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« Manger, le souci quotidien du soldat, l’alimentation des troupes… » Pierre EVENO Membre de La Sabretache MANGER LE SOUCI QUOTIDIEN DU SOLDAT, L’ALIMENTATION DES TROUPES “ L’art de vaincre est perdu sans l’art de subsister ” - FREDERIC II Pierre EVENO Membre de la Sabretache 1 P. EVENO Manger est une des préoccupations quotidiennes du soldat en campagne. Cet acte élémentaire qui permet de conserver son équilibre physiologique n’a pas toujours été une évidence à travers l’histoire. Aujourd’hui et depuis la seconde guerre mondiale le concept d’un emballage dans lequel un combattant trouve le nécessaire pour se sustenter pour un jour est rassemblée dans “la ration de combat” qui résout en grande partie cette préoccupation. Avec l’aide d’un crapahuteur l’invention de Monsieur APPERT* se conjugue dans plus de dix menus pour le bonheur des papilles. Cette petite étude vous propose modestement, une compilation des diverses sources d’information sur l’alimentation des troupes dans ses diversités et ses quantités à travers les textes officiels qui fixent les limites ainsi que des témoignages sur ce sujet. Pierre EVENO 2 P. EVENO L’ANCIEN REGIME L’ALIMENTATION CONDITIONNEE PAR LA SOLDE Dans les nimbes de la guerre de cent ans la solde perçue par le capitaine est censée pourvoir à l’entretien du soldat sans que soit fixée une quelconque ration. En réalité c’est le droit de prise avec ses pratiques brutales. Les bandes de gens de guerre tant à cheval qu’à pied “ ont mangé gratis et consommé presque tous les biens des habitants du dit pays, battu, mutilé, murdoyé, boulé maisons, forcé filles pucelles et mariées, pillé, rançonnés et fait des mots formidables sans avoir crainte de Dieu ni de justice, ni personne qui y donna ordre ni police... ” Les plaintes des Etats obligent le pouvoir à légiférer et à identifier les responsables des troupes en déplacement : Capitaines, Commissaires et Conducteurs de gens de guerre, ainsi que les responsables civils : Consuls, Syndics et Diocésains chargés de rassembler “ munitions∗ et estapes∗ à moindre foule et dépense que ce faire se pourra ”. Le règlement sur la fourniture des étapes du 3 février 1526 est la volonté d’une remise en ordre où les rations de vivres ne sont qu’évoquées. Mais dès lors celles-ci se conjuguent avec l’étape. Pour l’essentiel les premiers textes ont le souci du respect des populations et de discipliner le soldat qui, s’il s’écarte de la route “ tenant le champ et mangeant la poulle peut être pendu et étranglé ou tel autre grief ou punition ”. L’ordonnance du 12 novembre 1549 augmente la solde et confirme le principe de laisser au soldat l’initiative de son approvisionnement “ faire apporter vivres des villes et villages circonvoisins des dits passages, lesquels vivres ceux de la dite compagnie achèteront de gré à gré ”. La création du Taillon supplément à la Taille est en principe une augmentation de la solde pour subvenir aux besoins alimentaires de la troupe. Bien vite il est détourné pour d’autres utilisations. L’ordonnance de 1549 confirme pourtant “ que le peuple ne sera pas tenu à aucune fourniture des vivres ” Il faut attendre 1573 en pleine guerre de religion pour voir indiquer précisément la ration du soldat au taux de : deux pains, deux pichets d’un litre environ, d’une livre et demie de chair. Le capitaine touche six fois la ration, le lieutenant quatre fois, l’enseigne trois fois, le sergent deux fois et le caporal une fois et demie. APPERT Nicolas François 1750- 1841 Créateur d’un procédé de conservation des aliments (appertisation) MUNITION On distingue les munitions de guerre (poudre, boulet, bombes, balles, grenades) des munitions de bouche (vivres, fourrages) dont la principale est le pain distribué aux troupes qui pour cette raison s’appelle pain de munition (encyclopédie méthodique - 1787). ETAPES Mot dérivé d’un radical germanique : - Stapel : amas, tas, monceau, chantier, magasin, entrepôt, foire, étape. - Stapeln : amasser, entasser, amonceler... Du bas latin stapula qui devient espape, estape = place publique où les marchands étaient obligés d’apporter leurs marchandises pour les vendre. Par extension étape se dit d’une ville de commerce puis d’un lieu où s’arrêtent les troupes en marche pour s’approvisionner en vivres et fourrages et gîter chez l’habitant, contribution en nature qui lui est imposée. 3 P. EVENO L’ALIMENTATION ADMINISTREE La rationalisation des vivres, d’ailleurs comme l’habillement se systématise avec la monarchie administrative bourbonienne. RICHELIEU pose le principe “ l’Etat doit assurer la subsistance du soldat ” - ordonnance de 1629. Le code MICHAUD sur 461 articles, 27 concernent le service des étapes. Le soldat ne recherche plus sa pitance, elle lui est fournie sans paiement. “ Deux livres de pain par jour, une livre de chair, une pinte de vin ou autre boisson selon le lieu, mesure de Paris par les commissaires des villes ”. Ces dispositions sont mal appliquées. Abus et désordres provoquent toujours la misère de la population lors du passage des troupes. “ Il se trouve en histoire beaucoup plus d’armées péries faute de pain et de police que par l’effort des armes ennemies... ” (Testament politique de RICHELIEU). Le pouvoir constate l’échec et annonce en février 1633 dans une ordonnance que les gens de guerre doivent payer leur nourriture et ordonne le paiement ponctuel des monstres*. De 1638 à 1645 après les errements précédents une organisation de la fourniture des vivres avec retenue sur la solde s’établit. Ainsi la ration fixée par le code MICHAUD en pain, viande, boisson est confirmée par les règlements du 14 février 1633 et 26 mars 1636 soit 24 onces pour le pain. Cela n’empêche pas les occasions d’enlever des légumes, des volailles et tout ce qui peut contribuer à rendre la nourriture meilleure. “ ...Nous avons manqué de pain trois jours entiers, à savoir le jour du combat et les deux suivants, et la fourniture en est encore si mal établie depuis ce temps là qu’à peine en avons nous pu avoir une demi ration par jour, et avant-hier notre camp fut en telle nécessité que j’abandonnai ma table aux soldats avec toutes mes provisions de viande, de pain et de vin, fis tuer plusieurs bœufs et acheter tout le pain et le vin des vivandiers, avec quoy j’assouvis un peu la faim et apaisai la mauvaise humeur des misérables drilles ” HARCOURT à MAZARIN le 1er juillet 1645. LE TELLIER reprend le principe posé par RICHELIEU, en mettant en charge de l’Etat la subsistance des soldats et pour éviter le gaspillage il fixe le maximum des denrées distribuées. Il organise le service soit directement par l’Etat ou la régie ou l’entreprise. En quartier d’hiver les soldats sont directement nourris par les habitants à qui l’on tient compte des dépenses sur ce qu’ils doivent de la Taille. Le pain n’est donné qu’à l’Infanterie aux seuls “ présents et effectifs ”. Le cavalier lui, doit se procurer sa nourriture. Le Roi déduit de la solde pour le pain un sol (règlement du 4 novembre 1651). L’administration royale discipline et pourvoit aux besoins de l’armée, jusqu’à empiéter sur l’autonomie de décisions de campagne des chefs militaires. “ Les tambours et les trompettes ont beau faire, les boulangers règlent le pas du soldat ”. “ La nécessité des vivres est la première chose à laquelle un prince doive penser ” LOUIS XIV à COLIGNY le 15 août 1664. Alors que le Roi a pris le pouvoir depuis plus de trois ans, il émet une ordonnance le 12 novembre 1665 qui récapitule celles de 1636 à 1648. Ses neuf premiers articles traitent des rations en fonction des grades et de l’arme comme pour la solde. La ration du fantassin devient l’unité de compte : “ deux pains de douze onces chacun, cuit et rassis entre bis et blanc. Une pinte de vin, mesure de Paris, crû du lieu ou un pot de cidre ou de bière mesure et crû du lieu. Une livre de chair, veau, bœuf, mouton, pourceaux selon le lieu ”. * MONSTRE : revue et inspection détaillées. Du latin monstrare qui deviendra montrer 4 P. EVENO TAUX DES RATIONS ordonnance de 1665 PAIN VIN VIANDE (1) (2) (3) (1) 12 onces chacun, cuit et rassis entre bis et blanc Gendarme 6 4 4 (2) pintes, mesure de Paris, crû du lieu. Chevau-léger Fantassin 4 2 3 1 3 1 (3) livres de veau, bœuf, mouton ou pourceau. Entre les décisions et la réalité, même après les grands ministères de LE TELLIER et LOUVOIS source de référence dans le domaine des vivres, VAUBAN juge la manière dont sont traités les soldats “ logés comme des porcs, à moitié nus, mourant de faim ”. Les chefs militaires, dans leur majorité, se désintéressent de l’alimentation des troupes : “ Incapable d’aucun détail de subsistance, de convoi, de fourrage, de marche, qu’il abandonnait à qui de ses officiers généraux en voulait prendre la peine ”. SAINT SIMON à propos de VILLARS. Le manque de rigueur, le gaspillage, l’imprévision dans les effectifs et la crise économique conduisent la Régence à la suppression des étapes. L’ordonnance du 15 avril 1718 supprime les étapes des gens de guerre avec augmentation de la solde. Cette nouvelle organisation rappelle celle du XVIème siècle : la troupe se procure sa nourriture à sa convenance avec la solde. L’administration encadre les prix et les taux des vivres en pain, viande, vin, sont affichés et révisables tous les trois mois. Les officiers sont responsables de l’approvisionnement et doivent obliger la troupe “ de faire ordinaire et tous les jours de la soupe ”. La ration de pain portée de 24 à 28 onces ne doit pas coûter plus de 2 sols. L’augmentation de la solde n’est pas suffisante, aussi, les soldats exigent de leur hôte : volailles, légumes et autres denrées. Aussi, le pouvoir décide le “ rétablissement et nouveaux règlements sur les étapes ”, le 13 juillet 1727. Cette ordonnance renoue avec les textes du règne précédent. Sur soixante articles, les vingt premiers sont consacrés aux rations de vivres et de fourrages. _________________________________________ Mesures de capacité liquide : Pinte de Paris = 2 chopines (0,932 litre) Chopine = 2 demi - setier ½ setier = 2 poissons Poisson = 2 demi - poissons ½ poisson = 2 roquilles Mesures pondérales : 1 livre = 2 marcs = 16 onces = 128 gros = 384 deniers = 9216 grains = 489,51 gr 1 once = 30,59 g Monnaie : Louis d’or = 24 Livres Ecu d’argent = 6 Livres Livre = 20 Sous ou Sols Sou = 12 deniers Sou ou Sol du latin solidus sous-entendus nummus, proprement monnaie épaisse par opposition à la monnaie bractéale, puis monnaie d’or et d’argent. 5 P. EVENO VALEUR DE LA RATION Fantassin Cavalier Dragon Gendarmerie maison du Roi PAIN VIN VIANDE (1) (2) (3) en onces en pintes 24 1 36 1,5 24 1 48 2 TAUX DES Capitaine RATIONS à PAR GRADE Lieut.Colonel 12 Gardes Françaises Gardes Suisses Infanterie 6 Cavalerie légère 6 Maison du Roi en livres 1 2 1,5 (1) pain cuit et rassis entre bis et blanc. (2) mesure de Paris ou pot de cidre ou de bière. (3) bœuf ou veau ou mouton. 2,5 Sergent Exempt 10 Sous-Lieut. Enseigne Cornette 6 2 Caporal Soldat Tambour 1 4 4 3 3 2 2 1 1 8 6 3 1 Lieutenant La subsistance des troupes se retrouve entre les mains de financiers (entrepreneurs, munitionnaires). Malgré les “ Rêveries ” du maréchal de SAXE qui s’intéressera aux moins sublimes de l’art militaire : les subsistances, rien ne bougera jusqu’à la veille de la Révolution Française dans la ration du soldat si ce n’est que le système s’altère. Les “ généraux des farines ” comme les frères PARIS feront une fortune sur la faim du soldat tout en provoquant la disgrâce des généraux. Ces munitionnaires n’ont pas bonne presse : “ Si la cour fait entrer dans ces vues économiques la réforme des étapes, laissera-t-elle subsister les munitionnaires dont les monopoles ont si souvent excité les rumeurs des soldats et l’indignation des chefs ? Pourquoi ne pas donner au soldat la liberté d’acheter son pain, comme il a celle d’acheter celui qu’il met dans sa soupe, sa viande, ses légumes,...Je ne doute pas que le Roi ne gagnât considérablement à réformer toute l’administration munitionnaire et à tenir compte au soldat du prix du pain, au taux de la police de la ville où il serait, et sa paie serait en conséquence ” DANGUY de la MENAYE, ancien capitaine au Régiment de BASSIGNY. Pourtant un mode d’organisation des cuisines des caporaux et soldats, sous le terme «ordinaire », est proposé par les ordonnances du 20 mai 1764 puis du 1er janvier et du 1er février 1766. Cette sorte de coopérative, dont il faut attendre l’ordonnance du 25 mars 1776 pour que soient posées les bases de l’organisation et les règles de fonctionnement, est sous la responsabilité des capitaines commandants de compagnie : « Ils établiront des ordinaires réglés et tiendront la main à ce que tout l’argent du prêt soit bien et économiquement employé pour la nourriture … L’officier de semaine examinera les provisions que les chefs d’ordinaire auront achetées pour la nourriture, se fera rendre compte des prix et assistera quelquefois aux repas de la chambrée, pour s’assurer que tout se passe régulièrement » (art. 9 et 10 du titre VI de l’ordonnance). 6 P. EVENO Toute la solde des hommes, sauf les masses de boulangerie, de linge et chaussure doit être versée à l’ordinaire : « La retenue pour le pain et celle réglée pour le linge et chaussure prélevées, Sa Majesté ordonne très expressément que tout le reste de la solde des soldats, cavaliers et dragons, chasseurs et hussards, soit mis à l’ordinaire et employé à leur nourriture ; défendant à tous les officiers, sous peine d’être cassés, d’ordonner, permettre ou tolérer que quelque partie de la solde, quelque modique qu’elle puisse être, soit employée à d’autres objets » (art. 24 du titre I de l’ordonnance). Malgré ces attentions, “ L’on sait assez qu’aucun soldat en Europe n’est aussi mal payé, nourri, vêtu, guéri et logé. Sa paye est si modique qu’elle ne peut pas suffire à sa nourriture. En effet, ôtez d’abord 2 sols pour la ration de pain qu’on lui donne, pain qui est si mal fait et d’une mauvaise qualité qu’il ne peut pas servir à sa soupe. Otez ce qu’il faut que le soldat paye pour se faire raser, blanchir, pour le tabac qu’il prend, pour les balais, la lumière dont on a besoin dans la chambre, le sel et le pain pour la soupe et vous ne concevez pas aisément qu’il soit possible que 4 sols et 4 deniers qui lui restent, après avoir payé le pain que lui fournit le Roi, puissent suffire pour les dépenses minutieuses mais presque toutes journalières que nous venons de détailler et dans lesquelles nous n’avons compris ni la viande, ni les légumes qu’il faut chaque jour pour le faire vivre. Le soldat français en 1785 n’est encore payé à peu près que comme le soldat d’HENRI IV, il y a près de deux cents ans. Cependant, il y a au moins vingt fois plus d’argent dans le royaume qu’il n’y en avait alors. ” Encyclopédie Militaire de 1787 à la rubrique Subsistances. A la sortie de la guerre d’Amérique et avec une dette exponentielle une économie budgétaire s’impose. C’est dans cet esprit que parait le 1er avril 1788 un règlement sur les vivres : les unités par le système des masses “ seront et demeureront chargées de pourvoir par ellesmêmes ” article I. Il est trop tard, le système échafaudé par le pouvoir royal est vicié par la façon de pourvoir : la vénalité, tare de la monarchie besogneuse qui livre le domaine public à l’exploitation des acquéreurs d’offices. A quoi, la Révolution Française va mettre un terme en abolissant dès 1790 la vénalité des offices et les fermes. Voyons par le détail les différentes composantes de la ration du soldat, qui évolue suivant trois situations : - celle distribuée soit en temps de paix, soit sur le pied de guerre, dans l’intérieur du royaume ou aux armées à savoir le pain de munition et les fourrages. - celle accordée sur le pied de guerre : la viande, le riz ou les légumes secs et le sel. - celle distribuée exceptionnellement en temps de paix ou en campagne qui sont : le vin, l’eau-de-vie, le vinaigre. 7 P. EVENO LE PAIN DE MUNITION L’ORIGINE DE LA FOURNITURE : C’est la première denrée dont les provinces avaient la charge de fournir aux troupes sur tous les points où elles devaient se réunir et camper. Le défaut de vigilance de la part des autorités civiles met ces troupes parfois en manque. En 1574 devant Lusignan, M. de MONTPENSIER qui commande les troupes du Roi se trouve devant ce défaut de vivres. Aussi il charge un entrepreneur le Sieur AMAURY, de la ville de Niort de fournir à forfait du pain après en avoir déterminé le prix. Le poids de la ration est fixé à 32 onces. Cette nouvelle mesure adoptée uniquement pour le pain, n’est mise en activité que pour les troupes rassemblées dans une campagne de guerre. En stationnement ou en garnison rien n’est fourni au soldat qui vit au moyen de sa solde. Le Roi n’a jamais d’approvisionnement permanent. Si un conflit s’annonce il fait l’avance auprès d’un munitionnaire pour monter son service, qui aussitôt la guerre terminée voit son traité résilié. Sous LOUIS XIV le pain de munition est fourni en nature aux troupes du 1er mai au 30 octobre “ Sa Majesté entend qu’il ne soit fourni au soldat et à l’officier en garnison et en quartier d’hiver que le lit garni suivant le pouvoir de l’hôte, et place au feu et à la chandelle dudit hôte, et que, moyennant la solde qui leur sera payée et le fourrage qui sera fourni pour les chevaux de la cavalerie, les soldats et officiers se pourvoient de toutes choses nécessaires à leur subsistance et ne puissent exiger quoi que ce soit, sous aucun prétexte, à peine de la vie pour les simples soldats, et pour les officiers d’être privés de leurs charges ” Une exception de 1702 à 1706 motivée par des circonstances dramatiques : l’Europe coalisée fait subir des revers à la France. Le pain de munition est fourni en nature aux troupes tenant garnison dans les places. Vingt cinq ans plus tard à partir de 1727 la ration de pain de munition est fournie de tout temps : aux armées, dans les places, les garnisons et cantonnements. LA COMPOSITION : Toutes les ordonnances rendues parlent de pain entre bis et blanc sans entrer dans le détail. Il faut attendre la fourniture régulière en 1727 pour trouver une description claire. Le pain de munition est composé de deux tiers de froment et d’un tiers de seigle, sans extraction de son. Cet usage de fabrication subsiste jusqu’en 1776. L’ordonnance du 22 mars stipule qu’à partir du 1er août suivant, le pain doit être composé de moitié froment et moitié seigle dont les farines seront blutées à raison de 20% d’extraction de son. Vu les difficultés rencontrées dans la fabrication et l’approvisionnement en seigle rare et médiocre, en 1778 l’ordonnance du 18 septembre déclare que ce mélange n’était qu’un essai. Désormais le pain se compose d’un mélange de trois quarts de froment et d’un quart de seigle. LE POIDS DE LA RATION : Il est fixé en 1574 à 32 onces puis réduit à 24 en 1651. En 1718 il est porté à 28 onces pour être ramené à 24 onces en 1727. Pendant la Guerre de Sept Ans en 1758 au commencement de la campagne il est accordé à chaque soldat et bas-officiers un supplément sans retenue de quatre onces de pain par ration tant en campagne qu’en garnison. Cette gratification est maintenue jusqu’en 1790. Ce qui porte la ration à 28 onces. 8 P. EVENO LE TARIF DES DISTRIBUTIONS : L’officier ne perçoit pas de pain de munition. Il doit vivre au moyen de sa solde en temps de paix. Aux armées où dans les camps, il perçoit un nombre de rations suivant son grade, sachant que la ration de base est celle du soldat. LA RETENUE DU PRIX : Elle est de 1 sol en 1651 et de 2 sols en 1727 par ration. Ce qui donne l’idée d’une masse de boulangerie sous LOUIS XV. Ces deux sols par homme et par jour sur le pied de paix ou de guerre sont retranchés de la solde. Cette masse financière reste entre les mains du trésorier de l’extraordinaire des guerres qui la verse à la régie ou à l’entreprise. Si la ration coûte plus, la différence est soldée par le trésor royal. En 1788, la masse de boulangerie est fixée à 51 Francs par an et par homme, soit 30 deniers la ration. LA DISTRIBUTION : Elle se fait tous les quatre jours à raison de deux pains par homme. Le pain rassis doit peser 48 onces soit la valeur de deux rations. Le pain de munition peut se garder six jours en été et huit en hiver. La veille d’un déplacement vers les frontières, il est distribué six jours de subsistances soit 4 jours de pain de munition et 2 jours de biscuit. Le pain prévalu sur le biscuit malgré les insistances du Maréchal De SAXE “ il ne faut jamais donner le pain aux soldats en campagne, mais l’accoutumer au biscuit, parce qu’il se conserve cinquante ans et plus dans les magasins, et qu’un soldat en emporte aisément avec lui pour quinze jours. ” Mémoires - 1732. LE BISCUIT : La pâte est identique au pain de munition épuré d’une plus grande quantité de son et avec moins d’eau dans la préparation. Le poids de la ration est de 18 onces. LA VIANDE L’ORIGINE DE LA FOURNITURE : La viande n’est accordée que sur le pied de guerre. Une exception en 1698 pour le rassemblement du camp de Compiègne voulu par LOUIS XIV. L’ordonnance du 18 août 1698 ordonne qu’il soit fourni une demi-livre par jour aux soldats. Le soldat se procure sur sa solde auprès des bouchers ou vivandiers qui suivent l’armée. LOUVOIS fait cesser cette situation en passant des marchés comme pour le pain. Cette sollicitude ne s’effectue que pour l’Infanterie et il diminue d’autant la solde de campagne du fantassin. “ Je crois qu’il est inutile de dire que dès que les pois et les fèves seront bons, il faudra cesser de donner de la viande ” LOUVOIS au Maréchal De CREQUY. Il en coûte 3 sous en 1727 et 3 sous et 6 deniers en 1768 pour une ration de huit onces. Cette fourniture est incertaine, il faut attendre ARGENSON pour la rendre régulière pendant la guerre de succession d’Autriche. Un marché de viande pour les armées de Flandres, Allemagne, Pays Messin est passé en 1743 pour trois livres de viande par semaine du sergent au soldat, fantassin ou cavalier. ____________________________________ VIANDE : vient de VIVANDE (nourriture quelconque) d’où VIVANDIER = commerçant en nourriture suivant les troupes. VIVANDE du bas latin VIVANDA, vivres, nourriture, aliment en général. Du latin VIVERE, vivres. P. EVENO 9 LE TAUX DE LA RATION ET MODE DE FOURNITURE : La ration est de 8 onces pour les troupes en campagne du 1er mai au 31 octobre soit 156 jours, les maigres non compris. Aucun traitement en viande n’est attribué aux officiers. Le service est toujours fait à l’entreprise, l’abattage est à la diligence de l’entrepreneur sur le lieu de consommation. La distribution s’effectue sur ordre du général tous les deux, trois ou quatre jours sous la surveillance d’un commissaire. LA COMPOSITION DE LA RATION : Les ordonnances déjà citées laissent aux habitants la charge de la fourniture et la liberté de la faire en bœuf, veau, mouton ou porc frais. Lorsque la fourniture est faite au compte de l’Etat, elle se fait en bœuf avec une tolérance d’un tiers en vache ou en mouton (un bœuf de 500 livres peut nourrir 1000 hommes pendant un jour). LES LEGUMES ET LE RIZ Dans aucune ordonnance il est indiqué cette fourniture. “ On peut se dispenser de s’occuper à pourvoir les troupes de légumes tels que choux, carottes, pommes de terre. C’est un soin dont elles ne sont jamais négligentes. Cependant cette douceur elle-même tout avantageuse qu’elle est, dégénère en abus. Les premières troupes arrivées s’emparent de ce qu’elles trouvent ; le soldat est écrasé sous sa charge qu’il emporte ; il en gâte et gaspille trois fois autant qu’il en enlève réellement et après avoir mis deux choux dans son sac, si à quatre pas plus loin, il en trouve deux plus beaux, il jette les premiers pour prendre ceux là. ” (encyclopédie militaire 1787) Lorsque la guerre n’offre pas de ressources en légumes, l’idée de délivrer du riz aux troupes fait jour pour devenir une partie intégrante de la ration de campagne. Il est fourni dans certaines circonstances et par gratification extraordinaire. La ration est de 1 once. Il sert surtout en vivres de siège au même titre que les légumes secs à raison de 4 onces. EXEMPLE DE DISTRIBUTION DES VIVRES DE SIEGE AU MILIEU DU XVIII° par homme et par jour Pain = 2 livres Bœuf = ½ livre pour 5 jours gras Lard ¼ livre Mouton ou volaille pour les malades Poisson, Formage 3/8 onces pour 2 jours maigres Beurre salé ou fondu 1 once légumes secs Fèves ¼ livre, Pois 4 onces, Lentilles ¾ once, Haricot ¾ once, Riz 6 onces Brandevin* 5 pots par bataillon Brandevin = mot d’origine flamande : BRANDEWIJD = vin brûlé, eau-de-vie. BRANDEVINIER, fabrique et vend de l’eau-de-vie. 10 P. EVENO LE SEL Aucune fourniture n’est faite aux soldats. Ils l’achètent auprès des regrattiers ou détaillants de la Gabelle. L’ordonnance du 20 avril 1734 fixe à ¼ de minot de sel par mois pour 42 gendarmes, cavaliers, dragons ou soldats moyennant 7 livres le minot. Le prix courant en 1784 est de 12 sols la livre en pays de Gabelle et de 1 à 2 sols en pays libre de Gabelle. Cette facilité de fourniture favorise la contrebande de la part des soldats. La Gabelle est supprimée par décret le 21 mars 1790. LES FOURNITURES EXTRAORDINAIRES Elles se composent du vin, de l’eau-de-vie et du vinaigre. Seules les ordonnances sur les étapes font état de rations de vin, cidre ou bière. Dans d’autres circonstances le vin est vendu par les vivandiers. L’encyclopédie militaire ne traite du vin au soldat qu’incidemment à propos de la tempérance recommandée aux généraux. Le VIN figure dans les vivres de siège ainsi que le cidre et la bière. Il est recommandé au soldat de se munir d’un bidon de fer-blanc de la contenance d’une pinte. L’EAU-DE-VIE fait partie des vivres de combat porté à une distance d’une demi-marche : c’est une plus petite quantité que le vin, par conséquent, le transport en est plus facile. Un traité entre le Roi et les Régiments Suisses du 4 août 1716 leur accorde par compagnie et par an, la consommation, franche de tous droits de 75 pintes d’eau-de-vie de vin. Le VINAIGRE corrige la mauvaise qualité de l’eau. Sa distribution n’a fait l’objet d’aucun texte. 11 P. EVENO LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE “ Pas d’argent ! Pas de pain ! Pas de pain ! Pas de lapin ! Pas de lapin ! Pas de victoire!!! ” Nous entrons dans un cycle où la faim est plus souvent au rendez-vous que les approvisionnements. Dès le début, la constituante rappelle les règles dans son décret sur les masses destinées à l’entretien des troupes, le 1er février 1791. Notamment sur la masse de boulangerie, il est précisé que ces fonds ne sont pas la propriété des hommes même si le montant est prélevé à la source, ils sont à la disposition du gouvernement. L’esprit d’égalité souffle aussi sur l’alimentation, le règlement du 5 avril 1792 uniformise la fourniture des troupes en campagne indistinctement par grades ou armes du soldat au sousofficier. par homme et par jour PAIN VIANDE 24 onces +4 onces 0,5 livre pendant la campagne retenues 32 deniers 6 deniers RIZ ou LEG. SECS 1 once de riz ou 2 onces de fèves, pois ou haricots sans retenue EAU-DE-VIE VINAIGRE SEL 1/16 de pinte 1/20 de pinte sur ordre Du général sans retenue sur ordre du général sans retenue 1 livre par mois sans En 1792 l’ordinaire n’est modifié que sur des questions de détails. Toute la solde des hommes, après prélèvement des centimes de poche, est versée à l’ordinaire, pour pourvoir à l’achat de toutes les denrées, sauf le pain de table réglé par la masse de boulangerie. Le blanchissage du linge, les dépenses d’hygiène et l’éclairage des chambrées sont aussi à la charge de l’ordinaire. Les officiers reçoivent uniquement en campagne le pain de munition suivant leur grade au taux de : - 2 pour un lieutenant ) - 3 pour un capitaine ) Infanterie, Cavalerie, Artillerie - 4 pour un lieutenant-colonel ) - 6 pour un colonel ) La qualité du pain dans ce même règlement s’améliore, sur le papier, en blutant la farine à 15 livres par quintal. Pour la viande, le riz, les légumes secs, le sel et les liquides, il n’y a pas de masse. A part la viande, ces fournitures sont considérées comme gratification de campagne. Elles ne donnent pas lieu à retenue et sont entièrement à la charge de l’Etat, mais la satisfaction des besoins n’est pas assurée : la maraude est portée à un point inouï. “ Les soldats allaient par bandes piller les villages. Les paysans se vengeaient en massacrant ceux qu’ils trouvaient écartés ”. DUMOURIEZ “ Mémoires ”. 12 P. EVENO L’indiscipline de la troupe, l’incurie des autorités et la malhonnêteté des traitants vont provoquer de terribles manquements dans l’approvisionnement des troupes. “ Quelle race maudite que celle des commissaires des guerres ! Il faudrait en guillotiner les trois quarts pour que l’autre fasse son devoir. Je n’ose plus me présenter devant les bataillons : les soldats ne font, avec juste raison, que me demander du pain mangeable ”, VENDAMME à MOREAU. - 12 nivôse an II -. Le soldat n’est pas correctement nourri : de la bombance d’un jour succède la pénurie du lendemain. Ce déséquilibre alimentaire provoque un état sanitaire désastreux. Les généraux se font une petite guerre pour approvisionner leur armée et ces rivalités influent sur les opérations. Le maximum et la Terreur loin d’améliorer les choses paralysent les ressources et augmentent les besoins. Coup de tonnerre ! La Loi du 2 thermidor an II supprime les masses “ L’incohérence, la complication et l’obscurité de la plupart des lois rendues depuis 1790... Le seul moyen de simplifier la comptabilité et de supprimer les abus est d’établir un système où il n’y ait ni retenues, ni masses, ni rappels de solde... ” Rapport de présentation de la loi. Cette loi détermine une solde unique à l’intérieur où à l’étranger, en garnison ou campé. Il en est de même pour la fourniture du pain et de la viande en nature sans retenue : 28 onces de pain, 8 onces de viande, 1 once de riz ou 2 onces de légumes secs. Les officiers de tous grades comme la troupe reçoivent les rations aux taux de leurs grades, soit : - 12 pour général en chef, - 8 pour général de division, - 6 pour général de brigade, - 3 pour chef de brigade, - 2 pour chef de bataillon, quartier-maître trésorier, chef d’escadron, - 1,5 pour adjudant-major, capitaine, lieutenant, sous-lieutenant, - 1 du soldat au sergent ou maréchal des logis. Sous la pression de l’opinion publique la Convention en nivôse an III supprime le maximum. La fameuse commission de commerce et des approvisionnements qui a pourvu aux besoins des armées et du pays est réduite. L’entreprise est partout substituée à la régie suivant les décisions versatiles du pouvoir, impuissant à assurer les besoins des armées. Le pain de munition est fait d’avoine et d’orge en brumaire an IV et tout blutage est suspendu. Les distributions sont irrégulières, les généraux y remédient par des réquisitions et les soldats par la maraude. “ Je perds la tête je n’entends plus crier que du pain ! Du pain ! Du pain ! Il y a des hommes qui n’ont rien mangé depuis vingt quatre heures ” KELERMANN - Armée des Alpes - an III. Même KLEBER en frimaire an IV dégoûté de la situation alimentaire de ses troupes donne sa démission. “ Mon régiment en arrivant à Nice alla camper sur l’emplacement de l’ancienne poudrière. La ration consistait en pain, riz, demi once d’huile, trois onces de bœuf salé... on nous payait en assignats et 100 Francs de ce papier ne représentaient pas dix sols en numéraire ” lieutenant DEVERNOIS au 7° hussard - vendémiaire an IV. 13 P. EVENO Le gouvernement s’avoue impuissant et glisse le problème aux autorités locales. Devant les difficultés de faire parvenir régulièrement des fonds dans les 12, 13, 14, 22ème division militaire où les généraux sont obligés de recourir aux réquisitions onéreuses, il est décidé par arrêté du 18 fructidor an IV que le pain, la viande... seront fournis par les soins des corps administratifs. “ Une livre de pain par jour... que bien des chiens n’auraient pas mangé, avec un quart de pois et une demi livre de viande appelée charogne… Mais souvent nous passons six jours sans en avoir aucune distribution... ” JOLICLERC à l’Armée de l’Ouest pluviôse an IV… Les rations de pain et de viande accordées aux officiers à l’intérieur des frontières depuis l’an II sont supprimées et remplacées par une indemnité de 10 sous par jour, versée en même temps que la solde (arrêté de 11 brumaire an V). Après les années noires, les armées de la République reprennent l’offensive surtout en Italie. PETIET ministre de la guerre ancien commissaire ordonnateur de l’Armée des Côtes de Brest ramène de l’ordre dans le service des vivres. Il édite une instruction dans laquelle il rappelle la composition des rations et leur taux par grade mais surtout de surveiller l’exécution du service. Il est précisé dans son titre IV que tout militaire, commissaire des guerres, munitionnaire...convaincu de malversation sera soumis aux peines de la loi du 21 brumaire an IV : soit cinq ans de fers et la restitution des fournitures. Cette instruction du 1er ventôse an IV fera autorité même sous le Premier Empire. “ Vous voudrez bien donner ordre que l’on fasse arrêter sur-le-champ, le garde-magasin des vivres de Milan, le faire traduire en prison et le faire juger par un conseil militaire pour avoir donné, depuis huit jours, du pain détestable à la troupe et capable de faire tomber malade les soldats... ” Quartier Général de Milan - 22 Thermidor an V. La distribution des liquides est toujours réservée aux troupes en campagne et considérée comme exceptionnelle. Elle est décidée par les généraux. Les dépôts dans les places doivent être approvisionnés pour trois mois. Ils se calculent à raison de deux pintes et demie d’eau-devie et de deux pintes de vinaigre par homme et par mois (instruction du 1er ventôse an V). L’entrepreneur général BODIN dans son instruction du 1er Prairial an IV à Milan, rappelle la valeur des rations et demande qu’il soit dressé procès-verbal par les comptables “ si par ordre ou décisions des généraux la quotité de ces rations est augmentée ou modifiée ”. A compter du 1er pluviôse an VI, après les officiers, les troupes stationnées dans l’intérieur de la République ne perçoivent plus les rations de viande, riz ou sel au titre des vivres de campagne sauf pour les Armées d’Angleterre, de Mayence et du Rhin. A la veille de la prise du pouvoir par BONAPARTE le système des masses inventé par l’Ancien Régime est rétabli : “ Pour la fourniture, le vrai moyen d’y pourvoir avec économie, c’est de fixer avec précision la somme à affecter à chaque homme pour chaque objet à lui fournir... Votre commission proposera donc de rétablir ces abonnements sous le nom de masses...Tel que le pain, les fourrages... Quant aux autres fournitures, telles que la viande, le riz, les légumes secs, le sel, l’eau-de-vie et le vinaigre il n’est guère possible d’en calculer la dépense par tête, ces fournitures n’étant pas distribuées en tout temps, ni à toutes les troupes, il suffira d’en fixer le prix par approximation et de prescrire des règles qui puisse faire cesser les abus... ” (rapport de présentation de la loi du 26 fructidor an VII). La masse de boulangerie est fixée à 51 Francs par an et par homme. 14 P. EVENO Voulant faire table rase des conceptions de l’Ancien Régime en matière d’approvisionnement, le pouvoir révolutionnaire assagi en retrouve les vertus. Mais c’est toujours l’indigence dans le ravitaillement par manque de crédit ou l’opulence quand la victoire permet de prendre les magasins de l’ennemi. Le seul système efficace consiste à faire vivre les armées par les réquisitions et les contributions de guerre. Le montant de ces contributions sur les pays envahis s’élève à 659 millions de Francs pour la période de 1795 à 1800. Elles se développeront sous le régime impérial. 15 P. EVENO REGLEMENT POUR LES TROUPES EMBARQUEES ARMEE D’EGYPTE FLOREAL AN VI RATIONS ET DISTRIBUTIONS Article 1er. - Sur mer, la ration est égale pour tous ; on n’en distribue qu’une seule fois par jour et par chaque homme sans distinction de grades ; elles sont composées, savoir : Biscuit, 18 onces ; Vin, ¾ de pinte de Paris. Dîner souper Bœuf salé : 8 onces, Ou lard salé : 6 onces, Ou morue : 4 onces, Ou légumes : 4 onces, Ou fromage : 3 onces. Légumes : 4 onces, Ou riz : 2 onces. Article 2. - Les légumes seront assaisonnés dans la proportion de 5 livres d’huile et de 3 pintes de vinaigre par quintal ; le riz, de 12 livres d’huile et de 6 pintes de vinaigre par quintal. L’assaisonnement de la morue sera, par quintal, de 15 livres d’huile et de 16 pintes de vinaigre. Article 3. - Suivant le règlement de la marine, il se fait à bord des vaisseaux trois repas par jour, et par conséquent des distributions chaque fois. Déjeuner (à 7 heures du matin) Biscuit, 6 onces, Vin, ¼ pinte, Dîner (à 11 heures du matin) Biscuit, 6 onces, Vin, ¼ pinte, Et la ration, comme plus haut, viande salée, légumes, etc.... Souper (à 5 heures 30 du soir) Biscuit, 6 onces ; Vin, ¼ pinte ; Et la ration du souper en légumes ou riz. Article 4. - Les commandants de troupe ne feront qu’une distribution, le matin, s’ils le jugent préférable. Article 5. - La ration d’eau-de-vie ne sera allouée que sur ordre du général en chef ; elle est fixée à 1/16 de pinte de Paris. Article 6.- La composition des menus pour les dix jours de la décade sera la suivante : Dîners. Lard salé, les 1er, 3ème, 5ème, 7ème, 9ème jours, Bœuf salé, les 2ème, et 6ème jours, Fromage, le 4ème jour, Légumes, le 8ème jour, Morue, le 10ème jour, Légumes, les 1er, 2ème, 4ème, 6ème, 7ème, et 9ème jours, Riz, les 3ème, 5ème, 8ème, et 10ème jours. Article 7. - Lorsqu’il fait gros temps, il ne peut être fait de cuisine. Alors il sera distribué du fromage en remplacement de viande, de légumes ou de riz. 16 P. EVENO LE PAIN DE MUNITION LA COMPOSITION Le pain de munition se fabrique toujours avec de la farine non blutée, composée de ¾ de froment et de ¼ de seigle. Les grains sont livrés au moulin sans être nettoyés et moulus sous la meule en un seul passage. Le produit obtenu est panifié directement. Le pain ainsi fabriqué contient la totalité du son. Le blutage à 15 livres de son par quintal est décidé en 1792. Cette bonification du pain ne paraît pas suffisante aux yeux du législateur, puisque, huit jours plus tard, il est ordonné que le pain sera fait avec de la farine de pur froment bluté à 15 livres d’extraction par quintal. Mais l’admission du seigle dans la composition est rapidement rétablie. Il permet de conserver au pain plus de fraîcheur et de l’empêcher de durcir. La médecine le recommande pour tenir le ventre du soldat. Devant les difficultés d’approvisionnement, il est même toléré de substituer l’orge au seigle, mais il produit une farine plus grosse et n’entretient pas la fraîcheur du pain. Ainsi, dès que l’état des approvisionnements l’a permis, il est interdit d’emploi (circulaire du 5 pluviôse an XII). Le blutage est maintenu “ ... fabriqué avec de la farine de méteil, composée de ¾ froment et ¼ seigle, dont il aura été extrait 15 livres de son (7 kilogrammes et demi) par quintal (5 myriagrammes) ”. Art. V loi du 26 fructidor an VII. LE POIDS DE LA RATION Il est de 24 onces comme sous l’ancien régime et confirmé par le règlement de 1792 avec un supplément de 4 onces pendant la campagne. Ce supplément est intégré à la ration dans la loi de l’an II, ce qui donne une ration de 28 onces. Chaque pain doit être de trois livres cuit et rassis, rond et d’un diamètre d’environ 10 pouces sur 3 d’épaisseur (instruction du 1er ventôse an V et du 23 germinal an 6). L’instruction sur le service des vivres du 1er ventôse au 5 ramène son poids à trois livres cuit et rassis. Il ne changera plus, puisque l’arrêté des consuls de l’an 9 le confirme : “ la ration de pain à 7 hectogrammes et demi ”, taux qui subsistera jusqu’en 1873. LA DISTRIBUTION A l’intérieur, comme en campagne, les distributions se font en masse pour chaque corps ou détachement. Les officiers ne sont pas admis à réclamer individuellement (instruction de 23 germinal an 6). Jusqu’en 1793, ils reçoivent le pain de munition seulement en campagne. Suite à la dépréciation de l’assignat, monnaie fiduciaire, dans laquelle est réglée la solde, ils se voient attribuer le pain dans le même taux de leurs grades à l’intérieur de la République comme en campagne. Cette mesure est supprimée en l’an 5. LA RETENUE A partir d’une masse de boulangerie mise en place : “ la masse de boulangerie sera fixée sur le pied de 48 livres par an, pour chaque homme, sous-officiers et soldats composant l’armée y compris l’infanterie suisse, sans distinction d’armes ni grades ”. (Art. VIII décret du 1er février 1791). En 1792, les 4 onces supplémentaires attribuées pendant la campagne ne sont pas retenues. Par contre, les officiers paient la ration 32 deniers. Changement radical en 1794, suite à la suppression des masses, le pain est fourni sans retenue aux présents sous les armes (loi du 2 thermidor an II). La masse de boulangerie est rétablie en l’an VII et fixée à 51 francs par homme et par an, soit 34 deniers la ration. L’arrêté des consuls du 23 fructidor an VIII la maintient sur ce pied. 17 P. EVENO LE BISCUIT OU PAIN BISCUITE Sur ordre des généraux en chef, il est formé des approvisionnements en biscuit ou pain biscuité. Il est distribué aux troupes dans le cas ou le mouvement l’oblige à prendre les rations pour plus de 4 jours ou dans le cas de grandes chaleurs. LA FABRICATION L’opération consiste à augmenter la dose de pâte et à augmenter l’évaporation par la cuisson. Si la ration du pain de munition de 24 onces cuite et rassie est de 28 onces de pâte, elle sera de 29 onces pour le biscuit au quart, 30 onces pour le biscuité au demi et de 32 onces pour le biscuit total... Il ne faut pas le confondre avec le pain de guerre qui sera introduit dans la ration en 1894. LA VIANDE LA COMPOSITION “ La fourniture sera en bœuf de bonne qualité, sans tête, pieds, cœur, foie ni fressure... dans les départements méridionaux. Il sera suppléer au défaut de bœuf, par du mouton de bonne qualité... ” (Règlement du 2 mars 1792). Le porc frais ou salé est distribué dans les mêmes conditions si le bœuf et le mouton ne peuvent être distribués (règlement du 25 vendémiaire an III). Les têtes, foies et fressures entrent dans la distribution (arrêté du 18 fructidor an IV). Il est précisé que les animaux doivent être abattus de la veille (instruction du 1er ventôse an V). LE POIDS DE LA RATION “ ...à compter du 15 mars prochain, il sera fourni à chaque sous-officier et soldat... une ration de 4 onces de viande fraîche par jour, présents sous les armes et vivant à l’ordinaire ”(art. I décret du 21 février 1792). Le poids passe à une demi-livre par homme pour les troupes en campagne (règlement du 5 avril 1792) puis étendu aux troupes de l’intérieur (loi du 2 thermidor an II) Enfin, l’arrêté des consuls du 25 fructidor an IX arrêtent le poids de la ration en viande fraîche et de bœuf salé à 250 grammes, celle de lard à 200 grammes, taux qui restent inchangés jusqu’en 1873. LA DISTRIBUTION A toutes les troupes en campagne et à l’intérieur de la République, à partir de l’an II, tous les deux, trois ou quatre jours suivant la saison, la pesée s’effectue en bloc, par compagnie. Cette distribution de viande est supprimée à l’intérieur des frontières à partir du 1er pluviôse an VI : les troupes doivent se pourvoir sur leur solde. LA RETENUE “ Il leur sera retenu sur leur solde 15 deniers par ration ” (art. II, décret du 21 février 1792), réduit à 6 deniers (règlement du 5 avril 1792) pour être supprimée (loi du 2 thermidor an II). Les troupes stationnées en Hollande se voient retenir sur leur solde 10 centimes par ration en 1811. 18 P. EVENO LE RIZ & LES LEGUMES SECS Le riz fait partie intégrante de la ration de campagne. “ Il est fourni par l’administration des subsistances militaires. Une once de riz ou 2 onces de fèves, pois, haricots ou lentilles sans retenue ” (règlement du 29 février 1792). Cette distribution est confirmée en 1794. Il est même précisé que, si ces rations ne peuvent être fournies, un supplément à la solde de 12 deniers par jour, sera servi. (Loi du 2 thermidor an II). Toujours dans les mêmes quantités, les troupes en marche y ont droit, par contre les officiers ne peuvent y prétendre (arrêté du 18 fructidor an IV). Pour les troupes stationnées dans l’intérieur de la République, la ration est supprimée. Elles sont considérées sur le pied de paix et doivent se pourvoir sur leur solde. Seules, les troupes en marche dans l’intérieur et au-delà, en campagne, continuent de recevoir ces rations (arrêté du 19 nivôse an VI). La ration de riz est arrêtée à 30 grammes et celle de légumes secs à 60 grammes, jusqu’en 1873. (Arrêté du 25 fructidor an IX). LE SEL Le règlement de 1792 prescrit pour la première fois de fournir, à chaque homme en campagne, une livre de sel par mois, soit 1/30 livre par jour, sans retenue. Cette décision est renouvelée dans l’instruction de l’an V dans les mêmes conditions. La prestation gratuite est supprimée aux troupes de l’intérieur (arrêté de l’an VI) et fait toujours partie des vivres de campagne, au taux de 1/60 de kilogramme jusqu’en 1873 (arrêté du 25 fructidor an IX). LES FOURNITURES EXTRAORDINAIRES L’EAU-DE-VIE & LE VIN En campagne, sur ordre du général, il est distribué, à titre de gratification et sans retenue, la quantité de 1/16 de pinte, par homme et par jour d’eau-de-vie (règlement du 5 avril 1792). La loi de thermidor an II, ne mentionne pas cette distribution. Dans son instruction, PETIET rappelle que l’eau-de-vie comme le vin, font partie des approvisionnements extraordinaires des places et des troupes en campagne, à raison de : 6 pintes par homme et par mois, pour le vin. 2 pintes par homme et par mois, pour l’eau-de-vie. La distribution s’effectue sur réquisition écrite des généraux. Les troupes cantonnées dans l’intérieur n’y ont pas droit (instruction du 1er ventôse an V). Toujours en campagne, le vin est distribué à raison d’un litre pour 4 hommes et l’eau-de-vie d’un litre pour 16 hommes (arrêté du 25 fructidor an IX). LE VINAIGRE Il est fourni en campagne, par le magasin général des effets militaires comme l’eau-de-vie, pendant les chaleurs, sur ordre du général, une pinte de vinaigre pour 20 hommes, par jour, sans retenue. Comme pour les autres liquides, la réforme de l’an II ne mentionne pas cette distribution. Dans sa remise en ordre sur le service des vivres, PETIET, réaffirme dans son instruction de ventôse an V que le vinaigre est distribué dans les mêmes quantités et sous la responsabilité des généraux. L’arrêté de 25 fructidor an IX confirme la distribution du vinaigre, au taux d’un litre pour 20 hommes, par jour, au titre des vivres de campagne. 19 P. EVENO DE BONAPARTE A NAPOLEON “ Soldats vous êtes mal nourris et presque nus... ” Prise de commandement à l’Armée d’Italie - 7 Germinal an IV. Le soldat, instrument des entreprises napoléoniennes n’est pas mieux traité que dans les périodes précédentes. Irrégulièrement payé au hasard des conquêtes et des “ rançons ” sur les peuples vaincus. “ La subsistance du soldat n’est assurée ni à l’intérieur ni aux armées... le désordre règne dans toutes les parties ” constat établi à la prise du pouvoir (procès verbal de la séance du 25 brumaire an VIII - le ministre de la guerre aux Consuls). La mécanique administrative des approvisionnements mise en place à la fin du Directoire est conservée sous le Consulat et fonctionnera pendant toute la durée du régime impérial : - l’instruction sur le service des vivres du 1er ventôse an V, - le règlement pour les subsistances du 23 germinal an VI pour la comptabilité, - la loi du 26 fructidor an VIII sur le rétablissement des masses. Deux situations se distinguent pour la fourniture des vivres : - en garnison ou de passage dans les départements de l’Empire, - en campagne ou en guerre où les troupes perçoivent les vivres de campagne. En garnison le soldat vit médiocrement à l’ordinaire, grâce à la masse de boulangerie * qui est toujours de 51 francs par an et par soldat ou sous-officier pour une ration de pain de munition de 24 onces. C’est le seul vivre attribué par l’administration. Les officiers n’ont pas droit à cette masse de boulangerie. S’ils veulent percevoir en campagne du pain de munition, une retenue sur leurs appointements est faite. Elle est égale au prix fixé par le ministre de la guerre. Une amélioration notable est réalisée par la création d’une masse d’ordinaire suite au décret du 12 mars 1806. Cette masse de 15 centimes, administrée par les capitaines sous la surveillance des chefs de corps, est augmentée du reste de la solde défalqué des deniers de poche et du sou pour la masse de linge et chaussures. Elle permet l’achat du pain de soupe, trois onces de pain blanc, d’une demi livre de viande et les légumes nécessaires. En 1810 cette masse est réunie et payée avec la solde. Une exception en 1811 pour les troupes stationnées en Hollande où la ration de viande est accordée. _____________________________________ * MASSE DE BOULANGERIE : le compte général de la masse de boulangerie du corps bonus, malus est reporté d’une année sur l’autre. . 20 P. EVENO Un homme par chambrée est désigné à son tour pour faire la cuisine. Il met la viande dans la marmite, en surveille la cuisson, nettoie les légumes, trempe la soupe et la sert. Le soir un second repas est préparé. Il consiste souvent d’un plat de pommes de terre écrasées assaisonnées de lard fondu. Si la cuisine est mal appréciée de ses camarades il est condamné à recommencer. “ Les grenadiers me firent l’honneur de manger la soupe avec eux et me montrèrent la manière honnête à observer. On est debout, autour de la gamelle qui est ordinairement de huit hommes, on prend à tour une cuillère de soupe en faisant un pas en avant et ensuite un pas en arrière et le haut du corps en avant, pour ne pas salir les vêtements ” MEYER au 35°de ligne, mémoire d’un soldat. Dans la Garde Consulaire la gamelle communautaire est remplacée par une soupière individuelle. A Paris BONAPARTE fait enquêter DEJEAN sur la distribution du pain et du vin aux Invalides qui passent pour être de mauvaise qualité. Le ministre constate qu’il ne peut s’en prendre qu’à son administration. Il propose d’augmenter le prix de la ration pour améliorer la qualité. Le Premier Consul refuse et continue de payer en papier monnaie. En campagne BONAPARTE vit sur le pays ami ou ennemi, peu l’importe ! Il traite d’ailleurs aussi mal les créances des Etats d’Europe qui nourrissent ses soldats. A propos de la Suisse à laquelle on doit plus de trois millions, il décide “ les troupes de la République ayant garanti son indépendance et rétabli son intégrité... les comptes sont soldés ! ” Des nouveaux taux de rations de vivres sont fixés par l’arrêté du 25 fructidor an IX : La ration de pain, à sept hectogrammes et demi (onces nouvelles) celle de biscuit, à cinq hectogrammes et demi, celle de viande fraîche et de bœuf salé, à deux hectogrammes et demi, celle de lard salé, à deux hectogrammes, celle de riz à trois décagrammes (gros nouveaux), celle des légumes secs, à six décagrammes, celle de sel, à un soixantième de kilogramme (livre nouvelle), pour les liquides : un litre de vin pour quatre hommes, un litre d’eau-de-vie pour seize hommes, un litre de vinaigre pour vingt hommes. Ces taux subsisteront jusqu’en 1873. Après trois années de paix une coalition anti-française se forme au début de 1805. L’âme du complot est l’Angleterre. Aux camps de Boulogne NAPOLEON devenu Empereur des français concentre des troupes pour le franchissement du détroit de Calais. L’approvisionnement s’exécute correctement vu la densité des troupes. Les soldats touchent les vivres de campagne. Les pommes de terre et les légumes frais sont achetés sur les marchés locaux. Les sergents vivent à l’ordinaire, mais à part et ils reçoivent au lieu du pain de munition du pain de froment. Les sergents-majors et les adjudants mangent dans une cantine. Le midi le soldat mange une soupe grasse aux légumes accompagnée de bœuf bouilli. Le soir des pommes de terre et des oignons revenus dans du saindoux. L’eau est accompagnée de vinaigre. Quant à l’eau-de-vie qui sert à corriger l’eau, elle est souvent consommée pure, contrairement au règlement. Le vin est distribué au mois d’août journellement. Les généraux comme SOULT s’impliquent, inspectent, s’assurent de la bonne qualité des denrées. 21 P. EVENO Il est prévu pour chaque soldat à son embarquement quatre livres de pain accrochées à son sac et dans son bidon une pinte de vin en plus de ses trente cartouches et trois pierres à feu dans sa giberne. L’opération anglaise est avortée suite à la défaite de Trafalgar. Les troupes stationnées aux camps de Boulogne dans un remarquable mouvement, franchissent le Rhin pour devenir la légendaire Grande Armée et par une campagne mémorable inflige au cœur de l’Europe une sévère défaite aux coalisés dans un matin blême de décembre. Malgré les préparatifs secrets d’approvisionnement notamment au point de passage obligé de Strasbourg : “ La rapidité des marches de l’armée doit nécessairement occasionner beaucoup de difficultés pour les subsistances principalement pour l’approvisionnement en pain. Mais comme c’est à cette rapidité même que l’armée devra une partie de ses succès, il importe de ne pas ralentir...trouver quelques moyens de suppléer à la disette de pain... remplacer cette fourniture par une ou deux rations de plus de viande... ” BERTHIER aux Maréchaux et Généraux - Augsburg 20 vendémiaire an XIV. “ Nous avons marché sans magasins, nous y avons été contraints par les circonstances. Nous avons en une saison extrêmement favorable pour cela, mais, quoique nous ayons été constamment victorieux, et que nous ayons trouvé des légumes dans les champs, nous avons cependant beaucoup souffert. Dans une saison où il n’y aurait point de pomme de terre dans les champs ou si l’armée éprouvait quelques revers, le défaut de magasins nous conduirait aux plus grands revers. ” NAPOLEON à PETIET Intendant Général de la Grande Armée le 2 brumaire an XIV. Tout est écrit en quelques lignes sur la méthode : - Ici on se jette hardiment sans magasin, on manœuvre avec rapidité et on vit au jour le jour. - Ailleurs avec les mêmes procédés la misère accable la Grande Armée, les ressources du pays occupé demeurent vaines. - Plus tard dans la plus gigantesque des campagnes on profite de l’expérience acquise. On prépare l’approvisionnement méthodiquement sur des bases successives, mais le vecteur transport ne suit pas. Les effectifs augmentent en permanence et devant les carences de l’administration de la guerre à fournir cette masse de soldats, ils ne s’en remettent qu’à eux-mêmes avec d’inévitables excès. Laissons aux témoins comment parfois ils arrivent à assouvir leur faim. Contre la Prusse, la campagne commence en automne 1806 : Les désordres de 1805 se renouvellent en 1806. Les premiers jours de marche absorbent les vivres. La rapidité exceptionnelle des mouvements oblige l’armée à vivre exclusivement sur le pays. “ Le corps d’armée avait pris son ordre de bataille, les faisceaux formés, les bivouacs établis, ceux qui n’étaient pas de service se lancèrent, suivant l’habitude, dans toutes les directions pour faire des vivres. Cette mission était remplie d’habitude, par les meilleurs marcheurs ”. Capitaine BERTRAND à la veille de la bataille d’Iéna. A la fin de la campagne, le manque de viande oblige le soldat à manger tout ce qu’il trouve, surtout du cochon, qui occasionne la dysenterie. 22 P. EVENO En 1807, pendant la campagne de Pologne : “ Je me rappelle un bivouac dans un village polonais où nos fourrageurs ayant ramené quelques bêtes à cornes, nous trouvâmes munis de viande que chaque escouade s’empressa de mettre à cuire pour faire la soupe... Dans tout le bivouac, pas une gamelle, pas une écuelle, pas un vase pouvant servir à découper le pain et tremper la soupe... quand un dragon de ma compagnie nous apporta une petite auge à cochons. La dite auge fut portée au ruisseau et frottée en tous sens avec des bouchons de paille, puis rapportée en triomphe pour nous servir de soupière ”. THIRION. En Espagne et au Portugal : “ Le service des vivres laisse à désirer. Les rations de pain étaient souvent remplacées, en tout ou partie, par du riz ou des fèves. En fait de viande, il était alloué un mouton pour trente hommes, mais les parties intérieures de la bête manquaient toujours, et cette viande nous arrivait dans un état de moisissure peu ragoûtant ”. BRANDT. Et pour cause, les chefs militaires ne se préoccupent pas de l’alimentation de leurs soldats. Un exemple : lors de la retraite sur Baylen, les fourgons au lieu de charger des vivres sont accaparés par les généraux pour transporter leurs butins. Seul le vin est en abondance et remplace l’eau pour faire cuire la viande. Au Portugal, l’armée est résignée à vivre de glands de chênes verts “ qu’on trouvait en abondance dans les bois et chez les habitants. Les généraux et les officiers étaient réduits au même régime, qui du reste, n’était pas mauvais, les glands de ce pays étaient très supérieurs à ceux de France et renferment une farine semblable à celle de la châtaigne, dont le goût est fort agréable, cuit sous la cendre ”. ESPINCHAL. La campagne d’Autriche de 1809 : “ Notre régiment ayant pris position à droite du village d’Essling, j’allais à la découverte pour tâcher de trouver quelque nourriture, car j’avais mangé mon dernier morceau de pain le matin et il ne devait pas y avoir de distribution avant le soir. Je trouvais un bidon de graisse, puis, comme dans le village il y avait beaucoup d’oies qui avaient été plumées et vidées par les premiers arrivants je ramassais parmi les débris, des foies et des cœurs qu’on avait dédaignés et qui furent pour moi, les éléments d’un bon fricot où la graisse ne manquait pas. Un de mes confrères avait trouvé de la farine, nous en fîmes une galette que nous fîmes cuire dans la cendre. Notre festin, quoique bien modeste, attira cependant des convives. L’adjudant major et l’adjudant sous-officier qui n’avaient rien à se mettre sous la dent, vinrent nous demander de partager notre repas ”. GIRAULT. A la bataille de Wagram, dans l’île de Lobau “ île de misère ”, après 18 heures de combat pour nourrir les soldats et les blessés, il faut faire la soupe : “ Je trouvais des soldats qui étaient en train de dépecer un superbe cheval de cuirassier. Je me suis mis de la partie et comme j’avais un bon couteau, je parvins à enlever un bon morceau de cuisse... Il s’agissait de la faire cuire, pour cela, il fallait un vase. On chercha et l’un de nous, apporta une espèce d’arrosoir, qu’il avait trouvé sur le sac d’un soldat mort… Nous fîmes du feu et au bout de deux heures, nous nous mîmes à manger notre viande à moitié cuite et sans sel ”. GIRAULT. “ On a fait la soupe dans les cuirasses des soldats. Faute de sel de cuisine, on a salé avec de la poudre à canon. MASSENA a voulu en manger et l’a trouvée délicieuse ”. CADET de GASSINCOURT. 23 P. EVENO Pour la campagne de Russie en 1812 il est constitué d’immenses entrepôts d’approvisionnement en Prusse et en Pologne. “ Je n’ai jamais fait de plus grands préparatifs ” NAPOLEON à DAVOUT le 30 octobre 1810. “ Il n’y aura rien alors à espérer du pays et il faudra tout avoir avec soi ” le même au même le 26 mai 1812. En juin la Grande Armée marche vers le Niémen. “ On s’assurera que les soldats ont mangé la soupe, on fera l’inspection des sacs et des cartouches et l’on s’assurera qu’ils ont avec eux quatre jours de vivre ” Ordre du jour. A l’aller les désordres dans les transports se font ressentir dans l’approvisionnement dès le début de la campagne. Les témoignages abondent notamment sur l’alimentation : - A Knovo le 24 juin “ nous reçûmes une distribution de viande qui ne put être mangée qu’en grillades à défaut d’ustensiles pour la cuire ou l’étuver ” DUMONCEAU. - En juillet dans les plaines : “ par ces chaleurs accablantes, la privation d’eau était affreuse, les villages sont très éloignés les uns des autres ; nous arrivions en grand nombre ; les premiers épuisaient les puits, les derniers mourraient de soif. Les mares étaient pleines de chevaux morts et nous étions obligés d’en boire l’eau puante et épaisse. J’ai souvent fait la soupe avec un liquide vert et sirupeux, avant d’y jeter ma viande, j’y faisais bouillir du charbon, je l’écumais et l’eau devenait un peu plus limpide ; avec cette précaution, le potage n’était pas nuisible à la santé ” BELLOT de KERGORRE. - En août : “ les nécessités de cette vie nous avaient transformés en meuniers, boulangers, bouchers ou artisans de fortune ” ABBEEL. - A la veille de la bataille de la Moskova : “ mon compagnon de lit me confie que quelques camarades avaient trouvé des pois et en préparaient une soupe. En plus, une tête de porc trouvée dans un fossé devait fournir un plat de choix, quoiqu’elle soit avancée ” ABBEEL. - Arrivée à Moscou le 14 septembre : “ les ressources étaient inouïes, les maisons avaient des provisions pour huit mois, du vin en quantité ” CASTELLANE. Napoléon se fait piéger par les Russes qui incendient Moscou et font traîner les négociations de paix. Le 19 octobre ordre est donné de quitter Moscou. Alors que les officiers prévoyant surchargent pour eux-mêmes leurs fourgons de vivres, l’administration n’enlève rien pour l’alimentation des troupes. Les soldats se dispensent d’emporter des vivres et préfèrent rapporter à leur bonne amie des souvenirs... Le terrible hiver s’abat sur ces soldats d’airain devenus fantômes des steppes. Ils manqueront quand l’Europe sera à la curée. Ils “ vivent miraculeusement de farine délayée dans la neige fondue, de sel, de miel et de viande de cheval ” BOURGOGNE. A Vlina les vivres existent mais l’ordre est donné de n’en donner qu’aux corps constitués. Il n’y a plus de Grande Armée, plus de régiments, plus d’escadrons, ce ne sont que des fantômes... les décisions de l’administration sont au comble de l’absurde ! “ Les intérieurs d’âme que j’ai vu dans la retraite de Russie m’ont à jamais dégoutté des observations que je puis faire sur les êtres grossiers, sur ces manches à sabre qui composent une armée ” STENDHAL. 24 P. EVENO Ventre affamé n’a pas d’oreilles... “ J’ai vu un homme mort ayant les dents enfoncées dans la cuisse d’un cheval qui palpitait encore... Je n’ai pas vu les malheureux français se manger entre eux, mais j’ai vu des hommes morts à qui l’on avait coupé des lanières de chair aux cuisses, pour s’en nourrir ” LANGERON. En quelques mois NAPOLEON reforme une nouvelle armée qui, à peine concentrée, entre dans la fournaise “ au cri de Vive l’Empereur qui terminait la relation officielle, nos hommes répondirent en criant Vive les pommes de terre ! ”. RILLET. “ Nous devions nos repas au hasard... Nous ne faisions d’habitude qu’un repas pour vingtquatre heures, au point du jour généralement car la journée s’écoulait en marches ou escarmouches ; de même, nous ne faisions halte et nous procurions vivres et comestibles que le soir très tard et nous les faisions cuire pendant la nuit ”. WOFE-TONE. 1814, NAPOLEON est sans hommes, sans argent, sans approvisionnement. Il impose la réquisition. Les préfets sont chargés de nommer une commission pour recevoir les denrées. (Cette idée est reprise dans la préparation de la mobilisation économique de 1914). Nourri au hasard des conquêtes, le soldat “ mange l’Allemagne ”, se précipite en Russie, quant en garnison, il végète. Dès qu’il est en campagne, il gaspille et ne vit que de ce qu’il prend. L’alimentation du soldat ne se décrète pas sur quelques feuilles du journal militaire. Il faut l’assurer par un service de ravitaillement militaire qui reste à créer, ce à quoi le XIXème siècle va tenter de le réaliser. 25 P. EVENO PREPARATION DE LA SOUPE SUIVANT LE MANUEL D’INFANTERIE DE 1808 “ L’eau qu’on met dans la marmite doit se mesurer à raison d’un litre (une pinte) par chaque quart de kilogramme (demi livre) de viande : on la fait bouillir à grand feu pour écumer promptement ; on modère ensuite l’ébullition, et on met huit grammes (deux gros) de sel par litre d’eau. On y ajoute les légumes de la saison, une ou deux heures avant que de retirer la viande. Quand elle a bouilli cinq ou six heures, et que le bouillon est réduit d’un cinquième, on trempe le pain, laissant la marmite sur le feu jusqu’à la dernière gamelle, afin que le bouillon ne perde de sa chaleur. Si on reçoit au camp l’ordre de partir avant qu’on eut le temps de faire la soupe, afin de ne point perdre la viande et d’empêcher qu’elle ne se gâte, doit la faire cuire à moitié ou, s’il n’en a pas le temps, la boucaner, c’està-dire l’exposer à une fumée épaisse. Si dans une ville assiégée, si dans voyage de long cours on voulait tirer partie des os, on pourrait essayer du procédé suivant. On réunit les os qui ont cuit avec le bœuf ou autres viandes de la veille ou bien les os qu’on ne met pas à la marmite ; on les pile dans un mortier à ce destiné : quand ils sont en pâte, on étend cette pâte dans une espèce de casserole de fer blanc, percée de trous comme une écumoire, et qu’on appelle diaphragme, on plonge ce diaphragme dans la marmite pleine d’eau, on procède à la cuisson en opérant comme pour faire de la soupe avec de la viande. Un demi kilogramme (une livre) d’os pilés cuits dans quatre livres (environ quatre pintes) d’eau, c’està-dire dans la mesure d’eau qu’il faudrait pour deux kilogrammes (quatre livres) de viande, procure, au bout de six heures d’une cuisson égale et à petite ébullition, trois litres deux décilitres (trois pintes et demie) de bouillon d’une demi livre de sucs nourrissants que lui fournissent les os. Ce bouillon se couvre, en refroidissant, de soixante grammes (deux onces) de graisse qu’on peu employer à la préparation des légumes ; le poids des os cuits est diminué de moitié, et le bouillon obtenu est en quantité égale à celle qu’auraient donnée quatre livres de viande. Le choix de l’eau dans laquelle on fait cuire les légumes est essentiel. Il faut, autant que possible, ne faire usage que d’eau courante, la choisir limpide, inodore, dissolvant le savon, préférer celle de rivière et de pluie à l’eau de source et d’étang, et ne point employer celle de puits ou celle qui aurait séjourné sur des terres calcaires. Lorsqu’en campagne il est fait des distributions de légumes secs, et qu’ils cuisent mal, se gonflent peu, restent durs, il faut communément en attribuer la cause à la qualité de l’eau dont on se sert ; si elle est séléniteuse, on ne pourra réussir cette cuisson ” 26 P. EVENO LES EXPRESSIONS ALIMENTAIRES DU GROGNARD, DUR A CUIRE, VIEILLE MOUSTACHE OU BRAVE A TROIS POILS... Mettre sa vaisselle à l’air : arborer ses décorations, La ruche à miel : le bonnet à poil, La côte de bœuf : le sabre, Faire des jambons : briser la crosse des fusils des prisonniers, Graisser la marmite : pour les nouveaux arrivants au corps, c’est payer l'achat de viande pour améliorer l’ordinaire, La grenouille : ensemble des retenues sur la solde pour améliorer l’ordinaire, Jus de l’arbre tordu : le vin, Chasse cousin : vin mauvais, Rogomme, casse poitrine, riquiqui, sacré chien tout pur, sauve la vie : eau-de-vie, Jouer de la musette : boire, Avoir sa pente : boire de trop, Etre gris : être ivre, Laisse-toi faire : verre de l’amitié, Canon : verre de vin, Bonjaron : verre de rhum, Birambrot : bière au sucre et à la muscade (vient de l’allemand : bier und brot), Légumes courants : terme servant à dissimuler l’achat d’eau-de-vie sur les comptes de l’ordinaire, Cotignac : confiture de coing, Cormant : viande de boeuf mise dans la soupe, Bouilli charbonné : salé la soupe à la poudre de canon, Faire fricot, se faire une bosse : bien manger, Fripe sauce : goinfre, La débine : pauvreté, Se mettre les dents au crochet, se brosser le ventre, se tirer une botte : n’avoir rien à manger, Une friture : un ravitaillement insuffisant, Avoir son pain quotidien : rencontrer l’âme sœur, Bon à la plume : bon d’intendance faussement signé, Les céleris, les ripainsel : le personnel de l’Intendance, Les chancres de l’armée : les employés aux vivres, Les gros matadors : les fournisseurs aux armées, Les tartares : les cantiniers, Armée de la lune : soldat en maraude, Godailler : marauder, Trouver, gratter : voler, piller, Bien nourris : soldats de la Restauration, 27 P. EVENO D’UNE DEFAITE A L’AUTRE 1815 - 1870 “ Pour pourvoir, il faut prévoir ” Auguste COMTE Le licenciement général de l’armée impériale fait place à une armée à faible effectif encasernée et en subsistance au corps. Il n’y a plus de masse de boulangerie. A la caserne l’alimentation tourne autour du pain. En temps de paix seul le pain de munition est fourni, il est toujours de 750 g par homme et par jour. La viande est achetée par l’ordinaire et consommée à travers une préparation de bouillon gras. L’ordinaire de compagnie dispose de toute la solde des hommes après le prélèvement des centimes de poche. Il achète par l’intermédiaire des caporaux ou brigadiers d’ordinaire, sous le contrôle des capitaines de semaine (service intérieur - ordonnance du 2 novembre 1833) le pain de soupe : 250 g, la viande fraîche : 250 g, le saindoux, les légumes et les condiments. Mais certaines dépenses indépendantes de l’alimentation lui sont imputées comme le blanchissage, l’hygiène et l’éclairage des chambres. En 1849 la gamelle individuelle en fer étamé∗ remplace le rituel de la soupe prise en commun dans une gamelle collective. Une tentative de rétablissement de la masse de boulangerie est expérimentée en 1850 dans 5 régiments : 7ème Léger, 26ème de Ligne, 47ème de Ligne, 5ème Chasseur à cheval, 7ème Hussard. Une allocation de 16 centimes par jour et par homme en remplacement du pain de munition est versée aux ordinaires qui achètent librement. Ce projet a pour but d’augmenter la quantité de viande consommée et de réduire celle de pain : “ l’on voit traîner dans les casernes où leur abord offre le triste spectacle de marchands qui trafiquent du pain que le soldat n’a pas consommé et qu’il échange contre quelques centimes que le cabaret absorbe aussitôt ” (circulaire du 7 mars 1850). Cette tentative de réforme ne dure que six mois. La distribution du pain de munition est rétablie. C’est le seul moyen de renouveler les approvisionnements en farine des places fortes. Dans la suite de l’expérimentation, une instruction sur le régime alimentaire voit le jour. Elle propose de varier la composition des repas. D’augmenter la consommation de la viande de 300 g à 350 g par jour et de réduire celle de pain. D’introduire le poisson salé (morues, harengs, saumons). De préférer les légumes frais aux légumes secs. Mais la base du régime est toujours la soupe dans laquelle on fait bouillir la viande. “ Il serait donc utile de faire prendre au soldat, le matin, avant les travaux de la journée, un premier repas, léger, composé ou d’une partie de la viande bouillie de la veille ou d’un potage, facilement est instantanément préparé comme la soupe de poireaux, aux oignons, etc… ou enfin du fromage. Cette mesure doit être d’autant plus recommandée qu’elle pourra contribuer puissamment à détruire la pernicieuse habitude qu’ont trop de militaires de prendre de l’eau-de-vie à jeun. Le second repas est le principal : il doit, en station, se composer invariablement de la soupe, du bœuf et des légumes qui ont formé la marmite. Le troisième repas, celui du soir, peut encore, à certains jours, se composer de la soupe et du bœuf : mais le plus ordinairement ce repas doit être fait avec une autre préparation, déterminée d’après les circonstances de la saison et des ressources du pays ” (instruction du 5 mars 1850). ∗Fer étamé ou fer-blanc : tôle recouverte d’une mince couche d’étain pour soustraire l’oxydation du métal. Le principe de l’étamage est découvert à Nuremberg au XVIII siècle. 28 P. EVENO Un exemple : au 6ème Léger en mars 1850, à cinq heures la soupe à l’oignon est servie avant de monter à cheval. Une soupe grasse avec 150 g de viande est donnée à dix heures. Enfin un ragoût de mouton, veau ou lard accompagné de pommes de terre ou de haricots est servi au repas du soir. L’ordinaire trouve du disponible pour donner du vin une fois par semaine au repas du soir. Sous le Second Empire les conditions alimentaires du soldat sont supérieures à celles des ouvriers. Le commandement s’implique en temps de paix dans le cadre des responsabilités des ordinaires d’unité. Il recherche à fournir une meilleure qualité du pain de munition. Les manutentions militaires (boulangeries militaires) se développent et remplacent les boulangeries civiles. Enfin le blutage est augmenté. Sur le pied de guerre suivant le règlement du 2 février 1818, outre le pain de munition la ration de vivres se compose de : - 250 g de viande de bœuf fraîche ou salée ou 200 g de lard salé, - 30 g de riz ou 60 g de légumes secs, - 1/60 de Kilo de sel, - ¼ de litre de vin, - 1/16 de litre d’eau-de-vie, - 1/20 de litre de vinaigre. Ces vivres de campagne sont alloués pour tous les jours ouvrant droit à la solde de guerre y compris aux officiers suivant le tarif des rations (rappel fait le 19 mars 1823). Les distributions sont faites tous les quatre jours. Les traités de 1814 et 1815 pour la fourniture des vivres sont dénoncés et remplacés par une régie générale en 1817 puis par une direction générale des subsistances militaires en 1821 qui est incapable lors de l’intervention en Espagne en 1823 de remplir sa mission. Puisque le ravitaillement des troupes est confié à une entreprise qui a déjà fait parler d’elle sous le Premier Empire : OUVRARD. Elle réalise ainsi une fortune scandaleuse qui provoque une enquête parlementaire qui fait grand bruit. Il faut attendre 1825 pour que le personnel du service des subsistances militaires s’organise tant dans l’intérieur qu’aux armées et que les approvisionnements en campagne soient assurés par la gestion directe. La préparation de l’expédition d’Alger en 1830 s’effectue avec minutie afin de se livrer le moins possible au hasard. Trois mois de vivres sont préparés, soit par l’entremise du service des subsistances soit par la voie du commerce. Marseille est spécialement affectée à l’administration de cette campagne. Tout est emporté. Un rapport sur les mesures sanitaires à recommander est rédigé par l’Intendant DENNIEE, il recommande de “ ...boire peu de vin, de liqueurs, boire de l’eau avec modération, éviter de manger des fruits verts.. ”, mais personne ne surveille l’exécution ! Il est confectionné pour cette expédition des tonnelets en bois préférés aux bidons en ferblanc. La composition de la ration de débarquement est fixée à : - 5 livres de biscuit, - 2 livres de viande cuite, - 1 ration de fromage, - 1 demi-litre de vin, - 1 demi-litre d’eau dans les bidons en fer-blanc, - 1 litre d’eau saturée d’un huitième d’eau-de-vie, - 10 onces de riz. 29 P. EVENO Le 14 juin à 4 heures du matin le débarquement s’opère. Quarante huit heures plus tard du pain frais est distribué aux troupes grâce aux Ouvriers Militaires d’Administration, et le 17 les distributions sont régulières malgré la tempête du 16 qui avait obligé à passer par-dessus bord les vivres, heureusement emballés dans des enveloppes imperméables. Après la prise d’Alger, l’état sanitaire des troupes se dégrade. Peu surveillés par des chefs qui préfèrent demeurer dans leurs maisons mauresques, les soldats commettent des dégradations dans la banlieue : arbres fruitiers coupés, charpentes démolies, tuyaux percés et aqueduc brisé provoquent des dysenteries. Leur hygiène est compromise. Par une fâcheuse coïncidence l’alimentation se dégrade aussi. La viande salée remplace la viande fraîche puisque les bœufs rassemblés par l’Intendance ne peuvent être nourris et conservés vifs par manque de fourrage. Le biscuit remplace le pain dont la farine a fermenté par les fortes chaleurs et le vin a tourné ou décomposé par l’eau de mer à son débarquement. Les campagnes d’occupation de l’Algérie auront dans le futur une très grande influence dans la manière d’approvisionner les troupes en campagne. Deux facteurs participent à la modification de l’alimentation : le climat et la mobilité dans l’utilisation de colonnes autonomes en territoire hostile : “ j’ai allégé les soldats de giberne et de sabres... cet allégement... me permettra de faire porter aux soldats pour 10 jours de vivres... avec les transports et ceux des auxiliaires, je porterai des subsistances pour environ 35 jours. Je pourrai donc manœuvrer pendant au moins 40 jours ” BUGEAUD au ministre le 21 avril 1847. Le système des convois s’épanouit dans les expéditions algériennes. Bientôt les officiers habitués à cette méthode pour faire vivre le soldat se désintéressent des moyens de le faire subsister autrement. La ration journalière est depuis le début de la campagne de : - 750 g de pain de munition, - 30 g de riz, qui passe à 60 g en 1848 ou 60 g de légumes secs, - 250 g de viande, - 50 centilitres de vin dès le début de la campagne, - 16 centilitres d’eau-de-vie, - 1/60 de kilo de sel, - le café et le sucre sont introduits dans la ration à raison de 12 g chacun à partir de 1838. Le changement de politique transforme cette Armée d’Afrique en Armée d’Algérie en 1840 qui en 1853 recevra une indemnité de 18 centimes, par homme et par jour, allouée en remplacement des prestations en nature de la viande, des légumes et du sel. L’armée s’installe, c’est le régime des ordinaires. Cinquante ans à peine se sont passés les leçons des guerres napoléoniennes sont oubliées. La Restauration a brisé la mémoire. Elle a créé une nouvelle armée dans un esprit ankylosé de formalisme et une discipline coercitive. L’armée du Second Empire hérite des règlements élaborés par cette oligarchie militaire qui a oublié ses faims et la malnutrition lorsqu’elle était simple soldat, comme : - GOUVION SAINT CYR, soldat en 1785, ministre de la guerre en 1815 et 1817. - VICTOR, soldat en 1781, ministre de la guerre en 1821. - GERARD, volontaire en 1792, ministre de la guerre en 1830. - MORTIER, volontaire en 1792, ministre de la guerre en 1834. 30 P. EVENO Les “ guerriers ” comme les nomme CANROBERT, mais il oublie MARMONT qui écrit : “ Un général en chef fait plus d’effort d’esprit pour assurer la subsistance de ses troupes que pour toute autre chose et la difficulté de distribution du pain est un des plus grands embarras de la guerre ” Ni la guerre de Crimée en 1854, ni l’Italie en 1859 encore moins l’aventure mexicaine de 1862 à 1867, ne feront modifier le règlement de service en campagne de 1832 dans la méthode d’alimentation des troupes en campagne. A la grande halte après une marche harassante et q’azor (havresac) est posé à terre, le soldat désigné par escouade pour la corvée de cuisine doit rechercher l’eau, le bois et les sempiternelles rations réglementaires, quand elles sont au rendez-vous ! Puis il lui reste à faire cuire et enfin à servir ses camarades à des heures avancées de la nuit une soupe ou parfois seulement du café avec du pain de munition complété de la ration d’eau-de-vie. A moins que certains aient chapardé une volaille, des légumes frais et bonheur parfois un porc. La réquisition n’existe pas. Une campagne peut même mal débuter pour la subsistance des troupes. Ainsi, la Crimée en 1854 : “ c’était le chaos accumulé ” ROUSSET. Au débarquement en juin à Gallipoli, le Maréchal DE SAINT ARNAULD, commandant en chef de l’expédition s’étonne “ notre situation est encore plus triste sous le rapport des approvisionnements. J’ai pour dix jours de biscuit, il en faudrait pour trois mois... On a embarqué les hommes sur des bateaux à vapeur et les approvisionnements, le matériel, les chevaux sur des bateaux à voiles. Les hommes arrivent et ce qui leur est nécessaire ici, il ne le trouve pas... ” DE SAINT ARNAULD à NAPOLEON III. En 1859 il est décidé une intervention au-delà des Alpes. C’est la surprise pour l’armée qui se trouve jetée en quelques jours face à l’ennemi sans organisation du ravitaillement et sans matériels de campagne. Il lui faudra 25 jours pour se constituer. Pour la première fois les approvisionnements sont poussés vers l’avant par le chemin de fer. L’alimentation des troupes d’alors connaît deux systèmes : le temps de paix avec ses ordinaires d’unité et le pied de guerre avec ses rations tirées des magasins, qu’il faut distribuer. Pour le passage d’une situation à l’autre, c’est l’indécision et l’impréparation jusqu’à la médiocrité intellectuelle des chefs “ habitués qu’ils sont à compter sur l’intendance pour faire vivre et à se désintéresser des moyens de faire subsister le soldat ” BARATIER. Ainsi pendant la campagne d’Italie alors que le ravitaillement est insuffisant, l’Empereur donne l’ordre pour quelques jours de substituer la farine de maïs à la farine de blé venant de France. Le tollé est général, la troupe n’est pas préparée à ces pratiques de substitution. Seul le ravitaillement en viande est assuré : la ration passe à 300 g de viande fraîche ou de 240 g de lard salé. Au lendemain de Solférino, la troupe manque de vivres, l’Intendance fait distribuer du biscuit moisi. Personne n’en veut, on se passe de manger et la discipline en souffre. Faute de vivres, les Autrichiens ne peuvent être poursuivis et pourtant le pays occupé est riche en céréales. 31 P. EVENO L’armée a oublié le service des étapes. Aucune leçon n’est tirée de cette campagne où l’on attend tout de l’arrière. On ne sait ni ne veut vivre sur le pays en souvenir des guerres napoléoniennes sur ce même théâtre d’opération. Les expéditions en Algérie pèsent sur les théories du ravitaillement exclusif par l’arrière où l’exploitation des régions incultes et désertiques avec de faibles effectifs engagés favorisent le développement de ce système. Parfois le commandement est plus qu’imprévoyant : au Mexique “ un chef de bataillon, chef de corps au Mexique, pour la première marche en terres chaudes, se met en route sans bidons pleins (peut-être sans bidon), sans provisions d’eau, comme pour une route de France, aucun, officier de son bataillon n’éveille son attention, n’est plus prévoyant que lui. Dans cette première marche, par imprévoyance absolue de toutes choses, il perd la moitié de son monde. On le casse. Non. On le fait lieutenant colonel ” ARDANT DU PIC. Au cours de cette campagne lointaine il est proposé dans la ration toujours les mêmes ingrédients au même poids avec en substitution des légumes secs ou du riz, pour la première fois, de l’oseille confite, de la julienne de légumes ou du chou desséchés afin d’améliorer la soupe et même de la choucroute. La grande Affaire. Le 15 juillet 1870 le gouvernement impérial annonce aux chambres et au pays que la guerre avec la Prusse est résolue. Le succès de la campagne d’Italie laisse chez les officiers l’impression qu’il n’est pas utile de se préparer à la guerre. “ Il suffisait de s’organiser en courant à l’ennemi. Cette idée s’enracina tellement dans certains esprits que Monsieur Emile OLLIVIER∗ a reproché aux généraux de 1870 de ne pas l’avoir mis en pratique, comme ils l’avaient fait en 1859 ” Germain BAPST. Donc la mise en mouvement est très simple, elle est établie sur le procédé de 1859 : débrouillez-vous ! “ J’ai le plaisir de vous annoncer que l’Empereur vous a nommé Intendant Général de l’Armée du Rhin, mais vous n’avez que six jours pour organiser les services administratifs, désigner les officiers et les employés des dits services et assurer la distribution réglementaire des vivres de campagne ” sur une objection : “ vous vous débrouillerez comme vous pourrez ” Le ministre de la guerre à l’Intendant Général WOLFF le 17 juillet 1870. Il arrive le 19 à Metz où il demande à BAZAINE quels sont les ordres, il lui répond “ de faire pour le mieux ! ”. Comment dans cet état d’esprit de début de campagne la troupe peut-elle être correctement nourrie ? Et pourtant sur le papier le 31 juillet le Major Général prévient les corps d’armées que la perception des vivres de campagne commence le 3 août. La ration est fixée à : - 550 g de biscuit, - 300 g de viande fraîche, - 60 g de riz, - 16 g de sel, - 16 g de sucre, - 21 g de café. Le 4 août la ration de viande est portée à 400 g ou celle de lard à 300 g. Dans ces premiers jours de campagne chauds, les orages tombent sur les bivouacs. Les hommes sont forcés de coucher dans la boue sur des points élevés où l’on pense livrer le combat sans se préoccuper de l’eau et du bois pour l’alimentation. ∗Principal ministre du gouvernement impérial 32 P. EVENO Les débuts du service des subsistances improvisés sont pénibles mais commencent à fonctionner. “ Je ne sais rien des ordres d’expédition ni sur les mouvements de la mise en route des denrées qui me sont destinées. Les convois arrivent sans lettre de voiture, ni lettre d’expédition. Ces désordres me créent des embarras, on me laisse dans l’incertitude de mes ressources. ” WOLFF au ministre de la guerre le 31 juillet de Metz. Mais il n’est pas tout d’accumuler les vivres sans précaution à Metz et à Strasbourg. Il faut leur donner le mouvement pour les faire parvenir aux consommateurs. C’est là le redoutable vice de l’organisation : les convois d’approvisionnements ne sont pas réglés par le commandement. Sur le terrain la troupe pressée par l’ennemi, renverse les marmites, jette la viande et ne consomme rien de la journée. Il lui faut entamer les vivres de réserve s’il lui en reste ou attendre la distribution prochaine qui trop souvent n’arrive que fort tard ou pas du tout. Les convois cherchant dans la nuit la troupe errante. Dans la deuxième partie de la campagne, à l’exemple de FAIDHERBE et CHANZY, les ordres sont précis et assurent la convergence des efforts dans le ravitaillement des troupes. “ ...Les vivres n’ont jamais manqué pendant les quatre mois qu’à duré cette campagne, malgré les difficultés de toutes natures pour se les procurer, les faire abriter et les transporter... dans un grand nombre de régiments nouveaux, surtout dans ceux de la Garde Mobile, les officiers n’apportaient pas à cette partie si importante de leur service la surveillance qui eût été nécessaire et beaucoup d’hommes la distribution faite, mangeaient plus que leur ration d’un jour, gaspillaient le reste et abandonnaient souvent dans les bivouacs des monceaux de biscuits et de viande pour ne point avoir à les transporter ” CHANZY. Malgré la militarisation du ravitaillement des troupes au cours de ce siècle et les différentes campagnes du Second Empire montrant les vices du système, le règlement sur les subsistances militaire de 1860 n’est qu’une réédition du règlement de 1827 élaboré sous la Restauration où l’armée est organisée pour l’intérieur seulement. Ce règlement très complet pour le temps de paix comprend 1049 articles divisés en 9 titres. 8 titres avec 934 articles sont consacrés au service normal mais il est muet sur l’exécution des ravitaillements et des distributions. On se contente de mots “ les généraux, officiers supérieurs, les intendants et sous intendants doivent s’occuper, avec la plus grande sollicitude, d’assurer la subsistance du soldat ”. Pas d’attribution délimitée, chacun compte sur l’autre ou veut l’ignorer ! Après la défaite de 1870 les enseignements seront retenus. Le ravitaillement sera organisé sous les ordres du commandement dès le temps de paix. Il sera tiré simultanément du lieu de stationnement et de l’arrière par des stations-magasins. C’est cette organisation qui montrera son efficacité dès le début du conflit en 1914. 33 P. EVENO LE PAIN DE MUNITION LA COMPOSITION : Pendant ce siècle les différents gouvernements vont s’attacher à améliorer l’aliment de base du soldat. La Restauration conserve tout d’abord le mélange de trois quarts de froment et un quart de seigle au taux de blutage de 1792 soit 15 livres par quintal. Puis en 1822 il est prescrit de fabriquer en totalité le pain de munition avec de la farine de pur froment blutée à 10 %. Après les expéditions de Morée et d’Alger, les blés durs apparaissent et sont admis sans blutage en 1833. Les blés durs ne seront blutés à 5% et 15% pour les farines tendres qu’en 1844 circulaire du 5 novembre. Mais ces mesures ne sont pas suffisantes notamment pour les troupes d’Afrique qui consomment beaucoup de blé dur. “ Si l’estomac peut tolérer impunément dans les pays froids une certaine quantité de matière inerte, il n’en est plus de même dans les pays chauds où l’appétit est moins développé. L’estomac est paresseux et demande des aliments légers, assimilables. Or on sait que le son est réfractaire à l’assimilation... Il conviendrait d’élever à 10% le blutage des blés durs en Algérie...Ecartez du pain de munition le plus de son possible, éliminez tout ce surcroît d’eau qu’il a fallu jusqu’ici y renfermer pour satisfaire aux exigences du règlement. Il deviendra plus parfait, plus digestif, d’une conservation mieux assurée et quelle que soit sa diminution de poids, il aura conservé toute sa puissance alibile. Il n’aura perdu que des défauts. ” TRIPIER, pharmacien en chef du corps expéditionnaire. Rapport sur le perfectionnement à apporter au pain du soldat d’Afrique, 1847. Ces observations appuyées par MILLON successeur de TRIPIER contribuent à améliorer la qualité du pain de munition. Après l’expérience malheureuse de 1850 pour introduire dans l’armée le pain des boulangeries civiles, le service munitionnaire est rétabli. Les blés de troisième qualité ne sont plus admis. Le criblage est perfectionné et le meulage des farines traité avec plus de soin. Le blutage est à 15%. Enfin, après de nouvelles expériences, le taux de blutage est porté pour les blés tendres à 20% et pour les blés durs à 12% - décret du 30 juillet 1853. LE POIDS DE LA RATION : Le poids du pain de munition est toujours, comme au début de l’ancien régime, de 1,5 kg, seize heures après qu’il sera retiré du four soit la valeur de deux rations. Ce poids reste inchangé même après l’augmentation des taux de blutage. Il doit se conserver 5 jours en été et 8 jours dans les autres saisons. Sachant que l’ordinaire achète 250 g de pain blanc dit pain de soupe dans le commerce, le soldat consomme 1 kg de pain par jour. LA DISTRIBUTION : La forme du pain est ronde d’un diamètre de 27 cm environ et d’une hauteur de 9,5 cm. En temps de paix c’est la seule denrée distribuée aux sous-officiers et aux soldats en station ou en route. Elle a lieu tous les quatre jours. Les officiers n’ouvrent droit à la distribution suivant le tarif de la solde que sur le pied de guerre. Les sous-officiers et soldats qui touchent l’indemnité de route ne peuvent prétendre à la distribution - règlement du 2 février 1818. Le pain est distribué aux troupes à leur arrivée dans un gîte d’étape : non pour la distance à parcourir du lendemain, mais pour la distance effectuée du jour. Ainsi, le pain est consommé sur place sans que la qualité soit altérée par le transport - circulaire du 6 décembre 1819. En station, la distribution est préconisée pendant les chaleurs tous les deux ou trois jours circulaire du 17 février 1824. 34 P. EVENO LA RETENUE DU PRIX : Cette retenue prélevée sur l’ordinaire en temps de paix est fixée par le ministre ; d’abord trimestriellement, puis par semestre en 1821, enfin annuellement à partir de 1862. Elle est différente suivant les divisions militaires. Ainsi à Paris, la retenue est de 33 centimes la ration et de 27 centimes dans la 21ème division militaire en 1818. Le remboursement est uniformisé à partir de 1848 sur tout le territoire à 21 centimes. Sous le Second Empire, le kilogramme de pain fluctue entre 24 centimes en 1859 à 36 centimes en 1868. LE PAIN BISCUITE Fabriqué sur ordre du ministre, il est fait de pâte plus ferme et subit une cuisson plus forte que le pain de munition. Suivant le degré de cuisson qu’il reçoit : - le pain biscuité se conserve de 40 à 45 jours. - le pain demi biscuité de 20 à 25 jours. - le pain au quart biscuité se conserve de 10 à 15 jours. LE BISCUIT Lui aussi est fabriqué sur ordre. Il se compose des mêmes farines et doit se conserver au moins un an. Sous le Second Empire 550 g de biscuit sont l’équivalent d’une ration de 750 g de pain de munition et 185 g de biscuit peuvent remplacer les 250 g de pain de soupe. LA VIANDE LA COMPOSITION : Elle est de bœuf, de vache ou de porc en viande fraîche ou salée. La viande de mouton ne peut entrer que dans un quart de la consommation totale et la viande de taureau est exclue - Cahier des charges pour la fourniture de viande fraîche. 13 janvier 1855. Les pieds, les fressures et les têtes n’entrent pas dans la distribution. L’abattage des bestiaux et la distribution ont lieu dans les boucheries à la charge des entrepreneurs sur des lieux désignés par l’administration militaire. Ils doivent tenir en réserve à une distance de 4 kilomètres des troupes à approvisionner la valeur de deux jours de consommation au moins. LE POIDS DE LA RATION : Le poids reste inchangé depuis l’arrêté des Consuls du 25 fructidor, an IX. Il est de 250 grammes de viande de bœuf ou de 200 grammes de porc. Mais, comme le prévoit l’article 157 de l’ordonnance du 3 mai 1832 : “ Lorsqu’une armée doit entrer en campagne, le ministre de la guerre détermine un tarif de distribution ”. Le taux des rations “ peut être modifié par le général en chef sur proposition de l’Intendant de l’armée, lorsque les circonstances et la nature du pays occupé rendent cette mesure nécessaire ” Ainsi à plusieurs reprises la quantité est modifiée : - En 1859, elle passe à 300 g en viande fraîche ou 240 g en lard salé. - En 1870, au début de la campagne, elle passe à 400 g en viande fraîche ou 300 g en lard salé. LA DISTRIBUTION : Seulement sur le pied de guerre, la distribution se fait chaque jour, par compagnie, escadron ou batterie suivant le détail de l’officier de distribution au taux des rations. 35 P. EVENO LE RIZ OU LES LEGUMES SECS Distribuée sur le pied de guerre, la ration de riz est toujours de 30 g ou celle de légumes secs de 60 g, sauf pour l’armée d’Algérie où la ration de riz est doublée à partir de 1848 puis remplacée par une indemnité de 5 centimes à compter de 1853. LE CAFE ET LE SUCRE Ils font leur apparition, au taux de 12 g chacun, dans la ration de l’armée d’Afrique en 1838 en temps que boisson hygiénique puis dans les rations de l’ensemble de l’armée française en 1848. Le sucre raffiné est distribué en pain, morceaux ou poudre qui ne peut excéder 1/10ème de la distribution. Le café est distribué en grains et torréfié. LE SEL De gemme ou marin, la ration de sel est toujours de 1/60ème kg soit 16,66 g perçus sur le pied de guerre. Il est remplacé par une indemnité pour l’armée d’Algérie de 0,5 centimes en 1853. LES LIQUIDES LE VINAIGRE, L’EAU-DE-VIE, LE VIN Ce sont toujours des fournitures dites extraordinaires. Leur distribution se réfère à l’Instruction du 1er ventôse, an V rappelé par la circulaire du 11 janvier 1817. Seuls, les généraux ayant un commandement peuvent ordonner leur distribution. Les enfants de troupe n’ont droit qu’à la distribution de vinaigre. Ordonnance du 19 mars 1823. LE VINAIGRE A raison de 1/20ème de litre par ration, il est employé pendant les grandes chaleurs pour assainir l’eau de boisson. Le vinaigre est remplacé en 1826 par une indemnité en argent payable par avance avec le prêt sur l’ordinaire. Elle est différente d’une division à l’autre de 1,05 centimes dans la 9ème division, à 2,20 centimes dans la 16ème division. Instruction du 13 mars 1826. Dans l’expédition de Morée en 1828 et d’Afrique en 1830, le vinaigre ne fait pas partie des distributions. Enfin, il disparaît des rations en 1832, sauf pour le Mexique, suite aux dispositions de substituer l’eau-de-vie en remplacement pendant les grandes chaleurs. L’EAU-DE-VIE Elle doit provenir de la distillation des produits de la vigne, de grains ou de genièvre. - La ration, à titre de distributions extraordinaires est de 1/16ème de litre, soit 6,25 centilitres. - La ration hygiénique, elle, supplante en 1832 le vinaigre dans les précautions sanitaires des eaux consommées par la troupe pendant les chaleurs. Le taux de cette ration est de 3,125 centilitres. Du 21 juin au 31 août ou du 1er juin au 30 septembre suivant les divisions militaires “ on tiendra la main à ce que l’eau potable soit toujours mélangée d’eau-de-vie ”. Instruction du 30 août 1842 du ministre aux lieutenants généraux. Ces dispositions sur l’eau-de-vie font l’objet d’une indemnité représentative versée avec la solde. Règlement du 25 décembre 1837, confirmées par une décision du 20 novembre 1851. En 1860, l’indemnité de la ration à titre exceptionnel, est de 7 à 11 centimes et celle attribuée à titre hygiénique de 3,50 à 6 centimes suivant les départements. 36 P. EVENO LE VIN La ration reste inchangée dans son taux de 25 cl. Sa distribution est acquise aux hommes présents sous les armes lorsque le ministre ou les généraux en chef en ont prescrit la distribution. Ordonnance du 19 mars 1823. Le taux de la ration est modifié pour les jours anniversaires de la fête du Roi, le 4 novembre : - 1 litre pour chaque sous-officier et soldat de la garde royale et de la ligne stationnée à Paris. - 50 cl dans les autres divisions - Décision du 24 janvier 1826. La monarchie de juillet ramène le taux à 50 cl à l’ensemble des troupes pour l’anniversaire du Roi. En campagne, pour l’expédition de Morée et d’Afrique, le taux passe à 50 cl pour être ramené à 25 cl en 1832. Pour la Belgique en 1831, la bière se substitue au vin. La qualité du vin : il doit être rouge, de 11° au moins, provenir des départements méridionaux (Provence, Languedoc, Roussillon), ceux du département de l’Hérault, ne doivent entrer que pour la moitié des livraisons. A son admission “ n’avoir reçu aucune mixtion ou préparation même d’esprit de vin ou toutes autres substances, employées quelquefois pour donner au vin une force, une couleur ou une qualité apparentes ; être naturel, en un mot, droit de goût, soutiré au clair fin, parfaitement limpide, suffisamment corsé et susceptible, par la suite, de se conserver pendant une année, à partir de sa réception dans les magasins militaires ” (Cahier des charges pour les marchés de vin en 1848). 37 P. EVENO LA MOBILISATION DU RAVITAILLEMENT 1871 - 1914 “ Il s’agira d’une lutte terrible mettant en jeu l’existence même du pays, et qui, dès lors peut se prolonger jusqu’à l’épuisement des dernières ressources ” DUCUING 1912. Après la sévère défaite de 1870, le développement des chemins de fer et l’augmentation des effectifs par la conscription, des leçons sont tirées. Elles modifient profondément les données du problème dans le ravitaillement des troupes. Un long travail de statistique et d’économie politique mené par le Sous-Intendant DUCUING aboutit au décret du 12 mars 1890 qui élabore la première charte du Ravitaillement National. Au même titre que l’armement, l’habillement... l’alimentation du soldat, tant en période de paix qu’en campagne, fait l’objet d’études nutritionnelles. Les taux des rations basés jadis sur des données empiriques sont établis d’une façon scientifique, ce qui amène à identifier une ration normale et une ration forte - décision du 19 mai 1890. En temps de paix, le soldat mange toujours à l’ordinaire. “ Chaque jour le soldat voit invariablement sa gamelle se remplir de la même façon ; cette effrayante monotonie n’est interrompue que pour un repas sur dix ; on lui sert alors un mélange de mouton, haricots, pommes de terre ou macaronis ” VOIZARD médecin militaire - 1873. La fraction de la solde retenue versée à l’ordinaire ne suffit plus à l’achat quotidien des 250 g de viande par personne. Aussi, l’Etat décide par l’intermédiaire du Service des Subsistances, de 1873 à 1879, de la pourvoir et de porter la ration à 300 g. Ce mode de fourniture ne donne pas satisfaction. D’autres essais en 1879 et 1880 avec l’achat direct des corps dans le commerce au moyen d’une indemnité journalière représentative de viande, conclut à l’adoption de ce système - circulaire du 13 décembre 1880. Enfin, pour la première fois, le parlement dans son budget de 1905, ouvre un chapitre spécial pour l’alimentation de la troupe distinct de la solde pour mieux surveiller son emploi. La fourniture de pain est toujours gratuite. Le riz, les légumes secs, les conserves de légumes desséchés, les conserves de purée de légumes, le potage, le lard salé, la graisse de bœuf, sel, sucre, café, vin, bière, cidre, eau-de-vie... sont des denrées remboursables au Service des Subsistances. Les jours où sont distribuées gratuitement les conserves de viande, afin de renouveler les stocks de mobilisation, l’indemnité représentative de viande n’est pas allouée. Pendant les manœuvres, l’alimentation est réglée par des instructions particulières. En dehors des manœuvres, les troupes en marche se procurent le pain et la viande dans le commerce à l’aide d’une indemnité représentative versée à l’ordinaire. La composition des repas est variable d’un régiment à l’autre et même, dans les compagnies d’un même régiment. A l’exception du pain de munition : 750 g par homme/jour et de la viande fraîche : 320 g par homme/jour, les autres denrées : pâtes alimentaires, légumes secs ou frais, vin, etc…, sont perçues par les commandants d’unités, d’après le taux qu’ils fixent et dans la limite des allocations réglementaires - tarif de l’instruction du 18 octobre 1909. 38 P. EVENO Une amélioration matérielle des ordinaires est apportée. La gamelle individuelle de campagne est remplacée, à l’ordinaire, par les plats collectifs et les assiettes, une organisation des réfectoires avec bancs et tables, la mise en commun du pain et la substitution de professionnels aux cuisiniers de fortune. Enfin, un nouveau règlement des ordinaires est édité le 22 avril 1905. Des conseils de préparation sous le terme livret d’ordinaire, véritable livre de recettes l’accompagnent. Exemple : “ le rata rapide. A utiliser pendant les manœuvres : la marmite pour 10 hommes, à peu près remplie d’eau est mise sur le feu. Quand l’eau bout, on verse dans la marmite les pommes de terre et les carottes coupées en petits morceaux et le bouquet. Dans le couvercle de cette marmite ou d’une autre si l’on dispose de plusieurs marmites, on met d’abord le saindoux. On place ce couvercle sur le feu et on attend la température d’ébullition du saindoux. A ce moment, on jette dans le couvercle les oignons et le lard coupé en morceaux très petits. On laisse roussir en remuant fréquemment. Lorsque les pommes de terre sont cuites et que le roux est fait, on retire de la marmite l’excèdent d’eau et on met le sel et le poivre, on verse le roux dans la marmite et on laisse bouillir pendants cinq minutes. ” A essayer au camping à vos prochaines vacances, bon appétit ! L’insuffisance dans l’hygiène alimentaire, provoque la création en 1907, sur l’instigation de Henry CHERON Secrétaire d’Etat à la Guerre, une commission chargée de réviser l’alimentation des troupes. Les travaux de cette commission amène l’instruction ministérielle de 1909, sur les moyens à donner à l’alimentation dans les armées un caractère rationnel. En campagne, des modifications sont apportées. Tout d’abord à la fin des hostilités avec la Prusse, une décision ministérielle du 11 octobre 1871 refond le Service des Subsistances et officialise les pratiques pendant le dernier conflit, notamment, la substitution des denrées et les suppléments. La première instruction sur l’alimentation en temps de guerre paraît en 1883, modifiée par celle du 30 août 1885. En 1888, apparaît une instruction sur l’organisation et le fonctionnement des stations haltesrepas et sur l’alimentation pendant les transports stratégiques. Ces stations se divisent en trois catégories : - la première distribue des repas chauds, - la seconde des vivres froids, - la troisième est tenue par des buffetiers∗ en exécution de marché. Le repas chaud est composé d’une soupe et de viande froide de conserve. Elle est servie le jour, avec du pain. Pour la nuit, une ration d’eau-de-vie mélangée au café chaud est donnée. La soupe est à base de bouillon concentré dans laquelle est trempé le pain en tranches, à raison d’un kilo pour 10 hommes. Cette instruction préfigure le retour du service des étapes qui fait l’objet d’un règlement sur l’organisation et le fonctionnement des étapes le 20 novembre 1889. Les taux des rations sont redéfinis par la Décision du 19 mai 1890 en rations normales et rations fortes, augmentées de suppléments pouvant être alloués exceptionnellement suite à des efforts particuliers, soit en liquide, soit un tiers de la ration de pain ou un cinquième de celle de viande. Avec le décret du 12 mars 1890 sur le ravitaillement national, les textes de base sur l’alimentation des troupes en campagne sont posés. C’est cette organisation qui fonctionnera au déclenchement des hostilités en août 1914. ∗ Personne qui tient un buffet dans une gare. 39 P. EVENO Pour compenser la perte de l’Alsace-Lorraine et donner satisfaction au nationalisme mercantile, la France, en cette fin de siècle se lance dans une politique coloniale. Comment sont traitées les troupes qui participent à cette aventure ? Voici deux exemples à 10 ans d’intervalle. Au Tonkin en 1885, avec la création d’unités indigènes, le système des colonnes de pacification laisse la place à une dispersion des forces dans un réseau de petits postes qui complique le ravitaillement d’une troupe traditionnellement concentrée. Dans certains postes on fabrique le pain et on abat le bétail. Dans d’autres seul le pain est fabriqué et pour beaucoup il faut distribuer. Pour les tirailleurs tonkinois, en marche, l’alimentation se compose de 800 g de riz, 24 g de sel, exceptionnellement du biscuit et de 125 g de porc frais à titre de supplément. Pour les européens, le pain est distribué à raison de six rations de 750 g par semaine et d’une ration de biscuit de 550 g. La viande fraîche, 300 g la ration pour les six septièmes et une ration de conserve de viande de 200 g par semaine. Dans les colonnes un supplément de 80 g de sardine fraîche est fort apprécié. Les légumes secs et le riz, 60 g, la distribution est de trois jours de riz, deux jours de haricots, un de lentilles et un de pois. La solde permet d’ajouter à l’ordinaire de la volaille, des œufs et du poisson. La ration de vin est portée à 43 cl et le tafia est consommé à raison de 4 cl par ration, sans compter le sucre et le café. Pour les tirailleurs algériens et les spahis le tafia est remplacé par une demi-ration de sucre et de café. De plus chaque homme a droit à une ration journalière d’acidulage composée de : - 4 g de thé - 2,5 g de tafia - 10 g de sucre. L’officier ne touche ni sel, ni légumes, ni ration d’acidulage. Sa ration de vin est portée à 46 cl. Enfin pendant les mois d’été la troupe reçoit une ration journalière de quinquina de 4 g sous forme d’alcoolé. La soumission et l’annexion de Madagascar en 1895-1896 par un corps expéditionnaire qui souffre du climat et de la géographie accidentée, n’a pas mangé de la “ vache enragée ”. Le bœuf du pays est une précieuse ressource. Chaque bataillon est pourvu d’un troupeau de 50 têtes. La viande fraîche ne fait pas défaut aussi la viande de conserve est distribuée exceptionnellement. Grâce à des fours démontables le pain frais est fourni dans tous les gîtes d’étapes. Quant aux bataillons de tête ils ont recours au pain de guerre à la place du biscuit. Parmi les conserves et les légumes secs, la julienne de légumes est utilisée en complément de la ration qui risque d’être trop carnée. Comme boisson les hommes ont à leur disposition une infusion préparée avec 4 g de thé par jour. Mais l’eau n’est pas bouillie et souvent les hommes remplissent leurs bidons dans les marais. Une allocation de vin et de tafia est prévue à la ration, mais aucune distribution ne s’effectue pendant cinq mois. Et si l’état sanitaire des troupes est déplorable à la fin de la campagne ce n’est pas d’alcoolisme. 40 P. EVENO En Europe à la veille de la première guerre mondiale l’alimentation des troupes est assurée en campagne autour de trois types de rations : - en stationnement, la ration normale, - en opération, la ration forte, - obstacle au ravitaillement régulier, la ration de vivres de réserve. Le passage d’une ration de vivres à l’autre est prescrit par les généraux. La ration de réserve est consommée sans préparation ou son emploi n’exige qu’une préparation rapide : café et soupe. Sa composition a une grande valeur nutritive par rapport à son faible poids, puisqu’elle est portée par le soldat. L’instruction du 15 février 1909 précise que l’alimentation est assurée par les soins des commandants d’unité à l’aide d’allocations en nature et d’allocations en deniers. Les allocations en nature comprennent l’ensemble des denrées décrites en annexe. Elles sont distribuées à titre gratuit. Les allocations en deniers permettent aux commandants d’unité de compléter les allocations en nature par l’achat de produits récoltés ou fournis par le commerce local. Elle consiste en une prime journalière de 0,225 Fr. par homme qui alimente les fonds de l’ordinaire. La troupe en campagne reçoit donc journellement une partie fixe en composition et quotité : c’est la ration normale ou forte. L’autre variable, c’est le complément du commandant de l’unité, qui permet d’apporter à la nourriture des hommes la variété et assure une meilleure exploitation des ressources locales. Le 2 avril 1914 parait une instruction sur l’alimentation en campagne. Elle fait suite au règlement sur les services de l’arrière. Elle rassemble et détaille les mesures à prendre par le commandement et le service de l’Intendance pour assurer l’alimentation des troupes. 41 P. EVENO LE PAIN L’administration de la guerre adopte deux types de pain : le pain ordinaire et le pain biscuité et un type de pain condensé : le pain de guerre qui remplace le biscuit de troupe. LE PAIN ORDINAIRE LA COMPOSITION : Une panification normale qui laisse fermenter après pétrissage le mélange : levain, farine de blé dur bluté à 12% ou tendre bluté à 20%, eau et sel. Ce pain doit se conserver cinq jours en été et huit dans les autres saisons. LE POIDS : La ration est toujours de 750 g. Le rendement s’exprime en poids obtenu avec 100 kg de farine soit 139,5 kg de pain, ce qui donne 186 rations. Un pain de 1500 g représente deux rations, il a 41 à 44 cm de long. LA DISTRIBUTION ET LA RETENUE : Tous les quatre jours en station. La prestation est gratuite en temps de paix pour la troupe et les sous-officiers, en temps de guerre les officiers peuvent y prétendre. LE PAIN BISCUITE D’une conservation prolongée capable de supporter les transports sans inconvénient, il est destiné à la consommation des troupes en manœuvre et en campagne. Sa fabrication se fait sur ordre du ministre à l’occasion de manœuvres pour familiariser les boulangers militaires à leur matériel de campagne. LA COMPOSITION : Les farines sont les mêmes que pour le pain ordinaire. Il diffère par sa croûte épaisse et une mie plus compacte, sa teneur en eau est moindre. La cuisson au four est prolongée à une température plus basse. Sa conservation dans de bonnes conditions est de 18 à 20 jours. Passé ce délai, il se couvre de moisissures, aussi, il est recommandé de le mettre en consommation au bout de 12 jours. LE POIDS : La ration de 750 g en 1871 passe à 700 g en 1890. Le rendement est inférieur de 6 à 7 rations du pain ordinaire pour 100 kg de farine. LA DISTRIBUTION ET LA RETENUE sont identiques au pain ordinaire. 42 P. EVENO LE PAIN DE GUERRE C’est un pain condensé susceptible d’une longue conservation, remplaçant le biscuit à défaut de pain biscuité. Adopté en 1894, c’est un biscuit semblable à celui de la Marine. LA COMPOSITION : La pâte très ferme, préparée avec un simple mélange de farine de blé tendre bluté à 30% eau et sel. Après un repos, elle est comprimée, débarrassée de l’air qu’elle contient. Elle est laminée à une épaisseur convenable. Pour 1600 galettes il faut 55 kg de farine, 25 l d’eau à 40 ou 45°, 800 à 1300 g de levure fraîche. Les galettes après cuisson sont ressuées pendant 4 à 5 jours avant d’être mise en caisses étanches d’environ 44 à 48 kg. Le rendement pour 100 kg de farine est évalué à 96 kg de pain de guerre après ressuage. LE POIDS : Chaque galette a un poids de 50 g environ. Son aspect est de forme rectangulaire, de 70 mm de long, 65 mm de large, et 25 mm d’épaisseur; LA DISTRIBUTION : - 300 g pour la ration de vivres de réserve. - 600 g pour la ration forte ou normale. LA VIANDE LA VIANDE FRAICHE LA COMPOSITION : A base de viande de bœuf qui peut être substituée par du mouton, du porc frais, de la charcuterie, du poisson fumé, des œufs ou du fromage. LE POIDS : En campagne : de 300 g en 1871 à 320 g en 1905, décret du 22 avril, et de 400 g pour la ration normale à 500 g pour la ration forte en 1890. En temps de paix : de 250 g en 1871 à 300 g en 1873, puis à 320 g en 1905 pour la ration de garnison. LA DISTRIBUTION : Elle se pratique suivant la saison et le climat entre 12 h et 24 h après l’abattage. Les abats sont exclus des distributions. Le rendement moyen par tête est de 50 à 60% de son poids. LA RETENUE : Au titre de l’ordinaire, la ration est remboursable à 26 centimes la ration. En campagne la perception est gratuite, les officiers peuvent y prétendre. 43 P. EVENO LES CONSERVES DE VIANDES Avant 1900, l’administration militaire achète ses conserves à l’étranger : Australie et EtatsUnis d’Amérique. Or, des intoxications alimentaires sont constatées en février 1899 à cause d’une stérilisation insuffisante. Un laboratoire d’études et de contrôles des viandes de conserve est créé en 1901 pour la surveillance des opérations de préparation des conserves qui proviennent alors essentiellement de Madagascar. CONSERVE DE BOEUF BOUILLI : En boîte de fer-blanc étamé, la viande assaisonnée est accompagnée de bouillon gras concentré représentant le quart du poids de la viande conditionnée en 1 kg et 300 g. CONSERVE DE PORC ROTI : Cuite à point c’est le produit initial de la cuisson de la viande de porc parée et désossée. Le poids des boîtages est de 2 kg. LA SALAISON DE PORC : Traité en morceaux frottés au sel gris puis mis en cuves dans un bain de saumure pendant 25 à 60 jours suivant la température ambiante. Triés, brossés, mis en baril de 45 à 90 kg par couches successives, séparées par du sel blanc puis rempli de saumure et refermé. Dans toutes les opérations de salaison, une proportion de salpêtre (azotate de potasse) est ajoutée dans le but d’aviver la coloration de la viande. LES VIVRES DE CAMPAGNE Sous ce terme sont désignés les denrées et les liquides qui viennent s’ajouter aux vivres - pain et viande - pour constituer la ration complète de vivres distribuée aux troupes en campagne. Les officiers peuvent y prétendre. Elles comprennent : - Les petits vivres : riz, légumes secs, sel, sucre et café. - Les produits culinaires : potages condensés, lard. - Les liquides : vin et eau-de-vie. LE RIZ Exempt de brisures à la réception, il est conservé en sacs ou en caisses métalliques et doit pouvoir se conserver un an. En temps de paix la ration est fixée à 30 g à l’intérieur et 60 g en Afrique du Nord à titre remboursable par les ordinaires. En campagne la ration normale est de 60 g et la ration forte 100 g à partir de 1890. 44 P. EVENO LES LEGUMES SECS Constitués en général de haricots, ils sont stockés en sacs ou en caisses étanches. Ils sont admis dans les magasins après une épreuve de cuisson. La distribution remboursable est de 60 g et la ration forte de 100 g en 1890. Les rations de riz et de légumes secs peuvent être remplacées par : - 750 g de pommes de terre. - 1000 g de navets, carottes ou choux. - 600 g de choucroute. - 120 g de conserve de légumes ; - 100 g de pâtes. - 70 g de fromage. LE SEL Il ne doit pas contenir plus de 8% d’eau. Stocké en baril il est employé dans les manutentions militaires pour les salaisons et distribué aux troupes à raison de 16 g par ration en 1871 et de 20 g en 1909. LE SUCRE Raffiné en pain ou en sucre cristallisé, il doit titrer moins de 2% d’humidité. La distribution en temps de paix est à titre remboursable. En campagne la ration normale est de 21 g, 32 g pour la ration forte et 80 g pour la ration de réserve. Pendant la campagne de Chine en 1900 la ration est portée à 40 g. LE CAFE Acheté vert, il est torréfié dans les manutentions militaires et distribué en grains ou moulu. Comme le sucre, il est distribué en temps de paix à titre remboursable. En campagne la ration est de 16 g en 1871, 24 g en 1909. Il peut être remplacé par 5 g de thé. Pendant la campagne de Chine en 1900 la ration de thé est de 10 g. LE CAFE EN TABLETTES Il est préparé à l’usine alimentaire de Billancourt. Torréfié, moulu et compressé, on obtient des tablettes de 32 g représentant 2 rations normales. Enveloppées d’une feuille de papier doublé d’étain, elles se stockent par mille, en caisses. Son emploi est identique au café torréfié en grains. Sa durée de conservation est de quatre ans maximum. 45 P. EVENO LE POTAGE CONDENSE Il est destiné à la préparation rapide d’une soupe les jours où la conserve de viande est mise en consommation. Un essai en 1888, “ la saucisse BOISSONET ” contenant 60 % de chair et 40 % de matières grasses. Présentée en boite de fer-blanc de 250 g, elle représente 10 rations. Elle ne satisfait personne. En 1892, il est adopté “ le potage aux haricots GUIBOURGE ” puis en 1898 le potage national “ PERONNE ”. Enfin en 1899 un nouveau produit, le potage aux haricots dit conserve de purée de légumes est adoptée. Il se compose pour 1 kilo de produit : - De 540 g de farine de haricots, de 240 g de matières grasses et de 150 g de viande de porc accompagné de 70 g d’assaisonnement. Le mélange après malaxage est placé dans des boites en fer de 200 g puis stérilisé à 115°. L’inconvénient est sa répartition de 40 g par personne. En 1909 un nouveau potage en tablettes de 50 g, nouveaux taux de la ration, le remplace. Empaqueté dans une feuille d’étain paraffiné, sa composition est pour 100 g de produit : - 72,6 g de farine de haricots, 19 g de saindoux, 8,4 d’oignons, sel, poivre, girofle. Le malaxage est pratiqué à chaud pour obtenir la déshydratation puis comprimé. LES LIQUIDES En campagne leurs distributions sont faites à tout homme bivouaqué ou à titre exceptionnel. LE VIN Il doit être “ franc de goût ” exempt d’altération et de falsification, susceptible de se conserver pendant un an au moins. Il doit être entre 9° et 13° d’alcool. La ration est de 25 cl, pendant la campagne de Chine de 1900 la ration est portée à 50 cl. La substitution de la bière de malt ou du cidre peut être autorisée à raison de 50 cl la ration. Les vins d’Algérie sont admis au même titre que les vins de France dans les fournitures achetées par l’administration militaire - notification ministérielle du 20 octobre 1906. L’ALCOOL ET L’EAU-DE-VIE Distillation de jus sucrés ayant éprouvé la fermentation spiritueuse. On distingue l’alcool de vin, de marc de raisin, de betterave, de pomme de terre ou de graines de céréales, titré à 95°. Avant la mise en consommation cet alcool est transformé en eau-de-vie à 47° par addition d’eau distillée ou d’eau de pluie et de mélanges aromatiques ; le stockage se fait en futaille de chêne. La ration est de 6,25 cl et de 3,125 cl pour la ration hygiénique. En temps de paix les troupes reçoivent du vin, de la bière ou du cidre à titre exceptionnel pendant les grandes manœuvres, à l’occasion des inspections générales, le jour de la fête nationale et par mesure hygiénique pendant la saison des fortes chaleurs ou pendant une épidémie. La fourniture en nature est souvent remplacée par une indemnité avec laquelle les unités achètent elles-mêmes les liquides. Les allocations d’eau-de-vie ne sont attribuées qu’en temps de guerre - décision ministérielle du 5 mai 1901. LE TABAC Le tabac est fourni à titre onéreux aux officiers et à la troupe. La ration journalière est fixée à : - 20 g de tabac caporal pour les officiers, - 15 g de tabac de cantine pour la troupe. 46 P. EVENO COMPOSITION DE LA RATION - décision du 11 octobre 1871. VIVRE Pain ordinaire 750 g Pain de soupe 250 g ou Pain biscuité de repas 750 g de soupe 250 g ou Biscuit pour le repas 550 g pour la soupe 185 g VIVRE DE CAMPAGNE Riz 30 g Riz en Algérie 60 g Légumes secs 60 g sel 16 g sucre 21 g café torréfié 16 g LIQUIDES Vin 25 cl ou Bière 50 cl ou Cidre 50 cl Viande fraîche 300 g ou Conserve de viande avec gelée 200 g sans gelée 150 g ou Bœuf salé 300 g ou Lard salé 240 g Eau-de-vie ration exceptionnelle 6,25 cl ration hygiénique 3,125 cl TARIF annexé à l’instruction du 18 octobre 1909 pour le temps de paix et les manœuvres 675 g Pain ordinaire ou de biscuité de repas 250 g Pain de soupe 550 g Pain de guerre, de repas 250 g Pain de guerre, de soupe 60 g Légumes secs 30 g Riz 30 g Conserves de légumes desséchés 40 g Conserves de purée de légumes 50 g Potage salé 30 g Lard ou graisse de saindoux 40g Graisse de bœuf 25 cl Vin 320 g Viande fraîche 200 g conserve de viande 240 g Porc salé 16 g Sel 21 g Sucre 16 g Café torréfié en grains ou tablettes 19 g Café vert DECISION du 19 MAI 1890 SUR LES RATIONS DE CAMPAGNE DENREES Pain ou Pain biscuité ou Biscuit RATION FORTE 750 g 700 g 600 g (3 galettes) RATION NORMALE 750 g 700 g 600 g Viande fraîche ou Lard salé ou conserve de viande 500 g 300 g 250 g 400 g 240 g 200 g Légumes secs ou Pommes de terre 100 g 750 g 60 g 450 g Saindoux ou graisse de bœuf ou potage condensé (si consommation de conserve de viande) 30 g 40 g 25 g 30 g 40 g 25 g Sel Sucre Café torréfié 16 g 21 g 16 g 16 g 21 g 16 g Liquides (accordé de droit à tout homme bivouaqué) Vin ou Bière ou Cidre Eau-de-vie 25 cl 50 cl 6,25 cl Auquel s’ajoute les achats de l’ordinaire : le pain de soupe, les condiments et les légumes verts. 47 P. EVENO ALLOCATIONS EN NATURE - TAUX DES RATIONS AOUT 1914 VIVRES DE RESERVE Pain ordinaire ou Pain biscuité ou Pain de guerre (1 galette = 50 g) PAIN PETITS VIVRES 300 g Légumes secs ou riz Sel Sucre Café tablettes grains LARD si distribution viande fraîche POTAGE SALE si distribution conserves de viande 80 g 36 g 50 g ou BIERE EAU-DE-VIE 750 g 700 g 750 g 700 g 500 g 300 g 400 g 200 g 100 g 20 g 32 g 60 g 20 g 21 g 24 g 24 g 30 g 30 g 50 g 50 g 25 cl 25 cl 50 cl 6,25 cl 50 cl 6,25 cl 6,25 cl EAU-DE-VIE VIN RATION NORMALE 300 g Fraîche ou Conserve VIANDE RATION FORTE Bivouac ou à titre exceptionnel d° d° EVOLUTION DES TARIFS DES RATIONS PAR GRADE SUR LE PIED DE GUERRE Maréchal de France Généraux Colonel Chef de bat. ou d’esc. Capitaine Lieutenant Sous-officier Caporal Soldat 1818 - 1823 24 16 à 6 3 2 1,5 à 2 1,5 à 2 1840 24 16 à 6 3 2 2 2 1914 16 à 6 3 3 2 1 à 1,5 1936 6à3 2 2 2 2 1 1 1 1 48 P. EVENO TAUX DES RATIONS PRINCIPALES EN 1914 CHEZ LES BELLIGERANTS Ration normale en g ; Pain Viande fraîche Légumes secs Riz FRANCE BELGIQUE ALLEMAGNE 750 750 750 400 450 375 60 250 60 30 125 AUTRICHE 700 400 100 140 RUSSIE 1025 410 17 136 ITALIE 800 500 250 ANGLETERRE 567 567 56 56 150 226 (gruaux) Pommes de terre 750 1000 1500 1000 (macaroni) Sucre Café Vin 21 16 25 cl 45 15 Sel Eau-de-vie 16 6,25 cl 25 17 25 1 l. par semaine 25 10 cl par semaine 49 25 25 20 cl 13 22 15 15 cl 84 17,5 (thé) 30 9 cl 27 50 14 7 cl P. EVENO LA PREMIERE GUERRE MONDIALE 1914 - 1918 “ Salut, pinard de l’intendance, Qu’a goût de trop peu ou goût de rien,... ” Chanson de Max Leclerc, 1915. Eté 1914 une tempête d’acier balaie l’Europe pour quatre ans. Ce 4 août, ni les chefs ni la troupe n’ont l’expérience du feu qui tue. Même JOFFRE n’a brûlé que quelques cartouches dans la guerre du Soudan. Les états-majors sont peuplés de théoriciens, logisticiens et autres stratèges. Mais au niveau du “ pousse caillou ”, le caporal d’escouade est toujours responsable de la cuisine de ses camarades comme lors de la dernière guerre de 1870. Dès le début du conflit, tous les vivres sont alloués en nature à titre gratuit. Les ordinaires continuent à faire recette de la prime d’alimentation. Chaque sous-officier ou soldat a droit à une ration. Quant aux officiers leurs nombres varient selon le grade de 1,5 pour le souslieutenant à 16 pour un général commandant un groupe d’armées. Les généraux peuvent modifier les taux des suppléments et de la ration forte. Le commandement en use largement : la ration forte est accordée d’une manière permanente même à l’arrière et dans certaines armées la ration de viande passe à 1 kg. Sur le terrain, les conditions de préparation des repas du matin et du soir sont différentes. Le soir au cantonnement ou au bivouac, la totalité des denrées est préparée. Une grande partie est consommée. Le reste de la viande est partagé et emporté dans les gamelles individuelles pour être mangée froide le lendemain matin avec le café. “ En arrivant au cantonnement aussi fourbu que les copains, il me faut encore chaque jour, tandis que les autres se reposent toucher les vivres, faire des tas absolument égaux de fayots, de sucre, de café, de riz pour les escouades, distribuer la viande, servir le pinard. Ah ! Quel filon, l’ordinaire ” GALTIER-BOISSIERE caporal d’ordinaire au 31ème R.I. Rapidement la situation se dégrade, le 24 août en pleine retraite : “ Dans un champ à la lueur d’un quinquet, on distribue du riz, des fayots, des quartiers de viande fraîche, des boites de singe, du pinard. Il y a du rab les rationnaires étant réduits de moitié... ”GALTIERBOISSIERE. Le 2 septembre : “ Nous marchons toute la journée, pas de grande halte pour faire la soupe. Affamés, nous déterrons dans les champs sur le bord de la route, des carottes et pommes de terre que nous croquons crues, avec du pain rassis ” GALTIER-BOISSIERE. “ Défense formelle de toucher à quoi que ce soit, disent les gendarmes. Pour ceux qui désobéissent et l’on prend sur le fait, exécution immédiate ”. Le 6 septembre à la bataille de la Marne, une contre-attaque française au nord de Meaux qui bloque l’avancée allemande “ L’ordinaire continue à fournir des haricots secs, du riz et de la viande fraîche, mais comme il est interdit d’allumer du feu, on vide les sacs au pied des arbres, sans même les distribuer ” GAULTIER-BOISSIERE. 50 P. EVENO Au soir du 13 septembre “ Les feux de bivouac s’allument à la lisière d’un bois de pins. Pour nous qui grelottons depuis une semaine sous la pluie, quelle joie de s’asseoir en rond autour d’un bon feu qui pétille ! Les cuistots préparent le fameux potage “ cadence ”. On grille des biftecks à la pointe des baïonnettes. C’est la première fois depuis huit jours que nous mangeons du chaud : quelle fête ! GALTIER-BOISSIERE. Suite à certains abus et gaspillages, alors que la guerre se prolonge et s’enterre, les denrées se raréfient. Sous l’influence de ces facteurs s’ouvre l’ère des restrictions : - Le taux des rations pour les officiers est révisé entre 2 et 6 au lieu de 1,5 à 16. - La ration de viande est diminuée de 50 g. - Le pain biscuité est réduit de 100 g. Ces deux diminutions sont compensées par l’octroi d’une indemnité versée à l’ordinaire. - restriction des droits du commandement : seul le commandant en chef peut modifier les taux et ne peut en aucun cas allouer plus de 500 g de viande. - Enfin le taux d’extraction des farines employées pour la fabrication du pain ordinaire, biscuité ou du pain de guerre est fixé à 80% (circulaire du 5 juin 1916). Dès octobre 1914 sous le générique “ suppléments extraordinaires ” commencent à être distribuées aux troupes comme denrées remboursables par les ordinaires des conserves de sardines, de thon, de la confiture, du gruyère... De nouvelles denrées viennent s’ajouter aux rations réglementaires : - Le vin, les pommes de terre, l’huile, le vinaigre, le chocolat et le saucisson, à partir du 26 octobre. - Les pâtes alimentaires, à partir du 29. - Enfin le 25 novembre le thé. Des Africains, des Malgaches, des Indochinois, des Hindous... tout l’empire colonial participe au combat comme soldats ou comme ouvriers dans la grande métropole. Afin de respecter leurs traditions religieuses et alimentaires, la ration est adaptée : - Le riz est consommé en plus grande quantité, - Le vin est remplacé par le thé ou la menthe, - La graisse attribuée est végétale, - La viande de porc est exclue pour les musulmans, - La noix de Kola est distribuée aux africains. Le passage d’une ration normale à une ration forte et leurs distributions sont identiques à celles des européens. Elles sont aussi délivrées à titre gratuit. Les vivres de réserve sont les mêmes que pour les européens, sauf pour l’eau-de-vie qui est remplacée par un supplément de sucre de 16 g et de café de 6 g. Pour assurer ces approvisionnements spécifiques il est organisé des magasins de vivres des troupes coloniales à Marseille et Bordeaux (Instruction du 30 décembre 1916). 51 P. EVENO La révolution culinaire arrive, au niveau compagnie, avec un nouvel outil en 1915, trop peu nombreux au début du conflit : la cuisine roulante. Fini le transport des marmites, les seaux de toile, le moulin à café... ces matériels de campement deviennent superflus puisque transportés par la roulante. “ Sa ressemblance avec les machines qui portent le bitume l’a fait surnommer ici “ bitumeuse ” ou “ goudronneuse ” d’après le bruit qu’elle produit ; elle est dite ailleurs “ batteuse ” ou “ bousine ” ; elle a évoqué par la façon dont elle est montée, le chemin de fer à voie étroite, le canon voir le sous-marin : d’où “ tortillard ” “ quatre-cent-vingt ” “ le lance bombes ” “ canon à rata ” “ la mitrailleuse à haricots ”, torpilleur, sous-marin ou “ submersible à roulettes ” ; elle est aussi “ la nourrice ” et vue sous une apparence péjorative, “ la machine à couper l’appétit ” “ la marie salope ” “ la gueuse ” ou par ellipse du terme officiel tout simplement la roulante ” DAUZAT, 1919. L’arrivée de la roulante offre des plats plus élaborés ou plus détestables. La soupe, plat principal “ mêlant la viande “ la barbaque ” à des pâtes ou du riz formant un magma caoutchouteux ou bien à des fayots plus ou moins cuits ou à des patates plus ou moins bien épluchées, en un brouet liquide ce qui justifiait son nom, bien qu’il fût revêtu d’une couche de graisse figée... ” “ C’était encore parfois du fromage ou du singe, que les cuisiniers diligents accommodaient assez bien en salade. Je me souviens personnellement d’avoir “ touché ”, pendant je ne sais combien de jours de suite à Pâques 1916, une morue trop peu dessalée ”MEYER. Au printemps 1916 un essai de distribution de poissons salés (morue et harengs) a lieu. Mal accueillie par la troupe, elle est abandonnée suite aux difficultés rencontrées pour procéder au dessalement et à la préparation de cet aliment. Par contre les conserves de sardines et de thon à l’huile sont très appréciées. Mais leur prix de revient élevé ne permet pas une distribution régulière. A partir de 1917 des conserves de saumon sont achetées aux Etats-Unis en quantités importantes. Ce produit se consomme sans préparation et rend de grands services au cours des opérations actives de 1918. La soupe s’accompagne du pinard. Le vin de l’ordinaire un peu trop mouillé par les cuistots. De ration exceptionnelle elle devient rapidement permanente et passe du quart de litre en août 1914 un demi-litre en 1916, auquel s’ajoutera en 1918 un quart facultatif sur l’initiative des ordinaires. Sa distribution est attendue malgré qu’il soit mouillé et bromuré. “ Salut, Pinard de l’Intendance, Qu’a goût de trop peu ou goût de rien, Sauf les jours où t’aurais tendance A puer le phénol ou bien le purin... Mais qu’y faire ? La soif démange. Salut Pinard ! Salut Pinard, pur jus des treilles, Dont un permissionnaire parfois Nous rapporte une ou deux bouteilles. C’est tout le pays qui vit en toi. Dès qu’on a bu les premières gouttes Chacun retrouve en soi son patelin ... Et l’on s’sent chaud sous les paupières. Salut, Pinard ” Chanson de Max LECLERC, 1915. 52 P. EVENO Les caporaux d’ordinaires s’entendent à resquiller avec des bidons dilatés par des tirs à blanc. Le vin tient une grande place dans le quotidien du poilu. “ Le pinard c’est de la vinasse, Ca réchauffe par oùsque ça passe, vas-y, pinard, emplis mon quart Vive le pinard, vive le pinard ” chanson de Louis BOUSQUET Des débits de boisson se multiplient à l’arrière. Les prix flambent. “ I’ s’démerde l’habitant, ah oui ! I’faut bien qu’i y en ait qui fassent fortune. Tout le monde ne peut pas se faire tuer ” BARBUSSE. Pour contrer cette attitude l’autorité militaire met en place en janvier 1915 des wagons puis des camions bazars tenus par de commerçants. Conjointement apparaissent des coopératives destinées à fournir aux troupes dans des conditions avantageuses de l’épicerie, de la bimbeloterie, des articles de fumeurs, du tabac de luxe... La faim, la soif, le manque de sommeil, la peur hante les tranchées. Les rats, les poux, la boue sont le quotidien de ces fantômes de misère. La boue, la bouillasse, la mélasse, la gadoue : “ La boue qui gliss’, la boue qui coule, La boue qui grimp’, la boue qui coule, Qui tomb’ d’en haut, qui r’mont’ d’en bas, La boue à pleins bords, où qu’on rentre Jusqu’aux genoux, souvent jusqu’au ventre... A vous agrippe, a vous accroche... On en a jusque dans ses poches... On en mang’ jusque sûs son pain !... ” Marc LECLERC. Entre les premières lignes et le “ ravin des cuisines ” il y a un “ billard marmité ” ou les hommes de corvées d’ordinaire risquent gros : “ Dans la tranchée, un mouvement se fait. Une file d’êtres fangeux et suant apparaît sous des sacs énormes ou des marmites. On est crevé. On n’en peut plus. Pas de café, on l’a chaviré en route. Et Martin est tombé dans un trou plein d’eau, avec le sac de boules. ” “ Ils ne protestent pas, ils savent que tout est misère dans ce monde de misère. Ils remplissent leurs gamelles et mangent silencieusement leur ratatouille froide, bœuf bouilli, pommes de terre vinaigrées- en se penchant dessus pour la préserver de l’eau et de la terre ; mais ils ont les mains glaiseuses et le pain qu’ils ont touché crie sous leurs dents ” TUFFRAU. Et puis il y a la relève et le cantonnement de repos : “ On crie, on boit, on chante on tape sur les tables avec les bouteilles ; c’est un infernal charivari ! Les bonshommes oublient leurs misères passées dans le vin, la fumée et le bruit. On a bien mangé, bien bu, on est sûr de bien dormir tout à l’heure. Chacun jouit délicieusement de la minute présente. Lorsqu’on se retrouve entre soi après de cruelles angoisses... ” GALTIER-BOISSIERE. 53 P. EVENO Si le pinard et la gnole sont devenus des vivres réglementaires, les conserves aussi sont rentrées en force dans l’alimentation de la troupe. L’approvisionnement en viande fraîche ou congelée ne suffit plus. Il est même impossible parfois de ravitailler la troupe. C’est pourquoi une fabrication intensive de conserves de viande et de plats cuisinés est développée : CONSERVE AU RIZ : Dès les premières semaines de mobilisation, la production est lancée dans dix-sept usines autour de Paris. La viande crue, désossée et parée, mélangée à du riz et une petite quantité d’agar-agar destiné à gélatiniser le jus non absorbé par le riz. La boîte est sertie et stérilisée à 117°. Cette production spéciale de 80 000 quintaux est remplacée, en février 1915, par celle de bœuf assaisonné. CONSERVE DE BOEUF ASSAISONNE : Sa fabrication fait l’objet de cahiers des charges les 17 août 1909 et 5 juillet 1913. D’abord fabriqué par des usines en France, la production diminue afin de ménager le cheptel national. Il est fait appel à Madagascar en 1915 et 1916 à l’Argentine. Pour donner une saveur plus agréable à cette conserve on incorpore à la fabrication 15 g de carottes par ration de 300 g. CORNED BEEF : Des achats sont réalisés aux Etats-Unis, mais peu importants, la qualité de cette conserve est peu élevée. Moins nourrissante que le boeuf assaisonné cette conserve est vite abandonnée. CONSERVE DE BOEUF ET LEGUMES : En août 1916, le commandant en chef demande de mettre à la disposition des troupes occupant les tranchées, une conserve de viande aux légumes pouvant se manger chaude ou froide. Des démarches entreprises auprès du War - Office permet la cession de conserve du type adopté pour l’alimentation des troupes britanniques : soit 200 g de viande et 400 g de légumes par boîte. Un marché en France est passé. Il est exclusivement réservé à l’armée d’Orient. CONSERVE DE PORC ROTI : Fabriqué en quantité limitée en France et à Madagascar. Cette conserve est appréciée par la troupe, malheureusement d’un prix de revient très élevé, elle n’est distribuée qu’exceptionnellement. Dans un porc de 100 kg vif, il n’est fabriqué que 75 boites de 300 g. Le porc rôti est un véritable confit à consommer froid. LES PLATS CUISINÉS : Pour varier les menus, il est proposé aux ordinaires et aux coopératives des plats cuisinés fabriqués en France par des usines en gestion directe : bœuf à la mode, cassoulet, choucroute garnie, saucisses à la tomate, tripes à la mode de Caen... 60 ans plus tard, le plat cuisiné en barquette individuelle est la denrée principale de la ration de combat. LE POTAGE SALE : Au début de la guerre la production du potage 1909 en tablettes est insuffisant. Il est fabriqué du “ potage Percy ” (graisse, farine de blé, pain, assaisonnement). Il n’est pas apprécié par la troupe. Du potage au tapioca ou au soja est aussi consommé mais en petite quantité vu le prix de revient trop élevé. 54 P. EVENO Dans la deuxième année de guerre les usines Kub, quai de la Loire à Paris, réquisitionnées fabriquent par gestion directe le potage suivant le cahier des charges de 1909. Seul l’emballage est changé par du papier sulfurisé. Il ne faudrait pas oublier le “ perlot ”, “ le gros cul ”, le caporal ordinaire est distribué en cubes enveloppés de papier gris. Avant le conflit tous les 10 jours 100 g de tabac de cantine sont distribués moyennant la somme de 15 centimes. En campagne le tabac est fourni à titre gratuit, puis rapidement il est substitué par une indemnité représentative allouée à tous, fumeurs et non fumeurs, avec laquelle les accrocs de la nicotine peuvent satisfaire leur penchant. Le tabac rentre dans les vivres réglementaires. La misère et le courage du poilu sont difficiles à rassembler en quelques témoignages sur le thème de l’alimentation pour décrire l’intensité du carnage. Le prix qu’il pense payer pour la der des ders ! “ On aura connu la misère. Des abris, sans jour et sans air : Ces cav’ noèr’, ces y oû qu’ la paill’ pourrie Avait ein’ sente d’bargerie, Yoù qu’on n’tait enfouis sans voèr clair, Les jours que l’Boch’ lançait trop d’bombes : C’est vantié comm’si, en sa tombe, On éait enterrés vivants ! ” Marc LECLERC. 55 P. EVENO TABLEAU COMPARATIF DES RATIONS DE VIVRES EN 1914 ET 1918 DENREES RATION NORMALE 1914 1918 RATION FORTE 1914 1918 RATION DE RESERVE 1914 1918 PAIN BISCUITE DE GUERRE 700 600 700 600 700 600 700 600 300 450 FRAICHE DE CONSERVE 400 200 400 300 500 300 450 300 300 300 60 20 21 60 20 32 100 20 32 100 20 48 80 80 16 24 24 36 36 - 36 - LARD (distribution de la viande fraîche) ou POTAGE SALE (distribution de la viande de conserve) 30 30 30 30 - - 50 50 50 50 50 50 CHOCOLAT - - - - - 125 VIN ou BIERE ou CIDRE 25 cl 50 cl 50 cl 1 l. 25 cl 50 cl 50 cl 1 l. - - EAU-DE-VIE 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl VIANDE VIVRES DE CAMPAGNE PETITS VIVRES LEGUMES SECS OU RIZ SEL SUCRE CAFE TORREFIE en tablettes en tablettes ou en grains LES SUPPLEMENTS A LA RATION NORMALE Suivant les circulaires des 4 février, 21 avril et 21 juin 1916. Ils sont accordés par le Général Commandant en Chef. L’ordre précise les corps, fractions de corps, détachements ou services qui bénéficient de ce supplément. La ration de viande ne peut dans tous les cas être supérieure à 500 g. Les suppléments peuvent être accordés à une seule denrée ou à plusieurs dans l’un ou l’autre taux. Désignation des denrées 1er Taux en grammes 25 6 4 5 20 Viande Fraîche Sucre Café Tabac légumes sec ou riz 56 2ème Taux en grammes 50 11 8 40 P. EVENO LA RATION DE VIVRES DE RESERVE La ration de vivres de réserve, un jour porté par le soldat et un jour dans les voitures du train de combat, a montré dès le début des combats son utilité. En 1914 la ration de réserve comporte du pain de guerre, le potage condensé, une conserve de viande, du café et une forte proportion de sucre en raison de sa valeur énergétique et de l’eau-de-vie. Dans un souci d’alléger le combattant la ration de pain de guerre n’est que de 300 g, à la fin du conflit elle atteint 450 g auquel il faut ajouter 125 g de chocolat. Ces vivres sont augmentés de compléments ou suppléments appelés suivant les armées : vivres légers, vivres d’assaut ou vivres d’attaque (fromage, charcuterie ou conserve de poisson). La conservation de ces vivres sur l’homme n’est pas satisfaisante. Certaines denrées qui la composent sont fragiles. Le pain de guerre, le chocolat et le café en tablettes risquent de se briser, le sucre de se répandre. D’autre part certains ont tendance à consommer ces vivres trop rapidement afin de s’alléger. Des sachets en toile pour le sucre et le pain de guerre apparaissent, mais sont insuffisants en particulier contre l’humidité et les rongeurs. Aussi à la fin de la guerre il est adopté une boite métallique susceptible de contenir une ration de vivres de réserve à l’exception de la conserve. Dans les années 20 certains veulent aller plus loin dans la création d’un boîtage métallique soudé contenant toute la ration de réserve et pouvant s’ouvrir avec une clef. Son contenu serait ainsi à l’abri des détériorations et des consommations abusives. Cette conception reste à l’état de projet. Il faudra attendre la Deuxième Guerre Mondiale pour voir apparaître ce concept avec l’Armée Américaine puis dans l’Armée Française avec la ration type 46. 57 P. EVENO TAUX DES RATIONS DES MILITAIRES INDIGENES DES TROUPES COLONIALES Circulaire du 30 décembre 1916 DENREES MALGACHES HINDOUS SENEGALAIS INDOCHINOIS RIZ PAIN forte 500 350 normale 400 350 forte 400 400 normale 400 400 forte 500 250 normale 400 250 VIANDE 400 350 400 350 350 300 400 350 LARD où GRAISSE VEGETALE HUILE D’ARACHIDE ou PALME 30 30 30 30 30 30 50 45 40 300 32 16 50 375 32 24 40 300 21 16 50 375 32 24 3 40 300 21 16 3 5 20 5 20 20 20 15 15 25 8 50 16 6 5 12 LEGUMES SECS ou POMMES DE TERRE SUCRE CAFE THE THE ANNAMITE SEL TABAC TABAC ANNAMITE 32 24 21 16 50 375 42 24 20 20 20 20 15 15 15 15 KOLA EN REMPLACEMENT DU VIN THE VERT FEUILLES DE MENTHE SUCRE CAFE SUPPLEMENTS EXTRAORDINAIRES VIANDE SUCRE LEGUMES SECS ou POMMES DE TERRE THE THE ANNAMITE CAFE TABAC TABAC ANNAMITE KOLA 3 4 21 3 4 21 25 8 40 300 2 15 15 21 16 21 12 25 8 25 21 SOMALIS ET ORIGINAIRES DU PACIFIQUE forte normale 150 150 600 600 3 6 3 5 5 6 5 10 SAUCE NOC-MANN ou SOJA ( UNE FOIS PAR SEMAINE ) 5 LAIT CONDENSE POUR LES SOMALIS une boîte de 350 g pour 4 hommes 58 P. EVENO L’ARGOT ALIMENTAIRE DU POILU Antidérapant : Vin, Barbaque : Viande fraîche, Becqueter : Action de manger, Bidoche : Viande, Biture : Saoulerie, Blindé : Ivre, Bombe, Bordée : Fête, Saoulerie, Boudin cavaleur : Ballon captif Boule : Pain de soldat, Brichton : Pain, Brindezingue : Homme ivre, Casse-pattes : Eau-de-vie, Colle : Riz cuit, Court tout seul : Fromage, Criq : Eau-de-vie, Croûte (la) : le manger, les aliments, Cuistance : cuisine, Cuistancier, Cuistot : Cuisinier, Cure-dents, fourchette : Baïonnette, Distribution : Obus de 75 français, Eau pour les yeux : Eau-de-vie de marc, Electrique : Vin, Fièvre de Bercy : Ivresse, Frigo : Viande congelée, Fromgi, Fromton : Fromage, Galletouse : Gamelle du soldat, Gaufre : Figure, Gelé (être) : Etre ivre, Gros Q : Tabac de soldat, Intendance : Obus de 210 allemand Jus : Café, Juteuse : Pipe, Les Légumes : les Chefs, Lichées : Rasades de vin ou d’eau-de-vie, Louchébeur : Boucher, marchand de viande, Marmites : Femmes de mauvaise vie, gros obus allemands, Mettre la ceinture : se passer de manger, Moulin à café : Mitrailleuse, Muffée : Saoulerie, Noir (être) : être ivre, Nouba : Fête, Noce, Saoulerie, Nougat : Fusil, Oeufs brouillés : Hommes ou Femmes en désaccord, Pastis : Empêtré, Perco : Appareil à faire le café, Perlot : Tabac fin, Picmuche : Vin, Pinard : Vin, Premier jus : Soldat de 1ère classe, Pruneau : Balle de fusil, Quart : Gobelet de soldat, Quart de brie : Nez, Rab : Excédent à répartir, à distribuer, Raisiné : Sang, Ravitaillement : Obus de 210 allemand, Rétamé, Retourné : Homme ivre, Ribouldingue : Fête, Noce, Roule-par-terre : Eau-de-vie, Sèche, Sibiche : Cigarette, Singe : Viande en conserve, Tambouille : Cuisine, Tartines : Chaussures, Bouffer des briques, becqueter des clarinettes : se passer de manger, Bouloting House : Restaurant, Bousculer le moulin à rata : faire du bruit en bousculant tout sur son passage, Crème de menthe : celui qui donne du courage à ses voisins de tranchées ou d’assaut, Distribe : répartition des aliments, tabac, vêtements, Etre dans les pommes : être fichu, malade ou blessé, Faire saigner la pastèque : frapper à la figure, L’avoir sec : avoir soif, être contrarié, Mettre la viande dans le torchon : se mettre au lit, Regarder défiler les dragons : se passer de manger, S’attacher la gamelle : se sauver, Secouer la poêle à marrons : corriger, battre quelqu’un, Se les caler : bien manger. 59 P. EVENO UNE APPROCHE DIETETIQUE 1919 - 1940 “ Une bonne digestion commence à la cuisine ” BRILLAT- SAVARIN L’ensemble des textes édictés avant 1914 pour l’alimentation des troupes est maintenu. L’instruction de 1909 sur les moyens de donner à l’alimentation dans les armées un caractère rationnel n’est modifiée qu’en 1930. Elle révise et met en harmonie avec les progrès réalisés en physiologie et chimie, notamment pour tenir compte de la notion de vitamine. Insérée au bulletin officiel volume 7, il commence ainsi : “ l’alimentation pour maintenir l’homme en bon état de santé et de vigueur doit satisfaire à trois conditions fondamentales : elle doit être saine, agréable au goût, rationnelle ”. Tout un programme ! Saine : la qualité des aliments est contrôlée par le service des Subsistances ou les commissions d’ordinaires aidés de notices techniques éditées par l’Inspection Générale des Subsistances. Agréable au goût : nous touchons à la gastronomie. La variété des aliments, leur association et leur préparation doit plaire pour être bien digérés. Le principe retenu dans l’instruction du 6 novembre 1930 : “ Veiller à la bonne préparation culinaire des aliments servis à la troupe n’est pas faire oeuvre de luxe ou de pur agrément, c’est faire oeuvre, au point de vue hygiénique, de haute utilité et de nécessité. ” Pour appliquer ce principe il est adopté l’édition d’un livre de cuisine et la spécialisation des cuisiniers. - Le livre de cuisine de 1908 est à rapprocher du manuel du cuisinier en campagne de J. LARIBE D’ARVAL adopté par les Armées et autorisé par décision du 23 février 1940, en 1962 on en est à la neuvième édition. Il donne des recettes pour 100 hommes. - La spécialisation des cuisiniers : il en est fait mention dans le recrutement sur la gestion des ordinaires - art. 12 du décret du 6 novembre 1930 et l’instruction du 6 novembre 1930 sur l’emploi des cuisiniers civils dans les corps de troupe. Il faut attendre 1936 un décret du 29 mai pour voir enfin la création d’un personnel spécialiste de cuisiniers militaires. Les brevets sont délivrés à l’issue d’un enseignement théorique et pratique consacré par un examen dans des cours de cuisines régionaux. Rationnelle : d’après l’instruction de 1930, la ration journalière doit fournir entre 3000 et 3400 calories. Ce qui représente l’effort d’une marche de 30 kilomètres en terrain plat sans charge. Des suppléments, pour le travail intensif, par temps très froid ou jeunes recrues sont accordés entre 500 et 700 calories. 60 P. EVENO Les dépenses nécessaires à l’acquisition des denrées par l’ordinaire sont couvertes par les recettes suivantes : ( Art. 16 du règlement sur la gestion des ordinaires) - L’indemnité représentative de pain pour 700 g par ration, - La prime de viande calculée sur le taux de 350 g, - L’indemnité représentative de boisson correspondant à 25 cl de vin, - La prime fixe pour l’acquisition d’autres denrées et condiments. L’ensemble de ces primes et indemnités constitue la Prime Globale d’Alimentation. “ Les allocations d’alimentation étant perçues en deniers, il appartient aux officiers gérants des ordinaires de proportionner les quantités de denrées à distribuer aux besoins réels de la troupe suivant les dépenses physiques qu’elle doit supporter, en se conformant aux prescriptions de l’instruction sur les moyens de donner à l’alimentation dans l’armée un caractère rationnel ” Tarif des rations. En d’autres termes il n’existe pas de ration de base ni de ration type en temps de paix. Pour fixer les idées on peut prendre comme exemple la ration du soldat en garnison : ALIMENTS Pain ordinaire (1) Viande fraîche (1) Graisse végétale (2) Sel (2) Sucre (2) Café torréfié (2) Pommes de terre Légumes frais QUANTITES en g 700 350 30 16 21 16 400 250 CALORIES 1711 523 255 80 6 288 84 50 100 114 45 Chocolat 20 Vin 25 cl 93 3201 145 3346 (type carottes) Confiture Fruit frais (pomme) (1) allocation réglementaire (2) taux du tarif Le calcul est fait d’après la table alimentaire du B.O. en protides, lipides et glucides. La valeur énergétique du vin est comptée à part (C. M. du 3 avril 1940). C’est le bilan alimentaire qui permet de vérifier la valeur énergétique de la ration dans ses principes, une minéralisation suffisante par la variété des aliments et l’apport en vitamines assurés en légumes et fruits frais. 61 P. EVENO En campagne les considérations générales nutritionnelles émises pour la ration de garnison s’appliquent aussi. En 1921 le BOEM n° 94 sur l’alimentation en campagne est édité. Outre l’instruction du 2 avril 1914, tous les modificatifs et autres circulaires parues pendant la guerre sont rassemblés. Une modification importante en 1933 intègre les différentes populations au sein des troupes notamment dans l’Armée Coloniale : Sénégalais, Malgaches Hindous, Indochinois, Somalis et originaires du Pacifique, suivant leur mode d’alimentation traditionnel les denrées et leur taux sont modifiés. Il y a toujours trois types de ration : - La ration normale, - La ration forte, - La ration de vivres de réserve. La réalisation de ces rations en campagne est assurée par deux sortes de denrées : - Les denrées réglementaires en nature déterminées par un taux et dont la fourniture incombe à l’Intendance. - Les denrées d’ordinaires, dont la nature et la quantité sont déterminées par les corps de troupe. Ils se les procurent à l’aide d’allocations de primes auprès de l’Intendance, des Coopératives d’Armées ou dans le commerce local (Art. 38 de l’instruction sur l’organisation et le fonctionnement du Service de l’Intendance - 1938) Le passage d’une ration à l’autre ou la substitution d’une denrée ne peut se pratiquer que sur ordre du Général Commandant en Chef ou du Général commandant une troupe opérant isolément. Pour la ration de vivres de réserve, le choix se porte sur des aliments de transport et de conservation facile. Ils doivent être concentrés et stables. Le choix depuis 1890 c’est porté sur : le pain de guerre, la conserve de boeuf, le potage salé, le café, le sucre et l’eau-de-vie. En 1933 le potage disparaît. Il avait fait l’objet de remarques d’ailleurs comme le café en tablettes. Pour l’Infanterie la consommation des vivres de réserve se fait dans des conditions où l’eau et le feu sont difficiles à trouver. Par contre dans l’Artillerie le maintien de cette denrée à beaucoup de partisans, elle est conservée pour les troupes en secteur fortifié. Ni la drôle de guerre à partir de septembre 1939, ni le dénouement tragique et rapide de mai et juin 1940 ne change l’alimentation des troupes françaises. Si ce n’est une approche diététique plus sérieuse et un contrôle des ordinaires par le Service de l’Intendance entrepris par l’intermédiaire du bilan alimentaire. 62 P. EVENO COMPOSITION DES RATIONS DE VIVRES DE CAMPAGNE POUR LES TROUPES METROPOLITAINES en grammes DENREES RATION VIVRES DE RESERVE 1921 1935 - 1921 750 1935 750 1921 750 1935 750 500(1) 450 700 600(2) 700 500 700 600 700 500 300 300 450 300 450 300 400 300 400 300 80 80 100 20 32 100 20 48 60 20 21 60 20 32 36 - 36 - 24 28,5 36 43 16 19 24 29 - - 50 30 50 30 50 - 50 - 50 - CHOCOLAT 125(3) 125 - - - - VIN ou BIERE ou CIDRE - - 37,5 cl 75 cl 50 cl 1 l. 25 cl 50 50 cl 100 EAU-DE-VIE 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl EAU-DE-VIE à tout homme bivouaqué - - 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl 6,25 cl TABAC CAPORAL pour officiers TABAC DE CANTINE pour la troupe 20 20 20 20 20 20 20 20 20 15 20 15 PAIN ORDINAIRE BISCUITE DE GUERRE RATION FORTE RATION NORMALE VIANDE FRAICHE DE CONSERVE VIVRES DE CAMPAGNE PETITS VIVRES LEGUMES SECS OU RIZ SEL SUCRE CAFE TORREFIE en tablettes en tablettes ou en grains ou café vert LARD (distribution de la viande fraîche) ou POTAGE SALE (distribution de la viande de conserve) (1) 10 GALETTES (2) 12 GALETTES (3) dans une boîte métallique contenant 2 rations 63 P. EVENO COMPOSITION DES RATIONS DE VIVRES DE CAMPAGNE POUR LES TROUPES INDIGENES DE L’ARMEE COLONIALE EN 1933 en grammes DENREES SENEGALAIS MALGACHES HINDOUS INDOCHINOIS SOMALIS ET ORIGINAIRES DU PACIFIQUE normale forte normale forte normale forte normale forte ORDINAIRE ou BISCUITE ou DE GUERRE 430 400 285 430 400 285 375 350 250 375 350 250 270 250 180 270 250 180 645 600 430 645 600 430 VIANDE FRAICHE ou CONGELEE CONSERVE ASSAISONNEE 350 300 400 300 350 300 400 300 300 300 350 300 350 300 400 300 PETITS VIVRES LEGUMES SECS RIZ SEL SUCRE 40 400 20 32 50 500 20 32 40 400 20 21 50 500 20 32 40 400 20 21 50 500 20 32 40 150 20 21 50 150 20 32 CAFE torréfié en grains ou en tablettes vert 16 19 24 29 16 19 24 29 16 19 24 29 16 19 24 29 GRAISSE VEGETALE où HUILE D’ARACHIDE 45 50 30 - 30 - 30 - 30 - 30 - 30 - CHOCOLAT (distribué avec viande de conserve) 50 50 50 50 50 50 50 50 EN REMPLACEMENT DU VIN SUCRE CAFE THE ORDINAIRE THE VERT THE ANNAMITE 16 12 - 21 16 - 21 3 - 21 3 - 5 5 8 3 - 8 3 - EN REMPLACEMENT DE L’EAU-DE-VIE SUCRE CAFE THE ORDINAIRE KOLA 16 6 10 16 6 15 16 6 - 16 6 - 16 6 - 16 6 - 10 3 - 10 3 - 15 15 15 15 10 13 - - PAIN TABAC CHEBLI ANNAMITE (1) 2 fois par semaine pour les Sénégalais 64 P. EVENO SUPPLEMENTS A LA RATION NORMALE DISTRIBUEES DANS LES MEMES CONDITIONS QUE CELLES DECRITES DANS LA CIRCULAIRE DE 1916 DENREES 1er TAUX 1921 2ème TAUX 1er taux 1933 2ème TAUX EUROPEENS VIANDE FRAICHE OU CONGELEE SUCRE CAFE TABAC LEGUMES SECS 25 6 4 125 20 50 11 8 40 25 8 6 5 20 50 16 12 40 TROUPES COLONIALES THE ORDINAIRE SENEGALAIS AOF et AEF MALGACHES ET HINDOUS INDOCHINOIS 25 - 50 2 5 5 2 3 5 2 3 50 21 5 50 21 5 100 21 5 15 15 10 10 POUR LES INDOCHINOIS PAIN BISCUITE SUCRE SAUCE NUC MAN ou SOJA POUR LES SOMALIS et ORIGINAIRE DU PACIFIQUE TABAC CHEBLI POUR LES SOMALIS LAIT CONDENSE une boîte de 350g pour 4 hommes POUR LES SENEGALAIS AOF et AEF KOLA 65 P. EVENO LE PAIN LE PAIN ORDINAIRE La farine provient exclusivement de la mouture de blé qui sera modifiée par un arrêté du 13 janvier 1941 ou 10 % de farine de seigle, de fève, d’orge, de maïs ou de sarrasin est admis. Il est adopté trois types de pains : LE PAIN ROND : d’une cuisson de 40 mn, ses dimensions sont de 22,5 cm de diamètre, de 8 cm d’épaisseur pour un poids après ressuage de 1200 g. Il porte sur le milieu de la croûte supérieure une marque indiquant le jour de fabrication. Sa distribution a lieu après 24 à 36 heures de ressuage. LE PAIN COURONNE : d’une cuisson de 30 mn, ses dimensions sont de 27 cm de diamètre, de 7 cm d’épaisseur pour un poids de 600 g. Il est introduit dans l’armée en 1929 pour réduire les déchets de mie - Notice du 8 avril 1930. LE PAIN BISCUITE : d’une cuisson de 1 h 20 en cuisson lente. Il pèse 1200 g après 24 heures de ressuage et porte sur sa croûte quatre coupures à angle droit formant des sillons destinés à réduire son développement avant cuisson - Notice de fabrication du 14 mai 1936. Conçu pour subir une conservation de 20 à 24 jours. C’est la mise en condition d’un pain ordinaire dans sa durée de cuisson. L’épaisseur de sa croûte est accrue, 3 mm pour le pain ordinaire et 5 mm pour le pain biscuité. En temps de paix il constitue des approvisionnements de mobilisation renouvelés toutes les semaines. En temps de guerre il ravitaille journellement les armées en campagne. La distribution pour ces pains est au poids, à titre remboursable. Les corps perçoivent la quantité jugée nécessaire à l’alimentation des hommes et non au nombre de rations correspondant à l’effectif des présents. La ration est de 750 g pur le pain ordinaire et de 700 g pour le pain biscuité. Dans la réalité seuls 600 g sont attribués en nature. Pour la différence le corps reçoit une indemnité calculée sur le tarif de remboursement. Le 16 janvier 1940 la ration est abaissée à 500 g et après l’armistice elle est ramenée à 450 g. LE PAIN DE GUERRE Ou pain concentré est un produit à base de farine de froment pauvre en eau. Pour 100 kg de farine il faut 2 kg de sel, 4 kg de sucre et 8 kg de graisse végétale. Il se consomme en lieu et place du pain ordinaire. Sa valeur énergétique est au kilo pour le type 1926 de 3475 calories et pour le type 1937 de 3780 calories - Cahier des charges du 10 août 1937. Les galettes ont un poids de 15 g et 68 mm par 48 mm et 10 mm d’épaisseur. Le pain de guerre est fabriqué en gestion directe par le centre de Nevers au sein d’une boulangerie militaire en temps de paix. A la mobilisation des biscuiteries civiles sont mises aux normes pour fabriquer le biscuit. Après l’armistice des essais sont tentés par divers industriels pour remplacer le sucre avec du miel de raisin et incorporer de la farine de soja à 15 et 20 %. 66 P. EVENO LA VIANDE LA VIANDE FRAICHE Les bovins fournissent la majeure partie de la viande fraîche destinée aux troupes, mais pour varier l’alimentation, le mouton et le porc suivant les ressources locales sont aussi distribués. Dans les cas de nécessité imposée par les circonstances de la guerre la viande de cheval peut être consommée, quant au veau, il n’entre dans l’approvisionnement que pour les hôpitaux. Suivant les saisons et les climats, la distribution se fait 12 à 24 heures après l’abattage au fur et à mesure des besoins. La tête à l’exception des bajoues, la fressure, les mamelles, les suifs, les jambes et la peau ne font pas partie des distributions. La répartition des morceaux doit toujours être faite de manière que les meilleurs comme les moins bons morceaux soient donnés impartialement et tour à tour aux parties prenantes. Lorsque la distribution se fait par quartiers il est tenu compte de 3 % du poids en déchets. En campagne suivant les circonstances et les ressources du pays, le lapin et la volaille peuvent se substituer à la viande de bœuf. On aura soin de vider la volaille rapidement après l’abattage surtout par temps orageux. LA VIANDE CONGELEE Avant 1914, les dispositions du décret de 1888 sur l’obligation de transporter les quartiers, poumons adhérents, interdit pratiquement la viande congelée. Pourtant l’armée stocke dans quelques places fortes de l’est : Verdun, Toul, Epinal et Belfort de petites quantités en cas d’investissement. La consommation de cette viande n’a pas la faveur de la troupe. En 1915 le cheptel français tombe au-dessous de celui de 1870, après dix mois de guerre. Alors la viande d’importation congelée rentre couramment dans les approvisionnements. Il est même institué des restrictions chaque semaine par des jours sans viande. Le rétablissement du cheptel n’est atteint qu’en 1935. Mais la viande congelée fait toujours partie des approvisionnements. C’est souvent une viande d’importation des colonies ou de l’étranger. Elle doit être sacrifiée depuis moins de douze mois, les vaches et les taureaux en sont exclus. Les quatre quartiers sont admis et livrés entiers dans leur enveloppe d’origine. Le mouton congelé est livré en carcasses entre 15 et 30 kg. La ration de garnison de 350 g est ramenée à 150 g à la suite de l’armistice et des mesures de restriction prises le 25 juin 1940. 67 P. EVENO LES CONSERVES DE VIANDES LA CONSERVE DE BOEUF Elle répond à un but bien déterminé : fournir au soldat isolé dans l’impossibilité de recevoir des vivres, une ration de viande suffisamment nutritive, de conservation longue et d’un poids modeste. Elle exclut donc les plats cuisinés. La fourniture est réalisée en boîtes de 300 g (soit 240 g de viande cuite) qui répond à la dotation des vivres de réserves individuels et en boîtes de 1 kg (soit 800 g de viande cuite) d’un prix de revient moindre. Elle est préférée dans la consommation collective des vivres de route ou de débarquement. Elle peut être mangée froide, en ragoût ou en soupe. En ragoût : une quantité égale de légumes (1 kg) sont cuits avec le jus et la graisse. Lorsque les légumes sont cuits il faut ajouter la viande pour la réchauffer. En soupe : il est pratiqué de même en allongeant le jus avec de l’eau chaude puis versé sur le pain. En 1939 un plan de fabrication est arrêté. La mise en route par des usines reconnues à l’avance démarre au 14ème jour de la mobilisation, suivant le cahier des charges du 5 juillet 1934 et l’instruction du 6 juin 1936. Il faut 2,250 kg de viande crue pour obtenir 1 kg de viande de conserve. Le jus de remplissage des boîtes s’obtient par évaporation du bouillon décanté de la cuisson de la viande. Le fabricant s’assure de l’étanchéité des boîtes qui sont recouvertes de peinture contre l’attaque de la rouille. La couleur varie chaque année. Les couvercles portent le nom du fabricant et la date de fabrication. CONSERVE DE SAUCISSES SALEES La boîte de 250 g contient deux saucisses de 100 g chaque et 50 g de saindoux. La portion de conserve de saucisse est de 25 g. La proportion de viande de bœuf est d’une partie pour deux de porc. Elles sont utilisées froides ou chaudes associées de préférence avec du riz ou des pâtes, le jus fournissant la base de préparation. LE PORC EN GELEE Conserve très appréciée par la troupe. Cette conserve est fabriquée avec de la viande cuite dans de la graisse fondue et égouttée. Assaisonnée, mise en boîte, elle est complétée avec de la gelée préparée avec des couennes et pieds cuits à l’eau. SALAISON DE PORC Il provient d’animaux de 60 à 100 kg. Le rendement est de 70 % du poids après enlèvement des abats. La saumure doit être de 25 % point de saturation. Le salpêtre est mélangé au sel à raison de 1 kg pour 100 kg de sel. La viande est conservée et distribuée en barils de 45 ou 90 kg, sur lequel est inscrit le poids net, la date de fabrication, le numéro d’ordre et le nom du fabricant. Ces salaisons doivent pouvoir se conserver 2 ans. Avant la cuisson, la viande est débarrassée par grattage du sel à la sortie du baril puis immergée pendant 6 à 8 heures dans l’eau froide renouvelée. En campagne et dans des marches on obtient un dessalement suffisant après grattage par l’immersion pendant 1 h 30 dans de l’eau chaude, puis 2 heures dans de l’eau froide renouvelée. Cette viande convient pour la soupe et le rata avec des légumes. Elle substitue la viande fraîche à raison de 240 g par ration. 68 P. EVENO LA CONSERVE DE POISSON Sardines et thon à l’huile, harengs marinés et morue permettent de réduire la consommation de viande. Chaque mois un nombre de repas de morue est fixé entre les services du ravitaillement et le G.Q.G. Elle substitue la viande fraîche à raison de 670 g par ration. LA CONSERVE DE LEGUMES Préparée avec des légumes frais soumis à une déshydratation rapide de 110° à 115° puis comprimés énergiquement en tablettes. JULIENNE D’OFFICIER 8% 36 % 26 % 16 % 5% 9% DENREES Choux verts Carottes Pommes de terre Flageolets et haricots verts Navets Assaisonnement (céleri, oignon, poireau, oseille) JULIENNE DE TROUPE 10 % 30 % 40 % 10 % 10 % LES PATES ALIMENTAIRES Dans cette rubrique nous trouvons des pâtes à base de semoule de blé dur ou tendre comme les macaronis, le vermicelle, les petites pâtes...Mais aussi le tapioca à base de semoule de manioc. LE SUCRE Il est fourni en pains entiers de 7 à 12 kg avec une tolérance de 10 % en pains cassés et morceaux pesant au moins 25 g, livrés, enveloppés dans du papier. Les débris et poussières de sucre ne peuvent entrer dans la distribution que pour 10 %. LE CAFE Le café torréfié en grains est transporté à la suite des troupes, en double sac de 40 kg puis enfermé dans une caisse étanche du même type que celle du pain de guerre. La mouture se fait au fur et à mesure des besoins. LE CAFE EN TABLETTE Pas de changement dans son poids et sa fabrication. Il est recommandé aux hommes qui en font usage de n’ouvrir l’enveloppe de la tablette que par un bout, de la pousser hors du papier jusqu’au trait de séparation des deux rations, de casser à ce trait et de replacer la ration restante dans l’enveloppe refermée soigneusement. 69 P. EVENO LE VIN Le vin fourni à l’armée doit nécessairement satisfaire aux exigences des décrets et textes réglementaires pris en application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes. L’instruction générale sur l’organisation et le fonctionnement du ravitaillement du vin du 30 janvier 1936 énonce dans son article 32 “ Le vin à réaliser doit pouvoir être immédiatement expédié sans nécessité au préalable, ni soins spéciaux, ni coupage ; son degré alcoolique doit atteindre, en principe, au moins 9° ”. Pour la fourniture destinée au Sud Algérien il est titré à 12°. L’EAU-DE-VIE ET LE RHUM Le degré alcoolique de ces deux produits doit être de 45° (notice du 6 mars 1940). LE TABAC En 1920 en temps de guerre le tabac est fourni à titre gratuit à la troupe au titre des vivres de campagne. Dans tous les autres cas et pour les officiers il est à titre onéreux. - Le tabac caporal, pour les officiers, est cédé au kilo pour une consommation journalière de 20 g. - Le tabac de cantine, pour la troupe, empaqueté par 100 g est distribué à raison d’un paquet pour sept jours par homme. Les troupes se ravitaillent par l’intermédiaire des stations-magasins. En 1933 la perception gratuite des troupes en campagne disparaît. Dans tous les cas le tabac est distribué à titre remboursable à l’aide d’une indemnité représentative représentant la valeur de la remise au consommateur. Elle est indépendante de la prime globale d’alimentation, donc les non-fumeurs peuvent en disposer avec leur prêt. Les cigarettes apparaissent en remplacement sur la demande du consommateur à la place du tabac, soit : - Pour la troupe, 5 paquets de 20 cigarettes remplacent les 150 g de tabac de cantine. - Pour les officiers, un paquet de cigarettes gauloises caporal ordinaire remplace un paquet de 40 g de tabac scaferlati ordinaire. - Pour les troupes indigènes de l’armée coloniale et les troupes musulmanes elles perçoivent du tabac chebli. 70 P. EVENO DE LA PENURIE AUX BEANS 1940 - 1945 L’ennemi est là qui exerce avec arbitraire ses droits de puissance occupante et procède à des réquisitions abusives à des pillages ordonnés. Dès octobre 1940, la ration de campagne est supprimée en raison de la pénurie de ressources alimentaires et remplacée par la “ ration de la troupe ”. L’armée dite d’armistice, les chantiers de jeunesse, les compagnons de France ou les groupements de travailleurs... sont ravitaillés par l’Intendance sans compter le soutien aux prisonniers de guerre. La ration journalière en 1941 -circulaire du 3 avril- comporte de sensibles diminutions en protides (viandes, poissons, œufs) 120 g, en lipides (graines) 80 g et en glucides (pommes de terre, pâtes) 600 g avec 50 cl de vin et 400 g de pain. Des réductions successives influencent considérablement la valeur énergétique de la ration : 5400 calories en 1940 à 2600 calories en 1944. Malgré la recherche de ressources nouvelles comme les jardins potagers, les clapiers ou porcheries entretenus par les unités ainsi que les conseils contre le gaspillage, la totalité de la ration n’est pas consommée par le soldat suite aux détournements et au marché noir. La surveillance est inexistante ! Quant aux cadres, officiers, sous-officiers et caporaux-chefs, ils doivent obligatoirement prendre leur repas de midi au mess (décret du 14 mars 1942). L’état prend en charge les frais de cette alimentation prise en commun. C’est l’origine du repas de service créé dans l’armée de terre quarante ans plus tard. L’inspection générale des subsistances poursuit ses études sur l’alimentation en campagne avec la “ ration de vivres concentrés ”. Mais les difficultés d’approvisionnement et les événements politiques arrêteront ce projet. Depuis juin 1940, la continuation du combat se cristallise autour d’un général inconnu, Charles DE GAULLE. Les Forces Françaises Libres sont créées, leur entretien est pris en charge par le budget britannique. Accord CHURCHILL - DE GAULLE du 1er juillet 1940. Ils ne sont qu’une poignée. La libération du territoire passe par l’Afrique du Nord. Depuis l’Armistice les troupes d’A.F.N. et d’Outre-mer ne sont plus ravitaillées par la métropole. Aussi, quand le 8 novembre 1942, les Américains débarquent avec leur logistique, l’armée d’Afrique renaissante, va devoir conjuguer son alimentation en campagne entre les systèmes français et américain. Le Corps Expéditionnaire Français constitué à Alger dans le deuxième semestre 1943 intégré à la 5ème Armée américaine, doit en campagne, utiliser les vivres américains. D’autant que l’on pense que le futur théâtre d’opération, l’Italie est sans ressources locales. Mais le projet de ravitaillement doit intégrer une forte population musulmane dans les troupes françaises, ces vivres U.S. ne leur sont pas adaptés. Il est donc créé à cet effet “ la French Moslem Ration ”. Le fond de l’ordinaire est basé sur la ration américaine : - ration K, ration de combat - ration C, ration destinée aux troupes engagées - ration B, ration normale journalière 71 P. EVENO Comme il est décidé que les Français toucheront en plus du pain et du vin, les américains enlèvent de la ration les denrées représentant les calories correspondantes : le beurre, le lait, les œufs sont supprimés en totalité ou en partie. Cette French Moslem Ration devient d’une monotonie insupportable, aussi, le commandement français constitue une prime d’alimentation par homme de 5 Frs puis de 7,5 Frs qui permet, en campagne, l’achat dans le commerce local de fruits et légumes frais puis plus tard de la viande fraîche. Dans la poursuite de l’armée allemande les boîtes de “ Meat and Beans ” deviennent une précieuse monnaie d’échange, jusqu’au moment où les italiens eux-mêmes en sont rassasiés. Le ravitaillement se compose donc de : - une ration gratuite établie sur une base fixe avec le pain, le vin et l’eau-de-vie - une prime d’ordinaire - une ration spéciale pour les musulmans réalisée en A.F.N. et groupée par caisse de 8 à 16 rations. En pleine offensive du C.E.F., par manque de transport, la pénurie de vin se fait sentir. Cette insuffisance est parée grâce au vin viné distribué en ration réduite. Ce vin alcoolisé à 20° doit être dédoublé avant sa distribution. Comme l’Intendance ne veut pas être accusée de mouiller le vin, il est distribué tel quel et très apprécié surtout pendant l’hiver ! A compter du 1er juin, les Américains changent l’organisation du ravitaillement. Des perturbations se font sentir dans l’irrégularité des approvisionnements en pain et l’absence de vin. La curiosité gustative des rations américaines passée, le constat est, pour le soldat français dans ses habitudes alimentaires qu’il a toujours besoin à cette époque de pain et de vin. - la ration K est mieux adaptée que les vivres de réserves français, - la ration C doit être conjuguée avec du pain (300 g), - la ration B peut être remplacée par la ration journalière française de meilleure composition, qui peut être cuisinée au goût du soldat. 72 P. EVENO RATION DE VIVRES CONCENTRES PROJET DE L’INSPECTION GENERALE DES SUBSISTANCES EN 1942 - 1 saucisson sec pur porc (175 g) - 1 paquet de 12 biscuits salés au soja (240 g) - 1 paquet de 12 biscuits sucrés au soja (200 g) - 2 portions de confiture concrète de 60 g (120 g) - 2 croquettes d’Ovomaltine enrobées de chocolat de 50 g (100 g) - 2 étuis de nescafé sucrés de 20 g (40 g) - 2 paquets de 6 tablettes de Dextrosport (100 g) Valeur énergétique : 4000 calories Poids : 975 g. LA RATION K Conçue en 1941 sous la direction du docteur Ancel KEYS (d’ou l’origine du K). Prévue à l’origine pour les troupes aéroportées, en complément de la ration D son utilisation pratique l’a fait étendre à l’ensemble des troupes. Présentation : 3 petites boîtes de carton étanche, Utilisation : repas froid à l’exception du bouillon et du café, Poids : 2,4 kg Valeur calorique : 3000 calories Breakfast : - 1 boîte de viande, - 1 barre de pâte de fruits - 1 sachet de café en poudre. Dinner : - 1 boîte de fromage, - des tablettes vitaminées, - 1 sachet de jus de fruits en poudre. Supper : - 1 boîte de pâté, - 1 barre de chocolat, - 1 bouillon concentré en sachet. Dans chaque boîte : - 3 morceaux de sucre, - 1 paquet de 4 cigarettes, - 1 clé à boîte de conserves, - 1 tablette de chewing-gum, - 2 paquets de biscuits genre Graham Crackers. * Le sigle en forme de croissant sur les couvercles des caisses n’indique pas que ces rations sont destinées aux soldats musulmans mais qu’il s’agit de la marque des “ COOKS ” le corps des boulangers et cuisiniers du Q.M.C. 73 P. EVENO L’ALIMENTATION CONDITIONNEE 1946 - ...une conclusion provisoire Depuis l’institution par la IIIème République du service militaire obligatoire, l’armée éduque et conditionne dans ses habitudes alimentaires la jeunesse du pays, dans toutes les couches de la société. Rentrant dans leur foyer, ils introduisent le café au petit déjeuner et la consommation journalière de la viande entre autre. Mais dans les années 1960, c’est l’inverse qui se produit. Les jeunes imposent à l’institution des modifications sur cette alimentation qui donnait déjà des signes de décalage pendant la Guerre d’Algérie. Un exemple : le vin disparaît de la consommation au profit des boissons gazeuses. La suspension du service national accélère le processus. L’armée calque les modes opératoires alimentaires de la société civile. L’apparition des centres de production alimentaire en est l’aboutissement depuis 1993 avec leurs liaisons froides. En campagne, c’est le conditionnement physique des aliments qui révolutionne le mode d’alimentation des soldats. Un conditionnement pour les vivres de réserve avait été entrepris déjà pendant la Première Guerre Mondiale mais cette approche est sans lendemain. Avant 1939 l’Inspection Générale des Subsistances avait dans ses cartons des projets. La défaite de 1940 les y laissera. Il faut attendre 1946, en copiant le principe du conditionnement de la ration un homme / un jour, réalisée par l’Armée Américaine pendant la Deuxième Guerre Mondiale, pour voir apparaître une ration type. L’alimentation collective en campagne au moyen de la cuisine US 37, les roulantes M.16-36 ou Marion puis le nouvel E.T.R.A.C est toujours assurée à l’aide de vivres courants frais, en conserves ou en vrac avec la viande congelée, pour les troupes en mouvement ou stationnées. Mais pour répondre à la dispersion des combattants, absorbés à leur mission dont il faut fournir une alimentation riche dans un volume et un poids réduit, il est réalisé des rations à la Française : la ration type 46. Cette ration possède une plus haute valeur énergétique que la ration K. Mieux adaptée au goût français, son concept d’emploi doit être une ration d’exception et ne doit pas excéder sept à huit jours. En réalité dès sa mise en consommation, elle est utilisée avec succès sur le théâtre d’Extrême-Orient comme mode d’alimentation courant en opérations. Il y a deux types de conditionnement : - la ration individuelle pour un homme / un jour, - la ration collective pour cinq hommes / un jour. La ration individuelle se conjugue en trois boîtes métalliques : - petit déjeuner ou casse-croûte - déjeuner - souper Trois menus différents sont composés en changeant la nature de la conserve : viande ou poisson. Dans l’aliment principal du déjeuner et du souper, les menus 1 et 3 ne contiennent pas de porc. Ils sont consommables indifféremment par les militaires européens ou musulmans. Le menu n° 2 à base de porc est réservé aux européens. 74 P. EVENO Elle subit une série de modifications destinée à mieux s’adapter aux conditions d’utilisation et aux goûts des consommateurs. Ainsi apparaît en 1951 deux nouvelles rations : - la R 20, ration individuelle, un homme / un jour, - la R 21, ration collective, cinq hommes / un jour. La R 20 est regroupée dans une boîte unique métal ou carton. A l’exception du pain distribué à part en pain frais ou en pain de guerre. Les menus passent de 3 à 10 puis à 12 en 1966 (8 menus types “ E ” européens, 4 menus type “ M ” musulmans). Avec une petite fiole d’eaude-vie, qui fait le bonheur de chacun le soir sur le terrain alors que la température baisse. De nouvelles conserves sont mises au point : mouton assaisonné, porc en gelée, pâté de foie de porc et des plats cuisinés : saucisse au riz précuit, longe de porc aux lentilles... En 1986, la R 20 et la R 21 sont remplacées par la ration de combat individuelle réchauffable (R.C.I.R) unique et polyvalente. Cette nouvelle ration permet le réchauffage au moyen d’un combustible -l’examine-. Le pain de guerre est remplacé par des biscuits de campagne réintroduits dans la ration sous la forme d’un parallélépipède de faible épaisseur conditionné par deux et regroupés. Dix menus sont proposés au départ. Les menus de 1 à 5 ne comportent pas de porc. En 2002 nous en sommes à 14 menus. Le paquet de cigarettes et la fiole d’alcool ont disparu. L’élément principal est le plat cuisiné en barquette : préparation à base de légumes (200 g) et de viande, charcuterie ou poisson (100 g). Depuis 1989 un deuxième plat cuisiné vient améliorer cette ration. Pour une alimentation particulière d’autres rations sont conçues : - la ration individuelle lyophilisée commando (RILC) pour les opérations de montagne et celle nécessitant un allégement maximum. - l’unité alimentaire de complément ou de secours (UACS) en plus de la ration de combat, elle met à la disposition du combattant sous un volume réduit un supplément. - le module alimentaire de survie (MAS). - le module alimentaire 150 permet à 150 hommes pendant 30 jours à base de produits longue conservation, d’assurer la transition entre la R.C.I.R. et la mise en place d’une source d’approvisionnement en produits frais. Aujourd’hui les Armées disposent sur le terrain de tout un panel de rations permettant de répondre rapidement aux besoins alimentaires du combattant suivant le type de mission qui lui est demandé. Ce conditionnement à base de conserves ne doit pas occulter le besoin en stationnement d’un retour à un équilibre alimentaire générateur d’énergie (protides, lipides, glucides) mais aussi non énergétique (vitamines, substances minérales, eau, cellulose). 75 P. EVENO TAUX JOURNALIER DES PRINCIPALES DENREES DE LA RATION EN TEMPS DE PAIX en grammes DENREES 1950 2000 PAIN VIANDE FRAICHE OU CONGELE VIN LAIT 600 300 50 cl (1) 600 300 15 cl 125 cl RATION DE BASE COMPLEMENT A LA RATION DE BASE CAFE TORREFIE 18 15 SUCRE 30 20 MATIERES GRASSES 120 80 LEGUMES SECS ET RIZ 120 80 PATES ALIMENTAIRES OU COUSCOUS 120 40 FROMAGE 40 30 CONFITURE 40 20 CHOCOLAT 20 10 POMMES DE TERRE 600 450 LEGUMES FRAIS 400 300 FRUITS FRAIS 400 300 SAUCISSON 25 10 SARDINES 25 20 BOISSONS HYGIENIQUES 33 cl (1) Les taux indiqués constituent une moyenne journalière qui ne s’impose en aucune manière en ce qui concerne les quantités de denrées à mettre en œuvre pour la confection des plats. COMPOSITION DE LA RATION TYPE 46 Valeur énergétique : 4014 calories Poids : 1750 g BOITE CASSE-CROUTE 1 paquet de quatre biscuits salés (100 g), BOITE DEJEUNER 1 paquet de quatre biscuits salés (100 g), 1 paquet de deux biscuits sucrés (50 g), 1 sachet de café soluble en poudre (5 g), 4 morceaux de sucre (16 g), 2 tablettes de chocolat à croquer (50 g), 1 boîte de conserve 1/10 de fromage fondu (90 g de gruyère), 1 paquet de cigarettes “ Gauloises ”, 1 étui de 24 allumettes, 1 liasse de dix feuilles de papier hygiénique. 1 paquet de deux biscuits sucrés (50 g), 2 sachets de boisson sucrée en poudre soluble (17 g chaque), 1 bloc de concrète de fruits (60 g), 1 paquet de bonbons acidulés (25 g), 1 paquet de bonbons à la menthe ou à l’anis (25 g), 1 boîte de conserve 1/6 soit de bœuf assaisonné (140 G) dans menus 1 et 3 ou du pâté de viande de bœuf et de foie de porc (140 g) dans menu 2. BOITE SOUPER 1 paquet de quatre biscuits salés (100g), 1 paquet de deux biscuits sucrés (50 g), 1 potage en poudre (25 g), 1 sachet de café soluble (8 g), 4 morceaux de sucre (16 g), 1 bloc de concrète de fruit (60 g) 2 tablettes d’Ovomaltine chocolaté (50 g), 1 boîte de conserve : soit du thon à l’huile (80 g) dans menu 1, soit des rillettes (80 g) dans menu 2, soit des sardines à l’huile (70 g) dans menu 3. Chaque paquet d’ingrédients est enveloppé dans une pellicule cellulosique imperméable. Chaque boîte en fer-blanc de forme parallélépipédique (114 X 15 X 148 mm) est soudée. Chaque boîte est revêtue de couleurs différentes : - bleu hirondelle pour la boîte “ casse-croûte ”, - vert olive mat pour la boîte “ déjeuner ”, - bistre foncé pour la boîte “ souper ”. Les rations sont conditionnées par dix et peuvent être parachutées ou jetées d’avion d’une hauteur de 60 m sans risque de détérioration. 76 P. EVENO LA RATION DE COMBAT INDIVIDUELLE RECHAUFABLE (RCIR) Valeur énergétique : 3200 calories en 1986 ET 3400 calories en 1989 Poids : 1500 g Elle est destinée à couvrir les besoins alimentaires journaliers d’un combattant sous tous les climats. - 1 barre énergétique, - 1 barre de chocolat à croquer, - 1 paquet de chewing-gum, - 4 caramels, - 4 bonbons, - 1 paquet de 10 mouchoirs en papier, - 1 kit de réchauffage, - 4 comprimés de purification d’eau. - 2 plats cuisinés en barquettes (300 g), - 1 hors-d’œuvre, - 1 potage, - 1 fromage fondu ou dessert, - 16 biscuits de campagne (salés ou sucrés), - 1 ensemble petit déjeuner, - 4 sucres en morceaux, COMPOSITION DES MENUES DE LA R.C.I.R. EN 1989 N° DU MENU 1 HORDS OEUVRE Volaille en gelée 2 Rillettes de saumon 3 Rillettes de maquereau 4 Bœuf assaisonné 5 Thon catalane 6 Médaillon s de sardines 7 Maquereau à l’escabèche 8 Mousse de canard 9 Pâté de foie pur porc 10 Rillettes pur porc 11 Terrine forestière 12 Pâté de jambon 13 Pâté de campagne 14 Rillettes de thon PLATS CUISINES Bœuf en salade Thon pommes de terre Saumon - Riz - Légumes Hachis parmentier Bœuf légumes Poulet riz à l’indienne Sauté de lapin Chili con carné Paëla Veau marengo Agneau aux flageolets Volailles légumes printaniers Navarin d’agneau Poulet riz ratatouille Thon en salade Porc aux lentilles Cassoulet Cannelloni Porc aux légumes Bœuf carottes Porc pommes de terre Bœuf bourguignon Porc en salade Risotto aux fruits de mer Volaille à la parisienne Gratin dauphinois Saucisses lentilles Moussaka LE REPAS INDIVIDUEL D’EXERCICE Valeur énergétique : 1500 calories 1 plat cuisiné en barquette (300 g) 1 entrée 1 potage 8 biscuits de campagne (quatre salés et quatre sucrés) 1 barre céréalière 2 crèmes dessert 1 paquet de quatre caramels 2 sucres (10 g) 1 sachet de café (2 g) 1 ensemble de réchauffage 77 P. EVENO BIBLIOGRAPHIE Bulletins officiels du ministère de la guerre. Briquet, code militaire - 1761. Cangé, collection d’ordonnances militaires, XVI - 1750. Chennevières, détails militaires - 1750. Cours de ravitaillement, Ecole Supérieure de Guerre. Cours de l’Ecole Supérieure de l’Intendance. Cours de l’Ecole Militaire d’administration. Encyclopédie méthodique, Art Militaire -1787. Journal militaire, 1791 - 1890. Revue de l’Intendance, 1888 - 1929. Service Central d’Etude et de Réalisation du Commissariat de l’Armée de Terre. Babeau, la vie militaire sous l’ancien régime - 1889. Baratier, l’Intendance militaire pendant la guerre de 1870-1871 Barbusse, le feu. Bellot de Kergorre, journal d’un commissaire des guerres pendant le Premier Empire. Biloghi, logistique et Ancien Régime - 1998. Bousquet, chanson « vive le pinard ». Cazin, l’humaniste à la guerre - 1920. Chaine, mémoire d’un rat - 1918. Daru, notice historique et critique sur les subsistances militaires. 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