Etat du peuplement de papillons de jour
Transcription
Etat du peuplement de papillons de jour
Biodiversité Fiche métadonnées et méthodes N°2 22 Etat du peuplement de papillons de jour Contexte dans lequel s’inscrit l’indicateur Thème Etat Sous-thème Etat et évolution de la diversité spécifique Axe Biodiversité Nature de l’indicateur Etat Indices - Richesse spécifique régionale des papillons de jour Espèces présumées disparues Communautés d’espèces par grands types d’habitats Espèces d’affinités méridionales Objectif Evaluer l’état du peuplement de papillons de jour de Haute-Normandie et son évolution future Origine OBHN Relation avec d’autres indicateurs - Fragmentation des espaces naturels et semi-naturels Evolution de l’occupation du sol Echelle de restitution Région Haute-Normandie Producteur indicateur Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Normandie (entomologiste : Adrien SIMON ; cartographie : Charles BOUTEILLER) en coopération avec le réseau d’observateurs : Bernard DARDENNE, Emmanuel MACE, Matthieu LORTHIOIS, Marc MAZURIER, Nicolas MOULIN & Adrien SIMON et l’appui scientifique de Peter STALLEGGER Données utilisées Donnée n°1 : atlas régional des papillons de Normandie Niveau d’accessibilité des données Source (s) Description Format Etendue temporelle Généalogie (méthode d’acquisition) Emprise Résolution spatiale (cas SIG) Fréquence d’actualisation Privé Associative. Collectifs d’entomologistes L’atlas des papillons de Normandie présente la répartition de tous les rhopalocères (papillons de jour) observés sur le territoire normand (Haute et Basse-Normandie) au cours des 150 dernières années papier 1900 à 2012 L’atlas est issu des observations de nombreux entomologistes bénévoles, des résultats d’études menées par des structures professionnelles (bureaux d’études, associations, PNR) ou de recherches bibliographiques. Région Atlas selon un maillage UTM de 10km sur 10km Non prévue Donnée n°2 : OBHN - résultats du protocole STERF Niveau d’accessibilité des données Source (s) public OBHN La cellule permanente de l’OBHN est cofinancée par l’UE. L’Europe s’engage en Haute-Normandie Fiche métadonnées et méthodes Description Format Etendue temporelle Généalogie (méthode d’acquisition) Emprise Résolution spatiale (cas SIG) Fréquence d’actualisation Le STERF, pour Suivi Temporel des Rhopalocères de France, est un programme national qui vise à étudier sur le long terme l’évolution des populations de papillons. Ce protocole permet d’acquérir des « données brutes » sur les papillons d’un territoire défini. Les sites de suivis sont tirés de manière aléatoire de façon à être représentatifs des paysages du territoire. Chaque site héberge entre 5 et 10 transects, prospectés à quatre périodes différentes de l’année. Tous les papillons observés sont dénombrés à l’occasion des prospections. Ces sites restent toujours les mêmes dans le temps et doivent être suivis annuellement pour obtenir des tendances d’évolutions à moyen terme. Données brutes stockées sous base de données, compatibles SINP 2012 Protocole STERF appliqué à 40 sites échantillons Région Haute-Normandie annuelle La cellule permanente de l’OBHN est cofinancée par l’UE. L’Europe s’engage en Haute-Normandie Fiche métadonnées et méthodes Méthodologie de création de l’indicateur Méthodes de calcul - Richesse spécifique régionale L’atlas des papillons de Normandie, présente la répartition de chaque espèce connue en Haute-Normandie selon un quadrillage de 10km sur 10km. Pour chaque espèce, sa présence dans une maille est mentionnée selon 3 fourchettes de temps : avant 1960, entre 1960 et 1990, après 1990. En complément de cet atlas, il existe des articles historiques datés des années 1900, permettant de dresser des listes très complètes des papillons observés à proximité de Rouen à la fin du XIXème siècle. A partir de ces informations, il est possible de dresser un bilan du nombre d’espèces observées par maille. On peut ainsi visualiser les secteurs où un taxon connu avant 1960, n’a plus été revu par la suite. Cela permet d’évaluer le déclin de certaines espèces sur notre territoire. Tableau 1 : Nombre d’espèces de rhopalocères connues en Haute-Normandie à différentes périodes D’après l’atlas des rhopalocères de Normandie + informations d’entomologistes locaux. Nombre d’espèces de papillons de jours observées en Haute-Normandie vers 1900 en 1960 en 1990 Après 2000 92 85 78 76 Pour élaborer la carte de la richesse spécifique régionale, nous n’avons retenu que les observations postérieures à 1960. A partir du nombre d’espèces par maille, nous utilisons la technique du kriegeage. C’est-àdire que nous utilisons ces données ponctuelles qui sont ensuite extrapolées pour réaliser un dégradé continu. - Espèces présumées disparues Les publications et catalogues réalisés par les entomologistes de toutes époques nous permettent d’estimer le nombre d’espèces observées dans la région au fil des décennies. Sur la base de ces documents, complétés par les connaissances d’entomologistes locaux et contemporains, il est possible de proposer un graphique présentant l’évolution du nombre d’espèces connues dans la région depuis le début du XXème siècle. Tableau 2 : Nombre d’espèces de rhopalocères présumées disparues en Haute-Normandie depuis 1900 D’après l’atlas des rhopalocères de Normandie [2008] + informations d’entomologistes locaux. Nombre d’espèces observées en Haute-Normandie vers 1900 en 1960 en 1990 Après 2000 Nombre d’espèces connues 92 85 78 76 Nombre d’espèces présumées disparues Nombre cumulé d’espèces présumées disparues Nombre de nouvelles espèces découvertes - 7 7 4 - 7 14 18 - 0 0 2 Le déclin constaté ne concerne pas nécessairement toutes les espèces. Ainsi, en 2000, le Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et l’OPIE (Office pour les Insectes et leur Environnement) ont classé toutes les espèces françaises de papillons en quatre catégories, sur la base de la tendance d’évolution de leurs populations et des menaces qui pèsent sur leurs habitats. Une distinction est effectuée selon les principaux domaines biogéographiques qui existent en France. La Haute-Normandie appartient au domaine Atlantique. Fiche métadonnées et méthodes Les espèces entrant dans ce classement sont considérées comme « sensibles », car l’état de santé de leurs populations peut être jugé préoccupant. Le tableau suivant permet d’établir ce classement. Tableau 3 : Indices de priorité de conservation des rhopalocères de France. D’après MNHN & OPIE, 2000. Menaces sur l’habitat Très fort déclin Fort déclin Faible déclin stable Tendance de la population Extrêmes Priorité 1 Priorité 1 Priorité 1 Priorité 2 Fortes Priorité 1 Priorité 1 Priorité 2 Priorité 2 Moyennes Priorité 1 Priorité 2 Priorité 2 Priorité 3 faibles Priorité 2 Priorité 2 Priorité 3 Priorité 3 Toutes les espèces pour lesquelles il n’y a de menaces particulières identifiées ou pour lesquelles la dynamique de population apparait favorable sont regroupées en priorité 4 Sur la base de ce travail national, nous considérons ici comme « sensibles » en Haute-Normandie, toutes les espèces qui entrent dans les catégories « priorité 1, 2 ou 3 ». Sur les 94 espèces de papillons de jour observées au moins une fois en Haute-Normandie depuis le début du XXème siècle, 50 espèces (soit 53% du pool régional) correspondent aux espèces « sensibles ». Si l’on ne retient que les 78 espèces observées après 1990, alors le nombre d’espèces « sensibles » chute à 37. Cela signifie que 13 espèces « sensibles », soit 26%, ont disparu de la région au cours du XXème siècle. Le tableau ci-dessous présente le nombre d’espèces « sensibles » par catégorie de priorité et par période d’observation. Tableau 4 : Evolution du nombre d’espèces sensibles en Haute-Normandie. Nombre d’espèces « sensibles » Priorité 1 Priorité 2 Priorité 3 7 4 2 Après 2000 1 21 19 15 12 9 22 21 20 20 2 9% TOTAL 50 44 37 33 17 34% vers 1900 en 1960 en 1990 Présumées disparues en Haute-Normandie 6 75,5% 42,8% Ce tableau montre que les espèces considérées comme les plus menacées (priorité 1) sont celles qui ont également disparu de manière importante de la région ces dernières décennies. Cette situation illustre l’urgence d’agir en faveur de la conservation des papillons. - Espèces d’affinités méridionales Toutes les espèces ne présentent pas la même écologie ni les mêmes exigences vis-à-vis des conditions environnementales. Ainsi, certains papillons sont connus pour préférer les milieux frais ou ombragés, alors que d’autres, à l’inverse, ne vont coloniser que les milieux les plus chauds et secs. Sur la base des connaissances et des avis du réseau d’observateurs ayant participé au suivi STERF mis en place en 2012 par l’OBHN, une liste de 35 espèces considérées comme présentant en Haute-Normandie une « affinité méridionale » a été élaborée. C’est-à-dire que dans la région, ces espèces ne sont capables de coloniser que des habitats secs et où la température est suffisamment élevée pour leur permettre de survivre. La répartition des espèces d’affinités méridionales dans la région est donc Fiche métadonnées et méthodes la température. Une modification de l’aire de répartition de ces espèces peut servir à illustrer l’influence des modifications climatiques sur l’entomofaune. L’indice est représenté sous forme cartographique en appliquant la méthode du kriegeage. La technique consiste à réaliser un dégradé sur l’ensemble de la région, à partir de données ponctuelles. Les données de base utilisées pour illustrer la répartition des espèces d’affinités méridionales sont celles récoltées en 2012 à l’issue de la mise en œuvre du protocole STERF. Il ne s’agit donc que d’un état initial. Remarque : Tous les indices décrits précédemment se basent sur la seule évolution de la richesse spécifique et non pas de l’abondance, faute de disposer à ce jour de chiffres fiables et comparables dans le temps. Une analyse de l’évolution des effectifs de papillons apporterait sans doute des résultats plus précis. - Communauté d’espèces par grands types d’habitats Cet indice permet d’étudier les résultats sous un aspect écologique. Il repose sur la répartition des 94 espèces de rhopalocères observées au moins une fois en HauteNormandie en différentes « communautés écologique » se développant dans des conditions environnementales particulières. On distinguera deux principales catégories : les espèces sténoèces (dites spécialistes) et les espèces euryèces (dites généralistes). Par soucis de vulgarisation, on pourra parler d’espèces « spécialistes » et d’espèces « généralistes ». Les espèces spécialistes ne supportent pas les modifications qui touchent à leurs habitats et leurs cortèges évoluent généralement rapidement lorsque les conditions nécessaires à leur développement se modifient. En général, ces espèces sont exigeantes vis-à-vis de la qualité écologique des milieux et disparaissent rapidement en cas d’atteinte portée à l’intégrité écologique de leurs habitats. Par opposition aux espèces spécialistes, on retrouve les espèces généralistes, plus tolérantes vis-à-vis des conditions environnementales nécessaires à leur développement, capables de se développer potentiellement dans tous les habitats, plus ou moins naturels. Ces espèces supportent mieux les modifications de leurs habitats et peuvent se maintenir même dans des habitats dégradés. Sur la base des préférences écologiques des espèces vivant dans la région, il est possible de proposer les communautés d’espèces suivantes : Communauté écologique Espèces banales des friches et jardins Espèces des boisements Espèces des zones humides Habitats associés Potentiellement dans tous les habitats, y compris dégradés (terrains vagues, friches rudérales, bord de routes…) Bois, forêts, lisières, clairières, landes boisées Tourbières, prairies humides, roselières, mégaphorbiaies… Espèces des « campagnes » Prairies mésophiles, bocage, zones herbeuses Espèces des milieux chauds et secs Coteaux calcaires, terrasses alluviales, carrières Espèces généralistes Espèces spécialistes L’analyse de l’évolution spatiale et temporelle de ces communautés d’espèces permet de définir des indicateurs liés au déclin, ou à l’inverse, l’extension de certains habitats ou de leur qualité. Date de création Février 2013 Fiche métadonnées et méthodes Date de diffusion Référent (s) technique/scientifique (validateur) Fréquence d’actualisation de l’indicateur Contact OBHN 2013 CSRPN, Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Normandie (Adrien SIMON), et le réseau d’observateurs (Bernard DARDENNE, Emmanuel MACE, Matthieu LORTHIOIS, Marc MAZURIER, Nicolas MOULIN & Peter STALLEGGER). Annuelle [email protected] Bibliographie DARDENNE B. & SAUVAGERE M. (1999) – Indices de rareté des Lépidoptères de Haute-Normandie, Association Entomologique d’Évreux, 19 p. DARDENNE B., DEMARES M., GUERARD P., HAZET G., LEPERTEL N., QUINETTE J-P., RADIGUE F., 2008. Papillons de Normandie et des Iles Anglo-Normandes. Atlas des Rhopalocères et des Zygènes. AREHN éd. Rouen. 200 p. DUPONT P., 2000. – Programme de restauration pour la conservation des Lépidoptères diurnes, Première phase 2001-2004. OPIE - MNHN, 188 p. LAINE M., 1976. – Macrolépidoptères de Normandie, Tome 1 : Rhopalocères – Etudes écologique et géonémique ; Annales du Muséum du Havre, fascicule 4, Edit. Muséum du Havre, 32 p. MANIL L. & HENRY P-Y., 2007 Suivi temporel des rhopalocères de France. Protocole STERF. Museum d’histoire Naturelle. 10 p. Biodiversité Résultats et interprétations N°2 Etat du peuplement de papillons de jour En tant qu’auxiliaire de la nature, le rôle des papillons est essentiel. A l’instar d’autres insectes comme les abeilles ou les bourdons, ils assurent un rôle de pollinisation déterminant. En transportant le pollen d’une fleur à l’autre, ils contribuent directement à la survie des plantes. Leur pouvoir pollinisateur sur les espèces et les variétés végétales confère donc aux papillons un rôle prépondérant dans le maintien de la biodiversité végétale, non seulement dans les milieux naturels, mais aussi dans certains agro-systèmes. D’autre part, ces insectes sont à la base de nombreuses chaînes alimentaires. Les chenilles et les papillons adultes sont une source alimentaire pour beaucoup d’espèces d’oiseaux, de chauve-souris et d'autres insectes prédateurs ou parasites. Préserver les papillons, c’est contribuer au maintien d’un ensemble bien plus vaste d’espèces et donc à la préservation d’un écosystème « vivant ». Les laisser disparaitre, c’est prendre le risque de déséquilibrer toute la chaîne alimentaire et mettre en péril l’ensemble de l’écosystème. De plus, les papillons de jour sont de bons bioindicateurs de la qualité et de la diversité des habitats naturels ouverts au regard de leurs caractéristiques biologiques. La courte durée de vie de la plupart des espèces (de l’ordre d’une dizaine de jours), leur faible capacité de déplacement, de l’ordre d’un ou deux kilomètres en moyenne et le régime alimentaire spécifique des chenilles inféodées à quelques plantes hôtes, sont un ensemble de facteurs qui caractérisent la forte sensibilité des papillons aux modifications des habitats naturels. Dans ces conditions, on comprendra que des perturbations intervenant sur les milieux naturels peuvent rapidement conduire à une réduction, voire une disparition de ces populations témoignant d’une dégradation générale du patrimoine naturel, et par extension, d’une diminution de la qualité du cadre de vie haut-normand. La cellule permanente de l’OBHN est cofinancée par l’UE. L’Europe s’engage en Haute-Normandie Résultats et interprétations Richesse spécifique régionale La carte ci-contre présente le nombre d’espèces de papillons, appelé richesse spécifique, sur le territoire haut-normand au cours de la période 1900 - 2010. La zone centrale de la région, aux abords de Rouen présente une richesse spécifique supérieure au reste du territoire. Cette situation est en grande partie liée à la surprospection des milieux naturels à proximité de la capitale haut-normande, lieu historique d’implantation des associations d’entomologistes et lieu de résidence de nombreux observateurs. De manière plus générale, les territoires de la vallée de Seine et du Pays de Bray hébergent plus d’espèces (entre 30 et 40) que le reste de la région et particulièrement les plateaux cultivés des Pays de Caux, Roumois et Vexin (une dizaine d’espèces). Le Sud de l’Eure et sa vallée présente également une richesse importante (25 à 30 espèces). Plusieurs raisons expliquent cette répartition contrastée : - la présence, dans les secteurs les plus riches, d’habitats très particuliers comme les coteaux calcaires ou les terrasses alluviales, qui accueillent une faune unique et spécifique de ces milieux naturels. - les influences méridionales, liées au contexte topoclimatique de la vallée de la Seine, qui favorisent le développement d’espèces qui apprécient la chaleur et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Haute-Normandie. 5 10 20 30 40 50 Nombre d’espèces - un paysage (bocage, prairies, cuestas calcaires…) mieux conservé dans le Pays de Bray et les vallées que sur les plateaux. - l’homogénéisation du paysage, et l’absence de milieux refuges pour les papillons dans les secteurs agricoles. 63 Résultats et interprétations Les espèces présumées disparues 100 90 80 Nombre d’espèces observées 70 60 Nombre cumulé d’espèces présumées disparues 50 40 30 Nombre cumulé d’espèces découvertes 20 10 0 vers 1900 vers 1960 vers 1990 Après 2000 92 espèces de papillons étaient répertoriées en HauteNormandie au début du XXème siècle. Ce chiffre n’était plus que de 85 en 1960 et 78 en 1990. Cette chute correspond à la disparition de 14 espèces de papillons, auxquelles s’ajoutent 4 espèces supplémentaires non retrouvées depuis l’an 2000. Soit une perte de 18% de la diversité régionale depuis une centaine d’année. Ainsi, le déclin du nombre d’espèces de papillons observées en Haute-Normandie est permanent depuis le début du XXème siècle. Pendant que 18 espèces disparaissaient de la région, seules deux nouvelles étaient découvertes au cours de la même période. L’un de ces deux papillons, le nacré de la ronce (Brenthis daphne), est connu pour son affinité méridionale. Il a étendu son aire de répartition de plusieurs dizaines de km vers le nord depuis une trentaine d’années. Quant à l’autre espèce, le brun des pélargoniums (Cycareus marshalli), elle est d’origine exotique (Afrique du Sud) et a été introduit accidentellement en Espagne, avant de coloniser le sud de la France et migrer ponctuellement vers des régions plus nordiques. Toutes les espèces ne sont pas concernées de la même manière par ce déclin. Les espèces jugées « sensibles », c’est-à-dire dont l’état de santé des populations a été jugé très préoccupant par le MNHN et l’OPIE à l’échelle nationale ou pour le domaine atlantique, disparaissent du territoire normand à un rythme effectivement plus soutenu que les autres espèces. Ainsi, sur les sept espèces classées en priorité 1 (très fortement menacées) que comptait la région, dans les années 1900, six, soit 85% ont effectivement disparu au cours du XXème siècle. De même, 9 espèces sur les 21 classées en Priorité 2 (fortement menacées), soit 42%, ont disparu de la région. A l’inverse, sur la même période, les espèces classées en priorité 4 (non menacées) ont vu leur nombre légèrement augmenter. Ce dernier groupe rassemble des espèces plus tolérantes, se développant sur diverses plantes-hôtes relativement fréquentes (orties, ronces…) et parviennent à se maintenir dans des milieux qui ont perdu leur caractère naturel comme les parcs, les jardins ou certaines friches. La disparition des espèces les plus menacées se traduit par un appauvrissement du peuplement régional, mais aussi par sa banalisation. La part de ces espèces sensibles, au sein du peuplement régional, ne cesse de diminuer au profit des espèces classées en « priorité 4 » dont les populations apparaissent stables ou dans une dynamique favorable. Cela signifie que, si nous sommes capables de percevoir les menaces qui pèsent sur certains papillons et leurs habitats, nous ne sommes pas parvenu pour l’instant à stopper leur déclin. Si les causes responsables du déclin constaté ne cessent pas, il y a tout lieu de penser que la tendance observée va se poursuivre et que d’autres espèces « sensibles » seront amenées à disparaitre de la région dans un futur proche. A ce rythme, ces évolutions négatives observées pourraient un jour toucher également les espèces banales ou ordinaires. Résultats et interprétations Sur le plan écologique, toutes les communautés d’espèces ne montrent pas la même tendance au déclin. D’une manière générale, les communautés regroupant des espèces dites « spécialistes » présentent des tendances plutôt négatives, tandis qu’à l’inverse, les espèces ubiquistes et tolérantes, dites « ordinaires ou généralistes » sont plutôt en progression. La communauté d’espèces qui a perdu le plus de représentants est celle liées aux zones humides. Près 45% des espèces qui se développent dans ces habitats ont disparu de Haute-Normandie depuis le début du XXème siècle. Cette tendance est à rapprocher de la raréfaction de cet habitat dans la région au cours de cette même période et aux dégradations ou atteintes que subissent les zones humides subsistantes. Plusieurs espèces liées aux milieux chauds et secs ont également disparu au cours du dernier siècle (20%). Il s’agit généralement d’espèces en limite nord-ouest d’aire de répartition et se développant sur les coteaux calcaires les plus méridionaux. La fragmentation ou l’isolement de ces habitats suite à leur abandon ou leur destruction sont des causes majeures de disparition pour cette communauté d’espèces. De la même manière les espèces de boisements ont vu leur nombre diminuer d’un peu plus de 20% depuis 1900. L’intensification de la production sylvicole, la progression de l’enrésinement, le broyage mécanique des lisières et la fauche des chemins forestiers sont autant de causes pouvant expliquer ce déclin. Seule la communauté rassemblant les espèces les plus tolérantes, capables de s’accommoder de milieux assez dégradés ne semble pas montrer de déclin depuis 1990. Récemment, la richesse spécifique a même progressé suite à l’introduction accidentelle du Brun des pélargoniums (Cacyreus marshalli) dans le sud de l’Europe et dont certains individus migrent désormais ponctuellement jusque sous nos contrées. Toutes les communautés d’espèces liées à des habitats particuliers tendent à décliner. La disparition des milieux à caractère naturel, couplés à la fragmentation et l’isolement de ceux qui restent, conduit à la fragilisation des populations de papillons et à la disparition en un siècle de 18% des espèces connues. La disparition des espèces typiques d’habitats naturels particuliers tels que les zones humides, les coteaux calcaires ou les boisements, se traduit par une banalisation du peuplement régional où seules les espèces les plus tolérantes et communes subsistent. Ainsi, les espèces banales des friches et jardins et les espèces de campagnes, qui représentaient respectivement 13 et 12% des espèces connues de la région vers 1900, représentent aujourd’hui à elles deux près d’un tiers (17+13%) du peuplement régional. A l’inverse, la part des espèces liées aux zones humides est passée de 10% vers 1900 à 7% aujourd’hui. Pour les communautés des milieux chauds et secs, ainsi que celle des boisements, l’évolution est moins perceptible : de 48% à 47% pour la première et de 17% à 16% pour la seconde. Une analyse sur l’abondance en papillons et non pas sur la richesse spécifique serait sans doute plus parlante pour ces communautés, mais nous ne disposons pas actuellement des informations nécessaires à cette analyse. Le suivi STERF mis en place dans la région permettra d’ici quelques années de disposer des données utiles à cette analyse. La préservation d’un peuplement régional de papillons diversifié doit donc passer par la mise en place de programmes d’actions dont l’objectif doit permettre la préservation et la restauration d’habitats à caractère naturel. Résultats et interprétations Communautés d’espèces par grands types d’habitats L’analyse des résultats de la première année du suivi STERF, illustre la diversité des peuplements de papillons selon les grands types d’occupation du sol. Pour les cinq grands types d’occupation du sol de la région, ce graphique montre la part que représente chaque communauté d’espèces sur la base des effectifs comptabilisés. A l’exception des milieux de pelouses, landes ou coteaux, les espèces « ordinaires », sont les plus abondantes, quelle que soit l’occupation du sol. Représentant environ 45% des papillons comptabilisés, cette communauté constitue « le socle » des peuplements présents dans ces habitats. C’est d’ailleurs assez logiquement dans les zones urbanisées que cette proportion est la plus élevée (48,1%). 100% 8,2% 80% 3,5% 17,8% 25,1% 20,0% 42,8% 24,1% 70% 60% 5,1% 16,2% 90% 32,3% 23,6% 0,02% Espèces des milieux chauds et secs 26,3% 13,5% Espèces des campagnes 50% 23,3% Espèces des zones humides 40% Espèces des boisements En revanche, les milieux de pelouses, landes Espèces banales des friches et jardins ou coteaux présentent un peuplement 30% 9,0% largement dominé par les espèces de milieux 48,1% 46,4% 46,2% 43,4% 20% chauds et secs (42,8%), alors que les espèces banales ne représentent qu’un quart des effectifs 24,9% 10% observés. Cette différence marquée est liée aux conditions topoclimatiques localement chaudes 0% Milieux urbains Milieux Milieux Milieux Milieux ouverts et sèches qui favorisent le développement forestiers agricoles buissonnants d’espèces d’affinités méridionales, qu’on ne retrouve pas ailleurs dans la région (cf carte des espèces d’affinités méridionales). Cette spécificité montre bien le rôle prépondérant de ces milieux dans la diversité biologique des papillons. Les milieux forestiers et buissonnants hébergent logiquement les effectifs les plus importants de papillons typiques des boisements (32,3%), mais accueillent également ponctuellement des espèces des autres communautés, selon la nature des habitats à proximité des lisières. Signalons enfin que les espèces typiques des zones humides sont pratiquement inexistantes dans nos résultats. Seul un unique individu appartenant à cette communauté, sur les 9206 comptabilisés en 2012 lors de la mise en œuvre du suivi STERF a été repéré. Il ne représente que 0,02% des effectifs totaux… Plusieurs raisons expliquent cette situation : taux de disparition élevé des espèces liées aux zones humides ; rareté et isolement de celles qui subsistent encore ; diminution de la superficie des zones humides à l’échelle régionale… 100% 0,9% 11,7% 1,8% 10,4% Pour les milieux agricoles, il est possible de pousser l’analyse un peu plus loin, tant les pratiques et les usages de ce type d’occupation du sol sont variés. 10,9% 90% 28,7% 80% 26,7% 9,2% 21,4% 11,5% 70% 39,7% 60% 12,1% 21,4% 20,4% 50% 40% Espèces des milieux chauds et secs Espèces des campagnes 13,3% 68,4% 30% 20% 10% 0% Espèces des zones humides 59,4% 46,9% 35,2% 50,0% Espèces des boisements Espèces banales des friches et jardins En détaillant à une échelle plus fine les résultats obtenus en 2012 lors du suivi STERF, on constate de très grandes différences entre zones à « caractère naturel » comme les prairies non cultivées (fauchées ou pâturées), plus ou moins bocagères, par rapport aux secteurs plus artificiels que sont les zones de grandes cultures et les prairies cultivées (semées et amendées). Dans les zones prairiales naturelles, le peuplement est logiquement dominé par les espèces typiques des « campagnes » (39,7%). Par contre, la part de cette communauté chute à 26,7% dès lors que la prairie est cultivée et seulement 9,2% dans les zones de grandes cultures. Dans ce dernier milieu, plus des deux tiers du peuplement est d’ailleurs composé d’espèces banales des friches. Cela illustre la dégradation et le phénomène de banalisation du peuplement de papillons présents dans ce type de milieu. La présence d’espèces appartenant aux autres communautés est d’ailleurs souvent due à l’existence d’autres types d’habitats en périphérie des zones de cultures. Résultats et interprétations Entre ces deux extrêmes, les milieux de vergers ou les zones agricoles hétérogènes mélangeant prairies et cultures, présentent des cortèges assez diversifiés, où la part des espèces forestières est un peu plus importante en raison bien souvent de la présence de haies. Ainsi, plus les milieux agricoles sont soumis à des pressions et à une artificialisation, plus le peuplement de papillons observés se banalise et perd en intérêt. Ce sont donc les prairies à caractère naturel, non cultivées qui hébergent les peuplements de papillons les plus diversifiés en milieu agricole. Les espèces d’affinités méridionales Les espèces d’affinités méridionales rassemblent les espèces qui apprécient les habitats chauds et secs pour se développer. La carte ci-contre représente un état initial de la répartition de ces espèces dans la région suite au suivi STERF mis en place par l’OBHN. Le quart sud-est de la région constitue le secteur géographique de Haute-Normandie où l’on est susceptible de rencontrer le plus d’espèces d’affinités méridionales. La vallée de Seine constitue un axe sud-est / nord-ouest qui agit comme un couloir favorisant l’expansion vers le nord des espèces présentant des affinités méridionales. Dans ce secteur, les températures annuelles moyennes sont supérieures d’environ 0,8°C au reste de la région, d’après les relevés de Météo France. Cette différence peut expliquer l’avancée vers le nord-ouest de quelques espèces en limite d’aire de répartition. D’autre part, ce secteur géographique présente des habitats (coteaux calcaires, terrasses alluviales) qui possèdent des conditions topoclimatiques localement plus sèches et chaudes, qui accentuent l’effet méridional de la vallée de la Seine. Un peu plus au nord, d’autres milieux localement chauds et secs, comme les cuestas calcaires du Pays de Bray ou les hauts de falaises littorales, permettent également le développement de quelques papillons d’affinités méridionales, expliquant ainsi la présence de ces espèces dans le nord de la région. Emplacement des carrés de suivis 0 2 4 6 8 Nombre d’espèces d’affinités méridionales 10 Résultats et interprétations Commentaire général 18% des espèces de papillons ont disparu de Haute-Normandie au cours du XXème siècle. Les causes sont multiples et complexes, mais si elles ne cessent pas, la situation risque de s’aggraver au cours des prochaines années. Ce phénomène de disparition concerne en très grande majorité les espèces « spécialistes », typiques d’habitats naturels particuliers qui se sont généralement raréfiés ces dernières décennies : zones humides, coteaux calcaires, terrasses alluviales, prairies sèches… Néanmoins, ces mêmes habitats concentrent encore à ce jour les peuplements de rhopalocères les plus diversifiés et hébergent les espèces les plus rares. A l’inverse, les espèces « ubiquistes », plus tolérantes semblent mieux résister, mais l’augmentation de leur proportion traduit une banalisation du peuplement, particulièrement perceptible dans les habitats artificialisés (zones urbaines, zones agricoles intensives). Parmi les facteurs influençant négativement les populations de papillons, la fragmentation (barrières physiques telles que les routes, les zones urbanisées), l’intensification agricole et les monocultures (pesticides, retournement de prairies, suppression des haies), ou l’abandon des pratiques pastorales sur les prairies ou coteaux calcaires conduisant à leur embroussaillement, voire leur boisement, sont des causes de menaces bien connues. Enfin, la préservation de « zones sauvages refuges» non tondues et non traitées, dans les jardins, les parcs, les espaces verts, le maintien de bandes enherbées fauchées tardivement, la replantation de haies d’essences locales, l’arrêt de la fauche estivale des talus communaux et routiers, sont autant de mesures peu couteuses, faciles à mettre en place et qui peuvent contribuer à la préservation de certains papillons. Fauche tardive de talus routiers de La Haye Malherbe, 2013. Nombreux Amaryllis (Pyronia tythonus) butinant des fleurs de Seneçons (Senecio jacobea).