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« Manger, le souci quotidien du soldat,
l’alimentation des troupes… »
Pierre EVENO
Membre de La Sabretache
MANGER
LE SOUCI QUOTIDIEN DU SOLDAT,
L’ALIMENTATION DES TROUPES
“ L’art de vaincre est perdu sans l’art de subsister ” - FREDERIC II
Pierre EVENO
Membre de la Sabretache
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P. EVENO
Manger est une des préoccupations
quotidiennes du soldat en campagne. Cet
acte élémentaire qui permet de conserver
son équilibre physiologique n’a pas
toujours été une évidence à travers
l’histoire.
Aujourd’hui et depuis la seconde guerre
mondiale le concept d’un emballage dans
lequel un combattant trouve le nécessaire
pour se sustenter pour un jour est
rassemblée dans “la ration de combat” qui
résout en grande partie cette préoccupation.
Avec l’aide d’un crapahuteur l’invention
de Monsieur APPERT* se conjugue dans
plus de dix menus pour le bonheur des
papilles.
Cette
petite
étude
vous
propose
modestement, une compilation des diverses
sources d’information sur l’alimentation des
troupes dans ses diversités et ses quantités à
travers les textes officiels qui fixent les
limites ainsi que des témoignages sur ce
sujet.
Pierre EVENO
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P. EVENO
L’ANCIEN REGIME
L’ALIMENTATION CONDITIONNEE PAR LA SOLDE
Dans les nimbes de la guerre de cent ans la solde perçue par le capitaine est censée pourvoir à
l’entretien du soldat sans que soit fixée une quelconque ration. En réalité c’est le droit de prise
avec ses pratiques brutales.
Les bandes de gens de guerre tant à cheval qu’à pied “ ont mangé gratis et consommé presque
tous les biens des habitants du dit pays, battu, mutilé, murdoyé, boulé maisons, forcé filles
pucelles et mariées, pillé, rançonnés et fait des mots formidables sans avoir crainte de Dieu ni
de justice, ni personne qui y donna ordre ni police... ” Les plaintes des Etats obligent le
pouvoir à légiférer et à identifier les responsables des troupes en déplacement : Capitaines,
Commissaires et Conducteurs de gens de guerre, ainsi que les responsables civils : Consuls,
Syndics et Diocésains chargés de rassembler “ munitions∗ et estapes∗ à moindre foule et
dépense que ce faire se pourra ”. Le règlement sur la fourniture des étapes du 3 février 1526
est la volonté d’une remise en ordre où les rations de vivres ne sont qu’évoquées. Mais dès
lors celles-ci se conjuguent avec l’étape. Pour l’essentiel les premiers textes ont le souci du
respect des populations et de discipliner le soldat qui, s’il s’écarte de la route “ tenant le
champ et mangeant la poulle peut être pendu et étranglé ou tel autre grief ou punition ”.
L’ordonnance du 12 novembre 1549 augmente la solde et confirme le principe de laisser au
soldat l’initiative de son approvisionnement “ faire apporter vivres des villes et villages
circonvoisins des dits passages, lesquels vivres ceux de la dite compagnie achèteront de gré à
gré ”. La création du Taillon supplément à la Taille est en principe une augmentation de la
solde pour subvenir aux besoins alimentaires de la troupe. Bien vite il est détourné pour
d’autres utilisations. L’ordonnance de 1549 confirme pourtant “ que le peuple ne sera pas
tenu à aucune fourniture des vivres ”
Il faut attendre 1573 en pleine guerre de religion pour voir indiquer précisément la ration du
soldat au taux de : deux pains, deux pichets d’un litre environ, d’une livre et demie de chair.
Le capitaine touche six fois la ration, le lieutenant quatre fois, l’enseigne trois fois, le sergent
deux fois et le caporal une fois et demie.
APPERT Nicolas François 1750- 1841
Créateur d’un procédé de conservation des aliments (appertisation)
MUNITION
On distingue les munitions de guerre (poudre, boulet, bombes, balles, grenades) des munitions de bouche (vivres,
fourrages) dont la principale est le pain distribué aux troupes qui pour cette raison s’appelle pain de munition
(encyclopédie méthodique - 1787).
ETAPES
Mot dérivé d’un radical germanique :
- Stapel : amas, tas, monceau, chantier, magasin, entrepôt, foire, étape.
- Stapeln : amasser, entasser, amonceler...
Du bas latin stapula qui devient espape, estape = place publique où les marchands étaient obligés d’apporter
leurs marchandises pour les vendre. Par extension étape se dit d’une ville de commerce puis d’un lieu où
s’arrêtent les troupes en marche pour s’approvisionner en vivres et fourrages et gîter chez l’habitant, contribution
en nature qui lui est imposée.
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P. EVENO
L’ALIMENTATION ADMINISTREE
La rationalisation des vivres, d’ailleurs comme l’habillement se systématise avec la monarchie
administrative bourbonienne. RICHELIEU pose le principe “ l’Etat doit assurer la
subsistance du soldat ” - ordonnance de 1629. Le code MICHAUD sur 461 articles, 27
concernent le service des étapes. Le soldat ne recherche plus sa pitance, elle lui est fournie
sans paiement. “ Deux livres de pain par jour, une livre de chair, une pinte de vin ou autre
boisson selon le lieu, mesure de Paris par les commissaires des villes ”.
Ces dispositions sont mal appliquées. Abus et désordres provoquent toujours la misère de la
population lors du passage des troupes. “ Il se trouve en histoire beaucoup plus d’armées
péries faute de pain et de police que par l’effort des armes ennemies... ” (Testament politique
de RICHELIEU).
Le pouvoir constate l’échec et annonce en février 1633 dans une ordonnance que les gens de
guerre doivent payer leur nourriture et ordonne le paiement ponctuel des monstres*. De 1638
à 1645 après les errements précédents une organisation de la fourniture des vivres avec
retenue sur la solde s’établit. Ainsi la ration fixée par le code MICHAUD en pain, viande,
boisson est confirmée par les règlements du 14 février 1633 et 26 mars 1636 soit 24 onces
pour le pain. Cela n’empêche pas les occasions d’enlever des légumes, des volailles et tout ce
qui peut contribuer à rendre la nourriture meilleure.
“ ...Nous avons manqué de pain trois jours entiers, à savoir le jour du combat et les deux
suivants, et la fourniture en est encore si mal établie depuis ce temps là qu’à peine en avons
nous pu avoir une demi ration par jour, et avant-hier notre camp fut en telle nécessité que
j’abandonnai ma table aux soldats avec toutes mes provisions de viande, de pain et de vin, fis
tuer plusieurs bœufs et acheter tout le pain et le vin des vivandiers, avec quoy j’assouvis un
peu la faim et apaisai la mauvaise humeur des misérables drilles ” HARCOURT à MAZARIN
le 1er juillet 1645.
LE TELLIER reprend le principe posé par RICHELIEU, en mettant en charge de l’Etat la
subsistance des soldats et pour éviter le gaspillage il fixe le maximum des denrées distribuées.
Il organise le service soit directement par l’Etat ou la régie ou l’entreprise. En quartier d’hiver
les soldats sont directement nourris par les habitants à qui l’on tient compte des dépenses sur
ce qu’ils doivent de la Taille. Le pain n’est donné qu’à l’Infanterie aux seuls “ présents et
effectifs ”. Le cavalier lui, doit se procurer sa nourriture. Le Roi déduit de la solde pour le pain
un sol (règlement du 4 novembre 1651).
L’administration royale discipline et pourvoit aux besoins de l’armée, jusqu’à empiéter sur
l’autonomie de décisions de campagne des chefs militaires. “ Les tambours et les trompettes
ont beau faire, les boulangers règlent le pas du soldat ”.
“ La nécessité des vivres est la première chose à laquelle un prince doive penser ” LOUIS
XIV à COLIGNY le 15 août 1664. Alors que le Roi a pris le pouvoir depuis plus de trois ans,
il émet une ordonnance le 12 novembre 1665 qui récapitule celles de 1636 à 1648. Ses neuf
premiers articles traitent des rations en fonction des grades et de l’arme comme pour la solde.
La ration du fantassin devient l’unité de compte : “ deux pains de douze onces chacun, cuit et
rassis entre bis et blanc. Une pinte de vin, mesure de Paris, crû du lieu ou un pot de cidre ou
de bière mesure et crû du lieu. Une livre de chair, veau, bœuf, mouton, pourceaux selon le
lieu ”.
* MONSTRE : revue et inspection détaillées. Du latin monstrare qui deviendra montrer
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P. EVENO
TAUX DES RATIONS
ordonnance de 1665
PAIN
VIN
VIANDE
(1)
(2)
(3)
(1) 12 onces chacun, cuit et rassis
entre bis et blanc
Gendarme
6
4
4
(2) pintes, mesure de Paris, crû du
lieu.
Chevau-léger
Fantassin
4
2
3
1
3
1
(3) livres de veau, bœuf, mouton ou
pourceau.
Entre les décisions et la réalité, même après les grands ministères de LE TELLIER et
LOUVOIS source de référence dans le domaine des vivres, VAUBAN juge la manière dont
sont traités les soldats “ logés comme des porcs, à moitié nus, mourant de faim ”.
Les chefs militaires, dans leur majorité, se désintéressent de l’alimentation des troupes :
“ Incapable d’aucun détail de subsistance, de convoi, de fourrage, de marche, qu’il
abandonnait à qui de ses officiers généraux en voulait prendre la peine ”. SAINT SIMON à
propos de VILLARS.
Le manque de rigueur, le gaspillage, l’imprévision dans les effectifs et la crise économique
conduisent la Régence à la suppression des étapes. L’ordonnance du 15 avril 1718 supprime
les étapes des gens de guerre avec augmentation de la solde. Cette nouvelle organisation
rappelle celle du XVIème siècle : la troupe se procure sa nourriture à sa convenance avec la
solde. L’administration encadre les prix et les taux des vivres en pain, viande, vin, sont
affichés et révisables tous les trois mois. Les officiers sont responsables de
l’approvisionnement et doivent obliger la troupe “ de faire ordinaire et tous les jours de la
soupe ”. La ration de pain portée de 24 à 28 onces ne doit pas coûter plus de 2 sols.
L’augmentation de la solde n’est pas suffisante, aussi, les soldats exigent de leur hôte :
volailles, légumes et autres denrées. Aussi, le pouvoir décide le “ rétablissement et nouveaux
règlements sur les étapes ”, le 13 juillet 1727. Cette ordonnance renoue avec les textes du
règne précédent. Sur soixante articles, les vingt premiers sont consacrés aux rations de vivres
et de fourrages.
_________________________________________
Mesures de capacité liquide :
Pinte de Paris = 2 chopines (0,932 litre)
Chopine = 2 demi - setier
½ setier = 2 poissons
Poisson = 2 demi - poissons
½ poisson = 2 roquilles
Mesures pondérales :
1 livre = 2 marcs = 16 onces = 128 gros = 384 deniers = 9216 grains = 489,51 gr
1 once = 30,59 g
Monnaie :
Louis d’or = 24 Livres
Ecu d’argent = 6 Livres
Livre = 20 Sous ou Sols
Sou = 12 deniers
Sou ou Sol du latin solidus sous-entendus nummus, proprement monnaie épaisse par opposition à la monnaie
bractéale, puis monnaie d’or et d’argent.
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P. EVENO
VALEUR
DE LA
RATION
Fantassin
Cavalier
Dragon
Gendarmerie
maison du Roi
PAIN
VIN
VIANDE
(1)
(2)
(3)
en onces en pintes
24
1
36
1,5
24
1
48
2
TAUX DES
Capitaine
RATIONS
à
PAR GRADE
Lieut.Colonel
12
Gardes Françaises
Gardes Suisses
Infanterie
6
Cavalerie légère
6
Maison du Roi
en livres
1
2
1,5
(1) pain cuit et rassis entre bis et blanc.
(2) mesure de Paris ou pot de cidre ou de bière.
(3) bœuf ou veau ou mouton.
2,5
Sergent
Exempt
10
Sous-Lieut.
Enseigne
Cornette
6
2
Caporal
Soldat
Tambour
1
4
4
3
3
2
2
1
1
8
6
3
1
Lieutenant
La subsistance des troupes se retrouve entre les mains de financiers (entrepreneurs,
munitionnaires). Malgré les “ Rêveries ” du maréchal de SAXE qui s’intéressera aux moins
sublimes de l’art militaire : les subsistances, rien ne bougera jusqu’à la veille de la Révolution
Française dans la ration du soldat si ce n’est que le système s’altère. Les “ généraux des
farines ” comme les frères PARIS feront une fortune sur la faim du soldat tout en provoquant
la disgrâce des généraux.
Ces munitionnaires n’ont pas bonne presse : “ Si la cour fait entrer dans ces vues
économiques la réforme des étapes, laissera-t-elle subsister les munitionnaires dont les
monopoles ont si souvent excité les rumeurs des soldats et l’indignation des chefs ? Pourquoi
ne pas donner au soldat la liberté d’acheter son pain, comme il a celle d’acheter celui qu’il
met dans sa soupe, sa viande, ses légumes,...Je ne doute pas que le Roi ne gagnât
considérablement à réformer toute l’administration munitionnaire et à tenir compte au soldat
du prix du pain, au taux de la police de la ville où il serait, et sa paie serait en conséquence ”
DANGUY de la MENAYE, ancien capitaine au Régiment de BASSIGNY.
Pourtant un mode d’organisation des cuisines des caporaux et soldats, sous le terme
«ordinaire », est proposé par les ordonnances du 20 mai 1764 puis du 1er janvier et du 1er
février 1766. Cette sorte de coopérative, dont il faut attendre l’ordonnance du 25 mars 1776
pour que soient posées les bases de l’organisation et les règles de fonctionnement, est sous la
responsabilité des capitaines commandants de compagnie :
« Ils établiront des ordinaires réglés et tiendront la main à ce que tout l’argent du prêt soit
bien et économiquement employé pour la nourriture … L’officier de semaine examinera les
provisions que les chefs d’ordinaire auront achetées pour la nourriture, se fera rendre compte
des prix et assistera quelquefois aux repas de la chambrée, pour s’assurer que tout se passe
régulièrement » (art. 9 et 10 du titre VI de l’ordonnance).
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P. EVENO
Toute la solde des hommes, sauf les masses de boulangerie, de linge et chaussure doit être
versée à l’ordinaire :
« La retenue pour le pain et celle réglée pour le linge et chaussure prélevées, Sa Majesté
ordonne très expressément que tout le reste de la solde des soldats, cavaliers et dragons,
chasseurs et hussards, soit mis à l’ordinaire et employé à leur nourriture ; défendant à tous
les officiers, sous peine d’être cassés, d’ordonner, permettre ou tolérer que quelque partie de
la solde, quelque modique qu’elle puisse être, soit employée à d’autres objets » (art. 24 du
titre I de l’ordonnance).
Malgré ces attentions, “ L’on sait assez qu’aucun soldat en Europe n’est aussi mal payé,
nourri, vêtu, guéri et logé. Sa paye est si modique qu’elle ne peut pas suffire à sa nourriture.
En effet, ôtez d’abord 2 sols pour la ration de pain qu’on lui donne, pain qui est si mal fait et
d’une mauvaise qualité qu’il ne peut pas servir à sa soupe. Otez ce qu’il faut que le soldat
paye pour se faire raser, blanchir, pour le tabac qu’il prend, pour les balais, la lumière dont
on a besoin dans la chambre, le sel et le pain pour la soupe et vous ne concevez pas aisément
qu’il soit possible que 4 sols et 4 deniers qui lui restent, après avoir payé le pain que lui
fournit le Roi, puissent suffire pour les dépenses minutieuses mais presque toutes journalières
que nous venons de détailler et dans lesquelles nous n’avons compris ni la viande, ni les
légumes qu’il faut chaque jour pour le faire vivre. Le soldat français en 1785 n’est encore
payé à peu près que comme le soldat d’HENRI IV, il y a près de deux cents ans. Cependant, il
y a au moins vingt fois plus d’argent dans le royaume qu’il n’y en avait alors. ” Encyclopédie
Militaire de 1787 à la rubrique Subsistances.
A la sortie de la guerre d’Amérique et avec une dette exponentielle une économie budgétaire
s’impose. C’est dans cet esprit que parait le 1er avril 1788 un règlement sur les vivres : les
unités par le système des masses “ seront et demeureront chargées de pourvoir par ellesmêmes ” article I. Il est trop tard, le système échafaudé par le pouvoir royal est vicié par la
façon de pourvoir : la vénalité, tare de la monarchie besogneuse qui livre le domaine public à
l’exploitation des acquéreurs d’offices. A quoi, la Révolution Française va mettre un terme en
abolissant dès 1790 la vénalité des offices et les fermes.
Voyons par le détail les différentes composantes de la ration du soldat, qui évolue suivant
trois situations :
- celle distribuée soit en temps de paix, soit sur le pied de guerre, dans l’intérieur du
royaume ou aux armées à savoir le pain de munition et les fourrages.
- celle accordée sur le pied de guerre : la viande, le riz ou les légumes secs et le sel.
- celle distribuée exceptionnellement en temps de paix ou en campagne qui sont : le
vin, l’eau-de-vie, le vinaigre.
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P. EVENO
LE PAIN DE MUNITION
L’ORIGINE DE LA FOURNITURE :
C’est la première denrée dont les provinces avaient la charge de fournir aux troupes sur tous
les points où elles devaient se réunir et camper. Le défaut de vigilance de la part des autorités
civiles met ces troupes parfois en manque. En 1574 devant Lusignan, M. de MONTPENSIER
qui commande les troupes du Roi se trouve devant ce défaut de vivres. Aussi il charge un
entrepreneur le Sieur AMAURY, de la ville de Niort de fournir à forfait du pain après en avoir
déterminé le prix. Le poids de la ration est fixé à 32 onces. Cette nouvelle mesure adoptée
uniquement pour le pain, n’est mise en activité que pour les troupes rassemblées dans une
campagne de guerre. En stationnement ou en garnison rien n’est fourni au soldat qui vit au
moyen de sa solde.
Le Roi n’a jamais d’approvisionnement permanent. Si un conflit s’annonce il fait l’avance
auprès d’un munitionnaire pour monter son service, qui aussitôt la guerre terminée voit son
traité résilié.
Sous LOUIS XIV le pain de munition est fourni en nature aux troupes du 1er mai au 30
octobre “ Sa Majesté entend qu’il ne soit fourni au soldat et à l’officier en garnison et en
quartier d’hiver que le lit garni suivant le pouvoir de l’hôte, et place au feu et à la chandelle
dudit hôte, et que, moyennant la solde qui leur sera payée et le fourrage qui sera fourni pour
les chevaux de la cavalerie, les soldats et officiers se pourvoient de toutes choses nécessaires
à leur subsistance et ne puissent exiger quoi que ce soit, sous aucun prétexte, à peine de la vie
pour les simples soldats, et pour les officiers d’être privés de leurs charges ” Une exception
de 1702 à 1706 motivée par des circonstances dramatiques : l’Europe coalisée fait subir des
revers à la France. Le pain de munition est fourni en nature aux troupes tenant garnison dans
les places.
Vingt cinq ans plus tard à partir de 1727 la ration de pain de munition est fournie de tout
temps : aux armées, dans les places, les garnisons et cantonnements.
LA COMPOSITION :
Toutes les ordonnances rendues parlent de pain entre bis et blanc sans entrer dans le détail. Il
faut attendre la fourniture régulière en 1727 pour trouver une description claire. Le pain de
munition est composé de deux tiers de froment et d’un tiers de seigle, sans extraction de son.
Cet usage de fabrication subsiste jusqu’en 1776.
L’ordonnance du 22 mars stipule qu’à partir du 1er août suivant, le pain doit être composé de
moitié froment et moitié seigle dont les farines seront blutées à raison de 20% d’extraction de
son. Vu les difficultés rencontrées dans la fabrication et l’approvisionnement en seigle rare et
médiocre, en 1778 l’ordonnance du 18 septembre déclare que ce mélange n’était qu’un essai.
Désormais le pain se compose d’un mélange de trois quarts de froment et d’un quart de seigle.
LE POIDS DE LA RATION :
Il est fixé en 1574 à 32 onces puis réduit à 24 en 1651. En 1718 il est porté à 28 onces pour
être ramené à 24 onces en 1727. Pendant la Guerre de Sept Ans en 1758 au commencement de
la campagne il est accordé à chaque soldat et bas-officiers un supplément sans retenue de
quatre onces de pain par ration tant en campagne qu’en garnison. Cette gratification est
maintenue jusqu’en 1790. Ce qui porte la ration à 28 onces.
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P. EVENO
LE TARIF DES DISTRIBUTIONS :
L’officier ne perçoit pas de pain de munition. Il doit vivre au moyen de sa solde en temps de
paix. Aux armées où dans les camps, il perçoit un nombre de rations suivant son grade,
sachant que la ration de base est celle du soldat.
LA RETENUE DU PRIX :
Elle est de 1 sol en 1651 et de 2 sols en 1727 par ration. Ce qui donne l’idée d’une masse de
boulangerie sous LOUIS XV. Ces deux sols par homme et par jour sur le pied de paix ou de
guerre sont retranchés de la solde. Cette masse financière reste entre les mains du trésorier de
l’extraordinaire des guerres qui la verse à la régie ou à l’entreprise. Si la ration coûte plus, la
différence est soldée par le trésor royal. En 1788, la masse de boulangerie est fixée à 51
Francs par an et par homme, soit 30 deniers la ration.
LA DISTRIBUTION :
Elle se fait tous les quatre jours à raison de deux pains par homme. Le pain rassis doit peser
48 onces soit la valeur de deux rations. Le pain de munition peut se garder six jours en été et
huit en hiver.
La veille d’un déplacement vers les frontières, il est distribué six jours de subsistances soit 4
jours de pain de munition et 2 jours de biscuit.
Le pain prévalu sur le biscuit malgré les insistances du Maréchal De SAXE “ il ne faut jamais
donner le pain aux soldats en campagne, mais l’accoutumer au biscuit, parce qu’il se
conserve cinquante ans et plus dans les magasins, et qu’un soldat en emporte aisément avec
lui pour quinze jours. ” Mémoires - 1732.
LE BISCUIT :
La pâte est identique au pain de munition épuré d’une plus grande quantité de son et avec
moins d’eau dans la préparation.
Le poids de la ration est de 18 onces.
LA VIANDE
L’ORIGINE DE LA FOURNITURE :
La viande n’est accordée que sur le pied de guerre. Une exception en 1698 pour le
rassemblement du camp de Compiègne voulu par LOUIS XIV. L’ordonnance du 18 août 1698
ordonne qu’il soit fourni une demi-livre par jour aux soldats.
Le soldat se procure sur sa solde auprès des bouchers ou vivandiers qui suivent l’armée.
LOUVOIS fait cesser cette situation en passant des marchés comme pour le pain. Cette
sollicitude ne s’effectue que pour l’Infanterie et il diminue d’autant la solde de campagne du
fantassin. “ Je crois qu’il est inutile de dire que dès que les pois et les fèves seront bons, il
faudra cesser de donner de la viande ” LOUVOIS au Maréchal De CREQUY.
Il en coûte 3 sous en 1727 et 3 sous et 6 deniers en 1768 pour une ration de huit onces.
Cette fourniture est incertaine, il faut attendre ARGENSON pour la rendre régulière pendant
la guerre de succession d’Autriche. Un marché de viande pour les armées de Flandres,
Allemagne, Pays Messin est passé en 1743 pour trois livres de viande par semaine du sergent
au soldat, fantassin ou cavalier.
____________________________________
VIANDE : vient de VIVANDE (nourriture quelconque) d’où VIVANDIER = commerçant en nourriture suivant les troupes.
VIVANDE du bas latin VIVANDA, vivres, nourriture, aliment en général. Du latin VIVERE, vivres.
P. EVENO
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LE TAUX DE LA RATION ET MODE DE FOURNITURE :
La ration est de 8 onces pour les troupes en campagne du 1er mai au 31 octobre soit 156 jours,
les maigres non compris. Aucun traitement en viande n’est attribué aux officiers. Le service
est toujours fait à l’entreprise, l’abattage est à la diligence de l’entrepreneur sur le lieu de
consommation. La distribution s’effectue sur ordre du général tous les deux, trois ou quatre
jours sous la surveillance d’un commissaire.
LA COMPOSITION DE LA RATION :
Les ordonnances déjà citées laissent aux habitants la charge de la fourniture et la liberté de la
faire en bœuf, veau, mouton ou porc frais. Lorsque la fourniture est faite au compte de l’Etat,
elle se fait en bœuf avec une tolérance d’un tiers en vache ou en mouton (un bœuf de 500
livres peut nourrir 1000 hommes pendant un jour).
LES LEGUMES ET LE RIZ
Dans aucune ordonnance il est indiqué cette fourniture. “ On peut se dispenser de s’occuper à
pourvoir les troupes de légumes tels que choux, carottes, pommes de terre. C’est un soin dont
elles ne sont jamais négligentes. Cependant cette douceur elle-même tout avantageuse qu’elle
est, dégénère en abus. Les premières troupes arrivées s’emparent de ce qu’elles trouvent ; le
soldat est écrasé sous sa charge qu’il emporte ; il en gâte et gaspille trois fois autant qu’il en
enlève réellement et après avoir mis deux choux dans son sac, si à quatre pas plus loin, il en
trouve deux plus beaux, il jette les premiers pour prendre ceux là. ” (encyclopédie militaire
1787)
Lorsque la guerre n’offre pas de ressources en légumes, l’idée de délivrer du riz aux troupes
fait jour pour devenir une partie intégrante de la ration de campagne. Il est fourni dans
certaines circonstances et par gratification extraordinaire. La ration est de 1 once. Il sert
surtout en vivres de siège au même titre que les légumes secs à raison de 4 onces.
EXEMPLE DE DISTRIBUTION
DES VIVRES DE SIEGE AU MILIEU DU XVIII°
par homme et par jour
Pain = 2 livres
Bœuf = ½ livre
pour 5 jours gras
Lard ¼ livre
Mouton ou volaille pour les malades
Poisson, Formage 3/8 onces pour 2 jours maigres
Beurre salé ou fondu 1 once
légumes secs
Fèves ¼ livre, Pois 4 onces, Lentilles ¾ once, Haricot ¾ once, Riz 6 onces
Brandevin* 5 pots par bataillon
Brandevin = mot d’origine flamande : BRANDEWIJD = vin brûlé, eau-de-vie.
BRANDEVINIER, fabrique et vend de l’eau-de-vie.
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P. EVENO
LE SEL
Aucune fourniture n’est faite aux soldats. Ils l’achètent auprès des regrattiers ou détaillants de
la Gabelle. L’ordonnance du 20 avril 1734 fixe à ¼ de minot de sel par mois pour 42
gendarmes, cavaliers, dragons ou soldats moyennant 7 livres le minot. Le prix courant en 1784
est de 12 sols la livre en pays de Gabelle et de 1 à 2 sols en pays libre de Gabelle.
Cette facilité de fourniture favorise la contrebande de la part des soldats. La Gabelle est
supprimée par décret le 21 mars 1790.
LES FOURNITURES EXTRAORDINAIRES
Elles se composent du vin, de l’eau-de-vie et du vinaigre. Seules les ordonnances sur les
étapes font état de rations de vin, cidre ou bière. Dans d’autres circonstances le vin est vendu
par les vivandiers. L’encyclopédie militaire ne traite du vin au soldat qu’incidemment à
propos de la tempérance recommandée aux généraux.
Le VIN figure dans les vivres de siège ainsi que le cidre et la bière. Il est recommandé au
soldat de se munir d’un bidon de fer-blanc de la contenance d’une pinte.
L’EAU-DE-VIE fait partie des vivres de combat porté à une distance d’une demi-marche :
c’est une plus petite quantité que le vin, par conséquent, le transport en est plus facile. Un
traité entre le Roi et les Régiments Suisses du 4 août 1716 leur accorde par compagnie et par
an, la consommation, franche de tous droits de 75 pintes d’eau-de-vie de vin.
Le VINAIGRE corrige la mauvaise qualité de l’eau. Sa distribution n’a fait l’objet d’aucun
texte.
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P. EVENO
LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE
“ Pas d’argent ! Pas de pain ! Pas de pain ! Pas de lapin ! Pas de lapin ! Pas de victoire!!! ”
Nous entrons dans un cycle où la faim est plus souvent au rendez-vous que les
approvisionnements. Dès le début, la constituante rappelle les règles dans son décret sur les
masses destinées à l’entretien des troupes, le 1er février 1791. Notamment sur la masse de
boulangerie, il est précisé que ces fonds ne sont pas la propriété des hommes même si le
montant est prélevé à la source, ils sont à la disposition du gouvernement.
L’esprit d’égalité souffle aussi sur l’alimentation, le règlement du 5 avril 1792 uniformise la
fourniture des troupes en campagne indistinctement par grades ou armes du soldat au sousofficier.
par
homme
et
par
jour
PAIN
VIANDE
24 onces
+4 onces
0,5 livre
pendant
la campagne
retenues 32 deniers 6 deniers
RIZ ou
LEG. SECS
1 once de riz
ou
2 onces de
fèves, pois ou
haricots
sans retenue
EAU-DE-VIE
VINAIGRE
SEL
1/16 de pinte
1/20 de pinte
sur ordre
Du
général
sans retenue
sur ordre
du
général
sans retenue
1 livre
par
mois
sans
En 1792 l’ordinaire n’est modifié que sur des questions de détails. Toute la solde des
hommes, après prélèvement des centimes de poche, est versée à l’ordinaire, pour pourvoir à
l’achat de toutes les denrées, sauf le pain de table réglé par la masse de boulangerie. Le
blanchissage du linge, les dépenses d’hygiène et l’éclairage des chambrées sont aussi à la
charge de l’ordinaire.
Les officiers reçoivent uniquement en campagne le pain de munition suivant leur grade au
taux de :
- 2 pour un lieutenant
)
- 3 pour un capitaine
) Infanterie, Cavalerie, Artillerie
- 4 pour un lieutenant-colonel )
- 6 pour un colonel
)
La qualité du pain dans ce même règlement s’améliore, sur le papier, en blutant la farine à 15
livres par quintal. Pour la viande, le riz, les légumes secs, le sel et les liquides, il n’y a pas de
masse. A part la viande, ces fournitures sont considérées comme gratification de campagne.
Elles ne donnent pas lieu à retenue et sont entièrement à la charge de l’Etat, mais la
satisfaction des besoins n’est pas assurée : la maraude est portée à un point inouï. “ Les
soldats allaient par bandes piller les villages. Les paysans se vengeaient en massacrant ceux
qu’ils trouvaient écartés ”. DUMOURIEZ “ Mémoires ”.
12
P. EVENO
L’indiscipline de la troupe, l’incurie des autorités et la malhonnêteté des traitants vont
provoquer de terribles manquements dans l’approvisionnement des troupes.
“ Quelle race maudite que celle des commissaires des guerres ! Il faudrait en guillotiner les
trois quarts pour que l’autre fasse son devoir. Je n’ose plus me présenter devant les
bataillons : les soldats ne font, avec juste raison, que me demander du pain mangeable ”,
VENDAMME à MOREAU. - 12 nivôse an II -.
Le soldat n’est pas correctement nourri : de la bombance d’un jour succède la pénurie du
lendemain. Ce déséquilibre alimentaire provoque un état sanitaire désastreux. Les généraux se
font une petite guerre pour approvisionner leur armée et ces rivalités influent sur les
opérations. Le maximum et la Terreur loin d’améliorer les choses paralysent les ressources et
augmentent les besoins.
Coup de tonnerre ! La Loi du 2 thermidor an II supprime les masses “ L’incohérence, la
complication et l’obscurité de la plupart des lois rendues depuis 1790... Le seul moyen de
simplifier la comptabilité et de supprimer les abus est d’établir un système où il n’y ait ni
retenues, ni masses, ni rappels de solde... ” Rapport de présentation de la loi.
Cette loi détermine une solde unique à l’intérieur où à l’étranger, en garnison ou campé. Il en
est de même pour la fourniture du pain et de la viande en nature sans retenue : 28 onces de
pain, 8 onces de viande, 1 once de riz ou 2 onces de légumes secs. Les officiers de tous grades
comme la troupe reçoivent les rations aux taux de leurs grades, soit :
- 12 pour général en chef,
- 8 pour général de division,
- 6 pour général de brigade,
- 3 pour chef de brigade,
- 2 pour chef de bataillon, quartier-maître trésorier, chef d’escadron,
- 1,5 pour adjudant-major, capitaine, lieutenant, sous-lieutenant,
- 1 du soldat au sergent ou maréchal des logis.
Sous la pression de l’opinion publique la Convention en nivôse an III supprime le maximum.
La fameuse commission de commerce et des approvisionnements qui a pourvu aux besoins
des armées et du pays est réduite. L’entreprise est partout substituée à la régie suivant les
décisions versatiles du pouvoir, impuissant à assurer les besoins des armées. Le pain de
munition est fait d’avoine et d’orge en brumaire an IV et tout blutage est suspendu.
Les distributions sont irrégulières, les généraux y remédient par des réquisitions et les soldats
par la maraude. “ Je perds la tête je n’entends plus crier que du pain ! Du pain ! Du pain ! Il y
a des hommes qui n’ont rien mangé depuis vingt quatre heures ” KELERMANN - Armée des
Alpes - an III. Même KLEBER en frimaire an IV dégoûté de la situation alimentaire de ses
troupes donne sa démission.
“ Mon régiment en arrivant à Nice alla camper sur l’emplacement de l’ancienne poudrière.
La ration consistait en pain, riz, demi once d’huile, trois onces de bœuf salé... on nous payait
en assignats et 100 Francs de ce papier ne représentaient pas dix sols en numéraire ”
lieutenant DEVERNOIS au 7° hussard - vendémiaire an IV.
13
P. EVENO
Le gouvernement s’avoue impuissant et glisse le problème aux autorités locales. Devant les
difficultés de faire parvenir régulièrement des fonds dans les 12, 13, 14, 22ème division
militaire où les généraux sont obligés de recourir aux réquisitions onéreuses, il est décidé par
arrêté du 18 fructidor an IV que le pain, la viande... seront fournis par les soins des corps
administratifs. “ Une livre de pain par jour... que bien des chiens n’auraient pas mangé, avec
un quart de pois et une demi livre de viande appelée charogne… Mais souvent nous passons
six jours sans en avoir aucune distribution... ” JOLICLERC à l’Armée de l’Ouest pluviôse an
IV…
Les rations de pain et de viande accordées aux officiers à l’intérieur des frontières depuis l’an
II sont supprimées et remplacées par une indemnité de 10 sous par jour, versée en même
temps que la solde (arrêté de 11 brumaire an V).
Après les années noires, les armées de la République reprennent l’offensive surtout en Italie.
PETIET ministre de la guerre ancien commissaire ordonnateur de l’Armée des Côtes de Brest
ramène de l’ordre dans le service des vivres. Il édite une instruction dans laquelle il rappelle la
composition des rations et leur taux par grade mais surtout de surveiller l’exécution du
service. Il est précisé dans son titre IV que tout militaire, commissaire des guerres,
munitionnaire...convaincu de malversation sera soumis aux peines de la loi du 21 brumaire an
IV : soit cinq ans de fers et la restitution des fournitures. Cette instruction du 1er ventôse an
IV fera autorité même sous le Premier Empire. “ Vous voudrez bien donner ordre que l’on
fasse arrêter sur-le-champ, le garde-magasin des vivres de Milan, le faire traduire en prison
et le faire juger par un conseil militaire pour avoir donné, depuis huit jours, du pain
détestable à la troupe et capable de faire tomber malade les soldats... ” Quartier Général de
Milan - 22 Thermidor an V.
La distribution des liquides est toujours réservée aux troupes en campagne et considérée
comme exceptionnelle. Elle est décidée par les généraux. Les dépôts dans les places doivent
être approvisionnés pour trois mois. Ils se calculent à raison de deux pintes et demie d’eau-devie et de deux pintes de vinaigre par homme et par mois (instruction du 1er ventôse an V).
L’entrepreneur général BODIN dans son instruction du 1er Prairial an IV à Milan, rappelle la
valeur des rations et demande qu’il soit dressé procès-verbal par les comptables “ si par ordre
ou décisions des généraux la quotité de ces rations est augmentée ou modifiée ”.
A compter du 1er pluviôse an VI, après les officiers, les troupes stationnées dans l’intérieur de
la République ne perçoivent plus les rations de viande, riz ou sel au titre des vivres de
campagne sauf pour les Armées d’Angleterre, de Mayence et du Rhin.
A la veille de la prise du pouvoir par BONAPARTE le système des masses inventé par
l’Ancien Régime est rétabli :
“ Pour la fourniture, le vrai moyen d’y pourvoir avec économie, c’est de fixer avec précision
la somme à affecter à chaque homme pour chaque objet à lui fournir... Votre commission
proposera donc de rétablir ces abonnements sous le nom de masses...Tel que le pain, les
fourrages... Quant aux autres fournitures, telles que la viande, le riz, les légumes secs, le sel,
l’eau-de-vie et le vinaigre il n’est guère possible d’en calculer la dépense par tête, ces
fournitures n’étant pas distribuées en tout temps, ni à toutes les troupes, il suffira d’en fixer le
prix par approximation et de prescrire des règles qui puisse faire cesser les abus... ” (rapport
de présentation de la loi du 26 fructidor an VII). La masse de boulangerie est fixée à 51
Francs par an et par homme.
14
P. EVENO
Voulant faire table rase des conceptions de l’Ancien Régime en matière d’approvisionnement,
le pouvoir révolutionnaire assagi en retrouve les vertus. Mais c’est toujours l’indigence dans
le ravitaillement par manque de crédit ou l’opulence quand la victoire permet de prendre les
magasins de l’ennemi. Le seul système efficace consiste à faire vivre les armées par les
réquisitions et les contributions de guerre. Le montant de ces contributions sur les pays
envahis s’élève à 659 millions de Francs pour la période de 1795 à 1800. Elles se
développeront sous le régime impérial.
15
P. EVENO
REGLEMENT POUR LES TROUPES EMBARQUEES
ARMEE D’EGYPTE
FLOREAL AN VI
RATIONS ET DISTRIBUTIONS
Article 1er. - Sur mer, la ration est égale pour tous ; on n’en distribue qu’une seule fois par jour et par chaque
homme sans distinction de grades ; elles sont composées, savoir :
Biscuit, 18 onces ;
Vin, ¾ de pinte de Paris.
Dîner
souper
Bœuf salé : 8 onces,
Ou lard salé : 6 onces,
Ou morue : 4 onces,
Ou légumes : 4 onces,
Ou fromage : 3 onces.
Légumes : 4 onces,
Ou riz : 2 onces.
Article 2. - Les légumes seront assaisonnés dans la proportion de 5 livres d’huile et de 3 pintes de vinaigre par
quintal ; le riz, de 12 livres d’huile et de 6 pintes de vinaigre par quintal.
L’assaisonnement de la morue sera, par quintal, de 15 livres d’huile et de 16 pintes de vinaigre.
Article 3. - Suivant le règlement de la marine, il se fait à bord des vaisseaux trois repas par jour, et par
conséquent des distributions chaque fois.
Déjeuner (à 7 heures du matin)
Biscuit, 6 onces,
Vin, ¼ pinte,
Dîner (à 11 heures du matin)
Biscuit, 6 onces,
Vin, ¼ pinte,
Et la ration, comme plus haut, viande salée, légumes, etc....
Souper (à 5 heures 30 du soir)
Biscuit, 6 onces ;
Vin, ¼ pinte ;
Et la ration du souper en légumes ou riz.
Article 4. - Les commandants de troupe ne feront qu’une distribution, le matin, s’ils le jugent préférable.
Article 5. - La ration d’eau-de-vie ne sera allouée que sur ordre du général en chef ; elle est fixée à 1/16 de pinte de Paris.
Article 6.- La composition des menus pour les dix jours de la décade sera la suivante :
Dîners.
Lard salé, les 1er, 3ème, 5ème, 7ème, 9ème jours,
Bœuf salé, les 2ème, et 6ème jours,
Fromage, le 4ème jour,
Légumes, le 8ème jour,
Morue, le 10ème jour,
Légumes, les 1er, 2ème, 4ème, 6ème, 7ème, et 9ème jours,
Riz, les 3ème, 5ème, 8ème, et 10ème jours.
Article 7. - Lorsqu’il fait gros temps, il ne peut être fait de cuisine. Alors il sera distribué du fromage en
remplacement de viande, de légumes ou de riz.
16
P. EVENO
LE PAIN DE MUNITION
LA COMPOSITION
Le pain de munition se fabrique toujours avec de la farine non blutée, composée de ¾ de
froment et de ¼ de seigle. Les grains sont livrés au moulin sans être nettoyés et moulus sous la
meule en un seul passage. Le produit obtenu est panifié directement. Le pain ainsi fabriqué
contient la totalité du son.
Le blutage à 15 livres de son par quintal est décidé en 1792. Cette bonification du pain ne
paraît pas suffisante aux yeux du législateur, puisque, huit jours plus tard, il est ordonné que le
pain sera fait avec de la farine de pur froment bluté à 15 livres d’extraction par quintal.
Mais l’admission du seigle dans la composition est rapidement rétablie. Il permet de conserver
au pain plus de fraîcheur et de l’empêcher de durcir. La médecine le recommande pour tenir le
ventre du soldat. Devant les difficultés d’approvisionnement, il est même toléré de substituer
l’orge au seigle, mais il produit une farine plus grosse et n’entretient pas la fraîcheur du pain.
Ainsi, dès que l’état des approvisionnements l’a permis, il est interdit d’emploi (circulaire du
5 pluviôse an XII).
Le blutage est maintenu “ ... fabriqué avec de la farine de méteil, composée de ¾ froment et
¼ seigle, dont il aura été extrait 15 livres de son (7 kilogrammes et demi) par quintal (5
myriagrammes) ”. Art. V loi du 26 fructidor an VII.
LE POIDS DE LA RATION
Il est de 24 onces comme sous l’ancien régime et confirmé par le règlement de 1792 avec un
supplément de 4 onces pendant la campagne. Ce supplément est intégré à la ration dans la loi
de l’an II, ce qui donne une ration de 28 onces.
Chaque pain doit être de trois livres cuit et rassis, rond et d’un diamètre d’environ 10 pouces
sur 3 d’épaisseur (instruction du 1er ventôse an V et du 23 germinal an 6).
L’instruction sur le service des vivres du 1er ventôse au 5 ramène son poids à trois livres cuit
et rassis. Il ne changera plus, puisque l’arrêté des consuls de l’an 9 le confirme : “ la ration de
pain à 7 hectogrammes et demi ”, taux qui subsistera jusqu’en 1873.
LA DISTRIBUTION
A l’intérieur, comme en campagne, les distributions se font en masse pour chaque corps ou
détachement. Les officiers ne sont pas admis à réclamer individuellement (instruction de 23
germinal an 6). Jusqu’en 1793, ils reçoivent le pain de munition seulement en campagne.
Suite à la dépréciation de l’assignat, monnaie fiduciaire, dans laquelle est réglée la solde, ils se
voient attribuer le pain dans le même taux de leurs grades à l’intérieur de la République
comme en campagne. Cette mesure est supprimée en l’an 5.
LA RETENUE
A partir d’une masse de boulangerie mise en place : “ la masse de boulangerie sera fixée sur le
pied de 48 livres par an, pour chaque homme, sous-officiers et soldats composant l’armée y
compris l’infanterie suisse, sans distinction d’armes ni grades ”. (Art. VIII décret du 1er
février 1791).
En 1792, les 4 onces supplémentaires attribuées pendant la campagne ne sont pas retenues.
Par contre, les officiers paient la ration 32 deniers.
Changement radical en 1794, suite à la suppression des masses, le pain est fourni sans retenue
aux présents sous les armes (loi du 2 thermidor an II). La masse de boulangerie est rétablie en
l’an VII et fixée à 51 francs par homme et par an, soit 34 deniers la ration. L’arrêté des
consuls du 23 fructidor an VIII la maintient sur ce pied.
17
P. EVENO
LE BISCUIT OU PAIN BISCUITE
Sur ordre des généraux en chef, il est formé des approvisionnements en biscuit ou pain
biscuité. Il est distribué aux troupes dans le cas ou le mouvement l’oblige à prendre les rations
pour plus de 4 jours ou dans le cas de grandes chaleurs.
LA FABRICATION
L’opération consiste à augmenter la dose de pâte et à augmenter l’évaporation par la cuisson.
Si la ration du pain de munition de 24 onces cuite et rassie est de 28 onces de pâte, elle sera de
29 onces pour le biscuit au quart, 30 onces pour le biscuité au demi et de 32 onces pour le
biscuit total...
Il ne faut pas le confondre avec le pain de guerre qui sera introduit dans la ration en 1894.
LA VIANDE
LA COMPOSITION
“ La fourniture sera en bœuf de bonne qualité, sans tête, pieds, cœur, foie ni fressure... dans
les départements méridionaux. Il sera suppléer au défaut de bœuf, par du mouton de bonne
qualité... ” (Règlement du 2 mars 1792).
Le porc frais ou salé est distribué dans les mêmes conditions si le bœuf et le mouton ne
peuvent être distribués (règlement du 25 vendémiaire an III).
Les têtes, foies et fressures entrent dans la distribution (arrêté du 18 fructidor an IV).
Il est précisé que les animaux doivent être abattus de la veille (instruction du 1er ventôse an
V).
LE POIDS DE LA RATION
“ ...à compter du 15 mars prochain, il sera fourni à chaque sous-officier et soldat... une ration
de 4 onces de viande fraîche par jour, présents sous les armes et vivant à l’ordinaire ”(art. I
décret du 21 février 1792).
Le poids passe à une demi-livre par homme pour les troupes en campagne (règlement du 5
avril 1792) puis étendu aux troupes de l’intérieur (loi du 2 thermidor an II)
Enfin, l’arrêté des consuls du 25 fructidor an IX arrêtent le poids de la ration en viande fraîche
et de bœuf salé à 250 grammes, celle de lard à 200 grammes, taux qui restent inchangés
jusqu’en 1873.
LA DISTRIBUTION
A toutes les troupes en campagne et à l’intérieur de la République, à partir de l’an II, tous les
deux, trois ou quatre jours suivant la saison, la pesée s’effectue en bloc, par compagnie.
Cette distribution de viande est supprimée à l’intérieur des frontières à partir du 1er pluviôse
an VI : les troupes doivent se pourvoir sur leur solde.
LA RETENUE
“ Il leur sera retenu sur leur solde 15 deniers par ration ” (art. II, décret du 21 février 1792),
réduit à 6 deniers (règlement du 5 avril 1792) pour être supprimée (loi du 2 thermidor an II).
Les troupes stationnées en Hollande se voient retenir sur leur solde 10 centimes par ration en
1811.
18
P. EVENO
LE RIZ & LES LEGUMES SECS
Le riz fait partie intégrante de la ration de campagne.
“ Il est fourni par l’administration des subsistances militaires. Une once de riz ou 2 onces de
fèves, pois, haricots ou lentilles sans retenue ” (règlement du 29 février 1792). Cette
distribution est confirmée en 1794. Il est même précisé que, si ces rations ne peuvent être
fournies, un supplément à la solde de 12 deniers par jour, sera servi. (Loi du 2 thermidor an
II).
Toujours dans les mêmes quantités, les troupes en marche y ont droit, par contre les officiers
ne peuvent y prétendre (arrêté du 18 fructidor an IV).
Pour les troupes stationnées dans l’intérieur de la République, la ration est supprimée. Elles
sont considérées sur le pied de paix et doivent se pourvoir sur leur solde. Seules, les troupes
en marche dans l’intérieur et au-delà, en campagne, continuent de recevoir ces rations (arrêté
du 19 nivôse an VI).
La ration de riz est arrêtée à 30 grammes et celle de légumes secs à 60 grammes, jusqu’en
1873. (Arrêté du 25 fructidor an IX).
LE SEL
Le règlement de 1792 prescrit pour la première fois de fournir, à chaque homme en campagne,
une livre de sel par mois, soit 1/30 livre par jour, sans retenue. Cette décision est renouvelée
dans l’instruction de l’an V dans les mêmes conditions. La prestation gratuite est supprimée
aux troupes de l’intérieur (arrêté de l’an VI) et fait toujours partie des vivres de campagne, au
taux de 1/60 de kilogramme jusqu’en 1873 (arrêté du 25 fructidor an IX).
LES FOURNITURES EXTRAORDINAIRES
L’EAU-DE-VIE & LE VIN
En campagne, sur ordre du général, il est distribué, à titre de gratification et sans retenue, la
quantité de 1/16 de pinte, par homme et par jour d’eau-de-vie (règlement du 5 avril 1792). La
loi de thermidor an II, ne mentionne pas cette distribution. Dans son instruction, PETIET
rappelle que l’eau-de-vie comme le vin, font partie des approvisionnements extraordinaires
des places et des troupes en campagne, à raison de :
6 pintes par homme et par mois, pour le vin.
2 pintes par homme et par mois, pour l’eau-de-vie.
La distribution s’effectue sur réquisition écrite des généraux.
Les troupes cantonnées dans l’intérieur n’y ont pas droit (instruction du 1er ventôse an V).
Toujours en campagne, le vin est distribué à raison d’un litre pour 4 hommes et l’eau-de-vie
d’un litre pour 16 hommes (arrêté du 25 fructidor an IX).
LE VINAIGRE
Il est fourni en campagne, par le magasin général des effets militaires comme l’eau-de-vie,
pendant les chaleurs, sur ordre du général, une pinte de vinaigre pour 20 hommes, par jour,
sans retenue. Comme pour les autres liquides, la réforme de l’an II ne mentionne pas cette
distribution.
Dans sa remise en ordre sur le service des vivres, PETIET, réaffirme dans son instruction de
ventôse an V que le vinaigre est distribué dans les mêmes quantités et sous la responsabilité
des généraux. L’arrêté de 25 fructidor an IX confirme la distribution du vinaigre, au taux d’un
litre pour 20 hommes, par jour, au titre des vivres de campagne.
19
P. EVENO
DE BONAPARTE A NAPOLEON
“ Soldats vous êtes mal nourris et presque nus... ”
Prise de commandement à l’Armée d’Italie - 7 Germinal an IV.
Le soldat, instrument des entreprises napoléoniennes n’est pas mieux traité que dans les
périodes précédentes. Irrégulièrement payé au hasard des conquêtes et des “ rançons ” sur les
peuples vaincus. “ La subsistance du soldat n’est assurée ni à l’intérieur ni aux armées... le
désordre règne dans toutes les parties ” constat établi à la prise du pouvoir (procès verbal de
la séance du 25 brumaire an VIII - le ministre de la guerre aux Consuls).
La mécanique administrative des approvisionnements mise en place à la fin du Directoire est
conservée sous le Consulat et fonctionnera pendant toute la durée du régime impérial :
- l’instruction sur le service des vivres du 1er ventôse an V,
- le règlement pour les subsistances du 23 germinal an VI pour la comptabilité,
- la loi du 26 fructidor an VIII sur le rétablissement des masses.
Deux situations se distinguent pour la fourniture des vivres :
- en garnison ou de passage dans les départements de l’Empire,
- en campagne ou en guerre où les troupes perçoivent les vivres de campagne.
En garnison le soldat vit médiocrement à l’ordinaire, grâce à la masse de boulangerie * qui est
toujours de 51 francs par an et par soldat ou sous-officier pour une ration de pain de munition
de 24 onces. C’est le seul vivre attribué par l’administration. Les officiers n’ont pas droit à
cette masse de boulangerie. S’ils veulent percevoir en campagne du pain de munition, une
retenue sur leurs appointements est faite. Elle est égale au prix fixé par le ministre de la
guerre.
Une amélioration notable est réalisée par la création d’une masse d’ordinaire suite au décret
du 12 mars 1806. Cette masse de 15 centimes, administrée par les capitaines sous la
surveillance des chefs de corps, est augmentée du reste de la solde défalqué des deniers de
poche et du sou pour la masse de linge et chaussures. Elle permet l’achat du pain de soupe,
trois onces de pain blanc, d’une demi livre de viande et les légumes nécessaires. En 1810 cette
masse est réunie et payée avec la solde. Une exception en 1811 pour les troupes stationnées en
Hollande où la ration de viande est accordée.
_____________________________________
* MASSE DE BOULANGERIE : le compte général de la masse de boulangerie du corps
bonus, malus est reporté d’une année sur l’autre.
.
20
P. EVENO
Un homme par chambrée est désigné à son tour pour faire la cuisine. Il met la viande dans la
marmite, en surveille la cuisson, nettoie les légumes, trempe la soupe et la sert. Le soir un
second repas est préparé. Il consiste souvent d’un plat de pommes de terre écrasées
assaisonnées de lard fondu. Si la cuisine est mal appréciée de ses camarades il est condamné à
recommencer.
“ Les grenadiers me firent l’honneur de manger la soupe avec eux et me montrèrent la
manière honnête à observer. On est debout, autour de la gamelle qui est ordinairement de
huit hommes, on prend à tour une cuillère de soupe en faisant un pas en avant et ensuite un
pas en arrière et le haut du corps en avant, pour ne pas salir les vêtements ” MEYER au
35°de ligne, mémoire d’un soldat.
Dans la Garde Consulaire la gamelle communautaire est remplacée par une soupière
individuelle.
A Paris BONAPARTE fait enquêter DEJEAN sur la distribution du pain et du vin aux
Invalides qui passent pour être de mauvaise qualité. Le ministre constate qu’il ne peut s’en
prendre qu’à son administration. Il propose d’augmenter le prix de la ration pour améliorer la
qualité. Le Premier Consul refuse et continue de payer en papier monnaie.
En campagne BONAPARTE vit sur le pays ami ou ennemi, peu l’importe ! Il traite d’ailleurs
aussi mal les créances des Etats d’Europe qui nourrissent ses soldats. A propos de la Suisse à
laquelle on doit plus de trois millions, il décide “ les troupes de la République ayant garanti
son indépendance et rétabli son intégrité... les comptes sont soldés ! ”
Des nouveaux taux de rations de vivres sont fixés par l’arrêté du 25 fructidor an IX :
La ration de pain, à sept hectogrammes et demi (onces nouvelles)
celle de biscuit, à cinq hectogrammes et demi,
celle de viande fraîche et de bœuf salé, à deux hectogrammes et demi,
celle de lard salé, à deux hectogrammes,
celle de riz à trois décagrammes (gros nouveaux),
celle des légumes secs, à six décagrammes,
celle de sel, à un soixantième de kilogramme (livre nouvelle),
pour les liquides :
un litre de vin pour quatre hommes,
un litre d’eau-de-vie pour seize hommes,
un litre de vinaigre pour vingt hommes.
Ces taux subsisteront jusqu’en 1873.
Après trois années de paix une coalition anti-française se forme au début de 1805. L’âme du
complot est l’Angleterre. Aux camps de Boulogne NAPOLEON devenu Empereur des
français concentre des troupes pour le franchissement du détroit de Calais.
L’approvisionnement s’exécute correctement vu la densité des troupes. Les soldats touchent
les vivres de campagne. Les pommes de terre et les légumes frais sont achetés sur les marchés
locaux. Les sergents vivent à l’ordinaire, mais à part et ils reçoivent au lieu du pain de
munition du pain de froment. Les sergents-majors et les adjudants mangent dans une cantine.
Le midi le soldat mange une soupe grasse aux légumes accompagnée de bœuf bouilli. Le soir
des pommes de terre et des oignons revenus dans du saindoux. L’eau est accompagnée de
vinaigre. Quant à l’eau-de-vie qui sert à corriger l’eau, elle est souvent consommée pure,
contrairement au règlement. Le vin est distribué au mois d’août journellement. Les généraux
comme SOULT s’impliquent, inspectent, s’assurent de la bonne qualité des denrées.
21
P. EVENO
Il est prévu pour chaque soldat à son embarquement quatre livres de pain accrochées à son sac
et dans son bidon une pinte de vin en plus de ses trente cartouches et trois pierres à feu dans sa
giberne.
L’opération anglaise est avortée suite à la défaite de Trafalgar. Les troupes stationnées aux
camps de Boulogne dans un remarquable mouvement, franchissent le Rhin pour devenir la
légendaire Grande Armée et par une campagne mémorable inflige au cœur de l’Europe une
sévère défaite aux coalisés dans un matin blême de décembre. Malgré les préparatifs secrets
d’approvisionnement notamment au point de passage obligé de Strasbourg : “ La rapidité des
marches de l’armée doit nécessairement occasionner beaucoup de difficultés pour les
subsistances principalement pour l’approvisionnement en pain. Mais comme c’est à cette
rapidité même que l’armée devra une partie de ses succès, il importe de ne pas
ralentir...trouver quelques moyens de suppléer à la disette de pain... remplacer cette
fourniture par une ou deux rations de plus de viande... ” BERTHIER aux Maréchaux et
Généraux - Augsburg 20 vendémiaire an XIV.
“ Nous avons marché sans magasins, nous y avons été contraints par les circonstances. Nous
avons en une saison extrêmement favorable pour cela, mais, quoique nous ayons été
constamment victorieux, et que nous ayons trouvé des légumes dans les champs, nous avons
cependant beaucoup souffert. Dans une saison où il n’y aurait point de pomme de terre dans
les champs ou si l’armée éprouvait quelques revers, le défaut de magasins nous conduirait
aux plus grands revers. ” NAPOLEON à PETIET Intendant Général de la Grande Armée le
2 brumaire an XIV.
Tout est écrit en quelques lignes sur la méthode :
- Ici on se jette hardiment sans magasin, on manœuvre avec rapidité et on vit au jour le
jour.
- Ailleurs avec les mêmes procédés la misère accable la Grande Armée, les ressources
du pays occupé demeurent vaines.
- Plus tard dans la plus gigantesque des campagnes on profite de l’expérience acquise.
On prépare l’approvisionnement méthodiquement sur des bases successives, mais le vecteur
transport ne suit pas.
Les effectifs augmentent en permanence et devant les carences de l’administration de la guerre
à fournir cette masse de soldats, ils ne s’en remettent qu’à eux-mêmes avec d’inévitables
excès. Laissons aux témoins comment parfois ils arrivent à assouvir leur faim.
Contre la Prusse, la campagne commence en automne 1806 :
Les désordres de 1805 se renouvellent en 1806. Les premiers jours de marche absorbent les
vivres. La rapidité exceptionnelle des mouvements oblige l’armée à vivre exclusivement sur le
pays.
“ Le corps d’armée avait pris son ordre de bataille, les faisceaux formés, les bivouacs établis,
ceux qui n’étaient pas de service se lancèrent, suivant l’habitude, dans toutes les directions
pour faire des vivres. Cette mission était remplie d’habitude, par les meilleurs marcheurs ”.
Capitaine BERTRAND à la veille de la bataille d’Iéna.
A la fin de la campagne, le manque de viande oblige le soldat à manger tout ce qu’il trouve,
surtout du cochon, qui occasionne la dysenterie.
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P. EVENO
En 1807, pendant la campagne de Pologne :
“ Je me rappelle un bivouac dans un village polonais où nos fourrageurs ayant ramené
quelques bêtes à cornes, nous trouvâmes munis de viande que chaque escouade s’empressa de
mettre à cuire pour faire la soupe... Dans tout le bivouac, pas une gamelle, pas une écuelle,
pas un vase pouvant servir à découper le pain et tremper la soupe... quand un dragon de ma
compagnie nous apporta une petite auge à cochons. La dite auge fut portée au ruisseau et
frottée en tous sens avec des bouchons de paille, puis rapportée en triomphe pour nous servir
de soupière ”. THIRION.
En Espagne et au Portugal :
“ Le service des vivres laisse à désirer. Les rations de pain étaient souvent remplacées, en
tout ou partie, par du riz ou des fèves. En fait de viande, il était alloué un mouton pour trente
hommes, mais les parties intérieures de la bête manquaient toujours, et cette viande nous
arrivait dans un état de moisissure peu ragoûtant ”. BRANDT.
Et pour cause, les chefs militaires ne se préoccupent pas de l’alimentation de leurs soldats. Un
exemple : lors de la retraite sur Baylen, les fourgons au lieu de charger des vivres sont
accaparés par les généraux pour transporter leurs butins.
Seul le vin est en abondance et remplace l’eau pour faire cuire la viande.
Au Portugal, l’armée est résignée à vivre de glands de chênes verts “ qu’on trouvait en
abondance dans les bois et chez les habitants. Les généraux et les officiers étaient réduits au
même régime, qui du reste, n’était pas mauvais, les glands de ce pays étaient très supérieurs à
ceux de France et renferment une farine semblable à celle de la châtaigne, dont le goût est
fort agréable, cuit sous la cendre ”. ESPINCHAL.
La campagne d’Autriche de 1809 :
“ Notre régiment ayant pris position à droite du village d’Essling, j’allais à la découverte
pour tâcher de trouver quelque nourriture, car j’avais mangé mon dernier morceau de pain le
matin et il ne devait pas y avoir de distribution avant le soir. Je trouvais un bidon de graisse,
puis, comme dans le village il y avait beaucoup d’oies qui avaient été plumées et vidées par
les premiers arrivants je ramassais parmi les débris, des foies et des cœurs qu’on avait
dédaignés et qui furent pour moi, les éléments d’un bon fricot où la graisse ne manquait pas.
Un de mes confrères avait trouvé de la farine, nous en fîmes une galette que nous fîmes cuire
dans la cendre. Notre festin, quoique bien modeste, attira cependant des convives. L’adjudant
major et l’adjudant sous-officier qui n’avaient rien à se mettre sous la dent, vinrent nous
demander de partager notre repas ”. GIRAULT.
A la bataille de Wagram, dans l’île de Lobau “ île de misère ”, après 18 heures de combat pour
nourrir les soldats et les blessés, il faut faire la soupe :
“ Je trouvais des soldats qui étaient en train de dépecer un superbe cheval de cuirassier. Je
me suis mis de la partie et comme j’avais un bon couteau, je parvins à enlever un bon
morceau de cuisse... Il s’agissait de la faire cuire, pour cela, il fallait un vase. On chercha et
l’un de nous, apporta une espèce d’arrosoir, qu’il avait trouvé sur le sac d’un soldat mort…
Nous fîmes du feu et au bout de deux heures, nous nous mîmes à manger notre viande à moitié
cuite et sans sel ”. GIRAULT.
“ On a fait la soupe dans les cuirasses des soldats. Faute de sel de cuisine, on a salé avec de
la poudre à canon. MASSENA a voulu en manger et l’a trouvée délicieuse ”. CADET de
GASSINCOURT.
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P. EVENO
Pour la campagne de Russie en 1812 il est constitué d’immenses entrepôts
d’approvisionnement en Prusse et en Pologne. “ Je n’ai jamais fait de plus grands
préparatifs ” NAPOLEON à DAVOUT le 30 octobre 1810. “ Il n’y aura rien alors à espérer
du pays et il faudra tout avoir avec soi ” le même au même le 26 mai 1812.
En juin la Grande Armée marche vers le Niémen. “ On s’assurera que les soldats ont mangé
la soupe, on fera l’inspection des sacs et des cartouches et l’on s’assurera qu’ils ont avec eux
quatre jours de vivre ” Ordre du jour.
A l’aller les désordres dans les transports se font ressentir dans l’approvisionnement dès le
début de la campagne. Les témoignages abondent notamment sur l’alimentation :
- A Knovo le 24 juin “ nous reçûmes une distribution de viande qui ne put être mangée qu’en
grillades à défaut d’ustensiles pour la cuire ou l’étuver ” DUMONCEAU.
- En juillet dans les plaines : “ par ces chaleurs accablantes, la privation d’eau était affreuse,
les villages sont très éloignés les uns des autres ; nous arrivions en grand nombre ; les
premiers épuisaient les puits, les derniers mourraient de soif. Les mares étaient pleines de
chevaux morts et nous étions obligés d’en boire l’eau puante et épaisse. J’ai souvent fait la
soupe avec un liquide vert et sirupeux, avant d’y jeter ma viande, j’y faisais bouillir du
charbon, je l’écumais et l’eau devenait un peu plus limpide ; avec cette précaution, le potage
n’était pas nuisible à la santé ” BELLOT de KERGORRE.
- En août : “ les nécessités de cette vie nous avaient transformés en meuniers, boulangers,
bouchers ou artisans de fortune ” ABBEEL.
- A la veille de la bataille de la Moskova : “ mon compagnon de lit me confie que quelques
camarades avaient trouvé des pois et en préparaient une soupe. En plus, une tête de porc
trouvée dans un fossé devait fournir un plat de choix, quoiqu’elle soit avancée ” ABBEEL.
- Arrivée à Moscou le 14 septembre : “ les ressources étaient inouïes, les maisons avaient
des provisions pour huit mois, du vin en quantité ” CASTELLANE.
Napoléon se fait piéger par les Russes qui incendient Moscou et font traîner les négociations
de paix. Le 19 octobre ordre est donné de quitter Moscou. Alors que les officiers prévoyant
surchargent pour eux-mêmes leurs fourgons de vivres, l’administration n’enlève rien pour
l’alimentation des troupes. Les soldats se dispensent d’emporter des vivres et préfèrent
rapporter à leur bonne amie des souvenirs...
Le terrible hiver s’abat sur ces soldats d’airain devenus fantômes des steppes. Ils manqueront
quand l’Europe sera à la curée. Ils “ vivent miraculeusement de farine délayée dans la neige
fondue, de sel, de miel et de viande de cheval ” BOURGOGNE.
A Vlina les vivres existent mais l’ordre est donné de n’en donner qu’aux corps constitués. Il
n’y a plus de Grande Armée, plus de régiments, plus d’escadrons, ce ne sont que des
fantômes... les décisions de l’administration sont au comble de l’absurde !
“ Les intérieurs d’âme que j’ai vu dans la retraite de Russie m’ont à jamais dégoutté des
observations que je puis faire sur les êtres grossiers, sur ces manches à sabre qui composent
une armée ” STENDHAL.
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P. EVENO
Ventre affamé n’a pas d’oreilles...
“ J’ai vu un homme mort ayant les dents enfoncées dans la cuisse d’un cheval qui palpitait
encore... Je n’ai pas vu les malheureux français se manger entre eux, mais j’ai vu des hommes
morts à qui l’on avait coupé des lanières de chair aux cuisses, pour s’en nourrir ”
LANGERON.
En quelques mois NAPOLEON reforme une nouvelle armée qui, à peine concentrée, entre
dans la fournaise “ au cri de Vive l’Empereur qui terminait la relation officielle, nos hommes
répondirent en criant Vive les pommes de terre ! ”. RILLET.
“ Nous devions nos repas au hasard... Nous ne faisions d’habitude qu’un repas pour vingtquatre heures, au point du jour généralement car la journée s’écoulait en marches ou
escarmouches ; de même, nous ne faisions halte et nous procurions vivres et comestibles que
le soir très tard et nous les faisions cuire pendant la nuit ”. WOFE-TONE.
1814, NAPOLEON est sans hommes, sans argent, sans approvisionnement. Il impose la
réquisition. Les préfets sont chargés de nommer une commission pour recevoir les denrées.
(Cette idée est reprise dans la préparation de la mobilisation économique de 1914).
Nourri au hasard des conquêtes, le soldat “ mange l’Allemagne ”, se précipite en Russie, quant
en garnison, il végète. Dès qu’il est en campagne, il gaspille et ne vit que de ce qu’il prend.
L’alimentation du soldat ne se décrète pas sur quelques feuilles du journal militaire. Il faut
l’assurer par un service de ravitaillement militaire qui reste à créer, ce à quoi le XIXème siècle
va tenter de le réaliser.
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P. EVENO
PREPARATION DE LA SOUPE
SUIVANT LE MANUEL D’INFANTERIE DE 1808
“ L’eau qu’on met dans la marmite doit se mesurer à raison d’un litre (une pinte)
par chaque quart de kilogramme (demi livre) de viande : on la fait bouillir à
grand feu pour écumer promptement ; on modère ensuite l’ébullition, et on met
huit grammes (deux gros) de sel par litre d’eau. On y ajoute les légumes de la
saison, une ou deux heures avant que de retirer la viande. Quand elle a bouilli
cinq ou six heures, et que le bouillon est réduit d’un cinquième, on trempe le pain,
laissant la marmite sur le feu jusqu’à la dernière gamelle, afin que le bouillon ne
perde de sa chaleur. Si on reçoit au camp l’ordre de partir avant qu’on eut le
temps de faire la soupe, afin de ne point perdre la viande et d’empêcher qu’elle ne
se gâte, doit la faire cuire à moitié ou, s’il n’en a pas le temps, la boucaner, c’està-dire l’exposer à une fumée épaisse. Si dans une ville assiégée, si dans voyage de
long cours on voulait tirer partie des os, on pourrait essayer du procédé suivant.
On réunit les os qui ont cuit avec le bœuf ou autres viandes de la veille ou bien les
os qu’on ne met pas à la marmite ; on les pile dans un mortier à ce destiné :
quand ils sont en pâte, on étend cette pâte dans une espèce de casserole de fer
blanc, percée de trous comme une écumoire, et qu’on appelle diaphragme, on
plonge ce diaphragme dans la marmite pleine d’eau, on procède à la cuisson en
opérant comme pour faire de la soupe avec de la viande. Un demi kilogramme
(une livre) d’os pilés cuits dans quatre livres (environ quatre pintes) d’eau, c’està-dire dans la mesure d’eau qu’il faudrait pour deux kilogrammes (quatre livres)
de viande, procure, au bout de six heures d’une cuisson égale et à petite
ébullition, trois litres deux décilitres (trois pintes et demie) de bouillon d’une demi
livre de sucs nourrissants que lui fournissent les os. Ce bouillon se couvre, en
refroidissant, de soixante grammes (deux onces) de graisse qu’on peu employer à
la préparation des légumes ; le poids des os cuits est diminué de moitié, et le
bouillon obtenu est en quantité égale à celle qu’auraient donnée quatre livres de
viande.
Le choix de l’eau dans laquelle on fait cuire les légumes est essentiel. Il faut,
autant que possible, ne faire usage que d’eau courante, la choisir limpide,
inodore, dissolvant le savon, préférer celle de rivière et de pluie à l’eau de source
et d’étang, et ne point employer celle de puits ou celle qui aurait séjourné sur des
terres calcaires. Lorsqu’en campagne il est fait des distributions de légumes secs,
et qu’ils cuisent mal, se gonflent peu, restent durs, il faut communément en
attribuer la cause à la qualité de l’eau dont on se sert ; si elle est séléniteuse, on
ne pourra réussir cette cuisson ”
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P. EVENO
LES EXPRESSIONS ALIMENTAIRES
DU GROGNARD, DUR A CUIRE, VIEILLE MOUSTACHE
OU BRAVE A TROIS POILS...
Mettre sa vaisselle à l’air : arborer ses décorations,
La ruche à miel : le bonnet à poil,
La côte de bœuf : le sabre,
Faire des jambons : briser la crosse des fusils des prisonniers,
Graisser la marmite : pour les nouveaux arrivants au corps, c’est payer l'achat de viande pour améliorer l’ordinaire,
La grenouille : ensemble des retenues sur la solde pour améliorer l’ordinaire,
Jus de l’arbre tordu : le vin,
Chasse cousin : vin mauvais,
Rogomme, casse poitrine, riquiqui, sacré chien tout pur, sauve la vie : eau-de-vie,
Jouer de la musette : boire,
Avoir sa pente : boire de trop,
Etre gris : être ivre,
Laisse-toi faire : verre de l’amitié,
Canon : verre de vin,
Bonjaron : verre de rhum,
Birambrot : bière au sucre et à la muscade (vient de l’allemand : bier und brot),
Légumes courants : terme servant à dissimuler l’achat d’eau-de-vie sur les comptes de l’ordinaire,
Cotignac : confiture de coing,
Cormant : viande de boeuf mise dans la soupe,
Bouilli charbonné : salé la soupe à la poudre de canon,
Faire fricot, se faire une bosse : bien manger,
Fripe sauce : goinfre,
La débine : pauvreté,
Se mettre les dents au crochet, se brosser le ventre, se tirer une botte : n’avoir rien à manger,
Une friture : un ravitaillement insuffisant,
Avoir son pain quotidien : rencontrer l’âme sœur,
Bon à la plume : bon d’intendance faussement signé,
Les céleris, les ripainsel : le personnel de l’Intendance,
Les chancres de l’armée : les employés aux vivres,
Les gros matadors : les fournisseurs aux armées,
Les tartares : les cantiniers,
Armée de la lune : soldat en maraude,
Godailler : marauder,
Trouver, gratter : voler, piller,
Bien nourris : soldats de la Restauration,
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P. EVENO
D’UNE DEFAITE A L’AUTRE
1815 - 1870
“ Pour pourvoir, il faut prévoir ” Auguste COMTE
Le licenciement général de l’armée impériale fait place à une armée à faible effectif
encasernée et en subsistance au corps. Il n’y a plus de masse de boulangerie. A la caserne
l’alimentation tourne autour du pain. En temps de paix seul le pain de munition est fourni, il
est toujours de 750 g par homme et par jour. La viande est achetée par l’ordinaire et
consommée à travers une préparation de bouillon gras.
L’ordinaire de compagnie dispose de toute la solde des hommes après le prélèvement des
centimes de poche. Il achète par l’intermédiaire des caporaux ou brigadiers d’ordinaire, sous
le contrôle des capitaines de semaine (service intérieur - ordonnance du 2 novembre 1833) le
pain de soupe : 250 g, la viande fraîche : 250 g, le saindoux, les légumes et les condiments.
Mais certaines dépenses indépendantes de l’alimentation lui sont imputées comme le
blanchissage, l’hygiène et l’éclairage des chambres.
En 1849 la gamelle individuelle en fer étamé∗ remplace le rituel de la soupe prise en commun
dans une gamelle collective.
Une tentative de rétablissement de la masse de boulangerie est expérimentée en 1850 dans 5
régiments : 7ème Léger, 26ème de Ligne, 47ème de Ligne, 5ème Chasseur à cheval, 7ème
Hussard. Une allocation de 16 centimes par jour et par homme en remplacement du pain de
munition est versée aux ordinaires qui achètent librement. Ce projet a pour but d’augmenter la
quantité de viande consommée et de réduire celle de pain : “ l’on voit traîner dans les
casernes où leur abord offre le triste spectacle de marchands qui trafiquent du pain que le
soldat n’a pas consommé et qu’il échange contre quelques centimes que le cabaret absorbe
aussitôt ” (circulaire du 7 mars 1850). Cette tentative de réforme ne dure que six mois. La
distribution du pain de munition est rétablie. C’est le seul moyen de renouveler les
approvisionnements en farine des places fortes. Dans la suite de l’expérimentation, une
instruction sur le régime alimentaire voit le jour. Elle propose de varier la composition des
repas. D’augmenter la consommation de la viande de 300 g à 350 g par jour et de réduire celle
de pain. D’introduire le poisson salé (morues, harengs, saumons). De préférer les légumes
frais aux légumes secs. Mais la base du régime est toujours la soupe dans laquelle on fait
bouillir la viande. “ Il serait donc utile de faire prendre au soldat, le matin, avant les travaux
de la journée, un premier repas, léger, composé ou d’une partie de la viande bouillie de la
veille ou d’un potage, facilement est instantanément préparé comme la soupe de poireaux,
aux oignons, etc… ou enfin du fromage. Cette mesure doit être d’autant plus recommandée
qu’elle pourra contribuer puissamment à détruire la pernicieuse habitude qu’ont trop de
militaires de prendre de l’eau-de-vie à jeun. Le second repas est le principal : il doit, en
station, se composer invariablement de la soupe, du bœuf et des légumes qui ont formé la
marmite. Le troisième repas, celui du soir, peut encore, à certains jours, se composer de la
soupe et du bœuf : mais le plus ordinairement ce repas doit être fait avec une autre
préparation, déterminée d’après les circonstances de la saison et des ressources du pays ”
(instruction du 5 mars 1850).
∗Fer étamé ou fer-blanc : tôle recouverte d’une mince couche d’étain pour soustraire
l’oxydation du métal. Le principe de l’étamage est découvert à Nuremberg au XVIII siècle.
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Un exemple : au 6ème Léger en mars 1850, à cinq heures la soupe à l’oignon est servie avant
de monter à cheval. Une soupe grasse avec 150 g de viande est donnée à dix heures. Enfin un
ragoût de mouton, veau ou lard accompagné de pommes de terre ou de haricots est servi au
repas du soir. L’ordinaire trouve du disponible pour donner du vin une fois par semaine au
repas du soir.
Sous le Second Empire les conditions alimentaires du soldat sont supérieures à celles des
ouvriers. Le commandement s’implique en temps de paix dans le cadre des responsabilités des
ordinaires d’unité. Il recherche à fournir une meilleure qualité du pain de munition. Les
manutentions militaires (boulangeries militaires) se développent et remplacent les
boulangeries civiles. Enfin le blutage est augmenté.
Sur le pied de guerre suivant le règlement du 2 février 1818, outre le pain de munition la
ration de vivres se compose de :
- 250 g de viande de bœuf fraîche ou salée ou 200 g de lard salé,
- 30 g de riz ou 60 g de légumes secs,
- 1/60 de Kilo de sel,
- ¼ de litre de vin,
- 1/16 de litre d’eau-de-vie,
- 1/20 de litre de vinaigre.
Ces vivres de campagne sont alloués pour tous les jours ouvrant droit à la solde de guerre y
compris aux officiers suivant le tarif des rations (rappel fait le 19 mars 1823). Les
distributions sont faites tous les quatre jours.
Les traités de 1814 et 1815 pour la fourniture des vivres sont dénoncés et remplacés par une
régie générale en 1817 puis par une direction générale des subsistances militaires en 1821 qui
est incapable lors de l’intervention en Espagne en 1823 de remplir sa mission. Puisque le
ravitaillement des troupes est confié à une entreprise qui a déjà fait parler d’elle sous le
Premier Empire : OUVRARD. Elle réalise ainsi une fortune scandaleuse qui provoque une
enquête parlementaire qui fait grand bruit. Il faut attendre 1825 pour que le personnel du
service des subsistances militaires s’organise tant dans l’intérieur qu’aux armées et que les
approvisionnements en campagne soient assurés par la gestion directe.
La préparation de l’expédition d’Alger en 1830 s’effectue avec minutie afin de se livrer le
moins possible au hasard. Trois mois de vivres sont préparés, soit par l’entremise du service
des subsistances soit par la voie du commerce. Marseille est spécialement affectée à
l’administration de cette campagne. Tout est emporté. Un rapport sur les mesures sanitaires à
recommander est rédigé par l’Intendant DENNIEE, il recommande de “ ...boire peu de vin, de
liqueurs, boire de l’eau avec modération, éviter de manger des fruits verts.. ”, mais personne
ne surveille l’exécution !
Il est confectionné pour cette expédition des tonnelets en bois préférés aux bidons en ferblanc. La composition de la ration de débarquement est fixée à :
- 5 livres de biscuit,
- 2 livres de viande cuite,
- 1 ration de fromage,
- 1 demi-litre de vin,
- 1 demi-litre d’eau dans les bidons en fer-blanc,
- 1 litre d’eau saturée d’un huitième d’eau-de-vie,
- 10 onces de riz.
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Le 14 juin à 4 heures du matin le débarquement s’opère. Quarante huit heures plus tard du
pain frais est distribué aux troupes grâce aux Ouvriers Militaires d’Administration, et le 17 les
distributions sont régulières malgré la tempête du 16 qui avait obligé à passer par-dessus bord
les vivres, heureusement emballés dans des enveloppes imperméables.
Après la prise d’Alger, l’état sanitaire des troupes se dégrade. Peu surveillés par des chefs qui
préfèrent demeurer dans leurs maisons mauresques, les soldats commettent des dégradations
dans la banlieue : arbres fruitiers coupés, charpentes démolies, tuyaux percés et aqueduc brisé
provoquent des dysenteries. Leur hygiène est compromise. Par une fâcheuse coïncidence
l’alimentation se dégrade aussi. La viande salée remplace la viande fraîche puisque les bœufs
rassemblés par l’Intendance ne peuvent être nourris et conservés vifs par manque de fourrage.
Le biscuit remplace le pain dont la farine a fermenté par les fortes chaleurs et le vin a tourné
ou décomposé par l’eau de mer à son débarquement.
Les campagnes d’occupation de l’Algérie auront dans le futur une très grande influence dans
la manière d’approvisionner les troupes en campagne. Deux facteurs participent à la
modification de l’alimentation : le climat et la mobilité dans l’utilisation de colonnes
autonomes en territoire hostile : “ j’ai allégé les soldats de giberne et de sabres... cet
allégement... me permettra de faire porter aux soldats pour 10 jours de vivres... avec les
transports et ceux des auxiliaires, je porterai des subsistances pour environ 35 jours. Je
pourrai donc manœuvrer pendant au moins 40 jours ” BUGEAUD au ministre le 21 avril
1847.
Le système des convois s’épanouit dans les expéditions algériennes. Bientôt les officiers
habitués à cette méthode pour faire vivre le soldat se désintéressent des moyens de le faire
subsister autrement.
La ration journalière est depuis le début de la campagne de :
- 750 g de pain de munition,
- 30 g de riz, qui passe à 60 g en 1848 ou 60 g de légumes secs,
- 250 g de viande,
- 50 centilitres de vin dès le début de la campagne,
- 16 centilitres d’eau-de-vie,
- 1/60 de kilo de sel,
- le café et le sucre sont introduits dans la ration à raison de 12 g chacun à partir de 1838.
Le changement de politique transforme cette Armée d’Afrique en Armée d’Algérie en 1840
qui en 1853 recevra une indemnité de 18 centimes, par homme et par jour, allouée en
remplacement des prestations en nature de la viande, des légumes et du sel. L’armée s’installe,
c’est le régime des ordinaires.
Cinquante ans à peine se sont passés les leçons des guerres napoléoniennes sont oubliées. La
Restauration a brisé la mémoire. Elle a créé une nouvelle armée dans un esprit ankylosé de
formalisme et une discipline coercitive. L’armée du Second Empire hérite des règlements
élaborés par cette oligarchie militaire qui a oublié ses faims et la malnutrition lorsqu’elle était
simple soldat, comme :
- GOUVION SAINT CYR, soldat en 1785, ministre de la guerre en 1815 et 1817.
- VICTOR, soldat en 1781, ministre de la guerre en 1821.
- GERARD, volontaire en 1792, ministre de la guerre en 1830.
- MORTIER, volontaire en 1792, ministre de la guerre en 1834.
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Les “ guerriers ” comme les nomme CANROBERT, mais il oublie MARMONT qui écrit :
“ Un général en chef fait plus d’effort d’esprit pour assurer la subsistance de ses troupes que
pour toute autre chose et la difficulté de distribution du pain est un des plus grands embarras
de la guerre ”
Ni la guerre de Crimée en 1854, ni l’Italie en 1859 encore moins l’aventure mexicaine de
1862 à 1867, ne feront modifier le règlement de service en campagne de 1832 dans la
méthode d’alimentation des troupes en campagne.
A la grande halte après une marche harassante et q’azor (havresac) est posé à terre, le soldat
désigné par escouade pour la corvée de cuisine doit rechercher l’eau, le bois et les
sempiternelles rations réglementaires, quand elles sont au rendez-vous ! Puis il lui reste à faire
cuire et enfin à servir ses camarades à des heures avancées de la nuit une soupe ou parfois
seulement du café avec du pain de munition complété de la ration d’eau-de-vie. A moins que
certains aient chapardé une volaille, des légumes frais et bonheur parfois un porc. La
réquisition n’existe pas.
Une campagne peut même mal débuter pour la subsistance des troupes. Ainsi, la Crimée en
1854 : “ c’était le chaos accumulé ” ROUSSET. Au débarquement en juin à Gallipoli, le
Maréchal DE SAINT ARNAULD, commandant en chef de l’expédition s’étonne “ notre
situation est encore plus triste sous le rapport des approvisionnements. J’ai pour dix jours de
biscuit, il en faudrait pour trois mois... On a embarqué les hommes sur des bateaux à vapeur
et les approvisionnements, le matériel, les chevaux sur des bateaux à voiles. Les hommes
arrivent et ce qui leur est nécessaire ici, il ne le trouve pas... ” DE SAINT ARNAULD à
NAPOLEON III.
En 1859 il est décidé une intervention au-delà des Alpes. C’est la surprise pour l’armée qui se
trouve jetée en quelques jours face à l’ennemi sans organisation du ravitaillement et sans
matériels de campagne. Il lui faudra 25 jours pour se constituer. Pour la première fois les
approvisionnements sont poussés vers l’avant par le chemin de fer. L’alimentation des troupes
d’alors connaît deux systèmes : le temps de paix avec ses ordinaires d’unité et le pied de
guerre avec ses rations tirées des magasins, qu’il faut distribuer. Pour le passage d’une
situation à l’autre, c’est l’indécision et l’impréparation jusqu’à la médiocrité intellectuelle des
chefs “ habitués qu’ils sont à compter sur l’intendance pour faire vivre et à se désintéresser
des moyens de faire subsister le soldat ” BARATIER. Ainsi pendant la campagne d’Italie alors
que le ravitaillement est insuffisant, l’Empereur donne l’ordre pour quelques jours de
substituer la farine de maïs à la farine de blé venant de France. Le tollé est général, la troupe
n’est pas préparée à ces pratiques de substitution. Seul le ravitaillement en viande est assuré :
la ration passe à 300 g de viande fraîche ou de 240 g de lard salé. Au lendemain de Solférino,
la troupe manque de vivres, l’Intendance fait distribuer du biscuit moisi. Personne n’en veut,
on se passe de manger et la discipline en souffre. Faute de vivres, les Autrichiens ne peuvent
être poursuivis et pourtant le pays occupé est riche en céréales.
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L’armée a oublié le service des étapes. Aucune leçon n’est tirée de cette campagne où l’on
attend tout de l’arrière. On ne sait ni ne veut vivre sur le pays en souvenir des guerres
napoléoniennes sur ce même théâtre d’opération. Les expéditions en Algérie pèsent sur les
théories du ravitaillement exclusif par l’arrière où l’exploitation des régions incultes et
désertiques avec de faibles effectifs engagés favorisent le développement de ce système.
Parfois le commandement est plus qu’imprévoyant : au Mexique “ un chef de bataillon, chef
de corps au Mexique, pour la première marche en terres chaudes, se met en route sans bidons
pleins (peut-être sans bidon), sans provisions d’eau, comme pour une route de France, aucun,
officier de son bataillon n’éveille son attention, n’est plus prévoyant que lui. Dans cette
première marche, par imprévoyance absolue de toutes choses, il perd la moitié de son monde.
On le casse. Non. On le fait lieutenant colonel ” ARDANT DU PIC.
Au cours de cette campagne lointaine il est proposé dans la ration toujours les mêmes
ingrédients au même poids avec en substitution des légumes secs ou du riz, pour la première
fois, de l’oseille confite, de la julienne de légumes ou du chou desséchés afin d’améliorer la
soupe et même de la choucroute.
La grande Affaire. Le 15 juillet 1870 le gouvernement impérial annonce aux chambres et au
pays que la guerre avec la Prusse est résolue. Le succès de la campagne d’Italie laisse chez les
officiers l’impression qu’il n’est pas utile de se préparer à la guerre. “ Il suffisait de
s’organiser en courant à l’ennemi. Cette idée s’enracina tellement dans certains esprits que
Monsieur Emile OLLIVIER∗ a reproché aux généraux de 1870 de ne pas l’avoir mis en
pratique, comme ils l’avaient fait en 1859 ” Germain BAPST.
Donc la mise en mouvement est très simple, elle est établie sur le procédé de 1859 :
débrouillez-vous ! “ J’ai le plaisir de vous annoncer que l’Empereur vous a nommé
Intendant Général de l’Armée du Rhin, mais vous n’avez que six jours pour organiser les
services administratifs, désigner les officiers et les employés des dits services et assurer la
distribution réglementaire des vivres de campagne ” sur une objection : “ vous vous
débrouillerez comme vous pourrez ” Le ministre de la guerre à l’Intendant Général WOLFF
le 17 juillet 1870. Il arrive le 19 à Metz où il demande à BAZAINE quels sont les ordres, il lui
répond “ de faire pour le mieux ! ”.
Comment dans cet état d’esprit de début de campagne la troupe peut-elle être correctement
nourrie ? Et pourtant sur le papier le 31 juillet le Major Général prévient les corps d’armées
que la perception des vivres de campagne commence le 3 août. La ration est fixée à :
- 550 g de biscuit,
- 300 g de viande fraîche,
- 60 g de riz,
- 16 g de sel,
- 16 g de sucre,
- 21 g de café.
Le 4 août la ration de viande est portée à 400 g ou celle de lard à 300 g.
Dans ces premiers jours de campagne chauds, les orages tombent sur les bivouacs. Les
hommes sont forcés de coucher dans la boue sur des points élevés où l’on pense livrer le
combat sans se préoccuper de l’eau et du bois pour l’alimentation.
∗Principal ministre du gouvernement impérial
32
P. EVENO
Les débuts du service des subsistances improvisés sont pénibles mais commencent à
fonctionner. “ Je ne sais rien des ordres d’expédition ni sur les mouvements de la mise en
route des denrées qui me sont destinées. Les convois arrivent sans lettre de voiture, ni lettre
d’expédition. Ces désordres me créent des embarras, on me laisse dans l’incertitude de mes
ressources. ” WOLFF au ministre de la guerre le 31 juillet de Metz.
Mais il n’est pas tout d’accumuler les vivres sans précaution à Metz et à Strasbourg. Il faut
leur donner le mouvement pour les faire parvenir aux consommateurs. C’est là le redoutable
vice de l’organisation : les convois d’approvisionnements ne sont pas réglés par le
commandement. Sur le terrain la troupe pressée par l’ennemi, renverse les marmites, jette la
viande et ne consomme rien de la journée. Il lui faut entamer les vivres de réserve s’il lui en
reste ou attendre la distribution prochaine qui trop souvent n’arrive que fort tard ou pas du
tout. Les convois cherchant dans la nuit la troupe errante.
Dans la deuxième partie de la campagne, à l’exemple de FAIDHERBE et CHANZY, les
ordres sont précis et assurent la convergence des efforts dans le ravitaillement des troupes.
“ ...Les vivres n’ont jamais manqué pendant les quatre mois qu’à duré cette campagne,
malgré les difficultés de toutes natures pour se les procurer, les faire abriter et les
transporter... dans un grand nombre de régiments nouveaux, surtout dans ceux de la Garde
Mobile, les officiers n’apportaient pas à cette partie si importante de leur service la
surveillance qui eût été nécessaire et beaucoup d’hommes la distribution faite, mangeaient
plus que leur ration d’un jour, gaspillaient le reste et abandonnaient souvent dans les
bivouacs des monceaux de biscuits et de viande pour ne point avoir à les transporter ”
CHANZY.
Malgré la militarisation du ravitaillement des troupes au cours de ce siècle et les différentes
campagnes du Second Empire montrant les vices du système, le règlement sur les subsistances
militaire de 1860 n’est qu’une réédition du règlement de 1827 élaboré sous la Restauration où
l’armée est organisée pour l’intérieur seulement. Ce règlement très complet pour le temps de
paix comprend 1049 articles divisés en 9 titres. 8 titres avec 934 articles sont consacrés au
service normal mais il est muet sur l’exécution des ravitaillements et des distributions. On se
contente de mots “ les généraux, officiers supérieurs, les intendants et sous intendants doivent
s’occuper, avec la plus grande sollicitude, d’assurer la subsistance du soldat ”. Pas
d’attribution délimitée, chacun compte sur l’autre ou veut l’ignorer !
Après la défaite de 1870 les enseignements seront retenus. Le ravitaillement sera organisé
sous les ordres du commandement dès le temps de paix. Il sera tiré simultanément du lieu de
stationnement et de l’arrière par des stations-magasins. C’est cette organisation qui montrera
son efficacité dès le début du conflit en 1914.
33
P. EVENO
LE PAIN DE MUNITION
LA COMPOSITION :
Pendant ce siècle les différents gouvernements vont s’attacher à améliorer l’aliment de base
du soldat.
La Restauration conserve tout d’abord le mélange de trois quarts de froment et un quart de
seigle au taux de blutage de 1792 soit 15 livres par quintal. Puis en 1822 il est prescrit de
fabriquer en totalité le pain de munition avec de la farine de pur froment blutée à 10 %. Après
les expéditions de Morée et d’Alger, les blés durs apparaissent et sont admis sans blutage en
1833. Les blés durs ne seront blutés à 5% et 15% pour les farines tendres qu’en 1844 circulaire du 5 novembre.
Mais ces mesures ne sont pas suffisantes notamment pour les troupes d’Afrique qui
consomment beaucoup de blé dur. “ Si l’estomac peut tolérer impunément dans les pays
froids une certaine quantité de matière inerte, il n’en est plus de même dans les pays chauds
où l’appétit est moins développé. L’estomac est paresseux et demande des aliments légers,
assimilables. Or on sait que le son est réfractaire à l’assimilation... Il conviendrait d’élever à
10% le blutage des blés durs en Algérie...Ecartez du pain de munition le plus de son possible,
éliminez tout ce surcroît d’eau qu’il a fallu jusqu’ici y renfermer pour satisfaire aux exigences
du règlement. Il deviendra plus parfait, plus digestif, d’une conservation mieux assurée et
quelle que soit sa diminution de poids, il aura conservé toute sa puissance alibile. Il n’aura
perdu que des défauts. ” TRIPIER, pharmacien en chef du corps expéditionnaire. Rapport sur
le perfectionnement à apporter au pain du soldat d’Afrique, 1847.
Ces observations appuyées par MILLON successeur de TRIPIER contribuent à améliorer la
qualité du pain de munition.
Après l’expérience malheureuse de 1850 pour introduire dans l’armée le pain des boulangeries
civiles, le service munitionnaire est rétabli. Les blés de troisième qualité ne sont plus admis.
Le criblage est perfectionné et le meulage des farines traité avec plus de soin. Le blutage est à
15%.
Enfin, après de nouvelles expériences, le taux de blutage est porté pour les blés tendres à 20%
et pour les blés durs à 12% - décret du 30 juillet 1853.
LE POIDS DE LA RATION :
Le poids du pain de munition est toujours, comme au début de l’ancien régime, de 1,5 kg,
seize heures après qu’il sera retiré du four soit la valeur de deux rations. Ce poids reste
inchangé même après l’augmentation des taux de blutage. Il doit se conserver 5 jours en été et
8 jours dans les autres saisons.
Sachant que l’ordinaire achète 250 g de pain blanc dit pain de soupe dans le commerce, le
soldat consomme 1 kg de pain par jour.
LA DISTRIBUTION :
La forme du pain est ronde d’un diamètre de 27 cm environ et d’une hauteur de 9,5 cm.
En temps de paix c’est la seule denrée distribuée aux sous-officiers et aux soldats en station
ou en route. Elle a lieu tous les quatre jours. Les officiers n’ouvrent droit à la distribution
suivant le tarif de la solde que sur le pied de guerre. Les sous-officiers et soldats qui touchent
l’indemnité de route ne peuvent prétendre à la distribution - règlement du 2 février 1818.
Le pain est distribué aux troupes à leur arrivée dans un gîte d’étape : non pour la distance à
parcourir du lendemain, mais pour la distance effectuée du jour. Ainsi, le pain est consommé
sur place sans que la qualité soit altérée par le transport - circulaire du 6 décembre 1819.
En station, la distribution est préconisée pendant les chaleurs tous les deux ou trois jours circulaire du 17 février 1824.
34
P. EVENO
LA RETENUE DU PRIX :
Cette retenue prélevée sur l’ordinaire en temps de paix est fixée par le ministre ; d’abord
trimestriellement, puis par semestre en 1821, enfin annuellement à partir de 1862. Elle est
différente suivant les divisions militaires. Ainsi à Paris, la retenue est de 33 centimes la ration
et de 27 centimes dans la 21ème division militaire en 1818. Le remboursement est uniformisé
à partir de 1848 sur tout le territoire à 21 centimes. Sous le Second Empire, le kilogramme de
pain fluctue entre 24 centimes en 1859 à 36 centimes en 1868.
LE PAIN BISCUITE
Fabriqué sur ordre du ministre, il est fait de pâte plus ferme et subit une cuisson plus forte que
le pain de munition. Suivant le degré de cuisson qu’il reçoit :
- le pain biscuité se conserve de 40 à 45 jours.
- le pain demi biscuité de 20 à 25 jours.
- le pain au quart biscuité se conserve de 10 à 15 jours.
LE BISCUIT
Lui aussi est fabriqué sur ordre. Il se compose des mêmes farines et doit se conserver au
moins un an.
Sous le Second Empire 550 g de biscuit sont l’équivalent d’une ration de 750 g de pain de
munition et 185 g de biscuit peuvent remplacer les 250 g de pain de soupe.
LA VIANDE
LA COMPOSITION :
Elle est de bœuf, de vache ou de porc en viande fraîche ou salée. La viande de mouton ne peut
entrer que dans un quart de la consommation totale et la viande de taureau est exclue - Cahier
des charges pour la fourniture de viande fraîche. 13 janvier 1855.
Les pieds, les fressures et les têtes n’entrent pas dans la distribution.
L’abattage des bestiaux et la distribution ont lieu dans les boucheries à la charge des
entrepreneurs sur des lieux désignés par l’administration militaire. Ils doivent tenir en réserve
à une distance de 4 kilomètres des troupes à approvisionner la valeur de deux jours de
consommation au moins.
LE POIDS DE LA RATION :
Le poids reste inchangé depuis l’arrêté des Consuls du 25 fructidor, an IX. Il est de 250
grammes de viande de bœuf ou de 200 grammes de porc. Mais, comme le prévoit l’article 157
de l’ordonnance du 3 mai 1832 : “ Lorsqu’une armée doit entrer en campagne, le ministre de
la guerre détermine un tarif de distribution ”.
Le taux des rations “ peut être modifié par le général en chef sur proposition de l’Intendant de
l’armée, lorsque les circonstances et la nature du pays occupé rendent cette mesure
nécessaire ” Ainsi à plusieurs reprises la quantité est modifiée :
- En 1859, elle passe à 300 g en viande fraîche ou 240 g en lard salé.
- En 1870, au début de la campagne, elle passe à 400 g en viande fraîche ou 300 g en
lard salé.
LA DISTRIBUTION :
Seulement sur le pied de guerre, la distribution se fait chaque jour, par compagnie, escadron
ou batterie suivant le détail de l’officier de distribution au taux des rations.
35
P. EVENO
LE RIZ OU LES LEGUMES SECS
Distribuée sur le pied de guerre, la ration de riz est toujours de 30 g ou celle de légumes secs
de 60 g, sauf pour l’armée d’Algérie où la ration de riz est doublée à partir de 1848 puis
remplacée par une indemnité de 5 centimes à compter de 1853.
LE CAFE ET LE SUCRE
Ils font leur apparition, au taux de 12 g chacun, dans la ration de l’armée d’Afrique en 1838 en
temps que boisson hygiénique puis dans les rations de l’ensemble de l’armée française en
1848. Le sucre raffiné est distribué en pain, morceaux ou poudre qui ne peut excéder 1/10ème
de la distribution. Le café est distribué en grains et torréfié.
LE SEL
De gemme ou marin, la ration de sel est toujours de 1/60ème kg soit 16,66 g perçus sur le pied
de guerre. Il est remplacé par une indemnité pour l’armée d’Algérie de 0,5 centimes en 1853.
LES LIQUIDES
LE VINAIGRE, L’EAU-DE-VIE, LE VIN
Ce sont toujours des fournitures dites extraordinaires. Leur distribution se réfère à
l’Instruction du 1er ventôse, an V rappelé par la circulaire du 11 janvier 1817. Seuls, les
généraux ayant un commandement peuvent ordonner leur distribution. Les enfants de troupe
n’ont droit qu’à la distribution de vinaigre. Ordonnance du 19 mars 1823.
LE VINAIGRE
A raison de 1/20ème de litre par ration, il est employé pendant les grandes chaleurs pour
assainir l’eau de boisson. Le vinaigre est remplacé en 1826 par une indemnité en argent
payable par avance avec le prêt sur l’ordinaire. Elle est différente d’une division à l’autre de
1,05 centimes dans la 9ème division, à 2,20 centimes dans la 16ème division. Instruction du
13 mars 1826.
Dans l’expédition de Morée en 1828 et d’Afrique en 1830, le vinaigre ne fait pas partie des
distributions. Enfin, il disparaît des rations en 1832, sauf pour le Mexique, suite aux
dispositions de substituer l’eau-de-vie en remplacement pendant les grandes chaleurs.
L’EAU-DE-VIE
Elle doit provenir de la distillation des produits de la vigne, de grains ou de genièvre.
- La ration, à titre de distributions extraordinaires est de 1/16ème de litre, soit 6,25 centilitres.
- La ration hygiénique, elle, supplante en 1832 le vinaigre dans les précautions sanitaires des
eaux consommées par la troupe pendant les chaleurs. Le taux de cette ration est de 3,125
centilitres.
Du 21 juin au 31 août ou du 1er juin au 30 septembre suivant les divisions militaires “ on
tiendra la main à ce que l’eau potable soit toujours mélangée d’eau-de-vie ”. Instruction du
30 août 1842 du ministre aux lieutenants généraux.
Ces dispositions sur l’eau-de-vie font l’objet d’une indemnité représentative versée avec la
solde. Règlement du 25 décembre 1837, confirmées par une décision du 20 novembre 1851.
En 1860, l’indemnité de la ration à titre exceptionnel, est de 7 à 11 centimes et celle attribuée
à titre hygiénique de 3,50 à 6 centimes suivant les départements.
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P. EVENO
LE VIN
La ration reste inchangée dans son taux de 25 cl. Sa distribution est acquise aux hommes
présents sous les armes lorsque le ministre ou les généraux en chef en ont prescrit la
distribution. Ordonnance du 19 mars 1823.
Le taux de la ration est modifié pour les jours anniversaires de la fête du Roi, le 4 novembre :
- 1 litre pour chaque sous-officier et soldat de la garde royale et de la ligne stationnée à Paris.
- 50 cl dans les autres divisions - Décision du 24 janvier 1826.
La monarchie de juillet ramène le taux à 50 cl à l’ensemble des troupes pour l’anniversaire du
Roi.
En campagne, pour l’expédition de Morée et d’Afrique, le taux passe à 50 cl pour être ramené
à 25 cl en 1832. Pour la Belgique en 1831, la bière se substitue au vin.
La qualité du vin : il doit être rouge, de 11° au moins, provenir des départements méridionaux
(Provence, Languedoc, Roussillon), ceux du département de l’Hérault, ne doivent entrer que
pour la moitié des livraisons.
A son admission “ n’avoir reçu aucune mixtion ou préparation même d’esprit de vin ou toutes
autres substances, employées quelquefois pour donner au vin une force, une couleur ou une
qualité apparentes ; être naturel, en un mot, droit de goût, soutiré au clair fin, parfaitement
limpide, suffisamment corsé et susceptible, par la suite, de se conserver pendant une année, à
partir de sa réception dans les magasins militaires ” (Cahier des charges pour les marchés de
vin en 1848).
37
P. EVENO
LA MOBILISATION DU RAVITAILLEMENT
1871 - 1914
“ Il s’agira d’une lutte terrible mettant en jeu l’existence même du pays, et qui,
dès lors peut se prolonger jusqu’à l’épuisement des dernières ressources ” DUCUING 1912.
Après la sévère défaite de 1870, le développement des chemins de fer et l’augmentation des
effectifs par la conscription, des leçons sont tirées. Elles modifient profondément les données
du problème dans le ravitaillement des troupes. Un long travail de statistique et d’économie
politique mené par le Sous-Intendant DUCUING aboutit au décret du 12 mars 1890 qui
élabore la première charte du Ravitaillement National.
Au même titre que l’armement, l’habillement... l’alimentation du soldat, tant en période de
paix qu’en campagne, fait l’objet d’études nutritionnelles. Les taux des rations basés jadis sur
des données empiriques sont établis d’une façon scientifique, ce qui amène à identifier une
ration normale et une ration forte - décision du 19 mai 1890.
En temps de paix, le soldat mange toujours à l’ordinaire. “ Chaque jour le soldat voit
invariablement sa gamelle se remplir de la même façon ; cette effrayante monotonie n’est
interrompue que pour un repas sur dix ; on lui sert alors un mélange de mouton, haricots,
pommes de terre ou macaronis ” VOIZARD médecin militaire - 1873.
La fraction de la solde retenue versée à l’ordinaire ne suffit plus à l’achat quotidien des 250 g
de viande par personne. Aussi, l’Etat décide par l’intermédiaire du Service des Subsistances,
de 1873 à 1879, de la pourvoir et de porter la ration à 300 g. Ce mode de fourniture ne donne
pas satisfaction. D’autres essais en 1879 et 1880 avec l’achat direct des corps dans le
commerce au moyen d’une indemnité journalière représentative de viande, conclut à
l’adoption de ce système - circulaire du 13 décembre 1880. Enfin, pour la première fois, le
parlement dans son budget de 1905, ouvre un chapitre spécial pour l’alimentation de la troupe
distinct de la solde pour mieux surveiller son emploi.
La fourniture de pain est toujours gratuite. Le riz, les légumes secs, les conserves de légumes
desséchés, les conserves de purée de légumes, le potage, le lard salé, la graisse de bœuf, sel,
sucre, café, vin, bière, cidre, eau-de-vie... sont des denrées remboursables au Service des
Subsistances. Les jours où sont distribuées gratuitement les conserves de viande, afin de
renouveler les stocks de mobilisation, l’indemnité représentative de viande n’est pas allouée.
Pendant les manœuvres, l’alimentation est réglée par des instructions particulières.
En dehors des manœuvres, les troupes en marche se procurent le pain et la viande dans le
commerce à l’aide d’une indemnité représentative versée à l’ordinaire.
La composition des repas est variable d’un régiment à l’autre et même, dans les compagnies
d’un même régiment. A l’exception du pain de munition : 750 g par homme/jour et de la
viande fraîche : 320 g par homme/jour, les autres denrées : pâtes alimentaires, légumes secs
ou frais, vin, etc…, sont perçues par les commandants d’unités, d’après le taux qu’ils fixent et
dans la limite des allocations réglementaires - tarif de l’instruction du 18 octobre 1909.
38
P. EVENO
Une amélioration matérielle des ordinaires est apportée. La gamelle individuelle de campagne
est remplacée, à l’ordinaire, par les plats collectifs et les assiettes, une organisation des
réfectoires avec bancs et tables, la mise en commun du pain et la substitution de
professionnels aux cuisiniers de fortune.
Enfin, un nouveau règlement des ordinaires est édité le 22 avril 1905. Des conseils de
préparation sous le terme livret d’ordinaire, véritable livre de recettes l’accompagnent.
Exemple : “ le rata rapide. A utiliser pendant les manœuvres : la marmite pour 10 hommes, à
peu près remplie d’eau est mise sur le feu. Quand l’eau bout, on verse dans la marmite les
pommes de terre et les carottes coupées en petits morceaux et le bouquet. Dans le couvercle
de cette marmite ou d’une autre si l’on dispose de plusieurs marmites, on met d’abord le
saindoux. On place ce couvercle sur le feu et on attend la température d’ébullition du
saindoux. A ce moment, on jette dans le couvercle les oignons et le lard coupé en morceaux
très petits. On laisse roussir en remuant fréquemment. Lorsque les pommes de terre sont
cuites et que le roux est fait, on retire de la marmite l’excèdent d’eau et on met le sel et le
poivre, on verse le roux dans la marmite et on laisse bouillir pendants cinq minutes. ”
A essayer au camping à vos prochaines vacances, bon appétit !
L’insuffisance dans l’hygiène alimentaire, provoque la création en 1907, sur l’instigation de
Henry CHERON Secrétaire d’Etat à la Guerre, une commission chargée de réviser
l’alimentation des troupes. Les travaux de cette commission amène l’instruction ministérielle
de 1909, sur les moyens à donner à l’alimentation dans les armées un caractère rationnel.
En campagne, des modifications sont apportées.
Tout d’abord à la fin des hostilités avec la Prusse, une décision ministérielle du 11 octobre
1871 refond le Service des Subsistances et officialise les pratiques pendant le dernier conflit,
notamment, la substitution des denrées et les suppléments.
La première instruction sur l’alimentation en temps de guerre paraît en 1883, modifiée par
celle du 30 août 1885.
En 1888, apparaît une instruction sur l’organisation et le fonctionnement des stations haltesrepas et sur l’alimentation pendant les transports stratégiques. Ces stations se divisent en trois
catégories :
- la première distribue des repas chauds,
- la seconde des vivres froids,
- la troisième est tenue par des buffetiers∗ en exécution de marché.
Le repas chaud est composé d’une soupe et de viande froide de conserve. Elle est servie le
jour, avec du pain. Pour la nuit, une ration d’eau-de-vie mélangée au café chaud est donnée.
La soupe est à base de bouillon concentré dans laquelle est trempé le pain en tranches, à raison
d’un kilo pour 10 hommes.
Cette instruction préfigure le retour du service des étapes qui fait l’objet d’un règlement sur
l’organisation et le fonctionnement des étapes le 20 novembre 1889.
Les taux des rations sont redéfinis par la Décision du 19 mai 1890 en rations normales et
rations fortes, augmentées de suppléments pouvant être alloués exceptionnellement suite à des
efforts particuliers, soit en liquide, soit un tiers de la ration de pain ou un cinquième de celle
de viande.
Avec le décret du 12 mars 1890 sur le ravitaillement national, les textes de base sur
l’alimentation des troupes en campagne sont posés. C’est cette organisation qui fonctionnera
au déclenchement des hostilités en août 1914.
∗ Personne qui tient un buffet dans une gare.
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P. EVENO
Pour compenser la perte de l’Alsace-Lorraine et donner satisfaction au nationalisme
mercantile, la France, en cette fin de siècle se lance dans une politique coloniale. Comment
sont traitées les troupes qui participent à cette aventure ? Voici deux exemples à 10 ans
d’intervalle.
Au Tonkin en 1885, avec la création d’unités indigènes, le système des colonnes de
pacification laisse la place à une dispersion des forces dans un réseau de petits postes qui
complique le ravitaillement d’une troupe traditionnellement concentrée. Dans certains postes
on fabrique le pain et on abat le bétail. Dans d’autres seul le pain est fabriqué et pour
beaucoup il faut distribuer.
Pour les tirailleurs tonkinois, en marche, l’alimentation se compose de 800 g de riz, 24 g de
sel, exceptionnellement du biscuit et de 125 g de porc frais à titre de supplément.
Pour les européens, le pain est distribué à raison de six rations de 750 g par semaine et d’une
ration de biscuit de 550 g. La viande fraîche, 300 g la ration pour les six septièmes et une
ration de conserve de viande de 200 g par semaine. Dans les colonnes un supplément de 80 g
de sardine fraîche est fort apprécié. Les légumes secs et le riz, 60 g, la distribution est de trois
jours de riz, deux jours de haricots, un de lentilles et un de pois. La solde permet d’ajouter à
l’ordinaire de la volaille, des œufs et du poisson. La ration de vin est portée à 43 cl et le tafia
est consommé à raison de 4 cl par ration, sans compter le sucre et le café.
Pour les tirailleurs algériens et les spahis le tafia est remplacé par une demi-ration de sucre et
de café. De plus chaque homme a droit à une ration journalière d’acidulage composée de :
- 4 g de thé - 2,5 g de tafia - 10 g de sucre.
L’officier ne touche ni sel, ni légumes, ni ration d’acidulage. Sa ration de vin est portée à 46
cl.
Enfin pendant les mois d’été la troupe reçoit une ration journalière de quinquina de 4 g sous
forme d’alcoolé.
La soumission et l’annexion de Madagascar en 1895-1896 par un corps expéditionnaire qui
souffre du climat et de la géographie accidentée, n’a pas mangé de la “ vache enragée ”. Le
bœuf du pays est une précieuse ressource. Chaque bataillon est pourvu d’un troupeau de 50
têtes. La viande fraîche ne fait pas défaut aussi la viande de conserve est distribuée
exceptionnellement. Grâce à des fours démontables le pain frais est fourni dans tous les gîtes
d’étapes. Quant aux bataillons de tête ils ont recours au pain de guerre à la place du biscuit.
Parmi les conserves et les légumes secs, la julienne de légumes est utilisée en complément de
la ration qui risque d’être trop carnée.
Comme boisson les hommes ont à leur disposition une infusion préparée avec 4 g de thé par
jour. Mais l’eau n’est pas bouillie et souvent les hommes remplissent leurs bidons dans les
marais. Une allocation de vin et de tafia est prévue à la ration, mais aucune distribution ne
s’effectue pendant cinq mois. Et si l’état sanitaire des troupes est déplorable à la fin de la
campagne ce n’est pas d’alcoolisme.
40
P. EVENO
En Europe à la veille de la première guerre mondiale l’alimentation des troupes est assurée en
campagne autour de trois types de rations :
- en stationnement, la ration normale,
- en opération, la ration forte,
- obstacle au ravitaillement régulier, la ration de vivres de réserve.
Le passage d’une ration de vivres à l’autre est prescrit par les généraux. La ration de réserve
est consommée sans préparation ou son emploi n’exige qu’une préparation rapide : café et
soupe. Sa composition a une grande valeur nutritive par rapport à son faible poids, puisqu’elle
est portée par le soldat.
L’instruction du 15 février 1909 précise que l’alimentation est assurée par les soins des
commandants d’unité à l’aide d’allocations en nature et d’allocations en deniers.
Les allocations en nature comprennent l’ensemble des denrées décrites en annexe. Elles sont
distribuées à titre gratuit.
Les allocations en deniers permettent aux commandants d’unité de compléter les allocations
en nature par l’achat de produits récoltés ou fournis par le commerce local. Elle consiste en
une prime journalière de 0,225 Fr. par homme qui alimente les fonds de l’ordinaire.
La troupe en campagne reçoit donc journellement une partie fixe en composition et quotité :
c’est la ration normale ou forte. L’autre variable, c’est le complément du commandant de
l’unité, qui permet d’apporter à la nourriture des hommes la variété et assure une meilleure
exploitation des ressources locales.
Le 2 avril 1914 parait une instruction sur l’alimentation en campagne. Elle fait suite au
règlement sur les services de l’arrière. Elle rassemble et détaille les mesures à prendre par le
commandement et le service de l’Intendance pour assurer l’alimentation des troupes.
41
P. EVENO
LE PAIN
L’administration de la guerre adopte deux types de pain : le pain ordinaire et le pain biscuité et
un type de pain condensé : le pain de guerre qui remplace le biscuit de troupe.
LE PAIN ORDINAIRE
LA COMPOSITION :
Une panification normale qui laisse fermenter après pétrissage le mélange : levain, farine de
blé dur bluté à 12% ou tendre bluté à 20%, eau et sel. Ce pain doit se conserver cinq jours en
été et huit dans les autres saisons.
LE POIDS :
La ration est toujours de 750 g. Le rendement s’exprime en poids obtenu avec 100 kg de
farine soit 139,5 kg de pain, ce qui donne 186 rations. Un pain de 1500 g représente deux
rations, il a 41 à 44 cm de long.
LA DISTRIBUTION ET LA RETENUE :
Tous les quatre jours en station. La prestation est gratuite en temps de paix pour la troupe et
les sous-officiers, en temps de guerre les officiers peuvent y prétendre.
LE PAIN BISCUITE
D’une conservation prolongée capable de supporter les transports sans inconvénient, il est
destiné à la consommation des troupes en manœuvre et en campagne. Sa fabrication se fait sur
ordre du ministre à l’occasion de manœuvres pour familiariser les boulangers militaires à leur
matériel de campagne.
LA COMPOSITION :
Les farines sont les mêmes que pour le pain ordinaire. Il diffère par sa croûte épaisse et une
mie plus compacte, sa teneur en eau est moindre. La cuisson au four est prolongée à une
température plus basse.
Sa conservation dans de bonnes conditions est de 18 à 20 jours. Passé ce délai, il se couvre de
moisissures, aussi, il est recommandé de le mettre en consommation au bout de 12 jours.
LE POIDS :
La ration de 750 g en 1871 passe à 700 g en 1890. Le rendement est inférieur de 6 à 7 rations
du pain ordinaire pour 100 kg de farine.
LA DISTRIBUTION ET LA RETENUE sont identiques au pain ordinaire.
42
P. EVENO
LE PAIN DE GUERRE
C’est un pain condensé susceptible d’une longue conservation, remplaçant le biscuit à défaut
de pain biscuité. Adopté en 1894, c’est un biscuit semblable à celui de la Marine.
LA COMPOSITION :
La pâte très ferme, préparée avec un simple mélange de farine de blé tendre bluté à 30% eau et
sel. Après un repos, elle est comprimée, débarrassée de l’air qu’elle contient. Elle est laminée
à une épaisseur convenable. Pour 1600 galettes il faut 55 kg de farine, 25 l d’eau à 40 ou 45°,
800 à 1300 g de levure fraîche.
Les galettes après cuisson sont ressuées pendant 4 à 5 jours avant d’être mise en caisses
étanches d’environ 44 à 48 kg.
Le rendement pour 100 kg de farine est évalué à 96 kg de pain de guerre après ressuage.
LE POIDS :
Chaque galette a un poids de 50 g environ. Son aspect est de forme rectangulaire, de 70 mm
de long, 65 mm de large, et 25 mm d’épaisseur;
LA DISTRIBUTION :
- 300 g pour la ration de vivres de réserve.
- 600 g pour la ration forte ou normale.
LA VIANDE
LA VIANDE FRAICHE
LA COMPOSITION :
A base de viande de bœuf qui peut être substituée par du mouton, du porc frais, de la
charcuterie, du poisson fumé, des œufs ou du fromage.
LE POIDS :
En campagne : de 300 g en 1871 à 320 g en 1905, décret du 22 avril, et de 400 g pour la ration
normale à 500 g pour la ration forte en 1890.
En temps de paix : de 250 g en 1871 à 300 g en 1873, puis à 320 g en 1905 pour la ration de
garnison.
LA DISTRIBUTION :
Elle se pratique suivant la saison et le climat entre 12 h et 24 h après l’abattage. Les abats sont
exclus des distributions.
Le rendement moyen par tête est de 50 à 60% de son poids.
LA RETENUE :
Au titre de l’ordinaire, la ration est remboursable à 26 centimes la ration.
En campagne la perception est gratuite, les officiers peuvent y prétendre.
43
P. EVENO
LES CONSERVES DE VIANDES
Avant 1900, l’administration militaire achète ses conserves à l’étranger : Australie et EtatsUnis d’Amérique. Or, des intoxications alimentaires sont constatées en février 1899 à cause
d’une stérilisation insuffisante. Un laboratoire d’études et de contrôles des viandes de
conserve est créé en 1901 pour la surveillance des opérations de préparation des conserves qui
proviennent alors essentiellement de Madagascar.
CONSERVE DE BOEUF BOUILLI :
En boîte de fer-blanc étamé, la viande assaisonnée est accompagnée de bouillon gras
concentré représentant le quart du poids de la viande conditionnée en 1 kg et 300 g.
CONSERVE DE PORC ROTI :
Cuite à point c’est le produit initial de la cuisson de la viande de porc parée et désossée. Le
poids des boîtages est de 2 kg.
LA SALAISON DE PORC :
Traité en morceaux frottés au sel gris puis mis en cuves dans un bain de saumure pendant 25 à
60 jours suivant la température ambiante. Triés, brossés, mis en baril de 45 à 90 kg par
couches successives, séparées par du sel blanc puis rempli de saumure et refermé. Dans toutes
les opérations de salaison, une proportion de salpêtre (azotate de potasse) est ajoutée dans le
but d’aviver la coloration de la viande.
LES VIVRES DE CAMPAGNE
Sous ce terme sont désignés les denrées et les liquides qui viennent s’ajouter aux vivres - pain
et viande - pour constituer la ration complète de vivres distribuée aux troupes en campagne.
Les officiers peuvent y prétendre.
Elles comprennent :
- Les petits vivres : riz, légumes secs, sel, sucre et café.
- Les produits culinaires : potages condensés, lard.
- Les liquides : vin et eau-de-vie.
LE RIZ
Exempt de brisures à la réception, il est conservé en sacs ou en caisses métalliques et doit
pouvoir se conserver un an.
En temps de paix la ration est fixée à 30 g à l’intérieur et 60 g en Afrique du Nord à titre
remboursable par les ordinaires.
En campagne la ration normale est de 60 g et la ration forte 100 g à partir de 1890.
44
P. EVENO
LES LEGUMES SECS
Constitués en général de haricots, ils sont stockés en sacs ou en caisses étanches. Ils sont
admis dans les magasins après une épreuve de cuisson.
La distribution remboursable est de 60 g et la ration forte de 100 g en 1890.
Les rations de riz et de légumes secs peuvent être remplacées par :
- 750 g de pommes de terre.
- 1000 g de navets, carottes ou choux.
- 600 g de choucroute.
- 120 g de conserve de légumes ;
- 100 g de pâtes.
- 70 g de fromage.
LE SEL
Il ne doit pas contenir plus de 8% d’eau. Stocké en baril il est employé dans les manutentions
militaires pour les salaisons et distribué aux troupes à raison de 16 g par ration en 1871 et de
20 g en 1909.
LE SUCRE
Raffiné en pain ou en sucre cristallisé, il doit titrer moins de 2% d’humidité. La distribution en
temps de paix est à titre remboursable. En campagne la ration normale est de 21 g, 32 g pour
la ration forte et 80 g pour la ration de réserve. Pendant la campagne de Chine en 1900 la
ration est portée à 40 g.
LE CAFE
Acheté vert, il est torréfié dans les manutentions militaires et distribué en grains ou moulu.
Comme le sucre, il est distribué en temps de paix à titre remboursable. En campagne la ration
est de 16 g en 1871, 24 g en 1909. Il peut être remplacé par 5 g de thé. Pendant la campagne
de Chine en 1900 la ration de thé est de 10 g.
LE CAFE EN TABLETTES
Il est préparé à l’usine alimentaire de Billancourt. Torréfié, moulu et compressé, on obtient
des tablettes de 32 g représentant 2 rations normales. Enveloppées d’une feuille de papier
doublé d’étain, elles se stockent par mille, en caisses. Son emploi est identique au café torréfié
en grains. Sa durée de conservation est de quatre ans maximum.
45
P. EVENO
LE POTAGE CONDENSE
Il est destiné à la préparation rapide d’une soupe les jours où la conserve de viande est mise en
consommation.
Un essai en 1888, “ la saucisse BOISSONET ” contenant 60 % de chair et 40 % de matières
grasses. Présentée en boite de fer-blanc de 250 g, elle représente 10 rations. Elle ne satisfait
personne. En 1892, il est adopté “ le potage aux haricots GUIBOURGE ” puis en 1898 le
potage national “ PERONNE ”. Enfin en 1899 un nouveau produit, le potage aux haricots dit
conserve de purée de légumes est adoptée. Il se compose pour 1 kilo de produit :
- De 540 g de farine de haricots, de 240 g de matières grasses et de 150 g de viande de
porc accompagné de 70 g d’assaisonnement.
Le mélange après malaxage est placé dans des boites en fer de 200 g puis stérilisé à 115°.
L’inconvénient est sa répartition de 40 g par personne.
En 1909 un nouveau potage en tablettes de 50 g, nouveaux taux de la ration, le remplace.
Empaqueté dans une feuille d’étain paraffiné, sa composition est pour 100 g de produit :
- 72,6 g de farine de haricots, 19 g de saindoux, 8,4 d’oignons, sel, poivre, girofle.
Le malaxage est pratiqué à chaud pour obtenir la déshydratation puis comprimé.
LES LIQUIDES
En campagne leurs distributions sont faites à tout homme bivouaqué ou à titre exceptionnel.
LE VIN
Il doit être “ franc de goût ” exempt d’altération et de falsification, susceptible de se conserver
pendant un an au moins. Il doit être entre 9° et 13° d’alcool. La ration est de 25 cl, pendant la
campagne de Chine de 1900 la ration est portée à 50 cl. La substitution de la bière de malt ou
du cidre peut être autorisée à raison de 50 cl la ration.
Les vins d’Algérie sont admis au même titre que les vins de France dans les fournitures
achetées par l’administration militaire - notification ministérielle du 20 octobre 1906.
L’ALCOOL ET L’EAU-DE-VIE
Distillation de jus sucrés ayant éprouvé la fermentation spiritueuse. On distingue l’alcool de
vin, de marc de raisin, de betterave, de pomme de terre ou de graines de céréales, titré à 95°.
Avant la mise en consommation cet alcool est transformé en eau-de-vie à 47° par addition
d’eau distillée ou d’eau de pluie et de mélanges aromatiques ; le stockage se fait en futaille de
chêne. La ration est de 6,25 cl et de 3,125 cl pour la ration hygiénique.
En temps de paix les troupes reçoivent du vin, de la bière ou du cidre à titre exceptionnel
pendant les grandes manœuvres, à l’occasion des inspections générales, le jour de la fête
nationale et par mesure hygiénique pendant la saison des fortes chaleurs ou pendant une
épidémie. La fourniture en nature est souvent remplacée par une indemnité avec laquelle les
unités achètent elles-mêmes les liquides.
Les allocations d’eau-de-vie ne sont attribuées qu’en temps de guerre - décision ministérielle
du 5 mai 1901.
LE TABAC
Le tabac est fourni à titre onéreux aux officiers et à la troupe.
La ration journalière est fixée à :
- 20 g de tabac caporal pour les officiers,
- 15 g de tabac de cantine pour la troupe.
46
P. EVENO
COMPOSITION DE LA RATION - décision du 11 octobre 1871.
VIVRE
Pain ordinaire 750 g
Pain de soupe 250 g
ou
Pain biscuité
de repas 750 g
de soupe 250 g
ou
Biscuit
pour le repas 550 g
pour la soupe 185 g
VIVRE DE CAMPAGNE
Riz
30 g
Riz en Algérie 60 g
Légumes secs 60 g
sel 16 g
sucre 21 g
café torréfié 16 g
LIQUIDES
Vin
25 cl
ou
Bière 50 cl
ou
Cidre 50 cl
Viande fraîche 300 g
ou
Conserve de viande
avec gelée 200 g
sans gelée 150 g
ou
Bœuf salé
300 g
ou
Lard salé
240 g
Eau-de-vie
ration exceptionnelle 6,25 cl
ration hygiénique
3,125 cl
TARIF annexé à l’instruction du 18 octobre 1909 pour le temps de paix et les manœuvres
675 g Pain ordinaire
ou de biscuité de repas
250 g Pain de soupe
550 g Pain de guerre, de repas
250 g Pain de guerre, de soupe
60 g Légumes secs
30 g Riz
30 g Conserves de légumes desséchés
40 g Conserves de purée de légumes
50 g Potage salé
30 g Lard ou graisse de saindoux
40g Graisse de bœuf
25 cl Vin
320 g Viande fraîche
200 g conserve de viande
240 g Porc salé
16 g Sel
21 g Sucre
16 g Café torréfié en grains ou tablettes
19 g Café vert
DECISION du 19 MAI 1890 SUR LES RATIONS DE CAMPAGNE
DENREES
Pain
ou Pain biscuité
ou Biscuit
RATION FORTE
750 g
700 g
600 g (3 galettes)
RATION NORMALE
750 g
700 g
600 g
Viande fraîche
ou Lard salé
ou conserve de viande
500 g
300 g
250 g
400 g
240 g
200 g
Légumes secs
ou Pommes de terre
100 g
750 g
60 g
450 g
Saindoux
ou graisse de bœuf
ou potage condensé
(si consommation de conserve de viande)
30 g
40 g
25 g
30 g
40 g
25 g
Sel
Sucre
Café torréfié
16 g
21 g
16 g
16 g
21 g
16 g
Liquides (accordé de droit à tout homme bivouaqué)
Vin
ou Bière ou Cidre
Eau-de-vie
25 cl
50 cl
6,25 cl
Auquel s’ajoute les achats
de l’ordinaire : le pain de
soupe, les condiments et
les légumes verts.
47
P. EVENO
ALLOCATIONS EN NATURE - TAUX DES RATIONS
AOUT 1914
VIVRES DE
RESERVE
Pain ordinaire
ou Pain biscuité
ou Pain de guerre
(1 galette = 50 g)
PAIN
PETITS VIVRES
300 g
Légumes secs ou riz
Sel
Sucre
Café tablettes
grains
LARD
si distribution viande
fraîche
POTAGE SALE
si distribution
conserves de viande
80 g
36 g
50 g
ou BIERE
EAU-DE-VIE
750 g
700 g
750 g
700 g
500 g
300 g
400 g
200 g
100 g
20 g
32 g
60 g
20 g
21 g
24 g
24 g
30 g
30 g
50 g
50 g
25 cl
25 cl
50 cl
6,25 cl
50 cl
6,25 cl
6,25 cl
EAU-DE-VIE
VIN
RATION
NORMALE
300 g
Fraîche
ou Conserve
VIANDE
RATION
FORTE
Bivouac ou à titre
exceptionnel
d°
d°
EVOLUTION DES TARIFS DES RATIONS PAR GRADE
SUR LE PIED DE GUERRE
Maréchal de France
Généraux
Colonel
Chef de bat. ou d’esc.
Capitaine
Lieutenant
Sous-officier
Caporal
Soldat
1818 - 1823
24
16 à 6
3
2
1,5 à 2
1,5 à 2
1840
24
16 à 6
3
2
2
2
1914
16 à 6
3
3
2
1 à 1,5
1936
6à3
2
2
2
2
1
1
1
1
48
P. EVENO
TAUX DES RATIONS PRINCIPALES EN 1914 CHEZ LES BELLIGERANTS
Ration normale en g ;
Pain
Viande fraîche
Légumes secs
Riz
FRANCE BELGIQUE ALLEMAGNE
750
750
750
400
450
375
60
250
60
30
125
AUTRICHE
700
400
100
140
RUSSIE
1025
410
17
136
ITALIE
800
500
250
ANGLETERRE
567
567
56
56
150
226
(gruaux)
Pommes de terre
750
1000
1500
1000
(macaroni)
Sucre
Café
Vin
21
16
25 cl
45
15
Sel
Eau-de-vie
16
6,25 cl
25
17
25
1 l. par
semaine
25
10 cl par
semaine
49
25
25
20 cl
13
22
15
15 cl
84
17,5 (thé)
30
9 cl
27
50
14
7 cl
P. EVENO
LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
1914 - 1918
“ Salut, pinard de l’intendance,
Qu’a goût de trop peu ou goût de rien,... ”
Chanson de Max Leclerc, 1915.
Eté 1914 une tempête d’acier balaie l’Europe pour quatre ans. Ce 4 août, ni les chefs ni la
troupe n’ont l’expérience du feu qui tue. Même JOFFRE n’a brûlé que quelques cartouches
dans la guerre du Soudan. Les états-majors sont peuplés de théoriciens, logisticiens et autres
stratèges. Mais au niveau du “ pousse caillou ”, le caporal d’escouade est toujours responsable
de la cuisine de ses camarades comme lors de la dernière guerre de 1870.
Dès le début du conflit, tous les vivres sont alloués en nature à titre gratuit. Les ordinaires
continuent à faire recette de la prime d’alimentation. Chaque sous-officier ou soldat a droit à
une ration. Quant aux officiers leurs nombres varient selon le grade de 1,5 pour le souslieutenant à 16 pour un général commandant un groupe d’armées. Les généraux peuvent
modifier les taux des suppléments et de la ration forte. Le commandement en use largement :
la ration forte est accordée d’une manière permanente même à l’arrière et dans certaines
armées la ration de viande passe à 1 kg.
Sur le terrain, les conditions de préparation des repas du matin et du soir sont différentes. Le
soir au cantonnement ou au bivouac, la totalité des denrées est préparée. Une grande partie est
consommée. Le reste de la viande est partagé et emporté dans les gamelles individuelles pour
être mangée froide le lendemain matin avec le café.
“ En arrivant au cantonnement aussi fourbu que les copains, il me faut encore chaque jour,
tandis que les autres se reposent toucher les vivres, faire des tas absolument égaux de fayots,
de sucre, de café, de riz pour les escouades, distribuer la viande, servir le pinard. Ah ! Quel
filon, l’ordinaire ” GALTIER-BOISSIERE caporal d’ordinaire au 31ème R.I.
Rapidement la situation se dégrade, le 24 août en pleine retraite : “ Dans un champ à la lueur
d’un quinquet, on distribue du riz, des fayots, des quartiers de viande fraîche, des boites de
singe, du pinard. Il y a du rab les rationnaires étant réduits de moitié... ”GALTIERBOISSIERE.
Le 2 septembre : “ Nous marchons toute la journée, pas de grande halte pour faire la soupe.
Affamés, nous déterrons dans les champs sur le bord de la route, des carottes et pommes de
terre que nous croquons crues, avec du pain rassis ” GALTIER-BOISSIERE. “ Défense
formelle de toucher à quoi que ce soit, disent les gendarmes. Pour ceux qui désobéissent et
l’on prend sur le fait, exécution immédiate ”.
Le 6 septembre à la bataille de la Marne, une contre-attaque française au nord de Meaux qui
bloque l’avancée allemande “ L’ordinaire continue à fournir des haricots secs, du riz et de la
viande fraîche, mais comme il est interdit d’allumer du feu, on vide les sacs au pied des
arbres, sans même les distribuer ” GAULTIER-BOISSIERE.
50
P. EVENO
Au soir du 13 septembre “ Les feux de bivouac s’allument à la lisière d’un bois de pins. Pour
nous qui grelottons depuis une semaine sous la pluie, quelle joie de s’asseoir en rond autour
d’un bon feu qui pétille ! Les cuistots préparent le fameux potage “ cadence ”. On grille des
biftecks à la pointe des baïonnettes. C’est la première fois depuis huit jours que nous
mangeons du chaud : quelle fête ! GALTIER-BOISSIERE.
Suite à certains abus et gaspillages, alors que la guerre se prolonge et s’enterre, les denrées se
raréfient. Sous l’influence de ces facteurs s’ouvre l’ère des restrictions :
- Le taux des rations pour les officiers est révisé entre 2 et 6 au lieu de 1,5 à 16.
- La ration de viande est diminuée de 50 g.
- Le pain biscuité est réduit de 100 g.
Ces deux diminutions sont compensées par l’octroi d’une indemnité versée à l’ordinaire.
- restriction des droits du commandement : seul le commandant en chef peut modifier
les taux et ne peut en aucun cas allouer plus de 500 g de viande.
- Enfin le taux d’extraction des farines employées pour la fabrication du pain ordinaire,
biscuité ou du pain de guerre est fixé à 80% (circulaire du 5 juin 1916).
Dès octobre 1914 sous le générique “ suppléments extraordinaires ” commencent à être
distribuées aux troupes comme denrées remboursables par les ordinaires des conserves de
sardines, de thon, de la confiture, du gruyère...
De nouvelles denrées viennent s’ajouter aux rations réglementaires :
- Le vin, les pommes de terre, l’huile, le vinaigre, le chocolat et le saucisson, à partir
du 26 octobre.
- Les pâtes alimentaires, à partir du 29.
- Enfin le 25 novembre le thé.
Des Africains, des Malgaches, des Indochinois, des Hindous... tout l’empire colonial participe
au combat comme soldats ou comme ouvriers dans la grande métropole. Afin de respecter
leurs traditions religieuses et alimentaires, la ration est adaptée :
- Le riz est consommé en plus grande quantité,
- Le vin est remplacé par le thé ou la menthe,
- La graisse attribuée est végétale,
- La viande de porc est exclue pour les musulmans,
- La noix de Kola est distribuée aux africains.
Le passage d’une ration normale à une ration forte et leurs distributions sont identiques à
celles des européens. Elles sont aussi délivrées à titre gratuit. Les vivres de réserve sont les
mêmes que pour les européens, sauf pour l’eau-de-vie qui est remplacée par un supplément de
sucre de 16 g et de café de 6 g. Pour assurer ces approvisionnements spécifiques il est
organisé des magasins de vivres des troupes coloniales à Marseille et Bordeaux (Instruction
du 30 décembre 1916).
51
P. EVENO
La révolution culinaire arrive, au niveau compagnie, avec un nouvel outil en 1915, trop peu
nombreux au début du conflit : la cuisine roulante. Fini le transport des marmites, les seaux de
toile, le moulin à café... ces matériels de campement deviennent superflus puisque transportés
par la roulante. “ Sa ressemblance avec les machines qui portent le bitume l’a fait surnommer
ici “ bitumeuse ” ou “ goudronneuse ” d’après le bruit qu’elle produit ; elle est dite ailleurs
“ batteuse ” ou “ bousine ” ; elle a évoqué par la façon dont elle est montée, le chemin de fer
à voie étroite, le canon voir le sous-marin : d’où “ tortillard ” “ quatre-cent-vingt ” “ le
lance bombes ” “ canon à rata ” “ la mitrailleuse à haricots ”, torpilleur, sous-marin ou
“ submersible à roulettes ” ; elle est aussi “ la nourrice ” et vue sous une apparence
péjorative, “ la machine à couper l’appétit ” “ la marie salope ” “ la gueuse ” ou par ellipse
du terme officiel tout simplement la roulante ” DAUZAT, 1919.
L’arrivée de la roulante offre des plats plus élaborés ou plus détestables. La soupe, plat
principal “ mêlant la viande “ la barbaque ” à des pâtes ou du riz formant un magma
caoutchouteux ou bien à des fayots plus ou moins cuits ou à des patates plus ou moins bien
épluchées, en un brouet liquide ce qui justifiait son nom, bien qu’il fût revêtu d’une couche de
graisse figée... ” “ C’était encore parfois du fromage ou du singe, que les cuisiniers diligents
accommodaient assez bien en salade. Je me souviens personnellement d’avoir “ touché ”,
pendant je ne sais combien de jours de suite à Pâques 1916, une morue trop peu
dessalée ”MEYER.
Au printemps 1916 un essai de distribution de poissons salés (morue et harengs) a lieu. Mal
accueillie par la troupe, elle est abandonnée suite aux difficultés rencontrées pour procéder au
dessalement et à la préparation de cet aliment. Par contre les conserves de sardines et de thon
à l’huile sont très appréciées. Mais leur prix de revient élevé ne permet pas une distribution
régulière. A partir de 1917 des conserves de saumon sont achetées aux Etats-Unis en quantités
importantes. Ce produit se consomme sans préparation et rend de grands services au cours des
opérations actives de 1918.
La soupe s’accompagne du pinard. Le vin de l’ordinaire un peu trop mouillé par les cuistots.
De ration exceptionnelle elle devient rapidement permanente et passe du quart de litre en août
1914 un demi-litre en 1916, auquel s’ajoutera en 1918 un quart facultatif sur l’initiative des
ordinaires. Sa distribution est attendue malgré qu’il soit mouillé et bromuré.
“ Salut, Pinard de l’Intendance,
Qu’a goût de trop peu ou goût de rien,
Sauf les jours où t’aurais tendance
A puer le phénol ou bien le purin...
Mais qu’y faire ? La soif démange.
Salut Pinard !
Salut Pinard, pur jus des treilles,
Dont un permissionnaire parfois
Nous rapporte une ou deux bouteilles.
C’est tout le pays qui vit en toi.
Dès qu’on a bu les premières gouttes
Chacun retrouve en soi son patelin ...
Et l’on s’sent chaud sous les paupières.
Salut, Pinard ”
Chanson de Max LECLERC, 1915.
52
P. EVENO
Les caporaux d’ordinaires s’entendent à resquiller avec des bidons dilatés par des tirs à blanc.
Le vin tient une grande place dans le quotidien du poilu.
“ Le pinard c’est de la vinasse,
Ca réchauffe par oùsque ça passe,
vas-y, pinard, emplis mon quart
Vive le pinard, vive le pinard ”
chanson de Louis BOUSQUET
Des débits de boisson se multiplient à l’arrière. Les prix flambent. “ I’ s’démerde l’habitant,
ah oui ! I’faut bien qu’i y en ait qui fassent fortune. Tout le monde ne peut pas se faire tuer ”
BARBUSSE. Pour contrer cette attitude l’autorité militaire met en place en janvier 1915 des
wagons puis des camions bazars tenus par de commerçants. Conjointement apparaissent des
coopératives destinées à fournir aux troupes dans des conditions avantageuses de l’épicerie, de
la bimbeloterie, des articles de fumeurs, du tabac de luxe...
La faim, la soif, le manque de sommeil, la peur hante les tranchées. Les rats, les poux, la boue
sont le quotidien de ces fantômes de misère.
La boue, la bouillasse, la mélasse, la gadoue :
“ La boue qui gliss’, la boue qui coule,
La boue qui grimp’, la boue qui coule,
Qui tomb’ d’en haut, qui r’mont’ d’en bas,
La boue à pleins bords, où qu’on rentre
Jusqu’aux genoux, souvent jusqu’au ventre...
A vous agrippe, a vous accroche...
On en a jusque dans ses poches...
On en mang’ jusque sûs son pain !... ”
Marc LECLERC.
Entre les premières lignes et le “ ravin des cuisines ” il y a un “ billard marmité ” ou les
hommes de corvées d’ordinaire risquent gros :
“ Dans la tranchée, un mouvement se fait. Une file d’êtres fangeux et suant apparaît sous des
sacs énormes ou des marmites. On est crevé. On n’en peut plus. Pas de café, on l’a chaviré en
route. Et Martin est tombé dans un trou plein d’eau, avec le sac de boules. ” “ Ils ne
protestent pas, ils savent que tout est misère dans ce monde de misère. Ils remplissent leurs
gamelles et mangent silencieusement leur ratatouille froide, bœuf bouilli, pommes de terre
vinaigrées- en se penchant dessus pour la préserver de l’eau et de la terre ; mais ils ont les
mains glaiseuses et le pain qu’ils ont touché crie sous leurs dents ” TUFFRAU.
Et puis il y a la relève et le cantonnement de repos : “ On crie, on boit, on chante on tape sur
les tables avec les bouteilles ; c’est un infernal charivari ! Les bonshommes oublient leurs
misères passées dans le vin, la fumée et le bruit. On a bien mangé, bien bu, on est sûr de bien
dormir tout à l’heure. Chacun jouit délicieusement de la minute présente. Lorsqu’on se
retrouve entre soi après de cruelles angoisses... ” GALTIER-BOISSIERE.
53
P. EVENO
Si le pinard et la gnole sont devenus des vivres réglementaires, les conserves aussi sont
rentrées en force dans l’alimentation de la troupe. L’approvisionnement en viande fraîche ou
congelée ne suffit plus. Il est même impossible parfois de ravitailler la troupe. C’est pourquoi
une fabrication intensive de conserves de viande et de plats cuisinés est développée :
CONSERVE AU RIZ :
Dès les premières semaines de mobilisation, la production est lancée dans dix-sept usines
autour de Paris.
La viande crue, désossée et parée, mélangée à du riz et une petite quantité d’agar-agar destiné
à gélatiniser le jus non absorbé par le riz. La boîte est sertie et stérilisée à 117°. Cette
production spéciale de 80 000 quintaux est remplacée, en février 1915, par celle de bœuf
assaisonné.
CONSERVE DE BOEUF ASSAISONNE :
Sa fabrication fait l’objet de cahiers des charges les 17 août 1909 et 5 juillet 1913. D’abord
fabriqué par des usines en France, la production diminue afin de ménager le cheptel national.
Il est fait appel à Madagascar en 1915 et 1916 à l’Argentine.
Pour donner une saveur plus agréable à cette conserve on incorpore à la fabrication 15 g de
carottes par ration de 300 g.
CORNED BEEF :
Des achats sont réalisés aux Etats-Unis, mais peu importants, la qualité de cette conserve est
peu élevée. Moins nourrissante que le boeuf assaisonné cette conserve est vite abandonnée.
CONSERVE DE BOEUF ET LEGUMES :
En août 1916, le commandant en chef demande de mettre à la disposition des troupes
occupant les tranchées, une conserve de viande aux légumes pouvant se manger chaude ou
froide. Des démarches entreprises auprès du War - Office permet la cession de conserve du
type adopté pour l’alimentation des troupes britanniques : soit 200 g de viande et 400 g de
légumes par boîte.
Un marché en France est passé. Il est exclusivement réservé à l’armée d’Orient.
CONSERVE DE PORC ROTI :
Fabriqué en quantité limitée en France et à Madagascar. Cette conserve est appréciée par la
troupe, malheureusement d’un prix de revient très élevé, elle n’est distribuée
qu’exceptionnellement. Dans un porc de 100 kg vif, il n’est fabriqué que 75 boites de 300 g.
Le porc rôti est un véritable confit à consommer froid.
LES PLATS CUISINÉS :
Pour varier les menus, il est proposé aux ordinaires et aux coopératives des plats cuisinés
fabriqués en France par des usines en gestion directe : bœuf à la mode, cassoulet, choucroute
garnie, saucisses à la tomate, tripes à la mode de Caen...
60 ans plus tard, le plat cuisiné en barquette individuelle est la denrée principale de la ration
de combat.
LE POTAGE SALE :
Au début de la guerre la production du potage 1909 en tablettes est insuffisant. Il est fabriqué
du “ potage Percy ” (graisse, farine de blé, pain, assaisonnement). Il n’est pas apprécié par la
troupe. Du potage au tapioca ou au soja est aussi consommé mais en petite quantité vu le prix
de revient trop élevé.
54
P. EVENO
Dans la deuxième année de guerre les usines Kub, quai de la Loire à Paris, réquisitionnées
fabriquent par gestion directe le potage suivant le cahier des charges de 1909. Seul
l’emballage est changé par du papier sulfurisé.
Il ne faudrait pas oublier le “ perlot ”, “ le gros cul ”, le caporal ordinaire est distribué en
cubes enveloppés de papier gris. Avant le conflit tous les 10 jours 100 g de tabac de cantine
sont distribués moyennant la somme de 15 centimes. En campagne le tabac est fourni à titre
gratuit, puis rapidement il est substitué par une indemnité représentative allouée à tous,
fumeurs et non fumeurs, avec laquelle les accrocs de la nicotine peuvent satisfaire leur
penchant. Le tabac rentre dans les vivres réglementaires.
La misère et le courage du poilu sont difficiles à rassembler en quelques témoignages sur le
thème de l’alimentation pour décrire l’intensité du carnage. Le prix qu’il pense payer pour la
der des ders !
“ On aura connu la misère.
Des abris, sans jour et sans air :
Ces cav’ noèr’, ces y oû qu’ la paill’ pourrie
Avait ein’ sente d’bargerie,
Yoù qu’on n’tait enfouis sans voèr clair,
Les jours que l’Boch’ lançait trop d’bombes :
C’est vantié comm’si, en sa tombe,
On éait enterrés vivants ! ” Marc LECLERC.
55
P. EVENO
TABLEAU COMPARATIF DES RATIONS DE VIVRES
EN 1914 ET 1918
DENREES
RATION
NORMALE
1914
1918
RATION
FORTE
1914
1918
RATION DE
RESERVE
1914
1918
PAIN
BISCUITE
DE GUERRE
700
600
700
600
700
600
700
600
300
450
FRAICHE
DE CONSERVE
400
200
400
300
500
300
450
300
300
300
60
20
21
60
20
32
100
20
32
100
20
48
80
80
16
24
24
36
36
-
36
-
LARD
(distribution de la viande fraîche)
ou
POTAGE SALE
(distribution de la viande de conserve)
30
30
30
30
-
-
50
50
50
50
50
50
CHOCOLAT
-
-
-
-
-
125
VIN
ou BIERE ou CIDRE
25 cl
50 cl
50 cl
1 l.
25 cl
50 cl
50 cl
1 l.
-
-
EAU-DE-VIE
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
VIANDE
VIVRES DE CAMPAGNE
PETITS VIVRES
LEGUMES SECS OU RIZ
SEL
SUCRE
CAFE TORREFIE
en tablettes
en tablettes ou en grains
LES SUPPLEMENTS A LA RATION NORMALE
Suivant les circulaires des 4 février, 21 avril et 21 juin 1916.
Ils sont accordés par le Général Commandant en Chef. L’ordre précise les corps, fractions de corps,
détachements ou services qui bénéficient de ce supplément.
La ration de viande ne peut dans tous les cas être supérieure à 500 g. Les suppléments peuvent être accordés à
une seule denrée ou à plusieurs dans l’un ou l’autre taux.
Désignation des denrées
1er Taux
en grammes
25
6
4
5
20
Viande Fraîche
Sucre
Café
Tabac
légumes sec ou riz
56
2ème Taux
en grammes
50
11
8
40
P. EVENO
LA RATION DE VIVRES DE RESERVE
La ration de vivres de réserve, un jour porté par le soldat et un jour dans les voitures du train
de combat, a montré dès le début des combats son utilité. En 1914 la ration de réserve
comporte du pain de guerre, le potage condensé, une conserve de viande, du café et une forte
proportion de sucre en raison de sa valeur énergétique et de l’eau-de-vie. Dans un souci
d’alléger le combattant la ration de pain de guerre n’est que de 300 g, à la fin du conflit elle
atteint 450 g auquel il faut ajouter 125 g de chocolat.
Ces vivres sont augmentés de compléments ou suppléments appelés suivant les armées :
vivres légers, vivres d’assaut ou vivres d’attaque (fromage, charcuterie ou conserve de
poisson).
La conservation de ces vivres sur l’homme n’est pas satisfaisante. Certaines denrées qui la
composent sont fragiles. Le pain de guerre, le chocolat et le café en tablettes risquent de se
briser, le sucre de se répandre. D’autre part certains ont tendance à consommer ces vivres trop
rapidement afin de s’alléger.
Des sachets en toile pour le sucre et le pain de guerre apparaissent, mais sont insuffisants en
particulier contre l’humidité et les rongeurs. Aussi à la fin de la guerre il est adopté une boite
métallique susceptible de contenir une ration de vivres de réserve à l’exception de la conserve.
Dans les années 20 certains veulent aller plus loin dans la création d’un boîtage métallique
soudé contenant toute la ration de réserve et pouvant s’ouvrir avec une clef. Son contenu serait
ainsi à l’abri des détériorations et des consommations abusives.
Cette conception reste à l’état de projet. Il faudra attendre la Deuxième Guerre Mondiale pour
voir apparaître ce concept avec l’Armée Américaine puis dans l’Armée Française avec la
ration type 46.
57
P. EVENO
TAUX DES RATIONS DES MILITAIRES INDIGENES
DES TROUPES COLONIALES
Circulaire du 30 décembre 1916
DENREES
MALGACHES
HINDOUS
SENEGALAIS
INDOCHINOIS
RIZ
PAIN
forte
500
350
normale
400
350
forte
400
400
normale
400
400
forte
500
250
normale
400
250
VIANDE
400
350
400
350
350
300
400
350
LARD où GRAISSE VEGETALE
HUILE D’ARACHIDE ou PALME
30
30
30
30
30
30
50
45
40
300
32
16
50
375
32
24
40
300
21
16
50
375
32
24
3
40
300
21
16
3
5
20
5
20
20
20
15
15
25
8
50
16
6
5
12
LEGUMES SECS
ou POMMES DE TERRE
SUCRE
CAFE
THE
THE ANNAMITE
SEL
TABAC
TABAC ANNAMITE
32
24
21
16
50
375
42
24
20
20
20
20
15
15
15
15
KOLA
EN REMPLACEMENT
DU VIN
THE VERT
FEUILLES DE MENTHE
SUCRE
CAFE
SUPPLEMENTS
EXTRAORDINAIRES
VIANDE
SUCRE
LEGUMES SECS
ou POMMES DE TERRE
THE
THE ANNAMITE
CAFE
TABAC
TABAC ANNAMITE
KOLA
3
4
21
3
4
21
25
8
40
300
2
15
15
21
16
21
12
25
8
25
21
SOMALIS ET
ORIGINAIRES
DU PACIFIQUE
forte
normale
150
150
600
600
3
6
3
5
5
6
5
10
SAUCE NOC-MANN ou SOJA
( UNE FOIS PAR SEMAINE )
5
LAIT CONDENSE
POUR LES SOMALIS
une boîte de 350 g pour 4 hommes
58
P. EVENO
L’ARGOT ALIMENTAIRE DU POILU
Antidérapant : Vin,
Barbaque : Viande fraîche,
Becqueter : Action de manger,
Bidoche : Viande,
Biture : Saoulerie,
Blindé : Ivre,
Bombe, Bordée : Fête, Saoulerie,
Boudin cavaleur : Ballon captif
Boule : Pain de soldat,
Brichton : Pain,
Brindezingue : Homme ivre,
Casse-pattes : Eau-de-vie,
Colle : Riz cuit,
Court tout seul : Fromage,
Criq : Eau-de-vie,
Croûte (la) : le manger, les aliments,
Cuistance : cuisine,
Cuistancier, Cuistot : Cuisinier,
Cure-dents, fourchette : Baïonnette,
Distribution : Obus de 75 français,
Eau pour les yeux : Eau-de-vie de marc,
Electrique : Vin,
Fièvre de Bercy : Ivresse,
Frigo : Viande congelée,
Fromgi, Fromton : Fromage,
Galletouse : Gamelle du soldat,
Gaufre : Figure,
Gelé (être) : Etre ivre,
Gros Q : Tabac de soldat,
Intendance : Obus de 210 allemand
Jus : Café,
Juteuse : Pipe,
Les Légumes : les Chefs,
Lichées : Rasades de vin ou d’eau-de-vie,
Louchébeur : Boucher, marchand de viande,
Marmites : Femmes de mauvaise vie,
gros obus allemands,
Mettre la ceinture : se passer de manger,
Moulin à café : Mitrailleuse,
Muffée : Saoulerie,
Noir (être) : être ivre,
Nouba : Fête, Noce, Saoulerie,
Nougat : Fusil,
Oeufs brouillés : Hommes ou Femmes en désaccord,
Pastis : Empêtré,
Perco : Appareil à faire le café,
Perlot : Tabac fin,
Picmuche : Vin,
Pinard : Vin,
Premier jus : Soldat de 1ère classe,
Pruneau : Balle de fusil,
Quart : Gobelet de soldat,
Quart de brie : Nez,
Rab : Excédent à répartir, à distribuer,
Raisiné : Sang,
Ravitaillement : Obus de 210 allemand,
Rétamé, Retourné : Homme ivre,
Ribouldingue : Fête, Noce,
Roule-par-terre : Eau-de-vie,
Sèche, Sibiche : Cigarette,
Singe : Viande en conserve,
Tambouille : Cuisine,
Tartines : Chaussures,
Bouffer des briques, becqueter des clarinettes : se passer de manger,
Bouloting House : Restaurant,
Bousculer le moulin à rata : faire du bruit en bousculant tout sur son passage,
Crème de menthe : celui qui donne du courage à ses voisins de tranchées ou d’assaut,
Distribe : répartition des aliments, tabac, vêtements,
Etre dans les pommes : être fichu, malade ou blessé,
Faire saigner la pastèque : frapper à la figure,
L’avoir sec : avoir soif, être contrarié,
Mettre la viande dans le torchon : se mettre au lit,
Regarder défiler les dragons : se passer de manger,
S’attacher la gamelle : se sauver,
Secouer la poêle à marrons : corriger, battre quelqu’un,
Se les caler : bien manger.
59
P. EVENO
UNE APPROCHE DIETETIQUE
1919 - 1940
“ Une bonne digestion commence à la cuisine ” BRILLAT- SAVARIN
L’ensemble des textes édictés avant 1914 pour l’alimentation des troupes est maintenu.
L’instruction de 1909 sur les moyens de donner à l’alimentation dans les armées un caractère
rationnel n’est modifiée qu’en 1930. Elle révise et met en harmonie avec les progrès réalisés
en physiologie et chimie, notamment pour tenir compte de la notion de vitamine. Insérée au
bulletin officiel volume 7, il commence ainsi : “ l’alimentation pour maintenir l’homme en
bon état de santé et de vigueur doit satisfaire à trois conditions fondamentales : elle doit être
saine, agréable au goût, rationnelle ”. Tout un programme !
Saine : la qualité des aliments est contrôlée par le service des Subsistances ou les
commissions d’ordinaires aidés de notices techniques éditées par l’Inspection Générale des
Subsistances.
Agréable au goût : nous touchons à la gastronomie. La variété des aliments, leur association et
leur préparation doit plaire pour être bien digérés. Le principe retenu dans l’instruction du 6
novembre 1930 :
“ Veiller à la bonne préparation culinaire des aliments servis à la troupe n’est pas faire
oeuvre de luxe ou de pur agrément, c’est faire oeuvre, au point de vue hygiénique, de haute
utilité et de nécessité. ”
Pour appliquer ce principe il est adopté l’édition d’un livre de cuisine et la spécialisation des
cuisiniers.
- Le livre de cuisine de 1908 est à rapprocher du manuel du cuisinier en campagne de
J. LARIBE D’ARVAL adopté par les Armées et autorisé par décision du 23 février 1940, en
1962 on en est à la neuvième édition. Il donne des recettes pour 100 hommes.
- La spécialisation des cuisiniers : il en est fait mention dans le recrutement sur la
gestion des ordinaires - art. 12 du décret du 6 novembre 1930 et l’instruction du 6 novembre
1930 sur l’emploi des cuisiniers civils dans les corps de troupe. Il faut attendre 1936 un décret
du 29 mai pour voir enfin la création d’un personnel spécialiste de cuisiniers militaires. Les
brevets sont délivrés à l’issue d’un enseignement théorique et pratique consacré par un
examen dans des cours de cuisines régionaux.
Rationnelle : d’après l’instruction de 1930, la ration journalière doit fournir entre 3000 et
3400 calories. Ce qui représente l’effort d’une marche de 30 kilomètres en terrain plat sans
charge. Des suppléments, pour le travail intensif, par temps très froid ou jeunes recrues sont
accordés entre 500 et 700 calories.
60
P. EVENO
Les dépenses nécessaires à l’acquisition des denrées par l’ordinaire sont couvertes par les
recettes suivantes :
( Art. 16 du règlement sur la gestion des ordinaires)
- L’indemnité représentative de pain pour 700 g par ration,
- La prime de viande calculée sur le taux de 350 g,
- L’indemnité représentative de boisson correspondant à 25 cl de vin,
- La prime fixe pour l’acquisition d’autres denrées et condiments.
L’ensemble de ces primes et indemnités constitue la Prime Globale d’Alimentation.
“ Les allocations d’alimentation étant perçues en deniers, il appartient aux officiers gérants
des ordinaires de proportionner les quantités de denrées à distribuer aux besoins réels de la
troupe suivant les dépenses physiques qu’elle doit supporter, en se conformant aux
prescriptions de l’instruction sur les moyens de donner à l’alimentation dans l’armée un
caractère rationnel ” Tarif des rations.
En d’autres termes il n’existe pas de ration de base ni de ration type en temps de paix. Pour
fixer les idées on peut prendre comme exemple la ration du soldat en garnison :
ALIMENTS
Pain ordinaire (1)
Viande fraîche (1)
Graisse végétale (2)
Sel (2)
Sucre (2)
Café torréfié (2)
Pommes de terre
Légumes frais
QUANTITES en g
700
350
30
16
21
16
400
250
CALORIES
1711
523
255
80
6
288
84
50
100
114
45
Chocolat
20
Vin
25 cl
93
3201
145
3346
(type carottes)
Confiture
Fruit frais
(pomme)
(1) allocation réglementaire
(2) taux du tarif
Le calcul est fait d’après la table alimentaire du B.O. en protides, lipides et glucides. La valeur
énergétique du vin est comptée à part (C. M. du 3 avril 1940). C’est le bilan alimentaire qui
permet de vérifier la valeur énergétique de la ration dans ses principes, une minéralisation
suffisante par la variété des aliments et l’apport en vitamines assurés en légumes et fruits frais.
61
P. EVENO
En campagne les considérations générales nutritionnelles émises pour la ration de garnison
s’appliquent aussi. En 1921 le BOEM n° 94 sur l’alimentation en campagne est édité. Outre
l’instruction du 2 avril 1914, tous les modificatifs et autres circulaires parues pendant la
guerre sont rassemblés. Une modification importante en 1933 intègre les différentes
populations au sein des troupes notamment dans l’Armée Coloniale : Sénégalais, Malgaches
Hindous, Indochinois, Somalis et originaires du Pacifique, suivant leur mode d’alimentation
traditionnel les denrées et leur taux sont modifiés.
Il y a toujours trois types de ration :
- La ration normale,
- La ration forte,
- La ration de vivres de réserve.
La réalisation de ces rations en campagne est assurée par deux sortes de denrées :
- Les denrées réglementaires en nature déterminées par un taux et dont la fourniture
incombe à l’Intendance.
- Les denrées d’ordinaires, dont la nature et la quantité sont déterminées par les corps
de troupe. Ils se les procurent à l’aide d’allocations de primes auprès de l’Intendance, des
Coopératives d’Armées ou dans le commerce local (Art. 38 de l’instruction sur l’organisation
et le fonctionnement du Service de l’Intendance - 1938)
Le passage d’une ration à l’autre ou la substitution d’une denrée ne peut se pratiquer que sur
ordre du Général Commandant en Chef ou du Général commandant une troupe opérant
isolément.
Pour la ration de vivres de réserve, le choix se porte sur des aliments de transport et de
conservation facile. Ils doivent être concentrés et stables. Le choix depuis 1890 c’est porté sur
: le pain de guerre, la conserve de boeuf, le potage salé, le café, le sucre et l’eau-de-vie. En
1933 le potage disparaît. Il avait fait l’objet de remarques d’ailleurs comme le café en
tablettes. Pour l’Infanterie la consommation des vivres de réserve se fait dans des conditions
où l’eau et le feu sont difficiles à trouver. Par contre dans l’Artillerie le maintien de cette
denrée à beaucoup de partisans, elle est conservée pour les troupes en secteur fortifié.
Ni la drôle de guerre à partir de septembre 1939, ni le dénouement tragique et rapide de mai et
juin 1940 ne change l’alimentation des troupes françaises. Si ce n’est une approche diététique
plus sérieuse et un contrôle des ordinaires par le Service de l’Intendance entrepris par
l’intermédiaire du bilan alimentaire.
62
P. EVENO
COMPOSITION DES RATIONS DE VIVRES DE CAMPAGNE
POUR LES TROUPES METROPOLITAINES
en grammes
DENREES
RATION
VIVRES DE
RESERVE
1921
1935
-
1921
750
1935
750
1921
750
1935
750
500(1)
450
700
600(2)
700
500
700
600
700
500
300
300
450
300
450
300
400
300
400
300
80
80
100
20
32
100
20
48
60
20
21
60
20
32
36
-
36
-
24
28,5
36
43
16
19
24
29
-
-
50
30
50
30
50
-
50
-
50
-
CHOCOLAT
125(3)
125
-
-
-
-
VIN
ou BIERE ou CIDRE
-
-
37,5 cl
75 cl
50 cl
1 l.
25 cl
50
50 cl
100
EAU-DE-VIE
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
EAU-DE-VIE à tout homme bivouaqué
-
-
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
6,25 cl
TABAC CAPORAL pour officiers
TABAC DE CANTINE pour la troupe
20
20
20
20
20
20
20
20
20
15
20
15
PAIN
ORDINAIRE
BISCUITE
DE GUERRE
RATION
FORTE
RATION
NORMALE
VIANDE
FRAICHE
DE CONSERVE
VIVRES DE CAMPAGNE
PETITS VIVRES
LEGUMES SECS OU RIZ
SEL
SUCRE
CAFE TORREFIE
en tablettes
en tablettes ou en grains
ou café vert
LARD
(distribution de la viande fraîche)
ou
POTAGE SALE
(distribution de la viande de conserve)
(1) 10 GALETTES
(2) 12 GALETTES
(3) dans une boîte métallique contenant 2 rations
63
P. EVENO
COMPOSITION DES RATIONS DE VIVRES DE CAMPAGNE
POUR LES TROUPES INDIGENES DE L’ARMEE COLONIALE
EN 1933
en grammes
DENREES
SENEGALAIS
MALGACHES
HINDOUS
INDOCHINOIS
SOMALIS ET
ORIGINAIRES
DU PACIFIQUE
normale
forte
normale
forte
normale
forte
normale
forte
ORDINAIRE
ou BISCUITE
ou DE GUERRE
430
400
285
430
400
285
375
350
250
375
350
250
270
250
180
270
250
180
645
600
430
645
600
430
VIANDE
FRAICHE ou CONGELEE
CONSERVE ASSAISONNEE
350
300
400
300
350
300
400
300
300
300
350
300
350
300
400
300
PETITS VIVRES
LEGUMES SECS
RIZ
SEL
SUCRE
40
400
20
32
50
500
20
32
40
400
20
21
50
500
20
32
40
400
20
21
50
500
20
32
40
150
20
21
50
150
20
32
CAFE
torréfié en grains ou en tablettes
vert
16
19
24
29
16
19
24
29
16
19
24
29
16
19
24
29
GRAISSE VEGETALE
où HUILE D’ARACHIDE
45
50
30
-
30
-
30
-
30
-
30
-
30
-
CHOCOLAT
(distribué avec viande de conserve)
50
50
50
50
50
50
50
50
EN REMPLACEMENT
DU VIN
SUCRE
CAFE
THE ORDINAIRE
THE VERT
THE ANNAMITE
16
12
-
21
16
-
21
3
-
21
3
-
5
5
8
3
-
8
3
-
EN REMPLACEMENT
DE L’EAU-DE-VIE
SUCRE
CAFE
THE ORDINAIRE
KOLA
16
6
10
16
6
15
16
6
-
16
6
-
16
6
-
16
6
-
10
3
-
10
3
-
15
15
15
15
10
13
-
-
PAIN
TABAC
CHEBLI
ANNAMITE
(1) 2 fois par semaine pour les Sénégalais
64
P. EVENO
SUPPLEMENTS A LA RATION NORMALE
DISTRIBUEES DANS LES MEMES CONDITIONS
QUE CELLES DECRITES DANS LA CIRCULAIRE DE 1916
DENREES
1er TAUX
1921
2ème TAUX
1er taux
1933
2ème TAUX
EUROPEENS
VIANDE FRAICHE OU CONGELEE
SUCRE
CAFE
TABAC
LEGUMES SECS
25
6
4
125
20
50
11
8
40
25
8
6
5
20
50
16
12
40
TROUPES COLONIALES
THE ORDINAIRE
SENEGALAIS AOF et AEF
MALGACHES ET HINDOUS
INDOCHINOIS
25
-
50
2
5
5
2
3
5
2
3
50
21
5
50
21
5
100
21
5
15
15
10
10
POUR LES INDOCHINOIS
PAIN BISCUITE
SUCRE
SAUCE NUC MAN ou SOJA
POUR LES SOMALIS et ORIGINAIRE
DU PACIFIQUE
TABAC CHEBLI
POUR LES SOMALIS
LAIT CONDENSE
une boîte de 350g pour 4 hommes
POUR LES SENEGALAIS AOF et AEF
KOLA
65
P. EVENO
LE PAIN
LE PAIN ORDINAIRE
La farine provient exclusivement de la mouture de blé qui sera modifiée par un arrêté du 13
janvier 1941 ou 10 % de farine de seigle, de fève, d’orge, de maïs ou de sarrasin est admis.
Il est adopté trois types de pains :
LE PAIN ROND : d’une cuisson de 40 mn, ses dimensions sont de 22,5 cm de
diamètre, de 8 cm d’épaisseur pour un poids après ressuage de 1200 g. Il porte sur le milieu de
la croûte supérieure une marque indiquant le jour de fabrication. Sa distribution a lieu après
24 à 36 heures de ressuage.
LE PAIN COURONNE : d’une cuisson de 30 mn, ses dimensions sont de 27 cm de
diamètre, de 7 cm d’épaisseur pour un poids de 600 g. Il est introduit dans l’armée en 1929
pour réduire les déchets de mie - Notice du 8 avril 1930.
LE PAIN BISCUITE : d’une cuisson de 1 h 20 en cuisson lente. Il pèse 1200 g après
24 heures de ressuage et porte sur sa croûte quatre coupures à angle droit formant des sillons
destinés à réduire son développement avant cuisson - Notice de fabrication du 14 mai 1936.
Conçu pour subir une conservation de 20 à 24 jours. C’est la mise en condition d’un pain
ordinaire dans sa durée de cuisson. L’épaisseur de sa croûte est accrue, 3 mm pour le pain
ordinaire et 5 mm pour le pain biscuité. En temps de paix il constitue des approvisionnements
de mobilisation renouvelés toutes les semaines. En temps de guerre il ravitaille journellement
les armées en campagne.
La distribution pour ces pains est au poids, à titre remboursable. Les corps perçoivent la
quantité jugée nécessaire à l’alimentation des hommes et non au nombre de rations
correspondant à l’effectif des présents.
La ration est de 750 g pur le pain ordinaire et de 700 g pour le pain biscuité. Dans la réalité
seuls 600 g sont attribués en nature. Pour la différence le corps reçoit une indemnité calculée
sur le tarif de remboursement. Le 16 janvier 1940 la ration est abaissée à 500 g et après
l’armistice elle est ramenée à 450 g.
LE PAIN DE GUERRE
Ou pain concentré est un produit à base de farine de froment pauvre en eau. Pour 100 kg de
farine il faut 2 kg de sel, 4 kg de sucre et 8 kg de graisse végétale. Il se consomme en lieu et
place du pain ordinaire. Sa valeur énergétique est au kilo pour le type 1926 de 3475 calories et
pour le type 1937 de 3780 calories - Cahier des charges du 10 août 1937.
Les galettes ont un poids de 15 g et 68 mm par 48 mm et 10 mm d’épaisseur.
Le pain de guerre est fabriqué en gestion directe par le centre de Nevers au sein d’une
boulangerie militaire en temps de paix. A la mobilisation des biscuiteries civiles sont mises
aux normes pour fabriquer le biscuit.
Après l’armistice des essais sont tentés par divers industriels pour remplacer le sucre avec du
miel de raisin et incorporer de la farine de soja à 15 et 20 %.
66
P. EVENO
LA VIANDE
LA VIANDE FRAICHE
Les bovins fournissent la majeure partie de la viande fraîche destinée aux troupes, mais pour
varier l’alimentation, le mouton et le porc suivant les ressources locales sont aussi distribués.
Dans les cas de nécessité imposée par les circonstances de la guerre la viande de cheval peut
être consommée, quant au veau, il n’entre dans l’approvisionnement que pour les hôpitaux.
Suivant les saisons et les climats, la distribution se fait 12 à 24 heures après l’abattage au fur
et à mesure des besoins. La tête à l’exception des bajoues, la fressure, les mamelles, les suifs,
les jambes et la peau ne font pas partie des distributions. La répartition des morceaux doit
toujours être faite de manière que les meilleurs comme les moins bons morceaux soient
donnés impartialement et tour à tour aux parties prenantes. Lorsque la distribution se fait par
quartiers il est tenu compte de 3 % du poids en déchets.
En campagne suivant les circonstances et les ressources du pays, le lapin et la volaille peuvent
se substituer à la viande de bœuf. On aura soin de vider la volaille rapidement après l’abattage
surtout par temps orageux.
LA VIANDE CONGELEE
Avant 1914, les dispositions du décret de 1888 sur l’obligation de transporter les quartiers,
poumons adhérents, interdit pratiquement la viande congelée. Pourtant l’armée stocke dans
quelques places fortes de l’est : Verdun, Toul, Epinal et Belfort de petites quantités en cas
d’investissement. La consommation de cette viande n’a pas la faveur de la troupe. En 1915 le
cheptel français tombe au-dessous de celui de 1870, après dix mois de guerre. Alors la viande
d’importation congelée rentre couramment dans les approvisionnements. Il est même institué
des restrictions chaque semaine par des jours sans viande. Le rétablissement du cheptel n’est
atteint qu’en 1935. Mais la viande congelée fait toujours partie des approvisionnements. C’est
souvent une viande d’importation des colonies ou de l’étranger. Elle doit être sacrifiée depuis
moins de douze mois, les vaches et les taureaux en sont exclus. Les quatre quartiers sont
admis et livrés entiers dans leur enveloppe d’origine. Le mouton congelé est livré en carcasses
entre 15 et 30 kg.
La ration de garnison de 350 g est ramenée à 150 g à la suite de l’armistice et des mesures de
restriction prises le 25 juin 1940.
67
P. EVENO
LES CONSERVES DE VIANDES
LA CONSERVE DE BOEUF
Elle répond à un but bien déterminé : fournir au soldat isolé dans l’impossibilité de recevoir
des vivres, une ration de viande suffisamment nutritive, de conservation longue et d’un poids
modeste. Elle exclut donc les plats cuisinés. La fourniture est réalisée en boîtes de 300 g (soit
240 g de viande cuite) qui répond à la dotation des vivres de réserves individuels et en boîtes
de 1 kg (soit 800 g de viande cuite) d’un prix de revient moindre. Elle est préférée dans la
consommation collective des vivres de route ou de débarquement.
Elle peut être mangée froide, en ragoût ou en soupe.
En ragoût : une quantité égale de légumes (1 kg) sont cuits avec le jus et la graisse. Lorsque
les légumes sont cuits il faut ajouter la viande pour la réchauffer.
En soupe : il est pratiqué de même en allongeant le jus avec de l’eau chaude puis versé sur le
pain.
En 1939 un plan de fabrication est arrêté. La mise en route par des usines reconnues à
l’avance démarre au 14ème jour de la mobilisation, suivant le cahier des charges du 5 juillet
1934 et l’instruction du 6 juin 1936.
Il faut 2,250 kg de viande crue pour obtenir 1 kg de viande de conserve. Le jus de remplissage
des boîtes s’obtient par évaporation du bouillon décanté de la cuisson de la viande. Le
fabricant s’assure de l’étanchéité des boîtes qui sont recouvertes de peinture contre l’attaque
de la rouille. La couleur varie chaque année. Les couvercles portent le nom du fabricant et la
date de fabrication.
CONSERVE DE SAUCISSES SALEES
La boîte de 250 g contient deux saucisses de 100 g chaque et 50 g de saindoux. La portion de
conserve de saucisse est de 25 g. La proportion de viande de bœuf est d’une partie pour deux
de porc. Elles sont utilisées froides ou chaudes associées de préférence avec du riz ou des
pâtes, le jus fournissant la base de préparation.
LE PORC EN GELEE
Conserve très appréciée par la troupe. Cette conserve est fabriquée avec de la viande cuite
dans de la graisse fondue et égouttée. Assaisonnée, mise en boîte, elle est complétée avec de
la gelée préparée avec des couennes et pieds cuits à l’eau.
SALAISON DE PORC
Il provient d’animaux de 60 à 100 kg. Le rendement est de 70 % du poids après enlèvement
des abats. La saumure doit être de 25 % point de saturation. Le salpêtre est mélangé au sel à
raison de 1 kg pour 100 kg de sel. La viande est conservée et distribuée en barils de 45 ou 90
kg, sur lequel est inscrit le poids net, la date de fabrication, le numéro d’ordre et le nom du
fabricant. Ces salaisons doivent pouvoir se conserver 2 ans.
Avant la cuisson, la viande est débarrassée par grattage du sel à la sortie du baril puis
immergée pendant 6 à 8 heures dans l’eau froide renouvelée. En campagne et dans des
marches on obtient un dessalement suffisant après grattage par l’immersion pendant 1 h 30
dans de l’eau chaude, puis 2 heures dans de l’eau froide renouvelée.
Cette viande convient pour la soupe et le rata avec des légumes. Elle substitue la viande
fraîche à raison de 240 g par ration.
68
P. EVENO
LA CONSERVE DE POISSON
Sardines et thon à l’huile, harengs marinés et morue permettent de réduire la consommation
de viande. Chaque mois un nombre de repas de morue est fixé entre les services du
ravitaillement et le G.Q.G. Elle substitue la viande fraîche à raison de 670 g par ration.
LA CONSERVE DE LEGUMES
Préparée avec des légumes frais soumis à une déshydratation rapide de 110° à 115° puis
comprimés énergiquement en tablettes.
JULIENNE
D’OFFICIER
8%
36 %
26 %
16 %
5%
9%
DENREES
Choux verts
Carottes
Pommes de terre
Flageolets et haricots verts
Navets
Assaisonnement
(céleri, oignon, poireau, oseille)
JULIENNE
DE TROUPE
10 %
30 %
40 %
10 %
10 %
LES PATES ALIMENTAIRES
Dans cette rubrique nous trouvons des pâtes à base de semoule de blé dur ou tendre comme
les macaronis, le vermicelle, les petites pâtes...Mais aussi le tapioca à base de semoule de
manioc.
LE SUCRE
Il est fourni en pains entiers de 7 à 12 kg avec une tolérance de 10 % en pains cassés et
morceaux pesant au moins 25 g, livrés, enveloppés dans du papier. Les débris et poussières de
sucre ne peuvent entrer dans la distribution que pour 10 %.
LE CAFE
Le café torréfié en grains est transporté à la suite des troupes, en double sac de 40 kg puis
enfermé dans une caisse étanche du même type que celle du pain de guerre. La mouture se fait
au fur et à mesure des besoins.
LE CAFE EN TABLETTE
Pas de changement dans son poids et sa fabrication. Il est recommandé aux hommes qui en
font usage de n’ouvrir l’enveloppe de la tablette que par un bout, de la pousser hors du papier
jusqu’au trait de séparation des deux rations, de casser à ce trait et de replacer la ration
restante dans l’enveloppe refermée soigneusement.
69
P. EVENO
LE VIN
Le vin fourni à l’armée doit nécessairement satisfaire aux exigences des décrets et textes
réglementaires pris en application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes.
L’instruction générale sur l’organisation et le fonctionnement du ravitaillement du vin du 30
janvier 1936 énonce dans son article 32 “ Le vin à réaliser doit pouvoir être immédiatement
expédié sans nécessité au préalable, ni soins spéciaux, ni coupage ; son degré alcoolique doit
atteindre, en principe, au moins 9° ”. Pour la fourniture destinée au Sud Algérien il est titré à
12°.
L’EAU-DE-VIE ET LE RHUM
Le degré alcoolique de ces deux produits doit être de 45° (notice du 6 mars 1940).
LE TABAC
En 1920 en temps de guerre le tabac est fourni à titre gratuit à la troupe au titre des vivres de
campagne. Dans tous les autres cas et pour les officiers il est à titre onéreux.
- Le tabac caporal, pour les officiers, est cédé au kilo pour une consommation
journalière de 20 g.
- Le tabac de cantine, pour la troupe, empaqueté par 100 g est distribué à raison d’un
paquet pour sept jours par homme.
Les troupes se ravitaillent par l’intermédiaire des stations-magasins.
En 1933 la perception gratuite des troupes en campagne disparaît. Dans tous les cas le tabac
est distribué à titre remboursable à l’aide d’une indemnité représentative représentant la valeur
de la remise au consommateur. Elle est indépendante de la prime globale d’alimentation, donc
les non-fumeurs peuvent en disposer avec leur prêt.
Les cigarettes apparaissent en remplacement sur la demande du consommateur à la place du
tabac, soit :
- Pour la troupe, 5 paquets de 20 cigarettes remplacent les 150 g de tabac de cantine.
- Pour les officiers, un paquet de cigarettes gauloises caporal ordinaire remplace un
paquet de 40 g de tabac scaferlati ordinaire.
- Pour les troupes indigènes de l’armée coloniale et les troupes musulmanes elles
perçoivent du tabac chebli.
70
P. EVENO
DE LA PENURIE AUX BEANS
1940 - 1945
L’ennemi est là qui exerce avec arbitraire ses droits de puissance occupante et procède à des
réquisitions abusives à des pillages ordonnés. Dès octobre 1940, la ration de campagne est
supprimée en raison de la pénurie de ressources alimentaires et remplacée par la “ ration de la
troupe ”. L’armée dite d’armistice, les chantiers de jeunesse, les compagnons de France ou les
groupements de travailleurs... sont ravitaillés par l’Intendance sans compter le soutien aux
prisonniers de guerre.
La ration journalière en 1941 -circulaire du 3 avril- comporte de sensibles diminutions en
protides (viandes, poissons, œufs) 120 g, en lipides (graines) 80 g et en glucides (pommes de
terre, pâtes) 600 g avec 50 cl de vin et 400 g de pain.
Des réductions successives influencent considérablement la valeur énergétique de la ration :
5400 calories en 1940 à 2600 calories en 1944. Malgré la recherche de ressources nouvelles
comme les jardins potagers, les clapiers ou porcheries entretenus par les unités ainsi que les
conseils contre le gaspillage, la totalité de la ration n’est pas consommée par le soldat suite
aux détournements et au marché noir. La surveillance est inexistante !
Quant aux cadres, officiers, sous-officiers et caporaux-chefs, ils doivent obligatoirement
prendre leur repas de midi au mess (décret du 14 mars 1942). L’état prend en charge les frais
de cette alimentation prise en commun. C’est l’origine du repas de service créé dans l’armée
de terre quarante ans plus tard.
L’inspection générale des subsistances poursuit ses études sur l’alimentation en campagne
avec la “ ration de vivres concentrés ”. Mais les difficultés d’approvisionnement et les
événements politiques arrêteront ce projet.
Depuis juin 1940, la continuation du combat se cristallise autour d’un général inconnu,
Charles DE GAULLE. Les Forces Françaises Libres sont créées, leur entretien est pris en
charge par le budget britannique. Accord CHURCHILL - DE GAULLE du 1er juillet 1940. Ils
ne sont qu’une poignée. La libération du territoire passe par l’Afrique du Nord. Depuis
l’Armistice les troupes d’A.F.N. et d’Outre-mer ne sont plus ravitaillées par la métropole.
Aussi, quand le 8 novembre 1942, les Américains débarquent avec leur logistique, l’armée
d’Afrique renaissante, va devoir conjuguer son alimentation en campagne entre les systèmes
français et américain.
Le Corps Expéditionnaire Français constitué à Alger dans le deuxième semestre 1943 intégré
à la 5ème Armée américaine, doit en campagne, utiliser les vivres américains. D’autant que
l’on pense que le futur théâtre d’opération, l’Italie est sans ressources locales.
Mais le projet de ravitaillement doit intégrer une forte population musulmane dans les troupes
françaises, ces vivres U.S. ne leur sont pas adaptés. Il est donc créé à cet effet “ la French
Moslem Ration ”.
Le fond de l’ordinaire est basé sur la ration américaine :
- ration K, ration de combat
- ration C, ration destinée aux troupes engagées
- ration B, ration normale journalière
71
P. EVENO
Comme il est décidé que les Français toucheront en plus du pain et du vin, les américains
enlèvent de la ration les denrées représentant les calories correspondantes : le beurre, le lait,
les œufs sont supprimés en totalité ou en partie. Cette French Moslem Ration devient d’une
monotonie insupportable, aussi, le commandement français constitue une prime
d’alimentation par homme de 5 Frs puis de 7,5 Frs qui permet, en campagne, l’achat dans le
commerce local de fruits et légumes frais puis plus tard de la viande fraîche.
Dans la poursuite de l’armée allemande les boîtes de “ Meat and Beans ” deviennent une
précieuse monnaie d’échange, jusqu’au moment où les italiens eux-mêmes en sont rassasiés.
Le ravitaillement se compose donc de :
- une ration gratuite établie sur une base fixe avec le pain, le vin et l’eau-de-vie
- une prime d’ordinaire
- une ration spéciale pour les musulmans réalisée en A.F.N. et groupée par caisse de 8
à 16 rations.
En pleine offensive du C.E.F., par manque de transport, la pénurie de vin se fait sentir. Cette
insuffisance est parée grâce au vin viné distribué en ration réduite. Ce vin alcoolisé à 20° doit
être dédoublé avant sa distribution. Comme l’Intendance ne veut pas être accusée de mouiller
le vin, il est distribué tel quel et très apprécié surtout pendant l’hiver !
A compter du 1er juin, les Américains changent l’organisation du ravitaillement. Des
perturbations se font sentir dans l’irrégularité des approvisionnements en pain et l’absence de
vin.
La curiosité gustative des rations américaines passée, le constat est, pour le soldat français
dans ses habitudes alimentaires qu’il a toujours besoin à cette époque de pain et de vin.
- la ration K est mieux adaptée que les vivres de réserves français,
- la ration C doit être conjuguée avec du pain (300 g),
- la ration B peut être remplacée par la ration journalière française de meilleure
composition, qui peut être cuisinée au goût du soldat.
72
P. EVENO
RATION DE VIVRES CONCENTRES
PROJET DE L’INSPECTION GENERALE DES SUBSISTANCES EN 1942
- 1 saucisson sec pur porc (175 g)
- 1 paquet de 12 biscuits salés au soja (240 g)
- 1 paquet de 12 biscuits sucrés au soja (200 g)
- 2 portions de confiture concrète de 60 g (120 g)
- 2 croquettes d’Ovomaltine enrobées de chocolat de 50 g (100 g)
- 2 étuis de nescafé sucrés de 20 g (40 g)
- 2 paquets de 6 tablettes de Dextrosport (100 g)
Valeur énergétique : 4000 calories
Poids : 975 g.
LA RATION K
Conçue en 1941 sous la direction du docteur Ancel KEYS (d’ou l’origine du K).
Prévue à l’origine pour les troupes aéroportées, en complément de la ration D
son utilisation pratique l’a fait étendre à l’ensemble des troupes.
Présentation : 3 petites boîtes de carton étanche,
Utilisation : repas froid à l’exception du bouillon et du café,
Poids : 2,4 kg
Valeur calorique : 3000 calories
Breakfast :
- 1 boîte de viande,
- 1 barre de pâte de fruits
- 1 sachet de café en poudre.
Dinner :
- 1 boîte de fromage,
- des tablettes vitaminées,
- 1 sachet de jus de fruits en poudre.
Supper :
- 1 boîte de pâté,
- 1 barre de chocolat,
- 1 bouillon concentré en sachet.
Dans chaque boîte :
- 3 morceaux de sucre,
- 1 paquet de 4 cigarettes,
- 1 clé à boîte de conserves,
- 1 tablette de chewing-gum,
- 2 paquets de biscuits genre Graham Crackers.
* Le sigle en forme de croissant sur les couvercles des caisses n’indique pas que ces rations
sont destinées aux soldats musulmans mais qu’il s’agit de la marque des “ COOKS ” le corps
des boulangers et cuisiniers du Q.M.C.
73
P. EVENO
L’ALIMENTATION CONDITIONNEE
1946 - ...une conclusion provisoire
Depuis l’institution par la IIIème République du service militaire obligatoire, l’armée éduque
et conditionne dans ses habitudes alimentaires la jeunesse du pays, dans toutes les couches de
la société. Rentrant dans leur foyer, ils introduisent le café au petit déjeuner et la
consommation journalière de la viande entre autre. Mais dans les années 1960, c’est l’inverse
qui se produit. Les jeunes imposent à l’institution des modifications sur cette alimentation qui
donnait déjà des signes de décalage pendant la Guerre d’Algérie. Un exemple : le vin disparaît
de la consommation au profit des boissons gazeuses. La suspension du service national
accélère le processus. L’armée calque les modes opératoires alimentaires de la société civile.
L’apparition des centres de production alimentaire en est l’aboutissement depuis 1993 avec
leurs liaisons froides.
En campagne, c’est le conditionnement physique des aliments qui révolutionne le mode
d’alimentation des soldats.
Un conditionnement pour les vivres de réserve avait été entrepris déjà pendant la Première
Guerre Mondiale mais cette approche est sans lendemain. Avant 1939 l’Inspection Générale
des Subsistances avait dans ses cartons des projets. La défaite de 1940 les y laissera.
Il faut attendre 1946, en copiant le principe du conditionnement de la ration un homme / un
jour, réalisée par l’Armée Américaine pendant la Deuxième Guerre Mondiale, pour voir
apparaître une ration type.
L’alimentation collective en campagne au moyen de la cuisine US 37, les roulantes M.16-36
ou Marion puis le nouvel E.T.R.A.C est toujours assurée à l’aide de vivres courants frais, en
conserves ou en vrac avec la viande congelée, pour les troupes en mouvement ou stationnées.
Mais pour répondre à la dispersion des combattants, absorbés à leur mission dont il faut
fournir une alimentation riche dans un volume et un poids réduit, il est réalisé des rations à la
Française : la ration type 46. Cette ration possède une plus haute valeur énergétique que la
ration K. Mieux adaptée au goût français, son concept d’emploi doit être une ration
d’exception et ne doit pas excéder sept à huit jours. En réalité dès sa mise en consommation,
elle est utilisée avec succès sur le théâtre d’Extrême-Orient comme mode d’alimentation
courant en opérations.
Il y a deux types de conditionnement :
- la ration individuelle pour un homme / un jour,
- la ration collective pour cinq hommes / un jour.
La ration individuelle se conjugue en trois boîtes métalliques :
- petit déjeuner ou casse-croûte - déjeuner - souper Trois menus différents sont composés en changeant la nature de la conserve : viande ou
poisson. Dans l’aliment principal du déjeuner et du souper, les menus 1 et 3 ne contiennent
pas de porc. Ils sont consommables indifféremment par les militaires européens ou
musulmans. Le menu n° 2 à base de porc est réservé aux européens.
74
P. EVENO
Elle subit une série de modifications destinée à mieux s’adapter aux conditions d’utilisation et
aux goûts des consommateurs. Ainsi apparaît en 1951 deux nouvelles rations :
- la R 20, ration individuelle, un homme / un jour,
- la R 21, ration collective, cinq hommes / un jour.
La R 20 est regroupée dans une boîte unique métal ou carton. A l’exception du pain distribué
à part en pain frais ou en pain de guerre. Les menus passent de 3 à 10 puis à 12 en 1966 (8
menus types “ E ” européens, 4 menus type “ M ” musulmans). Avec une petite fiole d’eaude-vie, qui fait le bonheur de chacun le soir sur le terrain alors que la température baisse. De
nouvelles conserves sont mises au point : mouton assaisonné, porc en gelée, pâté de foie de
porc et des plats cuisinés : saucisse au riz précuit, longe de porc aux lentilles...
En 1986, la R 20 et la R 21 sont remplacées par la ration de combat individuelle réchauffable
(R.C.I.R) unique et polyvalente. Cette nouvelle ration permet le réchauffage au moyen d’un
combustible -l’examine-. Le pain de guerre est remplacé par des biscuits de campagne
réintroduits dans la ration sous la forme d’un parallélépipède de faible épaisseur conditionné
par deux et regroupés. Dix menus sont proposés au départ. Les menus de 1 à 5 ne comportent
pas de porc. En 2002 nous en sommes à 14 menus. Le paquet de cigarettes et la fiole d’alcool
ont disparu. L’élément principal est le plat cuisiné en barquette : préparation à base de
légumes (200 g) et de viande, charcuterie ou poisson (100 g). Depuis 1989 un deuxième plat
cuisiné vient améliorer cette ration.
Pour une alimentation particulière d’autres rations sont conçues :
- la ration individuelle lyophilisée commando (RILC) pour les opérations de montagne
et celle nécessitant un allégement maximum.
- l’unité alimentaire de complément ou de secours (UACS) en plus de la ration de
combat, elle met à la disposition du combattant sous un volume réduit un supplément.
- le module alimentaire de survie (MAS).
- le module alimentaire 150 permet à 150 hommes pendant 30 jours à base de produits
longue conservation, d’assurer la transition entre la R.C.I.R. et la mise en place d’une source
d’approvisionnement en produits frais.
Aujourd’hui les Armées disposent sur le terrain de tout un panel de rations permettant de
répondre rapidement aux besoins alimentaires du combattant suivant le type de mission qui lui
est demandé. Ce conditionnement à base de conserves ne doit pas occulter le besoin en
stationnement d’un retour à un équilibre alimentaire générateur d’énergie (protides, lipides,
glucides) mais aussi non énergétique (vitamines, substances minérales, eau, cellulose).
75
P. EVENO
TAUX JOURNALIER DES PRINCIPALES
DENREES DE LA RATION EN TEMPS DE PAIX
en grammes
DENREES
1950
2000
PAIN
VIANDE FRAICHE OU CONGELE
VIN
LAIT
600
300
50 cl
(1)
600
300
15 cl
125 cl
RATION DE BASE
COMPLEMENT A LA RATION DE BASE
CAFE TORREFIE
18
15
SUCRE
30
20
MATIERES GRASSES
120
80
LEGUMES SECS ET RIZ
120
80
PATES ALIMENTAIRES OU COUSCOUS
120
40
FROMAGE
40
30
CONFITURE
40
20
CHOCOLAT
20
10
POMMES DE TERRE
600
450
LEGUMES FRAIS
400
300
FRUITS FRAIS
400
300
SAUCISSON
25
10
SARDINES
25
20
BOISSONS HYGIENIQUES
33 cl
(1) Les taux indiqués constituent une moyenne journalière qui ne s’impose en aucune manière en ce qui concerne
les quantités de denrées à mettre en œuvre pour la confection des plats.
COMPOSITION DE LA RATION TYPE 46
Valeur énergétique : 4014 calories
Poids : 1750 g
BOITE CASSE-CROUTE
1 paquet de quatre biscuits salés (100 g),
BOITE DEJEUNER
1 paquet de quatre biscuits salés (100 g),
1 paquet de deux biscuits sucrés (50 g),
1 sachet de café soluble en poudre (5 g),
4 morceaux de sucre (16 g),
2 tablettes de chocolat à croquer (50 g),
1 boîte de conserve 1/10 de fromage fondu
(90 g de gruyère),
1 paquet de cigarettes “ Gauloises ”,
1 étui de 24 allumettes,
1 liasse de dix feuilles de papier hygiénique.
1 paquet de deux biscuits sucrés (50 g),
2 sachets de boisson sucrée en poudre
soluble (17 g chaque),
1 bloc de concrète de fruits (60 g),
1 paquet de bonbons acidulés (25 g),
1 paquet de bonbons à la menthe
ou à l’anis (25 g),
1 boîte de conserve 1/6 soit de bœuf
assaisonné (140 G) dans menus 1 et 3
ou du pâté de viande de bœuf et de foie
de porc (140 g) dans menu 2.
BOITE SOUPER
1 paquet de quatre biscuits salés
(100g),
1 paquet de deux biscuits sucrés (50 g),
1 potage en poudre (25 g),
1 sachet de café soluble (8 g),
4 morceaux de sucre (16 g),
1 bloc de concrète de fruit (60 g)
2 tablettes d’Ovomaltine chocolaté (50 g),
1 boîte de conserve : soit du thon à
l’huile (80 g) dans menu 1,
soit des rillettes (80 g) dans menu 2,
soit des sardines à l’huile (70 g) dans
menu 3.
Chaque paquet d’ingrédients est enveloppé dans une pellicule cellulosique imperméable.
Chaque boîte en fer-blanc de forme parallélépipédique (114 X 15 X 148 mm) est soudée.
Chaque boîte est revêtue de couleurs différentes :
- bleu hirondelle pour la boîte “ casse-croûte ”,
- vert olive mat pour la boîte “ déjeuner ”,
- bistre foncé pour la boîte “ souper ”.
Les rations sont conditionnées par dix et peuvent être parachutées ou jetées d’avion d’une hauteur de 60 m sans
risque de détérioration.
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LA RATION DE COMBAT INDIVIDUELLE RECHAUFABLE (RCIR)
Valeur énergétique : 3200 calories en 1986 ET 3400 calories en 1989
Poids : 1500 g
Elle est destinée à couvrir les besoins alimentaires journaliers
d’un combattant sous tous les climats.
- 1 barre énergétique,
- 1 barre de chocolat à croquer,
- 1 paquet de chewing-gum,
- 4 caramels,
- 4 bonbons,
- 1 paquet de 10 mouchoirs en papier,
- 1 kit de réchauffage,
- 4 comprimés de purification d’eau.
- 2 plats cuisinés en barquettes (300 g),
- 1 hors-d’œuvre,
- 1 potage,
- 1 fromage fondu ou dessert,
- 16 biscuits de campagne (salés ou sucrés),
- 1 ensemble petit déjeuner,
- 4 sucres en morceaux,
COMPOSITION DES MENUES DE LA R.C.I.R. EN 1989
N° DU MENU
1
HORDS OEUVRE
Volaille en gelée
2
Rillettes de saumon
3
Rillettes de maquereau
4
Bœuf assaisonné
5
Thon catalane
6
Médaillon s de sardines
7
Maquereau à l’escabèche
8
Mousse de canard
9
Pâté de foie pur porc
10
Rillettes pur porc
11
Terrine forestière
12
Pâté de jambon
13
Pâté de campagne
14
Rillettes de thon
PLATS CUISINES
Bœuf en salade
Thon pommes de terre
Saumon - Riz - Légumes
Hachis parmentier
Bœuf légumes
Poulet riz à l’indienne
Sauté de lapin
Chili con carné
Paëla
Veau marengo
Agneau aux flageolets
Volailles légumes printaniers
Navarin d’agneau
Poulet riz ratatouille
Thon en salade
Porc aux lentilles
Cassoulet
Cannelloni
Porc aux légumes
Bœuf carottes
Porc pommes de terre
Bœuf bourguignon
Porc en salade
Risotto aux fruits de mer
Volaille à la parisienne
Gratin dauphinois
Saucisses lentilles
Moussaka
LE REPAS INDIVIDUEL D’EXERCICE
Valeur énergétique : 1500 calories
1 plat cuisiné en barquette (300 g)
1 entrée
1 potage
8 biscuits de campagne
(quatre salés et quatre sucrés)
1 barre céréalière
2 crèmes dessert
1 paquet de quatre caramels
2 sucres (10 g)
1 sachet de café (2 g)
1 ensemble de réchauffage
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BIBLIOGRAPHIE
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Briquet, code militaire - 1761.
Cangé, collection d’ordonnances militaires, XVI - 1750.
Chennevières, détails militaires - 1750.
Cours de ravitaillement, Ecole Supérieure de Guerre.
Cours de l’Ecole Supérieure de l’Intendance.
Cours de l’Ecole Militaire d’administration.
Encyclopédie méthodique, Art Militaire -1787.
Journal militaire, 1791 - 1890.
Revue de l’Intendance, 1888 - 1929.
Service Central d’Etude et de Réalisation du Commissariat de l’Armée de Terre.
Babeau, la vie militaire sous l’ancien régime - 1889.
Baratier, l’Intendance militaire pendant la guerre de 1870-1871
Barbusse, le feu.
Bellot de Kergorre, journal d’un commissaire des guerres pendant le Premier Empire.
Biloghi, logistique et Ancien Régime - 1998.
Bousquet, chanson « vive le pinard ».
Cazin, l’humaniste à la guerre - 1920.
Chaine, mémoire d’un rat - 1918.
Daru, notice historique et critique sur les subsistances militaires.
Dauzat, l’argot de la guerre - 1919.
Denniée, précis historique et administratif de la campagne d’Afrique.
De Saxe, esprit des lois de la tactique - 1762.
Dorgelès, les croix de bois - 1919.
Dupré d’Aulnay, traité des subsistances militaires - 1744.
Escholier, le sel de la terre - 1924.
Galtier - Boissiere, un hiver à souchez - 1998.
Genevoix, ceux de 14 - 1953.
Gruet, organisation et fonctionnement de l’Intendance pendant la guerre de 1870.
Leclerc, ode au pinard - 1915.
Meyer, la biffe - 1928.
Morvan, le soldat impérial - 1904.
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Villate, Ravitaillement du corps expéditionnaire français en Chine en 1900 - 1902.
Montpellier - 2003
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