Ethique et corruption dans l`éducation
Transcription
Ethique et corruption dans l`éducation
Ética e corrupção na educação Ethique et corruption dans l’éducation Muriel Poisson (IIEP – UNESCO) Gonflement des effectifs, versement de frais d’inscription illégaux, rémunération d’enseignants fantômes, prévarication dans les marchés de construction ou de cantines scolaires, fraude aux examens, achat de faux diplômes, détournement des procédures d’accréditation des établissements d’enseignement supérieur… les exemples de pratiques de corruption dans le secteur de l’éducation ne manquent pas. Cet article en recense diverses formes, en utilisant pour ce faire les résultats du programme de recherche conduit par l’Institut international de planification de l’éducation (IIPEUNESCO) sur les questions d’éthique et de corruption dans le secteur de l’éducation1. Après avoir introduit la définition de la corruption dans le secteur éducatif, il s’attache à identifier les principaux facteurs internes et externes au secteur éducatif qui tendent à en favoriser le développement ; à opérer une distinction entre grande et petite corruption ; à justifier l’importance de cette question pour le secteur ; à cartographier les risques de corruption dans l’éducation ; à présenter quelques stratégies d’amélioration de la transparence et de la redevabilité ; et enfin à souligner l’importance de l’accès à l’information dans ce cadre. Il choisit délibérément de s’intéresser aux institutions et aux procédures, qui en fonction de leur bon ou de leur mauvais fonctionnement, favorisent ou au contraire empêchent le développement de pratiques corrompues. A cet égard, il s’efforce de répondre à l’une des préoccupations majeures formulées par le Comité de rédaction du Cadre d’action de Dakar en faveur de l’éducation pour tous, en avril 2000, à savoir : « La corruption, par l’hémorragie qu’elle entraîne, empêche d’utiliser efficacement les ressources de l’éducation, et doit être impérativement jugulée ». Définition de la corruption La définition de la corruption dans le secteur public la plus communément utilisée est la suivante : « l’utilisation d’une charge publique pour des intérêts privés ». Elle inclut aussi bien des problèmes de malversation des fonds publics que de favoritisme dans le recrutement du personnel. La définition mise au point par l’IIPE est dérivée de cette dernière puisqu’elle consiste à considérer comme relevant de la corruption dans le secteur de l’éducation « l’utilisation systématique d’une charge publique pour des intérêts privés, dont l’impact est significatif sur l’accès, la qualité et l’équité dans l’éducation » (Hallak et Poisson, 2009). Le terme « systématique » est important, parce qu’il permet de se centrer non pas sur des faits isolés commis par tel ou tel individu, mais sur des faits qui se répètent de manière systématique, et qui in fine finissent par avoir un impact sur le bon fonctionnement du système. Il est à noter que la corruption peut se faire contre la loi (paiement pour un acte illicite), mais parfois aussi en conformité avec la loi et les règles (paiement pour un acte licite). Par exemple, des parents peuvent être amenés à soudoyer un fonctionnaire pour que leur enfant soit admis à l’université, alors même qu’il ne possède ni les qualifications ni les diplômes nécessaires – il s’agit alors d’un paiement 1 Pour plus d’information sur ce programme, voir la plateforme ETICO : http://www.iiep.unesco.org/fr/recherche/themes-phare/ethique-et-corruption-dans-leducation/en-bref.html. 15 pour un acte illicite. Mais si des parents, dont l’enfant dispose de toutes les qualifications et diplômes requis, sont néanmoins dans l’obligation de verser un pot de vin ou d’offrir un cadeau pour assurer qu’il ait bien accès à l’université, favorisant ainsi un acte administratif qui devrait avoir lieu s’il n’y avait pas de corruption à l’intérieur du système – alors il s’agit d’un paiement pour un acte licite. Cette définition appelle deux commentaires : - Premièrement, elle s’applique exclusivement au secteur public : cela ne signifie pas bien sûr que la corruption n’existe pas dans le secteur privé : il existe à cet égard des définitions plus générales de la corruption en termes d’abus d’une fonction (aussi bien publique que privée) pour des intérêts personnels. - Deuxièmement, la question de savoir si la corruption est entendue de la même manière dans différents contextes est régulièrement posée : dans de nombreux pays par exemple, l’échange de cadeaux relève de l’échange social entre individus. En même temps, quelle que soit la culture, en fonction du montant du cadeau et de la motivation de celui qui le donne, il est clair pour tous qu’au delà d’un certain seuil, le fait d’offrir un cadeau relève de la corruption. Ainsi, même s’il existe une zone grise et diffuse, on ne peut nier l’existence d’une limite entre des comportements considérés comme honnêtes ou corrompus. Le Tableau 1 suivant présente la définition de différentes pratiques de corruption (concussion, fraude, extorsion, favoritisme), ainsi que des exemples illustratifs tirés du secteur de l’éducation. Tableau 1. Définitions et exemples de pratiques de corruption dans l’éducation Détournement de fonds Concussion Fraude Extorsion Favoritisme Argent ou autres ressources extorqués en recourant à la coercition, la violence ou des menaces d’utilisation de la force Abus de pouvoir impliquant une « privatisation » et une répartition extrêmement biaisée des ressources publiques Vol de ressources publiques par des agents de l’État Relation entachée de corruption impliquant le versement ou l’acceptation d’un paiement (en natures ou en espèces) Délit économique qui implique une forme de supercherie, d’escroquerie ou de tromperie Fonds éducatifs finançant une campagne électorale Pots-de-vin versés par un enseignant pour être recruté Enseignants Droits fantômes illicites perçus pour l’admission dans une Usines à documents et usines école Fonds scolaires détournés à des fins privées Pots-de-vin à diplômes versés par un étudiant pour être admis à l’université Recrutement d’administrateurs en fonction de leur appartenance à un Harcèlement parti politique sexuel pour une Bonnes promotion notes obtenues par favoritisme Source : Hallak & Poisson, 2009. Il est à noter que les termes plus positifs de transparence et de redevabilité sont régulièrement utilisés pour évoquer des questions de corruption. On définit par transparence la situation dans laquelle les parties prenantes concernées comprennent les règles d’allocation des ressources (humaines, 16 financières, matérielles) à l’intérieur du système ainsi que les modalités de leur utilisation ; l’information joue un rôle très important dans ce cadre. Le terme de redevabilité quant à lui se réfère au respect des statuts et des règlements ainsi que l’adhésion à des normes professionnelles – notamment des enseignants, à travers l’adoption de codes de déontologie de la profession enseignante (Poisson, 2009b). Grande et petite corruption dans l’éducation Dans le secteur de l’éducation, comme dans les autres secteurs publics, une distinction est opérée entre deux niveaux spécifiques de corruption : la grande et la petite corruption. La grande corruption implique des décideurs à un haut niveau et des montants financiers élevés ; l’exemple type au sein du secteur de l’éducation, est celui de la corruption dans les marchés publics : le détournement des règles de passation des marchés publics en matière de construction scolaire, ou de production et de diffusion de manuels, génère ainsi d’importantes pertes financières, car les sommes en jeu, provenant parfois en partie de l’aide internationale, sont généralement élevées. A un autre niveau de l’échelle, la petite corruption peut toucher tous les fonctionnaires, à tous les niveaux du système : ministères, administrations locales, directeurs d’écoles, enseignants. L’exemple type est celui des frais d’inscription illégaux collectés au niveau des écoles. Alors que dans beaucoup de pays, l’éducation est censée être un bien gratuit, selon la Constitution même, sur le terrain les enfants sont obligés de payer pour être admis à l’école. Tous les petits montants collectés de cette manière, pour permettre par exemple à un enfant de passer d’un niveau à un autre ou d’être admis dans l’enseignement secondaire, n’ont pas forcément une incidence financière forte, mais peuvent avoir beaucoup d’incidence d’un point de vue social, en empêchant certaines catégories d’individus d’accéder à une éducation de qualité. Faut-il se concentrer dans ce cadre sur la grande corruption, et laisser de côté la petite corruption, qui souvent s’explique par un contexte de pauvreté ? On peut comprendre la petite corruption et la justifier dans une certaine mesure du fait de différents éléments du contexte. Mais dans le même temps, beaucoup considèrent que cette petite corruption est celle qui a le plus d’impact sur leur vie quotidienne. Il faut donc certainement s’intéresser à ces deux niveaux à la fois. Education éthique et éthique de l’éducation Pourquoi traiter de l’éthique et de la corruption dans le secteur de l’éducation ? Beaucoup d’autres secteurs font l’objet de pratiques de corruption : elles existent dans le secteur privé ainsi que dans le reste du secteur public, et le secteur de l’éducation n’est pas forcément plus corrompu que d’autres. Le baromètre global de la corruption de Transparency International, par exemple, qui permet de comparer les niveaux de perception de la corruption dans différents secteurs publics, fait apparaitre un niveau de corruption nettement plus élevé dans d’autres secteurs, par exemple celui des douanes, de la police, de la justice, ou encore des médias. Il nous semble néanmoins important d’inclure le secteur de l’éducation dans cette réflexion, parce que, contrairement peut-être à d’autres secteurs publics, il a une vocation très spécifique qui est de transmettre un certain nombre de valeurs universelles comme l’intégrité, de transmettre une éthique, 17 et de favoriser le développement de certains comportements citoyens. Par conséquent la corruption dans le secteur de l’éducation apparait en totale contradiction avec le rôle qui lui est imparti. En d’autres termes, si l’on veut véritablement que le secteur de l’éducation soit un lieu où l’on puisse promouvoir l’éthique, il faut commencer par améliorer l’éthique à l’intérieur du secteur. Cartographie des risques de corruption dans l’éducation La cartographie des risques de corruption présentée dans le Tableau 2 ci-dessous permet de mettre en évidence les différents domaines de gestion et de planification du secteur éducatif dans lesquels on peut trouver des risques de corruption. En fait, tous les domaines peuvent être sujets à la corruption, à savoir : le financement ; le versement d’allocations spécifiques ; la construction, l’entretien et la rénovation des bâtiments scolaires ; la distribution d’équipement, de fournitures et de matériels ; le recrutement, l’affectation et la promotion des enseignants ; le comportement des enseignants ; les examens et les diplômes ; l’accès à l’université ; l’accréditation des institutions ; et les systèmes d’information. Pour chacun de ces domaines, des exemples de pratiques corrompues sont présentés dans la colonne de droite du tableau. Tableau 2. Risques de corruption dans le secteur de l’éducation par domaine de gestion Domaines de gestion/planification Financement Allocations spécifiques (bourses, subventions aux écoles publiques ou privées) Construction/entretien/rénovation des bâtiments scolaires Distribution d’équipement, fournitures et matériels (transport, logement, repas, manuels, etc.) Recrutement, affectation et promotion des enseignants Pratiques corrompues transgression des règles et procédures/critères détournement de fonds, Inflation des coûts et activités (gonflement des effectifs) non-respect des critères favoritisme/népotisme pots de vin, cadeaux discrimination (politique, sociale, ethnique) distorsion des règles d’adjudication (dessous-de table, cadeaux, favoritisme) collusion entre fournisseurs détournement de fonds/matériaux non respect des critères (carte scolaire) distorsion des règles d’adjudication collusion entre fournisseurs vols de fournitures scolaires achat d’équipement inutile fournitures fantômes non-respect des critères d’affectation non respect des droits d’auteur favoritisme/népotisme pourboires, cadeaux discrimination (politique, sociale, ethnique) falsification des qualifications/faux diplômes déductions non autorisées des salaires des enseignants 18 Comportement des enseignants enseignants fantômes absentéisme injustifié collecte de frais illicites (admission des élèves, évaluations…) favoritisme/népotisme/cadeaux discrimination (politique, sociale, ethnique) cours de soutien privé harcèlement sexuel Examens et diplômes vente d’informations Accès à l’université fraude aux examens (triche, etc.) pots de vin pour des bonnes notes, l’admission à un programme spécialisé, etc. Accréditation des institutions Systèmes d’information usines à diplômes et faux certificats recherche frauduleuse, plagiat fraude durant le processus d’accréditation (favoritisme, pots de vin, cadeaux) « usines à accréditation » manipulation des données sélection/suppression d’information paiement d’infos qui devraient être gratuites Source : Hallak & Poisson, 2009. Ce qui est grave pour le secteur, c’est que ces différentes pratiques ont beaucoup d’impact à la fois sur l’accès, la qualité, l’équité dans l’éducation, ou encore sur différentes priorités politiques. Facteurs internes et externes favorables à la corruption Il existe des facteurs à la fois internes et externes au système de l’éducation qui favorisent le développement des mauvaises pratiques – manque de transparence de certaines normes, opacité des procédures, absence de système indépendant d’assurance qualité, bas salaires, absence de normes professionnelles, faible capacité de gestion, systèmes de comptabilité et de surveillance inefficaces, absence de supervision et de contrôle, mauvaise information du public. Ils sont résumés dans le Graphique 1 ci-dessous. Graphique 1. Facteurs internes et externes de corruption dans l’éducation 19 Facteurs internes Décentralisation Gestion des établissements Privatisation Utilisation des TIC Mondialisat Normes non transparentes Opacité des procédures Monopole et pouvoir discrétionnaire Absence d’un système indépendant d’assurance qualité Bas salaires et absence de mesures incitatives Absence de normes professionnelles Faible capacité de gestion Faible capacité d’absorption Systèmes de comptabilité/surveillanc e inefficaces Absence de supervision/contrôle Mauvaise information du public Facteurs externes Corruption dans l’éducat ion Absence de volonté politique Structures politiques/ économiques/ sociales en place Déclin des valeurs éthiques (la corruption comme norme) Bas salaires dans le secteur public Pas de codes d’éthique Fongibilité des budgets Absence d’audit externe Système judiciaire défaillant Forte compétition pour les emplois L’éducation comme « porte d’entrée » vers l’emploi (importance des qualifications) Pas de droit à l’information Approches sectorielles Soutien budgétaire Décaissements rapides Source : Hallak & Poisson, 2009. De plus, certaines tendances générales génèrent de nouveaux risques : par exemple, dans beaucoup de pays la question de la décentralisation est aujourd’hui au centre de toutes les préoccupations ; or, dans des contextes où les procédures ne sont pas toujours très claires, où les compétences en matière de gestion des structures locales sont faibles, où les systèmes de contrôle au niveau local sont totalement inexistants, le processus de décentralisation contribue parfois à décentraliser la corruption à tous les niveaux du système en impliquant un plus grand nombre d’acteurs qu’autrefois. D’autres tendances, comme le développement des nouvelles technologies à grande échelle, peut également être mentionnée avec l’explosion du phénomène des « usines à diplômes ». Certaines évolutions dans le domaine de la coopération internationale, sous la forme d’appui direct au budget, ou d’initiatives accélérées en faveur de l’éducation pour tous, posent également des défis importants, en contribuant notamment à rendre la traçabilité des fonds souvent plus complexe, et en se confrontant aux faibles capacités d’absorption des pays concernés. Stratégies de lutte contre la corruption : le triangle vertueux L’IIPE a commissionné diverses études de cas pour documenter et diffuser l’expérience de pays qui se sont efforcés d’améliorer la transparence, et de réduire la corruption dans certains domaines éducatifs spécifiques – par exemple, les processus d’allocation des ressources aux établissements scolaires, de gestion des enseignants, ou encore d’admission aux universités. L’analyse de ces expériences montre qu’il n’existe pas de stratégie unique permettant de réduire la corruption au sein du secteur de l’éducation : seul un ensemble de stratégies peut permettre de 20 progresser sur cette question. Ceci est résumé dans ce que nous avons appelé un « triangle vertueux » (Hallak et Poisson, 2009), qui repose sur trois axes principaux : (i) création et entretien de normes, systèmes de régulation, critères et procédures transparents et affichés ; (ii) amélioration des capacités de gestion à tous les niveaux du système, notamment en matière de gestion, d’information, de contrôle et d’audit ; et (iii) promotion d’un plus grand contrôle social, notamment grâce à un meilleur accès à l’information des citoyens. Trois exemples courts permettent d’illustrer chacun de ces points : - Normes et procédures transparentes : pour faire face à de nombreux problèmes liés au recrutement, à l’affection et à la promotion du personnel enseignant (favoritisme, versement de post de vin, etc.), la responsable du secteur de l’éducation de Bogota en Colombie a réformé totalement le système de gestion des enseignants de la ville. A l’aide d’un audit des postes existants, d’une formulation de normes de gestion claires et de leur affichage, et de la mise en place de nouveaux systèmes de contrôle de l’absentéisme, 240 000 nouveaux élèves ont pu être inscrits sans nouveaux recrutements d’enseignants pour la moitié d’entre eux – non pas grâce à des économies d’enseignants, mais parce qu’une meilleure transparence du système a permis sa plus grande efficacité (Peňa & Rodriguez, 2005). - Renforcement des processus de gestion : pour faire face à une fraude académique généralisée au niveau de l’enseignement supérieur, l’Azerbaïdjan, le Kirghizstan, et l’Ukraine ont mis en place des systèmes plus transparents d’admission dans les universités : dans le cas de l’Azerbaïdjan, une Commission d’admission des étudiants, et un système de gestion entièrement informatisé (mise au point des tests, organisation des examens, notation des copies, sélection pour l’université, communication des résultats) a été mis en place. Dans le cas du Kirghizstan, depuis 2002, l’admission dans les universités est basée sur le résultat au test national, géré par une entité indépendante suivant des règles strictes de sécurité. Enfin, en Ukraine, une évaluation externe des résultats obtenus par les élèves est effectuée par un Centre technologique d’évaluation et par ses unités régionales, permettant l’homogénéisation des conditions d’admission et des procédures d’examens. - Appropriation et contrôle social : mieux sensibiliser les populations sur l’importance de la transparence passe par le développement de programmes d’éducation contre la corruption, notamment à l’intérieur du système universitaire, et ce dans différentes disciplines. Des économistes intègrent maintenant la question soit de l’éthique, soit de la lutte contre la corruption, en réfléchissant par exemple à l’impact de la corruption sur le fonctionnement des marchés et sur le développement économique. C’est vrai aussi dans la gestion (corruption dans les bâtiments ou travaux publics, les industries extractives, ou les procédures de passation des marchés publics), la psychologie (autour des dynamiques et psychologie de groupes), l’entreprise (gestion du risque, audit extérieur) ou encore les sciences juridiques et politiques (dispositions anti-corruption dans le droit pénal, le droit civil et le droit administratif). Le rôle clé de l’information Dans des contextes où les modes de régulation habituels (législatifs, administratifs, judiciaires, etc.) sont peu performants voire déficients, l’information constitue un outil indispensable pour : révéler les 21 problèmes de corruption existants, favoriser la transparence du processus de décision, et renforcer le contrôle social exercé par les communautés sur les dépenses publiques. Deux exemples pour illustrer ce point : - En Ouganda, suite à une enquête de traçabilité ayant mis en évidence un taux de déperdition de 83% des ressources, les autorités gouvernementales ont pris la décision de publier les chiffres des montants alloués par le Ministère de l’éducation aux écoles. Ces montants ont été affichés dans la presse, ainsi qu’au niveau des districts et des établissements scolaires pour que chacun sache ce que chaque école était censée recevoir – permettant ainsi aux acteurs locaux d’exiger de recevoir ce qui était dû. Cela a permis, selon une enquête réalisée cinq ans plus tard, d’augmenter de façon spectaculaire (jusqu’à 80%) la part des ressources allouées aux écoles grâce à un meilleur contrôle social (Reinikka & Smith, 2004). - Au Bangladesh, des enquêtes à l’aide de « cartes participatives » ont été menées au niveau des communautés, pour savoir, par exemple, combien d’argent elles devaient payer sous la forme de frais illégaux. Ces enquêtes participatives ont permis de mettre des chiffres sur une réalité que tout le monde connaissait, en mesurant dans huit districts combien les parents payaient pour les frais d’admission, pour les loisirs des inspecteurs, ou encore pour les frais d’examens trimestriels et annuels. On s’est aperçu que cela représentait une somme conséquente, et les communautés ont engagé sur cette base la discussion avec les autorités locales pour mettre en place une manière plus transparente de gérer ces fonds collectés auprès des parents (Karim, 2004). L’ensemble des travaux menés par l’IIPE sur ces questions sont disponibles sur son site web 2. Deux nouveaux projets sont en cours d’exécution : l’un porte sur le développement de codes de conduite pour les enseignants et l’autre sur la transparence des mesures incitatives, notamment en faveur des populations les plus pauvres. Bibliographie sélective Hallak, J. & Poisson, M. (2009). Ecoles corrompues, universités corrompues : que faire ? Série : Ethique et corruption dans l’éducation. Paris : Editions UNESCO. Karim, S. (2004). « Report card surveys in Bangladesh ». In : S. Karim, C.A. Santizo Rodall, E. Cabrero Mendoza, Transparency in education. Report card in Bangladesh. Quality School Programme in Mexico. Série : Ethique et corruption dans l’éducation. Paris: IIEP-UNESCO. Peňa, M., & Rodriguez, J.S. (2005). « Maestros en Colombia: transparencia en la gestión de los recursos humanos en Bogotà (1998-2003) » (pp.15-70). In : M. Peňa, J. Rodriguez, C.L. Latorre & P. Aranda, Transparencia en la educación. Maestros en Colombia. Alimentación escolar en Chile. Série : Ethique et corruption dans l’éducation. Paris: IIEP-UNESCO. Hrynevych, L. (2009). « Ethical issues and examination systems in Ukraine » (pp. 54-70). In : A. Plikšnys, S. Kopnicka, L. Hrynevych, & C. Palicarsky, Transparency in education in Eastern Europe. Série : Ethique et corruption dans l’éducation. Paris : IIEP-UNESCO. 2 Les documents publiés dans le cadre du projet sont téléchargeables en ligne à : http://www.iiep.unesco.org/fr/services-dinformation/publications/ethics-and-corruption.html. 22 Poisson, M. (2009a). Corruption and education. Education policy booklet series, No. 11. International Academy of Education, IAE. Paris : IIEP-UNESCO. Poisson, M. (2009b). Guidelines for the design and effective use of teacher codes of conduct. Série : Ethique et corruption dans l’éducation. Paris : IIEP-UNESCO. Reinikka, R., & Smith, N. (2004). Public expenditure tracking surveys in education. Série : Ethique et corruption dans l’éducation. Paris: IIEP-UNESCO. 23