Fugue musicale - La Bibliothèque
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Fugue musicale - La Bibliothèque
Saint-Herblain Lettres à Lina Des Jardins « Ô géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe, allumés au long de la terrasse, c’est de votre reflet que ma joue d’enfant reçut un don vermeil. Car Sido aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier… » Colette. Sido Saint-Herblain, le 24 janvier 2007 Lina, Ce matin, il faisait froid. Mon œil s’est attardé sur une touffe blanche de marguerites en fleur. Ont-elles oublié que nous sommes en janvier ? Curieusement, j’ai pensé à vous et aux premiers jardins de mon enfance. Longtemps, les jardins ouvriers dont le vôtre, furent avec les terrains vagues mes uniques voyages. L’âge venant, je pus franchir la frontière des talus et des haies pour intégrer dans mon territoire botanique les pitoyables jardins publics épargnés par les usines, les jardinets des pavillons de banlieue et les minuscules potagers des garde-barrières que je guettais du train. Les années passant, d’autres jardins, plus grands, plus somptueux, ont chassé les souvenirs d’enfance. Oubliés les glaïeuls en lignes, les gaillardes soyeuses, le rosier froufroutant et les rhubarbes acides dont vous étiez si fière. Je vous ai mise entre parenthèses, jusqu’au jour où j’ai fait l’acquisition d’un terrain planté d’un cerisier, d’un prunier et d’un pommier. Qu’en faire ? Amis de passage ou charmants voisins, tous eurent un petit conseil à donner. « Si j’étais vous… ! Ah, si j’étais vous… ! » . Je n’ai rien écouté. Je me suis accrochée, comme une bernique à son rocher, à tous mes souvenirs d’enfance, à vous qui n’êtes plus, depuis si longtemps. Colette n’a-t-elle pas toute sa vie, gardé l’empreinte de son jardin d’enfance, à SaintSauveur en Puisaye ? Sido, sa mère, y régnait sans partage. Tous les romans, tous les jardins de Colette portent les traces de cet éden, qu’ils soient du Sud (la Treille muscate) ou de Bretagne (Rozven). A la fin de sa vie, recluse dans son appartement du Palais Royal, elle écrivait le jardin de son imaginaire. Alors, j’ai planté les gaillardes soyeuses, les rhubarbes acides, les cassis et les groseilliers… mais pas les glaïeuls. Je n’ai jamais pu les aimer autant que vous. Dans son livre testamentaire Un dernier jardin, l’artiste et poète Derek Jarman dit que le paradis hante tous les jardins mais que seuls certains sont des paradis, le sien faisant partie du nombre, bien entendu. Aujourd’hui, je sais que le vôtre en était un pour moi. Je ne saurais dire pourquoi. Ses charmes étaient si discrets, si peu propices aux voyages oniriques et aux visions fantasmagoriques, comme seuls les enfants solitaires des romans et des livres d’images peuvent en imaginer. Je n’étais pas Alice au pays des merveilles et vous n’aviez rien du géant égoïste d’Oscar Wilde, ce terrible gardien d’un éden caché. Vous étiez là. C’est tout. Bien à vous P.S. Quelques livres que vous ne lirez jamais Un jardin exalté. Henri Michaux Le Jardin botanique. Anne-Laure Draisey Un dernier jardin. Derek Jarman Pour un herbier. Colette Le Temps d’un jardin. Serge Bonnery Aménagements successifs d’un jardin, à C. en Bourgogne. Jean-Marc Aubert Alice au pays des merveilles. Lewis Carroll Tom et le jardin de minuit. Philippe Pearce Le Géant égoïste. Oscar Wilde La Forêt de Cœur-Bouliki. Alex Godard Colette. Gabriel Levebvre La Belle jardinière. Eric Holder Le Jardin des Finzi-Contini. Giorgio Bassani Le Tablier bleu. Martine Laffon La Femme-jardin et autres contes extravagants. Muriel Bloch Le Jardin merveilleux. Pavel Cech Le Jardin de mon enfance. Tomek Bogacki Olga, arracheuse de marguerites. Ilya Green Vert de terre. Nathalie Rizzoni Le Jardin secret. Un film d’Agnieszka Holland Fugue musicale Le Jardin des délices : chansons de la Renaissance Le Jardin des délices : sonate pour piano. Éric Tanguy « Tous les après-midi, il filait à son jardin, toujours net. Avoir un jardin sale, aux légumes mal soignés indiquait un laisser-aller de mauvais aloi, comme se négliger sur sa personne ou trop boire. C’était perdre la notion du temps, celui où les espèces doivent se mettre en terre, le souci de ce que penseraient les autres. Parfois des ivrognes notoires se rachetaient par un beau jardin cultivé entre deux cuites. » Annie Ernaux. La Place Saint-Herblain, le 25 janvier 2007 Lina, Cette nuit, il a gelé. Pétales affaissés, les marguerites subissent le vent froid de nordest. Les rumeurs disent qu’il va neiger. Votre jardin n’existe plus, Lina, je l’ai vérifié. Des immeubles ont remplacé les cabanes des jardins ouvriers, la neige ne tombe plus sur les poireaux et les choux de Bruxelles. Aujourd’hui, les jardins ouvriers ont fait place aux jardins familiaux. Question de vocabulaire. Ils sont un peu éloignés des habitations, plus réglementés aussi. L’offre ne répond jamais à la demande. Ceux que vous avez connus appartenaient aux usines, comme les logements et le terrain de football. Souvenez-vous, quand il faisait beau, certains mangeaient dehors et l’on entendait rire plus fort que d’habitude. Ceci n’a pas changé, mais ce qui évolue doucement, sans faire de bruit, c’est la présence des femmes jardinières, au potager comme au jardin d’agrément. Les arbres fruitiers n’avaient besoin de personne. Si mes souvenirs sont fidèles, le coin fleuri était pour vous et le potager pour votre mari. Epluchant toute la journée des oignons dans une conserverie, vous disiez ne plus les supporter en dehors de votre travail. Le dimanche, vous gardiez vos yeux secs et retrouviez votre sourire, nous racontant votre Italie natale, l’austère ville de Turin où je n’imaginais aucun jardin. J’appris, bien plus tard, que l’Italie des jardins était en Toscane. Vous ne partiez jamais en vacances, car l’été est le mois des récoltes. Ramasser chaque jour les haricots verts avant qu’ils ne durcissent et les mettre en conserve, faire le piquet devant les fraises tardives pour traquer les limaces et manger des salades aux trois repas avant qu’elles ne montent en graines, tel était votre programme estival. Un peu imposé, peut-être ? Bien rangés, au garde-à-vous, les légumes attendaient les critiques des voisins prompts à déceler l’herbe mauvaise, l’attaque perfide des insectes et autres champignons. Que seraient les jardins d’hiver sans deux ou trois rangées de choux de Bruxelles tordus ? Le ciel est blanc de neige. Bien à vous Bibliographie potagère et fruitière La Contrie, une grande famille et Ces jardins partagés où il fait bon causer. Bretagne magazine Cultiver son jardin : chroniques des jardins de la Fourmilière, 1992-2000 www.jardins-familiaux.asso.fr La Belle de Fontenay. Jean-Bernard Pouy Le Roman du potager. Colette Gouvion & Marielle Hucliez Stratégies de la framboise. Aventures potagères. Dominique Louise Pélegrin Des fruits. Jean-Marie Pelt La Pomme : histoire, petites histoires et recettes. William Wheeler La Bataille des légumes. Philippe Bertrand Fantaisies potagères. Jean-Paul Allègre, Bruno Allain, Bernard Avron… Villas et jardins de Toscane. Sophie Bajard & Raffaello Bencini Les Jardins familiaux. PEMF Fleurs, fruits, légumes : une histoire du jardin de l’Antiquité à nos jours. Christine de Grooté Jardins des Médicis : jardins des palais et des villas dans la Toscane du Quattrocento. Sous la direction de Cristina Acidini Luchinat J’ai descendu dans mon jardin et j’ai cueilli... Nathalie Lété L’Arbre généreux. Shel Silverstein Mon jardin, mon potager. May Angeli Histoires de fruits et légumes. Anna Stroeva Plantes du potager. Marcel Guedj Un jardin extraordinaire. Jean-Luc Danneyrolles Grosse légume… Jean Gourounas Je suis au jardin : recettes pour une année à la campagne. Chantal Servans et Pierre Soissons Fugue musicale Jardins ouvriers. Fr. Cornelou (saxo, soprano et baryton) « J’avais peur des pissenlits quand j’étais petit. » Derek Jarman. Un dernier jardin Saint-Herblain, le 26 janvier 2007 Lina, Il n’a pas neigé. Le ciel est brillant. Ce matin, je n’ai pas eu un seul regard pour les marguerites. Trop de lumière, sans doute, pour des fleurs aussi discrètes. Les fleurs sauvages aiment les jardins abandonnés mais redoutent l’œil du jardinier maniaque. Votre mari n’aurait jamais accepté le moindre pissenlit, comme il ne tolérait aucune fausse note en musique. À présent, les choses évoluent et après des années de binette et de désherbant, certaines d’entre elles trouvent une place de choix dans les jardins dits «naturels ». La digitale pourpre, le bouillon blanc, le coquelicot et la bourrache ont enfin de la grâce et les graminées s’installent en force dans les jardins publics et privés. Elles sont à la mode mais, surtout, elles captent merveilleusement la lumière. Les mauvais esprits diront qu’elles sont avant tout une aubaine pour les allergologues. Dans votre jardin de fleurs, il y avait du mouron rouge, mais je ne l’ai jamais dit à personne. C’était pour les oiseaux ! Gilles Clément, l’inventeur du « jardin en mouvement », les aime. Il s’intéresse tout particulièrement aux plantes vagabondes, celles qui, petit à petit, se sont installées dans un territoire qui n’était pas le leur. Il dit que « les plantes voyagent, les herbes surtout. Qu’elles se déplacent en silence à la façon des vents et qu’on ne peut rien contre les vents ». La toiture terrasse de la Condition publique à Roubaix n’était sûrement pas le territoire privilégié de toutes les plantes qui, depuis 1902, s’y sont installées en silence, au point de devenir un incroyable jardin sur humus industriel et d’intéresser la botaniste plasticienne Liliana Motta. La Condition publique est devenue un centre culturel et le jardin, après un inventaire complet des végétaux, un terrain d’études et d’observation scientifique. Le patrimoine industriel devient patrimoine botanique. D’où venaient-elles les violettes que, chaque année, vous offriez à ma mère ? Dans mon jardin, je laisse les fourmis les semer, à moins qu’il ne s’agisse du vent. Elles sont déjà en fleurs ! J’aurais aimé vous faire découvrir les toits terrasses de Roubaix et les jardins de Gilles Clément. Celui du Rayol, en Méditerranée, coulant jusqu’à la mer, le sien dans la Creuse, que votre mari aurait trouvé négligé, le Parc Citroën , en bordure de Seine… et tant d’autres. Imaginiez-vous, chère Lina, qu’il y avait tant à voir ? Vous n’osiez jamais parler de voyages. Bien à vous Petite bibliographie vagabonde Le Pissenlit. Barrie Watts Éloge des vagabondes. Gilles Clément Les Libres Jardins. Gilles Clément Fleurs sauvages des jardins. Christian Bernard Mauvaises herbes utilitaires du jardin. Lucienne Deschamps Les Graminées du jardin. Annie Lagueyrie & Philippe Maviel http:// www.laconditionpublique.com Végétalisation des toitures. Brigitte Kleinod Histoires de racines. Patrick Degeorges in Revue 303 n° 82 Les Jardins du Rayol. Denis Geoffroy-Dechaume Éloge de l’herbe : les formes cachées de la nature. Claude Nuridsany et Marie Pérennou Le Jardin au naturel. François Couplan et Françoise Marmy Histoires de fleurs. Isabelle Lafonta Monsieur Toutécarré. Jérôme Ruillier Fugue musicale Chantefables Chantefleurs. Musique Jean Wiener. Textes Robert Desnos « Vous êtes bien ingrat, lui dit la Bête d’une voix terrible ; je vous ai sauvé la vie en vous recevant dans mon château, et puis vous me volez mes roses que j’aime mieux que toutes choses au monde. Il faut mourir pour réparer cette faute… » Mme Leprince de Beaumont. La Belle et la Bête Saint-Herblain, le 27 janvier 2007 Lina, L’eau des caniveaux est gelée. J’ai cherché les marguerites. En vain. Juin sera plus clément. Juin, le mois des roses ! Dans votre jardin, il y avait un seul rosier aux fleurs chiffonnées que vous appeliez roses pompon. Il ne fleurissait qu’en juin. Le reste de l’année en gardait l’empreinte olfactive. Je le cherche toujours. D’autres roses sentent la citronnelle, la myrrhe, la cire d’abeille ou le thé vert mais aucune n’a le parfum de la rose pompon. Je sais pourtant que vous préfériez les roses modernes aux pétales turbinés. Le retour en grâce des roses anciennes et botaniques vous ferait peut-être changer d’avis. Les catalogues des rosiéristes aussi. Comment résister aux charmes de « Duchesse de Rohan, un Portland d’avant 1858 en lisant ceci : Madame de Rohan, en robe d’émeraude ténébreuse, laisse retomber l’étoffe bouffante d’un drapé capiteux. Les rondeurs opulentes de ses roses larges et potelées poseraient le point final à la solennité de la dame s’il n’y avait, pour adoucir le trait, le clin d’œil de son teint rose vif, bordé de tendresse ». Il y avait des roses dans les jardins du Moyen Âge : les roses de Damas rapportées par les croisés, les roses galliques pour leur parfum et leurs vertus cosmétiques. Fleur des fleurs, la rose était plantée au milieu des plantes médicinales entourées de buis et de saule tressé. On en faisait des couronnes pour les jeunes vierges méritantes. Dans votre carré de fleurs, votre rosier pompon s’accrochait à la barrière pour nous griffer au passage et, on ne sait pourquoi, la rhubarbe, l’oseille et la ciboulette poussaient à ses pieds. Les « jardins médiévaux » naissent un peu partout mais c’est au Prieuré d’Orsan que se conjuguent avec le plus de subtilité références historiques et modernité. À la rose, on associe le lys de la chasteté et la violette de l’humilité. Aujourd’hui, le rosier pompon a disparu, arraché par une pelleteuse indélicate. Dans mon jardin, d’autres l’ont remplacé. Je sais désormais que le choix est infini, qu’il y a des créateurs de roses, et des concours internationaux. Je constate qu’il y a déjà des roses sans épines, sans parfum, à floraison continue, et qu’il ne manque plus que la rose bleue. Certains en rêvent ! Pas moi ! Soyez rassurée. Tendrement Petite bibliothèque rose Nouvelle encyclopédie des roses anciennes. François Joyaux Encyclopédie des roses. Charles et Brigid Quest-Ritson La Rose, une passion française : histoire de la rose en France : 1778-1914. François Joyaux La Belle et la Bête. Mme Leprince de Beaumont. Un film de Jean Cocteau. www.cheminsdelarose.fr Le Roman de la rose. Guillaume de Lorris Les Plantes du jardin médiéval. Michel Botineau Au temps des jardins médiévaux : les saisons au prieuré d’Orsan. Sonia Lesot Les Roses sauvages. Christian Catoire et Eléonore Cruse Jardins du Moyen Âge. Centre de l’enluminure et de l’image médiévale. Abbaye de Noirlac Le Bouquet de roses. Claude Helft et Nathalie Novi Fugue musicale Le Roman de la rose : musique médiévale XII-XV e siècle Sur la terre comme au ciel, un jardin au Moyen Âge. Ensemble Discanthus « Contre toute attente, le jardinier ne sort pas d’une graine, ni d’un bourgeon, ni d’un oignon, ni d’un bulbe, ni d’un provin : il devient jardinier avec l’expérience, sous l’influence du voisinage et des conditions naturelles. » Karel Capek. L’Année du jardinier Saint-Herblain, le 28 janvier 2007 Lina, Dans ma première lettre, je vous disais que j’avais fait l’acquisition d’un terrain planté d’arbres fruitiers. N’ayant aucune notion de jardinage, j’ai laissé passer les saisons, observant, lisant, écoutant les oiseaux et rêvant, peut-être, au jardin parfait. Cet abandon lui allait bien. Mais que sont les rêves sans l’apprentissage, le regard, le travail et la patience ? Ceux qui savent disent qu’il faut sept ans pour qu’un jardin sorte de terre et trouve son équilibre. Sept ans pour un simulacre de la nature, auxquels s’ajoutent les années de désespoir où tous les efforts sont réduits à néant par les jeux des enfants. Au bout de tout ce temps, et souvent plus, on peut envisager la paresse, la joie du travail accompli, la contemplation de son œuvre. J’ai pris les choses à l’envers, c’est tout. Et j’ai voyagé. J’ai pillé du regard d’innombrables jardins parfaits. Pouvez-vous imaginer, Lina, à quel point Versailles et sa rigueur classique ou Giverny et son foisonnement contrôlé peuvent impressionner le jardinier balbutiant ! Vous auraient-ils impressionnée ? À Versailles, je suis revenue souvent, comme l’on revient vers un poème ou un film, aimant tout autant la superbe rigueur des jardins classiques et le faux négligé du Hameau de la Reine. À Versailles, il y a toujours des lieux à découvrir par les visiteurs les plus aventureux. Ceux-là ont ma préférence. À Giverny, le jardin de Monet est bien le « jardin le plus touffu du monde, impossible à décrire autrement que par les petits coups de pinceau et les mouchetures du peintre ». J’ai pu vérifier sur place que Derek Jarman utilisait les mots justes. Pour mon jardin parfait, j’ai capté le frémissement des couleurs et l’abondance végétale de Giverny, pour ne plus jamais les oublier. Puis, j’ai migré vers l’Ouest, entre Loire et Bretagne. Tant de jardins remarquables attendaient ma visite ! L’île de Batz et son jardin exotique fait de 1700 espèces en provenance de tous les continents, Brest et son Vallon du Stang-Alar où veille l’équipe du conservatoire botanique national, les Folies Siffait, près de Nantes, aux chemins aléatoires et inquiétants… Vous auriez adoré ces jardins Lina. Bien à vous Bibliographie imparfaite Portrait d’un homme heureux. Éric Orsenna http:// www.chateauversailles.fr. fr131-jardins-et-bosquets Le Potager du roi : paysage en seize carrés. Manuela Morgaine et Katherine Baxter Jardin impressionniste de Monet : Giverny au fil des saisons. Vivian Russel www.fondation-monet.com Lumière. Eva Figes La Bretagne des jardins. Claire Lecorbeiller Les Jardins paysages d’Erwan Tymen Les Folies Siffait : un empire pour une demoiselle. Jean Gabriel Bouchard Le Prince qui voulait être jardinier : Charles-Joseph de Ligne à Beloeil. Jean-Paul Mulot Tous les jardins du monde. Gabrielle Van Zuylen Jardins des bords de Loire. Lucienne Deschamps La Bretagne des jardins. Louis-Michel Nourry et Michel Ogier Jardins-rébus. Erik Bullot Lumière. Eva Figes Les Orangers de Versailles. Annie Pietri Fugue musicale Les Grandes eaux musicales de Versailles : chefs d’œuvre instrumentaux des règnes de Louis XIV et Louis XV Images et estampes. Claude Debussy « Le narcisse, c’est ma vie. J’ai quatre vies, qui régissent chacune une saison : au printemps, le narcisse et l’orchidée sont ma vie ; en été, le lotus est ma vie ; en automne, le pommier à bouquets est ma vie ; en hiver, le prunus de frimas est ma vie. Sans ces quatre fleurs, je suis sans vie, et si pendant une saison il en manque une, c’est une vie qui m’est enlevée. » Les Carnets secrets de Li Yu : un art du bonheur en Chine Saint-Herblain, le 30 janvier 2007 Chère Lina, Il fait si gris ! Vous détestiez ce temps et n’évoquiez que le printemps. Le printemps, et l’automne vont bien aux jardins, à tous les jardins mais particulièrement aux jardins orientaux. Sur le rebord de votre fenêtre, il y avait un minuscule jardin japonais en pot, de très mauvais goût. Je n’avais jamais remis en cause qu’il fût d’inspiration japonaise, mais j’appris, bien plus tard dans les « carnets de Li Yu » datant du XVIIe siècle que les Chinois étaient les inventeurs des paysages en pot. Cette erreur ne m’a jamais empêchée de penser à ce jardin miniature lors de mes visites au parc oriental de Maulévrier, près de Cholet, à l’Ile Versailles, à Nantes, ou aux jardins d’Albert Kahn, à Boulogne. Ces derniers temps, il est de bon ton, mais pas toujours du meilleur effet, de tailler ses arbustes en nuages, de planter des bambous et de poser çà et là de grosses pierres comme on plante de faux menhirs devant sa maison. Jean-Pierre Pigeat, créateur du Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire et fin connaisseur des traditions japonaises, parle d’ombre et de lumière, de captation du paysage jusqu’au symbole, du repos de l’âme et de méditation. Rien à voir avec votre jardin miniature aux couleurs un peu délavées, mais qui sait ! De grands paysagistes comme le sculpteur Erik Borja, saisissent avec bonheur l’esprit japonais pour créer des jardins très personnels. Quant à moi, je n’ai que des camélias, qui, vous le saviez sans doute, viennent d’Asie. J’ai oublié de vous dire que j’habitais près de Nantes. Que serait Nantes sans les camélias, les magnolias et les azalées, venus d’Asie et d’Amérique du Nord ? Que seraient les rues de Saint-Herblain sans les tulipiers de Virginie (Liriodendron tulipifera), les savonniers (Koelveuteria paniculata), les liquidambars ou les arbres de Judée ? S’imagine-t-on un instant que tous ont des origines lointaines, fruits de conquêtes ou de voyages scientifiques ? Savoir que la jacinthe, si familière (hyacinthus orientalis) est née en Mésopotamie, et que l’humble capucine (Tropaelolum majus) a été rapportée du Pérou par les conquistadors, ouvre d’un coup les frontières de son jardin. Vous mangiez les boutons de capucine au goût de câpre. Bien à vous Bibliographie voyageuse L’Esprit du Japon dans nos jardins. J.P. Pigeat Haïkaï du jardin. Louis Calaferte Le Grand Livre des bambous. Pauline Blin La Légende du jardin japonais. Arnauld Pontier. Illustrations de François Place Le Fou de fleurs. Yveline Feray Les Carnets secrets de Li Yu : un art du bonheur en Chine. Jacques Dars Dans un jardin de Chine. Jacques Pimpaneau Aventures botaniques : d’Outremer aux terres atlantiques. Catherine Vadon Les Vanilliers. Georges Limbour Les Arbres voyageurs. Andrée Corvol Folies de jardin : kiosques, pavillons, cabanes, ponts, gloriettes et pergolas… Évelyne Malnic et Patrick Broquet Orangeries : palais de verre : Leur histoire et leur évolution. Sylvia Saudan-Skira et Michel Saudan Dans un jardin de Chine. Jacques Pimpaneau Fugue musicale Tôru Takemitsu. Ensemble 2e2m, Paul Méfano Six japanese gardens. Kaija Saariaho « Les livres de jardin ne parlent pas des animaux en liberté, sauf pour expliquer comment lutter contre eux… Les ouvrages se taisent obstinément sur les taupes de Babylone, les hannetons de Villandry, les libellules de Versailles, les couleuvres de l’Alhambra.» Gilles Clément. Saint-Herblain, le 31 janvier 2007 Lina, À 9 heures 30, un hérisson gisait éventré sur la bande cyclable, offrant des intestins encore roses. Vers quel jardin allait-il quand il s’est fait faucher par une voiture ? Hérissons, taupes, lombrics, limaces, étourneaux ou doryphores ne sont pas très appréciés des jardiniers, à tort ou à raison. Qui est vraiment nuisible ? Pesticides, insecticides et pièges couvrent l’ignorance avec le soutien des jardineries et des revues spécialisées. Contre tous les maux, ou presque, votre mari n’utilisait que la bouillie bordelaise. Après l’excès, vient la raison : jardiner naturel, associer fleurs et légumes, composter les déchets verts et… faire du hérisson un allié ! Si les avis divergent sur les traitements chimiques, tout le monde s’accorde sur les outils. Un bon jardinier, disait votre mari, se reconnaît à ses outils qu’il entretient avec soin. Pour votre carré de fleurs, vous n’aviez qu’une binette, un plantoir et un arrosoir. Je ne vous dirai pas ce que je possède. J’ai tout de même appris à mesurer mes efforts, à ne pas me jeter inconsidérément sur la bêche et le râteau. Pour un jardinier, même débutant, un jardin est toujours trop grand ou trop petit. Trop grand pour le dos, trop petit pour les envies. Je riais de vos plaintes, vous trouvais bien vieille. Désormais, je sais que le paradis peut se transformer en enfer… au gré des saisons, des surprises météorologiques et des allergies. Il faut parfois se résigner : ce qui n’est pas fait à temps le sera l’année suivante. La sagesse et l’humour se cultivent aussi. L’écrivain tchèque Karel Capek constate : « Nous autres jardiniers vivons en quelque sorte en avance sur le présent : quand nos roses fleurissent, nous pensons qu’elles fleuriront encore mieux l’année suivante… Le vrai, le mieux sont devant nous. Chaque année apporte davantage de croissance et de beauté » . Il serait stupide de penser que l’effort dépend de la surface à soigner. Terrasses, jardins d’hiver et jardins en pots ne tolèrent aucune négligence, surtout si l’on refuse la chimie. Bien à vous Petite bibliographie utile À bons jardiniers, bons outils. Philippe Asseray Guerre et paix dans le potager. Un film de Jean-Yves Collet Le Jardin naturel. Jean-Marie Lespinasse Le Jardin de Fred : accueillez la faune et la flore dans votre jardin. Frédéric Lisak Guide de la vie sauvage au jardin. M. Chinery L’Amour au jardin. Jean-Pierre Otte Article 309 du code pénal du jardin. Dedieu Stanley tond la pelouse. Craig Frazier Un jardin sans allergies. Lucy Huntington Le Beau Jardin du paresseux. Patricia Beucher L’Année du jardinier. Karel Capek Arrosoir. Olivier Douzou Le Jardin comme on l’aime. Jean-Paul Collaert Jardine Bio, c’est rigolo. Eric Prédine Le Poireau préfère les fraises : les meilleures associations de plantes. Hans Wagner Jardiner malin : de bouche à oreille, toutes les astuces des jardiniers. Louise Grimault Des haies et des oiseaux. Un film de François Mahieu Des traces dans le jardin. Gérard Blondeau Observer les oiseaux au jardin. Robert Burton Très petits jardins. Daniel Puiboube Un jardin sur mon balcon. Martin Weimar, Friedrich-W. Frenz, Thomas Jacksch… Serres et jardins d’hiver. Olivier de Vleeschouwer « J’aimerais me réveiller sans mémoire Redécouvrir ce que je ne peux plus voir… Cherche regard neuf sur les choses Cherche iris qui n’a pas vu la rose. Je veux revoir ma première fleur L’accompagner jusqu’à ce qu’elle meure. » Renan Luce. L’Iris et la rose Saint-Herblain, le 1er février 2007 Lina, Il bruine, le ciel est bas. Je ne vois que la brune ramure des arbres ponctuée de corneilles et… c’est beau. Ceux qui ont pensé le paysage que je traverse chaque matin ont-ils sciemment choisi la couleur des écorces, les alignements et les vallons d’herbe ? Ont-ils pensé à l’hiver, sans l’habillage des feuilles et l’artifice des fleurs ? Je crois que oui. Même les ronds-points, que vous n’avez jamais connus, sont parfois des réductions de paysages. Nous sommes loin de votre banlieue ouvrière et maraîchère, à l’urbanisme débridé où seul un enduit crasseux liait pavillons, usines, immeubles et fermes, avec les terrains vagues et le square comme uniques poumons. Aujourd’hui, on parle de reconquête des centres-villes, du remaillage des banlieues et on abolit les frontières entre ville et campagne. Après l’urgence, nos villes avaient besoin de respirer, leurs habitants besoin de flâner, de reprendre contact avec la nature. Et de nouveau, l’idée du paysage, chère aux Anglais du 18e siècle et à Jean-Jacques Rousseau guide les jardiniers du 21e siècle. Passé dans le domaine public, l’aménagement du territoire est confié à des architectes, des ingénieurs horticoles et des plasticiens. Les jardins contemporains sont parfois très audacieux, voire radicaux, mêlant tradition et innovation car il est difficile d’échapper aux sédiments culturels déposés dans nos mémoires depuis l’antiquité. L’art des jardins n’échappe pas à la mémoire. Le festival des jardins de Chaumont-sur-Loire en est la preuve irréfutable. Incroyable réserve d’idées pour les visiteurs, il accueille chaque année les créations paysagères du monde entier. En 2006, le thème en était : « Jouer au jardin ». Titillant nos souvenirs, il s’adressait à nos âmes d’enfant. À quels souvenirs correspondait votre indescriptible fouillis de fleurs ? L’amnésie totale, au jardin, n’est qu’une utopie. Mais j’en rêve parfois. Tout serait à inventer dans l’éden du premier matin. Bien à vous Bibliographie paysagère Histoire du paysage français de la Préhistoire à nos jours. Jean-Robert Pitte Dictionnaire des paysagistes d’aujourd’hui. Pierluigi Nicolin, Francesco Repishti Revue l’Architecture d’aujourd’hui : Paysages. Jean-Michel Place Les Carnets du paysage. École nationale supérieure du paysage Jardins et parcs contemporains : France. Marielle Hucliez Art et jardins : Chaumont-sur-Loire. Louisa Jones Jardins et parcs du futur. Guy Cooper, Gordon Taylor Le Jardin radical : nouvelles définitions du paysage. Jane Amidon Les Rêveries du promeneur solitaire. Jean-Jacques Rousseau Les Jardins du futur. Jean-Paul Pigeat Fugue musicale From gardens where we feel secure. Virginia Astley Le Matin, Le Midi, Le Soir : symphonies. Joseph Haydn « Il est temps de reprendre le petit sentier du cabanon, bêche à l’épaule. Et de se dire, assis devant sa porte au seuil d’une jeune journée de printemps que le bonheur est peut-être là : mon Palais est une Cabane à outils, un abri de jardin ! Daniel Biga. Écrivains au jardin Saint-Herblain, le 7 février 2007 Lina, Sous le grand pin parasol de la Médiathèque, le banc bleu reste vide. Le ciel est si bas ! Dès le printemps, des promeneurs s’y installent, prenant les premiers rayons du soleil, comme le font tous ceux qui fréquentent les jardins publics depuis qu’ils existent. Je le regarde souvent. Dans un jardin public, il y a toujours des bancs plus convoités que d’autres. Certains sont « réservés ». L’anthropologue Pierre Sansot s’est fait le guetteur sensible de nos habitudes dans un lieu très codifié. Vous m’emmeniez parfois au « square ». Ce mot, assez laid, m’évoque les buissons d’ocubas tachetés, les pelouses interdites, le sifflet du gardien, les bacs à sable grisâtre appréciés des chats et des chiens. Il en existe encore dans nos villes pour qui sait les voir. Pour ces jardins- là, je ne garde aucune nostalgie. La nuit, certains visiteurs se laissent enfermer dans les jardins publics, trompant la vigilance des gardiens. La romancière Régine Detambel y enferme son héros, le faisant disparaître aux yeux de sa famille. Gardien de la nuit, voyeur, explorateur, rien ne lui échappe. Dans l’une de ses nouvelles, Guy de Maupassant nous écrit les retrouvailles d’un vieux couple au Jardin du Luxembourg pour y danser le menuet. Moins romantiques, de nombreux écrivains en font le théâtre de meurtres. Les jardins publics laissent peu de gens indifférents. Après le passage au « square », nous partions pour le cimetière. Vous portiez toujours le deuil, par précaution, disiez-vous. Nous passions discrètement du jardin des vivants à celui des morts. Certes, ce dernier était plus minéral que végétal, sauf à la Toussaint, mais là aussi les choses ont évolué avec la création de cimetières paysagers, où l’on aime flâner. Y avait-il un banc, dans votre jardin ? Je ne sais plus. Très vite, sous mon cerisier, j’en ai installé un. C’est un peu ma cabane. Je m’y cache pour dormir. Les cabanes au fond du jardin, vous les appeliez cabanons. Pour un enfant, en faire l’inventaire était exclu : trop de fouillis, trop de secrets et quelques rats trop malins pour les pièges de votre mari ! À côté du cabanon, il y avait les « cabinets » intimes. Là où vous ne voyiez qu’utilité, la photographe Patricia Méaille y décèle de la beauté, de la poésie, sans doute à cause de leur abandon et du souvenir d’un temps révolu. Bien à vous Petite bibliographie citadine Jardins publics. Pierre Sansot www.jardins.nantes.fr Jardins clos. Régine Detambel Contes de la bécasse. Guy de Maupassant Meurtres et jardinage : 20 polars agrémentés de conseils de jardinage Le Jardin de Max et Gardénia. Fred Bernard et François Roca L’Amour du banc : 600 illustrations de bancs du monde entier. Ernest Boursier-Mongenot Georges Lebanc. Claude Ponti Une histoire à quatre voix. Anthony Browne Au fond du jardin. Photographies Patricia Méaille, texte François Cavanna Le Cabanon de l’oncle Jo. Brigitte Smadja Les Ailes et le sablier : le jardin-musée du Père-Lachaise. Roger Charneau, Antoine Stéphani Le Vieux Banc. Nathalie Rizzoni Le Magicien du square. Thierry Lenain et Laurent Corvaisier Le Jardin des enfants perdus. Yvon Mauffret « Alors, elle chercha les violettes. Elle en faisait des bouquets énormes qu’elle serrait un à un contre sa poitrine. Ensuite, elle chercha les œillets, coupant tout jusqu’aux boutons… et elle chercha encore les quarantaines, les belles-de-nuit, les héliotropes, les lis… » Émile Zola. La Faute de l’Abbé Mouret Saint-Herblain, le 8 février 2007 Lina, C’est un peu triste que j’ai constaté, hier soir, sur le chemin du retour, la démolition d’une maison discrète, mettant à nu son jardin. Il ne reste plus qu’un gros tas de gravas, incapable de cacher la tonnelle rouillée, les lilas tordus, les mimosas déjà fleuris. C’était donc un jardin ordinaire, sans prétention «qui allait de soi, sans rien viser d’extraordinaire et surtout pas plus haut que lui-même » comme le dit Anne Cauquelin dans son petit traité. Je crois que votre jardin répondait à cette définition. Vous n’aviez pas d’autres prétentions que de sentir le parfum des fleurs et d’oublier votre quotidien en compagnie de quelques voisines. Peut-on imaginer un jardin sans parfums ? Certains jardiniers privilégient volumes et couleurs, au détriment des odeurs, d’autres plantent avec leur « nez ». Ceux-là aiment froisser les feuilles du fenouil sauvage ou de la sauge, connaissent les subtilités olfactives de chaque rose, de chaque iris et distingueront, comme Colette, que « le lilas avant sa fleur sent discrètement le scarabée » et qu’une fois épanoui, il répandra « son toxique arôme d’acide prussique ». Les plus aventureux ajoutent des fleurs à leurs menus. Mettre sur la table des grenadins de veau aux chrysanthèmes, puis un bouillon thaï au mimosa et pour le dessert, des beignets de tulipe à la pomme n’est pas encore à la portée de tous les palais. Je n’ai jamais visité de jardin de curé, mais je suis certaine que les parfums y trouvent une place majeure. Qui sait vraiment ce qu’est un jardin de curé ? C’est peut-être un jardin de grand-mère où il y a de tout un peu : des arbres fruitiers, un potager, des carrés de simples et des fleurs, beaucoup de fleurs et qui sentent bon (des lys, des roses). Une auberge espagnole, un jardin rêvé parce qu’à l’abri des regards. Michel Tournier se demande si un tel « jardin est un lieu d’innocence, de paix et de recueillement ». Quand nous demandions à l’abbé de Fontevraud d’où venaient les admirables fleurs qui ornaient son église, il répondait invariablement « de mon jardin ». Beaucoup en rêvaient. Aujourd’hui, l’abbé jardinier est en retraite et le mystère demeure. C’était peut-être un jardin ordinaire, comme le vôtre. Bien à vous Bibliographie modeste et parfumée Petit traité du jardin ordinaire. Anne Cauquelin Le Jardin et ses parfums. Stephen Lacey Jardins de senteurs : sur une terrasse, un balcon, une étagère, crée ton jardin de senteurs. Françoise Fontalbe et Frédérique Fernandez Jardins d’herbes aromatiques. Valérie Garnaud-d’Ersu Jardins de fleurs pour les gourmands. Alice Caron Lambert et Cooky Debidour Jardins de curé. Michel Tournier et Georges Herscher La Faute de l’Abbé Mouret. Émile Zola Le Jardin des égarements. Li Ang Fleurs : le grand roman de l’érotisme floral. Philippe Sollers Le Jardin secret de Lydia. Sarah Stewart et David Small Les Chardons et la petite tortue : le Jardin des délices de Jérôme Bosch décrypté. Charles Prost Fugue musicale A walk to the Paradise garden. Frederick Delius La Chanson d’Ève ; Le Jardin clos : mélodies. Gabriel Fauré « Pourquoi n’aurais-je pas un jardin sur le papier ? Paysage né de la vision intérieure, formes créées par le pinceau, je peux en jouir tout à loisir, sans dépense et sans effort. S’il y a des limites à une construction réelle, il n’y en a pas à une construction imaginaire, c’est pourquoi mon jardin est si beau. » Liu Shilon Saint-Herblain, le 17 février 2007 Lina, Ce soir, le ciel était sublime. Juste le temps de se remplir les yeux de bistre et de gris ardoise que déjà la lumière faiblissait. Éblouissement éphémère donc. Plus éphémère que l’éclosion des fleurs du magnolia centenaire de mes voisins, attendue chaque année avec la même impatience. Les ciels crépusculaires nous offrent longtemps des lambeaux de couleurs, et les fleurs du magnolia abandonnent, sans précipitation, leurs pétales blancs et soyeux dans mon jardin afin que je ne regrette rien. Quelles empreintes les artistes du Land Art laissent-ils dans la nature, alors qu’ils ne font que la caresser ? L’Anglais Goldsworthy trouve arrogant de s’imposer à elle. Ses murs de pierres sèches, ses coulées de feuilles d’automne ou ses installations givrées sont autant de chemins visuels proposés à ceux qui ne savent pas regarder. Puis les éléments troublent ses chemins jusqu’à les faire disparaître. Dès leur création, les tricotages et tressages végétaux de la discrète Marinette Cueco ne laissent dans les jardins clos que de légères traces, au seuil de la lisibilité. Plus éphémères encore sont les jardins virtuels, espaces de vie artificielle où l’homme peut jouer les apprentis sorciers « hors sol ». Impossible, toutefois, d’imaginer que les jardiniers sont en voie de disparition. Ils sont toujours plus nombreux ! Et l’on ne compte plus les foires aux plantes, les festivals, et les revues de jardinage montrant des jardiniers et de plus en plus de jardinières dans leurs habits du dimanche. Les jardineries ont remplacé les graineteries où l’on ne trouvait que l’indispensable. Depuis 2005, les « rendez-vous aux jardins » attirent les foules. Les jardins historiques sont réhabilités, et les remarquables sont répertoriés. Effet de mode, ou réel souci de retour à la nature ? L’avenir le dira, mais à côté de ces évènements plus ou moins médiatisés, germent des idées originales dans les écoles, les instituts médico-pédagogiques et même dans les prisons. Vous voyez, Lina, le jardin a encore de beaux jours devant lui. Bien à vous Bibliographie dans l’air du temps www.eden planet. com Jardins de voyage : 20 leçons de paysage. Arnaud Maurière, Éric Ossart, Lionel Bouvier Manuel officiel des fous de jardins. Jean-Paul Pigeat De part et d’autre de la haie. Gilles Bruni. Lycée agricole Jules Rieffel Silence, art, espace. Chris Drury Marinette Cueco. Itzhak Goldberg Andy Goldsworthy crée avec la nature. Andy Goldsworthy Les Jardins éphémères de l’art du jardin. Sous la direction de Aude Zieseniss de Thuin Un jardin en prison. Un film de Sylvaine Dampierre Décoration côté jardin. Kevin Mc Cloud Bloom book : une horticulture pour le 21e siècle. Li Edelkoort Rêves de jardin. Elspeth Thompson et Melanie Eclare B. B : installations paysagères. Bruni et Babarit Mur. Andy Goldsworthy Le Prince et le jardinier. Robert de Goulaine Fugue musicale Les Jardins éphémères. Lélian « Ce que vous voyez ici ce sont nos boutures, car il faut bien prévoir de nouveaux plants de statues. Une longue tradition nous a enseigné que ce qui se prête le mieux à la reproduction des statues ce sont certaines parties de dimension modeste qui arrivent à un état d’achèvement parfait, sans cependant pouvoir demeurer attachées à la forme de l’ensemble dont elles rompent l’harmonie. Plus ces parties sont petites, plus accomplie est leur forme, meilleur sera le plant. » Jacques Abeille. Les Jardins statuaires Saint-Herblain, le 1er mars Chère Lina, Vous étiez superstitieuse. Cette douzième lettre sera donc la dernière. Le printemps s’annonce, je vais attendre la floraison du magnolia des voisins, reprendre mes voyages, à la recherche d’un jardin idéal qui n’existe pas ou plus simplement me laisser surprendre par l’inconnu, à deux pas de chez moi. S’il est saugrenu de chercher au détour des allées pavillonnaires quelque référence baroque à Peter Greenaway ou à Jean Cocteau, il est, en revanche, facile d’y saisir l’ombre du facétieux Jacques Tati. Le jardinet ridicule et prétentieux des Arpel a fait des émules ! Il me reste tant à découvrir et tant à revoir aussi ! Avant de mettre des images sur le riche vocabulaire des jardins et, comme vous, prendre racine dans le mien, j’aimerais me perdre dans les plus beaux labyrinthes végétaux, découvrir les grands jardins anglais, les paradis arabo-andalous de Grenade et ceux des paysagistes qui s’en inspirent, approcher les fabuleux jardins topiaires que je n’oserais jamais créer tant ils sont réservés aux virtuoses de la cisaille. Pourquoi n’irais-je pas, enfin, dans votre Italie natale, le pays des jardins statuaires et des ifs taillés ? Le pays où Niki de Saint-Phalle, sous l’influence du Catalan Gaudi, a créé le merveilleux jardin des Tarots. Après toutes ces déambulations réelles ou fictives, je pourrais revenir à la genèse d’une passion, longtemps enfouie et désormais entretenue : votre carré de fleurs. Sans le vouloir, vous m’avez transmis l’attente sereine des saisons, la richesse des talus et des terrains vagues entourant nos jardins clos. Vous m’avez appris l’indispensable patience. Toute graine semée ne donne pas une plante et toute bouture un arbre. Maintenant, je me souviens. Vous me faisiez mettre en terre les noyaux de pêche et les pépins de pomme. Désormais, c’est à mon tour de le conseiller aux enfants qui me suivent au jardin comme le font les chats et les rouges-gorges. Je dois répondre, sans faillir, à toutes leurs questions, dire pourquoi je n’aime pas beaucoup les nains de jardin, pourquoi je leur préfère les inutiles épouvantails et les statues. Je dois nommer chaque fleur, chaque insecte qui passe... Pourquoi… Pourquoi… « Je crois que la présence, en nombre, de l’être humain fatigue les plantes… J’ai trouvé mon jardin las après le départ de mes amis. » Colette Parfois, je trouve mon jardin bien las. Dans une treizième lettre, je vous aurais parlé du chant des oiseaux, des musiciens et des poètes inspirés par les jardins. J’aurais aimé vous parler des philodendrons musicaux et de la folie douce de quelques bricoleurs de génie. Mais il n’y aura pas de treizième lettre. Les violettes se fanent déjà et les beaux jours arrivent enfin. Bien à vous Bibliographie du temps qui passe Semer en ligne ou à la volée. Béatrice Poncelet Au jardin. Katy Couprie et Antonin Louchard La Caresse du papillon. Christian Voltz Descendre au jardin. André Rochedy Profession : nains de jardin. Hubert Ben Kemoun Des nains, des jardins : essai sur le kitsch pavillonnaire. Jean-Yves Jouannais Jardiniers de paradis. Arnaud Maurières, Éric Ossart Les Jardins statuaires. Jacques Abeille Jardins-sculptures, sculptures-jardins. Pierre Culot Les Jardins de Russel Page. Marina Schinz & Gabrielle van Zuylen Jardin : vocabulaire typologique. Marie-Hélène Bénetière Dialogue avec mon jardinier. Henri Cueco Jardins d’écrivains. José Cabanis et Georges Herscher Sculptez vos arbres : 30 modèles de topiaires. Denis Retournard Le Secret du jardin. Janni Howker Meurtres dans un jardin anglais. Un film de Peter Greenaway Mon oncle. Un film de Jacques Tati Écrivains au jardin. Jean-Paul Barbe, Daniel Biga, Lisa Bresner… Les Nains de jardin : nous voici, nous voilà. Sous la direction de Frédérique Crestin-Billet L’Évasion des nains de jardin. Catherine de Lasa et Antonin Louchard Les Épouvantails, sentinelles de l’éphémère. Sergio Cozzi Les Graines magiques. Mitsumasa Anno Un jardin pour les enfants. Christine Messineo-Gleich et Hans Marz Le Jardin des minimiams. Akiko Ida et Pierre Javelle Dix petites graines. Ruth Browne Petite encyclopédie des oiseaux des jardins : an illustrated sound guide of garden birds La Belle jardinière : poésie pour deux mains. Jean Lescure Fugue musicale Nuits dans les jardins d’Espagne. Manuel de Falla Catalogue d’oiseaux. Olivier Messiaen Cette sélection documentaire est une publication de La Bibliothèque, Ville de Saint-Herblain. Le Pavot de 1e de couverture est de Georges Lemoine Remerciements chaleureux à Claude et à Lina. Rédaction : Catherine Grilly © La Bibliothèque, mars 2007