Evaluation des motivations du choix de l`itinéraire thérapeutique des

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Evaluation des motivations du choix de l`itinéraire thérapeutique des
ISSN 2411-6750
Germivoire 2/2015
Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire
thérapeutique des populations de Bouaké
Yao Edmond Patrice KOUAKOU, Université Alassane Ouattara
(Bouaké)
Résumé
L’objectif de ce travail consiste à comprendre les motivations qui déterminent
les choix thérapeutiques des populations. Il ressort des investigations qu’il
existe plusieurs itinéraires thérapeutiques. Mais, deux modes thérapeutiques
focalisent la demande des populations ; il s’agit de la médecine moderne et
de la médecine traditionnelle. Les autres options sont faibles au sein des
populations. Ces résultats sont l’expression de la modernisation de la société
ivoirienne, sans toutefois ignorer que les populations restent accrochées à
leurs traditions médicales indigènes. N’empêche que les populations doivent
encore être sensibilisées sur les questions de santé et qu’il faut accroître la
collaboration entre la médecine moderne et la médecine traditionnelle ; de
même, faut-il procéder à l’encadrement des thérapeutes qui relèvent des
modes thérapeutiques minoritaires ; la santé des populations y étant
rattachée.
Mots clés : Itinéraire thérapeutique, médecine moderne, médecine
traditionnelle, syncrétisme médical, magico-religieux
Abstract
The objective of this job consists in understanding the motivations which
determine the therapeutic choices of the applicants of care of health. It
emerges investigations that there are several route therapeutics. But, two
therapeutic modes focalize the request of populations; it is about modern
medicine and traditional medicine. Other options are weak within populations.
These results are the expression of the modernization of the Ivorian society,
without ignoring nevertheless that populations remain hung on their native
medical traditions. The fact remains that the populations must still be
sensitized on the health questions, that it is necessary to increase
collaboration between modern medicine and traditional medicine; also, it is
necessary to undertake the supervision of the therapists who raise minority
therapeutic modes, the health of populations being attached there.
Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
http://germivoire.net/?ivoire=detailart&idart=413&rub=152 Germivoire 2/2015 Keywords: Therapeutic route, modern medicine, traditional medicine,
medical syncretism, magico-religious
Introduction
« La santé est le bien le plus précieux… ».1 De tout temps et dans toute
société, les individus et les collectivités tentent de la préserver par plusieurs
moyens. Ces moyens sont tant financiers, matériels, spirituels, que médicaux.
La santé est d’autant plus précieuse qu’elle constitue le principal capital dans
la construction de l’individu et de la société. Mais, il se trouve que dans l’effort
d’adaptation de l’individu à son environnement, la maladie intervient comme
facteur contrastant la santé. Alors vient s’établir le processus de reconquête
de la santé dans la mesure où en situation de maladie, les individus sont
incapables d’assumer leurs statuts et rôles sociaux. A juste titre, Marc Augé
considère la maladie comme une forme élémentaire de l’événement2 ; la
maladie est pour ainsi dire une pathologie au double sens, biophysique et
social.3
Dans cette reconquête du statut normal, l’individu prend la ou les meilleures
options pour recouvrer sa santé.4
Il va sans dire qu’il existe dans le paysage sanitaire ivoirien, une pluralité de
médecines ; cette pluralité rend compte de la complexité thérapeutique à
laquelle sont confrontés les individus: la médecine moderne, la médecine
traditionnelle; à côté de ces deux médecines, il y a les autres modes de soin
qui sont entre autres la médecine chinoise, la thérapie magico-religieuse.5
Mais, disons que les individus qui font face à un problème de santé procèdent
à deux types d’évaluation : d’abord l’évaluation de la maladie, et ensuite
l’évaluation des options thérapeutiques. Ces évaluations tiennent compte
également de leur situation socioculturelle et économique. Pour ainsi dire, le
choix d'un itinéraire thérapeutique est influencé par des facteurs propres à
Propos de Dr Cyrille Hulin, hématologue CHU Nancy, au cours d’interviews réalisées en
décembre 2014, lors du Forum AF3M et de la Journée de l’Hypertension dans le
cadre de l’Etude Ifop/Capital Image « les Français et la bonne année ».
2 Cf. Augé, Marc (1983) : Ordre biologique, ordre social. La maladie forme élémentaire de
l’événement, Le sens du mal, Paris : Ed. des Archives contemporaines.
3 Cf. Augé, Idem. Voir aussi : Bonnet, Doris (1988) : Corps biologique, corps social. Procréation
et maladie de l’enfant en pays mossi, Burkina Faso, Paris : ORSTOM.
4 Cf. Memel-Foté Harris (2008) : La santé, la maladie et les médecines
en Afrique. Une approche anthropologique, Les Editions du CERAP,
Abidjan.
5 Le type de traitement de maladies fait par les devins-féticheurs, les marabouts.
1
227 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 l’individu d’une part, et d’autre part par des facteurs qui relèvent de son
environnement.6
Cela dit, les choix orientés vers les divers systèmes de soins ou produits
médicaux obéissent à des logiques.
Logiques qui laissent découvrir les problèmes d’accessibilité aux soins de
santé.7
La question ici est de savoir : comment s’expliquent les choix thérapeutiques
chez les populations de Bouaké ?
Cette question principale se décline en : 1) quels sont les facteurs qui
motivent les choix thérapeutiques chez les populations de Bouaké? 2) quels
sont leurs principaux recours thérapeutiques ?
La réponse à cette question permettra de comprendre les motivations qui
déterminent les choix thérapeutiques des demandeurs de soins de santé ;
l’on pourra de facto identifier les options thérapeutiques auxquelles les
populations de Bouaké adhèrent. Pour y arriver, nous articulerons notre
travail autour de trois (3) parties : il s’agira premièrement de l’approche
méthodologique; ensuite, nous présenterons les résultats de notre enquête ;
et enfin, nous aborderons l’analyse et la discussion.
La méthodologie est la première partie que nous présentons :
1. Approche méthodologique
L’approche utilisée est à la fois qualitative et quantitative. Nous essayons de
saisir le sens donné aux différents recours thérapeutiques.
Nos investigations se sont déroulées dans la ville de Bouaké, située au centre
de la Côte d’Ivoire. Elle compte une population de 542 000 habitants (RGPH,
2014). La collecte des données s’est déroulée dans deux quartiers que sont
Koko et Ahougnanssou. Elle a duré du 17 au 25 août 2015 et s’est faite à
travers un guide d’entretien et un questionnaire. En effet, nous avons eu six
(6) entretiens dont cinq (5) avec les professionnels de la santé : un médecin,
un infirmier, deux herboristes-guérisseurs, un gérant d’officine de
Cf. Boyer et alii, (2004) : Les fondamentaux de l’entreprise, Paris : Editions d’organisation.
Cf. Gruénais,Marc-Eric (1989) : Situations de maladie à Brazzaville, causes urbaines du
désordre social D, Urbanisation et santé dans le tiers monde. Transition épidémiologique,
changement social et soins de santé primaires, Paris : Editions de I’ORSTOM / Abrogoua, Danho
P.et al, (2006) : Profil du conseil thérapeutique antipaludique destiné aux enfants... EDUCI,
Abidjan.
6
7
228 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 pharmacopée chinoise ; puis un (1) entretien avec un pasteur de
communauté chrétienne. Quant au questionnaire, il a été adressé à 422
personnes dont l’âge varie entre 14 et 82 ans; pour ce faire, nous avons été
aidés par quatre (4) étudiants de licence 3 du département de sociologie de
l’Université Alassane Ouattara. Ainsi, nous nous sommes rendus dans des
domiciles, deux centres de santé, des lieux de vente des feuilles médicinales
et une officine de pharmacopée chinoise. Les questions posées étaient
fondées sur les principaux axes suivants: 1) la tradition de soin sollicitée
quand survient un problème de santé, 2) les raisons qui motivent cette
sollicitation. 3) le coût des actes médicaux et le pouvoir d’achat.
2. Résultats de notre enquête
Les données de l’enquête ont permis de faire les commentaires et de dresser
des graphiques selon les items et variables suivants :
2.1. Données relatives aux affections courantes
D’abord, il s’est agi des différentes affections fréquemment rencontrées à
Bouaké (voir graphique 1). Ainsi, nous remarquons que le paludisme est de
loin l’affection la plus présente au sein de la population. Avec un taux de
63,27%, le caractère endémique du paludisme se confirme.
D’autres affections sont aussi présentes, mais leur niveau de prévalence est
beaucoup moindre ; parmi ces affections, certaines sont de type chronique,
ce qui constitue une épreuve permanente pour les malades et leur famille. En
effet, la prise en charge de ces maladies demande des efforts de consultation
et de soins tout aussi permanents. D’autres par contre se caractérisent par
leurs symptômes épisodiques et plus ou moins aigus.
Graphique 1 : Affections présentes dans la population
229 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 Source : nos enquête d’août 2015
2.2 Données relatives à l’itinéraire thérapeutique habituel
L’option thérapeutique des populations en cas de survenue d’une maladie a
été évoquée (voir graphique 2). A ce niveau, l’automédication concerne
11,61% des individus enquêtés. L’automédication, c’est prendre un
médicament de sa propre initiative ; c’est aussi le fait potentiel ou usuel de
s’administrer ou d’administrer un médicament sans avis médical et a fortiori
sans ordonnance.8 On peut en déduire deux formes d’automédication: il y a
l’automédication éclairée c’est-à-dire l’achat ou prise de médicaments par le
conseil du pharmacien, ou par le moyen de l’internet ou d’un
ouvrage scientifique; et l’automédication sauvage qui se fait sans aucune
connaissance en matière médicale. Si la première est admise, car adossée
sur les médicaments conventionnels, la deuxième quant à elle est illégale et
même réprimée ; sa source est non conventionnelle et se déroule sur les
marchés illicites de vente de médicaments ou pharmacies de rue.
Dans le cadre de ce travail, il nous a paru nécessaire de ne prendre en
compte que les enquêtés chez qui cette dernière est presque une pratique
exclusive. Les enquêtés qui pratiquent exclusivement l’automédication sont
consommateurs de médicaments de rue ; ce sont ceux-ci qui nous ont
intéressés quand il s’est agi de l’automédication.
La médecine moderne est bien évidemment l’option thérapeutique la plus
demandée par les malades. Cette dernière est demandée par 41,46% des
malades quand la médecine traditionnelle est sollicitée par 18,72% des
demandeurs de soin de santé. Pour ce qui est de l’utilisation concomitante
8
Cf. Buclin Thierry et allii, (2002) : L'automédication. Pratique banale, motifs complexes,
Génève : Cahiers Médicaux-sociaux.
230 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 des deux médecines précitées, les usagers sont en nombre important,
donnant un taux de 27,48% des individus interrogés.
Quant aux autres recours, ils sont en proportion réduite : Le recours magicoreligieux, c’est-à-dire le recours au service des dévins, féticheurs, marabouts
et assimilés, lui, existe encore et concerne 4,97% des enquêtés ; le
syncrétisme médical, 3,55% ; la médecine chinoise, 1,42% ; la prière de
guérison, 2,36%.
Graphique 2 : Itinéraire médical habituel
Source : nos enquête d’août 2015
2.3. Données relatives au recours thérapeutique lors de la dernière
maladie
Pour vérifier si les normes traditionnelles médicales et le vécu des individus
interrogés sont en adéquation, le recours thérapeutique lors de leur dernier
épisode de maladie a été questionné (voir graphique 3). Les résultats
confirment plus ou moins le graphique ci- haut. En effet, le recours exclusif à
la médecine moderne est dominant (46,91%), vient ensuite le recours
simultané aux deux médecines, moderne et traditionnelle (24,4%) ; le recours
unique à la médecine traditionnelle vient à la troisième position (23,22%) ;
l’automédication qui ne passe inaperçue est toujours à 11,61%. Les autres
recours sont faibles : 0,71% pour le recours à la médecine chinoise, 1,18%
pour le recours-magico religieux, la prière de guérison occupe 1, 89% des
231 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 enquêtés ; quant au syncrétisme des soins, il est pratiqué par 1,65% des
individus.
Graphique 3 : Recours thérapeutique lors de la dernière maladie
Source : nos enquête d’août 2015
2.4. La justification du choix des options thérapeutiques
A la question de savoir, comment se justifie le choix des options
thérapeutiques, les enquêtés ont donné leurs raisons (voir graphique 4): plus
de la moitié (70,14%) ont relevé la raison de l’efficacité. Celle-ci, selon les
individus interrogés (professionnels de la santé, profanes), intègre d’une part
la compétence des soignants et l’efficacité des actes médicaux qu’ils posent,
et d’autre part leur charisme et leur bienveillance. Une autre proportion non
moins importante (19,66%) a lié son option à la raison financière. De plus,
5,45% des personnes interrogées ont avoué que leur choix est guidé par le
souci de gagner du temps ; quand parmi elles, 6,39% disent être motivées
par les questions liées à leurs traditions ; La distance géographique a été
évoquée à un niveau plus faible par 3,79% des enquêtés.
232 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 Graphique 4 : Justification du choix thérapeutique
Source : nos enquête d’août 2015
3. Analyse et discussion
L’analyse et la discussion vont tenir compte des options de soin et les
facteurs qui les déterminent.
3.1. Au niveau des options de soins
3.1.1
L’automédication
La frange de la population qui recourt à l’automédication n’est pas à négliger
(11,61%). Il s’agit ici des personnes qui disent faire exclusivement usage de
cette forme de soin. Ils ont l’habitude de se procurer les médicaments sur le
marché illicite où ils en viennent à faire ancrage dans une sorte de
‘’clientélisme’’, avec un ou des vendeurs érigés d’office en thérapeutes.
L’automédication évite à ceux qui la pratiquent les frais d’une consultation et
des médicaments prescrits ; ceux-ci sont généralement plus onéreux que les
produits en vente libre. Encore, elle leur permet de gagner ou de gérer le
temps dans la mesure où l’on évite les longues files d’attente devant les
salles de consultation. Et puis, c’est une voie qui évite d’exposer son corps ou
certaines maladies quand elles sont honteuses. Cet état de faits tire
principalement sa source de préjugés sur l’institution hospitalière et des
principes socio-culturels qui confèrent au corps humain une sacralité
indéniable et inviolable. En effet, plusieurs personnes voient en l’hôpital une
sorte
de
‘’machine
horrible’’,
dont
elles
gardent
des
souvenirs
233 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 traumatisants9 ; ainsi qu’une peur insoupçonnée du corps médical souvent
accusé pour sa désinvolture envers les patients. Disons en plus que les
individus majoritairement marqués par la tradition, gardent à l’esprit que dans
le système traditionnel de soins, le corps humain est rarement ‘’violé’’,
contrairement à la médecine moderne qui en a fait son principal objet de
travail; et qui le découvre et manipule à souhait. Ce qui est vu comme
indécent. S’ ‘’automédiquer’’ permet donc d’éviter les éventuelles
‘’indécences’’.
Des enquêtés soutiennent que le seul motif qui peut les conduire à une
consultation médicale, est celui d’une intervention chirurgicale, que ne peut
faire la médecine traditionnelle. Celle-ci respectant profondément le corps
humain, l’explore rarement ; elle s’en tient aux déclarations et aveux de ses
patients et propose les soins appropriés.
Mais, se soigner de sa propre initiative comporte beaucoup de risques pour la
santé. Ces risques commencent par le fait que le médicament en
automédication n’est pas le bon10, le patient étant un profane en sciences
médicales. Il peut s’agir aussi de désordres organiques allant des allergies à
l’insuffisance rénale, dus à l’inadéquation du dosage des médicaments ;
ajouté à cela, l’accoutumance médicamenteuse et la tentation permanente de
l’autodiagnostic qui sont des problèmes d’ordre psychologique.
3.1.2. La médecine moderne
La médecine moderne a une forte audience dans la population. Dans une
société moderne, ouverte sur le monde entier, ‘’colonisée’’ par la science et la
technologie occidentales, l’on peut dire que le choix de la médecine
occidentale relève d’une causalité évidente. En effet, les populations
marquées par l’’’occidentalité’’, adhèrent à la médecine qui s’y rattache. En
réalité, les populations sont convaincus par la médecine moderne, vu ses
progrès et l’important appareillage qu’elle utilise dans le traitement et
l’éradication des maladies ; l’approche thérapeutique moderne offrant la
possibilité de connaître avec précision l’affection dont on souffre. C’est
pourquoi, dit monsieur Goli F. : « Aujourd’hui, quand on va à l’hôpital, on peut
connaître sa maladie à partir des examens, et puis les médecins prescrivent
les médicaments qu’il faut ».
Cf. Kontio, R. et allii (2012): Seclusion and restraint in psychiatry: patients’ experiences and
practical suggestions on how to improve practices and use alternatives, in Perspectives in
Psychiatric Care, 48, pp 16-24.
10 Cf. Buclin Thierry et allii, (2002) :
Op. cit.
9
234 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 Cela dit, La médecine occidentale est objective et rationnelle, d’autant plus
qu’elle a l’avantage de se faire accompagner par la technologie ; celle-ci lui
permettant de diagnostiquer et localiser avec précision le mal, mais aussi de
l’extraire. A juste titre, Jeammet P.11 affirme :
« Il semble au contraire que les succès de la médecine, issus de sa
technicité croissante et de son effort de rationalité, n’aient guère
diminué l’investissement magique de la médecine et des médecins,
auxquels on demande plus qu’ils ne peuvent donner et desquels on
attend une protection de plus en plus étendue contre les risques de
la vie ».
Aussi, le parcours de la médecine moderne est-il marqué par des exploits
matérialisés par l’éradication de certaines maladies comme la variole et la
mise à jour de remèdes contre des affections graves, notamment la
tuberculose, le tétanos, le paludisme, etc. Ces exploits achèvent
de
convaincre les populations et les motivent à recourir aux soins modernes
qu’elles jugent efficaces.
Ajoutons qu’en Côte d’Ivoire, les soins de santé moderne ont gagné du terrain
eu égard à l’amélioration de la carte sanitaire et à l’amélioration de certaines
variables démographiques ; en effet, le nombre d’infrastructures sanitaires
s’est accru, ainsi que la proportion de personnes lettrées et le niveau
d’instruction des individus sont en hausse12 (CIA World Factbook, mars
2014)13. Ce qui contribue à accroître l’intérêt pour la médecine moderne.
A côté de la médecine moderne, il y a la médecine traditionnelle.
3.1.3
La médecine traditionnelle
Le niveau de demande de la médecine traditionnelle est important même
dans le contexte d’une société moderne. La perpétuation de la pratique
médicale traditionnelle est due à son ancrage social. En effet, la tradition
médicale indigène en tant qu’habitus14 se transmet de génération en
génération par un processus de socialisation, d’apprentissage, de
transmission du savoir médical de soignant à soigné. Le niveau de sa
demande par la population peut correspondre à la proportion d’individus qui
adhèrent au conservatisme traditionnel; aussi, même dans cette société
Jeammet Ph. et al, (1996) : Psychologie médicale, Paris : éd. Masson, 394p.
Le taux d’alphabétisme en Côte d’Ivoire, selon les statistiques de
l’Unesco : 41% en 2012, 56,9% en 2015.
13 https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/iv.html.
14 Cf. Bourdieu, Pierre (1982) : Les rites comme actes d’institution, in Actes de la Recherche en
Sciences Sociales, 43 : 58-63.
11
12
235 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 moderne, existe-t-il encore des individus qui ignorent la modernité ou qui n’y
croient pas ; en clair, qui évitent de se confier à la médecine occidentale.
Dans cet ordre, mademoiselle Kouadjo A. déclare : « Médicaments
traditionnels là, on est né dedans ; avec ça, on se soigne bien, nos parents
ont fait ça, nous aussi on fait, et puis on guérit » ; un autre, monsieur Diko S.
affirme : « Moi je suis africain, c’est l’indigénat qui va avec moi ». Une autre
raison s’ajoute : le coût des médicaments. Il est jugé accessible ; selon
certains, l’on peut trouver des feuilles ou des médicaments prêts à
consommer à 250 f cfa, 500 f cfa.
Par ailleurs, la formalisation et l’intégration de la médecine traditionnelle au
système sanitaire ivoirien constituent des motifs
d’attrait du modèle
thérapeutique traditionnel. L’effet de modernisation engendré par cette
formalisation a, dans une large mesure mis en confiance les demandeurs de
soins de santé ; ceux-ci ayant le souci de la qualité et de l’esthétique.
Mais force est de reconnaître qu’au niveau de la médecine traditionnelle,
l’objectivité est absente, l’irrationalité étant la règle. Dans certains cas, les
guérisseurs demandent à leurs patients de se faire diagnostiquer par la
médecine occidentale afin d’avoir des informations précises sur le mal dont ils
souffrent, avant de leur donner les remèdes adéquats. Pour ainsi dire, La
médecine traditionnelle a le défaut de s’accrocher encore à ses méthodes
nosologiques et étiologiques anciennes ; elle ne peut inventer d’outils de
diagnostic. Toutefois, reconnaissons que la médecine traditionnelle présente
une relative efficacité et qu’elle est un indicateur d’identité culturelle.
De plus, les données montrent une proportion d’individus qui utilisent
conjointement les deux médecines précitées.
3.1.4
L’utilisation conjointe des soins modernes et des soins
traditionnels
Il s’agit des individus qui ont recours à la fois à la médecine moderne et à la
médecine traditionnelle. La recherche de l’efficacité en est le principal facteur
explicatif. En effet, les individus en procédant ainsi, veulent voir leur guérison
s’accélérer. Pour eux, les médicaments traditionnels, de par leur caractère
naturel et authentique, agissent mieux sur l’organisme et ne laissent aucun
effet secondaire, tonifient l’action thérapeutique des médicaments modernes.
A cet égard, madame Bakayoko M. donne sa position : «Chez moi, quand
236 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 quelqu’un est malade, on fait médicament des blancs avec pour les africains ;
il faut faire les deux pour vite guérir».
Ici encore, disons que la collaboration institutionnalisée entre la médecine
traditionnelle et la médecine moderne induit chez les consommateurs
l’inclination à recourir aux deux types de soins. L’idée véhiculée étant que la
collaboration entre les deux médecines justifie la qualité des produits y
afférant. L’usage conjoint peut donc s’inscrire dans une complémentarité au
bénéfice du malade.
Contrairement à la médecine moderne et à la médecine traditionnelle dont la
demande est importante, les autres recours sont faiblement sollicités.
3.1.5
La médecine chinoise
La médecine chinoise est présente en Afrique et particulièrement en Côte
d’Ivoire depuis le début des années 1960. « Sur le plan international, c’est
une percée de la médecine traditionnelle chinoise », a déclaré le 6
février 2015, Tu Youyou, co-lauréate du prix Nobel 2015 de médecine. En
cela, L’Afrique a été qualifiée par certains de « nouveau terrain de chasse »
ou de « terre promise » pour la Chine. Cela fait partie des stratégies dites de
‘’soft power’’ de la Chine, qu’est la diffusion et la pratique outre-mer de la
médecine traditionnelle chinoise.15
Cependant, au regard des résultats, l’on peut dire que la médecine chinoise
est peu connue et donc peu sollicitée ; les usagers qui ont l’habitude de la
solliciter évoquent les coûts
plus accessibles de ses médicaments par
rapport à ceux des autres médecines. Ainsi, une jeune fille, Traoré F.
soutient qu’avec 1500 francs cfa, elle a pu traiter la grippe dont elle souffrait.
3.1.6
Les pratiques magico-religieuses
Les pratiques magico-religieuses interviennent eu égard à la dimension
spirituelle ou la représentation socio-culturelle liée à la maladie. Cette
pratique intègre entre autres les prières chrétiennes, islamiques, les actes de
fétichisme, de maraboutage. Elle se fonde sur la pensée irrationnelle qui ne
manque toujours pas d’attribuer la maladie à des esprits malveillants ; ou
Cf. Pokam, Hilaire De Prince (2011) : La médecine chinoise au Cameroun, Perspectives
chinoises, [En ligne], http://perspectiveschinoises.revues.org/6293, consulté le 05 novembre
2015.
15
237 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 alors la maladie est liée à un sort qu’aurait lancé un des siens avec qui l’on
serait en rupture. A cet effet, ce sont les prêtres, les pasteurs, les imams, les
marabouts et devins qui sont sollicités. Parlant précisément des pratiques
magico-religieuses, Jeammet ajoute :
«…le chaman est familier des forces de la vie et des forces de la
mort, des forces du bien et des forces du mal et c’est par ces forces
qu’il joue avec la santé et la maladie».16
En conséquence, ces thérapeutes bénéficient de la confiance de ceux qui les
consultent, vu la nature particulière de leurs actes.
Ici encore, faut-il souligner la dualité de la démarche de certains enquêtés; ils
font recours aux soins modernes en même temps qu’ils consultent les devins,
les marabouts et assimilés; si les soins modernes peuvent éradiquer les
symptômes de la maladie, ils ne peuvent cependant en éradiquer le caractère
métaphysique ; alors, force est donnée à une consultation du devin qui a le
pouvoir de déchiffrer et d’éradiquer les germes mystérieux à l’origine du mal ;
celui-ci étant généralement le fait d’un individu. D’ailleurs, certains enquêtés
ont évoqué le concept de « maladies des Africains ». Pour ces derniers, il y a
des maladies qui sont spécifiques aux Africains, étant donné qu’elles
résultent d’ « une main obscure » ; ces maladies, sont causées et guéries
selon des procédés magiques. C’est pourquoi Marc Augé17 dira : « … on
passe du désordre biologique au désordre social »; Andras Zempléni18 a
parlé lui, d’usages sociaux de la maladie à travers les expériences
pathologiques. Dans la pensée traditionnelle, une maladie a toujours une face
mystique qui dépasse l’entendement de l’homme et de la science ; C’est alors
que la lutte contre le diabète par exemple, peut avoir deux dimensions : une
dimension biologique prise en charge par le médecin, et une dimension
métaphysique prise en charge par le devin, le pasteur ou le marabout.
Mais ceux qui recourent à ces pratiques sont mis en minorité, étant donné
d’une part que Bouaké est un milieu urbain, et que d’autre part, la pensée
rationnelle connaît un essor de plus en plus évident au sein des populations.
Jeammet Philippe. et al (1996) : op. cit.
Augé, Marc (1983) : op. cit.
18 Cf. Zempléni, Andras (1986) : La “maladie” et ses “causes”, L’ethnographie, numéro spécial
96-97, 1985, 2-3, Paris : Société d’Ethnographie, CXVI è Année, Tome LXXXI, pp 13-44.
16
17
238 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 3.1.7
Le syncrétisme médical
En outre, les individus enquêtés pratiquent le syncrétisme médical19, mais à
une faible proportion. Nous considérons ici le syncrétisme médical comme
l’usage concomitant d’un ensemble de soins ayant les dimensions
traditionnelle, religieuse et biomédicale.
Faut-il le dire, ce recours traduit généralement la situation de détresse liée à
une maladie chronique et ou grave ; en effet, le malade et ou ses parents,
exténués et contrariés par une maladie difficilement traitables par les
principales médecines, s’abandonnent à toutes sortes de proposition de
remèdes quelle qu’en soit la source ; celle-ci ne constitue plus la
préoccupation, le résultat visé étant que la maladie soit éradiquée. A ce titre,
Rougemont et Brunet-Jailly20 affirment :
« Les malades tendent donc à utiliser tous les recours qui leur sont
accessibles et suivent, dans la mesure de leurs moyens, un peu de
chacune des prescriptions reçues, sans conviction, sans adhésion
préalable ».
Pour ces derniers, chacun arrive en ville avec ses savoirs traditionnels, ses
interprétations de la maladie, ses techniques thérapeutiques ; et que, au
contact des réalités de la ville, naît un syncrétisme culturel qui emprunte à la
fois aux systèmes traditionnels et modernes. L’avènement du syncrétisme
réside surtout dans la persistance d’une pathologie donnée ; c’est dire que
lorsqu’une pathologie persiste, la représentation que l’on a de celle-ci et du
traitement en cours change systématiquement ; et alors, l’itinéraire de soins
change. Ainsi, certains ont-ils commencé par diverses propositions tradithérapeutiques
pour finir par la biomédecine et vice-versa, ou en les
alternant ; ils y associent les pratiques magico-religieuses. Monsieur Dosso A.
dit à propos :
« Souvent quand on est malade, il ne faut pas se limiter à un seul
médicament ; il faut aller voir les Baoulé, les Dioula, les sénoufo, à
l’hôpital, chez les bons marabouts qui voient clair ; eux ils peuvent
vraiment chasser les djinans21 qui fatiguent les gens » ; à cela
monsieur Vanga M. ajoute :
« C’est pas tous les guérisseurs qui connaissent bon médicament, donc il
faut aller voir plusieurs guérisseurs ; et puis il faut avoir médicament pour
boire, pour se laver, pour faire lavement, pour se protéger ».
Le syncrétisme médical est la combinaison plus ou moins hétérogène de remèdes issus de
plusieurs systèmes sanitaires.
20 Rougemont A., Brunet-Jailly J. (1989) : Planifier, gérer, évaluer la santé en pays tropicaux,
Paris:Doin.
21 Djinan, du bambara : génie ou esprit malveillant.
19
239 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 3.2. Au niveau des déterminants des options de soins
3.2.1 La recherche de l’efficacité
Ajoutons
qu’aujourd’hui,
l’efficacité
apparaît
comme
une
variable
incontournable dans le choix de l’itinéraire thérapeutique. Les individus en
phase de conquête de leur santé, se dirigent là où ils pensent trouver une
réponse adéquate et efficace à leur mal. A ce titre, la médecine moderne a
plus d’audience (plus de 40% des enquêtés) au sein de la population.
3.2.2
Les moyens financiers
Par ailleurs, les moyens financiers continuent de fonder l’argument d’un
nombre assez considérable des individus (19,66%). Ainsi deux situations se
présentent: d’une part, les individus optent pour les médicaments traditionnels
parce qu’ils sont moins chers ; d’autre part, ils évitent d’aller dans les centres
hospitaliers parce qu’ils trouvent les coûts des consultations, des examens et
des médicaments élevés. Une contrainte majeure en découle : la pauvreté
oblige les malades à emprunter un itinéraire thérapeutique donné, même
quand ils savent qu’il ne répond pas à leur attente. Pour ainsi dire, des
personnes sollicitent les services des guérisseurs traditionnels parce qu’ils
n’ont pas les moyens suffisants pour supporter les coûts des consultations
dans les centres hospitaliers, des examens bio-médicaux et des
médicaments ;
ceux-ci reviennent chers pour la grande majorité des
populations qui ne bénéficient pas de couverture sociale.
3.2.3
La distance géographique et le gain de temps
Attendre devant une salle de consultation l’arrivée d’un médecin, attendre son
tour de consultation dans une longue file d’attente, faire le tour des
laboratoires pour des analyses, ou encore faire de longues distances pour
atteindre un centre de santé apparaissent pour biens de gens comme un
véritable supplice. La perte de temps qui en découle est un handicap pour les
activités économiques. C’est pourquoi l’automédication se présente comme
une alternative aux consultations médicales. En effet, pour la plupart de ceux
qui la pratiquent, la proximité est une règle. Ils achètent leurs médicaments
dans des lieux proches de leur domicile, soit directement dans une pharmacie
conventionnelle, soit sur le marché illicite des médicaments.
La proximité permet non seulement de faire l’économie d’une distance
physiquement et financièrement éprouvante, mais aussi de faire l’économie
de temps ; toutes choses qui contribuent à l’efficacité économique.
240 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 3.2.4
La Tradition
La tradition est une variable qui pèse souvent dans le choix de l’itinéraire de
soins. La tradition est un lien qui maintient ses adeptes à leurs origines. Elle
ne meurt pas, elle ressurgit toujours et affectent tous les domaines de la vie.
Les soins de santé
n’y échappent pas, et l’option thérapeutique y est
fondamentalement liée. Car a priori, les maladies ne sont pas objectivement
saisies. Des constructions mentales y sont liées, tirant leur source de la
tradition. Les représentations que l’on s’en fait modulent les conduites
individuelles.22 Le conservatisme culturel est encore bien présent dans la
population.
En tout état de cause, référence faite à la théorie des motivations23 et à la
théorie du choix rationnel24, nous pouvons dire que les choix des individus et
des communautés sont toujours pensés et motivés. Les choix ne sont ni
accidentels, ni naïfs.
L’intérêt pour la théorie des motivations réside dans le fait qu’aucun individu
ne veut se laisser détruire par la maladie ; en d’autres termes, l’anthropologie
des soins montre qu’il existe chez l’homme l’instinct de survie qui est le
moteur de la démarche et de l’activité de soins. C’est l’instinct de survie qui
crée le reflexe à l’origine de la non acceptation de la maladie et de la mort, et
qui fait réagir l’homme en l’amenant à combattre la maladie quand elle
apparaît.
Notons par ailleurs que les choix des itinéraires thérapeutiques sont précédés
de l’évaluation des champs de leurs besoins, de leurs possibles, ainsi que
l’évaluation des possibles que leur offre la société à travers ses diverses
structures. Les individus sont toujours mus par la volonté de sortir de leur
morbidité ; à cet effet, ils s’offrent en fonction de leurs moyens, les soins qu’ils
croient efficaces pour traiter leurs maladies. L’Homme agit de manière
rationnelle lorsqu'il est question de prendre des décisions. Les décisions sont
fonction de l'utilité qui en découle. L’agent regarde en fait le bénéfice qu'il est
possible d'obtenir à partir de chaque décision. Ce faisant, la rationalité n'est
pas identique pour tous les acteurs, elle dépend des préférences et du revenu
de chacun, et elle est dépendante de la notion de temps. De plus, si ces deux
personnes n'ont pas les mêmes informations clés pour prendre la décision, il
est normal qu'elles fassent des choix différents.
Cf. Kouakou, Yao Edmond P (2015) : Rôles des représentations sociales dans le recul de l’infection
à vih en Côte d’Ivoire, in Revue Sociétés & Economies n°5, Abidjan.
23 Cf. Maslow, Abraham (1943) : Une théorie de la motivation humaine, in Psychological Review,
Vol 50, 370-396.
24 Cf. Becker, Gary (1964): Le capital humain, une analyse théorique et empirique, in
Encyclopædia Universalis.
22
241 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 D’une manière générale, les agents ont un comportement rationnel dans la
mesure où tenant compte d’un certain nombre de préférences et de
circonstances, leur comportement vise le plus grand profit ou le moindre mal.
Les résultats de l’étude montrent une adhésion évidente des populations aux
soins de santé modernes, ce qui traduit de facto leur adhésion à la politique
sanitaire de l’Etat ivoirien.
Conclusion
Partie de l’objectif qui est de comprendre les motivations qui déterminent les
itinéraires thérapeutiques des individus, notre étude a été menée à travers
une approche à la fois qualitative et quantitative. Le recueil des données
s’est fait dans des domiciles, centres de santé, lieux de vente de feuilles
médicinales et une officine de médicaments chinois. Il ressort de nos
recherches que l’itinéraire thérapeutique se présente sous une forme multiple.
Chaque itinéraire ou option thérapeutique est la traduction des perceptions de
la maladie et de l’option suivie, mais aussi des autres options. Il traduit
également les conditions socio-culturelles et sanitaires des individus. Il existe
une pluralité de traditions médicales; mais, la médecine moderne et la
médecine traditionnelle semblent cristalliser la demande de soins. L’efficacité,
le pouvoir d’achat, l’économie de temps, l’économie de distance, et la
tradition sont les principaux facteurs qui déterminent le processus de soins.
Les autres modes thérapeutiques qui ressortent du syncrétisme ou qui
révèlent la dimension spirituelle de la santé et de la maladie sont minoritaires.
Cela dit, l’Etat ivoirien se doit d’améliorer la carte sanitaire à l’effet de
rapprocher les infrastructures sanitaires des populations ; aussi, convient-il de
renforcer la collaboration entre la médecine moderne et la médecine
traditionnelle, tout en améliorant cette dernière. Par ailleurs, l’encadrement
des acteurs des systèmes de soins les moins sollicités participerait à
l’optimisation de la santé publique en Côte d’Ivoire
242 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 Bibliographie
Ouvrages :
Abrogoua, Danho P. et al, (2006) : Profil du conseil thérapeutique
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Augé, Marc (1983) : Ordre biologique, ordre social. La maladie forme
élémentaire de l’événement, Le sens du mal, Paris : Ed. des Archives
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in Encyclopædia Universalis.
Bonnet, Doris (1988) : Corps biologique, corps social. Procréation et maladie
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Boyer et al, (2004) : Les fondamentaux de l’entreprise, Paris : Editions
d’organisation.
Buclin Thierry et al, (2002) : L'automédication. Pratique banale, motifs
complexes, Genève : Cahiers Médicaux-sociaux.
Gruénais, Marc-Eric (1989) : Situations de maladie à Brazzaville, causes
urbaines du désordre social D, Urbanisation et santé dans le tiers
monde. Transition épidémiologique, changement social et soins de
santé primaires, Paris : Editions de I’ORSTOM.
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Luxereau, Anne (1989) : Le corps vivant, la santé, les remèdes à Maradi
(Niger), Urbanisation et santé dans le tiers monde, transition
épidémiologique, changement social et soins de santé primaires, Paris :
Editions de I’ORSTOM.
Memel-Foté, Harris (2008) : La santé, la maladie et les médecines en Afrique.
Une approche anthropologique, Abidjan : Les Editions du CERAP.
Rougemont A., Brunet-Jailly J., (1989) : Planifier, gérer, évaluer la santé en
pays tropicaux, Paris : Doin.
243 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké
Germivoire 2/2015 Articles et thèses :
Bourdieu, Pierre (1982) : Les rites comme actes d’institution, in Actes de la
Recherche en Sciences Sociales, 43 : 58-63.
Brunet-Jailly J., Coulibaly S.O., Diarra K., Koita A. (1989) : Le financement
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experiences and practical suggestions on how to improve practices and
use alternatives, in Perspectives in Psychiatric Care, 48, pp 16-24.
Kouakou, Yao Edmond P (2015) : Rôles des représentations sociales dans le
recul de l’infection à vih en Côte d’Ivoire, in Revue Sociétés &
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Maslow, Abraham (1943) : Une théorie de la motivation humaine, in
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Ruratotoye, Benoît (2008) : La fonction psychothérapeutique des églises
chrétiennes nouvelles au Rwanda après le génocide des tutsi en 1994,
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8.
Zempléni, Andras (1986) : La “maladie” et ses “causes”, L’ethnographie,
numéro spécial 96-97, 1985, 2-3, Paris : Société d’Ethnographie, CXVI
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Site web :
Pokam, Hilaire De Prince (2011) : La médecine chinoise au Cameroun,
Perspectives
chinoises,
[En
ligne],
http://perspectiveschinoises.revues.org/6293, [05.11.2015].
244 Yao Edmond Patrice KOUAKOU : Evaluation des motivations du choix de l’itinéraire thérapeutique des populations de Bouaké