LA DISSERTATION CRITIQUE EN SCIENCES HUMAINES Dans le

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LA DISSERTATION CRITIQUE EN SCIENCES HUMAINES Dans le
LA DISSERTATION CRITIQUE EN SCIENCES HUMAINES
Dans le cadre d’un cours de sociologie, les étudiants étaient invités à faire une dissertation
critique de 20 pages au plus (maximum de 5 000 mots) dont le sujet était présenté comme suit :
1. Faites une présentation et une analyse critique des études de deux spécialistes de réputation
mondiale portant sur la mondialisation.
2. Montrez en quoi la mondialisation est ou non un phénomène plus complexe que le suggère la
démonstration des deux auteurs à l’étude.
3. Formulez une proposition de lecture de type conceptuelle visant à rendre compte de manière
un peu plus adéquate de ce phénomène.
Exemple
Voici un exemple de travail qui répond à ces consignes (version intégrale de l’exemple du manuel,
p. 155).
La mondialisation : le mot et la chose
S’il est un concept qui a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années (et qui semble
capable d’en faire couler encore longtemps) c’est bien le concept de mondialisation. Dans le texte
qui suit, nous nous intéresserons à l’analyse que deux spécialistes de réputation internationale
font sur ce sujet. Le premier spécialiste est le politologue bien connu Riccardo Petrella, et le
deuxième est nul autre que le sociologue Jean Ziegler.
Notre problématique se structure autour des questions suivantes : à quoi au juste correspond la
réalité désignée par le concept de mondialisation selon ces deux éminents spécialistes ? À quand
font-ils remonter l’origine de ce phénomène? Que met-il en jeu ? Quelles perspectives d’actions
envisagent-ils pour le contrer ? Ces perspectives sont-elles crédibles ?
Notre hypothèse est que les deux auteurs ont un point de vue qui va au-delà d’une vision
impressionniste du phénomène. Dans leurs ouvrages à l’étude, le concept est rigoureusement
défini. De plus, il est bien situé historiquement. La liste des éléments que la mondialisation met en
jeu est fondée sur des données quantitatives crédibles, et les pistes de solutions qu’ils formulent
présentent des perspectives réelles de succès.
Dans le cadre du présent travail, les concepts1 que nous entendons utiliser sont pour l’essentiel les
suivants : la mondialisation, la globalisation, les firmes transnationales, l’État-nation, la
souveraineté de l’État, les organisations supranationales, l’exclusion, le déficit démocratique, la
société civile et le néolibéralisme.
Les méthodes de recherche que nous prévoyons déployer correspondent à une recherche de type
conceptuelle et comparative. Notre étude se base sur des données livresques et porte sur le
contenu même de la démonstration des spécialistes retenus. Étant donné que nous entendons
profiter de la présente recherche en vue de déboucher sur la formulation d’une nouvelle
hypothèse, il va sans dire que notre raisonnement sera du type abductif. Notre recherche a pour
objectif de faire une évaluation critique des analyses de Petrella et de Ziegler sur le sujet de la
mondialisation et, si c’est nécessaire, de déboucher sur la formulation d’une proposition
conceptuelle distincte.
Notre travail se divise en quatre parties. Dans un premier temps, nous allons résumer l’analyse du
politologue Riccardo Petrella concernant le phénomène de la mondialisation. Dans un deuxième
1. Les concepts et les méthodes énumérés dans les deux prochains paragraphes font l’objet d’une définition que le
lecteur trouvera dans le lexique à la fin du présent travail.
© Les Éditions de la Chenelière inc., 2006, Savoir plus : outils et méthodes de travail intellectuel, 2e éd.
(Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier)
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temps, nous présenterons l’analyse du sociologue Jean Ziegler. Dans un troisième temps, nous
ferons une critique de ces perspectives d’analyse. Enfin, nous formulerons une proposition
conceptuelle visant à rendre compte d’une manière un peu plus adéquate du phénomène de la
mondialisation.
Dans notre conclusion, nous ferons une brève synthèse des connaissances qui se dégagent de
notre étude, puis nous validerons ou non notre hypothèse en examinant si elle mérite d’être
reformulée.
1.0 L’analyse politique de la mondialisation
Dans son ouvrage intitulé Économie sociale et mondialisation de l’économie, Riccardo Petrella fait
ressortir les principales caractéristiques de l’organisation actuelle de l’économie mondiale
capitaliste. Mentionnons d’entrée de jeu que ce politologue ne définit pas de manière rigoureuse
la mondialisation. Il associe ce phénomène à un état de fait qui caractérise l’« organisation
actuelle de l’économie » (p. 5) dont l’objectif correspond à l’intégration des économies nationales
« dans le marché mondial » (p. 6).
À ses yeux, cette mondialisation entraîne avec elle au moins trois conséquences majeures.
D’abord, une réduction significative du pouvoir d’orientation et de contrôle des acteurs publics
(les parlementaires) s’accompagnant d’un renforcement du pouvoir privé mondial (1997, p. 17).
Ensuite, il souligne que la mondialisation est porteuse de nouvelles et nombreuses inégalités
entre les différentes villes, régions et les divers pays (p. 22). Enfin, il démontre comment la
mondialisation produit et fabrique l’exclusion sociale (p. 19). Son analyse de la mondialisation
n’est pas que théorique, elle ne porte pas uniquement sur le fonctionnement de la société
contemporaine. Petrella met de l’avant un certain nombre de propositions en vue de « changer
nos sociétés » (p. 35).
1.1 La réduction du pouvoir des parlementaires
Aux yeux de Petrella, un impératif semble s’imposer à la population en général et à la classe
politique dirigeante en particulier. Cet impératif se résume dans la formule suivante : le sens de
l’histoire des sociétés contemporaines conduit inévitablement tous les peuples de la terre vers « la
constitution d’un grand marché mondial unique, intégré, autorégulateur (The Single Global
Market Place) » (p. 5). Telle serait notre destinée et c’est ce qui explique pourquoi les dirigeants
politiques des États nationaux se sont fixé comme tâche principale « de promouvoir la meilleure
intégration possible de l’économie nationale dans l’économie mondiale » (p. 6). Toutefois, cette
volonté d’inscrire l’économie nationale dans le cadre de l’économie mondiale en appliquant les
trois principes idéologiques qui ont été à la base du remodelage des systèmes économiques et
politiques depuis les années 1980 (la libéralisation des marchés, la déréglementation de
l’économie et la privatisation de l’économie [p. 9]), entraîne une réduction du « pouvoir
d’orientation et de contrôle des acteurs publics, à commencer par les parlements, expression
centrale de la représentation politique des citoyens en régime démocratique » (p. 17-18). Dans la
nouvelle dynamique à caractère économique et politique, les actions et décisions des pouvoirs
publics, loin de conduire vers la mise en place d’un pouvoir politique mondial, contribuent plutôt
« à renforcer le pouvoir privé mondial » (p. 18).
La déréglementation du fonctionnement de l’activité économique suppose que l’État abandonne
aux seules forces du marché l’activité régulatrice de l’économie (p. 10). La monnaie n’est plus « un
moyen aux mains des pouvoirs publics nationaux pour orienter [...] l’économie nationale » ; elle
« est devenue [...] une marchandise » (p. 11). Le contrôle de la monnaie échappe au contrôle des
parlements « au bénéfice des marchés financiers » (p. 11). Pour assurer une monnaie forte, les
dirigeants politiques doivent se soumettre aux impératifs économiques suivants : inflation zéro,
balance des paiements équilibrés, équilibres budgétaires (ce qui veut dire réduction des déficits
publics), réduction des dépenses sociales, baisse des impôts sur le capital et annonces de mesures
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(Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier)
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susceptibles de favoriser les investissements privés (p. 12). Bref, ils doivent adopter des mesures
qui servent principalement les intérêts des grands détenteurs de capitaux.
Dans ce contexte où c’est l’économie « qui gouverne le monde » (p. 21), les droits inhérents à la
citoyenneté sont attaqués. Les politiques de redistribution de la richesse du Welfare State sont
remises en question. Les gains de productivité se font en faveur des détenteurs des capitaux, les
écarts de richesse s’accroissent.
1.2 L’accroissement des écarts entre les riches et les pauvres
La mondialisation ne fait pas que des gagnants. Pour Petrella, elle est porteuse de grandes
inégalités entre villes, régions et pays et elle engendre aussi un « retour massif de la pauvreté »
(p. 19). Il en est ainsi parce que les principes qui orientent l’action des dirigeants économiques et
politiques comportent des logiques « excluantes et ségrégationnistes » (p. 23). Chiffres à l’appui,
Petrella nous informe que « 85 % des investissements directs mondiaux à l’étranger sont destinés
[...] comme au long des 15 dernières années, aux pays les plus développés du monde »
(CNUCED, cité par Petrella, p. 23). La portion restante, pour permettre aux pays pauvres de
produire des biens susceptibles de trouver preneurs sur les marchés des exportations, est minime.
Résultat, les politiques menées au nom de la libéralisation des marchés et du commerce
international, dans les pays sous-développés, ont pour effet d’augmenter « l’appauvrissement de
ces pays et [d’]amplifier la misère et la faim dans le monde » (p. 23).
1.3 L’exclusion sociale
Pour Petrella, il ne saurait faire de doute que « les marchés, les économies se mondialisent grâce,
entre autres, aux développements technologiques » (p. 8). Au sujet du rôle des nouvelles
technologies dans la mise en place d’une économie mondialisée, Petrella écrit : « À partir des
années 1970, la technologie a pris clairement une portée et une signification de plus en plus
“stratégique”. [...] [Le] développement axé sur les nouvelles technologies de l’information et de
la communication, la politique technologique est devenue l’instrument principal qui a scellé une
nouvelle alliance entre les pouvoirs publics et les libres forces du marché dans leur commune
bataille pour réussir l’intégration compétitive de l’économie nationale dans l’économie
mondiale » (p. 7 ; en caractères gras dans le texte).
Les innovations technologiques ont des effets sur le marché du travail. Elles éliminent des
emplois. Elles sont donc une source réelle d’exclusion sociale. Vers la fin du XXe siècle, les ÉtatsUnis d’Amérique comptaient plus de une personne sur cinq comme étant pauvre. Dans les pays de
l’Union européenne, on dénombrait plus de 52 millions de pauvres sur environ 300 millions de
personnes (p. 19). Un esprit de compétition amène les économies à rivaliser les unes avec les
autres. La logique de la compétition mène tout droit vers « la victoire de l’un sur l’autre,
l’élimination de l’autre » (p. 20).
Dans l’économie de marché capitaliste libéralisée, déréglementée, privatisée, le travail n’est plus
un droit. Petrella mentionne à ce sujet qu’en 1995, le nombre de chômeurs s’élevait à plus de « un
milliard à l’échelle mondiale » (p. 25). Dans cette économie de marché mondialisée, la personne
humaine est traitée par la classe dirigeante économique et politique comme une « ressource
humaine » qui a droit à l’existence « dans la mesure où elle contribue à l’efficacité de la
production de biens et de services vendables sur les marchés solvables » (p. 26). Autrement, elle
cesse d’être un sujet social ayant des droits. Elle n’est « qu’un coût » (p. 27) qui sera « éliminé »
(p. 26) quand elle cessera d’être « recyclable » (p. 26).
1.4 Des propositions en vue de « changer nos sociétés »
Pour Petrella, il n’y a rien d’inévitable ou d’inéluctable dans la présente mondialisation. Toutefois,
à ses yeux, elle est néfaste au bien-être mondial parce qu’elle est source de concentration de
pouvoir entre les mains d’une minorité d’acteurs privés ; elle accroît les inégalités entre les
peuples et elle crée de l’exclusion sociale de masse. Il est possible, selon lui, de contrer les
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dévastations de la présente mondialisation et de passer d’une société mondiale compétitive à une
société mondiale solidaire dans la mesure où nous parvenons à
rétablir la primauté du politique sur l’économique et le financier ; [à] redonner force et
légitimité aux droits de la citoyenneté sociale et au principe de solidarité ; [à] reconstruire
les biens et les services communs de l’ensemble de la respublica et non plus seulement au
plan de nos villes et de nos pays mais aussi au niveau de la société mondiale (p. 35-36).
Telles sont, selon lui, les trois moyens à privilégier en vue de mettre « fin à la domination d’une
économie inspirée par la culture de la guerre, la culture de la conquête, la culture du meilleur, du
plus fort » (p. 3).
2.0 L’analyse sociologique de la mondialisation
Dans Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Jean Ziegler entend lever le voile
sur la structure, la visée historique, les stratégies et les tactiques des maîtres de l’univers et,
également, il entend fournir des armes pour le combat à ceux qui organisent la résistance face
aux « seigneurs » (p. 17-18).
Sa démonstration s’appuie sur quatre éléments. Dans un premier temps, il explore la
problématique de la mondialisation contemporaine en examinant le rôle qu’y joue l’empire
américain et en détaillant l’« idéologie des maîtres » (p. 19). Dans un deuxième temps, il tente de
montrer certains agissements des « prédateurs » (p. 19) qui imposent leurs diktats économiques à
l’ensemble des populations de la planète. Dans une troisième partie, il examine certaines activités
des grandes institutions internationales que sont le FMI, la Banque mondiale de développement
et l’OMC. Il nous décrit les dirigeants de ces organismes comme étant des « mercenaires dévoués
et efficaces [qui] servent l’ordre des prédateurs » (p. 19). Enfin, dans la quatrième partie, il nous
présente certaines organisations qui se sont assigné comme mandat de résister à ces nouveaux
maîtres du monde. Il s’agit de mouvements sociaux de protestation, qu’il regroupe à l’intérieur de
la notion de « nouvelle société civile planétaire », qui « [contestent] radicalement l’empire des
prédateurs » (p. 19-20).
2.1 La mondialisation contemporaine
La thèse centrale de l’ouvrage de Ziegler se résume comme suit : « Brusquement à 10 ans de l’an
2000 le monde a changé » (p. 25). Il présente ici deux faits à l’appui de cette affirmation. D’abord
la guerre du Golfe persique et ensuite l’effondrement du communisme en Europe de l’Est. Loin de
contribuer au triomphe de la liberté et à la généralisation des droits de l’homme à l’échelle de la
planète, ces deux événements ont plutôt permis à l’oligarchie du capitalisme financier mondial,
sous le leadership des États-Unis, d’imposer son ordre à l’échelle mondiale.
Ziegler estime que ces deux événements ont imposé une nouvelle dynamique historique. Ceux-ci
ont, selon lui, contribué à instaurer un nouvel ordre mondial en rupture avec celui qui se mettait
en place au lendemain de la victoire sur le nazisme en 1945. Bref, un monde qui ne cherche plus à
faire triompher les droits de l’homme à l’échelle de la planète, mais qui fonctionne
principalement selon les intérêts des « oligarchies régnantes ».
Ziegler ne définit pas clairement ce à quoi correspond la mondialisation. Il y a plutôt un rapport
d’équivalence qui est établi entre « mondialisation », « marché capitaliste mondial » (p. 12) et
« nouvel ordre mondial » (p. 36). Pour cet auteur, le nouvel ordre mondial a une source
idéologique : le « Consensus de Washington ». Il s’agit ici d’un « ensemble d’accords informels »
(p. 63) convenu durant les années 1980 et 1990 entre des transnationales privées et des
institutions financières comme la Federal Reserve Bank, la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international. Pour l’essentiel, l’objectif visé ici se résume comme suit : la mise en place
d’une nouvelle gouvernance étatique — la stateless governance. Cette gouvernance est
foncièrement d’inspiration néolibérale, puisqu’il est question de réforme de la fiscalité en faveur
des revenus les plus élevés, de libéralisation des marchés, d’un traitement égal pour les
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investisseurs (autochtones et étrangers), du démantèlement du secteur public, de la libéralisation
des échanges, d’une limitation des dépenses de l’État, etc. Bref, il s’agit pour l’essentiel de
déréglementation publique, de privatisation des services publics et de libéralisation du commerce
avec le moins de présence et de contrôle étatique possible pour l’ensemble des sphères de la vie
en société (économique, politique, sociale, socio-sanitaire et culturelle).
Ce nouvel ordre ne s’impose pas d’emblée à la totalité des populations de la planète. Il suppose le
recours à la force militaire (armée, marine et aviation) (p. 44-45).
2.2 Les « prédateurs »
Les nouveaux maîtres du monde, qui mettent en place et définissent les règles du jeu du
commerce mondial, sont en train non pas de « mondialiser le monde », mais bien plutôt de créer
une « économie d’archipel » comportant ici des centres d’affaires riches et prospères et là des
économies exsangues et moribondes (p. 38). C’est du moins de cette façon que Ziegler analyse les
effets de certaines pratiques des prédateurs (banquiers et hauts dirigeants des firmes
transnationales) qui accumulent des profits mirobolants en surexploitant des populations
démunies du tiers-monde. Ces prédateurs sont présentés comme n’ayant aucun scrupule ou
aucune morale. Ils prônent, exigent et obtiennent la privatisation de plusieurs activités de l’État.
En ayant la possibilité de délocaliser leurs entreprises, ils sont en mesure d’introduire une
concurrence forcenée entre les différentes catégories de salariés. En détruisant les forêts, ils
dévastent la nature. Pour s’ouvrir de nouveaux marchés, ils s’adonnent à la corruption et pour se
soustraire à leurs obligations fiscales, ils cherchent refuge dans les paradis fiscaux. Bref, les
prédateurs s’enrichissent à même le sang des populations laborieuses du tiers-monde ; ils
affaiblissent la capacité normative de l’État ; ils fractionnent la solidarité entre travailleurs et
visent la « mort du syndicalisme » (p. 131) ; ils détruisent la planète ; ils recourent à des méthodes
illicites comme moyen de conquête de nouveaux marchés (la corruption) et ils sont de mauvais
citoyens corporatifs (ils détournent leurs profits vers des paradis fiscaux).
2.3 Les « mercenaires »
Aux yeux de Ziegler, le personnel dirigeant des grandes institutions commerciales et bancaires
internationales se mérite le titre de mercenaire dévoué et efficace au service des prédateurs. Il en
est ainsi parce que l’OMC, au cours de ses diverses rondes de négociation, a comme objectif avoué
la « réduction du pouvoir d’État et du secteur public en général » (p. 184). La Banque mondiale, de
son côté, (le « prêteur de dernière instance ») impose aux pays débiteurs les principales
dispositions du Consensus de Washington, ce qui implique, dans certains cas, une privatisation des
biens publics par des grandes firmes transnationales (les « prédateurs du capital mondialisé »
[p. 213]). Pour ce qui est du FMI, à l’occasion de ses interventions dans des pays aux prises avec
une crise de remboursement de la dette, il impose au gouvernement du pays en défaut de
paiement diverses mesures comprises dans les plans d’ajustement structurel. Ces plans consistent à
mettre en vente, auprès des firmes transnationales privées, des entreprises publiques rentables.
Dans certains cas, le FMI impose la réduction des dépenses publiques, l’adoption de mesures antiinflationnistes (par exemple le gel des salaires) et la réduction draconienne des dépenses sociales.
2.4 La nouvelle société civile
Dans la présente conjoncture idéologique, marquée par une remise en question de la place de
l’État comme acteur central de la vie en société, il est impossible de compter sur la force publique
pour défendre les victimes de la mondialisation. Pour affronter le grand Goliath du monde
contemporain (les nouveaux maîtres du monde), il y a le petit David en qui réside l’espoir d’un
monde meilleur : la nouvelle société civile planétaire. Cette société civile se compose des
organisations ouvrières et syndicales, des mouvements paysans, des groupes de femmes, des
peuples autochtones, des groupes écologistes et des organismes non gouvernementaux. Trois
moyens sont mis en œuvre par la grande diversité des groupes qui militent en faveur d’un monde
plus juste et égalitaire. Les contre-sommets (par exemple Porto Alegre, le Sommet des peuples des
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Amériques), les grandes marches de protestation contre la faim et pour l’emploi et, finalement,
l’occupation de la rue sur une distance d’envergure (de 1 à 2 kilomètres) pour en faire un
« tronçon de route libéré ».
3.0 Une synthèse critique
Petrella et Ziegler n’ont pas défini de manière rigoureuse le phénomène de la mondialisation. Ils
l’associent à la mise en place d’un « marché mondial ». Il s’agit là d’une vision qui réduit la
mondialisation à un phénomène de nature essentiellement économique. Le concept de
(« mondialisation ») ne dit pas plus que le sujet (le « marché mondial »). Nous sommes en présence
d’une belle tautologie.
Pour ce qui est de l’origine de la mondialisation, Ziegler fait certes allusion à l’économie-monde
qui se serait mise en place à partir des XVe et XVIe siècles, mais il n’élabore pas outre mesure sur ces
lointaines origines historiques du phénomène. En fait, chez Ziegler comme chez Petrella, le
phénomène se situe dans un cadre très contemporain (le lendemain de la Deuxième Guerre
mondiale pour Ziegler et les années 1970 pour Petrella). Dans les deux cas, l’analyse porte surtout
sur certaines tendances observables depuis les années 1980. Les deux auteurs font donc de la
mondialisation un phénomène récent de nature essentiellement économique. Il s’agit là d’une
perspective d’analyse à tout le moins restrictive, pour ne pas dire carrément réductrice.
Pour ce qui est des enjeux inhérents au phénomène de la mondialisation, ces deux spécialistes ont
quand même clairement précisé que depuis les années 1980, une nouvelle forme de gouvernance
se met en place à plusieurs endroits dans le monde. Cette nouvelle gouvernance (la « stateless
governance ») a pour effet de diminuer les capacités d’intervention des pouvoirs étatiques au
bénéfice des pouvoirs privés. Nous assistons à une érosion de la souveraineté des parlements.
S’ensuit, par conséquent, un déficit démocratique. De plus, la grande majorité des changements
qui s’effectuent depuis les années 1980 se font au nom de l’idéologie néolibérale (privatisation
des services publics, déréglementation, libéralisation des marchés et remise en question des
politiques sociales et de redistribution des revenus). À travers la disparition ou les restrictions
imposées à certains programmes associés au Welfare State, ce sont les droits de citoyenneté qui
sont attaqués et diminués.
Cette mondialisation est porteuse de nouvelles inégalités entre villes, régions et pays. Elle
engendre de nombreuses dévastations économiques, écologiques et sociales. Pour ces deux
auteurs, dans ce monde de compétition forcenée, les inégalités s’accroissent et sont porteuses
d’exclusions sociales dramatiques pour des centaines de millions, voire même pour plus de un
milliard d’êtres humains.
En ce qui concerne les solutions, il nous semble que ni Petrella ni Ziegler n’ont été capables de
dégager des pistes d’action à la hauteur des défis inhérents au phénomène. Les trois perspectives
d’action qu’a formulées Petrella correspondent davantage à des vœux pieux qu’à des pistes
concrètes capables de venir modifier le cours des choses. Pour ce qui est des moyens que Ziegler a
mis de l’avant, nous ne voyons pas tellement en quoi l’occupation d’une rue sur une longue
distance peut infléchir le cours des choses. Les grandes marches peuvent bien sûr sensibiliser
l’opinion publique et mettre un peu de pression sur les dirigeants politiques autour de certains
enjeux. Toutefois, il nous semble que la mondialisation met en jeu des aspects de la réalité qui
méritent qu’on s’y intéresse d’un peu plus près. La tenue des contre-sommets nous semble une
avenue à privilégier, mais encore faut-il qu’ils débouchent sur des perspectives d’actions unitaires
à l’échelle de la planète pour la plus vaste coalition des mouvements sociaux issus de la société
civile, ce qui ne semble pas évident à première vue.
De la part de ces deux auteurs, si ces raisonnements sur les conséquences négatives de la
mondialisation peuvent convaincre facilement certains lecteurs ou acteurs antimondialistes,
disons qu’ils ont le désavantage de ne pas toujours s’appuyer sur des données quantitatives
irréfutables. La question pour nous n’est pas de savoir si la mondialisation telle qu’elle est
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présentement conduite est néfaste ou non au bien-être humain. Nous pensons en effet qu’elle est
néfaste, car elle est porteuse d’inégalités croissantes entre les peuples et elle génère une
exclusion sociale de masse. Une fois cela dit, il nous reste à inventer des outils d’analyse
susceptibles de rendre compte de manière un peu plus adéquate de ce à quoi elle correspond au
point de vue politique, social et culturel.
4.0 Ce à quoi correspond la mondialisation et ce qui semble être en cause
Si, comme nous venons de le voir, certains auteurs font de la mondialisation un phénomène
récent, d’autres, par contre, l’inscrivent dans une perspective historique aux origines lointaines
qui seraient à l’œuvre depuis des siècles, voire des millénaires. A priori, ces auteurs n’ont pas tort
de poser le problème de la sorte, car loin de correspondre à un phénomène radicalement
nouveau, de nature essentiellement économique, la mondialisation épouse d’autres contours qui
ont des impacts au point de vue social, politique et culturel.
Sans vouloir remonter aux origines doublement millénaires de la mondialisation, mentionnons
que les analyses du capitalisme de Fernand Braudel et d’Immanuel Wallerstein démontrent que le
développement de ce monde de production pluriséculaire s’est réalisé dans un cadre où il est
approprié de parler d’une « économie-monde ». Les découvertes des terres inconnues alors (et des
populations les habitant) ont donné lieu à la mise en place d’une économie mercantile qui a été
accompagnée d’une vaste entreprise de colonisation sur tous les continents de la planète. Au XIXe
et au XXe siècles et encore aujourd’hui, les États capitalistes développés d’Europe de l’Ouest et
ensuite les États-Unis se sont livrés à une politique aux allures carrément impérialiste en vue
justement de s’approprier les ressources et les richesses de la planète.
Plus précisément, la mondialisation semble correspondre à un processus non achevé dont l’origine
remonte à l’époque des grandes découvertes européennes et des conquêtes territoriales qui les
ont accompagnées. La présente vague de mondialisation semble mettre en jeu une
transformation des grandes institutions nationales et internationales. De fait, se définissent en ce
moment de nouveaux rapports entre l’économie de marché (le capitalisme), l’État-nation et les
institutions apparentées à la démocratie représentative. Et cette redéfinition est largement
inspirée par les tenants de l’idéologie néolibérale. En quelques mots, disons que le
néolibéralisme, dans ses grandes lignes, fait la promotion du laisser-faire économique. De plus,
cette idéologie prône le désengagement de l’État, la déréglementation, la privatisation des
services publics, la flexibilité du marché du travail et une remise en question des mesures sociales.
Nous sommes donc dans une phase qui fait place au « marché-destin » et à la remise en question
frontale de certaines politiques associées au Welfare State.
La mondialisation est un concept qui a un caractère polysémique2. Il est souvent confondu avec le
terme de globalisation. Ces deux termes sont utilisés comme des synonymes. Le concept de
mondialisation renvoie à un certain nombre de processus de types économiques, sociaux,
politiques et culturels qui aboutissent à la constitution d’un espace global et planétaire. Il s’agit
donc d’un phénomène pluriel qui n’est pas réductible à sa seule dimension économique.
D’un point de vue économique, la présente phase de la mondialisation nous met en présence d’un
marché transnational de biens et de services à l’échelle de la planète. Les firmes géantes (les
2. Dans « La mondialisation : un phénomène pluriel », Guy Rocher nous rappelle que la langue française donne trois
termes pour parler à peu près de la même chose : l’internationalisation, la mondialisation et la globalisation.
L’internationalisation fait référence aux différents types d’échanges entre nations (économiques, politiques et culturels)
qui peuvent être de types « pacifiques ou conflictuels, de complémentarité ou de concurrence ». La mondialisation
concerne « l’extension de ces relations et de ces échanges internationaux et transnationaux à l’échelle du monde,
conséquence de la rapidité toujours croissante des transports et des communications dans la civilisation contemporaine »
(p. 19). Pour sa part, le concept de globalisation se rapporte à un « système-monde ». Rocher cite Alain Crochet, qui précise
à ce sujet que la globalisation signifie que « le phénomène étudié concerne le monde entier » (Rocher, 2001, p. 19-20).
Ainsi, nous pouvons dire que la mondialisation correspond à l’extension à l’échelle mondiale d’enjeux qui étaient
auparavant limités à des régions ou à des nations.
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transnationales) qui évoluent dans les secteurs financiers comme industriels se déploient dans un
cadre mondial. Elles peuvent procéder aussi rapidement qu’elles le veulent ou l’entendent à une
réorganisation spatiale de leurs entreprises. Elles font des pressions considérables sur les États
nationaux pour que ceux-ci modifient leur fiscalité et adoptent des politiques susceptibles de
réduire les coûts de main-d’œuvre. Elles exigent que le capital financier puisse se déplacer avec un
minimum de contraintes d’un pays à l’autre.
Pour ce qui est de la mondialisation politique, soulignons que les relations politiques entre les
peuples existent depuis plusieurs siècles, voire même plusieurs millénaires. Cependant, c’est
surtout au cours du XXe siècle que se mettent en place des organismes supraétatiques à l’échelle
de la planète (à titre d’exemples, mentionnons la Société des nations et l’Organisation des
Nations unies). De la décennie des années 1970 à aujourd’hui, nous avons par ailleurs assisté à la
mise en place de nouvelles instances de types supranationales qui ont eu pour effet de limiter les
pouvoirs de l’État-nation (sommets du G-7, traités de libre-échange débouchant sur la formation
de blocs économiques internationaux ou continentaux). Les marges d’autonomie des Étatsnations sont visées ici, et les rapports entre l’État-nation et la démocratie sont mis en cause. C’est
surtout à l’occasion des différents sommets qui réunissent les chefs des puissants pays de la
planète que semblent se décider les agendas des réformes qui seront par la suite appliquées. Les
traités de libre-échange qui sont signés entre chefs d’État ou de gouvernement viennent réduire
la souveraineté des parlements. Les parlementaires ne sont pas toujours consultés sur les mesures
à mettre en place. La mondialisation politique engendre un déficit démocratique. Ce sont des
membres de la classe politique (pensons aux présidents, aux premiers ministres et aux ministres
des finances des plus puissants pays de la planète) qui l’amorcent. Ce ne sont donc pas tous les
membres de la classe politique associée à l’État-nation qui subissent passivement la
mondialisation.
La mondialisation a aussi des impacts sociaux majeurs. Nous assistons à une vague de
changements économiques et sociaux qui visent à permettre aux entreprises qui ont le plus grand
rayonnement international d’accaparer les nouveaux marchés dans les pays développés comme
dans les pays sous-développés. Le tout se fait au détriment de la main-d’œuvre salariée. Loin de
favoriser la distribution de la richesse entre les différentes classes sociales qu’on trouve dans les
pays riches et les pays pauvres, la présente phase de la mondialisation a plutôt eu pour effet
d’accentuer les écarts entre les nantis et les démunis. Elle nous oppose à une dualisation du
marché du travail et crée l’exclusion sociale.
Pour ce qui est de la mondialisation culturelle, celle-ci se manifeste par la mise en place, comme le
souligne Guy Rocher, d’un système-monde du savoir et de la large diffusion des produits culturels
américains à l’échelle de la planète (« la culture de l’entertainement »).
Un tel processus ne va pas sans soulever des vagues de protestation. En fait, depuis la création de
l’OMC (l’Organisation mondiale du commerce), en 1995, et surtout du Sommet de Seattle de
1999, des groupes sociaux se mobilisent en vue d’infléchir le cours des choses. Ces groupes luttent
pour la mise en place d’un espace de délibération supranational qui permettrait des arbitrages
démocratiques.
Conclusion
Les textes de Petrella et de Ziegler qui étaient à l’étude ici ne sont pas en tant que tels des
ouvrages dont la démonstration est de type scientifique. Il s’agit d’ouvrages engagés, de type
réquisitoire écrit, dénonçant les fautes et les torts des « forces du mal » (l’empire américain, les
prédateurs à la tête des entreprises transnationales et les mercenaires de l’OMC, de la Banque
mondiale et du FMI). Bref, une charge accusatrice contre les nouveaux maîtres du monde avec
une dernière partie réservée aux forces du bien (la nouvelle société civile mondialisée) ou
débouchant sur des perspectives d’actions (pas toujours crédibles) pour venir à bout de la
mondialisation.
© Les Éditions de la Chenelière inc., 2006, Savoir plus : outils et méthodes de travail intellectuel, 2e éd.
(Raymond Robert Tremblay et Yvan Perrier)
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Au terme de notre démonstration, force nous est de conclure que nous devons infirmer notre
hypothèse de départ. De fait, les deux auteurs à l’étude ont mis de l’avant un point de vue qui ne
va pas au-delà d’une vision impressionniste du phénomène de la mondialisation. Dans leurs
ouvrages, ce concept n’est pas défini sur des bases rigoureuses. La perspective historique ne
remonte pas aux origines lointaines du phénomène. Pour ce qui est de la liste des éléments que la
mondialisation met en jeu, elle n’est pas véritablement fondée sur des données quantitatives
crédibles. Les pistes de solutions qu’ils formulent n’ont pas (à une exception près) de réelles
perspectives de succès.
À la lumière de notre démonstration, nous devons conclure qu’il faut éviter d’adhérer trop
rapidement à des approches qui définissent la mondialisation comme correspondant à un
phénomène strictement économique et radicalement nouveau. Il n’y a pas que l’expansion du
marché qui soit en cause lorsqu’il est question de mondialisation ou de globalisation. C’est plutôt
la pluralité de rapports sociaux nouveaux qui est susceptible de s’imposer au cours des prochaines
années dans les sphères économiques, politiques, sociales et culturelles.
Ces processus ne sont ni le résultat d’une génération spontanée ni le résultat de deux événements
majeurs qui se sont produits durant les années 1990. Le processus de la mondialisation existe
depuis plusieurs siècles. En effet, on peut le faire remonter aux politiques mercantilistes des États
absolutistes qui se sont lancés dans une véritable entreprise de découverte et de colonisation des
Amériques dès le XVe siècle.
Vue sous l’angle d’un processus dynamique, la mondialisation contemporaine est donc un
moment particulier de construction d’un ordre mondial sous l’influence de l’empire américain.
Cette phase a pour fondement la vision du monde de l’idéologie néolibérale. Elle vise une
transformation significative des institutions et des rapports entre le marché (retour au laisserfaire), l’État-nation (désengagement de l’État par rapport à l’économie), la démocratie
(déplacement des prises de décision au sein de structures non démocratiques), le social
(affaiblissement des systèmes de protection sociale et flexibilité du marché du travail) et le
culturel (tendance à l’homogénéisation culturelle).
Dans la présente phase de la mondialisation, on peut légitimement se demander à quoi peuvent
servir les sociologues. Doivent-ils indiquer la voie à suivre pour changer le monde ou ne seraientils pas plus utiles en concevant des outils adéquats pour analyser les bases nouvelles de ce
système-monde qui se définit souvent derrière d’épaisses portes capitonnées et closes ?
Il nous semble que les analystes comme les militants ont tout à gagner en inscrivant leurs actions
sur des études qui dégagent clairement l’état des forces en présence. Bref, des études qui
indiquent comment l’une de ces forces impose aux autres ses règles du jeu et ses modèles
économique, politique, militaire, culturel et diplomatique. Des études et analyses qui font
nettement ressortir les causes des inégalités et des exclusions sociales ainsi que des divers conflits,
et qui montrent clairement comment la présente phase de mondialisation modifie la capacité
d’intervention des États nationaux.
Sur la base de ces nouvelles connaissances, plusieurs possibilités d’actions sont envisageables et
certaines peuvent même influer sur le cours des choses. Il s’agit là, à notre point de vue, d’une
hypothèse de recherche à envisager sérieusement.
Lexique
DÉFICIT DÉMOCRATIQUE : Conséquence de la mise en place d’un système mondial régi par des accords
internationaux ou des traités de libre-échange ; a eu pour effet de créer des lieux d’arbitrage qui
échappent à la surveillance ou au contrôle des parlementaires des États-nations qui adhérent à
ces accords ou à ces traités. La nouvelle régulation du système mondial est pour l’essentiel le
résultat de négociations entre des représentants du pouvoir exécutif des pays participants, des
technocrates des organisations concernées et des experts ou représentants des firmes
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transnationales. La population et les parlementaires ne sont pas régulièrement informés de
l’évolution des discussions et des négociations, d’où l’existence d’un déficit démocratique dans la
phase actuelle de la mondialisation.
ÉTAT-NATION : L’État réunit par définition trois composantes : une population vivant sur un
territoire donné aux frontières délimitées et une organisation juridico-politique (qui regroupe les
pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire). Derrière chaque État, il y a une population réputée
correspondre à certaines caractéristiques plus ou moins homogènes. L’État contemporain (depuis
la Révolution française) implique l’idée que la population d’un pays forme une communauté qui
est soudée grâce à des liens historiques, linguistiques et culturels. Dans le contexte de la
mondialisation, l’État-nation est concurrencé par d’autres structures de régulation qui débordent
le cadre des identités nationales.
EXCLUSION : Processus par lequel des personnes se retrouvent plus ou moins définitivement exclues
du marché de l’emploi ou dont la situation sur le marché du travail est équivalente à un
mouvement de va-et-vient entre des périodes de travail rémunéré, d’assurance-emploi ou d’aide
sociale.
FIRMES TRANSNATIONALES : Entreprises qui planifient, organisent et exercent leurs activités dans
différents pays à l’échelle de la planète.
GLOBALISATION : Processus par lequel un phénomène s’inscrit dans le système-monde, c’est-à-dire
qui concerne le monde entier.
MÉTHODE COMPARATIVE : Méthode qui vise à établir les différences ou les ressemblances entre deux
ou plusieurs points de vue d’auteurs sur un même sujet de recherche.
MÉTHODE CONCEPTUELLE : Méthode qui vise à définir ou à clarifier le sens et la portée d’un concept.
MONDIALISATION : Phénomène d’origine pluriséculaire qui renvoie à un certain nombre de
processus de types économique, social, politique et culturel qui aboutissent à la constitution d’un
espace global et planétaire.
NÉOLIBÉRALISME : Idéologie qui prône le laisser-faire économique, le désengagement de l’État, la
déréglementation, la privatisation des services publics, la flexibilité du marché du travail et la
remise en question des mesures sociales (le Welfare State).
ORGANISATIONS SUPRANATIONALES : Institutions dont les règles s’imposent et opèrent au-dessus des
États-nations. La mise en place de ces organisations a pour effet de définir un espace politique et
juridique qui réduit la capacité d’intervention de l’État-nation en le délestant d’une partie de sa
souveraineté.
RAISONNEMENT ABDUCTIF : Raisonnement qui sert à formuler une nouvelle hypothèse de recherche.
SOUVERAINETÉ DE L’ÉTAT : Capacité qu’a le pouvoir étatique de se déterminer lui-même et de décider
en dernière limite (autorité suprême au sein d’une société).
SOCIÉTÉ CIVILE : Toutes les organisations dans lesquelles les individus poursuivent des intérêts
communs sans interférence, sans direction du gouvernement ou des regroupements patronaux.
Bibliographie
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Complément à l’ouvrage Savoir plus, 2e éd.
© 2006, Les Éditions de la Chenelière inc.
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