CBS-RADIO TAIPEI INTERNACIONAL
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Trimestriel en langue française Octobre – Décembre 2012 REDACTION : Service français de RTI ADRESSE : P.O.BOX 123-199 TAIPEI 11199,TAIWAN R.O.C. Tel: +886-2-2885 6168 #386 Fax: +886-2-2886 7088 Web: http://french.rti.org.tw e-mail: [email protected] blog: http://rtifrench.wordpress.com Editorial Une fois n’est pas coutume, ce trimestre nous vous proposons un numéro un peu spécial avec une revue 100% spirituelle. Tout d’abord, du côté des divinités chinoises, nous vous invitons à découvrir le Seigneur Tigre, son rôle et ses particularités. L’omniprésence du caractère religieux dans la société taiwanaise se traduit par divers cultes mais aussi par des témoins réels au service des fidèles et de la population dans son ensemble. C’est pourquoi nous vous proposons également une présentation parallèle de Maître Sheng-Yen et du Cardinal Paul Shan Kuo-hsi, deux grands témoins de la vie dévoués entièrement à leur mission jusqu’à la mort. Bonne lecture ! Seigneur Tigre, une divinité de l’ombre bien mystérieuse Créature inspirant la crainte et le respect dans les cultures chinoises et taiwanaises, le Tigre fait partie de ces rares animaux à avoir trouvé une place au sein du grand nombre d’esprits qui composent le panthéon des divinités des croyances populaires. Mais à la différence de Maître Singe et Maître Cochon, autres animaux fréquemment représentés, Seigneur Tigre semble jouer un rôle bien à part, un rôle dont les fonctions se sont multipliées et diversifiées au fil des siècles. Quel que soit le titre qu’on lui donne aujourd’hui, Seigneur, Général ou Sage, le Tigre a commencé à gagner le cœur des croyants en tant que divinité des montagnes. Lié à la terre, il s’est ainsi mis au service de la divinité du sol, Tudigong, devenant une redoutable monture pour ce dernier. Â pre et courageux guerrier, Seigneur Tigre ne fait pas dans la demi-mesure pour repousser les mauvais esprits auprès de son maître. Devant une telle démonstration d’efficacité, c’est le préfet céleste, divinité des fosses et murailles, Chen Huang, qui s’est alors offert les services de Seigneur Tigre. Depuis, les pouvoirs que les croyants lui prêtent sont variés. Gardien d’un lieu ou d’une terre. Protecteur des enfants en bas-âge, il serait efficace dans le traitement des oreillons, une maladie nommée en chinois « peau de tête de porc ». D’autres encore affirment qu’il attire la richesse. Ce succès de longue date a fait une victime en la personne de son petit cousin le chat. Affilié à la divinité de la terre, Seigneur Tigre ne saurait être enterré. C’est ainsi que, trop semblable au Tigre, le chat défunt a longtemps vu sa dépouille suspendue le long du tronc d’un arbre. Une pratique cruelle qui a presque disparu. Toujours présent dans un coin du temple, l’autel de Seigneur Tigre est toujours posé à même le sol, parfois même sous l’autel de la divinité qu’il accompagne. Les offrandes sont à base d’œufs de poule et de viandes crues. Bien qu’il ne s’attaque jamais aux humains, n’oubliez pas de lui brûler de l’encens si jamais vous le croisez. Seigneur Tigre pourrait bien vous rendre service un jour. L’Esprit est un long fleuve tranquille La vie et la mort... une grande question que traitent les religions. A Taiwan, deux grands maîtres religieux très souffrants à la fin de leur vie en ont été un modèle extraordinaire. D’un point de vue laïque, ce sont des patients qui ont confié leur maladie aux médecins, mais la religion leur a permis de surpasser la question de la vie et de la mort et de vivre cette dernière avec sérénité et dans la joie. Crédit photos (Cardinal Shan) : WeShare Education & Charity Fund Le Cardinal Paul Shan ainsi que le maître bouddhiste Sheng-Yen avaient mené de longues discussions publiques sur la vie et la mort alors que leurs conditions physiques s’affaiblissaient. Le trésor de la vie ne s’arrête pas à la mort qui est un passage, un tremplin vers l’Autre. Cet Autre, pour le Cardinal Paul Shan Kuo-hsi, c’est le dessein de Dieu. « La mission qui m’a été confiée, répétait-il, c’est de démontrer qu’à chaque tournant de notre vie, une main d’Amour infini nous épaule et se transforme en une force qui nous fait prendre conscience du vrai sens de la vie et de la mort. » Atteint d’un cancer des poumons, il a choisi de se donner encore davantage à sa mission de témoin au cœur de la société taiwanaise, en entreprenant un voyage d’adieux à travers les sept diocèses de l’île, malgré la souffrance de la maladie. « Ne priez pas pour que Dieu m’offre un miracle car cela signifierait un déréglement du rythme de la nature. Priez davantage pour que Dieu me donne la force qui me permette de porter pleinement cette croix. » Maître Sheng Yen, d’obédience bouddhiste, a également un parcours relativement similaire. Ce témoin de la vie, diminué d’une tumeur du foie, n’a eu de cesse de partager sa vision du sens de la vie au-delà de la mort. « Connaître la mort, affirmait-il, c’est le début d’une prochaine vie qui nous permet de faire face avec aisance aux vicissitudes de notre vie et à la question de la vie et de la mort. » Leur discussion publique sur la vie et la mort est l’une des contributions qu’ils ont légué à la société taiwanaise. Maître Sheng-Yen Cardinal Paul Shan 1930 : naissance de Chang Tsai-wei en Chine (Jiangsu ). 1943 : devient bonze au temple Guangjiao (en Chine). 1949 : début de dix années d’une carrière militaire qui le conduit à Taiwan. 1959 : se rase de nouveau le crâne et prend le nom religieux de Sheng-Yen. 1975 : Après 6 années de méditation et d’étude bouddhiste en ermite, Sheng-Yen poursuit ses études à Tokyo et obtient un doctorat de littérature. 1977 : Retour à Taiwan pour diriger le temple Nungchan de Taipei. 1985 : Fondation de l'Institut d'étude Bouddhique Chung-Hwa, premier institut universitaire bouddhiste reconnu par l’Etat. 1989 : Création de la Fondation Dharma Drum Mountain qu’il dirige jusqu’en 2006. 2000 : Participation au Sommet mondial des dirigeants religieux et spirituels des Nations Unies et rencontre avec le Pape Jean-Paul II. 2009 : Après de longues années de souffrance d’une maladie rénale et le refus de don de rein, Sheng-Yen s’éteint le 3 février. 1923 : naissance de Shan Kuo-hsi en Chine (Hebei). 1946 : entrée chez les Jésuites, à Pékin. 1955 : ordination sacerdotale aux Philippines. Puis doctorat de théologie à Rome avant d’arriver à Taiwan où il devient maître des novices et directeur du Collège jésuite Saint Ignace de Taipei. 1979 : Paul Shan est nommé évêque du diocèse de Hualien, dans l’est de Taiwan, puis de Kaohsiung en 1991 jusqu’en 2006. 1987-1998 : Président de la Conférence régionale des évêques chinois. 1998 : créé Cardinal par le Pape J.-P. II. 2006 : diagnostiqué d’un cancer des poumons, les médecins ne lui donnent que quelques semaines à vivre. 2007-2012 : Le Cardinal Shan entreprend alors un dernier pélerinage au coeur de la société taiwanaise, bâton à la main, afin de témoigner de l’amour vainqueur de Dieu, de sa foi et de son combat pour la vie, contre le cancer. 2009 : Rencontre avec le Dalaï-Lama autour d’un dialogue public à Kaohsiung. 2012 : Retour vers le Père du Cardinal qui s’éteint le 22 août. « En réalité, la mort nous suit dès la naissance d’un être. » Crédit photos (Maître Sheng-Yen) : Lee Jia-ming