Etat du peuplement de papillons de jour

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Etat du peuplement de papillons de jour
Biodiversité
Fiche métadonnées et méthodes
N°2
22
Etat du peuplement de papillons de jour
Contexte dans lequel s’inscrit l’indicateur
Thème
Etat
Sous-thème
Etat et évolution de la diversité spécifique
Axe
Biodiversité
Nature de l’indicateur
Etat
Indices
-
Richesse spécifique régionale des papillons de jour
Espèces présumées disparues
Communautés d’espèces par grands types d’habitats
Espèces d’affinités méridionales
Objectif
Evaluer l’état du peuplement de papillons de jour de Haute-Normandie et son évolution
future
Origine
OBHN
Relation avec d’autres
indicateurs
-
Fragmentation des espaces naturels et semi-naturels
Evolution de l’occupation du sol
Echelle de restitution
Région Haute-Normandie
Producteur indicateur
Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Normandie (entomologiste : Adrien
SIMON ; cartographie : Charles BOUTEILLER) en coopération avec le réseau
d’observateurs : Bernard DARDENNE, Emmanuel MACE, Matthieu LORTHIOIS, Marc
MAZURIER, Nicolas MOULIN & Adrien SIMON et l’appui scientifique de Peter STALLEGGER
Données utilisées
Donnée n°1 : atlas régional des papillons de Normandie
Niveau d’accessibilité des
données
Source (s)
Description
Format
Etendue temporelle
Généalogie (méthode
d’acquisition)
Emprise
Résolution spatiale (cas
SIG)
Fréquence d’actualisation
Privé
Associative. Collectifs d’entomologistes
L’atlas des papillons de Normandie présente la répartition de tous les rhopalocères
(papillons de jour) observés sur le territoire normand (Haute et Basse-Normandie) au cours
des 150 dernières années
papier
1900 à 2012
L’atlas est issu des observations de nombreux entomologistes bénévoles, des résultats
d’études menées par des structures professionnelles (bureaux d’études, associations, PNR)
ou de recherches bibliographiques.
Région
Atlas selon un maillage UTM de 10km sur 10km
Non prévue
Donnée n°2 : OBHN - résultats du protocole STERF
Niveau d’accessibilité des
données
Source (s)
public
OBHN
La cellule permanente de l’OBHN
est cofinancée par l’UE.
L’Europe s’engage en Haute-Normandie
Fiche métadonnées et méthodes
Description
Format
Etendue temporelle
Généalogie (méthode
d’acquisition)
Emprise
Résolution spatiale (cas
SIG)
Fréquence d’actualisation
Le STERF, pour Suivi Temporel des Rhopalocères de France, est un programme national qui
vise à étudier sur le long terme l’évolution des populations de papillons. Ce protocole
permet d’acquérir des « données brutes » sur les papillons d’un territoire défini. Les sites
de suivis sont tirés de manière aléatoire de façon à être représentatifs des paysages du
territoire. Chaque site héberge entre 5 et 10 transects, prospectés à quatre périodes
différentes de l’année. Tous les papillons observés sont dénombrés à l’occasion des
prospections. Ces sites restent toujours les mêmes dans le temps et doivent être suivis
annuellement pour obtenir des tendances d’évolutions à moyen terme.
Données brutes stockées sous base de données, compatibles SINP
2012
Protocole STERF appliqué à 40 sites échantillons
Région Haute-Normandie
annuelle
La cellule permanente de l’OBHN
est cofinancée par l’UE.
L’Europe s’engage en Haute-Normandie
Fiche métadonnées et méthodes
Méthodologie de création de l’indicateur
Méthodes de calcul
-
Richesse spécifique régionale
L’atlas des papillons de Normandie, présente la répartition de
chaque espèce connue en Haute-Normandie selon un quadrillage
de 10km sur 10km. Pour chaque espèce, sa présence dans une
maille est mentionnée selon 3 fourchettes de temps : avant 1960,
entre 1960 et 1990, après 1990.
En complément de cet atlas, il existe des articles historiques datés
des années 1900, permettant de dresser des listes très complètes
des papillons observés à proximité de Rouen à la fin du XIXème
siècle.
A partir de ces informations, il est possible de dresser un bilan du nombre d’espèces
observées par maille. On peut ainsi visualiser les secteurs où un taxon connu avant 1960,
n’a plus été revu par la suite. Cela permet d’évaluer le déclin de certaines espèces sur notre
territoire.
Tableau 1 : Nombre d’espèces de rhopalocères connues en Haute-Normandie à différentes périodes
D’après l’atlas des rhopalocères de Normandie + informations d’entomologistes locaux.
Nombre d’espèces de papillons de jours observées en Haute-Normandie
vers 1900
en 1960
en 1990
Après 2000
92
85
78
76
Pour élaborer la carte de la richesse spécifique régionale, nous n’avons retenu que les
observations postérieures à 1960.
A partir du nombre d’espèces par maille, nous utilisons la technique du kriegeage. C’est-àdire que nous utilisons ces données ponctuelles qui sont ensuite extrapolées pour réaliser
un dégradé continu.
-
Espèces présumées disparues
Les publications et catalogues réalisés par les entomologistes de toutes époques nous
permettent d’estimer le nombre d’espèces observées dans la région au fil des décennies.
Sur la base de ces documents, complétés par les connaissances d’entomologistes locaux et
contemporains, il est possible de proposer un graphique présentant l’évolution du nombre
d’espèces connues dans la région depuis le début du XXème siècle.
Tableau 2 : Nombre d’espèces de rhopalocères présumées disparues en Haute-Normandie depuis 1900
D’après l’atlas des rhopalocères de Normandie [2008] + informations d’entomologistes locaux.
Nombre d’espèces observées en Haute-Normandie
vers 1900
en 1960
en 1990
Après 2000
Nombre d’espèces connues
92
85
78
76
Nombre d’espèces présumées disparues
Nombre cumulé d’espèces présumées
disparues
Nombre de nouvelles espèces
découvertes
-
7
7
4
-
7
14
18
-
0
0
2
Le déclin constaté ne concerne pas nécessairement toutes les espèces.
Ainsi, en 2000, le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et l’OPIE (Office pour les
Insectes et leur Environnement) ont classé toutes les espèces françaises de papillons en
quatre catégories, sur la base de la tendance d’évolution de leurs populations et des
menaces qui pèsent sur leurs habitats.
Une distinction est effectuée selon les principaux domaines biogéographiques qui existent
en France. La Haute-Normandie appartient au domaine Atlantique.
Fiche métadonnées et méthodes
Les espèces entrant dans ce classement sont considérées comme « sensibles », car l’état
de santé de leurs populations peut être jugé préoccupant.
Le tableau suivant permet d’établir ce classement.
Tableau 3 : Indices de priorité de conservation des rhopalocères de France.
D’après MNHN & OPIE, 2000.
Menaces sur l’habitat
Très fort déclin
Fort déclin
Faible déclin
stable
Tendance
de la
population
Extrêmes
Priorité 1
Priorité 1
Priorité 1
Priorité 2
Fortes
Priorité 1
Priorité 1
Priorité 2
Priorité 2
Moyennes
Priorité 1
Priorité 2
Priorité 2
Priorité 3
faibles
Priorité 2
Priorité 2
Priorité 3
Priorité 3
Toutes les espèces pour lesquelles il n’y a de menaces particulières identifiées ou pour lesquelles la
dynamique de population apparait favorable sont regroupées en priorité 4
Sur la base de ce travail national, nous considérons ici comme « sensibles » en
Haute-Normandie, toutes les espèces qui entrent dans les catégories « priorité
1, 2 ou 3 ».
Sur les 94 espèces de papillons de jour observées au moins une fois en Haute-Normandie
depuis le début du XXème siècle, 50 espèces (soit 53% du pool régional) correspondent
aux espèces « sensibles ».
Si l’on ne retient que les 78 espèces observées après 1990, alors le nombre d’espèces
« sensibles » chute à 37.
Cela signifie que 13 espèces « sensibles », soit 26%, ont disparu de la région au cours du
XXème siècle.
Le tableau ci-dessous présente le nombre d’espèces « sensibles » par catégorie de priorité
et par période d’observation.
Tableau 4 : Evolution du nombre d’espèces sensibles en Haute-Normandie.
Nombre d’espèces « sensibles »
Priorité 1
Priorité 2
Priorité 3
7
4
2
Après
2000
1
21
19
15
12
9
22
21
20
20
2
9%
TOTAL
50
44
37
33
17
34%
vers 1900
en 1960
en 1990
Présumées disparues en
Haute-Normandie
6
75,5%
42,8%
Ce tableau montre que les espèces considérées comme les plus menacées (priorité 1) sont
celles qui ont également disparu de manière importante de la région ces dernières
décennies.
Cette situation illustre l’urgence d’agir en faveur de la conservation des
papillons.
-
Espèces d’affinités méridionales
Toutes les espèces ne présentent pas la même écologie ni les mêmes exigences vis-à-vis
des conditions environnementales. Ainsi, certains papillons sont connus pour préférer les
milieux frais ou ombragés, alors que d’autres, à l’inverse, ne vont coloniser que les milieux
les plus chauds et secs.
Sur la base des connaissances et des avis du réseau d’observateurs ayant participé au suivi
STERF mis en place en 2012 par l’OBHN, une liste de 35 espèces considérées comme
présentant en Haute-Normandie une « affinité méridionale » a été élaborée.
C’est-à-dire que dans la région, ces espèces ne sont capables de coloniser que des habitats
secs et où la température est suffisamment élevée pour leur permettre de survivre.
La répartition des espèces d’affinités méridionales dans la région est donc
Fiche métadonnées et méthodes
la température. Une modification de l’aire de répartition de ces espèces peut servir à
illustrer l’influence des modifications climatiques sur l’entomofaune.
L’indice est représenté sous forme cartographique en appliquant la méthode du kriegeage.
La technique consiste à réaliser un dégradé sur l’ensemble de la région, à partir de
données ponctuelles. Les données de base utilisées pour illustrer la répartition des espèces
d’affinités méridionales sont celles récoltées en 2012 à l’issue de la mise en œuvre du
protocole STERF. Il ne s’agit donc que d’un état initial.
Remarque : Tous les indices décrits précédemment se basent sur la seule évolution de la
richesse spécifique et non pas de l’abondance, faute de disposer à ce jour de chiffres
fiables et comparables dans le temps. Une analyse de l’évolution des effectifs de papillons
apporterait sans doute des résultats plus précis.
-
Communauté d’espèces par grands types d’habitats
Cet indice permet d’étudier les résultats sous un aspect écologique. Il repose sur la
répartition des 94 espèces de rhopalocères observées au moins une fois en HauteNormandie en différentes « communautés écologique » se développant dans des conditions
environnementales particulières.
On distinguera deux principales catégories : les espèces sténoèces (dites spécialistes)
et les espèces euryèces (dites généralistes).
Par soucis de vulgarisation, on pourra parler d’espèces « spécialistes » et d’espèces
« généralistes ».
Les espèces spécialistes ne supportent pas les modifications qui touchent à leurs
habitats et leurs cortèges évoluent généralement rapidement lorsque les conditions
nécessaires à leur développement se modifient. En général, ces espèces sont exigeantes
vis-à-vis de la qualité écologique des milieux et disparaissent rapidement en cas d’atteinte
portée à l’intégrité écologique de leurs habitats.
Par opposition aux espèces spécialistes, on retrouve les espèces généralistes, plus
tolérantes vis-à-vis des conditions environnementales nécessaires à leur développement,
capables de se développer potentiellement dans tous les habitats, plus ou moins naturels.
Ces espèces supportent mieux les modifications de leurs habitats et peuvent se maintenir
même dans des habitats dégradés.
Sur la base des préférences écologiques des espèces vivant dans la région, il est possible
de proposer les communautés d’espèces suivantes :
Communauté écologique
Espèces banales des friches et jardins
Espèces des boisements
Espèces des zones humides
Habitats associés
Potentiellement dans tous les
habitats, y compris dégradés
(terrains vagues, friches
rudérales, bord de routes…)
Bois, forêts, lisières, clairières,
landes boisées
Tourbières, prairies humides,
roselières, mégaphorbiaies…
Espèces des « campagnes »
Prairies mésophiles, bocage,
zones herbeuses
Espèces des milieux chauds et secs
Coteaux calcaires, terrasses
alluviales, carrières
Espèces généralistes
Espèces spécialistes
L’analyse de l’évolution spatiale et temporelle de ces communautés d’espèces
permet de définir des indicateurs liés au déclin, ou à l’inverse, l’extension de
certains habitats ou de leur qualité.
Date de création
Février 2013
Fiche métadonnées et méthodes
Date de diffusion
Référent (s)
technique/scientifique
(validateur)
Fréquence d’actualisation
de l’indicateur
Contact OBHN
2013
CSRPN, Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Normandie (Adrien SIMON), et le
réseau d’observateurs (Bernard DARDENNE, Emmanuel MACE, Matthieu LORTHIOIS, Marc
MAZURIER, Nicolas MOULIN & Peter STALLEGGER).
Annuelle
[email protected]
Bibliographie
DARDENNE B. & SAUVAGERE M. (1999) – Indices de rareté des Lépidoptères de Haute-Normandie,
Association Entomologique d’Évreux, 19 p.
DARDENNE B., DEMARES M., GUERARD P., HAZET G., LEPERTEL N., QUINETTE J-P., RADIGUE F., 2008. Papillons de Normandie et des Iles Anglo-Normandes. Atlas des Rhopalocères et des Zygènes. AREHN
éd. Rouen. 200 p.
DUPONT P., 2000. – Programme de restauration pour la conservation des Lépidoptères diurnes, Première
phase 2001-2004. OPIE - MNHN, 188 p.
LAINE M., 1976. – Macrolépidoptères de Normandie, Tome 1 : Rhopalocères – Etudes écologique et
géonémique ; Annales du Muséum du Havre, fascicule 4, Edit. Muséum du Havre, 32 p.
MANIL L. & HENRY P-Y., 2007 Suivi temporel des rhopalocères de France. Protocole STERF. Museum
d’histoire Naturelle. 10 p.
Biodiversité
Résultats et interprétations
N°2
Etat du peuplement de papillons de jour
En tant qu’auxiliaire de la nature, le rôle des papillons est essentiel. A l’instar d’autres
insectes comme les abeilles ou les bourdons, ils assurent un rôle de pollinisation
déterminant. En transportant le pollen d’une fleur à l’autre, ils contribuent directement
à la survie des plantes. Leur pouvoir pollinisateur sur les espèces et les variétés végétales
confère donc aux papillons un rôle prépondérant dans le maintien de la
biodiversité végétale, non seulement dans les milieux naturels, mais aussi
dans certains agro-systèmes.
D’autre part, ces insectes sont à la base de nombreuses chaînes alimentaires. Les
chenilles et les papillons adultes sont une source alimentaire pour beaucoup d’espèces
d’oiseaux, de chauve-souris et d'autres insectes prédateurs ou parasites. Préserver les papillons, c’est
contribuer au maintien d’un ensemble bien plus vaste d’espèces et donc à la préservation d’un
écosystème « vivant ». Les laisser disparaitre, c’est prendre le risque de déséquilibrer toute la chaîne
alimentaire et mettre en péril l’ensemble de l’écosystème.
De plus, les papillons de jour sont de bons bioindicateurs de la qualité et de la diversité des habitats naturels ouverts
au regard de leurs caractéristiques biologiques. La courte durée de vie de la plupart des espèces (de l’ordre d’une
dizaine de jours), leur faible capacité de déplacement, de l’ordre d’un ou deux kilomètres en moyenne et le régime
alimentaire spécifique des chenilles inféodées à quelques plantes hôtes, sont un ensemble de facteurs qui
caractérisent la forte sensibilité des papillons aux modifications des habitats naturels.
Dans ces conditions, on comprendra que des perturbations intervenant sur les milieux naturels peuvent rapidement
conduire à une réduction, voire une disparition de ces populations témoignant d’une dégradation générale du
patrimoine naturel, et par extension, d’une diminution de la qualité du cadre de vie haut-normand.
La cellule permanente de l’OBHN
est cofinancée par l’UE.
L’Europe s’engage en Haute-Normandie
Résultats et interprétations
Richesse spécifique régionale
La carte ci-contre présente le nombre d’espèces de
papillons, appelé richesse spécifique, sur le territoire
haut-normand au cours de la période 1900 - 2010.
La zone centrale de la région, aux abords de Rouen
présente une richesse spécifique supérieure au reste du
territoire.
Cette situation est en grande partie liée à la
surprospection des milieux naturels à proximité de la
capitale haut-normande, lieu historique d’implantation
des associations d’entomologistes et lieu de résidence de
nombreux observateurs.
De manière plus générale, les territoires de la vallée de
Seine et du Pays de Bray hébergent plus d’espèces (entre
30 et 40) que le reste de la région et particulièrement les
plateaux cultivés des Pays de Caux, Roumois et Vexin (une
dizaine d’espèces). Le Sud de l’Eure et sa vallée présente
également une richesse importante (25 à 30 espèces).
Plusieurs raisons expliquent cette répartition contrastée :
- la présence, dans les secteurs les plus riches, d’habitats
très particuliers comme les coteaux calcaires ou les
terrasses alluviales, qui accueillent une faune unique et
spécifique de ces milieux naturels.
- les influences méridionales, liées au contexte
topoclimatique de la vallée de la Seine, qui favorisent le
développement d’espèces qui apprécient la chaleur et qu’on
ne retrouve nulle part ailleurs en Haute-Normandie.
5
10
20
30
40
50
Nombre d’espèces
- un paysage (bocage, prairies, cuestas calcaires…) mieux conservé dans le Pays de Bray et les vallées que sur les plateaux.
- l’homogénéisation du paysage, et l’absence de milieux refuges pour les papillons dans les secteurs agricoles.
63
Résultats et interprétations
Les espèces présumées disparues
100
90
80
Nombre d’espèces
observées
70
60
Nombre cumulé
d’espèces présumées
disparues
50
40
30
Nombre cumulé
d’espèces découvertes
20
10
0
vers 1900 vers 1960 vers 1990 Après 2000
92 espèces de papillons étaient répertoriées en HauteNormandie au début du XXème siècle. Ce chiffre n’était plus
que de 85 en 1960 et 78 en 1990. Cette chute
correspond à la disparition de 14 espèces de
papillons,
auxquelles
s’ajoutent
4
espèces
supplémentaires non retrouvées depuis l’an 2000. Soit une
perte de 18% de la diversité régionale depuis une
centaine d’année.
Ainsi, le déclin du nombre d’espèces de papillons
observées en Haute-Normandie est permanent
depuis le début du XXème siècle.
Pendant que 18 espèces disparaissaient de la
région, seules deux nouvelles étaient découvertes
au cours de la même période.
L’un de ces deux papillons, le nacré de la ronce (Brenthis daphne), est connu pour son affinité méridionale. Il a étendu son aire
de répartition de plusieurs dizaines de km vers le nord depuis une trentaine d’années. Quant à l’autre espèce, le brun des
pélargoniums (Cycareus marshalli), elle est d’origine exotique (Afrique du Sud) et a été introduit accidentellement en Espagne,
avant de coloniser le sud de la France et migrer ponctuellement vers des régions plus nordiques.
Toutes les espèces ne sont pas concernées de la même
manière par ce déclin.
Les espèces jugées « sensibles », c’est-à-dire dont l’état de
santé des populations a été jugé très préoccupant par le MNHN
et l’OPIE à l’échelle nationale ou pour le domaine atlantique,
disparaissent du territoire normand à un rythme effectivement
plus soutenu que les autres espèces.
Ainsi, sur les sept espèces classées en priorité 1 (très
fortement menacées) que comptait la région, dans les années
1900, six, soit 85% ont effectivement disparu au cours
du XXème siècle. De même, 9 espèces sur les 21 classées en
Priorité 2 (fortement menacées), soit 42%, ont disparu de la
région.
A l’inverse, sur la même période, les espèces classées en
priorité 4 (non menacées) ont vu leur nombre légèrement augmenter. Ce dernier groupe rassemble des espèces plus tolérantes,
se développant sur diverses plantes-hôtes relativement fréquentes (orties, ronces…) et parviennent à se maintenir dans des
milieux qui ont perdu leur caractère naturel comme les parcs, les jardins ou certaines friches.
La disparition des espèces les plus menacées se traduit par un
appauvrissement du peuplement régional, mais aussi par sa
banalisation. La part de ces espèces sensibles, au sein du
peuplement régional, ne cesse de diminuer au profit des
espèces classées en « priorité 4 » dont les populations
apparaissent stables ou dans une dynamique favorable.
Cela signifie que, si nous sommes capables de percevoir
les menaces qui pèsent sur certains papillons et leurs
habitats, nous ne sommes pas parvenu pour l’instant à
stopper leur déclin.
Si les causes responsables du déclin constaté ne cessent pas,
il y a tout lieu de penser que la tendance observée va se
poursuivre et que d’autres espèces « sensibles » seront
amenées à disparaitre de la région dans un futur proche. A ce
rythme, ces évolutions négatives observées pourraient un jour
toucher également les espèces banales ou ordinaires.
Résultats et interprétations
Sur le plan écologique, toutes les communautés d’espèces ne montrent pas la même tendance au déclin. D’une manière générale,
les communautés regroupant des espèces dites « spécialistes » présentent des tendances plutôt négatives, tandis
qu’à l’inverse, les espèces ubiquistes et tolérantes, dites « ordinaires ou généralistes » sont plutôt en progression.
La communauté d’espèces qui a perdu le plus de représentants est celle liées aux zones humides. Près 45% des espèces qui
se développent dans ces habitats ont disparu de Haute-Normandie depuis le début du XXème siècle. Cette tendance
est à rapprocher de la raréfaction de cet habitat dans la région au cours de cette même période et aux dégradations ou atteintes
que subissent les zones humides subsistantes.
Plusieurs espèces liées aux milieux chauds et secs ont
également disparu au cours du dernier siècle (20%). Il
s’agit généralement d’espèces en limite nord-ouest d’aire de
répartition et se développant sur les coteaux calcaires les plus
méridionaux. La fragmentation ou l’isolement de ces habitats
suite à leur abandon ou leur destruction sont des causes
majeures de disparition pour cette communauté d’espèces.
De la même manière les espèces de boisements ont vu leur
nombre diminuer d’un peu plus de 20% depuis 1900.
L’intensification de la production sylvicole, la progression de
l’enrésinement, le broyage mécanique des lisières et la fauche
des chemins forestiers sont autant de causes pouvant expliquer
ce déclin.
Seule la communauté rassemblant les espèces les plus
tolérantes, capables de s’accommoder de milieux assez
dégradés ne semble pas montrer de déclin depuis 1990. Récemment, la richesse spécifique a même progressé suite à
l’introduction accidentelle du Brun des pélargoniums (Cacyreus marshalli) dans le sud de l’Europe et dont certains individus
migrent désormais ponctuellement jusque sous nos contrées.
Toutes les communautés d’espèces liées à des habitats particuliers tendent à décliner. La disparition des milieux à
caractère naturel, couplés à la fragmentation et l’isolement de ceux qui restent, conduit à la fragilisation des
populations de papillons et à la disparition en un siècle de 18% des espèces connues.
La disparition des espèces typiques d’habitats naturels
particuliers tels que les zones humides, les coteaux
calcaires ou les boisements, se traduit par une
banalisation du peuplement régional où seules les
espèces les plus tolérantes et communes subsistent.
Ainsi, les espèces banales des friches et jardins et les espèces
de campagnes, qui représentaient respectivement 13 et 12%
des espèces connues de la région vers 1900, représentent
aujourd’hui à elles deux près d’un tiers
(17+13%) du
peuplement régional.
A l’inverse, la part des espèces liées aux zones humides est
passée de 10% vers 1900 à 7% aujourd’hui.
Pour les communautés des milieux chauds et secs, ainsi que
celle des boisements, l’évolution est moins perceptible : de
48% à 47% pour la première et de 17% à 16% pour la seconde. Une analyse sur l’abondance en papillons et non pas sur la
richesse spécifique serait sans doute plus parlante pour ces communautés, mais nous ne disposons pas actuellement des
informations nécessaires à cette analyse. Le suivi STERF mis en place dans la région permettra d’ici quelques années de disposer
des données utiles à cette analyse.
La préservation d’un peuplement régional de papillons diversifié doit donc passer par la mise en place de
programmes d’actions dont l’objectif doit permettre la préservation et la restauration d’habitats à caractère
naturel.
Résultats et interprétations
Communautés d’espèces par grands types d’habitats
L’analyse des résultats de la première année du suivi STERF, illustre la diversité des peuplements de papillons selon les
grands types d’occupation du sol.
Pour les cinq grands types d’occupation du sol de la région, ce graphique montre la part que représente chaque communauté
d’espèces sur la base des effectifs comptabilisés.
A l’exception des milieux de pelouses, landes
ou coteaux, les espèces « ordinaires », sont
les plus abondantes, quelle que soit l’occupation
du sol. Représentant environ 45% des papillons
comptabilisés, cette communauté constitue « le
socle » des peuplements présents dans ces
habitats. C’est d’ailleurs assez logiquement dans
les zones urbanisées que cette proportion est la
plus élevée (48,1%).
100%
8,2%
80%
3,5%
17,8%
25,1%
20,0%
42,8%
24,1%
70%
60%
5,1%
16,2%
90%
32,3%
23,6%
0,02%
Espèces des milieux chauds et secs
26,3%
13,5%
Espèces des campagnes
50%
23,3%
Espèces des zones humides
40%
Espèces des boisements
En revanche, les milieux de pelouses, landes
Espèces banales des friches et jardins
ou coteaux présentent un peuplement
30%
9,0%
largement dominé par les espèces de milieux
48,1%
46,4%
46,2%
43,4%
20%
chauds et secs (42,8%), alors que les espèces
banales ne représentent qu’un quart des effectifs
24,9%
10%
observés. Cette différence marquée est liée aux
conditions topoclimatiques localement chaudes
0%
Milieux urbains
Milieux
Milieux
Milieux
Milieux ouverts
et sèches qui favorisent le développement
forestiers
agricoles
buissonnants
d’espèces d’affinités méridionales, qu’on ne
retrouve pas ailleurs dans la région (cf carte des espèces d’affinités méridionales). Cette spécificité montre bien le rôle
prépondérant de ces milieux dans la diversité biologique des papillons.
Les milieux forestiers et buissonnants hébergent logiquement les effectifs les plus importants de papillons typiques des
boisements (32,3%), mais accueillent également ponctuellement des espèces des autres communautés, selon la nature des
habitats à proximité des lisières.
Signalons enfin que les espèces typiques des zones humides sont pratiquement inexistantes dans nos résultats. Seul un unique
individu appartenant à cette communauté, sur les 9206 comptabilisés en 2012 lors de la mise en œuvre du suivi STERF a été
repéré. Il ne représente que 0,02% des effectifs totaux… Plusieurs raisons expliquent cette situation : taux de disparition élevé
des espèces liées aux zones humides ; rareté et isolement de celles qui subsistent encore ; diminution de la superficie des zones
humides à l’échelle régionale…
100%
0,9%
11,7%
1,8%
10,4%
Pour les milieux agricoles, il est possible de
pousser l’analyse un peu plus loin, tant les
pratiques et les usages de ce type d’occupation du
sol sont variés.
10,9%
90%
28,7%
80%
26,7%
9,2%
21,4%
11,5%
70%
39,7%
60%
12,1%
21,4%
20,4%
50%
40%
Espèces des milieux chauds et secs
Espèces des campagnes
13,3%
68,4%
30%
20%
10%
0%
Espèces des zones humides
59,4%
46,9%
35,2%
50,0%
Espèces des boisements
Espèces banales des friches et jardins
En détaillant à une échelle plus fine les résultats
obtenus en 2012 lors du suivi STERF, on constate
de très grandes différences entre zones à
« caractère naturel » comme les prairies non
cultivées (fauchées ou pâturées), plus ou moins
bocagères, par rapport aux secteurs plus artificiels
que sont les zones de grandes cultures et les
prairies cultivées (semées et amendées).
Dans les zones prairiales naturelles, le peuplement
est logiquement dominé par les espèces typiques
des « campagnes » (39,7%). Par contre, la part
de cette communauté chute à 26,7% dès
lors que la prairie est cultivée et seulement 9,2% dans les zones de grandes cultures.
Dans ce dernier milieu, plus des deux tiers du peuplement est d’ailleurs composé d’espèces banales des friches. Cela illustre la
dégradation et le phénomène de banalisation du peuplement de papillons présents dans ce type de milieu. La présence d’espèces
appartenant aux autres communautés est d’ailleurs souvent due à l’existence d’autres types d’habitats en périphérie des zones de
cultures.
Résultats et interprétations
Entre ces deux extrêmes, les milieux de vergers ou les zones agricoles hétérogènes mélangeant prairies et cultures,
présentent des cortèges assez diversifiés, où la part des espèces forestières est un peu plus importante en raison bien
souvent de la présence de haies.
Ainsi, plus les milieux agricoles sont soumis à des pressions et à une artificialisation, plus le peuplement de
papillons observés se banalise et perd en intérêt. Ce sont donc les prairies à caractère naturel, non cultivées qui hébergent
les peuplements de papillons les plus diversifiés en milieu agricole.
Les espèces d’affinités méridionales
Les espèces d’affinités méridionales rassemblent les espèces
qui apprécient les habitats chauds et secs pour se développer.
La carte ci-contre représente un état initial de la répartition de
ces espèces dans la région suite au suivi STERF mis en place
par l’OBHN.
Le quart sud-est de la région constitue le secteur
géographique de Haute-Normandie où l’on est
susceptible de rencontrer le plus d’espèces d’affinités
méridionales.
La vallée de Seine constitue un axe sud-est / nord-ouest qui
agit comme un couloir favorisant l’expansion vers le nord des
espèces présentant des affinités méridionales. Dans ce secteur,
les températures annuelles moyennes sont supérieures
d’environ 0,8°C au reste de la région, d’après les relevés de
Météo France. Cette différence peut expliquer l’avancée vers le
nord-ouest de quelques espèces en limite d’aire de répartition.
D’autre part, ce secteur géographique présente des habitats
(coteaux calcaires, terrasses alluviales) qui possèdent des
conditions topoclimatiques localement plus sèches et chaudes,
qui accentuent l’effet méridional de la vallée de la Seine.
Un peu plus au nord, d’autres milieux localement chauds et
secs, comme les cuestas calcaires du Pays de Bray ou les hauts
de falaises littorales, permettent également le développement
de quelques papillons d’affinités méridionales, expliquant ainsi
la présence de ces espèces dans le nord de la région.
Emplacement
des carrés de
suivis
0
2
4
6
8
Nombre d’espèces d’affinités méridionales
10
Résultats et interprétations
Commentaire général
18% des espèces de papillons ont disparu de Haute-Normandie au cours du XXème siècle. Les causes
sont multiples et complexes, mais si elles ne cessent pas, la situation risque de s’aggraver au cours des prochaines
années.
Ce phénomène de disparition concerne en très grande majorité les espèces « spécialistes », typiques d’habitats
naturels particuliers qui se sont généralement raréfiés ces dernières décennies : zones humides, coteaux calcaires,
terrasses alluviales, prairies sèches… Néanmoins, ces mêmes habitats concentrent encore à ce jour les
peuplements de rhopalocères les plus diversifiés et hébergent les espèces les plus rares.
A l’inverse, les espèces « ubiquistes », plus tolérantes semblent mieux résister, mais l’augmentation de leur
proportion traduit une banalisation du peuplement, particulièrement perceptible dans les habitats artificialisés
(zones urbaines, zones agricoles intensives).
Parmi les facteurs influençant négativement les populations de papillons, la fragmentation (barrières physiques
telles que les routes, les zones urbanisées), l’intensification agricole et les monocultures (pesticides, retournement
de prairies, suppression des haies), ou l’abandon des pratiques pastorales sur les prairies ou coteaux calcaires
conduisant à leur embroussaillement, voire leur boisement, sont des causes de menaces bien connues.
Enfin, la préservation de « zones sauvages refuges» non tondues et non traitées, dans les jardins, les parcs, les
espaces verts, le maintien de bandes enherbées fauchées tardivement, la replantation de haies d’essences locales,
l’arrêt de la fauche estivale des talus communaux et routiers, sont autant de mesures peu couteuses, faciles à
mettre en place et qui peuvent contribuer à la préservation de certains papillons.
Fauche tardive de talus routiers de La Haye Malherbe, 2013.
Nombreux Amaryllis (Pyronia tythonus) butinant des fleurs de Seneçons (Senecio jacobea).