Etude de mise en place du reseau cetaces
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Etude de mise en place du reseau cetaces
Etude de mise en place d’un réseau Cétacés dans les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien. Client : COI : (Commission de l’Océan Indien), avenue Sir Guy Forget, Quatre Bornes, Ile Maurice ARVAM : (Agence pour la Recherche et la VAlorisation Marines), 14, rue du stade de l’Est, 97490 Sainte-Clotilde, La Réunion, Tél : 0262283908, Fax : 0262280881, E-mail : [email protected] S OM MAI RE 1. C O NT EXT E 2. A NALY SE D E L ’ INT ERV ENTIO N ____________________________________ 3 D E L ’ EXI ST ANT _______________________________________ 5 2.1. Les init iat ives sous -rég ionales ______________________ 5 2.1.1. Le sanctuaire d es baleines d e l’o céan Indien. __________ 6 2.1.2. Le programme d es mers régionales du PN UE ___________ 6 2.2. Les init iat ives des pays-m embres de la COI _____________ 9 2.2.1. Les Comores ________________________________ 10 2.2.2. Madagascar _________________________________ 12 2.2.3. L’île Maurice ________________________________ 14 2.2.4. La Réunion__________________________________ 16 2.2.5. Les Seychelles _______________________________ 18 2.3. Les init iat ives autres d ans la région m arine de l’océan Ind ien occid ental __________________________________________ 19 2.3.1. L’Afrique du Sud ______________________________ 19 2.3.2. Les autres pays d’Afrique de l’Est _________________ 21 2.3.3. Mayotte ____________________________________ 22 3. SY NTHESE ET EL EM ENT S D E ST RAT EGIE PO UR U N 3.1. R ESEAU -C ET ACES D ANS L ’ OC EAN I N DIEN _ 24 Les instrum ents réglem entaires n ation aux et intern ation aux. 24 3.2. Bilan des connaiss ances sur les esp èces de la région et les act ions engagées _____________________________________ 25 3.2.1. Les espèces phares ___________________________ 26 3.2.2. l’écotourisme & l’appro che p art icipative. ____________ 29 3.2.3. Les activités d e recherche fondamentale & appliquée ____ 31 3.2.4. Les menaces ________________________________ 31 3.2.5. Les beso ins exprimés. __________________________ 32 3.3. Vers la mis e en place d’u n réseau région al Cétacés. _____ 34 ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 1 S IGLES ET A B REVI ATIO NS AFD __________________Agence Française de Développement AIDE __________________Association Intervention Développement et Environnement CBI __________________Commission Baleinière Internationale CDS __________________Centre for Dolphin Studies CNUED _______________Commission Nations Unies pour l’Environnement et le Développement CITES ________________ Convention commerce International des espèces menacées d’extinction CNRS __________________Centre National de la Recherche Scientifique COI ___________________Commission de l’Océan Indien EMC __________________Environnement Marin Côtier FFEM __________________Fonds Français pour l’Environnement Mondial GBRMPA _______________Great Barrier Reef Marine Park Authorities GEF __________________Global Environmental Facility ISACH __________________Indian & South Atlantic Consortium on Humpback Whales MMCS ________________Mauritius Marine Conservation Society OMM __________________Observatoire des Mammifères Marins PNUD __________________Programme des Nations Unies pour le Développement PNUE __________________Programme des Nations Unies pour l’Environnement RSA ___________________République Sud Africaine UBB ____________________Unité Baleine Bleue WCS ___________________Wildlife Conservation Society WWF __________________World Wildlife Foundation Préambule. Ce travail constitue une actualisation de l’étude réalisée en 2001 pour le compte de l’UICN-France. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 2 1. C ONTEX TE DE L ’ INTERVEN TION L’histoire régionale des mammifères marins et plus particulièrement celle des cétacés demeure marquée depuis le 17ème siècle par la disparition progressive des grandes espèces du fait d’une exploitation commerciale pour la chair ou d’autres sous-produits. Depuis plusieurs décennies, les baleines font l’objet de mesures de protection visant à arrêter l’importante diminution des populations au plan mondial. L’hémisphère Sud est particulièrement concerné puisque c’est dans l’océan Antarctique que les jubartes (ou baleines à bosse Megaptera novaeangliae), les baleines franches (Eubalaena australis), … se regroupent durant l’été austral pour se nourrir. Elles y ont été massacrées par centaines de milliers au cours des derniers siècles et décennies et le maintien des populations est souvent menacé. La chasse fut également développée autour des Seychelles, de Madagascar ou du Mozambique dès 1820. Instaurée en 1948, la commission baleinière internationale (CBI) tente de mettre en application des mesures de gestion des stocks baleiniers des divers océans. En 1979, et sur suggestion du gouvernement des Seychelles, l’océan Indien est reconnu comme sanctuaire pour les Cétacés. Ce n’est qu’en 1986 et sur la pression constante des ONGs telles que l’UICN, le WWF ou encore Greenpeace qu’un moratoire sur l’exploitation commerciale se met en place. L’intervention de la France en 1994 conduit à faire reconnaître l’Antarctique en tant que sanctuaire baleinier. Depuis la reconstitution des stocks est en cours pour de nombreuses espèces, mais certaines figurent encore sur la Liste Rouge de l‘UICN, et la liste des espèces menacées de la CITES1 car le niveau des populations dans les régions océaniques demeure particulièrement bas et préoccupant. Ceci demeure particulièrement critique en terme de maintien de la diversité biologique lorsque les connaissances sur les stocks, les déplacements, les pressions sont particulièrement mal connus ce qui s’avère le cas de l’océan Indien. L’existence d’espèces endémiques, souvent limitées à des zones côtières elles-même sous pression anthropique croissante nécessite des approches plus spécifiques ainsi qu’une réelle coopération régionale. Les pays non signataires continuent toutefois de pratiquer la chasse sous prétexte scientifique mais également en raison d’une demande soutenue pour la viande de baleine (vendue 600 US$ le kilogramme au Japon). Ils demandent à chaque occasion qu’il leur est donnée la reprise de la chasse baleinière, l’argument avancé pour la reprise de la chasse étant l’évolution favorable des stocks depuis l’entrée en vigueur du moratoire. Lors de la 11ème conférence des Parties (Nairobi, avril 2000), les propositions d’amendements (déclassements) déposées par le Japon et la Norvège ont été rejetées. Depuis, les négociations demeurent tendues à chaque exercice. 1 30 000 espèces sont actuellement protégées, regroupées en 3 classes (annexe I : commerce interdit ; annexe II : commerce réglementé ; annexe III : commerce surveillé). ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 3 Les dauphins sont également l’objet d’une attention croissante bien que moindre car ils sont impactés par diverses menaces telles les captures accidentelles dans les filets, les pollutions côtières, les activités mal contrôlées. Aujourd’hui, l’opinion publique s’émeut tout particulièrement du sort des baleines et des dauphins y compris dans la région du sud-ouest de l’océan Indien. De nombreuses associations s’inquiètent par ailleurs de l’effet pervers du sanctuaire baleinier qui pourrait conduire à accroître la pression de chasse en dehors des limites géographiques du sanctuaire. Les initiatives tentées par le passé, qu’elle soient du niveau régional ou national n’ont à ce jour pas été mises en commun sous la forme d’un véritable programme régional. Les acteurs institutionnels et de la société civile dans l’océan Indien ne se connaissent qu’insuffisamment ou au travers d’informations indirectes. Le développement de l’écotourisme baleinier (le « whale watching ») est également en plein essor dans toutes les régions du monde – y compris l’océan Indien – et nécessite un accompagnement pour que l’activité soit durable et respectueuse de l’environnement (charte de bonne conduite, réglementations des activités, …). C’est d ans ce contexte que s e s itue la prés ent e étud e qui ambit ionn e, au travers d’un e vis ion partag ée avec les acteurs, la m ise en place d’un « Rés eau Cét acés Océan Indien », vis ant in fine à m ieux conn aître la situ ation des Cét acés et à ren forcer leu r conservation en agiss ant tant au niveau local qu’au niveau des plus hautes inst itutions. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 4 2. A NA LYSE D E L ’ EXIS TANT Les stratégies de conservation des ressources marines et côtières sont nombreuses dans la région de l’Afrique de l’Est. Il s’agit en général d’instruments internationaux ou de programmes nationaux soutenus pour tout ou partie par des bailleurs de fonds internationaux. Toutes ces initiatives peuvent être considérées à juste titre, comme des expressions du Chapitre 17 de l’Agenda 21 de la CNUCED, ou encore de la convention de Jakarta sur la Diversité Biologique et la convention de Bonn sur les espèces migratrices. Pour mieux appréhender l’applicabilité des instruments de gestion/conservation des ressources naturelles dans la région, plusieurs notions sont à prendre en compte sur le zonage qui existe tant du point de vue biogéographique que des zones d’influence des programmes lesquelles se révèlent très variables. Ainsi, la région marine de l’Afrique de l’Est inclut les pays suivants : Comores, Kenya, Madagascar, Maurice, Mayotte, Mozambique, Réunion/France, Seychelles, Somalie et Tanzanie. Cette zone correspond à la « région marine » n° 12. L’Afrique du Sud est elle couverte par la région n°8 et l’Antarctique par la région n°1 du CNPPA (source : GBRMPA-IUCN, 1995). 2.1. Les init iat ives sous -rég ionales Parmi les nombreuses initiatives internationales, certaines semblent plus en adéquation avec la présente analyse : • Le sanctu aire d es balein es d e l’o céan Indien, • La con vent ion de Nairobi d e 1985. En matière de conservation de l’environnement marin et côtier, il existe aujourd’hui de très nombreuses initiatives dans la région de l’Afrique de l’Est (à laquelle s’intègrent les îles du SudOuest de l’océan Indien). La convention de Nairobi établie en 1985 demeure la référence des accords régionaux pour la gestion et la conservation des ressources côtières. Son influence sur les accords régionaux et/ou les politiques nationales reste toutefois limitée car chacun conçoit la conservation de manière distincte et la coopération régionale dans le domaine reste limitée. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 5 2.1.1. Le sanctuaire d es baleines d e l’o céan Indien. Initié par la République des Seychelles en 1979, le sanctuaire de l’océan Indien (1982) assure la protection des baleines bleues et à bosse, du cachalot et d’autres espèces dans une aire géographique particulièrement étendue au Nord du 55ème parallèle Sud. Si les pays baleiniers (Japon et Norvège en tête) ont accepté l’interdiction de la chasse dans l’océan Indien en 1979, ils ne se sont soumis au moratoire général qu’en 1982. Certains pays baleiniers continuent toutefois la chasse sous justification scientifique et commercialisent la viande pour financer l’effort de recherche. Lors des réunions de la CBI, ils sollicitent régulièrement un déclassement d’espèces, l’attribution de quotas supplémentaires d’UBB, … En 1992, lors de la réunion de la CBI, a eu lieu un examen juridique du sanctuaire et son élargissement aux petits Cétacés et aux dugongs. Le sanctuaire baleinier Antarctique comprend pour sa part les régions océaniques comprises entre les latitudes 40°S et 60°S. Certaines associations écologistes soulignent toutefois la possibilité d’un effet pervers du sanctuaire de l‘Antarctique, à savoir que la limitation d’une préservation dans un périmètre restreint risque d’aboutir à une sur-chasse dans les autres régions. Il s’agit là d’un problème récurrent à la création d’aires protégées, l’effet « Réserve » ayant des limites géographiques. 2.1.2. Le programme d es mers régionales du PN UE Le programme des Mers Régionales du PNUE, établi en 1974, a fixé dès 1979, dix plans d’action régionaux, dont le « Plan d’action pour la protection, la gestion et la mise en valeur du milieu marin et des zones côtières de la région de l’Afrique de l’Est ». Ce plan d’action a été adopté en 1985 par les pays de la région, assorti de recommandations spécifiques sur les zones protégées, la faune et la flore sauvage (Protocole II). Le Plan d’Action est communément appelé « convention de Nairobi ». Parmi les objectifs figurent : • La promotion du développement durable et la gestion des ressources marines et côtières ; • La coopération du secteur institutionnel et privé au niveau régional. Le Protocole II de la convention couvre les domaines relatifs aux mammifères marins puisqu’il inclut des actions en faveur des espèces menacées ou rares, qu’il encourage la création d’aires protégées pour celles-ci. L’annexe IV de la convention porte plus spécifiquement sur les espèces migratrices (baleines et tortues). En l’état actuel des connaissances, les espèces migratrices les mieux connues sont celles qui hivernent de l’Antarctique vers les zones tropicales. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 6 Avec le soutien du GEF, une approche LME’s (large marine ecosystems) a été mise en œuvre afin de caractériser dans la région plusieurs grandes entités répondant aux critères retenus. Ce sont ainsi 3 LME’s qui ont été identifiés : 1. La zone marine alimentée par le courant d’Agulhas, (LME 1) 2. Une entité plus restreinte correspondant aux Mascareignes. (LME 2) 3. Celle du courant de Somalie, (LME 3) Il semble que le PNUE soit également engagé dans l’élaboration de 2 ouvrages de synthèse sur les mammifères marins (in Hatzolios et al., 1996). Le premier s’intitulerait « a field guide to marine mammals of the Western Indian Ocean » et le second serait une synthèse régionale sur l’état et la conservation des mammifères marins. Le devenir de ces deux documents n’a pu être obtenu. Plus récemment, la WDCS a publié un ouvrage de synthèse sur la situation des cétacés dans les eaux marines du sanctuaire. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 7 Figure 1 : carte de l’océan Indien avec les limites du sanctuaire baleinier de l’océan Indien (trait noir) et du sanctuaire baleinier Antarctique (trait bleu). ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 8 2.2. Les init iat ives des pays-m embres de la COI Dans la région des îles du sud ouest de l’océan Indien, des expériences réussies ont été menées en matière de réseaux dans le cadre du PRE-COI. Ce projet a sur la période 1995-2002 permis de construire et d’animer 2 réseaux principaux : Le réseau RECIFS, qui a été et demeure le point focal régional (« nœud ») du programme du GCRMN (global coral reef monitoring network) et qui est dédié à la surveillance de l’état de santé des récifs coralliens ; Le réseau ECOTOX, qui a en parallèle du réseau RECIFS fédéré les acteurs des secteurs de l’environnement, de la pêche et de la santé publique autour de la thématique des problèmes d’ICAM (intoxications collectives par les animaux marins). Seul persiste aujourd’hui le réseau RECIFS, qui, pour 2007, trouve en partie majeure son fonctionnement au travers d’une ligne budgétaire du programme Aires Marines Protégées (AMP). Concernant le programme AMP, il vise à mettre en réseau un certain nombre d’espaces marins de la région dans le souci d’assurer des fonctions écosystémiques fondamentales comme la connectivité entre zones sources et zones puits de ressources marines, etc. Ce projet intègre en outre les espèces phares de l’océan Indien (tortues, oiseaux marins, coelacanthe, mammifères marins). Enfin le programme ProGeCo, qui prolonge sur la période 2005-2010 le PRE-COI vise à assurer la gestion durable des ressources côtières des pays riverains de l’océan Indien,y compris les pays d’Afrique de l’Est. Ainsi, au travers des initiatives structurantes en cours, il existe un réel faisceau de convergence pour une conservation durable des mammifères marins de la région, tant en terme de gestion adaptée d’espaces particuliers (aires marines protégées, corridors de biodiversité, corridors de migration, etc) que d’espèces-phares du fait de leur statut UICN, de leur valeur patrimoniale, etc. A ce titre, les Cétacés constituent une « cible » de choix. Ainsi, pour chacun des pays de la région, il a été réalisé un bilan (non exhaustif) des connaissances sur leur statut actuel. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 9 2.2.1. Les Comores L’analyse de l’existant autour des îles de Grande Comore, Mohéli et Anjouan révèle une faible connaissance puisqu’il ne semble pas exister d’initiatives antérieures à la mission de l’association Megaptera de 2000. Pourtant, les pêcheurs locaux ont l’habitude de rencontrer des cétacés mais les craignent. Une mission d’inventaire des baleines à bosse a été conduite en République Fédérale Islamique des Comores par Megaptera en septembre 2000, en collaboration avec les partenaires locaux (AFD, association AIDE, …). Les résultats obtenus sur 8 jours de mission démontrent la présence significative de baleines dans ces îles puisque au total 40 individus auront été observés (11 en Grande Comore, 29 à Mohéli et 1 au Banc Vailheux). Il s’agissait autant de femelles avec leur baleineau que de groupes actifs, ce qui suggère fortement un secteur dédié tant à la reproduction qu’à la mise-bas. Depuis d’autres missions ont été conduites. L’appui de UICN-EARO ((Eastern Africa Office de Nairobi) qui est l’agence d’exécution du programme PNUD/GEF (fonds issus de Capacity 21)) a permis d’ancrer la démarche via la mise en place du projet « conservation de la biodiversité et développement durable aux Comores » d’une durée de 5 ans. Le projet a contribué à l’impulsion d’une démarche similaire à celle de Mohéli dans le sud de la Grande Comore, qui privilégie un mode de développement communautaire participatif. Il faut aussi noter l’édition d’un « guide à l’usage des observateurs de baleines à bosse dans les îles de la Lune », produit avec l’appui de Megaptera et de la Coopération Française. A Anjouan, les actions semblent plus embryonnaires. L’île de Mohéli semble donc un des sites les plus favorables de la zone. Le parc marin de Mohéli, d’une superficie de 400 km2 a été établi en 1998 est la première AMP des Comores. Dans son rapport d’expertise pour le compte de l’UICN, D Malleret (2004) recommande l’écotourisme baleinier comme alternative à la surpêche des zones du Parc Marin et de Chindini en Grande Comore. En 2002, une association (Nduju) a été créée en vue d’observer les baleines et les dauphins. Afin de s’assurer d’une démarche participative, près de 40 pécheurs issus de la Coopérative ont bénéficié d’un plan de formation qui a conduit à former 10 guides. Les activités consistent en des sorties en mer de 2 heures pour 30USD, mais il demeure un souci de pérennisation de l’activité, notamment du fait (i) de la faiblesse du marketting mené par les autorités autour du produit, (ii) du caractère saisonnier de l’activité et (iii) du peu de touristes. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 10 Le Dugong (Dugong dugon, nommé localement gouva), est également présent, mais son habitat (les herbiers de phanérogames) semble maintenant limité autour de Mohéli (2 à 3 individus observés annuellement). Son statut est menacé, en voie d’extinction dans l’archipel si rien n’est fait mais l’ONG anglaise C3 a très récemment travaillé sur le sujet. Dans l’ensemble de l’archipel, il est fortement exposé aux activités humaines, notamment du fait des captures accidentelles dans les engins de pêche, des destructions volontaires ou de la dégradation de son habitat. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 11 2.2.2. Madagascar Signe révélateur de la présence baleinière, la chasse y était particulièrement développée au siècle dernier dans trois secteurs de Madagascar : • La baie d’Antongil - l’île de Sainte Marie, • La baie de Saint Augustin - Tuléar, • La baie d’Ampasindava - Nosy Bé. Si ces trois secteurs présentent des conditions environnementales à priori favorables aux grands mammifères marins, c’est aujourd’hui à l’île Sainte Marie (Nosy Boraha) et dans la baie d’Antongil voisine que se sont particulièrement développées des stratégies de recherche scientifique et d’écotourisme baleinier. Sainte Marie constitue par ailleurs aujourd’hui une des principales destinations touristiques de l’île. Dès 1994 ont démarré simultanément des études dans le Sud malgache (volontaires de Earthwatch), à l’île Sainte Marie (nosy Boraha, Vely & Collin-Omnes) et en 1995 dans la baie d’Antongil (Vely & Razafindrakoto). Suite à la mission d’une équipe pluridisciplinaire conduite par H. Rosenbaum du CBC (Center for Biodiversity and Conservation) en 1996 (Rosenbaum et al., 1997), il a été conclu que la baie d’Antongil était probablement une des plus importantes aires de reproduction et de nursery de l’hémisphère Sud pour les baleines à bosse. Depuis cette période, des travaux se poursuivent chaque année dans ce secteur, soutenus depuis le Muséum d’Histoire Naturelle de New York. Dans le cadre d’un partenariat avec WCS, H. Rosenbaum développe divers axes complémentaires de recherche sur les mégaptères et les espèces associées notamment en baie d’Antongil. Au-delà de ce cadre d’intervention, un soutien est fourni aux partenaires en matière de formation et de sensibilisation des acteurs locaux (notamment les hôteliers) en vue de promouvoir une démarche durable d’écotourisme à Sainte Marie. Cette prise de conscience fut renforcée par les travaux sur le terrain de TOMS initié par M.Vely et qui se sont traduits par la publication d’un « petit guide à l’usage des observateurs de baleines à bosse de Madagascar » (soutien de l’Alliance Française de Tamatave) ainsi que d’un poster. Parmi les autres conséquences de la démarche entreprise à Sainte Marie et de l’intérêt croissant des opérateurs touristiques figure en particulier l’arrêté ministériel n° 2038/2000 du 8 mars 2000, qui fixe les dispositions réglementaires pour l’observation commerciale des baleines à bosse. Ces dispositions s’avèrent en adéquation avec celles usuellement promues dans d’autres lieux à savoir une charte d’approche. En sus, les opérateurs concernés devront disposer d’une licence et d’une « autorisation communale ». Reste que leur niveau de formation doit être renforcé. A la demande ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 12 des opérateurs regroupés au sein d’un comité local - le GOT « groupement des opérateurs touristiques », une formation aux métiers de l’écotourisme baleinier devrait être réalisée en 2001, et réitérée les années suivantes, aboutissant à la mise en place d’éco-guides. Cette démarche pourrait s’accompagner de l’installation à Sainte Marie d’une antenne de Megaptera. Cette initiative a bénéficié du soutien de l’Ambassade de France – service de coopération et d’action culturelle, ainsi que de nombreux opérateurs d’écotourisme baleinier de l’île, des autorités locales et nationales. D’autres régions de Madagascar prennent actuellement conscience de ce qui se passe à Sainte Marie et dressent un bilan actualisé de la situation ainsi que des potentialités écotouristiques du secteur. • Dans la région de T u léar, un mémoire de stage sur l’impact de la pêche artisanale aux petits mammifères marins (Cooke, comm. pers.). En effet, la viande de dauphins figurerait régulièrement sur les étalages des marchés locaux au prix de 1 US$ par kilogramme. Le village d’Anakao serait spécialisé dans la capture des dauphins (jusqu’à 166 individus par an, Cockroft, 1997) du fait de la possibilité de les piéger dans le lagon. Plus au nord, les sites de Salary et Andavadoaka sont reconnus pour être fréquentés par les espèces migratrices. • Dans la région de N osy Bé, la présence de baleines à bosse est signalée (Cockroft et al., 1997). Les baleines y séjourneraient en juillet/aout se dirigeant généralement vers le nord (îles Mitsio) (Maharavo, comm. pers.). Concernant le dugong, l’état des populations actuelles reste mal connu, mais il existerait une zone privilégiée au sud de Diego Suarez (baie de Ampasindava). Selon Cockroft et al., 1997, la distribution des dugongs autour de Madagascar est fragmentée en fonction des écosystèmes marins (présence d’herbiers de phanérogames, en particulier Thalassodendron sp.), mais aussi d’actions de pêche artisanale. Ils seraient surtout présents sur la côte Ouest (Morombe) et Nord Est (Cap Est, Masoala, Antalaha, Sainte Marie). Les pêcheurs signalent souvent la présence de dugongs, mais ces informations ne sont pas confirmées scientifiquement. Ils notent un déclin dans les populations qu’ils attribuent à la pression de pêche au filet. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 13 2.2.3. L’île Maurice Dès 1991, la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS) avait produit un guide d’identification des mammifères marins de Maurice. Les baleines à bosse fréquentent les eaux côtières de l’île Maurice de juillet à octobre et une étude scientifique a démarré en 1999 sous la houlette de Céta-Squale. La législation mauricienne protège les mammifères contre toute action de chasse (Fisheries act n°5 de 1980, section 6, partie 2). Il ne semble par contre pas y avoir à ce jour de réglementation des activités commerciales ou scientifiques. La compilation des données historiques sur Physeter macrocephalus (1761-1920) par Ocean Alliance montre que cette espèce est présente autour de l’île à 2 périodes dans l’année : octobre-janvier et mai-juillet. C’est depuis 1999 que s’est mis réellement en place un programme pluridisciplinaire à l’île Maurice avec l’implantation de l’association Céta-Squale. Cette association y a mené diverses actions complémentaires pendant près de 2 ans. Le but recherché est « l’installation d’une station de recherche pluraliste regroupant autour de la structure les moyens nécessaires pour accueillir des éco-touristes et des éco-volontaires, ainsi que de faire découvrir au grand public la richesse marine de l’Ile Maurice (et la Réunion) » (Legay, 1998). Le projet scientifique visait à appréhender les relations éventuelles entre (i) l’état de l’environnement marin côtier et (ii) l’état de santé des cétacés au travers d’un programme d’écotoxicologie (analyse/suivi du niveau de contamination des tissus par les métaux lourds et les produits phytosanitaires (pesticides et herbicides). Lors d’une plongée en apnée avec les dauphins de Tamarin en juillet 2001, Delphine Legay a tragiquement disparu laissant en suspens tout ce qu’elle avait patiemment construit ces dernières années. L’écotourisme scientifique est en plein essor notamment dans la partie Sud Ouest de l’île Maurice où résident des populations sédentaires de sténelles à long bec (S. longirostris). Il existe, du fait de l’importance du secteur touristique à Maurice (650 000 touristes en 2000 soit un revenu d’environ 54 millions de roupies actuellement) et de la demande qui en découle, de réelles perspectives de développement dans ce secteur. Avec l’appui d’un opérateur touristique de l’île (MTTB), une ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 14 première étape a été franchie avec la mise en place des sorties chaque matinée ouvrée de la semaine en compagnie d’un spécialiste en cétacés. Il n’en demeure pas moins que la fréquentation sur cette population de sténelles s’accroît considérablement et risque de porter rapidement préjudice à l’activité d’une part et de conduire à une fuite des sténelles vers des lieux plus calmes. La capacité de charge du milieu marin a probablement été atteinte voire dépassée. Des informations complémentaires mais parcellaires en l’état actuel sont collectées dans les eaux territoriales mauriciennes par le biais d’un réseau collaboratif (pêcheurs, plaisanciers essentiellement) à Rodrigues, Agalega et Saint Brandon. A Rodrigues, des observations sont régulièrement faites par les personnels de Shoals of Capricorn mais il n’existe pas de programme dédié à la surveillance des mammifères marins ni à des interventions scientifiques particulières (E. Hardman, comm. pers.) En 2003-2004, l’expédition scientifique embarquée « The Ocean Alliance » est intervenue dans les eaux mauriciennes pour étudier les problèmes posés par les contaminants chimiques pour les cachalots Physeter macrocephalus (cf annexe 1). Il s’agit d’une des rares initiatives régionales identifiée sur ce thème, mais les éventuelles données produites n’ont pu être obtenues (cf 63 prélèvements de tissus). En réponse à la problématique de gestion durable et de conservation dans les eaux mauriciennes, la MMCS, qui enregistre depuis 1994 des observations, a proposé en décembre 2006 un projet auprès de la fondation d’entreprises Total. Ce programme d’une durée de 3 ans est essentiellement motivé par les activités de « dolphin et whale watching » dans les environs de Tamarin. Les axes de travail identifiés concernent : • L’amélioration des connaissances scientifiques avec (i) l’étude et le recensement des différentes populations de mammifères marins résidents autour de Maurice et (ii) l’étude comportementale des dauphins à long-bec ; • La valorisation des programmes de recherche avec (i) la mise en place d’outils de gestion durable, (ii) la participation au réseau régional, (ii) la publication des résultats et (iv) l’encadrement d’étudiants ; • La protection de la biodiversité marine avec (i) l’application d’une charte d’approche des cétcés, (ii) l’évaluation de la capacité de charges (ii) l’installation de bouées d’amarrage ; • Les projets éducatifs avec une communication ciblée et réfléchie. Si le dugong a été signalé par le passé, il a aujourd’hui disparu de l’île Maurice et de Rodrigues selon les ouvrages officiels, mais sa présence est rapportée en 3 occasions en 1999 (source Cétasquale). ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 15 2.2.4. La Réunion Le contexte océanographique (vents d’alizés et mer souvent agitée) n’est à priori que peu favorable à l’observation des cétacés sauf dans la région Ouest de l’île, protégée du vent. Pourtant, chaque année, des baleines sont observées de juin à octobre et un engouement se développe pour ces animaux, avec de plus en plus de structures proposant des sorties d’observation. Des groupes de dauphins résidents (T. aduncus) sont signalés régulièrement dans l’Ouest et le Sud de l’île (baie de St Paul, St Gilles, baie de Possession, St Le, St Pierre, …). En 1997 (UICN, 1997), il n’était toujours pas possible de disposer d’une vision synthétique sur l’état de conservation des mammifères marins qui fréquentent les eaux de la Réunion. Le Museum d’Histoire Naturelle de Saint Denis a fait réaliser 2 affiches présentant les petits et grands mammifères marins fréquentant les eaux de l’océan Indien occidental. En partenariat avec un opérateur touristique, des données avaient été collectées sur la côte Ouest. GLOBICE (Groupe de Localisation, d’Observation et d’Identification des Cétacés), créée en 2001 est la seule association se consacrant exclusivement à l’étude des cétacés à la Réunion et reconnue en qualité de « Association Agréée de Protection de l’Environnement ». Elle fonctionne principalement grâce aux travail de ses membres bénévoles, lesquels mettent à disposition leurs moyens à la mer et d’observation. Ses objectifs sont déclinés au travers des actions suivantes : • les études scientifiques. Les 3 axes d’intervention sont (i) le suivi de la population de Grand Dauphin de l’Indo-Pacifique, qui est une espèce résidente, (ii) l’identification et le suivi des baleines à bosse qui migrent dans les eaux réunionnaises durant l’hiver austral et (iii) l’inventaire des espèces fréquentant les eaux locales. C’est sur ces bases que GLOBICE établit une base de données complète et fiable qui est exploitée scientifiquement et qui offre aujourd’hui une bonne vision du peuplement des Cétacés de l’île. • Le Réseau Echouage. Il est partie intégrante du Réseau National d’Echouage (RNE) coordonné par le CRMM à la Rochelle et GLOBICE en assure localement la coordination. Par l’intervention de ses membres, ce réseau permet une collecte systématique des données lors d’un échouage en tout secteur de l’île. • La Sensibilisation. Elle se concrétise par des interventions auprès des publics scolaires ou lors de manifestation publiques. • La Coopération régionale. Une mission de recensement et d’étude des baleines à bosse a été effectuée dans le Nord du canal du Mozambique (Glorieuses) en 2005. • Les séminaires. Un premier séminaire a été organisé en collaboration avec l’OMM à la Réunion. • Une collaboration se met en place avec la MMCS (île Maurice). ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 16 Le volet scientifique du programme d’action de l’association bénéficie quant à lui d’un soutien financier de la Région Réunion et de la DIREN. L’association dispose d’un site internet (www.globice.org). IFREMER, dans le cadre de ses programmes d’appui au développement de la pêche hauturière, contribue comme les Seychelles à mieux connaître les interactions avec les globicéphales et expérimente la mise en place de dispositifs destinés à les éloigner. L’Université de la Réunion et son laboratoire ECOMAR interviennent également sur la problématique posée par les grand prédateurs océaniques en collaboration avec l’IRD et l’université de la Rochelle. Lors des missions en mer, ils collationnent depuis 2001 un ensemble de données environnementales notamment sur les oiseaux marins et les mammifères. Cette base de données pourrait être mutualisée dans le cadre d’un réseau d’observation. Enfin, l’association OMAR qui existe depuis 2005 regroupe également avec ses bénévoles des données sur les mammifères marins de l’île. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 17 2.2.5. Les Seychelles Les eaux seychelloises seraient fréquentées par des cachalots entre juillet et septembre (Richmond, 1997). Il existerait au Nord de l’archipel des Seychelles une zone où se concentreraient de manière régulière des Cétacés (Vely, comm. pers.). Les études relatives aux mammifères marins aux Seychelles concernent essentiellement leur impact sur la pêche puisqu’en certaines zones, la prédation par les globicéphales atteindrait 50% des captures par les palangriers (long liners). Les données relevées par les membres de l’IRD pendant leurs campagnes de pêche aux Seychelles entre 1982 et 1986 ont permis d’observer la présence de baleines – en dehors des mâles de cachalots observés toute l’année et plus fréquemment pendant la période des vents de nord ouest et à l’est des Seychelles (5°N-10°S ;45°-70°E). Parmi les espèces observées durant cette étude, les cachalots sont les plus fréquents, en groupes de 4 à 10 individus, et plus rarement les baleines à bosse, et d’autres baleines dont l’identification exacte n’a pu être confirmée. Les documents internes du Ministère de l’Environnement seychellois, font état de la présence de 21 espèces de mammifères marins identifiées de façon certaine, toutes étant strictement protégées. Cependant, aucun recensement ou suivi n’est actuellement en cours, depuis 1986. Une enquête auprès des responsables du Ministère de l’environnement, des responsables des associations naturalistes locales et des plongeurs nous permet de dire que les dauphins les plus fréquents sont les dauphins tachetés, les dauphins à long bec, les dauphins de Risso, et les grands dauphins. Des observations de cachalots et une observation fiables de jubarte accompagnée d’un jeune ont également été relevées. Une baleine bleue aurait été observée près de Félicité, mais cette donnée n’émane pas d’une source confirmée. Deux missions de Françoise Claro en avril et juillet 2001 ont permis de noter l’intérêt du Ministère de l’Environnement seychellois pour un travail d’inventaire et de suivi des cétacés dans les îles granitiques, ainsi que la région d’Aldabra. Dans un premier temps (en raison des difficultés logistiques liées à une étude sur Aldabra), un projet de Françoise Claro et Stéphane Hergueta relatif aux cétacés des îles granitiques a reçu l’appui officiel des hauts responsables du Ministère, ce qui favorisera la recherche de financements pour la mise en œuvre la plus rapide du programme (source : F Claro). Lors de la réunion de l’ISACH qui s’était tenue à Cape Town, il avait été proposé que la prochaine manifestation ait lieu aux Seychelles car le patrimoine baleinier y était également important mais moins bien connu. En novembre 2006 a été initié par la Seychelles Fishing Authority, sur initiative du SCAC de l’Ambassade de France, avec l’appui de 2 chercheurs français Christophe Guinet et Olivier Adam, en collaboration avec les entreprises palangrières semi industrielles locales un programme de recherche et d’atténuation de la déprédation des palangres pas les cétacés. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 18 2.3. Les init iat ives autres dan s la région marin e de l’océan Ind ien occidental Elles se révèlent globalement d’origines récentes (moins de 10 années) et restent liées aux moyens financiers et humains que les Etats sont effectivement en mesure d’assumer dans le cadre de leurs missions. 2.3.1. L’Afrique du Sud L’Afrique du Sud (RSA) n’a découvert que récemment son potentiel en matière de mammifères marins. Plusieurs activités scientifiques et économiques se sont depuis développées de manière rapide dans ce domaine. Si la diversité biologique est importante en RSA, il existe plusieurs espèces menacées, dont 2 dauphins (Cephalorhynchus heavisidii et Lagenorhynchus scurus). C’est au travers de l’essor de l’écotourisme et du dynamisme scientifique que l’on peut apprécier le travail réalisé. La RSA a accueilli plusieurs manifestations internationales dont un atelier sur la baleine à bosse (Cape Town, 22-30 avril 2001). Le tourisme intérieur et extérieur a connu une progression fulgurante au cours des dernières années puisqu’en 1998, il représentait près de 70 millions USD (tours, voyages, alimentation, hôtellerie, souvenirs, …). L’activité « whale-watching » représente à elle seule plus de 300 000 $ avec près de 510 000 personnes en 2000. Les Cétacés sont aujourd’hui partie intégrante de la politique touristique de la RSA puisque le slogan « the Big Five » (lion, éléphant, girafe, rhinocéros, léopard) s’est transformé en « the Big Six » par adjonction des baleines comme espèces phares. nb touristes 1000 900 800 700 600 500 400 300 200 100 0 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Figure 2 : retombées économiques du secteur touristique en RSA. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 19 Un élément marquant de la situation qui prévaut actuellement en Afrique du Sud est le soutien de l’opérateur de téléphonie mobile MTN, qui sponsore la « Whale Route » et diverses autres manifestations. En matière de recherche, plusieurs organismes dont le CDS (Center for Dolphin Studies) et l’Université de Cape Town travaillent sur les Cétacés. Le CDS, créé sous l’égide de V. Cockroft, D. Young et C. Booth, a été établi pour promouvoir la recherche et la sensibilisation du public sur les mammifères marins d’Afrique, incluant la conservation des zones côtières. Il participe à plusieurs actions de recherche, en particulier sur les petits mammifères marins. Le dauphin « heaviside » (Cephalorhynchus heavisidii) bénéficie d’une attention toute particulière car il s’agit d’une espèce endémique de cette côte, ce qui le rend particulièrement vulnérable à toute forme de pression. Il a fait l’objet de recherches particulières (écologie, état des populations) par le WWF-Afrique du Sud. La baleine franche fréquente également les eaux fraîches de l’Afrique du Sud, mais ne remonterait pas au delà de Durban. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 20 2.3.2. Les autres pays d’Afrique de l’Est L’enquête réalisée en 2001 auprès de différents acteurs environnementaux du Mozambique, du Kenya ou de la Tanzanie se révèle assez décevante puisqu’il ne semble pas exister sur toutes ces côtes de l’Afrique de l’Est de programmes de conservation ou d’études dédiés aux Mammifères Marins. Pourtant, un atelier régional de formation a eu lieu au Kenya en 1999, mais ne semble pas avoir été suivi d’actions concrètes de conservation. Un survol aérien des côtes aurait eu lieu en 1996 pour identifier les populations du Kenya (Wells, comm. pers.). Il serait ainsi possible de recenser les baleines non seulement sur leurs sites de reproduction mais également à partir de la terre lorsque les routes le permettent. Les baleines à bosse seraient observées le long des côtes de Tanzanie entre octobre et décembre soit à leur retour vers les eaux de l’Antarctique (Richmond, 1997). Une étude relative aux captures accidentelles de dauphins a été conduite à Zanzibar (Amir et al, 2002). Selon Findlay et al., 1994 (in Rosenbaum et al., 1997), les côtes mozambicaines constitueraient également une zone privilégiée de reproduction de la région. Cette équipe continue de mener sur les côtes mozambicaines des travaux d’études des populations migratrices. Le dugong (Dugong dugon) demeure une des espèces phares des eaux côtières de l’Afrique de l’Est et une population importante existerait dans l’archipel de Bazaruto (Mozambique). Il s’agit d’une espèce particulièrement menacée. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 21 2.3.3. Mayotte Bien que partie intégrante de l’archipel des Comores, le contexte géopolitique spécifique de Mayotte conduit à la traiter distinctement des îles qui constituent actuellement la République Fédérale Islamique des Comores. Mayotte, encore appelée « l’île au lagon », offre des conditions propices à l’observation des Cétacés, qu’il s’agisse d’espèces sédentaires des eaux mahoraises (petits cétacés) ou d’espèces migratrices (baleines à bosse et cachalots). L’observation des baleines à bosse se fait essentiellement de fin juin à fin novembre. Le dugong y est présent et les observations sont de plus en plus documentées. L’OMM (observatoire des mammifères marins) est une structure qui a été créée suite aux précédentes missions scientifiques (la première mission a eu lieu en 1995, Seitre). L’observatoire a été mis en place en 1998 avec le soutien du FFEM , la Direction de l’Agriculture et de la Forêt Service des Pêches et de l’Environnement marin (DAF-SPEM) étant en charge de sa mise en place et du suivi annuel. Le bilan de l’OMM est éloquent pour les 5 espèces cibles, lesquelles sont classées « Vulnérables » ou « Insuffisamment connues ». Ainsi, entre fin juillet et fin octobre 2000, ce sont 189 individus qui ont été observés au cours de 100 sorties. Il s’avère à l’analyse des données recueillies qu’il existe deux zones de fortes densités : le Nord et le Sud de l’île. Un pic de fréquentation semble apparaître aux mois de Juillet et d’Aout. Les petits mammifères sont particulièrement bien représentés avec 3 espèces majeures (T. truncatus, S. attenuata, S. longirostris). Par ailleurs, la présence de dauphins d’Electre (Peponocephala electra) est notée, cette espèce demeurant particulièrement mal connue. L’OMM contribue également avec Megaptera à la collecte d’échantillons génétiques, qui en 2000 se sont élevés au nombre de 34. Il apporte ainsi aux partenaires locaux une aide financière pour participer aux travaux de l’observatoire. Ces échantillons ont été transmis au Muséum de New York pour y être traités ce qui avec les 41 échantillons prélevés en 1997 et 1998 devrait permettre d’affiner les relations éventuelles existantes entre les différents groupes de la région. Le travail de photo-identification entrepris sur les baleines à bosse n’a pas permis de croiser les informations d’une année sur l’autre. Il conduit à supposer que la population qui migre vers cette zone est relativement importante. La préoccupation majeure en matière de développement de l’écotourisme est de préserver le potentiel du lagon de Mayotte en matière d’observation des mammifères marins. L’accompagnement des opérateurs de la société civile (associations, opérateurs touristiques, …) s’est concrétisé par : • une charte d’approche qui a été élaborée par la Direction de l’Agriculture et de la Forêt et diffusée localement, des posters d’information dans des points clés de l’île, • Des fiches d’information, établies en collaboration avec l’association Megaptera, et qui permettent de recueillir le maximum d’informations à savoir : lieu, date, heure, nombre d’individus, comportement, … Ces fiches sont complétées lors d’observations par les ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 22 usagers du lagon, qu’il s’agisse de professionnels (pêcheurs, brigade du lagon, …) ou de plaisanciers. En 2005, l’OMM a lancé une lettre d’information (Lambwara) pour mieux informer les acteurs sur ses activités. Plusieurs organismes sont impliqués avec l’OMM ces dernières années : l’ONCFS, la CDM, l’Université de la Rochelle, Megaptera, le Museum d’Histoire Naturelle de New York ainsi que des opérateurs privés (Sea Blue Safari, Mayotte découverte, Lagonia). Les différents organismes présents à Mayotte ont participé à la mise en place des réglementations suivantes : • L’Arrêté préfectoral 109 SG/DAF du 28 décembre 2004 qui réglemente la pêche au filet dans le lagon (filet interdit dans les mangroves et les herbiers, limite de taille..), • Arrêté préfectoral n°60/DAF du 28 juillet 2004 réglementant l’approche des mammifères marins dans le lagon et les eaux territoriales de Mayotte. Le travail de photo-identification et d’analyses génétiques (Mayotte pour OMM/WCS/AMNH et Banc du Geyser pour Megaptera) entrepris sur les baleines à bosse ont permis de recapturer des individus identifiés et biopsiés en Baie d’Antongil (OMM/WCS/AMNH). Ce qui démontre un degré de correspondance entre les deux sites qu’il conviendra de préciser en terme de similitude de population par des études approfondies. Concernant le dugong, si son abondance exacte et les liens génétiques avec les populations voisines restent inconnus, des observations sont faites dans divers secteurs du lagon mais, ces dernières années, c’est surtout près de la passe en S qu’ont eu lieu les observations. Ce secteur présente un herbier particulièrement dense en Thalassodendron ciliatum. La population est actuellement estimée à un maximum d’une vingtaine d’individus. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 23 3. SYNTHESE ET ELEMENTS DE STR ATEGIE POUR UN R ESEAU -C ETACES DANS L ’ O CEAN I NDIEN Un fait marquant en matière de conservation des Cétacés dans la région reste la création du sanctuaire Antarctique par la CBI en 1994 sur initiative de la France, qui a permis de porter à 1/3 des océans du monde la zone de protection et d’alimentation des baleines qui viennent se reproduire dans l’océan Indien occidental. Son extension aux régions Pacifique reste encore discutée voire compromise. Du global vers le local, plusieurs thèmes fédérateurs et structurants méritent d’être soulignés : • L’existence d’instruments réglementaires, • Des efforts conséquents de recherche pour améliorer les connaissances scientifiques et la surveillance, • Le développement de l’écotourisme et d’une approche participative, • L’accroissement des menaces posées par les activités de pêche et la destruction des habitats. 3.1. Les instrum ents réglem entaires n ation aux et intern ation aux. L’environnement juridique dans lequel s’inscrit la région Ouest de l’Océan Indien est relativement riche puisqu’il comporte divers instruments internationaux et nationaux en adéquation avec la présente expertise. On peut supposer (bien qu’aucune étude chiffrée ne puisse encore l’affirmer) que le moratoire sur la chasse commerciale, effectif depuis 1986, a permis de stopper le processus d’extinction de la plupart des grands cétacés de la région de l’océan Indien. Il semble que les effectifs globaux de baleines à bosse progressent d’environ 10% par an. Pourtant, les pays baleiniers, arguant de la remontée des effectifs de ces espèces cibles, continuent d’accentuer leurs pressions pour une reprise de leurs activités de chasse et ce en dépit de la démonstration croissante d’alternatives économiques (produits de substitution, retombées de l’éco-tourisme). Le sanctuaire, dont la création a été décidée en 1994 à Puerto Vallarta concerne la zone Antarctique (entre 40° et 60°), là où les baleines se nourrissent. Lors de la 52ème réunion de la CBI qui s’est tenue à Adélaïde en Australie, le projet d’extension au Pacifique Sud du sanctuaire n’a pas pu être finalisé. L’idée de faire de l’hémisphère Sud une zone complètement protégée en termes d’espèces et d’habitats a donc échoué. Cette situation conforte l’idée d’une action renforcée de conservation dans l’océan Indien. D’autre part, les pays de la région de l’Afrique de l’Est sont parties de la convention de Nairobi (1985) qui est bâtie sur le modèle de la convention de Barcelone qui concerne elle la Méditerranée. Les questions de conservation de la diversité biologique, d’espèces migratrices y sont traitées dans les protocoles et annexes. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 24 Les obligations qui en découlent ne sont malheureusement que rarement mises en œuvre par les pays signataires, faute de moyens humains et financiers. Se pose en effet pour chaque initiative soutenue de l’extérieur, la question de la pérennité des actions lorsque le transfert n’a pu être mené à terme et qu’il n’existe pas de financement propre d’activités jugées non prioritaires. En 2002 s’est tenu à Richard Bay (RSA) un atelier de ISACH (Indo-South Atlantic Consortium on Humpback whales) dont la mission est de développer et promouvoir une démarche globale et intégrée sur les baleines à bosse. 11 pays dont 6 de la région de l’Afrique de l’Est sont parties prenantes de cette initiative. Des perspectives d’amélioration des connaissances scientifiques existent au travers des programmes ASCLME (Agulhas & Somali Current Large Marine Ecosystem) financé par la Banque Mondiale et SWIOFP (South West Indian Ocean Fisheries Project). Un lien avec le programme WIOLab mis en œuvre par le PNUE sur les pollutions d’origine terrestre notamment pour ce qui concerne les aspects de contamination par les métaux lourds, les POP, etc Ces programmes prévoient l’embarquement pour les campagnes océanographiques d’observateurs qui peuvent compléter judicieusement les bases de données sur les mammifères marins. 3.2. Bilan des conn aiss an ces su r les esp èces de la rég ion et les actions engagées Les Cétacés de la région SW IO. Dans l’Océan Indien Occidental, des efforts ont été entrepris dès les années 1990 afin de répertorier les espèces, les zones de reproduction et de mise bas (Rosenbaum et al., 1997), ainsi que les routes migratoires entre l’Antarctique et les aires tropicales. Plusieurs groupes d’espèces sont ciblés, généralement classées sur la Liste Rouge de l’UICN et bénéficiant de statuts particuliers. Si les rapports relativement récents font état de 15 espèces de mammifères marins pour l’ensemble de la région (Hatziolos et al, 1997), 34 espèces fréquenteraient la région selon Richmond (1997). Les espèces côtières font moins l’objet d’études à l’exception de l’Afrique du Sud et de Maurice. Les grands cétacés retiennent encore trop l’attention au détriment des petites espèces souvent côtières et sédentaires et confrontées aux problèmes croissants d’environnement : La région recèle globalement de populations importantes de dauphins, lesquelles semblent de ce fait à l’abri d’un danger de disparition par la pêche artisanale ou industrielle. Parmi les espèces côtières, les petits cétacés sont les plus fréquemment observés. A l’instar de ce qui se passe à Mayotte, certaines espèces fréquentent les lagons lorsqu’ils sont suffisamment profonds (grand dauphin et dauphin à bosse) alors que d’autres ne se rencontrent qu’à l’extérieur (dauphin de Fraser, dauphin d’Electre, dauphin tacheté, dauphin à long bec, …). ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 25 Sauf quelques rares exceptions, les données demeurent encore trop disparates dans la région pour autoriser un quelconque bilan sur l’état des populations et leurs niveaux respectifs de vulnérabilité. Parmi les trois familles qui composent les Mammifères Marins (Cétacés, Sirén ien s et Pinn ipèdes) ce sont les Cétacés qui retiennent le plus l’attention actuelle car ils font l’objet d’actions croissantes. 3.2.1. Les espèces phares On distinguera les espèces migratrices des côtières. Concernant les espèces migratrices, deux cas peuvent être distingués pour les baleines qui migrent durant l’hiver austral depuis l’océan Antartique. Elles ne fréquentent les eaux tropicales que de juin à novembre soit pendant l’hiver austral pour s’y reproduire ou y mettre bas. La baleine franche (E. australis) fréquente elle uniquement les côtes sud-africaines et le Mozambique et est classée par l’UICN comme « Faible risque/dépendant des mesures de conservation ». Les cachalots macrocéphales (Physeter macrocephalus) qui est le plus grand des Odontocètes fait l’objet d’une surveillance moindre de ses populations dans la région. Il a fait l’objet d’études ponctuelles comme à l’île Maurice (Ocean Alliance, 2003). L’espèce phare demeure sans conteste la baleine à bosse (M. novaeangliae), classée comme « Vulnérable » par l’UICN. Sa répartition sub-tropicale est plus étendue et l’effectif global des baleines à bosse est estimé à 12 000 individus et progresserait de 10% par an. Un séminaire lui a été consacré en Afrique du Sud. Toutefois, malgré ces signes encourageants, des données sur la distribution, l’abondance, et le comportement des baleines autour de sites connus et leur relation avec d’autres aires d’hivernage à l’ouest de l’Océan Indien sont encore nécessaires à acquérir. L’étude entreprise sur les cycles migratoires des baleines à bosse de l’hémisphère Sud a permis d’identifier 5 stocks antarctiques parmi lesquels figurent un stock majeur pour la région de la COI : le stock 3. Au sein de ce dernier, celles qui fréquentent le canal du Mozambique transiteraient dans leur migration par les côtes du Kwazulu-Natal jusqu’au Mozambique (site C1). Une aire de reproduction et d’élevage des jeunes particulièrement active des baleines à bosse s’étendrait à Mayotte et Mohéli, aux abords du banc du Geyser avec un épicentre près de Mayotte (site C2), où elles sont observées entre juillet et novembre. Sur la côte Est de Madagascar, l’aire de reproduction principale est celle de la baie d’Antongil (site C3). Des populations plus réduites sont observées chaque année dans les Mascareignes (Maurice, Réunion, Rodrigues). ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 26 Figure : détails de la sous-région avec localisation des sites importants pour M. novaeangliae. (source Rosenbaum, internet). Pour les espèces côtières, dont l’espèce emblématique est le grand dauphin (T. truncatus et T. aduncus), les problèmes de dégradation des zones côtières constituent bien souvent des menaces insidieuses pour les mammifères marins vivant en zone littorale. Les études sur les échouages sont encore trop fragmentaires pour émettre des avis sur le niveau de vulnérabilité des milieux où elles vivent. Les principaux facteurs identifiés sont : • Les pollutions, • La pêche artisanale ou hauturière, • Les changements climatiques, • Les pratiques d’observations mal contrôlées, • La disparition des habitats, … Plusieurs autres espèces d’intérêt particulier sont signalées pour la région du Sud Ouest de l’Océan Indien car menacées : 5 espèces de tortues marines, le dugong, le coelacanthe. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 27 Le Dugong (Dugong dugon, Dugongidae, Sirénien) est largement distribué dans l’Indopacifique, de l’Afrique de l’Est au Vanuatu, il est particulièrement menacé en toutes régions, bien que faisant généralement l’objet d’une législation, laquelle demeure non appliquée. Il fréquente les zones marines peu profondes à proximité d’herbiers de phanérogames dont il se nourrit. C’est uniquement dans la région de l’archipel de Bazaruto (Mozambique) que semblent subsister des populations significatives. Si l’espèce est discrète, elle est rapportée dans la bibliographie récente comme éteinte à Mayotte, à Maurice ou aux Seychelles (in Hatzolios et al. 1997). Des petites populations sont toutefois signalées en Tanzanie, au Mozambique, à Mohéli, à Mayotte et à Aldabra. La situation à Madagascar n’est pas bien renseignée et l’observation faite en 2001 par Cétasquale à Maurice n’a pu être confirmée. Sa présence aux Seychelles a pu être confirmée avec l’observation de 5 individus à Aldabra, ainsi qu’à Mohéli (source C3 et Kélonia). Sa distribution géographique, ainsi que l’état des populations, reste donc toujours très mal documentée et ne conduit pas encore à des mesures adaptées de conservation, même si le WWF a établi en 2004 un rapport de situation sur les populations de dugong s’appuyant sur une enquête menée entre avril 2004 et mars 2005. Il est classé comme « Vulnérable » sur la liste rouge de l’UICN. Il est fortement menacé par la destruction des habitats côtiers et par la pêche artisanale aux filets maillants. Elle devrait occuper une place privilégiée dans l’analyse écorégionale engagée par la COI et l’identification des zones d’intérêt patrimonial fort à placer en AMP. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 28 3.2.2. l’écotourisme & l’appro che p art icipative. C’est en RSA que l’expertise a pu le mieux constater l’impact réel d’une stratégie concertée et soutenue sur la conservation des espèces marines (résidentes et/ou migratrices) et le développement du tourisme. Ce pays possède de réels atouts et a su intégrer la démarche écotouristique comme une véritable activité économique génératrice de ressources, alternativement à l’exploitation directe des mammifères. En témoigne le soutien d’opérateurs économiques majeurs. Cette démarche est en cours du point de vue économique à Maurice ou à Madagascar, et a connu un réel essor ces dernières années, ce qui peut constituer un facteur de vulnérabilité pour la conservation durable des zones de reproduction. A Mayotte, les potentialités du secteur sont également réelles et devraient se développer. L’écotourisme maitrisé contribue en sus aux trois démarches exposées par ailleurs : • Collecte des données sur les stocks de Cétacés sédentaires ou migrateurs, • Conservation des espèces par une présence, donc dissuasion des actions néfastes (chasse, dérangements excessifs, …), • Développement socio-économique via les populations locales, • Éducation à l’environnement. Il s’agit donc d’une contribution à valeur d’exemplarité à la mise en œuvre des principes de la convention de Rio. Au travers du travail d’enquête mené, une conscientisation des pays de la région semble s’être faite depuis 1993 mais sans que des moyens réels soient dégagés pour la mise en place d’une stratégie globale et régionale. Les besoins des acteurs demeurent insatisfaits pour répondre aux développements souhaités tant au plan de la connaissance, de la conservation, que de l’écotourisme. La priorité affichée est bien souvent la collecte des données et la circulation de l’information sous une forme « traduite ». L’engagement vers un code de respect pour l’écotourisme (charte pour les opérateurs, licences, présence de guides naturalistes, …) semble constituer le pré-requis indispensable de cette démarche. La mise en place de chartes permet aux acteurs de la société civile de s’investir, mais celles-ci n’ont pas force de loi, d’où la nécessité de développer des textes réglementant l’approche. Par exemple, à Mayotte, les signataires de la charte peuvent être des personnes physiques (plaisanciers) ou morales (clubs de plongée, associations, …). De manière générale, la charte définit pour l’observation 2 zones : • Celle dite « d’observation » qui correspond à l’intérieur d’un cercle de rayon de 300 mètres autour de l’animal, • Celle dite « d’observation rapprochée » de 100 mètres. En RSA, la décision de n’autoriser qu’un opérateur agréé dans la zone proximale a permis de limiter les risques de dérangements excessifs. Cette démarche n’est pas encore généralisée mais ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 29 s’avèrerait nécessaire vus les risques de dérapage identifiés dans plusieurs sites avec la possible surfréquentation. Dans le domaine de la collecte d’information, souvent basée sur le volontariat, plusieurs partenaires de la société civile s’engagent aujourd’hui auprès des institutions dans l’accompagnement de ces démarches, sans toujours bénéficier en retour d’une reconnaissance de l’importance de leur participation. Parmi les groupes actifs régionalement figure tout particulièrement l’association Megaptera qui tant à Mayotte, aux Comores ou à Madagascar dispose aujourd’hui de relais. En matière de gouvernance et de bonne gestion des partenariats avec les scientifiques, les acteurs de la société civile font souvent valoir, à juste titre, le faible retour d’informations, ce qui diminue rapidement leur motivation pour la collecte pérenne des données sur le terrain ou de sensibilisation. Par ailleurs, l’absence de pérennité des financements dédiés aux ONGs pose souvent problème et ne permet pas un suivi dans des échelles de temps satisfaisantes. Existence d’une charte d’approche Code de bonne conduite Existence d’une législation Afriqu e du S ud Oui Oui Comores Non Non Madagas car Oui Oui Maurice Oui En Cours Mayotte Oui Non Réun ion Non Non Seychelles Non Non Tableau I : Existence d’un cadre réglementaire pour les activités commerciales type « whale watching ». ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 30 3.2.3. Les activités d e recherche fondamentale & appliquée En matière de recherche sur les grands Cétacés, H. Rosenbaum, du Museum d’Histoire Naturelle de New York, est au cœur du processus depuis 1996. La base de données qu’il constitue s’appuie sur des collaborations locales avec Madagascar, Mayotte ou plus récemment Maurice. Pour les petits cétacés côtiers, le CDS de Pletenberg Bay en Afrique du Sud (V. Cockroft) se révèle être l’acteur principal de la zone. Les interventions extérieures permettent cependant de disposer régulièrement d’actions sur le plan scientifique (e.g Ocean Alliance). Les travaux de recherche, complémentaires, portent sur les thèmes suivants : • la photo identif ication . Elle permet de mieux connaître les effectifs ainsi que le déplacement spatial (migrations) et temporel d’individus. Un fichier existe désormais à New York auquel chaque partenaire devrait pouvoir collaborer. • l’id entif ication gén étiqu e. Les prélèvements de peau ou de phanères permettent d’établir des profils génétiques des populations et de leur degré d’interaction (brassage génétique ou populations distinctes). En matière de génétique, les travaux engagés à Madagascar, à Mayotte ou à Maurice devraient permettre d’améliorer le diagnostic sur les populations et conduire à des mesures de gestion tant locales qu’internationales. Il est en effet essentiel d’identifier les routes suivies depuis l’Antarctique, les sites prioritaires de reproduction et d’élevage des jeunes en vue d’alimenter les débats lors des prochaines réunions de la CBI. Une action concrète au niveau des corridors migratoires doit aussi être menée de concert. • l’an alys e des ch ants. Réalisée au moyen d’hydrophones, elle permet de mieux comprendre les modalités sociales au sein du groupe. • L’impact des contam in ants chim iques. Les protocoles opératoires sont connus mais les analyses demeurent particulièrement coûteuses pour les structures scientifiques ou non-scientifiques de la région. 3.2.4. Les menaces Si historiquement la pêche industrielle à la baleine a été néfaste, le phénomène se développe de manière corollaire au développement des activités de pêche dans la région, qu’elle soit artisanale/industrielle ou côtière/hauturière. Un atelier intitulé « incendental bycatch of non-targeted species : problems & mitigation measures » s’est tenu à Mayotte en novembre 2006 et a réuni des participants d’une dizaine de pays concernés. Les pêcheries côtières au filet maillant ont été reconnues comme la principale menace pour les cétacés, les dugongs et les tortues. L’espèce la plus menacée est le dugong, dont la principale population est localisée à Bazaruto au Mozambique. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 31 3.2.5. Les beso ins exprimés. Les besoins exprimés diffèrent selon qu’elles appartiennent au milieu institutionnel, scientifique, associatif ou privé. De manière globale, il apparaît pertinent pour les acteurs qu’une vision partagée au travers d’un réseau régional constitue un préalable d’intégration des stratégies nationales ou supra-nationales pour la région. Un besoin particulier concerne l’intégration des espèces migratrices dans les stratégies de conservation à l’échelle régionale en prenant en compte désormais les notions de sources-puits, de connectivité, de corridors migratoires, … Pour les scient if iques, les besoins sont la poursuite et le renforcement des programmes en cours, complétés par des axes forts tels que : • Soutenir le projet de pose de balise type Argos pour préciser les trajets migratoires ainsi que les paramètres de plongée (température, profondeurs, …), • Etudier les phénomènes de contamination des cétacés migrateurs et résidents par les polluants, • Mettre en place un programme de recherche et de conservation sur les dugongs qui doit être rapide, faute de quoi cette espèce disparaîtra des eaux côtières en raison des croissantes pressions anthropiques (pêche, pollutions, destruction des habitats). D’une manière récurrente, il est souvent rappelé que la recherche doit aboutir à la gestion et permettre aux acteurs de terrain de trouver des solutions adaptées. La part icipation d e la sociét é civile est bien souvent la meilleure manière de collecter les informations tout au long de l’année sur le terrain et de parvenir à une gestion locale. Les besoins sont ici nombreux et concernent : • le renforcement de leurs capacités d’intervention et de collecte, • l’établissement de protocoles standardisés et fiables, • des moyens financiers pour péreniser leurs actions. C’est donc au niveau de la société civile qu’apparaît le plus fortement le besoin d’une réelle collaboration régionale. Le secteur privé prend aujourd’hui toute la mesure des intérêts du développement de l’écotourisme baleinier (e.g de Maurice, de Sainte Marie, etc). Il souhaite généralement s’investir plus en avant lorsque le potentiel existe tout en disposant de garanties sur la pérennité de l’activité. L’attribution par les autorités compétentes de « droits exclusifs » en matière d’activités commerciales est parfois demandée. Le risque existe toutefois devant l’attrait financier d’une déstabilisation rapide de la démarche et d’une dérive à contrario de l’objectif initialement recherché. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 32 Parmi les besoins exprimés par les membres de la société civile rencontrés (ONGs, plongeurs, plaisanciers, hôteliers, …) figurent : • Un nécessaire retour d’information sous la forme de synthèses annuelles, • Un soutien financier aux efforts d’observation, • Un renforcement des capacités et du niveau par des formations adaptées, avec la formation d’écoguides aux techniques d’approche et un code de bonnes conduites, • La présence d’opérateurs agréés et formés pour le « whale watching », • L’établissement d’un zonage pour des opérateurs agréés, • … C’est globalement un besoin d’échanger avec les institutions et les scientifiques que réclament les acteurs de la société civile. La mise en place « d’espaces d’échanges » et de mesures pour inciter les ONGs à participer aux travaux est indispensable et doit s’acccompagner de moyens matériels et financiers correspondants. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 33 3.3. Vers la mis e en place d’u n réseau région al Cétacés. Au vu du travail d’actualisation du rapport 2001, les forces motrices pour l’établissement rapide d’un réseau régional Cétacés sont : • Les zones économiques des états-membres de la COI sont parties intégrantes du Sanctuaire de l’océan Indien, établi en 1979, • L’existence d’espèces menacées tant dans leurs habitats de reproduction que dans les corridors de migration, • L’accroissement significatif des pressions, notamment celles générées par la pêche industrielle (by-catchs) et la dégradation des habitats, • L’existence d’un faisceau convergent d’initiatives en faveur de la conservation et de la gestion durable des ressources marines et côtières, notamment le programme ReCoMap (ProGeCo en français) porté par la COI, le programme de création d’un réseau des AMPs des pays de la COI, etc • La nécessaire participation croissante de la société civile dans la gouvernance et la lutte contre la pauvreté. Si des actions fortes sont aujourd’hui entreprises pour améliorer les connaissances sur les populations de Cétacés dans la région, des efforts significatifs restent à faire car l’état des connaissances demeure trop fragmentaire pour autoriser toujours un avis éclairé sur le degré de vulnérabilité des différents groupes, leur écologie, leur migration, … Au vu des demandes de levées partielles du moratoire réitérées par les pays baleiniers, il est aujourd’hui essentiel de disposer pour la sous-région d’un observatoire s’appuyant sur des informations actualisées et fiables pour définir en tant quasi réel le statut et la classe applicable à telle ou telle espèce/genre sur la Liste Rouge de l’UICN. Pour ce faire, il faut donc élaborer régulièrement des synthèses pour les réunions de la CBI et argumenter vis-à-vis des demandes émanant des pays baleiniers : déclassements, chasse scientifique, … La baleine à bosse (M. novaeangliae) reste l’espèce phare d’une stratégie régionale, mais ne doit pas occulter les besoins relatifs à l’état des autres espèces. Lors du 1er atelier international sur les rorquals à bosse qui s’est tenu à Cape Town en RSA (22-30 avril 2001), l’approche régionale y a été reconnue indispensable faisant émerger au niveau des participants une série de besoins, tels que : • Des moyens en financement, • Des formations adaptées, • Le partage et l’échange des données, • Des rencontres et la synthèse des données, • Des études régionales communes. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 34 Ceci confirme donc la nécessité de mettre en place une meilleure coopération régionale s’articulant sur un réseau francophone Iles de l’Océan Indien. L’initiative ISACH a conforté cette détermination d’aller de l’avant. Au terme de l’examen de l’existant et des besoins, la stratégie proposée repose sur un cadre logique qui intègre des activités dont l’opérationnalisation doit être encore largement discutée avec les partenaires lors de l’atelier régional qui se tiendra à Sainte Marie début juillet 2007. En particulier, une attention toute particulière doit être portée à la participation effective des acteurs de la société civile afin d’assurer l’efficience d’un tel réseau et à son intégration avec les réseaux « institutionnels ». Dans la proposition d’actions qui peuvent être formulées à cette étape initiale de mise en place d’un réseau régional figurent notamment : 1. Soutenir la société civile et notamment le secteur associatif par la création d’un Réseau « Cétacés Sud-Ouest de l’Océan Indien », y compris au niveau financier, afin de permettre la collecte régulière de données, l’échange régional, … 2. Appuyer l’écotourisme comme alternative à la chasse baleinière (scientifique ou commerciale), par l’éducation, la formation d’opérateurs, 3. Consolider les données régionales avec les partenaires institutionnels pour disposer régulièrement de bilans actualisés et fiables, 4. Contribuer à la réduction des by-catch en créant un groupe de travail spécifique, en informant les acteurs de la pêche artisanale et industrielle. Ce sont ainsi 3 axes majeurs qu’il faut se fixer comme objectifs à atteindre : • L’objectif 1, à développer dès 2007, est de constituer en produit de sortie de l’atelier une task-force régionale, réduite mais représentative et dynamique, • L’objectif 2, découlant de la réussite du précédent est de produire un document de projet régional pour l’étude et la conservation des Cétacés, avec l’appui de différents bailleurs de fonds, afin d’engager aussi rapidement que possible des activités concrètes répondant aux besoins des pays, • L’objectif 3 est d’organiser le réseau régional d’échange sur une base pérenne sur des thèmes complémentaires et priorisés. Pour parvenir à la mise en place d’un réseau fonctionnel et pérenne dans la région, il semble que la colonne vertébrale du « Réseau-Cétacés Océan Indien » soit le secteur associatif, plus apte à promouvoir une démarche participative. Il complète judicieusement le réseau institutionnel qui est lui garant de la pérennité et de la bancarisation des données nationales. Ce Réseau Cétacés devra trouver auprès des bailleurs de fond les moyens nécessaires pour assurer son bon fonctionnement tant en termes opérationnels qu’organisationnels. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 35 Il convient également de définir en amont les relations avec les institutions en charge de la centralisation de l’information. A titre d’exemple, dans le cadre du PRE-COI, les notions de « serveur » et de « point focal » (les critères forts de définition étant respectivement « centralisation des données et pérennité de l’institution » et « forces vives motivées et présentes sur le terrain ») ont permis de répartir les fonctions dévolues à chaque partenaire du réseau local. L’expérience acquise montre combien l’échange d’information entre ces deux niveaux complémentaires est problématique, et demande des efforts constants de concertation et d’animation. Enfin, il conviendrait de considérer la baleine à bosse, comme espèce phare du Réseau Cétacés. A partir de cette ossature pourraient être articulées diverses composantes spécifiques sous forme de groupes de travail concernant par exemple : • Les by-catchs, pour limiter les interactions négatives cétacés-pêche, • Les contaminants chimiques, pour appréhender les risques inhérents à la dégradation des eaux marines, • etc La première étape vers le fonctionnement pérenne d’un réseau reste donc la réunion prévue en juillet 2007, réunissant les forces vives de la région ainsi que l’expertise extérieure à la région. Via les échanges d’information et d’expériences, de répartition des tâches, d’identification des besoins en financement, il permettra de mettre au point un document de projet reposant sur une démarche de gestion participative et de conduire avec succès une stratégie de conservation des mammifères marins, notamment lorsqu’il s’agit d’espèces migratrices ou menacées. Quelques lignes directrices pour cet atelier sont présentées ci-après. ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 36 ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 37 RÉFÉREN CES CIRCONS TAN CIÉES (list e non exh austive) AMRI A. (2005). Quantification préliminaire de l'impact du tourisme baleinier sur le comportement des mammifères marins du lagon de Mayotte, archipel des Comores, Université de La Rochelle. 51 p. ANDERSON R.C., CLARK R., MADSEN P.T., JOHNSON C., KISZKA J. & BREYSSE O., (2006). Observations of Longman’s beaked whales (Indopacetus pacificus) in the western Indian Ocean. 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ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 43 Whales Reveal Man's Damaging Impact on Oceans By Nita Bhalla - December 8, 2003 ©2003 Reuters PORT LOUIS, Mauritius (Reuters) - Sailing the world's remotest seas in search of the awesome sperm whale, the steel-hulled Odyssey has been dredging up some dark secrets about mankind's damaging impact on the oceans. A scientific research vessel circumnavigating the globe, the 93-foot sailing boat has been tracking the giant whales in the hope that they may hide in their bulk important clues to the state of the world's seas. The mission is not over, but the early indications are ominous. Pollutants, the debris of man's life on land, have poisoned the waters that dominate the planet. Working for the U.S.-based Ocean Alliance, a whale conservation and research body, the Odyssey set out in March 2000 to quantify that toxicity, using tissue samples from sperm whales to indicate how polluted the waters really are. "We chose to study the toxicity levels in sperm whales because they are one of the most abundant great whale species left on the planet and are found in all seas and oceans in the world," said Genevieve Johnson, Ocean Alliance's education director. "We were surprised by the levels of pesticides like DDT found in our preliminary analysis of sperm whale tissue samples. "We have completed almost four years of our five-year study and have so far taken tissue samples from about 900 sperm whales in various parts of the world." BANNED BUT WIDELY USED An adult male sperm whale can reach lengths of 60 feet and weigh more than 60 tons. It is believed to be the biggest toothed predator in the world. There are about 350,000 sperm whales around the world, but Johnson said the pesticides found in their blubber could spell danger for the species. DDT is banned in many countries because of its harmful effect on humans and animals. It is still used widely in developing countries, sold on the black market because of its low cost and effectiveness as an insecticide. Other toxins like polychlorinated biphenyls (PCBs) have also been found in sperm whales. Made and used on land, these are released into the environment and eventually make their way into the oceans through rivers and rainfall. Johnson said the toxins could prevent whale fetuses from developing properly, result in high levels of sexual abnormality, cancers, birth defects or sterility. There could also be repercussions for humans. "The toxicants that we are finding in these whales could have serious implications for humans as we are also feeding high on the oceanic food chain," Johnson said. Toxic fish and oceanic plants have been found to contaminate land in some parts of the world and Canada's Inuit people have been warned to stop eating fish, the staple of their diet for generations. Studies suggest poisons are showing up in the breast milk of nursing mothers who pass them on to their babies. EPIC VOYAGE The Odyssey's multi-million dollar voyage began in San Diego, California. The ship has sailed more than 30,000 miles, taking in some of the world's most remote regions on the way to its current dock in Mauritius. From the Galapagos to the Chagos islands, Papua New Guinea to Kiribati, the eight scientists and researchers aboard are also using the epic journey to try to promote awareness of the damage wrought by humans. "Besides researching sperm whales we link up with educational groups to give a lot of talks to students in many different countries to raise awareness about whales and ocean pollution," Johnson said. Over the last four years, thousands of children have visited the ship to learn about marine life. For those that can't, the crew has a Web site (www.pbs.org/odyssey) and is linked via global satellite to media and educational sites. "Children worldwide are fascinated by whales," Johnson said. "We think that by linking live to the Odyssey from the classroom, students all over the world will have the chance to participate in a voyage of discovery that is circling the globe." ARVAM, Réseau Cétacés du Sud-Ouest de l’océan Indien Page 44