La Gazette de La Rue de Lorraine
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La Gazette de La Rue de Lorraine
La gazette de la Rue de Lorraine Dossier Spécial: Arbres Remarquables Numéro 5 : Janvier 2015 Deux photographies d’Alexandre Tremblot prises Dimanche 15 juin 2014, lors de la fête Reportage Exclusif : Un dimanche à la campagne rue de Lorraine Sommaire Numéro du 1er janvier 2015 EN COUVERTURE Ambiance campagnarde pour la fête Biennale de la rue 8 4 21 26 3. QUELLE ANNEE ! 4. Retour sur la fête de nos campagnes 13.100 ans Rue de Pontoise 15. L’origine du mot Gazette 18. DES MAISONS ET DES HOMMES: le petit hôtel de Noailles 21. ART Enquête sur la collection Alphonse Kann 26. HISTOIRE Les Trois duchesses du Quartier Lorraine 34 . L’élue de la gazette Jennifer Tavé arrive première à la foulée royale 38 . LE MONDE de la rue de Lorraine EN VUE 39. LES PETITES ANNONCES DE LA GAZETTE SUPPLEMENT Découverte des arbres remarquables du quartier 2 Retour en images sur les mots clés de l’année 2014 Réjouissances et réunions Fin janvier, le quartier s’est réuni autour de la traditionnelle galette dans les caves de l’hôtel de Courtomer, - le 15 juin, la grande fête biennale du quartier s’est tenue dans une ambiance champêtre, sur le thème « un dimanche dans nos campagnes », - le 21 juin, un petit orchestre mené par un bon musicien habitant notre rue s’est placé sous la statue d’Henri IV pour nous faire profiter (dans des transats!) de l’ambiance animée de la fête de la musique. Patrimoine et restauration Le 25 janvier 2014, le clocheton du château visible depuis notre rue a achevé sa restauration et a été officiellement inauguré. Un carillon sonne maintenant les heures. Espoirs et déceptions Notre aventure urbano-historique a été riche en rebondissements tout au long de l’année. La mobilisation pour défendre l’ancien hôtel de Richelieu, qui a accueilli la Banque de France de 1918 à 2005 n’a pas permis d’aboutir à un engagement de conservation et mise en valeur des vieux murs mais cette aventure n’est pas encore terminée. Concertations et Décisions Notre association s’est réunie deux fois cette année, le 9 Mars pour une Assemblée générale ordinaire et le 16 Octobre pour une Assemblée générale extraordinaire . Effort et Victoire La « foulée royale » a été remportée par Jenny Tavé qui habite notre rue. L’événement n’a pas reçu l’écho qu’il méritait car il a eu lieu le 15 juin, journée de grande animation dans le quartier. Elle sera l’élue de la gazette cette année. DIMANCHE 15 JUIN 2014 UN DIMANCHE DANS NOS CAMPAGNE RUE DE LORRAINE! Poules, lapins, coq, et pie, Arrosoir, brouette, cageots, bûches, paniers, fourche, Epouvantail, fermiers, fermières, La campagne s’est invitée rue de Lorraine pour un dimanche exceptionnel . 2 3 Les Alsaciens au cœur de la fête La Chanson dU DIMANCHE A LA CAMPAGNE Sur l’air de « CERISIERS roses ET POMMIERS blancs » PAR RENE SLIOSBERG -1- Pour un dimanche à la campagne Pas de raison d'aller bien loin Foin de la mer et la montagne Y a que Saint Germain. En habitant l' quartier Lorraine Suffit de mettre son nez dehors Vous voyez bien qu 'c'est pas la peine De faire un effort. Y a plein d 'charrettes qui stationnent Au bord des chemins encombrés Et de faux arbres qui lumignonnent Lorsque la nuit elle est tombée. Le garde champêtre qui papillonne Il est trop occupé ailleurs, Les bonnes odeurs qui tourbillonnent Sont celles des chevaux vapeur. 2. La présidente joue les paysannes Faisant claquer ses blonds sabots L 'notaire dans sa carriole à âne Il est fort beau. Les voisins de la présidente Se donnent des allures de péquenots Même Henri IV qui présente Sa poule au pot. Les notables dans le village Essayent de se prendre au sérieux Et quelques ruraux au grand âge Se taillent une bavette entre eux. Cultivateurs du paradoxe Cancanant à tout bout de champ, Leur pré carré c'est bien l’intox Que l'on leur sert à tout moment. -3 -Pour un dimanche à la campagne Y a eu celui des élections Mais à ce jeu de qui perd gagne Fleurit l'abstention Fleurs de prairies, flore agricole, C'est le teint de nos habitants S'il vire au rose c'est qu'ils picolent De temps en temps ; Pour la gazette on s' réunit, Tirage des Rois ça s'organise Et on se tape un petit whisky La présidente sort un peu grise. Et puis le jour d' la fête de juin Pour jouer les gens de la cambrousse Tous costumés on fait du foin En espérant qu'un jour ça pousse 4. Citoyens du quartier Lorraine Cerisiers roses et pommiers blancs Vous avez vraiment de la veine D'être de faux paysans. Pas besoin de traire les vaches Y a tout ce qui faut à Monoprix . Pas à Bruxelles de taux qui fâchent Pour fixer les prix. Tout près de chez vous y a la forêt, Les rues piétonnes et la terrasse, Trois fois par semaine il y a l' marché Tout ça ça fait beaucoup d'espace. Toutes nos commères servent de basse cour, Il y a même des quadrupèdes : Chiens pour pisser faisant leur tour Et des pouliches pas trop laides . Conclusion : Sachez, Madame Bassompierre Je vous dédie cette chanson. J'avais bien d'autres choses à faire A la maison. Cet hommage à votre (agri)culture C'est parce que nous partageons Ce besoin d'atmosphère pure Dont nous rêvons. 4 Regard impressionniste sur une journée peu ordinaire Il y a 100 ans Quartier Lorraine … la rue de Pontoise A droite au rez de chaussée, le magasin Félix Potin, devenu aujourd’hui 8 à 8. A gauche, un ensemble de vieilles maisons , dont l’hôtel de la Chancellerie, qui a été démoli dans les années 1950 pour permettre la construction d’un immeuble appartenant à la société 3F. Une plaque discrète rappelle l’emplacement de l’ancienne maison du chancelier Séguier. Seul subsiste encore le passage sous l’immeuble à l’emplacement de l’ancienne rue aux prêtres. 6 Au 4 place de la paroisse, derrière l’église, se trouvait le chocolatier Lecestre, fondé en 1830. Il était célèbre pour ses spécialités dont le «Disque d’Or» présenté dans de magnifiques boites (photos ci-dessous). Quelle est l’origine du mot « gazette » ? Par Chantal Grandclerc Bien que cela soit parfois controversé, il est généralement admis que le mot « gazette » provient de l’italien gazzetta et plus précisément du vénitien gazetta. Dans son Encyclopédie méthodique, Voltaire écrit au mot Gazette : « Relation des affaires publiques. Ce fut au commencement du XVIIe siècle que cet usage utile fut inventé à Venise, dans le temps que l’Italie était encore le centre des négociations de l’Europe, et que Venise était toujours l’asile de la liberté. On appela ces feuilles, qu’on donnait une fois par semaine, gazettes, du nom de gazetta, petite monnaie 1, revenant à un de nos demi-sous, qui avait cours alors à Venise ». Le titre de Gazette - qui désigne un écrit périodique donnant des nouvelles politiques, littéraires, artistiques etc. – fut donné à de nombreuses publications, dont les plus célèbres étaient la Gazette d’Amsterdam, la Gazette de Leyde, la Gazette d’Utrecht etc., pamphlets publiés par des réfugiés français pendant le XVIIème siècle. Ces feuilles vivaient surtout de médisances et de calomnies. Le 30 mai 1631, Théophraste Renaudot qui était alors, conseiller et médecin de Louis XIII, maître et intendant général des bureaux d'adresse de France et historiographe de Sa Majesté, fondait la Gazette 2. Son privilège lui donnait le droit exclusif de faire imprimer et vendre les gazettes, nouvelles et récits de tout ce qui se passait tant dedans que dehors le royaume. Paraissant tous les vendredis, La Gazette, de petit format (23 x 15 cm), comportait quatre pages. Elle avait pour rôle d’informer les lecteurs sur les nouvelles provenant de l’étranger et de la Cour. Non seulement Richelieu la protégeait, mais il y collaborait en faisant insérer ce qu'il avait intérêt à faire connaître ou à faire croire à l'Europe. Il envoyait à Renaudot des articles entiers, Louis XIII faisait de même… Dès la seconde année, elle changea de titre pour celui de Gazette de France et compta huit pages. Quelques années après, elle était tirée à 8 000 exemplaires dans la capitale et diffusée en province. A partir du 1er mai 1792, elle parut quotidiennement et prit le nom de Gazette nationale de France après l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1793. Le ton de ses articles changera en fonction des régimes en place. Rebaptisée la Gazette de France sous la IIIe République, elle cessera de paraître en 1915. 1 Correspondant 2 au prix du numéro Si Théophraste. Renaudot n'est pas le créateur de la presse en France - Le Mercure français, recueil annuel qui résumait les événements de l'année écoulée, remonte à 1611 - il reste bien le fondateur du premier grand journal périodique français. Depuis, chez nos voisins flamands et en France, de nombreux journaux portent le nom de gazette. Une gazette, c’est simplement un journal 3 (et au sens figuré une personne qui rapporte tout ce qu’elle entend dire : « cet homme est une gazette vivante », cette femme est la « gazette du quartier »). On en trouve de toutes sortes : la Gazette du palais, organe d’information juridique de référence et de publication d’annonces légales, la Gazette des communes, qui se consacre à l'actualité de la fonction publique territoriale et des collectivités locales, la Gazette de l’Hôtel Drouot, bien connue des amateurs de ventes aux enchères… et la Gazette de la Rue de Lorraine, chère aux habitants du quartier. Publication annuelle, son premier numéro daté de janvier 2011, de format analogue à celui des premières Gazettes de France, comptait 13 pages. Dès l’année suivante le format de ses pages avait doublé. Quant à son volume, il n’a cessé de croître avec un record en 2013 : 46 pages, en raison du dossier spécial sur les oiseaux ! Elle se propose de vous raconter l’histoire du quartier et de son environnement, de suivre son actualité, de vous informer sur les réunions et évènements organisés par l’association, tels que la fête biennale ou la Gazette des rois, pardon ! la Galette des rois. Elle fait appel à toutes les « plumes » du quartier et, comme nous ne sommes plus au temps des diligences, elle est diffusée sur www.lagazettedelaruedelorraine.sitew.fr. 3 En wallon journal se dit gazette Patrimoine • De bonnes nouvelles… Le pavillon de la Muette a été acheté par des amateurs de vieilles pierres en mai dernier. La restauration commence. Il devrait ouvrir au public au printemps lorsque la restauration sera suffisamment avancée pour sécuriser le bâtiment. Pour plus de photographies et pour suivre l’avance-ment des travaux par internet consultez: www.pavillondelamuette.fr • De moins bonnes nouvelles… L’hôtel de Richelieu (18 rue de la République) reste menacé de démolition. Le 5 septembre dernier, le préfet des Yvelines a homologué la modification du PSMV* qui permet la démolition de ces vieux murs et la construction au même emplacement de nouveaux bâtiments d’une hauteur pouvant atteindre 18 mètres. L’association des amis du quartier Lorraine a donné mandat à l’association Patrimoine Environnement fédérant diverses associations de défense de l’environnement et du patrimoine, dont notre association fait partie, pour agir contre ce projet. Un recours a été formé. *Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur Deux locataires du petit hôtel de Noailles par Arlette Millard Au n° 25 de la rue de Lorraine, une très jolie maison du XVIIIème siècle intrigue les saint-germanois par son nom qui est le même que celui du château de Noailles, rue d’Alsace. Il y a certes un rapport entre les deux demeures, le château a été la propriété du duc et maréchal de Noailles (1743-1793), gouverneur de SaintGermain-en-Laye, le Petit hôtel a été loué au marquis Louis de Noailles (1743-1872), fils du maréchal et locataire illustre puisqu’il a donné son nom à cette demeure. En 1754, un menuisier des bâtiments du Roi, Louis Dennebecq avait acheté rue de Lorraine, (anciennement lieu dit de la Lorine) une habitation en très mauvais état qu’il avait fait démolir pour la remplacer par une maison de rapport, celle qui fut louée en 1779, à Louis de Noailles. On ne connait pas le temps que le marquis passa dans cette demeure mais on sait qu’il était encore dans les lieux en 1784 lors de sa vente à Jean-Joseph Lesbros, maître de pension. Louis de Noailles, duc d’Ayen puis duc de Noailles, marquis de Montclar et de Maintenon, né à Versailles le 21 avril 1713 et mort à SaintGermain-en-Laye le 22 août 1793 Le marquis Louis de Noailles et de Maintenon fut successivement gouverneur de Vannes et d’Auray, ministre plénipotentiaire en Allemagne, puis ambassadeur en Hollande, à Londres et à Vienne. Emprisonné pendant la Terreur, l’arrestation de Robespierre sauva sa tête de l’échafaud. Il avait un frère, Jean-François, connu à la Cour de Louis XV pour son esprit et sa drôlerie, et, en tant que général, soucieux du bien-être de ses soldats : il avait fait abolir cette fâcheuse habitude qu’avait l’armée de ce temps de les faire coucher trois par lit. Locataire du Petit Hôtel de Noailles au XIXème siècle, Robert Mac Cormick (1807-1873), est le père de mon arrière grand-mère. Il est né à St-Croix, une des Iles Vierges des Caraïbes, d’une mère métisse et esclave que son père, Ecossais, né à Fort-William, a achetée avec une plantation de canne à sucre. Il l’affranchit mais ne l’épouse pas, cela est interdit par le «Code noir [1]», aucun blanc ne pouvant contracter mariage avec une femme qui a du sang noir et cela jusqu’à la sixième génération. Il en a six enfants, dont Robert qu’il envoie faire ses études au Danemark (St.-Croix appartient alors aux Danois). Il ne reverra jamais sa belle et douce maman. Anne Smith, 1772-1855 née à Christiansted, Saint Croix, Iles vierges. Mère de Robert Mac Cormick. Dessin d’après un daguerréotype Ile Saint-Croix des Antilles Cette ile appartient aux USA depuis 1917. En 1827, Robert Mac Cormick, bachelier ès lettres du Collège Royal de Schleswig, part faire des études de médecine à l’Université Frédéric-Guillaume de Berlin. Il y est fait « Doctor medicinae et chirurgicae » après la thèse qu’il a défendue devant ses maîtres berlinois « Cholera non solum miasmatica sed etiam contagiosa ». Mais qu’est-ce qui le pousse à quitter Berlin pour Paris ? C’est la Révolution de Juillet : son cœur s’enflamme pour la liberté - ce sont ses propres paroles - et il décide de partir à Paris. Corroborant sa thèse, le choléra arrive à Paris en 1831 en même temps que lui. A Berlin, Hegel, qu’il a connu, en est mort. Il apprend le français et s’inscrit à la faculté de médecine, (il n’existe pas d’équivalence) où les étrangers sont nombreux, deux cent sur deux mille. Mais à cause des études déjà faites à Berlin, il n’y reste que quatre ans. Il a pour maîtres les anciens médecins militaires des armées napoléoniennes : Broussais, Desgenettes, Rostan …« Etudier à Paris, c’est naître à Paris », dit Victor Hugo. Epouser une parisienne, c’est devenir parisien. Elle s’appelle Désirée Guillot, elle est née à Naples pendant la royauté éphémère de Murat dont son père était le grand argentier. La famille est rentrée en France sans argent car les Anglais ont arraisonné le navire où Guillot et Murat transportaient leurs économies. [1] Le Code noir est un ensemble de textes juridiques réglant la vie des esclaves noirs. Il est sanctionné par Louis XIV en 1685. Article 13 : « Si le père est libre et la mère esclave, les enfants seront esclaves ». Il a beau être deux fois médecin en allemand et en français, la clientèle boude cet étranger à l’accent prononcé et à la peau plus bronzée que les Parisiens. Il vend son piano et fait des dettes mais il a le bonheur de marier sa fille Anne avec un médecin Suisse, le docteur Charles Gauthey. Le docteur Gauthey s’installe à Saint-Germain, ville qu’il a connue en accompagnant son père, pasteur, faire des remplacements le dimanche au culte protestant de la rue aux Miettes. Il y entraine Mac Cormick, qui loue un moment un appartement à l’Hôtel du Petit Noailles. Le pasteur Napoléon Peyrat dans ses mémoires, souligne l’arrivée dans sa paroisse des deux médecins, le gendre Helvète et le beau-père des Caraïbes. D’ailleurs Robert et Napoléon qui ont le même âge, deviennent de très fidèles amis et font campagne pour la construction du Temple protestant de Saint-Germain, inauguré en 1862 *. Mac Cormick dont les origines étrangères sont mieux tolérées à Saint-Germain qu’à Paris, peut racheter un piano. Il ne fait pas payer les pauvres « clientèle que Dieu lui réserve ». Il est aussi le médecin des maisons de tolérance. Il y en a quatre à SaintGermain dans le quartier chaud, rue des Joueries, rue Danès, cour des Sirènes … L’occupation prussienne assombrit ses dernières années mais sa fille Anne lui donne deux petits enfants, Thérèse et Louis, mon grand-père. Il meurt le 15 mars 1873. Le pasteur Peyrat raconte qu’il y a foule à son enterrement, suivie de « tous les clochards de la ville amenés par leur chef, le fameux Trompette ». * A Saint-Germain-en-Laye, le culte protestant a d’abord été célébré (à partir de 1829) au Château, dans la salle de réception de Jacques II, puis dans sa chapelle. En 1834, le lieu de culte a été transféré dans une ancienne salle de danse ou de bal rue aux Miettes, rue qui n’existe plus aujourd’hui et qui était en bordure de la façade nord de la Mairie. Le temple actuel a été inauguré en 1862. Art … Enquête sur la Collection Kann rue de Lorraine Par Vincent Lidsky Il a semblé intéressant de compléter les informations déjà publiées en 2011 dans La Gazette sur l’ancienne demeure d’Alphonse Kann*, au regard de l’actualité l’an dernier, qui a conduit à l’évocation de cette maison dans la presse nationale; en outre, nous avons découvert d’autres informations, toujours l’an dernier, à l’occasion des recherches sur l’ex-Banque de France. 2014 a vu la sortie du film de George Clooney « Monuments men » qu’on pourrait tra-duire « les sauve(te)urs du patrimoine », sur les experts en art envoyés par les Etats-Unis pour sauver les trésors volés par les Nazis (critiqué au demeurant par les ayants-droits européens comme réécrivant l’histoire au bénéfice des Américains alors que souvent ces agents ont été tentés de placer ces œuvres aux Etats Unis. A cette occasion, plusieurs journaux nationaux ont évoqué Alphonse Kann et sa maison à St-Germain-en-Laye. Ainsi, Le Parisien magazine indiquait (mars 2014) : « A l’instar des Rothschild, de Paul Rosenberg (le grand-père de la journaliste Anne Sinclair) ou de David David-Weill, Alphonse Kann fait partie de ces grands collectionneurs israélites dépouillés par l’occupant. Né à Vienne en 1870, ce dernier a déjà gagné Londres quand les nazis forcent la porte de son hôtel particulier de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). Ils ont occupé les lieux et emporté la plus grande partie des œuvres en novembre 1940. Le reste de la collection a été vendu à Drouot, en 1942 » raconte Francis Warin, 83 ans, son petit-neveu et dernier de ses héritiers à l’avoir connu. Le butin ? Des tableaux de Picasso, Klee, Matisse, Braque, Miro. Au total, 1.100 objets volés : des toiles, des masques africains, des sculptures ou encore des dessins. Les plus belles peintures sont réparties entre l’ambassade d’Allemagne et le Jeu de Paume ». (photographie ci-dessous du salon de la maison) On pourra noter que la presse locale et le journal de la municipalité de StGermain (même dans sa rubrique « Vu, lu, entendu » qui reprend des extraits de presse) n’ont pas évoqué le lien entre la sortie du film et St-Germain. Les livres sur l’histoire de notre ville n’évoquent pas non plus le fait que, jusqu’en 1940, y était installée l’une des plus belles collections d’art contemporain au monde (Kann avait vendu dès 1927 l’essentiel de sa collection de Bruegel, Fragonard, Rubens ou encore Le Tintoret pour se concentrer sur des œuvres modernes). * Au 2 rue de Lorraine, hôtel de Mennevillette, ancien hôtel de Chevreuse, cité dans l’article suivant. Pourtant, la « redécouverte » de Kann par la presse (en même temps que de l’histoire des collections d’art volées à leurs propriétaires juifs) date de la fin des années 90 . En 1997, Le Monde écrivait : « C'était, vers 1930, un privilège d'être reçu chez Alphonse Kann, 7, rue des Bûcherons, à Saint-Germain-en-Laye. L'écrivain Maurice Sachs y fut invité. « Chez lui, observe-t-il, tout est parfait : le whisky, l'Ingres, la miniature, la statue grecque, le cigare, le Cézanne et le chien qui vous accueille. L'hôte est un homme qui sait, ce qui ne veut pas dire qu'il ne se trompe pas. Il a mieux compris les peintres de sa jeunesse que ceux de la nôtre.» Phrase contestable. Kann a réuni l'une des plus belles collections d'art contemporain de France » . L’année suivante, Libération publiait deux articles : « Le musée national d'Art moderne vient de clore son enquête sur deux oeuvres volées par les nazis et revendiquées par les héritiers du collectionneur Alphonse Kann: un Francis Picabia et surtout un Picasso de 1921, Tête de femme (à gauche) … C'est maintenant au ministère des Affaires étrangères de décider si l'Etat restitue ces oeuvres à la famille Kann. L'Etat a déjà rendu en moins d'un an à cette famille un paysage d'Albert Gleizes et un dessin de François Granet, qui se trouvaient respectivement au Mnam et au Louvre … L'ensemble, saisi, en 1940, par les nazis dans la villa d'Alphonse Kann à Saint-Germain-en-Laye, pourrait former un musée. La liste… compte en effet 1 202 objets. La plupart ont pu être rendus après la guerre. Mais beaucoup manquent, dont des chefs-d'œuvre... D'autres ont été retrouvés un demi-siècle plus tard… ». L’autre article indique : « plus de 35 Picasso à la fois, une quinzaine de Juan Gris et autant de Van Gogh … il est passionné par toutes les formes d’expression, du gothique aux Papous. Dans sa villa de SaintGermain-en-Laye, Goya voisine avec des tapisseries d’Aubusson, et les statuettes africaines sont posées sur des meubles XVIIIe ». Quant au Figaro, il écrivait en 2008 : « …plusieurs affaires ont fait grand bruit. C'est le cas du procès Alphonse Kann. Quelles oeuvres d'art trouvait-on chez lui, dans sa maison de SaintGermain-en-Laye, quand les employés du service nazi des confiscations des biens juifs (ERR) s'y rendirent en octobre 1940 et la vidèrent de son contenu ? Immensément riche, d'une famille de financiers, Alphonse Kann achetait beaucoup. Très tôt, il avait acquis des Renoir, des Degas, des Monet, des Cézanne. Il ne se convertit à l'art contemporain que plus tard, vers 1920, et rassembla alors des Matisse dont le pedigree laisse rêveur, des Picasso historiques, des Braque essentiels pour l'histoire du cubisme. Et encore des Léger, des Klee, des Juan Gris, des La Fresnaye, des Masson... Tout cela avait disparu. Après la guerre, certaines oeuvres volées et entreposées dans des caches en Allemagne furent restituées à leur propriétaire, mais pas toutes, loin de là. Les héritiers d'Alphonse Kann poursuivent aujourd'hui la traque. Des oeuvres, mises sur le marché en 1940, réapparaissent : la Nature morte au papier Job de Picasso au MoMa de New York, Fumées sur les toits de Léger au Minneapolis Institute of Arts, L'Homme à la guitare de Braque au musée national d'Art moderne à Paris, Les Aloès de Matisse à la fondation de Menil à Houston. Au total, c'est une centaine de toiles que réclament ainsi les héritiers ». Peut-être cet oubli à St-Germain est-il en partie lié au fait que, si Alphonse Kann a pu être considéré comme l’inspirateur de Proust (condisciple au lycée Condorcet) pour le personnage de Swann, il était installé à St-Germain semblet-il pour y trouver la tranquillité et y est resté discret (son neveu ne détient d’ailleurs qu’une seule photographie de lui). Le quartier a en outre subi d’importantes transformations : les bâtiments anciens et leurs jardins qui lui faisaient face, de l’autre côté de la rue des Bûcherons, n’avaient pas encore été remplacés par la tour de la « Résidence des Bûcherons » et son parking aérien (souhaitons que des arbres soient plantés pour les masquer au moins en partie). L’immeuble voisin du 5 rue des Bûcherons avait encore sans doute gardé son caractère et n’avait pas ouvert des ouvertures peu harmonieuses sur la cour. La rue était pavée, de beaux pavés que, toujours l’an dernier, nous avons pu redécouvrir pendant quelques jours, le service de la voirie les ayant fait réapparaître à l’occasion d’une réfection de la rue (ils ne s’y attendaient d’ailleurs pas car ils n’ont pas la connaissance des rues qui avaient été pavées et de celles qui ne l’étaient pas), avant de les faire disparaître pour une réutilisation inconnue. Les recherches des héritiers d’Alphonse Kann sont dirigées, depuis 20 ans, par M. Francis Warin (qui a fondé une association en la mémoire d’Alphonse Kann en 1996), aidé notamment par une galeriste qui s’est spécialisée dans ce type de recherches, Mme Elizabeth Royer-Grimblat (photographiés ci-contre - AFP). M. Warin a été alerté par la lecture en 1995 d’un article du « Monde » illustré par une photo du tableau « Tête de femme » de Picasso, portant la mention Alphonse Kann. (Ce tableau a été restitué par un musée régional français aux héritiers en 2003.) Il indiquait l’an dernier à la presse, évoquant les œuvres récupérées en 1948 : « cette première restitution a été suivie d’un silence de quarante-cinq ans. Quand la Commission a cessé ses activités, les archives ont été remisées au ministère des Affaires étrangères, sans que les familles puissent y avoir accès ». Un rapport parlementaire publié en décembre 2014 appelle à plus de volonté : « Cent deux œuvres seulement ont été rendues, sur les 2.143 récupérées en Allemagne gardées par les musées nationaux, appelées Musées nationaux récupération (MNR) ». La presse a par exemple indiqué que le Centre Pompidou avait fini par admettre en 2005 que « L’homme à la guitare » de Braque (photo de droite) provenait de la collection Kann (il a dû dédommager les ayants droit), ou que Francis Warin et sa famille avaient pu récupérer en 2008 un tableau de Léger exposé au musée de Minneapolis. De nouvelles redécouvertes sont sans doute en cours : en novembre 2013, juste avant la sortie du film « Monuments men », a été découverte à Munich, chez un particulier octogénaire (C. Gurlitt), fils d’un marchand d’art proche des nazis, plus de 1.400 tableaux. D’autres encore ont été trouvés début 2014 dans sa maison près de Salzbourg. Les journaux (nationaux et non locaux à nouveau) ont évoqué Alphonse Kann parmi les collectionneurs concernés. Toutefois, à ce stade aucune des œuvres n’a été identifiée comme telle (au total 3 œuvres sont restituables. F. Warin (qui a pris l’attache de la mairie de St-Germain) indiquait à « L’Obs » en mars dernier : « Lorsque je retrouve une œuvre, j’ai toujours ce sentiment de satisfaction, comme quand on achève un dur labeur, et puis j’ai l’impression d’avoir, d’une certaine manière, réparé l’exaction des nazis, d’avoir remis les choses à leur place. En tant que peintre, je suis toujours ému de me retrouver face à une œuvre, qui plus est, quand elle a appartenu à mon grand-oncle. Je suis conscient que pour faire une collection d’art, il faut être riche. Ce n’est pas mon cas, j’ai donc dû me séparer de certaines toiles. Parfois, ce travail est lourd et fastidieux. Il se passe de long moment où rien n'aboutit, mais il faut le faire. Je ne suis pas sûr que quelqu’un reprendra le flambeau pour retrouver dans son intégralité la collection de mon grand-oncle. Quel que soit le nombre d'œuvres retrouvées, c'est loin d'être fini pour autant. Les recherches font régulièrement remonter à la surface la trace d'œuvres disparues ». Toujours la même année, les contacts noués entre voisins du quartier pour la préservation de l’ex-Banque de France (immeuble dont la situation par rapport aux rues est très comparable à celle de l’hôtel d’Alphonse Kann, alors même que le commissaire-enquêteur retient comme argument pour autoriser sa destruction que « le parti de front bâti sur rue est présent dans tout le Saint-Germain historique et il serait difficile de justifier, au 18 rue de la République, des immeubles en retrait …) ont conduit Roger Sillard à m’informer d’un écrit paru dans la revue « Europe » en 1985. Alphonse Kann (à gauche) et un ami Gertrude Stein, née en 1874 en Pennsylvanie et morte en 1946 à Neuilly, était une féministe américaine, poète, écrivain, dramaturge. Elle vécut en grande partie en France et participa au développement de la littérature et de l’art moderne. Elle contribua à la diffusion du cubisme , notamment par l’œuvre de Picasso, Matisse et Cézanne. Dans ce numéro, consacré à Gertrude Stein (dont la collection contemporaine de celle d’A. Kann ainsi que celle de ses frères a fait l’objet d’une exposition au Grand Palais en 2011-2012), Hélène Bokanowski (née Kann, femme de lettres et épouse de Michel Maurice-Bokanowski, fils du ministre décédé dans un accident d’avion en 1928 et qui fut lui-même ministre) relate dans quelques pages intitulées « Du côté de Fleurus à l’ombre des Bûcherons » ses souvenirs de l’artiste, très liés à la maison de son oncle. On y lit ainsi : « A qui voulait savourer les sucs distillés par Gertrude et l’oncle Alphonse, avoir un pied rue de Fleurus et l’autre rue des Bûcherons … les circonstances m’amenèrent à passer de longues heures d’été … à Saint-Germain-en-Laye … Il entreprit à sa manière de faire mon éducation… Je sentais bien qu’il y avait entre eux des affinités, ne fûtce que dans le choix de certains tableaux : chez Gertrude le portrait de Mme Cézanne en bleu-gris, chez l’oncle Alphonse son portrait en robe rouge, chez l’un et chez l’autre des « Baigneurs » de Cézanne, des Juan Gris, des Picasso, mais pas les mêmes. S’il dédaignait la période rose et bleue, les cubistes et la suite s’accumulaient, leur nombre augmentant sans cesse … pourquoi, puisqu’ils avaient tant de goûts communs, ne trouvait-on pas chez elle comme chez lui d’autres modernes et pourquoi les Matisse étaient-ils chez son frère à Saint-Cloud alors qu’il y en avait tant chez mon oncle ? … Parfois l’oncle venait me chercher pour m’emmener à Varengeville chez le « père Braque ». Traversant l’Ile-de-France, il m’initiait aux arcanes de la géophysique et de la géopolitique. Le paysage alors cessait de défiler en aplats colorés, il prenait corps et s’intégrait à l’histoire des hommes. … Parfois se retrouvaient rue des Bûcherons, Braque avec Picasso. Comme Georges, Pablo semblait avoir une vénération pour l’oncle Alphonse. Tous deux s’attardaient dans l’une ou l’autre des vastes pièces en enfilade où chaque pas menait vers un meuble, un objet, une toile hors du commun. Dans cet univers où l’originalité de son goût rassemblait et disposait un nombre surprenant d’œuvres variées, des plus récentes aux plus archaïques…, ils s’oubliaient. » Plus tard : « C’était l’époque où l’on commençait à savoir que les motivations humaines avaient l’inconscient pour ressort, où le surréalisme… imprégnait les lettres et les arts. Cocteau, les Noailles, Eluard, Masson, Balthus et les autres fréquentaient la rue des Bûcherons et les murs s’y enrichissaient de toiles de Klee, de Masson, de Balthus. » A propos d’Alphonse Kann : «Tchelitchev … m’inondait de coupons de tweed conçus… pour Coco Chanel, dans le secret espoir que je l’introduise chez mon oncle Alphonse… Tirant silencieusement sur sa pipe, il me fixa d’un regard sans indulgence … « Souvent, je t’ai dit qu’il fallait se méfier des modes et des idées reçues »… L’article se termine ainsi : « Je les trouvais changées comme tous ceux qui avaient subi les angoisses et les duretés de la guerre. … Elle m’ouvrit les bras et tout de suite me demanda des nouvelles de l’oncle Alphonse, s’il allait bientôt prendre le chemin du retour. « I miss him », me dit-elle…». Les Secrets d’Histoire du Quartier Lorraine Les duchesses de la rue de Lorraine par Olivier Pascal Les plus grandes familles de l’ancien régime avaient un pied-à-terre à SaintGermain-en-Laye, dans une géographie locale qui reflétait les jeux de pouvoir autour du château et de la monarchie. Au début du 17e siècle, trois grandes figures féminines incarnent le dernier acte de ces rivalités, avant le prochain triomphe de l’absolutisme. Et chacune porte le nom d’un des hôtels du quartier Lorraine, qui se trouve ainsi attachée à ce moment de l’histoire, comme le révèle un plan de 1709. Charlotte de Montmorency, duchesse de Bourbon et princesse de Condé, est issue de la famille qui possédait l’hôtel de Montmorency, actuellement au 18 de la rue de la République. (portrait de droite) Marie-Aimée de Rohan était l’épouse du duc de Chevreuse, un Guise. L’hôtel de Chevreuse était sis 2 rue de Lorraine. (portrait de gauche) Anne-Geneviève de BourbonCondé, duchesse de Longueville, fille de Charlotte de Montmorency et sœur du Grand Condé, épousa Louis d’Orléans, duc de Longueville, dont l’hôtel est situé au 26 rue de la République. (portrait de droite) Ces princesses sont issues des grands clans familiaux, qui, sous Henri IV puis Louis XIII, disposent d'une part majeure du pouvoir en France, du fait de leur patrimoine terrien et aussi de leurs positions administratives, titulaires de grands offices tels que la connétablie, le gouvernement de provinces, ou de placesfortes accordées en "garantie" par le roi lors des tractations des guerres de religion. Ces guerres ont été la façade de leurs luttes de pouvoir, luttes qui se poursuivent par de graves soubresauts aux premiers temps de la dynastie Bourbon. Le Connétable Anne de Montmorency (1494-1567) Par Jean Clouet en 1530 Grand père de Charlotte de Montmorency, ci-dessous Au sommet des grandes familles de la faction catholique, la maison de Lorraine* qui s'est alliée aux Bretons de Rohan (les hôtels Rohan-Soubise à Paris seront bâtis à la place de l'ancien hôtel de Guise) et qui reste souveraine en Lorraine. La prise de pouvoir complète en France de la branche de Guise n'a toutefois pas abouti. Issus du parti calviniste et opportunément convertis, les Bourbon détiennent maintenant le trône de France ; leurs cousins Bourbon-Condé, potentiels successeurs, ont été entraînés dans leur abjuration et leur fortune. Quant aux représentants du parti des Valois, qui cherchèrent longtemps une voie politique intermédiaire entre les deux clans religieux, ils sont les grands perdants, au premier rang d'entre eux la maison de Montmorency. Après la condamnation et l'exécution du dernier duc de Montmorency, en 1633, leur immense fortune fut transmise aux Bourbon-Condé. Sur une période délimitée par les deux régences féminines, celle de Marie de Médicis et celle d’Anne d’Autriche, les complots successifs contre Louis XIII, pour le remplacer par son frère Gaston, supposé plus manipulable, puis la Fronde forment la trame épique de la vie souvent romanesque de nos princesses. On en donne ici quelques traits tirés des récits des historiens classiques et autres bons auteurs, aux couleurs variées (voir la biblio). *Rappelons que la rue de Lorraine ne doit pas son nom à la province mais au lieu-dit La Lorinne ou La Loranne. Charlotte de Montmorency, princesse de Condé au cœur de la tourmente Portrait de Charlotte de Montmorency daté de 1625 par Daniel Dumonstier. Musée du Louvre, En 1609, Henri de Montmorency, connétable de France, est un des premiers personnages du royaume, même s’il ne jouit pas de la même faveur que celle dont bénéficiait son grand-père le connétable Anne auprès de François Ier. Sa fille Charlotte, née en 1594, tente le roi Henri, vert-galant sur le retour. L’historien Heinrich Mann indique qu’en arrière-plan, comme pour bien des maîtresses de Henri, ce serait la famille de la jeune femme qui aurait favorisé les choses. Toujours est-il que pour disposer de la couverture nécessaire, le roi fait rompre les fiançailles de Charlotte avec Bassompierre pour la marier à Henri de Bourbon-Condé, son cousin et héritier en second (le futur Louis XIII et son frère Gaston sont encore très jeunes), supposé de peu d’inclination pour les femmes et donc potentiellement complaisant. Las ! le cave se rebiffe et emmène sa femme au loin, à Bruxelles, chez le vice-roi d’Espagne. Nous sommes en 1610, le roi veut repartir en guerre contre l’Espagnol pour ramener la dame en France, mais le couteau de Ravaillac arrête son guerrier et adultère projet… 23 ans plus tard, Louis XIII réprime le soulèvement du Languedoc. Son instigateur Henri II de Montmorency est condamné à la décapitation et le roi refuse sa grâce demandée pour son frère par Charlotte éplorée, et par toute la noblesse. Les biens du dernier duc de Montmorency sont affectés à Henri de Bourbon, prince de Condé, et à sa femme Charlotte. Leur échoient ainsi le château et le domaine de Chantilly, et accessoirement l’hôtel de Saint-Germain-en-Laye. Ils cèdent immédiatement ce dernier bien au cardinal de Richelieu en 1633. Ses héritiers fort endettés revendront le bien à la veille de la Révolution. Portrait d’Henri de Bourbon, cousin du roi Louis XIII et mari de Charlotte de Montmorency Musée du château de Pau Epouse du premier prince de sang, qu’elle contribue à rapprocher du Roi, en possession de la première fortune de France, Charlotte reste une amie de confiance d’Anne d’Autriche, y compris quand celle-ci devient régente de France. Elle symbolise alors la profondeur du lien entre la monarchie et la haute aristocratie, au-delà des tensions politiques. La fronde et les choix divisés de ses enfants, le prince de Condé, le prince de Conti, la duchesse de Longueville la déchirent et elle meurt à ce moment (1650). Marie-Aimée de Rohan, duchesse de Chevreuse, la chevrette indisciplinée Marie de Rohan, née en 1600 dans cette famille princière bretonne, commence par épouser le duc de Luynes favori de Louis XIII . Elevé à la dignité de connétable de France en 1620, Luynes la met en situation de nouer une amitié avec la jeune Anne d’Autriche. Son tempérament dissipé a une première conséquence tragique quand elle entraîne Anne à courir dans les salles du Louvre, d’où il s’ensuit pour la jeune reine une chute et une fausse couche. De cette date, 1622, et pendant seize années, le trône restera sans héritier. Eloignée de ce fait de la cour, veuve de surcroît, elle se remarie avec Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. La position de la Maison de Lorraine lui permet de réintégrer la Cour sans retard. Elle multiplie les intrigues, comme celle qui permit au duc de Buckingham de faire la cour à Anne d’Autriche. Elle est ensuite instigatrice de différents complots contre Richelieu, qu’elle voulait faire remplace par son amant Chateauneuf, ou contre le roi à l’occasion des complots de Soissons et Cinq-Mars. En concurrence avec Charlotte de Montmorency dans l’amitié d’Anne d’Autriche, elle se distingue par son style agité et vindicatif. Richelieu exile la remuante "Chevrette". Elle réapparait pour soutenir la fronde parlementaire, dans le cadre de son opposition à Condé et sa sœur, fidèles au roi à ce stade. Et à contre-courant durant la fronde des Princes, elle est une des premières de son rang à se réconcilier avec Mazarin. Par la suite, sa fréquentation de la cour signe particulièrement la domestication de l’aristocratie par Louis XIV. Anne-Geneviève de Bourbon, Duchesse de Longueville, égérie des deux Frondes Anne-Geneviève, fille de Charlotte de Montmorency et d’Henri de BourbonCondé, nait dans la prison du château de Vincennes en 1619 ; sa mère y a rejoint son père emprisonné pour s'être opposé au maréchal d’Ancre le favori de Marie de Médicis régente. Elle est la sœur aînée du Grand Condé et du prince de Conti. Anne Geneviève épouse Henri d’Orléans, duc de Longueville, qui descend de Louis Ier d'Orléans, par Dunois compagnon de Jeanne d’Arc. Elle l’accompagne à Munster en 1648 et conquiert les négociateurs du traité de Westphalie - la "déesse de la Paix et la Concorde". A son retour, avec son frère Conti, mais contre son frère Condé, elle embrasse le parti de la fronde parlementaire . Elle en est l’inspiratrice avec la duchesse de Chevreuse jusqu’à son terme en 1651, et elle forme ensuite l’âme de la fronde des Princes derrière Condé. Celui-ci vient finalement à résipiscence, mais Anne-Geneviève reste irréductible. A la suite de quoi, elle est assignée pour quelque temps à résidence dans son château de Montreuil-Bellay au sud de Saumur ( ci-dessous) . Elle se tourne vers la religion et le jansénisme de Port-Royal jusqu’à sa mort en 1679. Fréquentation de Saint-Germain Nos princesses ne furent pas nécessairement très assidues en les hôtels qui portèrent leur nom à Saint-Germain, car des résidences plus prestigieuses étaient à leur disposition, à Paris notamment où était leur vie sociale, pour les périodes où elles n’étaient pas en fuite ou en exil. On peut notamment citer pour la princesse de Condé l’hôtel de Condé dans l’actuel quartier de l’Odéon et pour Marie de Rohan, connétable de Luynes, l’hôtel de la Vieuville près du "Palais-Cardinal". Charlotte de Montmorency et Marie de Rohan participèrent jeunes filles à la vie de cour qui se tenait plutôt au Louvre, la vie royale à Saint-Germain étant plutôt tournée à cette époque vers la famille et la chasse. L’idée que la cour devait former une large société intégrée, vivant de façon continue auprès du roi n’est venue que plus tard, avec le déménagement à Versailles. Charlotte de Montmorency était fille d’honneur de Marie de Médicis : cela signifie peut-être qu’elle pouvait résider au château quand la reine venait à SaintGermain. Pour Anne-Geneviève de Bourbon, sa vie de jeune femme fut très parisienne, notamment par sa fréquentation de l’hôtel de Rambouillet. C'est la duchesse de Chevreuse qui fut probablement la plus saint-germanoise. Enfant, elle a pu séjourner en famille à l'hôtel de Rohan (rue des Ursulines) et, plus tard, quand elle réintégra la cour de Louis XIV établie à Saint-Germain, elle pouvait y bénéficier de l'hôtel de Chevreuse, sa résidence habituelle du château de Dampierre étant un peu éloignée. Ci–dessus: portrait de la duchesse de Chevreuse en Diane chasseresse. (Portrait attribué à Claude Deruet) Les hôtels de Longueville , Montmorency (devenu hôtel de Richelieu), Chevreuse (devenu hôtel de Mennevillette) figurent sur le plan de Georges Boissaye du Bocage (1709) sous les cotes 19, 17 et 20. Eléments bibliographiques Ouvrages de Jean-Christian Petitfils, dont : l’assassinat de Henri IV, mystères d'un crime (Perrin, 2009) – les tenants et aboutissants du pouvoir autour du premier Bourbon Ouvrages de Simone Bertière, dont : Condé, le héros fourvoyé (Fallois, 2011) – l’homme héroïque, vis à vis des femmes romanesques Arnaud Teyssier : Richelieu l’aigle et la colombe (Perrin, 2014 – les tenants et aboutissants du pouvoir autour du deuxième Bourbon Alexandre Dumas : Les trois mousquetaires, vingt ans après, le vicomte de Bragelonne – de cape et d’épée, pour des lecteurs de 7 à 77 ans… Philippe Erlanger : Henri III (Gallimard, 1935) un classique qui a résisté à la patine du temps Heinrich Mann : die Vollendung des Königs Henri Quatre (Querido, Amsterdam, 1938) – un historien se laisse prendre au piège du roman d’un roi Deux petites histoires derrière la grande Histoire … En 1606, Charlotte de Montmorency était fiancée à François de Bassompierre (portrait de droite) lorsque le roi Henri IV imposa de la marier à son cousin, Henri de Bourbon, espérant ainsi la voir plus aisément. Le futur maréchal de Bassompierre, fort épris, s’est incliné après un entretien avec le roi mais il en a conçu un vif dépit. Il évoque cet épisode dans ses mémoires . On désignera longtemps sous l’expression « C’est un vrai Bassompierre! » , un gentilhomme galant, élégant, hardi, ayant de la répartie et de l’humour. En 1633, le cardinal de Richelieu achète à Charlotte de Montmorency et à son époux Henri de Bourbon, la maison dite Hôtel de Montmorency de SaintGermain. Quelques années auparavant, en 1628, il avait négocié les fiançailles de sa nièce, ClaireClémence de Maillé-Brézé (portrait de droite) alors âgée de 5 ans avec le fils ainé du couple, neveu du roi. A l’époque, le roi Louis XIII est marié depuis plus de 10 ans avec Anne d’Autriche et n’a pas d’enfant. Son héritier est alors son petit cousin Louis de Bourbon-Condé (qui deviendra plus tard le grand Condé après s’être illustré sur les champs de bataille). Le cardinal de Richelieu espère ainsi marier sa nièce au futur roi de France mais en septembre 1638, la reine Anne d’Autriche donne naissance à Saint-Germain-en-Laye au futur Louis XIV, après 23 ans de mariage, alors que le roi Louis XIII a 37 ans et la reine 36. Cette naissance anéantit les rêves de Richelieu de voir sa famille accéder au pouvoir. Le mariage est bien célébré en 1641 mais cette union fut malheureuse. Le futur Grand Condé, épris d’une autre jeune femme, ne témoigna aucun amour à son épouse et la traita par le mépris. L’élue du journal Une foulée Royale ! Dimanche 15 juin 2014, la fille de Julie et Alain Tavé, 5 rue de Lorraine, a remporté la célèbre course saint-germanoise pour la deuxième fois. Cette course d’une longueur de 10 km se termine dans le parc du château de SaintGermain en Laye. Jennie s’est confiée à la gazette: « J'ai parcouru les 10km en 36:24 minutes, battant le record du parcours que j'avais établi en 2011 de 35 secondes. C‘est la deuxième fois que je remporte cette course. » 14 Lorsqu’on demande à Jennifer Tave d’où elle vient, la réponse est un peu compliquée. Bien que sa mère soit Californienne et son père Corrézien, Jennie n’a aucune hésitation en disant qu’elle est Saint-Germanoise de coeur, et cela non seulement de naissance. Ses souvenirs les plus vifs sont ceux de sa vie à Saint-Germain – de la Maternelle rue d’Alsace, l’école Henri Dunant, la course à pied et les sorties en vélo dans la forêt, les promenades avec sa mère et sa chienne Bella sur la terrasse, les approvisionnements au marché, et plus récemment les courses portant le maillot du club des Foulées de Saint Germain. Bella et Jennie Elle ne vit plus rue de Lorraine, mais elle rentre de Californie voir ses parents au numéro 5, de la rue de Lorraine deux fois par an. Après sept années d’enfance à Saint Germain (au 3 rue Gaucher), Jennie a suivi sa famille à Dubaï, où elle a vécu pendant huit ans. Bien qu’elle soit contente de ne plus vivre sous la chaleur et l’humidité suffocante, elle a adoré y rencontrer des amis d’un arc en ciel de cultures. Elle y a aussi vu les effets de l’extravagance contre le contraste de la pauvreté extrême – à Dubaï, ainsi que lors de ses voyages au Népal, en Inde, en Thaïlande, au Kenya, en Tanzanie, et en Egypte. Elle a développé un goût pour la découverte de la nature dans le désert des Emirats, dans les wadis de l’Oman et lors de ses séjours rafraichissants dans la campagne Corrézienne et à la plage du côté de l’Océan Pacifique. Jennie et son frère Jérome Comme un tournesol, elle s’épanouit sous le soleil, une des raisons pour lesquelles elle a choisi de s’installer en Californie pour poursuivre ses études en université. Elle a fait quatre ans d’études de biologie à Scripps College (dans la ville de Claremont, 1 heure à l’est de Los Angeles). Recevant une bourse pour courir dans une université au Colorado (Colorado State University), elle a poursuivi ses études pour obtenir un masters en nutrition et physiologie sportive. Depuis un an et demi, elle est de retour à Claremont, adorant son travail en tant que coach de course pour l’équipe de soixante-dix coureurs qui représentent l’université en athlétisme et en cross. Elle suit également un cursus pour être certifiée en tant que nutritionniste et donne des cours de yoga. Elle souhaite continuer à participer à des compétitions de course à pied, s’entraine pour courir un marathon cette année, et espère éventuellement être de nouveau sélectionnée en Equipe de France. Au jour le jour, sa vie est rythmée par sa foulée qui lui permet de se tourner vers la lumière du lever du soleil au-dessus des montagnes en se levant tous les jours à 5 heures, de partager son goût de vivre, de trouver une vie équilibrée, et de transmettre son expérience et sa passion pour une vie heureuse et pleine de santé. La famille Tavé au complet: Jennie, Jérome, Alain et Julie LeQuestionnaire de la Gazette Le principal trait de votre caractère : la ténacité Ce que vous appréciez le plus chez vos amis : l’amitié inconditionnelle Votre principal défaut : toujours vouloir mettre les autres avant moi-même et ne jamais vouloir dire non. Votre occupation préférée : courir dans la forêt de St Germain, dans les montagnes du Colorado ou sous les séquoias de Californie. Le pays où vous aimeriez vivre : il y en a encore tant à découvrir! Pour le moment, j’aime vivre où se trouvent mes amis. Votre héros/ votre héroïne dans la fiction : Le Petit Prince de Antoine de Saint- Exupéry et sa sagesse : « on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Votre héros/votre héroïne dans l’histoire : Gandhi Votre compositeur préféré : Debussy Votre plat / gâteau préféré : un bon moutabal (caviar d’aubergine), les clafoutis que faisaient ma grand-mère Les fautes qui vous inspirent le plus d’indulgence : les fautes dues à l’expérimentation Le superpouvoir que vous aimeriez avoir: voler dans les airs…et changer de perspectives Le personnage célèbre dont vous auriez aimé être l’amie : Mère Teresa Les objets que vous emporteriez dans votre valise si vous deviez partir sur une ile déserte: de quoi écrire, une gourde, un couteau Suisse, mon sac de couchage bien chaud, ma chienne Bella (!!) pour me tenir compagnie Le monde de la rue de Lorraine EN VUE Carnet Rose 22 Estelle d’Audiffret née le 21 octobre 2014 fille de Brigitte et Aymeric d’Audiffret Arrivées /Départs: Rue de Lorraine: 31 Arrivée de Fabrice et Kari ODENT et de leurs deux enfants Fanny et Gabriel (21 et 19 ans) Rue Brancion 4 Arrivée de Habib et Marie Hélène ARB, de leurs deux enfants Tiana et Naveen Rue Henry Bertrand: 52 Arrivée de Julien et Anouck DARGENT , de leurs trois enfants, Camille 12 ans, Henri 10 ans et Charles 5 ans. Les Petites Annonces de la Gazette Offres de Baby Sitting: - Clarence Gérard, 17 ans (2 rue Brancion) peut garder vos enfants le vendredi et le samedi soir. Téléphone: 01 30 61 94 67. Emma Braulotte, 15 ans (36 rue Henry Bertrand) peut garder vos enfants. Téléphone: 06 26 17 51 91 Divers: - Iris Kamp donne des cours de piano pour débutants. Téléphone: 06 26 17 51 91 - Roseline, dame de nationalité philippine , anglophone, recherche des heures de ménages dans le quartier. Sérieuse et discrète. Références. Pour tout renseignement contacter Claude et Elisabeth Reinhardt au 4 rue Brancion ([email protected]) qui transmettront. La famille Vock, (6 rue de Lorraine), recherche toujours un motoculteur pour retourner son potager. Téléphone : 01 39 12 44 50 - L’association des amis du quartier Lorraine vous souhaite une très bonne année 2015 et vous invite à partager galettes des rois et vin chaud Dimanche 25 janvier 2015 à 17 heures dans les caves voûtées de l’hôtel de Courtomer au 34 rue de Lorraine, chez Florence et Jean-François Massuelle Cette année , ont participé à la Gazette: - Jennie Tavé pour l’élue de la gazette, - Arlette Millard pour l’article sur le petit hôtel de Noailles, - Vincent Lidsky pour l’article sur la collection Alphonse Kann, - Olivier Pascal pour l’article sur les duchesses de la rue de Lorraine - Chantal Grandclerc pour l’article sur les Gazettes, - Armelle Privat pour la rubrique 100 ans rue de Pontoise, - Bernard Mouton pour le communiqué sur l’association des amis de la forêt, - René Sliosberg pour la chanson du 15 juin , - Françoise Brissard, Françoise Roidot , Pascal Daviau et Isabelle Gérard pour le dossier sur les arbres remarquables. Et nos reporters photographes: Alexandre Tremblot, Julie et Alain Tavé , Bruno et Pierre Gérard La gazette est un courrier d’information rédigé par les adhérents de l’association des amis du quartier Lorraine. Elle est gratuite et disponible par internet, sur simple demande, à l’adresse suivante: [email protected]