Henri de Toulouse
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Henri de Toulouse
« Henri de Toulouse-Lautrec » Un observateur passionné. A Londres, les anglais n’apprécient pas plus que les français, la peinture d’Henri de Toulouse-Lautrec. Son importante exposition qui s’est ouverte le 22 mai 1898, ou il présente soixante-dix-huit de ses œuvres, a la galerie Goupil de Londres dans Regent Street, a été sévèrement jugée par le public et la critique. Une toile, unique, à été vendue ; l’acheteur en est le prince de Galles moins touché, sans doute, par l’amour de l’art que par les bordées qu’elle lui rappelle dans les cabarets et lupanars de Montmartre. Mais, après un succès d’estime à la galerie Boussoll et Valadon, l’an dernier, ou le banquier Isaac de Camondo, collectionneur de Manet et Monet, à acquis « La Clownesse Cha U-Kao » l’artiste ne paraît guère s’en soucier. Des crises d’éthylisme, pendant l’automne et l’hiver l’ont bien davantage préoccupé. Chez ses amis Natanson « le fondateur de la Revue blanche », marié à Misia, la sublime pianiste, ou il a tiré des coups de pistolet sur une araignée imaginaire et, se croyant menacé par les mouches et les microbes, il ne dormait plus qu’avec sa canne à ses côtés, prêt à se défendre en cas d’attaque. Toulouse-Lautrec semble si détaché de son art que, l’année dernière, quand il a quitté son atelier de la rue Caulaincourt afin de s’installer, avenue Frochot, ou il à laissé prés de quatre-vingt-dix toiles derrières lui. Une moitié à aussitôt été brulée par le nouveau locataire des lieux et d’autres ont été distribuées par son concierge dans les bistrots du quartier. Sa peinture essuie toujours le même reproche : provocation et pornographie. Et pourtant, qui ne voit que ses danseuses de French-cancan et ses prostituées sont infiniment moins perverses que les divinités déshabillées qui font se pâmer la bourgeoisie au Salon ? Les seize panneaux qu’il a exécutés en 1893, pour décorer la maison close que Blanche d’Egmont dirige rue d’Amboise o les toiles qui lui ont été inspirées, plus récemment par les pensionnaires du bordel de la rue des Moulins sont tout, sauf des cochonneries. Afin d’être plus proche de ses modèles, l’artiste s’est installé parmi elles, pendant quelques mois, en 1894, multipliant les études. Aussi, après la fermeture, pouvait-il observer les filles au réfectoire, leurs parties de cartes, leur toilette intime, leurs ébats amoureux, quand il feignait de somnoler dans un coin. Son ami, Maurice Joyant, organisateur de l’exposition de Londres, raconte comment il les faisait danser parfois au son d’un piano mécanique, a demi drapées dans leurs chemises colorées ; il trouvait cela aussi beau que la « Ronde » de Botticelli. De son séjour chez les prostituées, il en résulte un chefd’œuvre « Au Salon de la rue des Moulins » une grande toile de un mètre onze sur un mètre trente-deux. On y reconnait autour de la patronne, Mme Baron, dans sa longue robe mauve, et Rolande, dont le nez en pied de marmite l’amuse, Elsa la viennoise et surtout, au premier plan, Mireille pour laquelle, il nourrit un sentiment depuis qu’un jour, elle lui à apporté un bouquet de violettes. Toutefois l’artiste est loin d’exercer ses dons uniquement dans les maisons closes. Depuis que le Moulin-Rouge, superbement décoré par Willette, a ouvert ses portes, le 5 octobre 1889, à l’angle du boulevard de Clichy et de la rue Lepic, Toulouse-Lautrec y passe la plupart de ses soirées et de ses nuits. L’un des deux patrons, Charles Zidler, ancien boucher devenu entrepreneur de spectacles, lui a acheté « L’Ecuyère du cirque Fernando » tableau très novateur, et lui a demandé de réaliser l’affiche de son établissement. On y voit La Goulue, tombée aujourd’hui dans la déchéance et de profil Valentin le Désossé . Le Moulin-Rouge est célèbre par son french-cancan ainsi nommé par analogie avec le dandinement des canards. Ses gigoteuses figurent dans nombre de ses toiles. Il n’y a que Toulouse-Lautrec pour saisir de son trait acéré les jambes haut levées, les postérieurs déhanchés et autres gesticulations acrobatiques. Le cirque aussi est l’une de ses passions. L’artiste compte parmi ses amis le clown Harry Ralf, dit Little-Tich (la taille de un mètre vingt et six doigts à chaque main.) en compagnie duquel il semble presque un adonis. Il l’a immortalisé, ainsi que Footit, magnifique auguste, et son partenaire Chocolat avec tout un monde de noctambules auquel ils appartiennent, tel Numa Baragnon, capable à lui seul, de dévorer un gigot entier, et Charles Maurin qui boit le rhum à la bouteille ou Warner, tombeur de femmes, insignifiant mais fier de son physique. L’opposition du public et de la critique à la peinture de Toulouse-Lautrec alors que ses affiches ont établi sa notoriété, tient au fait qu’ils la considèrent caricaturale. Mais rien n’est plus inexact : si le dessin de l’artiste est simplificateur, incisif, c’est pour mieux creuser ses personnages. Lorsque, à la suite de deux chutes, Henri de Toulouse-Lautrec se retrouva cloué, pendant son adolescence, sur sa chaise d’infirme au château familial de Bosc, prés d’Albi, sa seule activité possible devint l’observation des animaux et des gens. C’est elle, implacable, magnifique qui, depuis, lui fait réaliser tous ses tableaux. La critique est méchante et injuste, il méritait mieux, avec tous ses maux, il nous a laissé une œuvre splendide de réalité.
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