du comportement d’un produit alimentaire dans l’air humide, on établit sa courbe isotherme de sorption de vapeur d’eau à une température donnée. Cette courbe donne la teneur en eau en fonction de l’activité de l’eau. Elle a une allure sigmoïde et présente plus d’un intérêt (voir Tableau 1 et Figure 1). La partie linéaire de la courbe peut être calculée suivant un modèle mathématique tels que ceux proposés par Oswin (2) ou Halsey (3), il y a un demi-siècle. L’extrapolation de cette partie linéaire de la courbe à aw = 0 permet la détermination de l’eau de la monocouche qui est très fortement liée et ne peut être éliminée sans détérioration du produit. L’estimation de cette eau de la monocouche est faite en utilisant l’isotherme de BET (Brunauer-Emmett et Teller) (4). L’équation de l’isotherme de BET est : Après un rappel sur l’activité de l’eau et les isothermes de sorption et leur utilité dans la prévision de la stabilité des produits alimentaires, nous présenterons quelques cas de produits riches en sucre : la génoise comme aliment à humidité intermédiaire, les produits de confiserie comme exemple de produits à faible aw et enfin les produits hétérogènes comme les biscuits enrobés où il risque d’y avoir migration d’eau. Nous n’oublierons pas le sucre lui-même dont la stabilité au stockage peut poser des problèmes. Enfin, nous présenterons en guise de conclusion l’aspect structural de la liaison de l’eau aux sucres dont il faut tenir compte si l’on veut expliquer les comportements différents de produits ayant une même aw mais des constituants différents. aw 1 c−1 = + aw m (1 − a) m1c m1 − c 2. ACTIVITÉ DE L’EAU ET STABILITÉ DES PRODUITS RICHES EN SUCRES : RAPPELS avec : L’activité de l’eau permet de rendre compte de la disponibilité de l’eau. A l’origine des écarts entre l’effet spécifique des différents sucres sur l’aw et leur influence sur la structure de l’eau. Pour les solutions idéales, c’est-à-dire l’interaction eausoluté est identique à l’interaction eau-eau, la loi de Raoult peut s’écrire : aw : activité de l’eau ; m : teneur en eau ; m1 : eau de la monocouche et c une constante. La partie asymptotique de la courbe isotherme de sorption de vapeur d’eau correspond à l’eau solvante. Cette eau correspond à l’ancien concept “d’eau libre”. 40 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE La teneur en eau critique et l’aw critique dépendent de l’altération redoutée. S’il s’agit d’altération microbienne, par exemple, la connaissance des aw minimales de croissance des micro-organismes et celles des produits de pâtisserie industrielle permet de distinguer ceux qui risquent le plus d’être altérés (voir Tableau 2). Tableau 1 : Aspects théoriques et pratiques des isothermes de sorption de vapeur d’eau Aspect thermodynamique – Enthalpies de sorption et de désorption – Activités de l’eau et du sucre et équilibre de saturation – Chaleurs de dissolution et de cristallisation Si le critère de qualité critique à conserver est le croustillant par exemple, le seuil d’aw devient très bas. C’est le cas pour les biscuits secs. C’est aussi le cas du maïs soufflé (pop-corn) (Katz et Labuza, 1981). L’intensité de croustillant est corrélée linéairement à l’activité de l’eau (voir Figure 2). Il semble que la texture change nettement audessus de l’eau de la monocouche d’hydratation. Aspect structural – Surface spécifique – Volume de pores ; granulométrie – Cristallinité ; état amorphe Aspect technologique – Séchage – Maturation – Transport et stockage (conditionnement d’air) – Emballage et stabilité Elle peut être déterminée par analyse thermique différentielle comme eau non congelable ou par RMN du proton par différence avec “l’eau de vie”. Pour compléter ces généralités sur les isothermes de sorption de vapeur d’eau, il faut rappeler que pour de nombreux produits alimentaires, il existe un phénomène d’hystéresis. La teneur en eau correspondant à l’adsorption de vapeur d’eau par l’échantillon est inférieure à celle de la désorption (élimination d’eau par déshydratation). Ces différences seraient dues à des phénomènes de surface ou de capillarité (il est plus facile de remplir que de vider les capillaires) ou de structure (après adsorption d’eau, le produit peut se plastifier et changer de structure). ns (g/g) C B A La connaissance de la courbe expérimentale de sorption de vapeur d’eau permet de calculer la durée de vie d’un produit destiné à être conservé. Ainsi, en se basant sur la 1re loi de Fick pour décrire le flux d’humidité au travers d’un emballage plastique, Rudolph (4) a proposé une relation permettant de calculer la durée de vie du produit emballé : ∫ 1 aw aw/m (1 − aw) B.E.T. c−1 pente = m1c → G t = Q.A. 0 Wcr dW Wi pe − f (W) 1 m1c 0 où t est la durée de vie ; G la teneur en matière sèche ; Q la perméabilité à la vapeur d’eau ; A la surface d’échange ; Wi la teneur en eau initiale ; Wcr la teneur en eau critique (début d’altération) ; pe la pression de vapeur d’eau à l’extérieur de l’emballage et f (W) = pi ; expression mathématique de la courbe isotherme de sorption de vapeur d’eau à l’intérieur de l’emballage. 0,1 aw m (1 − a) = 1 m1c + 0,2 c−1 aw m1 − c Figure 1 : Isotherme type de sorption de vapeur d’eau avec les 3 régions A (monocouche), B (linéaire) et C (eau solvante) – Estimation de l’eau de la monocouche suivant l’isotherme de B.E.T. 41 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE Tableau 2 : Seuils d’aw pour le développement de micro-organismes et aw moyennes de pâtisseries industrielles. micro-organisme seuil aw Bactéries Levures 0,91 0,88 Bactéries halophiles Moisissures Moisissures xérophiles Levures osmophiles 0,75 0,70 0,65 0,60 Blinis Tourte aux pommes 0,97 0,95 Génoise fourrée confiture Cake au beurre Génoise Beignets Cake aux fruits Madeleine Pain d’épices 0,84-0,85 0,83 0,80-0,85 0,82 0,75-0,82 0,72-0,75 0,70 Boudoirs Extrudés Biscuits secs 0,25-0,30 0,18-0,20 0,05-0,12 3. FORMULATION ET DURÉE DE VIE DU PRODUIT : CAS DE LA GÉNOISE 1,6 Intensité de croustillance aw moyenne D’autres valeurs d’activité de l’eau peuvent s’avérer critiques pour tel ou tel produit sensible à la réaction de brunissement non enzymatique (aw 0,65-0,75), ou à la catalyse enzymatique (aw > 0,50 pour certaines hydrolases) ou encore à l’oxydation des lipides (aw < 0,20-0,30). Ces biscuits secs et les systèmes amidon-sucres aux faibles teneurs en eau semblent d’un intérêt vital pour les grands groupes biscuitiers si l’on peut en juger par la littérature abondante sur ces systèmes et l’utilisation de la calorimétrie différentielle dans une approche dite polymériste des produits alimentaires. La formulation peut aider à minimiser la disponibilité de l’eau et par conséquent les altérations microbiennes. Sur une génoise industrielle à humidité élevée (aw = 091), il a été montré qu’en combinant l’effet d’une atmosphère modifiée (50 % CO2 – 50 % N2) avec moins de 1 % d’oxygène et l’addition de dépresseurs d’aw dans la formule de cette pâtisserie on prolongeait la durée de vie de plusieurs semaines. Pour maintenir l’atmosphère modifiée à moins de 1 % d’O2, il a fallu choisir un complexe étanche à base de polyester métallisé. Le risque de changement de disponibilité de l’eau au cours du stockage peut être manifesté par un hystérésis important entre l’adsorption et la désorption de vapeur d’eau. La minimisation de l’hystérésis et éventuellement son élimination peuvent être obtenues en modifiant la formulation de la génoise. Ceci est réalisé en incorporant 0,5 à 1 % de protéines de soja à la formule (voir Figure 3). En effet les protéines de soja seules ne présentent pas de phénomène d’hystérésis (Figure 4). Elles contribuent lorsqu’elles sont ajoumées dans de faibles proportions à la formule de la Très croustillant 1,2 Assez croustillant 0,8 Peu croustillant 0,4 Non croustillant 0 pâtisserie 0 0,2 0,4 0,6 Activité de l'eau 0,8 Figure 2 : Variation de l’intensité de croustillant d’un cracker en fonction de l’activité de l’eau (Katz et Labuza, 1981) 42 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE H2O % 80 H2O % 80 60 60 40 A 40 20 B 20 aw 0 0 0,2 0,4 0,6 0,8 aw 0 1,0 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 Figure 3 : Isothermes (20°C) d’adsorption ( ) et de désorption ( ) de vapeur d’eau de protéines de soja à 20°C (A) et 4°C (B). notamment, montré que le glycérol et le sorbitol sont parmi les additifs les plus efficaces de même que le saccharose. Il faut, cependant, distinguer entre abaissement de l’activité de l’eau et protection du produit contre le développement microbien. Ainsi le glycérol bien qu’efficace comme dépresseur d’aw, n’immobilise pas suffisamment les molécules d’eau. Les bactéries peuvent, alors, se développer en présence de glycérol aux faibles valeurs d’aw (8). Il en est de même pour le fructose qui, à cause, de la grande mobilité de l’eau qu’il induit, est un mauvais cryoprotecteur en comparaison avec le glucose et le saccharose qui renforcent la structure de l’eau. génoise à obtenir un produit apprécié par un jury de dégustateurs tout en minimisant l’écart entre les teneurs en eau adsorbée et désorbée (6). Par ailleurs, l’efficacité de rétention d’eau par ces additifs protéiques augmente lorsque ces additifs sont ajoutés au “creaming” plutôt qu’au mélange de poudres et que l’on applique un traitement thermique à 45°C pendant 10 minutes à ce “creaming”. Ce traitement permet de déployer la structure des protéines globulaires qui adoptent une structure en chaîne avec des sites de fixation d’eau plus nombreux. La combinaison de l’addition de protéines de soja et d’emballage étanche sous atmosphère modifiée (50 % CO2 – 50 % N2) a permis de maintenir le produit pendant 10 semaines à 4°C et 4 semaines à 20°C sans altération microbienne. D’autres additifs peuvent abaisser l’aw mais ne permettent pas le maintien du moelleux de la génoise. C’est le cas des alginates. Les additifs dépresseurs d’aw peuvent rentrer directement dans la composition du produit. On aurait pu augmenter la proportion d’œuf ou de sucre, mais le prix de revient aurait augmenté. Tableau 3 : Humectance des ingrédients d’un cake comparées au sucre pris comme référence (9). Produit Si l’on prenait le saccharose comme référence avec efficacité de dépression de l’activité de l’eau = 1, on observe pour une formulation de cake que l’efficacité de dépression de aw ou humectance varie avec la nature des additifs, les plus hydrophile parmi les petites molécules étant les plus humectantes (voir tableau 3). L’efficacité des agents dépresseurs de l’aw a été étudiée dans les aliments à humidité intermédiaire (7). Il a été, Farine, beurre, beurre 0,2 Matière grasse, œuf 0 Lait écrémé en poudre 1,2 Raisins secs 0,9 Poudre levante Sel 43 Humectance 3 11 Acides tartrique et citrique 3 M. S. sirop de glucose 42 DE 0,7 M. S. sirop de glucose 64 DE 0,9 Glucose, fructose, sucre inverti 1,4 Sorbitol 2 Glycérol 4 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE 4. SYSTÈMES HÉTÉROGÈNES ET MIGRATION D’EAU : CAS DES BISCUITS ENROBÉS H2O % 80 Lorsque le produit comporte deux phases ayant deux valeurs d’aw différentes comme une génoise fourrée à la confiture ou un cracker avec de la pâte de tomate (9), on peut insérer entre les deux phases un film comestible qui ralentit la migration d’eau. C’est ce qui a été réalisé en plaçant entre le cracker et la pâte de tomate une émulsion d’acide stérique et d’acide palmitique mélangés à un polysaccharide (9). Dans le cas d’un biscuit enrobé de fondant, la migration d’eau du fondant vers le biscuit, au cours du stockage, a été à l’origine de l’instabilité du produit. En effet le fondant a une humidité de 10 à 11 %, alors que la teneur en eau du biscuit n’est que 1,5 % (10). Pour empêcher la migration et prolonger la durée de vie du produit, un séchage à vitesse constante a été effectué. L’établissement des isothermes de sorption (voir Figure 5) a permis de déterminer l’activité de l’eau pour laquelle le produit serait le plus stable (aw = 0,325). Cette valeur d’aw correspond à une teneur en eau de 2,85 % à 70°C et 3,2 % à 30°C. Ainsi un séchage à 82°C pendant 45 minutes semble favoriser l’augmentation de la durée de vie du produit. On obtient en fin de séchage une teneur en eau de l’ordre de 2,3 à 2,6 %. Cette teneur en eau correspond au calcul de la monocouche par l’équation de BET ou GAB (10). Les valeurs obtenues par application de l’équation de Guggenheim, Anderson et de Boer (GAB) (11) semblent plus proches des valeurs expérimentales. 60 A 40 20 aw 0 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 H2O % 80 60 B 40 20 aw 0 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 H2O % 80 5. PRÉVISION DE L’ACTIVITÉ DE L’EAU DES MÉLANGES DE SUCRES : CAS DE LA CONFISERIE 60 Nous avons évoqué le rôle des sucres en tant que dépresseurs d’activité de l’eau. Nous avons également signalé qu’à activité de l’eau égale, la mobilité de l’eau peut être différente suivant les sucres. Dans le domaine des mélanges de sucres et de polyols, comme c’est le cas pour la confiserie, il est toujours utile de calculer l’activité de l’eau du produit fini même en se basant sur un modèle de solution idéale, éloigné de la réalité. La relation de base est, donc, la loi de Raoult pour les solutions idéales aw = xw et l’on ajuste le modèle en introduisant des termes correcteurs pour chaque sucre ou autre constituant. C 40 20 aw 0 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 Figure 4 : Isothermes (20°C) d’adsorption de vapeur d’eau de génoise témoin (A) et de génoises additionnées de 0,5 % (B) ou de 1 % (C) de protéines de soja après 4 semaines de conservation à 20°C. 44 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE Isotherme de sorption à 30 C 7 g d'eau/100 g de produit sec Tableau 4 : Coefficient d’équivalence avec le saccharose pour les différents constituants d’un bonbon. o Ingrédient 6 Coefficients (S) Saccharose Lactose Sucre inverti Sirop de glucose (45 DE) Gélatine Amidon et polysaccharides Acide critique et ses sels NaCl 5 4 3 1,0 1,0 1,3 0,8 1,3 0,8 2,5 9,0 2 Une des meilleures approximations pour les solutions sucrées est obtenue à l’aide du modèle de Norrish (14) : 1 0 0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 Lnaw = Lnxw − [(1 − k1)1/2 x1 + (-k2)1/2 x2 +…]2 Activité de l'eau Fondant Biscuit en robé de fondant Biscuit où : x1………xn sont les fractions molaires des solutés k1………kn les coefficients binaires pour chaque soluté tels qu’ils sont définis par l’équation suivante : Figure 5 : Isothermes (30°C) de sorption de vapeur d’eau d’un biscuit, un fondant et un biscuit enrobé de fondant (Ref. 10) Lnaw = Lnxw + k1 + x12 Parmi les méthodes empiriques de calcul de l’aw des produits de confiserie, il y a l’équation de Money et Born (12) : En solution non concentrée, la plupart de ces relations donnent une approximation acceptable (15). Dans le cas d’un sirop de glucose donné, on a obtenu aw = 0,825 (Grover) ; aw = 0,85 (Money-Born) et aw = 0,844 (Norrish). 100 aw = 0 + 0,27n Pour une meilleure approche de l’aw en solution des sucres, il faudrait connaître leur nombre d’hydratation (nombre de molécules d’eau associées à une molécule de sucre) et leur effet sur l’organisation de l’eau. Le saccharose est souvent choisi comme modèle dans l’étude des interactions solvant-soluté. Les nombreuses études du système eau-saccharose permettent de proposer un nombre d’hydratation n = 5 (moles H2O mole saccharose). Si la solution de saccharose était une solution idéale, on aurait : où n est le nombre de moles de sucre par 100 g d’eau. On ne considère dans ce modèle que les molécules dissoutes et si on dépasse la limite de solubilité, les molécules excédentaires ne sont pas prises en compte. Une des expressions les plus employées en confiserie est celle de Grover (13). Tous les ingrédients des bonbons sont pris en compte dans cette formule, en leur attribuant un coefficient d’équivalence avec le saccharose, pris comme référence : aw = 1,04 − 0,1 (∑SiCi) + 0,0045 ∑ (SiCi) 55,51 aw = xw = 55,51 + m 2 où 55,51 = 1000/18 est le nombre de moles d’eau par kg d’eau et m le nombre de moles de sucre/kg d’eau. Si on tient compte de l’hydratation, on a : avec Ci : concentration du constituant i et Si, le coefficient d’équivalence avec le saccharose. Le coefficient de correction Si corrige, entre autres l’éloignement de la relation de Raoult pour les solutions idéales. Ici aussi, on ne tient pas compte du sucre présent en excès par rapport à la solubilité (voir tableau 4). 55,51 − w aw = 55,51 − w + m 45 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE où w = nm et n = w/m nombre de moles d’eau/pour m moles de sucre. Tableau 6 : Concentrations et activités de l’eau des solutions de sucres et de polyols à saturation à 20°C. Avec n = 5, on peut écrire : Produit 55,51 − 5m aw = 55,51 − 4m Saccharose Maltose D-glucose D-galactose D-mannose D-fructose Sorbitol Mannitol Galactitol Utilisant les données de Norrish sur aw (14) et d’Akhumov sur n (15), on a pu calculer aw d’après l’équation précédente et retrouver des valeurs comparables aux valeurs expérimentales (voir tableau 5). L’on se rapprocherait d’un modèle de prévision efficace si l’on avait des valeurs de nombres d’hydratation précis. Si l’on devait comparer les sucres en solution, l’état standard à comparer serait celui de la solution saturée. Les solubilités à 20°C et les valeurs d’aw correspondantes sont données pour les sucres et les polyols les plus utilisés sur le tableau 6. Concentration (%) aw 66,7 45,9 50,0 40,0 71,0 79,8 70,0 18,0 3,0 0,86 0,95 0,89 0,93 0,72 0,63 0,77 0,98 0,99 Les modifications d’humidité relative de l’air au cours du stockage de ces produits et d’autres produits de confiserie (fudge, fondants, caramels,…) influencent la taille et le nombre de cristaux. Cet aspect est bien documenté (16). La recristallisation du sucre amorphe à partir de produit atomisé, lyophilisé ou fondu et refroidi a été décrite au cours du précédent colloque CEDUS-Alliance 7. Le marbrage des confiseries à base de sucre a été étudié par résonance magnétique nucléaire pulsée (18). Une bonne corrélation a été trouvée entre le temps de relaxation de spin T1 et la stabilité du produit vis à vis du marbrage. Une température de transition a été Dans les produits de confiserie (sucre cuit, pâte à mâcher…, l’on a affaire à des mélanges où le saccharose est le produit prépondérant. La teneur en eau est faible (< 7-8 %). L’activité de l’eau n’est pas élevée non plus : sucre cuit (aw = 0,25 – 0,35) et pâte à mâcher (aw = 0,50 – 0,60). Tableau 5 : Activité de l’eau (Aw) et degré d’hydratation (n) du saccharose à 25°C Brix 0 14,60 25,48 38,10 40,62 46,09 50,64 54,48 57,77 60,61 61,73 65,29 67,23 67,23 68,97 70,54 71,95 83,33 90,9 g eau g sucre 5,85 2,92 1,63 1,46 1,17 0,97 0,83 0,73 0,65 0,78 0,53 0,49 0,49 0,45 0,42 0,39 0,20 0,10 m 0 0,5 1,0 1,8 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0 4,5 5 5,5 6 6 6,5 7 7,5 Aw exp. Aw calc n 1 0,99067 0,98059 0,96280 0,95807 0,94569 0,93276 0,91933 0,90567 0,8917 0,8776 0,8634 0,8634 0,8493 1 0,99066 0,98059 0,96274 0,95790 0,94506 0,93105 0,91568 0,89876 0,8800 0,8592 0,8358 0,8358 0,8096 0,8366 0,8227 0,8103 0,61 0,32 (5) 4,84 4,99 4,96 4,90 4,79 4,63 4,46 4,28 4,10 3,93 3,77 3,77 3,61 3,42 3,27 3,13 46 distribution eau en solution % eau libre % eau Hydr. 100 95,64 91,1 83,93 82,33 78,42 74,97 71,85 69,19 66,75 64,58 62,63 62,63 60,92 0 4,36 8,99 10,07 17,67 21,58 25,03 28,15 30,81 33,25 35,42 37,37 37,37 39,08 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE déterminée. Plus cette température est élevée, plus la durée de vie (sans grainage) est longue. Elle dépend aussi de la composition du milieu (voir à titre d’exemple le tableau 7). Tableau 7 : Variation de la température de transition et de la durée de vie dans un sucre cuit à 96 % de m.s. comprenant saccharose et dextrose. 6. STABILITÉ DU SUCRE ET ACTIVITÉ DE L’EAU Nous avons présenté ce thème au cours d’une journée d’information organisée par l’association Andrew Van Hook au siège du CEDUS (19). Nous avons, en particulier, montré que la stabilité du sucre cristallisé ou en morceaux tient à la stabilité de la pellicule de sirop qui l’entoure. Il faut éviter la présence du sucre amorphe ou des cristaux trop fins ou encore de solutions très concentrées obtenues par un séchage rapide. Le retour à l’équilibre se fait par recristallisation, relargage d’eau et peut conduire à l’altération du produit. % dextrose Température de transition °C Durée de vie (jours) 10 20 30 40 50 60 70 700-73 108-110 119-122 116-118 95-100 75-80 70-75 40 60 170 170 120 100 70 Des additifs dépresseurs d’aw ou anticristallisation peuvent être ajoutés pour atteindre le but visé et obtenir la durée de vie souhaitée pour le produit. RÉFÉRENCES Les écarts de température, en particulier, les points froids peuvent conduire à une élévation de l’aw, ce qui entraîne une migration d’eau vers ces points et la prise en masse du sucre. La teneur en eau semble poser moins de problèmes que l’aw. Elle peut varier entre 0,2 et 0,02 % sans que la stabilité soit affectée. 1. M. Mathlouthi (1986) Water interactions and Food Preservation in M. Mathlouthi, Ed., “Food Packaging and Preservation, Theory and Practice”, Elsevier Applied Science Publishers, London, pp. 137-164. 2. C.R. Oswin (1946), J. Chem. Ind. 65, 419426. Le séchage n’a pas besoin d’être conduit à température élevée. On obtient le même résultat avec de l’air ambiant à 50 % h.r. qu’avec de l’air à 70 °C. La cristallisation étant un phénomène exothermique, la chaleur de cristallisation suffit à provoquer l’évaporation de l’eau. 3. G. Halsey (1948), J. Chem. Phys. 16, 931-937. 4. F.B. Rudolph (1987) Lebensm. Wiss. u. Technol. 20, 19-21. 5. E.E. Katz et T.P. Labuza (1981) J. Food Sci. 46, 403-407. Pour le saccharose, comme pour d’autres sucres et polyols, le problème du mottage peut être évité si l'on a bien conduit la cristallisation, bien séché le produit et évité les chocs thermiques au stockage. Un produit bien cristallisé, comportant un minimum d’impuretés et d’amorphe pourra se conserver longtemps sans mottage. 6. P. Guinot (1988) Thèse, Univ. Dijon. 7. CONCLUSION 10. G. Balasubrahmrnyan et A.K. Datta (1994), J. Food Eng. 21, 235-244. 7. S. Guilbert, O. Clément et C. Cheftel (1981) Lebensm. Wiss. u. Technol. 14, 245-251. 8. W.H. Sperber (1983), J. Food Protection 46, 142-147. 9. S.L. Kamper et O. Fennema (1982), J. Food Science 50, 382-384. La stabilité des produits alimentaires riches en sucres dépend de l’humidité relative d’équilibre et de la température au cours du stockage. On peut prévoir par le calcul et en établissant les isothermes de sorption de vapeur d’eau, les valeurs d’aw du produit au stockage. Cependant, à même aw, les sucres peuvent agir différemment sur la disponibilité de l’eau. En plus, de la quantité et de la qualité (aw) de l’eau dans le produit, il faut connaître le critère de qualité du produit à conserver. 11. J.H. de Boer (1968) The Dynamical Character of Adsorption, 2nd ed., Clarendon Press, Oxford p. 175. 12. R.W. Money et R. Born (1951), J. Sci. Food Agr., 2, 180. 13. D.W. Grover (1947), J. Chem. Soc. Ind., 66, 201. 14. R.S. Norrish (1966), J. Food Technol., 1, 2530. 47 L’ACTIVITÉ DE L’EAU DANS LES PRODUITS RICHES EN SUCRE 18. R.T. Roberts et N. Randall (1982) An investigation of a method to predict the onset of graining in sugar confectionery by pulsed Nuclear Magnetic Resonance, in Leatherlhead Food R.A., Research Reports n° 895, pp. 1-19. 15. M. Karel (1975) Water Activity and Food Preservation, in “Food Science”, Part II, 237263. 16. R. Lees (1965), Factors affecting Crystallization in boiled sweets, fondants and other confectionery, in BFMIRA Scientific and Technical Surverys, Leatherhead, n° 42, pp. 163. 19 M. Mathlouthi et C. Bressan (1994) Sorption de vapeur d’eau et stabilité du sucre cristallisé, in “Sécha ge, Mottage et activité de l’eau des sucres : Resultats et Méthodes de Mesure”, Publication AVH, 5 Mai 1995, pp. 17-30. 17. M. Mathlouthi (1995), Le sucre amorphe, in “La cristallisation, application au sucre et aux produits sucrés”, IIIème Colloque CEDUS-Alliance 7, Paris, pp. 21-31. 48