CBS-RADIO TAIPEI INTERNACIONAL

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CBS-RADIO TAIPEI INTERNACIONAL
Trimestriel en langue française
Octobre – Décembre 2012
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Editorial
Une fois n’est pas coutume, ce trimestre nous vous proposons un numéro un peu spécial
avec une revue 100% spirituelle. Tout d’abord, du côté des divinités chinoises, nous vous
invitons à découvrir le Seigneur Tigre, son rôle et ses particularités.
L’omniprésence du caractère religieux dans la société taiwanaise se traduit par divers
cultes mais aussi par des témoins réels au service des fidèles et de la population dans son
ensemble. C’est pourquoi nous vous proposons également une présentation parallèle de
Maître Sheng-Yen et du Cardinal Paul Shan Kuo-hsi, deux grands témoins de la vie
dévoués entièrement à leur mission jusqu’à la mort.
Bonne lecture !
Seigneur Tigre, une divinité de l’ombre bien mystérieuse
Créature inspirant la crainte et le respect dans les cultures chinoises et taiwanaises, le
Tigre fait partie de ces rares animaux à avoir trouvé une place au sein du grand nombre
d’esprits qui composent le panthéon des divinités des croyances populaires.
Mais à la différence de Maître Singe et Maître Cochon, autres animaux fréquemment
représentés, Seigneur Tigre semble jouer un rôle bien à part, un rôle dont les fonctions se
sont
multipliées
et
diversifiées au fil des
siècles.
Quel que soit le titre
qu’on
lui
donne
aujourd’hui,
Seigneur,
Général ou Sage, le
Tigre a commencé à
gagner le cœur des
croyants en tant que
divinité des montagnes.
Lié à la terre, il s’est
ainsi mis au service de la divinité du sol, Tudigong, devenant une redoutable monture pour
ce dernier. Â pre et courageux guerrier, Seigneur Tigre ne fait pas dans la demi-mesure
pour repousser les mauvais esprits auprès de son maître. Devant une telle démonstration
d’efficacité, c’est le préfet céleste, divinité des fosses et murailles, Chen Huang, qui s’est
alors offert les services de Seigneur Tigre.
Depuis, les pouvoirs que les croyants lui prêtent sont variés. Gardien d’un lieu ou d’une
terre. Protecteur des enfants en bas-âge, il serait efficace dans le traitement des oreillons,
une maladie nommée en chinois « peau de tête de porc ». D’autres encore affirment qu’il
attire la richesse. Ce succès de longue date a fait une victime en la personne de son petit
cousin le chat. Affilié à la divinité de la terre, Seigneur Tigre ne saurait être enterré. C’est
ainsi que, trop semblable au Tigre, le chat défunt a longtemps vu sa dépouille suspendue
le long du tronc d’un arbre. Une pratique cruelle qui a presque disparu.
Toujours présent dans un coin du temple, l’autel de Seigneur Tigre est toujours posé à
même le sol, parfois même sous l’autel de la divinité qu’il accompagne. Les offrandes sont
à base d’œufs de poule et de viandes crues.
Bien qu’il ne s’attaque jamais aux humains, n’oubliez pas de lui brûler de l’encens si
jamais vous le croisez. Seigneur Tigre pourrait bien vous rendre service un jour.
L’Esprit est un long fleuve tranquille
La vie et la mort... une grande question que traitent les religions. A Taiwan, deux grands
maîtres religieux très souffrants à la fin de leur vie en ont été un modèle extraordinaire.
D’un point de vue laïque, ce sont des patients qui ont confié leur maladie aux médecins,
mais la religion leur a permis de surpasser la question de la vie et de la mort et de vivre
cette dernière avec sérénité et dans la joie.
Crédit photos (Cardinal Shan) : WeShare Education & Charity Fund
Le Cardinal Paul Shan ainsi que le maître
bouddhiste Sheng-Yen avaient mené de
longues discussions publiques sur la vie et la
mort alors que leurs conditions physiques
s’affaiblissaient.
Le trésor de la vie ne s’arrête pas à la mort
qui est un passage, un tremplin vers l’Autre.
Cet Autre, pour le Cardinal Paul Shan
Kuo-hsi, c’est le dessein de Dieu. « La
mission qui m’a été confiée, répétait-il, c’est
de démontrer qu’à chaque tournant de notre
vie, une main d’Amour infini nous épaule et
se transforme en une force qui nous fait
prendre conscience du vrai sens de la vie et
de la mort. » Atteint d’un cancer des
poumons, il a choisi de se donner encore
davantage à sa mission de témoin au cœur
de la société taiwanaise, en entreprenant un
voyage d’adieux à travers les sept diocèses
de l’île, malgré la souffrance de la maladie.
« Ne priez pas pour que Dieu m’offre un
miracle car cela signifierait un déréglement
du rythme de la nature. Priez davantage
pour que Dieu me donne la force qui me
permette de porter pleinement cette
croix. »
Maître Sheng Yen, d’obédience bouddhiste,
a également un parcours relativement
similaire. Ce témoin de la vie, diminué
d’une tumeur du foie, n’a eu de cesse de
partager sa vision du sens de la vie
au-delà de la mort. « Connaître la mort,
affirmait-il, c’est le début d’une prochaine
vie qui nous permet de faire face avec
aisance aux vicissitudes de notre vie et à
la question de la vie et de la mort. » Leur
discussion publique sur la vie et la mort est
l’une des contributions qu’ils ont légué à la
société taiwanaise.
Maître Sheng-Yen
Cardinal Paul Shan
1930 : naissance de Chang Tsai-wei en
Chine (Jiangsu ).
1943 : devient bonze au temple Guangjiao
(en Chine).
1949 : début de dix années d’une carrière
militaire qui le conduit à Taiwan.
1959 : se rase de nouveau le crâne et
prend le nom religieux de Sheng-Yen.
1975 : Après 6 années de méditation et
d’étude bouddhiste en ermite, Sheng-Yen
poursuit ses études à Tokyo et obtient un
doctorat de littérature.
1977 : Retour à Taiwan pour diriger le
temple Nungchan de Taipei.
1985 : Fondation de l'Institut d'étude
Bouddhique Chung-Hwa, premier institut
universitaire bouddhiste reconnu par l’Etat.
1989 : Création de la Fondation Dharma
Drum Mountain qu’il dirige jusqu’en 2006.
2000 : Participation au Sommet mondial
des dirigeants religieux et spirituels des
Nations Unies et rencontre avec le Pape
Jean-Paul II.
2009 : Après de longues années de
souffrance d’une maladie rénale et le refus
de don de rein, Sheng-Yen s’éteint le 3
février.
1923 : naissance de Shan Kuo-hsi en
Chine (Hebei).
1946 : entrée chez les Jésuites, à Pékin.
1955 :
ordination
sacerdotale
aux
Philippines. Puis doctorat de théologie à
Rome avant d’arriver à Taiwan où il devient
maître des novices et directeur du Collège
jésuite Saint Ignace de Taipei.
1979 : Paul Shan est nommé évêque du
diocèse de Hualien, dans l’est de Taiwan,
puis de Kaohsiung en 1991 jusqu’en 2006.
1987-1998 : Président de la Conférence
régionale des évêques chinois.
1998 : créé Cardinal par le Pape J.-P. II.
2006 : diagnostiqué d’un cancer des
poumons, les médecins ne lui donnent que
quelques semaines à vivre.
2007-2012 : Le Cardinal Shan entreprend
alors un dernier pélerinage au coeur de la
société taiwanaise, bâton à la main, afin de
témoigner de l’amour vainqueur de Dieu,
de sa foi et de son combat pour la vie,
contre le cancer.
2009 : Rencontre avec le Dalaï-Lama
autour d’un dialogue public à Kaohsiung.
2012 : Retour vers le Père du Cardinal qui
s’éteint le 22 août.
« En réalité, la mort nous suit dès la naissance d’un être. »
Crédit photos (Maître Sheng-Yen) : Lee Jia-ming