Efficacité de l`aide, standards Sphère et qualité de l`assistance
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Efficacité de l`aide, standards Sphère et qualité de l`assistance
Efficacité de l’aide, standards Sphère et qualité de l’assistance humanitaire Une contribution présentée au Sommet humanitaire mondial (SHM) Chacun a le droit de recevoir une aide humanitaire en fonction de ses besoins. Mais nous savons qu’il ne suffit pas de fournir une quantité adéquate de nourriture, d’eau, d’abris et de soins de santé. La distribution d’eau sauve des vies mais, lorsqu’une crise se produit, c’est que l’eau soit potable, de goût agréable, accessible à tous et sans risque qui fait la différence entre la simple survie et une vie digne pour des millions de familles, de femmes, d’hommes, de filles et de garçons. Un engagement collectif en faveur de la qualité de l’aide et de l’intervention humanitaire doit constituer un aspect central de nos engagements lors du SHM. Le système humanitaire international formel accomplit, depuis de nombreuses années, des progrès très considérables au moment d’améliorer son approche collective de la planification et de l’assistance, en grande partie parce qu’il a lui-même reconnu la nécessité (et le potentiel) de faire mieux en entreprenant des actions collectives plus robustes et en assurant la redevabilité au niveau interne. Pour améliorer ce système, la réforme humanitaire s’est concentrée sur l’amélioration des processus de coordination, l’encouragement à un leadership plus robuste et des mécanismes de financement plus adaptés. La redevabilité de ce système formel à l’égard des populations touchées, ainsi que la redevabilité mutuelle des divers acteurs, se sont révélées constituer la pierre de touche de la réforme à tous ses stades. Or, on remarque qu’il n’y a pas eu de discussion sur la qualité lors des débats sur la réforme et des préparations thématiques relatives à l’efficacité dans le cadre des processus du SHM. Non seulement la qualité globale de l’intervention et la qualité de l’aide précise apportée sont importantes pour les résultats et l’impact d’une intervention, mais un cadre commun de standards de qualité constitue par ailleurs la base d’une discussion sérieuse sur la redevabilité elle-même. Tandis que le SHM évolue vers un engagement en faveur d’une approche humanitaire plus inclusive et des interventions plus contextualisées, le besoin de ce cadre commun est clair. Qu’on le désigne comme une « interopérabilité » ou des valeurs partagées, il est évident qu’il sera utile à une variété d’acteurs issus de différentes traditions qui cherchent à atténuer les souffrances humaines de disposer d’un langage opérationnel commun pour être complémentaires, efficaces et, en fin de compte, sauver plus de vies. Établi en 1997, le Projet Sphère a évolué pour devenir ce langage commun et continue d’évoluer en fonction des données factuelles et des expériences. Le manuel Sphère, qui est le document humanitaire le plus connu et le plus référencé, a été spontanément traduit en plus de 40 langues, et a été adopté ou approuvé par une variété d’autorités nationales, d’autorités municipales, de gouvernements donateurs, d’ONG internationales, d’ONG nationales et d’organisations communautaires, d’agences onusiennes, de sociétés et fondations de la Croix-Rouge/du Croissant-Rouge comme la référence en matière de qualité et de redevabilité. En tant qu’approche intégrée de l’aide humanitaire de qualité, Sphère n’appartient ni à une organisation, ni au CPI ou à un organisme régional. C’est pourquoi le manuel est accepté par une remarquable variété d’entités. Sphère est souvent utilisé pour planifier, concevoir, suivre, évaluer et coordonner les efforts humanitaires ; un aspect important est qu’il a étayé une grande partie des débats en cours sur les performances humanitaires dans le cadre des opérations sur le terrain1. Des organisations de la société civile comme l’Alliance des Promoteurs de Sphère aux Philippines ou la Communauté Sphère au Bangladesh rassemblent des dizaines d’organisations humanitaires à l’échelle locale ou nationale afin de bâtir des interventions de qualité et de contextualiser les standards à travers l’expérience et le retour des communautés touchées, en traduisant les outils et en renforçant les capacités avec des structures communautaires et autres. Au-delà du secteur de la société civile et des ONG humanitaires, une variété de gouvernements et d’autorités nationales, de pays allant du Guatemala, de la Bolivie ou de l’Équateur à l’Inde et l’Indonésie, ont aussi adapté ou intégré les standards et indicateurs Sphère dans leurs politiques nationales de gestion des catastrophes. Ce rôle de cadre mondial global pour les politiques et les pratiques, le plaidoyer et les interventions humanitaires ne peut qu’être encore enrichi et exploité par les débats et les résultats du SHM. L’élément central de l’approche Sphère est la conviction que les populations touchées par une catastrophe ou un conflit ont le droit de mener une vie digne et, par conséquent, le droit de recevoir une aide à laquelle elles puissent participer pleinement. La Charte humanitaire établit un cadre juridique et éthique pour les praticiens humanitaires et met en relief la redevabilité à l’égard des communautés touchées, ainsi que l’équité et l’impartialité. Les principes de protection traduisent ce cadre juridique en stratégies et en actions afin de veiller à ce que l’aide et la protection continuent de constituer des piliers égaux dans toute intervention. La Norme humanitaire fondamentale harmonisée 2 , qui remplace les standards essentiels de Sphère, décrit les processus et approches qui sont fondamentaux pour une intervention, y compris les engagements en faveur de la redevabilité, la participation, la coordination, les mécanismes de retour, l'apprentissage continu, le soutien au personnel et la probité en matière de gestion et de finances. Avec les principes de protection, ces deux éléments étayent toutes les activités humanitaires et doivent être utilisés conjointement avec les chapitres techniques qui suivent. 1 On trouvera une liste complète des principaux défis pour le suivi de l’efficacité dans « Counting what counts: performance and effectiveness in the humanitarian sector », Ramalingam & Mitchell, ALNAP 2009. 2 La Norme humanitaire fondamentale, élaborée par le Groupe URD, le Partenariat de redevabilité humanitaire (HAP), People in Aid et le Projet Sphère, rassemble des éléments clés de plusieurs normes et engagements humanitaires existants, y compris le Code de Conduite pour la Croix-Rouge/Croissant-Rouge et les ONG, les standards essentiels Sphère, la norme HAP 2010, le Code de bonne pratique de People In Aid et la méthode COMPAS Qualité du Groupe URD. Elle remplace progressivement les standards essentiels de Sphère, de HAP, de PIA et du Groupe URD et elle sera finalisée en 2016. Les standards minimums techniques englobent des standards quantitatifs et qualitatifs, des actions clés et des conseils pour apporter une aide conformément à la Charte humanitaire. Des indicateurs clés sont donnés pour atteindre les standards dans les domaines WASH (approvisionnement en eau, assainissement et promotion de l’hygiène), sécurité alimentaire et nutrition, abris et articles non alimentaires et santé. Des secteurs supplémentaires sont couverts de façon similaire pour l’éducation, la protection de l’enfance, l’élevage et le relèvement économique à travers les standards associés3. Les standards minimums sont essentiels pour les personnes que nous cherchons à aider, avant tout. Ils fournissent le cadre de ce que les gens peuvent attendre et réclamer des actions humanitaires, tant sur le plan de la qualité de l’aide que sur la manière dont elle est fournie. Ils constituent les outils de base sur lesquels se fonde la redevabilité. Bien qu’il existe un certain nombre de facteurs susceptibles de compromettre l’aptitude de toute organisation à adhérer à ces standards, ils forment une base de référence commune et partagée par rapport à laquelle la qualité d’une intervention peut être établie et — aspect peut-être plus important — comparée à d’autres lieux où est menée la même opération ou bien à d'autres opérations. Cela va bien au-delà de la quantité d’aide apportée ou même du pourcentage des besoins satisfaits, aspects que couvrent déjà de nombreux outils de suivi collectifs actuels. Cela suggère plutôt une approche intégrée du suivi de l’efficacité humanitaire de manière plus globale. L’édition 2011 du manuel Sphère a exposé cette approche intégrée du « pourquoi » (les principes et la Charte), du « comment » (Norme humanitaire fondamentale/standards essentiels et principes de protection) et du « quoi » (standards techniques) en lançant un appel au suivi des performances dans ce cadre et à la diffusion large des résultats. Cet appel n’a pas été suivi de manière aussi complète qu’on l’espérait. Il incombe maintenant au SHM de renouveler cet appel et d’aller plus loin en présentant une proposition plus large en vue d’un suivi collectif par rapport aux standards Sphère complets. Le Projet Sphère n’a rien perdu de son engagement en faveur d’un ensemble volontaire de standards et d’un outil open source (code source ouvert) ; cela s’est avéré constituer un point fort clair, car il a permis le rassemblement de l’expérience et du savoir collectifs de milliers de professionnels humanitaires pour qu’ils fassent l’objet de débats et soient condensés et adaptés aux contextes. Cela a par ailleurs permis à d’autres personnes prenant part à des activités de secours et d’aide de bonne foi d’adopter ce langage commun lors du travail avec des acteurs humanitaires dans le cadre d’approches coordonnées et complémentaires, que ce soit au sein de comités communautaires, d’églises, de ministères gouvernementaux, d’entités militaires, voire d’entités non étatiques. Le Sommet humanitaire mondial est l’occasion d’élargir encore cette approche englobante et de lancer un appel pour que les standards Sphère forment la base d’une planification, d’une programmation, d’un suivi et d’une redevabilité interopérables par rapport auxquels une communauté de praticiens la plus large possible puisse mesurer ses accomplissements, ses lacunes, ses progrès et — aspect important — la qualité et la cohérence de l’aide fournie pour sauver des 3 Les standards associés au Projet Sphère englobent ceux de l’INEE (éducation), le domaine de responsabilité sur la protection de l’enfance du cluster protection, MERS (relèvement économique à travers le réseau SEEP) et LEGS (élevage). vies ensemble. L’utilisation de standards fondés sur Sphère présente l’avantage de standards minimums convenus à l’échelle mondiale ; l’utilisation d’indicateurs standardisés améliore la comparabilité. De par leur adaptabilité, les indicateurs Sphère sont utiles indépendamment de la méthodologie d’évaluation ou de suivi. Au-delà de mai 2016, il y aura d’autres occasions de développer les résultats du SHM ; en effet, le manuel Sphère entamera un processus d’envergure de révision approfondie avant la publication d’une quatrième édition avant le 20e anniversaire du manuel, en 2018. Nous sommes déterminés à veiller à ce que cette édition profite de contributions émanant des communautés, du réseau de praticiens Sphère dans toutes les régions du monde et d’autorités nationales qui s’efforcent d’adapter les standards à leurs propres contextes et approches en matière de qualité. Nous nous réjouissons d’avance de la pleine participation des participants au SHM pour faire de l’élan et des engagements une réalité pour les populations les plus touchées, les personnes qui ont le droit d’attendre une aide humanitaire de la meilleure qualité possible, indépendamment du lieu touché par la crise. Tel est l’engagement que nous devons prendre à l’égard de chaque personne à laquelle nous venons en aide : prendre toutes les mesures nécessaires pour atténuer la souffrance et veiller à apporter une aide humanitaire de qualité pour permettre aux gens de mener une vie digne. ●●●